André Lalande
Vocabulaire
technique et crisque
de la philosophie
Texte revu par les membres et corrcspondœus de la
SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHILOSOPHIE
et publié avec leurs corrections et observanons
AVANT-PROPOS DE RENÉ POIRIER
Volume 1!
A-M
1
QUADRIGE / PUF
OUVRAGE COURONNÉ
PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE
ÉDITIONS ANTÉRIEURES
Edition originale, en fascicules, dans le Bulletin de la Société française de
Philosophie, 1902-1923.
Deuxième édition, augmentée d'un Supplément. 2 volumes grand in-8°,
Alcan, 1926.
Troisième édition, avec additions au Supplément. 2 volumes grand in-8°,
Alcan, 1928.
Quatrième édition, notablement augmentée. 3 volumes grand in-8°, Alcan,
1932. (Les tounes 1 et 11 ont été réimprimés en 1938.)
Cinquième édition, augmentée d'un grand nombre d'articles nouveaux,
* Prèsses Universitaires de France, 1947.
Seizième édition, Presses Universitaires de France. 1988.
ISBN 2 13 044512 8 (édition complète)
2 13 044513 6 (volume 1)
ISSN 0291-0489
Dépôt légal —— 1"° édition : 1926
4° édition « Quadrige » : 1997, janvier
© Presses Universitaires de France, 1926
108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
AVANT-PROPOS
A LA DIXIÈME ÉDITION
On eûl pu croire qu'au boul d'un demi-siècle, le Vocabulaire philo-
sophique d'André Lalande el de la Sociélé française de Philosophie aurail
perdu de son audience. Il n’en esl rien el les édilions s'en épuisent de plus en
plus vile, à une époque où pourlanl les revues philosophiques balleni de l'aile,
Jaule de public. Cela lieni d'abord à ce que les définilions el les exemples en
onl élé longuement, mûremeni déballus par des philosophes averlis el résolus
à travailler mélhodiquemeni el paliemment en commun, enlreprise unique à
laquelle André Lalande el ses amis onl consacré beaucoup de leur vie. Cela
lient ensuile à ce que nous avons dans les noles el les discussions adjoinles un
modèle remarquable de celle analyse du langage, exercice doni on ne pensail
pas alors qu'il paraïlrail un jour à cerlains l’essenliel de la philosophie.
Aulour de chaque lerme, les nuances, les opposilions de sens évoqueni celles
des doclrines, des problèmes, des expériences el celle discussion conslilue un
premier examen clinique de la pensée philosophique.
Esl-ce à dire que le Vocabulaire puisse élre indéfiniment réimprimé
sans changemenis ? Assurémeni pas el déjà chaque nouvelle édilion compor-
lail des reclificalions el surloul des compléments. C'esl ainsi que figurail
déjd, à la fin de l'ouvrage, un supplément conlenani des lermes nouveaux
ou des acceplions nouvelles de lermes anciens el un Appendice conslilué
par des gloses supplémenlaires, complélant celles qui se lrouvaieni dans
les noles de l’ancien Vocabulaire. Cependant, il faudra sans doule envi-
sager quelque jour une refonle plus complèle. Il conviendrail, d'une part,
de reclifier certains arlicles, par exemple de logique, de psychologie, elc.,
qui correspondeni à des nolions donl le contenu s'est dif[férencié, transformé,
renouvelé, el d'en ajouler de nouveaux — d'autre part, d'introduire, dans une
cerlaine mesure, les lermes du langage philosophique conlemporain, el aussi
cerlains lermes d'origine scolaslique qui débordeni aujourd’hui quelquefois
de la lhéologie dans la philosophie. À joulons que dans les notes et les discus-
vi AVANT-PROPOS
sions, on élaguerait volontiers ce qui esi l’œuvre de philosophes mineurs
ou ce qui se réfère à un contexte périmé, à des références désuèles, notamment
lorsqu'il s’agit de philosophie liée aux sciences ou aux lechniques. À quoi
bon renvoyer à des ouvrages qui ne sont ni des mémoires originaux, ni des
exposés actuellement valables ?
C’esl ce que l’on a essayé de faire à peliles doses dans celle nouvelle
édilion, mais la lâche esl moins simple qu’on ne pourrait le croire. En effel,
s’il esl difficile de réduire le Vocabulaire à celui de la philosophie « clas-
sique », il l’est aussi d’y intégrer l’ensemble des lermes lechniques apparenlés
à la philosophie actuelle, dans la variété el parfois l'ambiguïté de leurs
acceplions. Un Vocabulaire deviendrait alors un trailé de philosophie par
ordre alphabétique, avec les choix plus ou moins légitimes que cela impose.
Ce que l’on peul faire, c’est indiquer les prolongements actuels des notions
classiques, donner les définitions fondameniales el pour le reste renvoyer
aux Vocabulaires spéciaux, comme il en existe pour la psychologie, la
psychiatrie, elc., el prochainement, espérons-le, pour la logique formelle.
En fait, il y a deux sorles de lecteurs pour les ouvrages de ce genre.
Les uns, à l’occasion d’une doctrine ou d’un problème, cherchent à le situer
dans l’ensemble de la pensée philosophique et à en saisir les divers aspects,
au moyen d’une analyse du langage. Ce sont, en particulier, des étudiants
à qui l’on demande de réfléchir sur une idée ou une question.
Les autres sont des gens qui ont en main un ouvrage philosophique,
classique ou contemporain, el qui ne comprennent pas cerlains mois ou
cerlaines expressions. On ne peul pas les renvoyer à un diclionnaire du lan-
gage contemporain, qui n’exisle pas, je crois, ni aux diclionnaires de lhéo-
logie, par exemple, trop considérables el qu'on n’a pas aisément sous la main.
Les premiers sont plulôt atlachés à la parlie stable du Vocabulaire, celle
sur laquelle nos aînés onl pu se mettre à peu près d'accord, el qui constituerait
un « Bon usage », une « Norme » du langage philosophique permellant
l'accord des esprits. Les seconds sont au coniraire attentifs à ce qu’il y a de
variable el de loujours renouvelé, d’incodifié et même d’incodifiable dans la
significalion des mols.
On aimerail sans doule suivre à la trace l’évolution des sens ou l'apparition
d'expressions autour desquelles cristallise peu à peu une pensée qui, rétros-
peclivement, semblera avoir préexislé et cherché sa formule, alors qu’en
réalité c’est la formule qui s’est enracinée dans le sens et a poussé des feuilles,
el suscilé un mode de penser, des catégories nouvelles. Nalurellement, la
plupart des expressions nouvelles ne donnent que du bois mort el encombrant,
mais commen savoir à l'avance si un changement de vocabulaire renouvellera
vraiment el ulilement nos concepls ?
AVANT-PROPOS vil
Par ailleurs, l'extension des concepts n'esi pas homogène el n’a pas lieu
dans le même plan, si bien qu’il ne sufjit pas de juxtaposer des sens. En
logique, par exemple, il n’est pas facile de situer les unes par rapport aux
autres des notions qui relèvent lantôl du calcul formel, lantél de la pensée
nalurelle el inluilive : ainsi celles de syllogisme, de démonsiralion, etc. Il y a
des contextes différents et pourlant solidaires, et qui plus esl nous avons
reconnu l’équivoque du conlexte « classique ».
En ce qui louche la langue philosophique contemporaine, l'embarras
n’esl pas moindre, chaque auleur ayani sa langue, ou son jargon, qui ne soni
d’ailleurs pas loujours parfaitement cohérents. En bien des cas, il n’y a pas
d'usage commun des lermes. Or, on ne peut pas raisonnablement faire le
Vocabulaire des quelques écrivains les plus connus actuellement, mais dont on
ne sail jusqu'à quel point ils s’imposeront durablement. Souvent, devani
l'ambiguïté des tlexles, même les spécialistes ont lendance, quand on les
consulle, à ne pas se compromettre par une définition franche, qui supposerail
d'ailleurs la connaissance d’un contexle général, el à proposer simplement
une ou plusieurs phrases où le terme figure. Mais c’esl juslement pour les
comprendre qu’on voudrait une définilion !
À cel égard, le Dictionnaire de la langue philosophique de F'oulquié et
Saint-Jean apporle un excellent complément à celui de A. Lalande el les
cilations qu’il réunit éclairent souvent par leur rapprochement. De même en
ce qui louche les lermes d’origine scolaslique qu'ulilisent parfois des auleurs
non théologiens, el parfois en des sens non traditionnels.
Quant aux allégements, ils posent un problème délicat. Sauf des cas
rares, el généralement lardifs, aucune des gloses ou des remarques n'est
dépourvue de compétence ou d’intérél, et il est bien difficile par ailleurs de
séparer les observations les plus célèbres, comme celles de Lachelier, de
Bergson, de Blondel, eic., des autres remarques auxquelles elles s’articulent
el font écho, même lorsque celles-ci sont signées de noms à tort ou à raison
quelque peu oubliés. Enfin, l’ensemble de ces discussions, dans un groupe
de penseurs d'une valeur au lotal exceptionnelle, constitue une sorle de témoi-
gnage historique, d'image d’une société d’esprits qu'il n’esl ni aisé ni peut-être
désirable de rogner ou de mutiler. La chose serait plus facile el mieux juslifiée
pour cerlaines inlerventions plus récentes, mais elle pose un petit problème
de susceplibilités individuelles et surlout, dans bien des cas, ces commenlaires,
accompagnés de références évidemment épisodiques, sont insiruclifs el
suggestifs, même s'ils alourdissent ou déséquilibrent un peu l’ensemble de
l'ouvrage.
Voild pourquoi celle nouvelle édition se contente d’élagayges, de remanie-
mens, de mises au poinl de détail. Le Supplémenil el l'A ppendice ont été fondus
vus AVANT-PROPOS
ensemble el enrichis d'un cerlain nombre de lermes nouveaux (1), annoncés
par un renvoi dans le corps de l'ouvrage, auquel ils seront ullérieuremeni
intégrés. Dans le nouveau supplément ainsi conslilué, on a éliminé cerlaines
gloses inuliles ou périmées, on a corrigé un cerlain nombre d'articles.
Peul-étre ces perfeclionnements progressifs valenl-ils mieux que de refondre
lolalement un ouvrage qui a fail ses preuves el a une signification hislorique
el comme organique.
Des problèmes mineurs se posaient. Doil-on, par exemple, menlionner
pour les lermes nouveaux la iraduclion en Ido, à une époque où la langue
arlificielle inlernalionale n'a pas conquis beaucoup de fidèles; doil-on
inversement supprimer l'indicalion correspondante là où elle élail déjà
donnée ? Il y avail là à la fois une queslion d'opporlunilé objeclive el une
queslion de fidélité à la pensée des inilialeurs. On s'esl contenlé de laisser
ce qui élail fail.
Îl resle à remercier chaleureusement M. Roger Marlin, professeur à la
Sorbonne, el M. J. Largeaull, allaché de recherches au C.N.R.S., d qui l'on
doit la plupart des amélioralions apporlées au lexle. Ainsi se trouve quelque
peu rajeunie l'œuvre à laquelle s'esl lanl dévoué noire vieux maîlre André
Lalande, que nous ne saurions séparer de l’admirable équipe qui, aulour
de lui el de Xavier Léon, nous a donné l'exemple d'un efforl commun,
palient el désinléressé vers la double reclilude du langage el de la pensée.
René POIRIER,
Membre de l’Institut,
Professeur à la Sorbonne.
(1) En voici la liste :
Anamnèse, anléprédicatif, apophalique, calégoriel, cogilalive, connalurel, construclivilé,
conluilion, doxique, dulie, ek-slase, élicile, empirie, englobants, en soi-pour soi, enlilalif,
époché, eslimalive, élant-exislant, exislenlial, exlrincésisme, feed-back, fonclionnalisme,
formaliser, fulurible, gnosie, hormè, hylè, idiologie, idonéisme, information, insighi, isomor-
phisme, kerygme, lülrie, manisme, malérial, narcissisme, noème, pallern, performalif, poly-
genèse, prazie, prazis, préréflexif, procès, projeclif, slochaslique, stress, symélrie, luliorisme,
typologie. valide (en nn deuxième sens).
PRÉFACE
AUX ÉDITIONS PRÉCÉDENTES
Le Vocabulaire de la Société française de Philosophie est un curieux
exemple de ce qu’on a nommé l’hétérogonie des fins. Le but originel de
ce travail était fort étroitement déterminé, comme on peut le voir par
l'article : Le langage philosophique et l'unité de la philosophie, dans la
Revue de Mélaphysique et de Morale ile septembre 1898, par les Proposi-
tions sur l'emploi de certains termes philosophiques (Bullelin de la Sociélé,
séance du 23 mai 1901) et par la discussion dans la séance du 29 mai 1902.
Il s'agissait de mettre les philosophes d'accord — autant que possible —
sur ce qu’ils entendent par les mots, du moins les philosophes de profession :
premièrement, parce que tout accord véritable — je veux dire celui qui
n’est pas l'effet d'une suggestion, d'une tromperie, ou d’une contrainte
autoritaire — vaut mieux en soi que les discordances ou les équivoques ;
ensuite parce que leurs contradictions, sujet traditionnel de plaisanteries,
sont en grande partie verbales, et peuvent être souvent résolues dès qu’on
s'en avise. C'était l'opinion de Descartes : « Si de verborum significatione
inter Philosophos semper conveniret, disait-il, fere omnes illorum contro-
versiae tollerenturt. » — « C’est le plus souvent sur les mots que disputent
les philosophes, écrivait de même Gassendi : quant au fond des choses,
il y a au contraire une grande harmonie entre les thèses les plus impor-
tantes et les plus célèbres?. » — « Je suis tenté de croire, disait Locke,
résumé par Leibniz, que si l’on examinait plus à fond les imperfections
du langage, la plus grande partie des disputes tomberaient d'’elles-mêmes
et que le chemin de la connaissance, et peut-être de la paix, serait plus
ouvert aux hommes. — Je crois même, ajoutait Théophile, qu’on en
pourrait venir à bout dès à présent dans les discussions par écrit si les
hommes voulaient convenir de certains règlements, et les exécuter avec
A —
. 1: « 8i l'on se mettait toujours d' j
rl Te re pr) le sous des mots, presque toutes leurs controverses
LALANDE. — VOCAB. PEIL.
2
x PRÉFACE
soin!, » Il serait facile de multiplier les témoignages de cette expérience,
et nous en avons encore eu de nos jours bien des exemples®.
Mais la nature humaine est aussi faite d’une certaine impatience de
l'ordre et de la similitude — impatience bien légitime, courageuse même,
quand il s’agit de se défendre contre un conformisme imposé, ou contre
l'acceptation moutonnière de ce qui se répète sans critique ; — désastreuse
quand il s’agit d’un goût de contradiction et de quant à soi, voire même
d’impérialisme. « L'état de la moralité scientifique, écrivait Renouvier,
ne me paraît pas assez avancé chez les philosophes pour qu'ils puissent
utilement délibérer en commun, afin d'arrêter la nomenclature la plus
propre à empêcher leurs débats de s’égarer, et à rendre leurs doctrines
mutuellement communicables. Les termes les plus importants sont du
domaine public, et chacun en revendique le bénéfice avec le droit de leur
attacher leur « vrai » sens, que d’autres estiment faux... Nul n’est disposé
à faire les sacrifices qu’exigerait l’impartialité du langage. » Nous avons
fait quelques progrès ; nous avons réuni des Congrès de Philosophie,
qu'il ne croyait pas réalisables : mais on ne peut dire que cette « moralité »
se soit nettement élevée. Il est si tentant de garder aux mots, avec ténacité,
le sens qu’on leur a d’abord attribué par quelque méprise accidentelle,
ou même qu'on s’est plu à leur conférer d'autorité, sous prétexte qu’ « on
est bien libre d'adopter les définitions que l’on veut ! »
On peut même se demander si l’existence d’un effort commun pour
fixer et adopter un usage bien défini des termes ne pique pas au jeu
certains esprits, et n’excite pas chez eux le goût de leur donner malicieu-
sement un autre sens, de le faire supporter, et même de le répandre.
L'’excellent logicien Ch. L. Dodgson (plus connu sous le pseudonyme de
Lewis Carroll, et comme l’auteur d'Alice au pays des merveilles) imagine
dans un de ses ouvrages une conversation entre son héroïne et l’irascible
Humpty Dumpty : « Quand j’emploie un mot, dit le petit gnome d’un
ton assez méprisant, il signifie précisément ce qu'il me plaît de lui faire
signifier. Rien de moins, rien de plus. — La question, répond Alice, est
de savoir s’il est possible de faire signifier à un même mot des tas de
choses différentes. — La question, réplique Humpty Dumpty, c’est de
savoir qui sera le maître. Un point, c’est tout?. » Adler a probablement
pris des complexes humains une vue plus pénétrante que celle de Freud.
Je me rappelle qu'un savant de grand mérite, et très parisien, me disait
il y a une quarantaine d'années : « Moi, quand je vois quelque part Enirée
interdite, c’est par là que je passe. » Il est vrai qu'il s'agissait des petites
1. Essai et Nouveaux Essais, III 1x, 19. — 2. Voir Rd semblables chez BeRK&LEY, Hylas et Phüonoüs,
Dialogue 11; chez D'ALemBer, Dücours préliminaire, $ 50; SCHOPENRAUER, Kritik der kantischen Philosophie
Grisebach, E) ; Rosani, Leticra eulla lingua filosofica, dans Introdusion alla félosofia, 404: ete. — 3. Througk th
looking glass, bols à Claselos, 246.
PRÉFACE x!
choses de la vie ; il se gardait bien d'appliquer cette maxime à la science
qu'il professait, et où il était un maitre : un de ses étudiants eût été fort
mal reçu à dire « poids » pour « densité », ou « force » pour « énergie ». Les
philosophes de même tournure d’esprit ont souvent moins de prudence :
et ce n’est pas au profit de leur bonne réputation dans le cercle des
travailleurs intellectuels.
Mais lorsqu'on pense d’une manière originale, il faut bien aussi se
faire une langue à soi? — Rien de plus contestable. « Chez beaucoup
d’entre nous, disait W. James, l'originalité foisonne au point que personne
d'autre ne peut nous comprendre. Voir les choses d’une façon terriblement
particulière n’est pas une grande rareté. Ce qui est rare, c'est qu'à cette
vision individuelle s'ajoute une grande lucidité d'esprit et une possession
exceptionnelle de tous les moyens classiques d'exprimer sa pensée. Les
ressources de Bergson en matière d’érudition sont remarquables, et, en
matière d'expression, tout simplement merveilleusest, »
Quand on dit d’un esprit qu'il est original, on entend suivant le cas
deux choses bien différentes : l’une est une qualité voisine du génie ;
l’autre, un défaut d'esprit qui touche à la sottise. Par la première, on
invente des formes d'art ou d’action nouvelles, on aperçoit le premier des
vérités encore inconnues, mais qui trouveront plus ou moins vite un écho,
sans intérêt individuel et sans violence, à travers plusieurs générations,
voire même qui resteront acquises tant que s'exercera l’hérédité sociale.
Telle fut l'originalité de Socrate découvrant l'analyse des concepts
moraux, de Newton formulant la loi de la gravitation, de Wagner
élargissant les règles de l'harmonie. — Par la seconde, on se différencie
également de la masse au milieu de laquelle on vit ; mais c’est par des
divergences sans valeur, ou même de valeur négative. On se singularise,
on se fait remarquer ; mais on n'apporte rien au développement des
connaissances, de la richesse esthétique ou de la personnalité humaine.
Souvent même c’est à leur détriment qu'on se met en vedette. De cette
originalité-là, il est plus difficile de citer de grands exemples : car elle
disparaît en général sans rien laisser. Il faut songer à certains individus
que l’on a connus soi-même. On peut cependant rappeler un Erostrate,
un Caligula ; on pourrait y joindre l'originalité des conquérants glorieux
ou celle des criminels célèbres ; dans la littérature, les obscuristes de la
décadence latine, ou le nsOtsme: ; en morale, la doctrine de Gorgias,
ou celle des Frères du Libre-Esprit. S’élever au-dessus de la raison consli-
luée, telle qu’elle existe dans le milieu et à l’époque où l’on vit, la modifier
au nom et dans le sens de la raison constituante ; ou bien au contraire
descendre au-dessous des normes acquises, s'en écarter par perversion
L. À pluralislic universe, 226-227.
x1! PRÉFACE
ou par snobisme, c'est également se différencier. Mais les uns se séparent
en éclaireurs, pour frayer la route ; les autres s’égaillent, ou retournent
en arrière.
L'une et l’autre forme d'’altérité se rencontrent dans la formation et
dans l'emploi du langage philosophique.
En affermir, en augmenter la valeur intermentale était donc l’objet
primitif du présent ouvrage. Mais très vite s’est greffée là-dessus une fonc-
tion à laquelle nous n'avions pas songé tout d’abord, et qui a pris peu à
peu une grande place. L'étude critique du langage de la philosophie s’est
trouvée très utile aux étudiants, aux jeunes professeurs, aux lecteurs
divers que préoccupent les questions de cet ordre. Souvent, ils avaient
peine à découvrir le sens exact des termes traditionnels, et ses variétés,
ou faisaient fausse route en croyant les comprendre. Le Vocabulaire,
commencé en vue du thème, a servi surtout à la version. Aussi, dès la
publication des premiers fascicules, les lecteurs ont-ils réclamé de plus
en plus des explications détaillées, souvent même des renseignements
historiques, bibliographiques, encyclopédiques, que les initiateurs de ce
travail n'avaient pas eu l'intention de leur apporter. Car si l’on avait
voulu faire, ainsi que J. M. Baldwin, « un Dictionnaire pour les philo-
sophes » il aurait fallu y insérer, comme lui, des planches anatomiques
représentant les organes des sens, la biographie des philosophes connus,
un résumé de leur doctrine, y joindre un exposé des hypothèses sur la
constitution de l'atome, ou des critiques modernes du transformisme.
Peut-être n'avons-nous que trop suivi cette impulsion, et surtout d’une
manière inégale, selon que les membres ou les correspondants de la société
nous adressaient tel ou tel renseignement, et nous engageaient à le publier.
Nous avons même dû, et de plus en plus, aller au devant de ces desiderata,
à la fois pour éviter un trop grand disparate, et pour ne pas attendre que
telle ou telle indication documentaire nous fôt réclamée sur les cahiers
d'épreuves. Mais nous en avons été si souvent remerciés par nos lecteurs
que si, du point de vue esthétique, nous souffrons un peu de ce manque
d'équilibre, nous ne pouvons guère nous repentir de l’avoir accepté.
C'est également sur l’insistance de plusieurs membres de la Société
que nous avons indiqué sommairement, à côté de chaque terme français,
des équivalents étrangers correspondant — plus ou moins approxima-
tivement — à ses diverses acceptions. Comme nous l’avions fait remarquer
dès l'origine, l'indication de ces équivalences ne pouvait être complète :
et certains critiques qui ont relevé sévèrement ces incomplétudes, sans
tenir compte de nos réserves, nous ont fait regretter de n'avoir pas refusé
carrément d’entrer dans cette voie et de ne pas nous en être tenus, comme
l'annonçait notre avertissement initial, soit aux termes empruntés à une
PRÉFACE xHI
langue étrangère, soit aux termes déjà internationaux, soit à ceux dont
l'équivalence est universellement établie par l'usage des traductions, et
de l’enseignement, comme Mind pour Esprit ou Vernun/l pour raison.
Mais lit-on les Avertissements ? Il est trop évident que nous ne pouvions
songer à faire à nous seuls un vocabulaire franco-italien-anglo-allemand.
Nous n'avons donc pu qu'amorcer un travail international de critique
sémantique auquel nous avions déjà convié les philosophes des autres
pays!. La même raison nous a décidés à supprimer les index de termes
étrangers que l'éditeur avait ajoutés dans la seconde édition, et qui ont
donné lieu à tant de malentendus, malgré précautions et réserves, qu'il
nous a paru préférable de trancher dans le vif.
Nous n'avons pas visé, dans cet ouvrage, à donner des définilions
consiruclives, comme celles d’un système hypothético-déductif, mais des
définilions sémanliques, propres à éclairer le sens, ou les différents sens
d'un terme, et à écarter autant que possible les erreurs, confusions ou
sophismes. Pas plus en cela qu'ailleurs on ne peut partir de rien ; quand
on y prétend, on n'aboutit qu'à n'avoir pas conscience de ce dont on
part. La philosophie sans présupposition est une des formes de ce que
Schopenhauer appelait, non sans raison, le charlatanisme philosophique.
A plus forte raison le but d'un travail de ce genre n'est-il pas de créer ex
nihilo le sens des mots, ni même de constituer décisoirement un jeu de
termes dont un certain nombre seraient adoptés comme indéfinissables,
et les autres construits à partir de ceux-là. On ne doit donc pas traiter
ces définitions comme des principes formels, sur lesquels on a le droit de
raisonner mathématiquement, mais comme des explications, où peuvent
se rencontrer des répétitions de mots, quand elles ne risquent pas de
laisser l'esprit dans l’indétermination. Respice finem, aimait à dire
Leibniz : la fin, ici, n'est en aucune manière de constituer une axioma-
tique, mais de faire connaître des réalités linguistiques, et de prévenir
des malentendus.
Une autre illusion s'est manifestée au cours des discussions qui ont
préparé la constitution de ce vocabulaire. Elle se rattache, elle aussi,
à la méconnaissance de la sémantique : car les vérités de cet ordre sont
encore loin de s'être incorporées, comme celles de la physique élémentaire,
à la mentalité courante des philosophes. C’est la croyance naturelle qu'il
existe une correspondance régulière entre les mots et les choses, et notam-
ment que chaque mot, s'il a plusieurs acceptions, possède du moins
toujours un sens central, générique, dont les autres ne sont que des
applications particulières, un sens privilégié, que la critique philosophique
1. Congrès international de 1900, Comptes rendus du Cmgrés, I, 277. — Cf. ci-dessus, p. x1x et XxI11.
di |
XIV PRÉFACE
se doit de retrouver. Il y a là une confiance dans la sagesse du langage
qui rappellerait celle du Cralyle — si le Cralyle n’est pas un chapelet de
plaisanterics ironiques, à la manière des parodies du Banquel. — On
verra, dans plusieurs des « Observations » ci-dessous, la recherche de
cette unité secrète qui justifierait pour la raison les emplois les plus
divers d'un même mot.
Certes, l’univocité est un idéal auquel tend le langage spontanément,
quoique d’une façon fort irrégulière ; et il y a grande tentation, en toute
matière, d'affirmer comme un fait ce dont on sent fortement la valeur
normative : « Tous les hommes naissent libres, et égaux en droits. » Mais
malheureusement nous en sommes loin, en linguistique comme en poli-
tique ; et la tendance, pour réelle qu’elle soit, est contrecarrée par bien
des accidents. Il suffit d'ouvrir l'Essai de sémantique de Bréal, ou Le
Langage de Vendryes pour savoir qu'en fait les mots changent de sens
par les déviations les plus variées ; souvent, il est vrai, par spécification,
mais parfois aussi par cheminement de proche en proche, ou par rayon-
nement autour de plusieurs centres successifs ; quelquefois même, par
suite de méprises dues à leur Laulbild, ou à leur ressemblance avec un
autre mot de forme voisine. Il scrait absurde de chercher quel est le
«vrai » sens de panier, d’abord corbeille à pain, puis récipient quelconque
en vannerie; puis ustensile analogue, même en fil de fer ; puis support
en baleines pour les jupes, et plus tard simple décor d’étoffe rapporté
sur celles-ci, sans parler de la caisse de bois suspendue sous un fourgon.
Et quel est le « sens fort » de bureau, étoffe de bure, table à écrire, pièce
administrative, personnel qui l’occupe, état-major d’une société ?
Si regrettable que ce soit, il n’en va guère autrement des termes
philosophiques : ils se sont souvent déplacés, eux aussi, au hasard d'’acci-
dents historiques, quoique plus subtils. Objeclif est pris couramment,
de nos jours, pour désigner juste l'inverse de ce qu'il représentait pour
Descartes : et son usage le plus recommandable diffère à la fois de l’un
et de l’autre. Anomalie a pris par contre-sens la valeur de caractère ou
de fait anormal : on ne serait plus compris en lui donnant son sens étymo-
logique*. La fin, borne, cessation ou mort, est bien loin de la fin en tant
que but : on sait pourquoi, mais la transformation n’en est pas moins
captieusc. Les deux idées d'induclion-conjecture et d’inductlion-passage
à un degré supérieur de généralité s'unissent ou se séparent suivant les
circonstances, au grand profit des malentendus et des discussions inutiles.
Et c'est pourquoi il est bien vain de chercher comme Descartes une défi-
1. Voirles« Observations » sur Amour, Lai, Nature, Obligation, Signe, Universalite, eto. Auguste Comte, malgré
la profonceur de son esprit, a fait plu d'une fois l’apologie des « admirables équivoques » des « heureuses ambiguités »
que présentent certains termes (Catéchisme positinise, 2e entretien; Poli. posit., I, 108, eto. — 2. Et par un sin-
gulier paradoxe, le mot même d'éfymologie voulait dire, « étymologiquement » non pas du tout sens originel, mais
vrai sens, sens authentiqua
PRÉFACE XV
nition soi-disant générale de l'amour, qui puisse justifier à la fois l’expres-
sion : l'amour de l’humanité, et l’expression : faire l'amour.
Les sens d’un mot ne sont pas les valeurs d’une variable indéterminée
dont nous pourrions disposer à notre gré. C’est une réalité, qui, pour n'être
pas matérielle, au sens précis du terme, n’en possède pas moins la consis-
tance parfois très dure que présentent certains faits sociaux. Les mots
sont des choses, et des choses fort actives ; ils sont « en nous sans nous »:
ils ont une existence et une nature qui ne dépendent pas de notre volonté,
des propriétés cachées même à ceux qui les prononcent ou les comprennent.
Que l’on songe au halo d’évocations, tantôt intenses, tantôt à peine
conscientes que l’histoire de chaque mot, même inconnue, fait vibrer
si fréquemment autour de lui. Il] y a des mots nobles, comme idéalisme ;
naïfs, comme progrès ; distingués, comme dialectique ; imposants, comme
médiation ; démodés, comme vertu. Le gouvernement de quelques-uns,
disait déjà Aristote, on l'appelle arislocralie quand on pense qu'ils usent
du pouvoir pour le bien public, oligarchie, quand on les accuse de r’en
user qu’à leur profit. Cet import change sans doute d’une époque à l’autre:
témoin le titre amusant et justifié d'Ernest Seillière, De la Déesse Nature
à la Déesse Vie. Mais tant qu'il dure, rien de plus commode pour batailler
et pour se donner l'air d’avoir le sens commun de son côté. Aussi chacun
cherche-t-il à s'emparer des mots émouvants, ou sympathiques, ou à
la mode, de ceux qui ont un reflet de profondeur ou d’autorité.
S'efforcer d'amener les sous-entendus de ce genre à la pleine conscience
est la seule catharsis qui puisse combattre la résistance qu'ils opposent
à la vérité. On ne tombe jamais plus complètement dans le verbalisme
que lorsqu'on affecte de ne pas s'occuper des mots et de se mouvoir
immatériellement dans la pensée pure. L'unique moyen de ne pas en être
victime est de les prendre sans fausse délicatesse pour objet immédiat
de son enquête et de sa critique.
Mais il ne faut pas oublier que si cette précaution est fondamentale,
elle n’est pas la seule à prendre. Une autre vérité mise en lumière par la
linguistique est que le langage ne se compose pas de mots, mais de phrases.
La syntaxe philosophique demanderait donc non moins de surveillance
que le vocabulaire : mais cette critique, jusqu’à présent, ne s’est guère
exercée que d’une manière très accidentelle. Par exemple, un des péchés
d'habitude des philosophes est le pseudo-raisonnement dont on trouve
dans le sorite de Cyrano la parodie franchement bouffonnet. Les tran-
Sitions : « On voit par là... Il en résulte que. On est ainsi conduit à
1.« Paris est la plus belle ville du monde ; ma rueestla plus belle rue de Paris ; ma maison est la plus belle maison
de la rue: ma chambre est la plus belle chambre de la maison : je suis le plus bel homme de ma chambre: je suis
done le plus bel homme du monde. »
XVI PRÉFACE
admettre. » nous mènent doucement à de soi-disant conséquences qui
ne s'appuient sur aucune nécessité. De grands esprits n’y ont pas échappé.
J'ai quelquefois donné à des étudiants, comme exercice de logique, à
prendre une proposition dans le quatrième ou le cinquième livre de
l'Ethique et à reconstituer, en suivant les références de Spinoza lui-
même, la chaîne des démonstrations qui est censée la relier aux axiomes,
définitions et postulats initiaux. Ceux qui ont tenté de le faire ont vite
rencontré tant de ruptures, d’indéterminations, de « petits bonds » et
même de grands qu'ils en ont été amusés ou rebutés. L'Essai d'Hamelin
saute fréquemment à une équivalence tout à fait arbitraire par les
raccords : « Que serait-ce, sinon... ? » ou « Qu'est-ce à dire, sinon... ? »
Et dans le fond, n'est-ce pas encore à peu près le même trope qu’on
retrouve dans la brillante et célèbre formule : « Ce sont là de prodigieux
fardeaux. Ce n’est pas trop de Dieu pour les porter ? »
Nous sourions aujourd’hui des mouvements d'éloquence que Cousin
faisait passer pour des raisons ; mais toutes les époques ont leur rhétorique
philosophique, qui, pour être différente, n’en est pas plus démonstrative :
que l’on songe au foisonnement, chez nos contemporains, des formes
de langage catégoriques ou méprisantes qui tiennent si souvent lieu
d'arguments.
Un autre tour de style consiste à envelopper, dans une phrase qui
sonne bien, une contradiction implicite. On est alors fort à l’aise pour en
faire sortir ensuite les conséquences les plus variées et les plus intéres-
santes, les unes vraies, les autres fausses, puisque le contradictoire
implique n'importe quoi. Sans aller aussi loin, rien n'est malheureusement
plus commun en philosophie que les phrases embrouillées ou vagues,
devant lesquelles le lecteur un peu critique se demande avec perplexité :
« Qu'est-ce que cela veut dire au juste ? » Elles ont deux grands avantages :
l'un est de faire passer comme plausible, si l’on n’y regarde pas de trop
près, une idée qu’on utilisera par la suite, mais dont l'arbitraire ou la
fausse généralité sauteraient aux yeux sans le brouillard discret qui en
estompait les contours. — Le second bénéfice de l’obscur ou de l’insolite,
c'est d'offrir à des esprits divers l’occasion d'v projeter des pensées
différentes : ainsi les uns et les autres se sauront gré de ce qu'ils y mettent,
et sauront gré à l’auteur d’être ainsi d'accord avec eux. Le petit effort
que suscite cette projection donne un agréable sentiment de profondeur,
de même qu'une plaisanterie en langue étrangère, quand on la comprend,
en paraît bien plus savoureuse. Léonard de Vinci recommandait aux
jeunes gens de regarder à quelque distance un vieux mur crevassé,
où ils apercevraient au bout d'un moment des paysages, des foules,
des mouvements hardis, des raccourcis vigoureux et imprévus. Paul Signac,
si je m'en souviens bien, avait photographié un fond de casserole tout
PRÉFACE xvII
incrusté de suie, et faisait admirer à ses amis tout ce qu’on pouvait
y voir avec un peu d'imagination.
Mais ce n’est pas ici le lieu d'essayer un inventaire de ces maladresses
ou de ces habiletés de langage. qui dépassent la simple ambiguïté des
termes. Il s'agissait seulement d'en marquer la place. Les Sophismes
d'Aristote, les Essais et les Nouveaux Essais, les Logiques de Port-Royal,
de J.S. Mill, de H. A. Aikins en ont relevé de bons échantillons ; mais il
reste beaucoup à faire sur ce terrain, et ce ne serait pas un travail stérile.
C'est en poussant à fond la critique du langage, et sous toutes ses formes,
qu'on peut savoir vraiment ce qu’on pense, se désencombrer de ce qui
n’a point de signification réalisable, comprendre ce qu'on lit sans glisser
des idées préconçues à la place de celles que voulair exprimer l'auteur,
et réduire ainsi la part de ce qui reste toujours incertain dans cet, acte,
si immédiat en apparence, si complexe et si difficile en réalité : la trans-
mission d’une idée d’un cerveau à l’autre. Et cependant telle est
la condition nécessaire d’une communauté mentale, sans laquelle il n’y a
pas de vérité.
“Mais cette communauté, qui, pour être réelle, exige des notions bien
éclaircies ct des expressions précises, est-elle souhaitable ? On l’a mis en
doute. Un certain degré d'indécision et d'obscurité passe, chez bien des
individus, pour un climat très favorable à la pensée. Rappelez-vous,
dit-on, ce qu'a écrit si justement M. Édouard Le Roy : « L'invention
s’accomplit dans le nuageux, l’obscur, l’inintelligible, presque le contra-
dictoire. C’est dans ces régions de crépuscule et de rêve que naît la
certitude. Un souci malencontreux de rigueur et de précision -stérilise
plus sûrement que n'importe quel manque de méthode!. » Rien de plus
exact. Mais c'est un grossier sophisme — et l’auteur l’a dénoncé lui-
même — que de transporter à l'œuvre faite, au livre, à la vérification
des idées par leur comparaison, ce qui n’est vrai que de la pensée naissante
et de l'invention. Les os ont été d’abord des tissus presque amorphes,
puis des cartilages flexibles : mais le corps resterait dans un état d'infan-
tilisme pathologique si la charpente n’en prenait assez tôt la rigidité
nécessaire à l’action. Faire l'apologie du vague, de l’incertain, de l’équi-
voque, c'est raisonner a diclo secundum quid ad diclum simpliciler.
Certainement, les obscurités sont fécondes, mais c’est par le travail
qu’elles provoquent pour les dissiper ; les contradictions sont excellentes
à dégager, mais c'est parce qu'elles irritent un esprit actif, et suscitent
l’effort qui les surmontera. En dehors de ce moment dialectique, nul
1. La logique de l'invention, Revue de Métaphysique el de Moral, 1905, 195-197. Cf. La pensée intuitive,
IL: Irrvontion et vérification. »
XVIII PRÉFACE
bénéfice. Ce sont des conditions de passage et non des valeurs en soi.
S'y installer avec complaisance, c’est allumer du feu, et n'y rien faire
chauffer.
Trop de philosophes, ou soi-disant tels, y ont du penchant, soit par
intérêt, soit par goût. Les uns se dissimulent la vétusté, ou l’insignifiance
de ce qu’ils aperçoivent, sous une obscurité verbale qui leur donne l'illusion
de la profondeur ; et leurs lecteurs la partagent, s'ils ne sont pas prémunis
contre cet effet d'optique ; il est si rare d’oser crier : le roi est tout nu ! —
D’autres, plus artistes, aiment les lueurs crépusculaires pour ce qu’elles
prêtent à imaginer : ils changent, comme disait Kant, la pensée en un jeu,
et la philosophie en philocloxie. Mais l'obstacle numéro un à la recherche
de la lumière, c’est bien probablement la volonté de puissance, le désir
d’exhiber ses virtuosités, ou de se ménager un abri contre des objections
trop évidentes. La vérité est une limite, une norme supérieure aux
individus ; et la plupart d’entre eux nourrissent une animosité secrète
contre son pouvoir. Nous touchons ici à l’un des faits les plus primitifs,
même dans l’ordre intellectuel et moral : la lutte de l'autre contre le
même, le faux idéal de la domination, individuelle ou collective, contre
la communauté spirituelle et la paix. Cette anti-philosophie combative
et biomorphique a ravagé l'Europe au nom du prétendu droit de
chaque État de rester souverain, et d'occuper tout son espace vital. C’est à
peine si les hommes la pratiquent moins que les gouvernements. Elle est
toujours prête à miner subtilement ou à attaquer par la force le pro-
gramme de la raison, c'est-à-dire le libre accord pour la vie, et le libre
accord dans la pensée. Travailler au contraire à maintenir celui-ci a été
l'objet premier de ce travail ; et malgré ses utilisations accessoires, il nous
semble bien qu’il en reste encore le principal intérêt.
André LALANDE.
AVERTISSEMENT
DE LA DEUXIÈME ÉDITION
L'idée de cet ouvrage, et de la méthode à suivre pour le constituer, ont été
esquissées d’abord dans un article de M. André Lalande sur : Le langage philo-
sophique et l'unité de la philosophie (Revue de Métaphysique et de morale, sep-
tembre 1898), puis dans une communication faite par lui au Congrès international
de philosophie de 1900 : Sur la critique et la fixation du langage philosophique.
L'auteur y proposait d’instituer dans les divers pays qui prenaient part au Congrès
des groupes d’études spécialement consacrés à ce genre de travail. La fondation
de la « Société française de philosophie », en 1901, résulta d’une fusion entre ce
projet et un projet similaire de M. Xavier Léon, qui visait surtout à prolonger
les heureux résultats du Congrès en permettant, entre savants et philosophes, un
échange d'idées actif et fréquent. C’est ainsi que le présent Vocabulaire fut inauguré
sous le patronage et avec l'appui matériel et intellectuel de la Société, et parut
par fascicules dans son Bulletin, de juillet 1902 à juillet 1923. On en donne ici
une nouvelle édition, révisée, corrigée ou complétée sur bien des points, et aug-
mentée d’un Supplément.
Établir en première rédaction le texte de l'ouvrage, par sections d’une cinquan-
taine de pages en moyenne, l’imprimer sous la forme d’un « cahier d'épreuves »
à grandes marges, de manière à permettre de l’annoter facilement ; lecommuniquer,
en cet état, aux membres de la Société et à un certain nombre de correspondants
français et étrangers qui s'intéressaient à cette entreprise ; recueillir et comparer
leurs critiques, leurs additions, leurs observations ; conserver dans le texte définitif
tout ce qui avait été admis sans conteste, ou du moins par la presque unanimité
des lecteurs ; soumettre à la Société de philosophie, dans une ou deux séances
annuelles, les points les plus litigieux, y provoquer une nouvelle discussion et,
dans la mesure du possible, l'expression d’un jugement commun, — enfin colla-
tionner le tout, en tirer une rédaction définitive du texte, reproduire, sous forme
de notes courantes au bas des pages, les opinions personnelles et divergentes, les
réflexions échangées en séance, les remarques complémentaires qui ne trouvaient
pas leur place naturelle dans le corps même des articles ; — tel a été, dans ses
grandes lignes, l’ordre suivi pour constituer cet ouvrage.
Le texte des deux premiers fascicules, contenant la lettre A, avait été élaboré
par M. Lalande, sauf pour les articles concernant les termes de logique, qui étaient
dus à M. Couturat. Une première révision en avait été faite en commun par l’un
et l’autre, avec le concours de AM. Delbos ; et tous les trois avaient encore relu
avant l'impression le texte définitif, rédigé par M. Lalande après dépouillement
et comparaison des observations, d’ailleurs peu nombreuses, qu'avait provoquées
ce premier essai.
Il en fut à peu près de même pour les quatre lettres suivantes, de B à E,
sice n’est que M. Delbos, absorbé par son grand travail sur La philosophie pratique
de Kant, ne put continuer à prendre part aux séances de révision préliminaire.
xx AVERTISSEMENT
Il donna seulement, en 1906, pour l’article Fin, la note qu’on y trouvera sur
l'expression « Règne des Fins ». En revanche M. Gustave Belot voulut bien apporter
son concours à la préparation des cahiers d’épreuves en y rédigeant les articles
Charité, Chose, Clan, Clinamen, Croyance, Cynisme ; Démiurge, Devoir, Dualisme ;
il collabora aussi avec M. Lalande aux articles Certitude, Commutative (Justice),
et Égoïsme ; — M. Victor Egger fournit des notes en vue de Déterminisme, Droit,
Introspection ; — à M. Élie Halévy était due la première rédaction d’ Économie
politique.
A partir de 1906, c’est-à-dire après la publication du fascicule contenant
la lettre E, M. Couturat dut renoncer à son tour à la préparation des cahiers
d'épreuves : il se consacrait de plus en plus à son infatigable campagne pour
l'adoption d’une langue auxiliaire internationale, et pour le perfectionnement de
l’'Esperanto, qui devait aboutir à la création de l’Ido, et absorber presque exclu-
sivement, pendant ses huit dernières années, son admirable activité intellectuelle.
Cependant il avait préparé d'avance, en tout ou en partie, une douzaine d’articles
de logique pour la lettre F, et deux pour la lettre G. Il remit ces notes à M. Lalande,
avec la permission d’en user à son gré. Quelques-unes purent être insérées sans
changement ; toutes fournirent d’utiles matériaux pour l’établissement du texte.
Mais surtout, en cessant de prendre part à la rédaction des fascicules, M. Couturat
ne cessa pas de s’intéresser activement au progrès de l’ouvrage, d’y aider par
d’utiles conseils toutes les fois qu’on avait recours à lui, d’en reviser les épreuves
avec le soin, la science et la lucidité d’esprit qu’il apportait à tout son travail,
enfin de choisir jusqu’à sa mort les radicaux internationaux les plus propres à
représenter dans une langue artificielle, les termes philosophiques et leurs diffé-
rentes acceptions. Après le tragique accident qui vint arrêter son œuvre, en 1914,
c'est encore grâce à ses recherches linguistiques qu’a pu être poursuivie cette
nomenclature : on a toujours consulté, pour l’établir, le grand Dictionnaire
Français-Ido qu’il avait composé avec M. de Beaufront, et qui a paru à la librairie
Chaix en 1915.
À partir dela lettre F, M. Lalande a donc continué seul à assurer la rédaction
des cahiers d'épreuves, leur envoi aux correspondants étrangers, le dépouillement
des réponses, la préparation des séances de discussion, l’établissement et la correc-
tion des fascicules définitifs. Tout ce qui n’est pas signé ou ce qui, dans les obser-
vations, est signé seulement A. L., est de lui ; on trouvera en note, pour chaque
article, l’indication des cas où son texte primitif a été remanié ou complété d’après
les critiques ou les notes de tel ou tel collaborateur.
Parmi ceux-ci, un témoignage tout particulier de reconnaissance est dû à
M. Jules Lachelier. Ce maître si profond, si sûr, sachant tant de choses et les
sachant si bien, a fait bénéficier ce travail, tant qu’il a vécu, d’une révision critique
inestimable. Malgré le mauvais état de ses yeux, il n’a jamais manqué de lire,
de corriger et d’annoter d’un bout à l’autre chacun des cahiers d'épreuves, avec
une attention et une patience auxquelles nous devons une foule d’observations
précieuses. Ses notes vont jusqu’au mot Spiritualisme : le peu de choses qu’il a
publiées par ailleurs, la défense qu’il a faite d'imprimer après sa mort ses brouillons
ou sa correspondance donnent d’autant plus de valeur à un apport dont il suffira
de feuilleter ce livre pour mesurer l'utilité et l’étendue.
"+
Après l’impression de la lettre Z (Bulletin de la Société de philosophie,
février 1922), il a été fait une nouvelle rédaction très augmentée et très remaniée
de la lettre À, qui n’avait été ni annotée ni composée de la même manière que les
AVERTISSEMENT XXI
suivantes. Elle a paru dansle Bulletin de la Société de philosophie de juillet 1923.
C'est ce qui explique que dans la présente édition, où l’on a dû, pour des raisons
trop faciles à comprendre, utiliser autant que possible des empreintes prises sur
la composition des anciens Bulletins, la lettre A est exactement conforme dans
sa typographie aux lettres F et suivantes, tandis que les lettres B-E présentent
quelques petites différences dans l'emploi des caractères — différences assez
minimes d’ailleurs pour n’apporter aucune gêne à ceux qui se serviront de l’ou-
vrage, et peut-être même pour passer inaperçues de beaucoup d’entre eux.
Les textes allemands, anglais ou italiens cités dans le corps des articles sont
traduits en note. Mais ici encore, il y a quelque irrégularité résultant de la longue
période sur laquelle s’est échelonnée la composition de cet ouvrage. On trouvera
donc ces traductions, pour les lettres B à H, avec les « observations » ; pour la
lettre A, et à partir de la lettre I, au bas de la colonne où figure le texte, ce qui
a paru plus commode : l’imprimeur ayant fait commencer régulièrement les
« observations » sur un terme à la page même où commençait l’article correspon-
dant, la première disposition forçait souvent à chercher la traduction assez loin
du passage qu’elle accompagnait!.
I en est naturellement de même, et pour la même raison, des critiques,
remarques ou commentaires des correspondants, ou des discussions engagées
dans les séances de la Société, qui constituent ces observations. C'est ainsi par
exemple qu’on trouvera au rez-de-chaussée de la page 17 un commentaire de
M. Maurice Blondel sur ce qui est dit pages 18 et 19, au sujet de sa « Philosophie
de l'Action »; p. 320-321, des observations de M. J. Lachelier qui s'appliquent
à la « Critique » des pages 323-325 ; etc. — Ces petites discordances sont rares,
et l’on s’est efforcé de les réduire dans cette nouvelle édition : cependant, il a
paru nécessaire d’en avertir et de recommander à ceux qui consultent des articles
d'une certaine longueur, de parcourir toutes les observations insérées sous la
même rubrique, et non pas seulement ce qui se trouve à la page même qu'ils
auront sous les yeux.
On s’étonnera peut-être, si l’on a l’occasion de comparer les fascicules du
Bulletin et le présent ouvrage, de voir que certaines des observations, surtout
dans les dernières lettres, sont plus ou moins modifiées : elles l’ont été à la demande
de leurs auteurs eux-mêmes. Pour quelques-unes d’entre elles, la nouvelle rédac-
tion, trop étendue pour trouver place dans le corps du Vocabulaire, a dû être
reportée au supplément. — Celui-ci contient, également, outre un assez grand
nombre d’articles nouveaux, ou d’additions aux articles anciens, les observations
reçues après la publication des textes auxquels elles se rapportaient, et la repro-
duction de quelques notes assez longues, qui avaient paru sous forme d’appendices
dans certains numéros du Bulletin.
+
Avec un peu de complaisance, le vocabulaire philosophique pourrait être
étendu à tous les mots dont usent non seulement la Logique, la Morale, l’Esthé-
tique, et la Philosophie générale ou Métaphysique, mais encore la Psychologie
et la Sociologie, et, par l'intermédiaire de celles-ci, à un grand nombre de termes
appartenant à la biologie, à l’histoire, au droit, à la science économique. Il a donc
fallu se limiter. En ce qui concerne les quatre premières divisions, c’est-à-dire
la Philosophie générale et le groupe des sciences normatives fondamentales, qui
1. A partir de la sixième édition (1950), les traductions des textes de ces trois langues ont été mises uniformément
tu bas des colonnes.
XXII AVERTISSEMENI
constituent vraiment le centre des études philosophiques, cette limitation n’a pas
été sévère : on a même fait place à plusieurs termes de physique, qui se trouvaient
étroitement liés à des questions cosmologiques, comme Énergie, Entropie, Force,
Quanta… ainsi qu’à des termes de mathématiques qui touchent de près à des
questions de logique ou d’épistémologie Analyse, Fonction, Hyperespace,
Nombre, etc. La plupart des noms de sciences, tels qu’ Algèbre, Biologie, Géométrie,
Histoire. sont également analysés dans ce travail, et pour des raisons de même
nature. — Quant aux deux dernières divisions, on a cru devoir écarter tout ce
qui, dans la psychologie ou la sociologie, concerne seulement des problèmes très
spéciaux ou très périphériques de ces études elles-mêmes. Bien qu’on trouve dans
certains dictionnaires philosophiques de la France ou de l’étranger des termes
tels que Cellule, Faradisation, Myopie, Tympan, ou encore Apprentissage, Entre-
preneur, Juridiction, etc.. nous avons jugé impossible d’aller jusque-là sans donner
à ce travail, déjà bien long, des dimensions inacceptables, et sans nous engager
dans une encyclopédie qui en ferait perdre de vue le but essentiel : étudier les
termes dont le sens présente un intérêt philosophique, et dans la mesure du possible
le préciser, ou du moins en marquer nettement les acceptions équivoques. Bien
entendu, par conséquent, les termes de psychologie ou de sociologie qui répondent
à ce programmefigurent ici à leur rang. Pour fixer les idées par quelques exemples
positifs opposés aux exemples négatifs qui précèdent, on trouvera dans les pages
suivantes : Achromatopsie, Aliénation, Agraphie, Amusie, Aphasie, Confusion
mentale, Image consécutive... ; — Anarchie, Aristocratie, Capital et Capitalisme,
Caste, Chrématistique, Clan, Démocratie, et beaucoup d’autres termes présentant
le même caractère. Sans doute, la limite est impossible à tracer : plus d’un lecteur
se demandera pourquoi tel mot a reçu droit de cité quand tel autre est absent.
C’est le plus souvent en raison d’une différence dans l'intérêt philosophique qui
s'y attache, ou quelquefois parce que l’un des deux prête spécialement à des équi-
voques qu’il était utile de signaler. Mais il va de soi que ce sont là, pour une
large part, des questions d'appréciation.
Nous avons laissé de côté certains sens non philosophiques des mots que nous
analysions par ailleurs ; dans d’autres cas, nous les avons mentionnés. Il ne peut
y avoir, à cet égard non plus, une règle générale et invariable. Nous avons tâché
cependant de suivre à peu près celle-ci : quand la conscience sémantique de l’iden-
tité du mot nous paraissait exister, nous en avons tenu compte ; quand elle nous
semblait éteinte, nous avons omis ces homonymes!. Pour prendre des types
extrêmes, il ne pouvait être question d’inscrire correspondance (échange de lettres) ;
occasion (au sens d'objet à bon marché) ; ou encore logistique (au sens militaire :
art de préparer les logements, bien que Poincaré se soit amusé à le rappeler).
Mais il nous a semblé qu’il y avait lieu de mentionner image, au sens de représen-
tation concrète, de dessin ; manie, au sens d'habitude ou de goût dominant et
bizarre ; phénomène, au sens de fait surprenant, et bien des acceptions analogues.
En ce qui concerne l’histoire, ont été définis, sauf erreur ou omission, tous les
termes qui peuvent se trouver encore sans explication dans des écrits contempo-
rains. On n’a cité les acceptions historiques tombées en désuétude que dans la
mesure où elles servaient à expliquer ou à justifier un usage actuel. Aller plus
loin aurait été viser à faire, dans le premier cas, un dictionnaire d’histoire de la
philosophie ; dans le second, un recueil d’études sur l’histoire de chaque terme :
chose impossible, alors que, pour certains d’entre eux, cette histoire demanderait
un volume. Il serait à souhaiter que des monographies de ce genre fussent entre-
1. M. Bally a appelé les mots de cette sorte « homonymes sémantiques » (décliner un nom, décliner une offre) par
opposition aux homonymes proprement dits {lousr. de Incare ; louer, de laudare).
AVERTISSEMENT XXII
prises, au moins pour les termes les plus importants, sous une forme proprement
philologique et sémantique, qui n’élargisse pas l’histoire précise du « mot » sous
prétexte d’y faire entrer toute l’histoire de l’ « idée » : ce seraient de précieuses
contributions à l’intelligence de la langue et par suite, des problèmes philoso-
phiques, sous leurs formes plus anciennest, On s’est ici concentré, en règle générale,
sur l’état présent du vocabulaire ; mais on trouvera souvent dans les « remarques »
ou les « critiques » des indications propres à amorcer le travail plus étendu dont
nous venons de parler.
Chaque tête d'article est suivie des équivalents étrangers les plus voisins
en D. (Deutsch, allemand) ; E. (English, anglais) ; L (Italiano, italien). Ces initiales
ont été rangées par ordre alphabétique, suivant l’usage des linguistes, sans vouloir
marquer par là aucune préférence philosophique. Les équivalents grecs (G.) ou
latins (L.) n’ont été donnés que lorsqu'il y avait des raisons spéciales de le faire.
— Mais dans tous les cas, on n’a considéré en principe que le mot français, et
l’on n’y a ajouté de définition ou de texte concernant les mots d’autres langues
que lorsqu'il s’agissait, soit de termes empruntés à un original étranger, tels
qu’Évolution où Noumène ; soit de termes déjà internationaux (il y en a un très
grand nombre, encore que les acceptions de ceux-ci varient quelquefois singuliè-
rement d’un pays à l’ autre)? ; soit enfin de termes dont l’équivalence est univer-
sellement établie : c’est ainsi qu’on trouvera, à l’article Ame, les sens du mot
dvyh dans l’aristotélisme ; à l’article Jntuition, des textes sur Anschauung ; à
l'article Raison, les divers emplois philosophiques de Vernunft, etc.
CINQUIÈME ÉDITION
Tous les articles nouveaux et les additions aux articles anciens ont été révisés
par M. E. Bréhier et M. D. Parodi. Ils l’ont été également, jusqu’à la page 900,
par M. Ch. Serrus, dont la fin subite, en pleine activité intellectuelle, a été une
grande perte pour la Société française de philosophie.
D’autres membres correspondants de la Société, trop nombreux pour être
énumérés ici, ont contribué à la rédaction de tel ou tel de ces articles. On trouvera
leur nom indiqué aux Observations correspondantes.
HUITIÈME ÉDITION
La présente édition, comme les précédentes, a été attentivement revue,
retouchée sur quelques points de détail, et augmentée de divers articles ou obser-
vations, qu’on trouvera dans le Supplément. Les renvois à celui-ci, qui n’étaient
donnés antérieurement que dans certains cas, où ils avaient semblé plus parti-
a —
1. Ce travail a été entrepris depuis lors pour un certain nombre de mots par le « Centre International de Synthèse »
sous la direction de M. Henri Berr. (Note ajoutée à la cinquième édition.) — 2. Les termes usités à la fois en anglais
et en français sont partioulièrement fertiles en écarts de ce or qui donnent souvent lieu, dans les traductions,
# des contresens ou à des non-seus. Actu}, Control, Description, E logy, Evidence, Immaterial, Qualification,
Sanction, ete. ,admettent desemplois où il est absolument impossible de les rendre par le mot français correspondant.
XXIV AVERTISSEMENT
culièrement utiles, ont été généralisés, et étendus, dans le corps de l'ouvrage, à
tous ceux des articles qui en comportaient.
Cette révision, ainsi que la mise en œuvre des communications reçues de
divers correspondants, demandaient un travail dont M. Lalande, en raison de
son âge et du mauvais état de sa vue, n'aurait pu se charger à lui seul : M. René
Poirier, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, et M. Roger Martin,
agrégé de Philosophie, bibliothécaire de l’École Normale supérieure, ont bien
voulu s’y intéresser, et ont largement contribué à le mener à bien. L'auteur et la
Société française de Philosophie leur en expriment ici leurs très vifs remerciements.
NOTE SUR LES RADICAUX INTERNATIONAUX
Les radicaux internationaux indiqués à la fin des articles ne sont
pas des mots complets ; ils sont destinés à recevoir les terminaisons
conventionnelles qui, dans une langue artificielle, marquent le subs-
tantif (singulier ou pluriel), l'adjectif, le verbe à ses différents modes
et temps, etc., ainsi que les préfixes ou suflixes qui permettent la
dérivation. Par exemple Æoncept.… donnera koncepto (concept) ;
koncepta (conceptuel, au sens de : qui est un concept); konceptala
(conceptuel, au sens de : relatif aux concepts) ; konccptigar (concep-
tualiser, transformer en concept) ; et ainsi de suite. On devra donc,
quand le radical international n’est pas indiqué à la fin d’un article,
voir d’abord s’il ne se déduit pas immédiatement de la racine donnée
dans un article voisin.
Le plus souvent, au contraire, ces suffixes ont dû être mentionnés
expressément, dans la formation du radical, pour correspondre au
mot français, ou pour en distinguer les divers sens ; par exemple :
nosko, connaissance (acte de connaître) ; noskato, connaissance (chose
connue, at. suffixe du participe passé passif); nedetermineso,
indétermination (caractère de ce qui n’est pas déterminé) ; malde-
terminismo, indéterminisme (doctrine contraire au déterminisme).
Un jeu de préfixes ou de suflixes de ce genre, quand ils sont bien
choisis et employés proprement, donne à une langue artificielle beau-
coup de souplesse et de précision. Voici, pour l’usage philosophique,
les plus intéressants d’entre eux, dans le système Jdo, qui a réalisé
jusqu’à présent, la méthode de dérivation la plus parfaite :
Préfixes : mal-, contraire ; mi-, à moitié ; mis-, à tort, de travers ;
ne-, négation pure et simple, sans opposition de contrariété ; pre,
avant ; re-, répétition ; sen-, privation.
Suffixes . -aj, chose faite de ; -al, relatif à ; -ar, collection, réunion
(p. ex. vortaro, vocabulaire) ; -ebl, qui peut être. (p. ex. qui peut être
vu, compris, désiré, etc.) ; -end, qu’on doit... (participe latin en dus) ;
-es, être, état de ce qui est tel ou tel (sert à former des termes abs-
traits : vereso, vérité, au sens : caractère de ce qui est vrai) ; -esk,
commencer (volesko, velléité, commencement de volition); -if,
produire ; -ig, rendre ; -ij, devenir ; -ë, moyen, instrument pour... ;
-iv, qui peut ; -o3, pourvu de ; -ur, produit par ; etc.
(D’après le Franca Guidlibreto de CouTURAT et LEAU,
Paris, Chaix, 1908.)
ABRÉVIATIONS
G. Grec. — L. Latin. — D. (Deutsch) Allemand. — E. (English)
Anglais. — I. (Italiano) Italien.
Rad. int. : Radical international.
Vo, sub Vo fverbo, sub verbo) : renvoi à un article d’un dictionnaire ou
vocabulaire.
In, Ap. (ir ou apud, dans) : texte cité dans un autre texte, ou publié
dans un ouvrage collectif.
Pp : Proposition. — R : Relation.
Pr, Ppr : Principe, proposition première.
S, P : Sujet et prédicat (dans une proposition représentée schéma-
tiquement).
L’astérisque * indique qu’il y a lieu de se reporter à un article du présent
Vocabulaire. La lettre (S) renvoie au Supplément.
Les titres d'articles entre guillemets indiquent, soit un néologisme, soit un
terme spécial à la langue d’un auteur ou d’une école.
Lettre de M. N... (sans autre référence) : lettre écrite par M. N... en réponse à
l'envoi d'épreuves du Vocabulaire, où à l’occasion de l1 publication d’un des
fascicules.
Nous avons écrit en abrégé un certain nombre de mot; très usuels (Loc. pour
Lociqur, Psycu. pour PsycnoLoc1ie. etc.) ainsi que des titres d’ouvrages très
connus et faciles à suppléer. Quelques références ont été réduites au nom de
l'auteur ; ce sont : Acap. pour Dictionnaire de l’Académie française (1878) ; —
Bazpwin pour Dirtionary of philosophy and psychology edited by J. M. Baldwin;
— BoniTz. pour son Index Aristotelicus ; — Daru. et HarTz., pour le Dictionnaire
de la langue française par MM. Darmesteter, Hatzfeld et Thomas (avec la colla-
boration de M. Sudre); — DecHAuBRE, pour Dictionnaire usuel des Sciences
médicales sous la direction de MM. Dechambre et Lereboullet (articles de philo-
sophie par M. Victor Egger) ; — E1sLer, pour son Wôrterbuch der philosophischen
Begriffe und Ausdrücke ; — Fnaxck, pour le Dictionnaire des Sciences philoso-
phiques publié sous sa direction ; — GonLor, pour son Vocabulaire philosophique ;
— GocLENIus, pour son Lexicon philosophicum ; — LiTTRÉ, pour son Dictionnaire
de la Langue française ; — MELLIN, pour son V'ôürterbuch der Kritischen Philoso-
phie; — MurRAY, pour À new english Dictionary on historical principles (Oxford) ;
— Ricier, pour le Dictionnaire de physiologie publié sous sa direction; —
Ranzoui, pour son Dizionario di Scienze filosofiche.
Les citations de Descartes, suivies de l'indication « Ad. et T. » renvoient à la
grande édition des Œuvres de Descartes par Adam et Tannery. Mais plusieurs de
ses ouvrages sont cités directement par parties ou chapitres et paragraphes. Par
exemple Méth., IV, 7 — Discours de la méthode, 4° partie, $ 7.
Leisniz, Gerh. (= édition Gerhardt, Philosophische Schriften) ; Gerh. Math.
(= édition Gerhardt. Mathematische Schriften).
Les lettres À et B, à fa suite des citations de KANT, Xrut. der reinen Vern.
(Critique de la Raison pure), désignent respectivement la première et la seconde
édition, L’indication des pages de ces éditions est reproduite dans celle de Kehr-
bach (in-16, Reclam) à laquelle il a été aussi fait quelques renvois.
1. À. 1° Symbole de la proposition
universelle affirmative* en Logique, sui-
vant les vers mnémoniques classiques :
Asserit À, negat E, verum generaliter ambo ;
Asserit I, negat O, sed particulariter ambo.
29 Symbole de la proposition modale
dans laquelle le mode* et le dictum*
sont affirmés l’un et l’autre.
2. A... ou AN... (G. à privatif). Préfixe
employé assez librement, dans la langue
philosophique contemporaine, pour for-
mer des termes ayant le sens strict
de privation, non de contrariété. Voir
Amoral*, anesthétique*, etc.
A = A. Formule souvent employée
pour exprimer le principe d'identité.
Voir Identité*.
CRITIQUE
Si cette formule est entendue au
sens des logisticiens, elle ne doit pas
être tenue pour primitive : elle se déduit
en effet de la formule a 2 a et de la
définition du signe = {au sens logique) :
(a=b.29 :a2b.b3a. iDf)
{a2bb3a:2:a=b. \Df)
Si elle est entendue au sens large,
elle devrait s’écrire : A = A.
Aballété, voir Aséité*.
ABAQUE, G. “AGuë£ ; L. Abacus.
À. En Arithmétique, tableau servant
à effectuer les additions et soustrac-
tions (analogue à un boulier-compteur).
Aussi l’art du calcul numérique s’appe-
lait-il au moyen âge abaque (Liber
Abaci, de LEoNARDUS Pisanus, dit
Figonacci, 1202).
B. En Logique (abaque de JEVONS),
tableau à double entrée représentant
les combinaisons de n termes simples
a, b, c, … et de leurs négations*, au
nombre de 2. Ce tableau sert à tirer
les conséquences logiques de prémisses
données, suivant la méthode de JE-
vons (Pure Logic, p. 80).
C. En Méthodologie : tableau de
courbes servant au « calcul graphique »,
c'est-à-dire à la détermination de cer-
taines grandeurs par le recoupement de
ces tracés.
Rad. int. : Abak.
ABDUCTION, CG. ’Arœywyñ. — ARIs-
TOTE appelle ainsi un syllogisme dont
la majeure est certaine et dont la
mineure est seulement probable : la
conclusion n’a qu’une probabilité égale
à celle de la mineure. (Prem. Anai.,
11,25; 69%20 etsuiv. Voir Apagogique*.)
Peirce appelle abduction tout rai-
sonnement dont la conclusion est seu-
lement vraisemblable.
Voir Induction* et Raisonnement*.
Rad. int. : Abdukt.
ABERRATION, D. Abirrung; E.
Aberration ; I. Aberrazione. (Ces deux
derniers mots sont de sens large, et
Observations de MM. les Membres et Correspondants de la Société
Sur Aberration. — Il importe de distinguer, au sens A, aberration et déviation.
Le mot aberration devrait être plus spécialement réservé aux anomalies, qui, à
tort ou à raison, paraissent évitables, et par suite, surtout aux anomalies des
fonctions intellectuelles. Cf. cette phrase de ProuDHon : « La recherche de l'absolu
est le caractère du génie humain ; c’est à cela qu’il doit ses aberrations et ses chefs-
d'œuvre. » Justice, Dixième Étude ; ch. 111, 23. (L. Boisse.)
ABERRATION h L 2
s’appliquent presque à tout désordre ABNÉGATION, D. Entsagung; —
mental.) E. Abnegation (rare) ; Self-denial ; _—
A. Sens technique : anomalie d’une | au sens B, Self-sacrifice ; — I. Abne-
fonction spéciale, qui l'empêche d’at-
teindre sa fin normale : aberration de
la vue, d’un instinct.
B. Sens vulgaire : trouble mental
caractérisé par une erreur, une absur-
dité, un oubli graves, mais passagers,
dans une matière bien connue du sujet.
CRITIQUE
Le sens B est à éviter toutes les fois
qu’il peut prêter à confusion.
Rad. int. : À. Deviac ; B. Aberac.
gazione.
A. Renoncement de l’homme à tout
ce qu’il a d’égoïste, et même d’indivi-
duel, dans ses désirs.
B. En un sens moins fort, sacrifice
volontaire, au profit d’autrui, d’une
tendance naturelle. Absolument : sacri-
fice volontaire de soi-même aux autres.
Cf. Altruisme*.
État d’esprit consistant dans la dis-
position à ce sacrifice.
Rad. int. : Abneg.
Sur Abnégation. — Par son origine historique, par son sens technique, ce terme,
ABSENCE
ABOULIE, du G. ’Afoukia ; D. Abu-
lie, Willenslosigkeit; E. Aboulia; I.
Abulia.
Ensemble de phénomènes psycholo-
giques anormaux, « consistant dans
une altération de tous les phénomènes
qui dépendent de la volonté, les réso-
lutions, les actes volontaires, les efforts
d'attention. — Il y a ainsi des aboulies
de décision* et des aboulies d’exécution*;
et l’on distingue encore parmi celles-ci
l’aboulie motrice (cf. Apraxie*) ; l’abou-
lie intellectuelle (appelée par GucE apro-
sexie, incapacité de s'appliquer), celle
qui se manifeste par le trouble ou l’im-
possibilité de l’attention ; l’aboulie de
résistance, celle qui consiste en une
exagération pathologique de l'esprit
de contradiction dans les actes. — On
appelle aboulie systématisée celle qui
porte sur une certaine catégorie d’actes
seulement. (D’après Pierre JANET, ap.
RicerT, sub Vo.
« ABRÉACTION »: D. Abreagie-
ren. — Terme d'origine freudienne :
réaction par laquelle l'organisme se dé-
charge d’une impression ou d’une exci-
tation qui, en l’absence de ce dérivatif,
pourrait causer des troubles durables.
Se dit quelquefois, plus généralement,
de toute réaction de défense.
1. ABSENCE, D. Abwesenheit ; E.
Absence ; I. Assenza.
Caractère de ce qui n’est pas en un
lieu ou en un sujet déterminé, alors que
qui appartient surtout à la langue de la morale ascétique et chrétienne, se rattache
à l'Évangile (Matth., XVI, 24 ; Luc, IX, 23, etc.). « Si quis vult venire post me,
abneget semetipsum et tollat crucem suam quotidie. » Il implique primitivement
la négation de l’égoisme qui se fait centre et tout, la négation par conséquent d’une
négation et d’un obstacle à la vie supérieure de l’esprit et à l’union divine. C’est
affaiblir ou même dénaturer la signification du mot que de lui faire désigner un
simple désintéressement social ou un altruisme pratiquant : ce renoncement pour
les autres vient de plus profond et vise plus haut : il exprime la libération de l’âme
par une charité universelle. — Tel est le sens traditionnel, ainsi que le définit par
exemple l’avertissement placé en tête des « Institutions de Thaulère (Tauler),
traduites par les religieux de l’ordre des Frères Prêcheurs (Dominicains) du
Faubourg Saint-Germain » (3° édition, 1681). « L’abnégation de soi-même n’est
autre chose qu’un oubli général de tout ce qu’on a aimé dans la vie passée...,
parce que notre avancement en Dieu n’arrive à sa perfection que par la ruine de
notre vieil homme. » LE1BN1Z écrivait à Morell le 24 novembre 1696 : « J’ai acheté
les œuvres de Sainte Thérèse et la vie d’Angèle de Foligno où je trouve des choses
admirables, reconnaissant de plus en plus que la véritable théologie et religion
doit être dans notre cœur par une pure abnégation de nous-mêmes, en nous aban-
donnant à la miséricorde divine. » (Baruzi, Leibniz, Bloud, 1909, p. 337). Ce mot
d'abnégation est employé plusieurs fois par Leibniz en ce même sens, résumé dans
ce texte curieux et énergique : « La négation de soi-même est la haine du non-être
même en nous, et l’amour de la source de notre être personnel, c’est-à-dire de
Dieu. » (Jbid., p. 375.) Renier le moi haïssable, c’est préparer l'avènement du moi
meilleur. (Maurice Blondel.)
— L'abnégation est une variété, une espèce de sacrifice. C’est un sacrifice qui
implique, au préalable, une sorte de renoncement intellectuel. Il y a un jugement
de séparation, un jugement par lequel nous déclarons que telle tendance ou passion,
tel intérêt doivent disparaître de notre horizon, se trouvent niés (negare), placés
loin de nous {ab}. Dès lors, l’amputation n’est pas douloureuse. L’affectif est réduit
au minimum. En un sens, l’abnégation nous épargne la peine du sacrifice. Le
sacrifice est une abnégation qui commence par le cœur ; l’abnégation est un sacri-
fice que l'intelligence inaugure, consomme et épuise. L’abnégation est la forme
intellectuelle du sacrifice. (L. Boisse.)
— Il nous paraît douteux que le mot ait réellement cet import intellectualiste.
Negare a d’ailleurs, en latin, un sens beaucoup plus actif et affectif, moins étroite-
ment logique que le français nier. Il veut dire aussi bien refuser : « Negare opem
patriæ. » (A. L.) — Non seulement negare n’a pas un sens purement intellectuel,
mais je ne vois pas qu’en fait, ce qui importe davantage, l’usage justifie la restric-
tion du mot à ce qui dépend de l'intelligence. On dira très bien que telle vieille
domestique a soigné ses maîtres avec une parfaite abnégation ; en quoi serait-ce
l'intelligence qui « inaugurerait » ce sacrifice ? Le sens impliqué dans ce mot est
celui d’un degré de désintéressement, ou d’une expression du désintéressement qui
dépassent le simple « oubli » de soi. (G. Belot.)
Sur Aboulie, — Des actions dont le contenu reste le même peuvent être exé-
cutées à divers degrés de perfection psychologique, avec une tension psychologique
plus ou moins élevée. J’ai été amené à distinguer grossièrement neuf degrés prin-
cipaux que l’on peut désigner de la façon suivante : 1° Actes réflexes ; 2° Actes sus-
pensifs ; 3° Actes sociaux ; 4° Actes intellectuels ; 5° Actes asséritifs ; 6° Actes
réfléchis ; 7° Actes ergétiques ou rationnels ; 8° Actes expérimentaux ; 99 Actes
progressifs. (Cf. La tension psychologique, ses degrés, ses oscillations, The British
Journal of Psychology, Medical section, octobre 1920, janvier et juillet 1921.) A
chaque degré se présentent des troubles de l’action, qui perd le degré supérieur,
etquiretombe, souvent avec exagération, au degréinférieur. Le mot aboulie, quand
il est employé d’une manière précise, ne désigne pas la suppression d’une action
d’un degré quelconque ; il désigne exactement la suppression de l’action réfléchie,
l'impossibilité de donner à l’acte la forme d’une décision, c’est-à-dire d’une volonté
ou d’une croyance arrêtées après délibération. Le plus souvent, il y a en même
temps chute au degré inférieur, exagération de l’action asséritive que l’on désigne
sous le nom d’impulsion ou de suggestion. (Pierre Janet.)
Sur Absence. — L'idée d'absence est importante en psychologie, et il n’en a pas
été suffisamment tenu compte jusqu'ici. Il y a, en réalité, une conduite de l'absence
qui est l’un des points de départ de la notion du temps et de la notion du passé.
La conduite de l'absence comporte une certaine forme de la conduite de l’attente,
avec une agitation spéciale par dérivation. (Pierre Janet). — Cf. Attente*.
ABSENCE
sa présence en ce lieu ou en ce sujet
est considérée comme normale, comme
habituelle, ou pour le moins comme
réalisée en d’autres circonstances.
Table d'absence. Voir Tables*.
Rad. int. : Absent.
2. ABSENCE, D. Zerstreutheit ; E.
Absent-mindedness. Abstraction ; I. Dis-
trazione.
Psycnor. Forte distraction momen-
tanée rendue sensible par un manque
d'adaptation aux circonstances.
Rad. int. : Distrakt.
ABSOLU, du L. Absolutus, parfait,
achevé, mais dont le sens moderne a
subi l'influence du radical solvere. Voir
Critique ci-dessous. — D. Absolut ;
E. Absolute ; I. Assoluto. S'oppose dans
presque tous les sens à relatif*.
1. LociQue et PsycHoLoGiE
A. « (Terme) absolu », chez les gram-
mairiens, par opposition aux « termes
relatifs », désigne ceux qui expriment
des notions considérées comme indé-
pendantes, en ce sens qu’elles ne sont
pas posées comme impliquant un rap-
port à un autre terme : Homme est un
terme absolu, père un terme relatif.
(LITTRÉ.)
B. Indépendant de tout repère ou de
tout paramètre arbitraires. « Mouve-
ment absolu ; position absolue ; tem-
pérature absolue. »
C. Qui ne comporte aucune restric-
tion ni réserve en tant qu’il est désigné
par tel nom ou qu'il reçoit telle qualifi-
cation. « Nécessité absolue ; opération
absolument exacte ; — alcool absolu. ;
KanT, après avoir indiqué un autre
sens du mot (voir ci-dessous F), ajoute :
« Dagegen wird es auch bisweilen
gebraucht um anzuzeigen dass etwas
in aller Beziehung (uneingeschränkt)
gültig ist, z. B. die absolute Herr-
schaftl, » Crit. de la Raison pure,
A. 324; B. 381 : « Von den transc.
Ideen. » Il prévient un peu plus loin
que c’est ce deuxième sens qu’il adopte.
(Tout le passage est une analyse des
diverses acceptions d’absolu.)
À ce sens se rattachent les expres-
sions : « Pouvoir absolu, monarchie
absolue, ordre absolu », etc.; et par
extension « caractère absolu », c’est-à-
dire qui ne supporte aucune restric-
tion et ne fait aucune concession.
« Sens absolu », le sens le plus fort
d'un terme.
1.« D'autre part, il est aussi employé quelquefois pour
indiquer que quelque chose est valable à tous égards
(sans restriction) par exemple : le pouvoir absolu. »
CC
5
ABSOLU
a
D. Synonyme d’a priori* selon Lir-
TRÉ : « En termes de métaphysique »
(probablement au sens du xvrrie siècle)
« qui n’est pas relatif, qui n’a rien de
contingent. Les idées absolues sont
celles qui, d’après la métaphysique, ne
viennent pas de l’expérience. : Sub Vo.
Ce sens paraît être une in :erpréta-
tion partiellement inexacte de l’emploi
de ce mot par Cousin, qui appelle
souvent les principes rationnels des
vérités absolues, au sens E ; p. ex. :
« Les vérités absolues supposent un
Être absolu comme elles où elles ont
leur dernier fondement. » Le Vrai, le
Beau, le Bien, leçon IV, p. 70.
2. MÉTAPHYSIQUE
Le mot est ici employé substantive-
ment dans la plupart des cas : « L’Ab-
solu. » D. Das Absolute ; E. The Abso-
lute ; I. L’Assoluto.
E. « Ce qui, dans la pensée comme
dans la réalité, ne dépend d’aucune
autre chose et porte en soi-même sa
raison d’être. » Franck, sub Vo.
On peut rattacher à ce sens (bien
que ce ne soit pas exactement le même)
celui que J.-J. GourD a donné à ce
mot, notamment dans Les Trois Dia-
lectiques et dans la Philosophie de la
religion : le non-coordonné, ce qui est
en dehors de toute relation.
On peut en rapprocher aussi, quoique
de plus loin encore, l’usage qui en a été
fait dans l’alchimie, pour désigner la
matière unique. BALZAC : La Recherche
de l’Absolu.
F. Par suite, en un sens plus faible,
et au point de vue de la « théorie de la
connaissance » : la chose en soi, l’être
tel qu’il existe en lui-même, indépen-
damment de la représentation qu’on en
peut avoir. Voir Liarp, La science
positive et la métaphysique, spéciale-
ment livre II, ch. 1x et suiv. (où d’ail-
leurs cette acception est étroitement
combinée à la précédente).
ou de croire le faire (ce qui arrive quand on emploie le terme substantivement).
En tout état de cause, le passage du relatif à l'absolu ne saurait avoir lieu que
dans un même domaine, qu'il faudrait toujours définir. Dans une expression
comme « L’Absolu ou la Valeur », c’est par la plus arbitraire des postulations qu’on
identifie l'absolu de réalité et l’absolu de valeur.
Je ne sais si l'absolu, c’est l'infini ;
mais il me semble que c’est le Tout.
Sur Absolu. — Le $ E a été divisé en deux (actuellement E et F), et la fin de
la Critique a été modifiée corrélativement, pour tenir compte des observations
suivantes de M. Maurice Blondel et d’Emmanuel Leroux.
On doit prendre garde de ne pas identifier l'absolu, au sens ontologique et
essentiellement spirituel, à la conception matérialiste et intrinsèquement inintelli-
gible d’une réalité en soi et par soi, telle par exemple que la matière unique des
alchimistes. Au sens fort du mot, l’absolu est, comme l'indique l’étymologie, ce qui
ne relève d'aucune condition, ce dont tout dépend et ce qui ne dépend de rien, le
complet en soi, celui qui seul peut dire : « Je suis celui qui suis », ou, comme l’a
défini Secrétan : « Je suis ce que je veux. » Ce n’est pas l’École Éclectique qui a
mis en valeur ce caractère de souveraine abtépxsis. (Maurice Blondel.)
Dire que l’on considère la nature réelle ou absolue d’une chose, indépendamment
de tout ce qu’il peut y avoir de partiel, de symbolique ou d’erroné dans la connais-
sance qu'on en a, ce n’est nullement affirmer que cette chose constitue un Absolu,
une réalité existant en soi et par soi. Pourquoi ne concevrait-on pas la nature
absolue d’un être dépendant, contingent, relatif ? (Emm. Leroux.)
C’est une question de savoir si absolu n’est pas davantage que l'opposé de
relatif, à savoir son corrélat. Et par suite s’il est légitime de penser à part l'absolu,
L'ensemble constitué par le Créateur et la créature me paraît mériter le nom
d’absolu au moins autant que le Créateur seul, à plus forte raison si celui-ci
attend quelque chose des créatures. (M. Marsal.)
Le sens donné à ce mot par J.-J. Gourp a été relevé par M. Brunschvicg.
J.-J. Gourd, identifiant l’Absolu avec l’Incoordonnable, oppose l’Absolu à
lInfini comme le différent au similaire (Philosophie de la Religion, p. 248). — Il
importe cependant de remarquer quele sens véritable du mot, en métaphysique, est
le sens indiqué sous la lettre E, et que, dans ce sens-là, la notion d’Absolu est
identique à la notion d’Infini, telle que l’entendent les modernes. (Ch. Werner.)
— Peut-être ce mot a-t-il toujours souffert d’une certaine ambiguïté : dans
son sens littéral et étymologique « détaché de..., sans connexions, indépendant »
(d’où, par exemple, « ablatif absolu ») comme dans son sens méta phorique « fini,
Complet », comme le tissu détaché du métier. Dans la langue politique anglaise,
l'expression « Monarchie absolue » a plutôt visé primitivement l’indépendance à
l'égard de toute suzeraineté ou autorité extérieure, par exemple à l’égard du Pape ;
mais ensuite il n’est pas douteux qu’elle s’est appliquée à l’idée d’un gouvernement
Complètement monarchique.
Hamilton a critiqué l’Absolu de Schelling et de Hegelcomme si c'était la chose-
€n-Soi de Kant, inconnaissable, en tant qu’elle est « hors de toute relation » avec
ABSOLU
On peut rattacher ce sens à celui
qu'indique Kant pour l'adjectif : « Das
Wort Absolut wird jetzt Ofter gebraucht
um bloss anzuzeigen dass etwas von
einer Sache an sich selbst betrachtet
und also innerlich gelte!. » Xrit. der
reinen Vern., À. 324 ; B. 381 (voir plus
haut, C). Mais nous ne croyons pas
qu’on trouve chez lui, même à titre
d'indication, le sens correspondant du
substantif.
G. « Ce qui est en dehors de toute
relation en tant que fini, parfait,
achevé, total. Il correspond donc au
rù 6Aov et au rù tékecov d’Aristote.
Dans cette acception, et c’est la seule
dont je me serve, l’Absolu est diamé-
tralement opposé, contradictoire même
à l'infini. » HAMILTON, Discussions sur
Reid, p. 14. Définition discutée par
J. S. Miie, Exam., chap. 1v.
H. Par un mélange des deux sens
précédents, les Éclectiques ont employé
Beau absolu pour désigner l’idée du
Beau en tant qu’existant en soi, indé-
pendamment de toute réalisation par-
ticulière. « Nous reconnaissons trois
formes principales de l’idée du Beau :
le Beau absolu. qui n'existe qu’en
Dieu, etc. » Ch. BÉNARD dans FRANCK,
1. «Le mot absolu est le plus souvent employé aujour-
d'hui pour indiquer seulement que ce qu'on dit d'une
chose est valable en tant qu'on a considère en elle-même
et par suite intérieurement. »
Vo Beau. — On a employé quelquefois
en un sens analogue Bien absolu et
Vrai absolu. Voir ci-dessous, Critique,
et cf. Métaphysique*, not. D et E.
8. USAGES DIVERS.
L « [Valeur] absolue. » En mathé-
matiques, la valeur absolue d’un nom-
bre réel n est la valeur arithmétique
de Vnä. Pour un nombre négatif — x,
c’est x, car (— x)? = (+ x)? = xt, La
valeur absolue (ou module, comme on
disait autrefois) d’un nombre imagi-
naire ordinaire x + iy est : Vx? + yi.
Enfin, la valeur absolue d’un nombre
complexe à n éléments (x, a, .… x)
est : Vrai + 2? + … + r2 La valeur
absolue d’une quantité quelconque X
s’indique par |[X| ou par mod X (nota-
tion de Caucuy).
J. « L’absolu de la question », Des-
cARTES. Le principe évident ou déjà
démontré, d’où peut se déduire la solu-
tion d’une question ; la notion simple
ou même seulement plus simple à
laquelle une autre se ramène. « Tout
le secret de la méthode consiste à cher-
cher en tout avec soin ce qu’il y a de
plus absolu... Parmi les corps mesu-
rables, c’est l'étendue qui est l’absolu ;
mais dans l'étendue c’est la lon-
gueur, etc. », Regulae, VI.
K. Le « moi absolu » chez FicHTe,
est le moi en tant qu’acte originaire de
nos facultés de connaître. Mais pour eux le mot signifie plutôt ce sans quoi les
termes de la relation sujet-objet disparaissent.
Nicolas de Cusa est peut-être le premier qui ait systématiquement fait usage
d’ Absolu pour désigner l’objet ultime de la spéculation philosophique. Ce terme
est devenu usuel en ce sens chez plusieurs écrivains anglais contemporains, tels
que M. Bradley et feu M. Bosanquet ; et par suite il a été fréquemment l’objet
des critiques des écrivains appartenant à l’école pragmatiste, comme W. James
et M. F. C. S. Schiller. (C. C. J. Webb.)
— En France, ce mot a été introduit dans l’usage philosophique courant par
Victor Cousin, en 1817. Il le tenait peut-être de Maine de Biran, qui l’avait employé
vers 1812. Voir Paul JANET, Victor Cousin et son œuvre, p. 70-71 et 107. (V. Egger.)
Sur « Beau absolu. » — N’y a-t-il pas là une expression vague pour une idée
chimérique ? (J. Lacheller.) — Sans doute, mais elle a été fréquemment employée
dans l’École Éclectique, et même chez les littérateurs qui en étaient contemporains.
On la rencontre encore aujourd’hui. (A. L.)
7
—
la pensée, principe de toute activité,
de toute connaissance et de toute réa-
lité, au delà des existences individuelles
ou empiriques. Il est action pure, non
existence active, savoir pur, non sujet
connaissant ni objet connu; position
infinie de soi par soi, non substance.
Grundlage der gesammten Wissenschalit,
9 et suiv.
En un sens dérivé, et relatif à l’hom-
me : la raison, par opposition aux
tendances individualisantes. Voir Xa-
vier LÉON, La philosophie de Fichte,
livre III, ch. 11.
L. « L'esprit absolu » de HEGEL
(Absoluter Geist) représente, après l’es-
prit subjectif et l'esprit objectif, le
moment suprême du développement de
l’idée : il est la conscience désormais
adéquate, dégagée des nécessités natu-
relles et des conditions de réalisation
extérieure, de tout le contenu concret
de l'esprit. Mais il se réalise lui-même
à trois degrés : sous la forme de l'idéal
esthétique (l’art) ; sous la forme de la
vérité révélée par sentiment (la reli-
gion) ; sous la forme de la vérité expri-
mée dans son essence absolue (la
connaissance rationnelle pure). — Voir
Encyklopacdie, troisième partie, sec-
tion 3.
CRITIQUE
Absolu vient d’absolvere, dans ses
deux sens bien distincts : délier, déga-
ger, affranchir, d’une part, et de l’autre
achever, rendre parfait. Absolutus a
toujours ce dernier sens ; mais le pre-
mier a été renforcé, chez les philo-
sophes modernes, par le souvenir de
solvere.
L'usage métaphysique de ce mot, en
parlant de Dieu ou de ses attributs, est
très ancien, et paraît venir de ce qu’il
Présentait autrefois une signification
essentiellement laudative : « Jeudi
absolu, Terre absolue » — Jeudi Saint,
Terre Sainte. JoiNviLze. — « Dieu est
un nom absolu (sacré). » Vieille gram-
maire française citée par Darmesteler
et Hatzfeld. — « Deus est absolutus. »
Nicozas De Cusa, Docta Ignor., II, 9.
ABSOLUTISME
— GocLenius : « Interdum idem est
ac nudum, purum, sine ulla condi-
tione : ut cum absolutum Dei decretum
aliquod dico ; interdum idem est quod
non dependens ab alio. » — Il a conservé
clairement ce caractère laudatif et
traditionnel dans les ouvrages de
l’école éclectique, et par conséquent
J. S. Mr touche juste en notant que
dans le débat entre HAMILTON et
Cousin, ce n’est qu’un pseudonyme
commode du nom de Dieu. Voir Phil.
de Hamilton, ch. 1v.
Il a paru à la Société de philosophie,
à la suite de la discussion dans la
séance du 29 mai 1902, que l’équivoque
de ce mot ne pouvait être entièrement
levée, et qu'il devait être loisible de
l’'employer en l’un des trois sens sui-
vanis :
Surtout quand il est pris comme
adjectif ou comme adverbe : ce qui ne
comporte aucune restriction ni réserve
en tant que tel et désigné par tel nom.
C’est le sens C.
Surtout quand il est pris comme subs-
tantif : 10 l’Être qui ne dépend d’aucun
autre. C’est le sens E.
20 l’Être, en tant qu’il a une nature
propre et indépendante de la connais-
sance qu’on en a. C’est le sens F.
On remarquera que les significations
C et F sont celles auxquelles Kant
réduisait déjà les divers sens du mot.
Voir les textes cités plus haut.
Rad. int. : C. Absolut(a) ; E. Abso-
lut(o) ; F. Ensi.
ABSOLUITÉ, D. Absolutheit ; E. Ab-
soluteness ; I. Absoluitä.
Caractère de ce qui est absolu. « Spi-
noza entend réaliser l’absoluité de Dieu
en faisant de lui la nécessité même. »
HAMELIN, Descartes, p. 303.
ABSOLUTISME, D. Absolutismus ;
E. Absolutism ; I. Assolutismo.
A. Régime de pouvoir absolu.
B. Esprit d’intransigeance, absence
de réserve ou de nuances dans les
opinions. — De la part d’une autorité,
esprit opposé à tout libéralisme.
———— = = si" À
ABSOLUTISME
D dd
8
C. (Particulièrement en anglais.) Mé-
taphysique de l’Absolu. Se dit surtout
de la philosophie de Bradley.
Rad. int. : Absolutism.
1. ABSORPTION (Loi d’). Propriété de
l'addition et de la multiplication logi-
ques, qui s'exprime par les deux for-
mules corrélatives :
awab=a
C'est-à-dire : un terme absorbe tout
terme additionnel dont il est facteur ;
un facteur absorbe toute somme dont
il est un terme.
2. ABSORPTION {en Psycx. ; ancien
et peu usité), D. Vertiefung ; E. A4b-
sorption ; |. Assorbimento.
État de l'esprit absorbé (= plongé
dans une pensée ou une perception au
point de ne plus rien percevoir d'autre).
Opposée par HERBART à la réflexion,
en tant que la première indique que
le sujet se perd momentanément dans
l’objet, la seconde qu’il se reprend et
le comprend.
Rad. int. : Absorb.
ABSTINENCE, D. Enthaltung ; E.
Abstinence ; I. Astinenza.
ÉTuique. Renoncement volontaire à
la satisfaction d’un besoin ou d’un
désir. Appartient aux vocabulaires
stoicien { Abstine et sustine) et chrétien
(— abstention de manger de la viande).
Il est employé de nos jours en un sens
très spécial relatif à la propagande
anti-alcoolique : l’abstinent est celui
qui renonce absolument à l’usage de
l'alcool, par opposition au tempérant.
Rad. int. : Absten.
ABSTRACTION, G. ’Apaipeou; L.
Abstractio ; D. Abstraction ; E. Abs-
traction ; I. Astrazione.
A. Action de l'esprit considérant à
a (awb)=a
part un élément (qualité ou relation)
d’une représentation ou d’une notion,
en portant spécialement l'attention sur
lui, et en négligeant les autres.
B. Résultat de cette action. (Voir
Abstrait*.)
C. Dans l'opération susdite (A), on
dit qu'on fait abstraction des éléments
qu’on néglige. « Faire abstraction de. »
en vient ainsi à désigner le contraire
de ce qu'on appelle « abstraire » ou
« considérer par abstraction ».
REMARQUES
L'’abstraction isole par la pensée ce
qui ne peut être isolé dans la représen-
tation. La dissection d’un organe ou
même la représentation intellectuelle
d’un organe isolé n’est pas une abs-
traction.
L'abstraction diffère de l'analyse en
ce que celle-ci considère également tous
les éléments de la représentation ana-
lysée.
Le sens C, bien que très normal (car
il vient légitimement de l'expression
latine abstrahere aliquid ab aliquo),
donne souvent lieu à des contresens
chez les débutants en philosophie ou
chez les autodidactes. Il y a lieu d’ap-
peler l'attention sur le retournement
qui s’y produit.
Définition par abstraction, voir Défi-
nition*.
Rad. int. : A, Abstrakt ; B. Abstrak-
tur. (Le sens C est un idiotisme qui ne
doit pas être conservé en L. I.)
ABSTRACTIONNISME, E. Abstrac-
tionism.
A. Abus des abstractions.
B. Spécialement, chez W. JAMES (qui
paraît avoir créé ce mot) tendance à
prendre les abstractions pour l’équiva-
lent des réalités concrètes, dont elles
Sur Absolutisme. — Usage anglo-américain de ce terme (sens C) relevé par
Emm. Leroux.
Sur Abstractionnisme. — Expression de W. James (sens B) relevée par
Emm. Leroux.
ABSTRAITES
retiennent un certain aspect seulement.
Voir The meaning of truth!, ch. xim.
Rad. int. : Abstraktemes.
ABSTRACTIVE (méthode), en phy-
sique : celle qui consiste à résumer dans
une formule mathématique la loi des
phénomènes sensibles directement ob-
servés (sans chercher à les expliquer par
des structures ou des processus non ap-
parents) et à en tirer les conséquences
par le calcul. Voir les Observations sur
Hypothétique.
ABSTRAIT, L. Abstractus ; D. Abs-
trakt ; E. Abstract ; I. Astratto.
Se dit de toute notion de qualité ou
de relation que l’on considère de façon
plus ou moins générale en dehors des
représentations où elle est donnée.
Par opposition, la représentation com-
plète, telle qu’elle est ou peut être don-
née, est dite concrète. — Cf. ci-dessus.
Abstraction*, Remarques.
CRITIQUE
On rencontre encore accidentelle-
ment dans le langage philosophique
deux autres emplois du mot abstrait
qui tendent de plus en plus à tomber
en désuétude, mais qu'il est nécessaire
de signaler, en raison des équivoques
qu'ils peuvent créer quelquefois :
1° Dans la scolastique, on appelait
abstraite la notion d'une qualité conçue
indépendamment des sujets qui la pos-
sèdent, et concrète la notion (générale)
de ces sujets eux-mêmes : ainsi homme
était une idée concrète, humanité une
idée abstraite. Les grammairiens disent
encore en ce sens un terme concret et
un terme abstrait. J. S. Mizz a adopté
cet emploi du mot dans sa Logique,
L. Le sens de « vérité.
ch. n1, $ 4, en l’appliquant aux expres-
sions « nom concret », et « nom abs-
trait »; mais il remarque lui-même
qu’il essaie de restaurer en cela un
ancien usage presque aboli. — On peut
y rattacher aussi la distinction faite
par ScCHOPENHAUER entre les abstracta,
concepts qui ne se rapportent à l’expé-
rience que par l'intermédiaire d’autres
concepts (rapport, vertu, commence-
ment), et les concreta, concepts qui
s’y rapportent directement (homme,
pierre, cheval). Die Wel, I, & 9.
Il reste cependant quelque chose de
cet usage quand on emploie les mots
abstrait et concret au comparatif, en
disant par exemple que l’idée de « rap-
port » est plus abstraite que celle de
« longueur ».
2° Pour HEGEL, l’abstrait est ce qui
apparaît hors de ses relations vraies
avec le reste, ou ce qui est une unité
exclusive de différences ; le concret est
ce qui est pleinement déterminé par
toutes ses relations, c’est l'unité qui
comprend les différences. Dans ce sens,
ce qu’il y a de plus concret, c’est
l'esprit ; au contraire, sont des abs-
tractions le particulier (— le singulier)
en tant qu'il est isolé de l’universel par
la perception sensible, et l’universel en
tant qu'il est isolé du particulier par
la réflexion de l’entendement. (Ge-
schichte der Philosophie, Werke, XIII,
p. 37.) — Cf. Universel* concret.
Rad. int. : Abstraktit.
Abstraites (fonctions) en Marx. Voir
Concret* et cf. RENOUVIER, Logique,
ch. xx1ix, Observations 86 1 à 4.
Abstraites (sciences).
A. Dans l'usage courant, les sciences
qui usent des abstractions les plus éle-
Se Te me ET SE Ep
Sur Abstrait. — M. J. Lachelier est également d’avis que le mot abstrait ne
doit s'appliquer qu’à des notions, mais fait observer qu’on enseigne souvent le
Contraire.
M. Brunschvicg demande si une représentation ne pourrait pas être donnée
assez partiellement pour correspondre à un abstrait ? — Nous croyons que l'usage
indiqué ci-dessus est plus correct. (Louis Couturat. — A. L.)
ABSTRAITES
vées (Métaphysique, Logique, Mathé-
matiques, Physique générale, etc.).
B. Chez Auguste Come, les sciences
proprement dites, formant la « série
encyclopédique » (Mathématiques,
Astronomie, Physique, Chimie, Biolo-
gie, Sociologie) et qui « ont pour objet
la découverte des lois qui régissent les
diverses classes de phénomènes, en
considérant tous les cas qu’on peut
concevoir ». Elles s'opposent aux
sciences « concrètes, particulières, des-
criptives », qui consistent « dans l’ap-
plication de ces lois à l’histoire effec-
tive des différents êtres existants ».
Cours, 22 leçon.
C. Chez SPENCER, la Logique et les
Mathématiques, définies par le carac-
tère commun de traiter « des formes
sous lesquelles les phénomènes nous
apparaissent », par opposition aux
sciences « abstraites-concrètes » (Méca-
nique, Physique, Chimie), qui traitent
« des phénomènes eux-mêmes étudiés
dans leurs éléments, — et aux sciences
« concrètes » (Astronomie, Géologie,
Biologie, Psychologie, Sociologie), qui
traitent « des phénomènes eux-mêmes
étudiés dans leur ensemble ». Classifi-
cation des sciences, chap. 1. Ce sont,
d’après cet ouvrage, les trois grandes
10
divisions de la classification des scien-
ces, et chacune reçoit des subdivisions
importantes (Jbid., Tableaux I, Il
et III).
CRITIQUE
Toutes ces expressions sont à éviter,
en dehors de l’usage historique. D'abord
parce que cette histoire même les rend
équivoques. Ensuite, en ce qui concerne
le sens A, parce qu’il appartient au lan-
gage populaire et que l'extension en est
très vague. En ce qui concerne le sens B
(Auguste Comte), parce que la distinc-
tion a été reprise et mieux élaborée
par Cournot sous le nom de série théo-
rique et série cosmologique et historique
des sciences. Enfin, en ce qui concerne
le sens C, parce qu’il repose sur une
confusion. Proposé dans un ouvrage
polémique où le principal objet de
Spencer est visiblement de marquer
son indépendance à l’égard de Comte,
il s'appuie sur l'argument suivant qu'il
oppose à la liaison nécessaire établie
par Comte entre l’abstrait et le général :
« Tous les oiseaux et les mammifères
ont le sang chaud; voilà une vérité
générale, mais concrète, car chaque
oiseau nous offre un type parfait de
son espèce, en tant que race à sang
Sur Abstraites (Sciences). — Ti 4 äpupéoewcs, dans Aristote, désigne très
LL
11
ABSURDE
EEE
chaud. » Or, ce raisonnement est
inexact ; car on pourrait dire de même :
« Tous les hexagones réguliers ont le
côté égal au rayon; voilà une vérité
générale, mais concrète, car chaque
hexagone particulier nous offre un
type parfait de son espèce, èn tant
qu'ayant le côté égal au rayon. » Il
s’ensuivrait que la géométrie est aussi
une Science concrète, ce qui est con-
traire à la distinction qu’on veut éta-
blir, et nié par l’auteur lui-même. — Il
faut donc reconnaître que toute Loi est
abstraite en tant que générale, et que
les applications seules, dans toutes les
sciences, sont chose concrète, comme
l’admet Auguste Comte dans le pas-
sage attaqué par Spencer.
ABSTRUS {(L Abstrusus, caché, de
abstrudo) ; D. Abstrus; KE. Abstruse;
I. Astruso.
Éloigné du cours ordinaire de la pen-
sée, en particulier du jeu naturel de
l'imagination, et par suite difficile à
comprendre. « Even the most abstruse
ideas, how remote soever they may
seem from sense or from any operation
of our own mind » Locke, Essay,
II, x11, $ 8 — « Platon l’a montré
dans un dialogue où il introduit So-
crate menant un enfant à des vérités
abstruses par les seules interrogations,
sans lui rien apprendre. » LEIBN1z,
Nouv. Essais, 1, 1, $ 5.
CRITIQUE
Ce mot présente souvent une nuance
péjorative : fausse profondeur, com-
plication inutile, confusion; mais ce
n’est là qu’un import accidentel. On
le trouve (surtout, il est vrai, dans la
langue classique) employé en bonne
part, comme on le voit dans le texte
de Leibniz cité ci-dessus.
Ce mot est employé quelquefois par
erreur comme synonyme ou comme
superlatif d’abstrait : la confusion est
venue vraisemblablement de la simi-
litude des formes, et de ce que l’abstrait
est souvent abstrus.
Rad. int. : Abstruz.
ABSURDE, D. A. Absurd, Abge-
schmackt, Ungereimt ; B. Widersinnig ;
— E. Absurd ; au sens B, nonsensical ;
— L Assurdo.
À. Proprement, ce qui viole les règles
de la Logique. Une idée absurde est
une idée dont les éléments sont incom-
patibles. Un jugement absurde est un
jugement qui contient ou implique
une inconséquence. Un raisonnement
absurde est un raisonnement formelle-
ment faux*.
L’absurde, en ce sens, est donc plus
général que le contradictoire*, et moins
général que le faux*. Strictement par-
lant, l’absurde doit être distingué du
non-sens (D. Unsinn, sinnlos); car
précisément les objets des mathématiques : voir en particulier Métaphysique, XI,
3, 1061329. On pourrait conserver ce sens. — Mais les généralités de l’histoire
naturelle ne sont-elles pas aussi des abstractions ? Oui, mais la vie et l’organi-
sation ne sont complètes et ne peuvent être complètement étudiées que dans
le concret et l’individuel ; — au contraire, les formes géométriques sont complètes
en elles-mêmes, en dehors des corps où elles peuvent se réaliser. Le géomètre
n’apprendrait rien de plus sur la pyramide en l'étudiant sur les Pyramides
d'Égypte. — On pourrait peut-être dire aussi que la logique est une science abs-
traite (ou de l’abstrait), en ce sens que l’étude du syllogisme peut se faire en dehors
de toute matière déterminée. (J. Lachelier.)
Cela n'est-il pas temporaire, et variable dans chaque science avec l’état de
chaque question ? Archimède démontre son principe par une méthode purement
géométrique ; et réciproquement Galilée, mesurant par l’expérience la surface
d’une cycloïde, donne l'exemple d’une recherche physique, sur un objet concret,
aboutissant à étendre le domaine des connaïissances géométriques. (A. L.)
M. M. Marsal souhaiterait de voir conserver cette expression pour désigner
ce que Cournot appelle série théorique ; et sciences concrètes pour ce qu’il a nommé
série historique et cosmologique. « Sans doute, nousécrit-il, Cournot a jeté la lumière
l’absurde a un sens, et est faux, tandis
que le non-sens n’est proprement ni
vrai ni faux.
B. Plus généralement et plus vague-
L « Mêmelesidées les plus abstruses, quelque éloignées
qu'elles puissent sembler des sensations ou de toute
opération de notre propre esprit...»
©
sur cette question, mais c’est en prolongeant l’analyse de Comte. Les étiquettes
de Cournot sont-elles plus satisfaisantes ? Non. Le mot « série historique » est
assez ambigu déjà, car dans la série théorique nous voyons intervenir le temps t,
Peut-être même un sens de vection dans le temps. Le mot « série cosmologique »
dit encore moins ce qu’il veut dire ; et cela éclate dans l’enseignement, pour peu
qu'on ait déjà fait appel à la distinction établie par Ampère entre les sciences
co8mologiques et noologiques. Or il y a des sciences noologiques au sens d'Ampère
qui sont cosmologiques au sens de Cournot : ainsi l’ethnographie, la Vôlkerpsy-
chologie, etc. Enfin théorique ne s'oppose qu’à pratique ou à technique. La minéra-
logie est aussi « théorique » que la chimie. Aussi la classification de Cournot me
Semble-t-elle s’accorder remarquablement avec les étiquettes de Comte, qui sont,
non pas excellentes, mais à mon sens les meilleures possibles. »
ABSURDE
12
ment, dans la langue familière, se dit
de ce qui est jugé déraisonnable, soit
en parlant des idées, soit en parlant
des personnes.
CRITIQUE
« Au sens courant, absurde désigne
tout ce qui est contraire au sens com-
mun ou même à nos habitudes d’es-
prit ; mais en philosophie, il est recom-
mandé d’entendre seulement par là ce
qui est contraire à la raison ; les prin-
cipes de la raison pouvant d’ailleurs
être définis d’une manière plus ou
moins large. » Note de J. LACHELIER et
F. Raun sur la première édition du
présent ouvrage.
Raisonnement par l’absurde, celui
qui prouve la vérité ou la fausseté
d’une proposition par la fausseté d’une
conséquence. Il y en a donc deux sortes
qu’il faut bien distinguer : 1° Preuve
par l'absurde (1. Probatio per absur-
dum, per incommodum ; p. ex. chez
Bacon, De dignit., V, 1v, $ 3) : raison-
nement qui prouve la vérité d’une
proposition par l’évidente fausseté
d’une des conséquences résultant de
sa contradictoire ; — 2° Réduction à
l'absurde (G. &rayewyn els rù &Suvérov,
ARISTOTE ; L. Reductio ad absurdum) :
raisonnement qui conduit à rejeter
une assertion en faisant voir qu’elle
aboutirait à une conséquence connue
pour fausse, ou contraire à l’hypothèse
elle-même. Voir VAILATI, Sur une classe
remarquable de raisonnements par ré-
duction à l'absurde, Revue de méita-
physique, septembre 1904. — Cf. Apa-
gogique*.
Sur la preuve par l’absurde en ma-
thématiques, voir DoroLLe, La valeur
des conclusions par l'absurde, Rev.
philos., sept. 1918.
Rad. int. : Absurd.
ABSURDITÉ, D. Ungereimtheit, Wi-
dersinnigkeit ; — E. À. B. Absurdity ;
B. Nonsense ; — 1. Assurdità.
A. Caractère de ce qui est absurde.
B. Idée ou discours absurde.
Rad. int. : A. Absurdes ; B. Absurdai.
Sur Absurde. — L. Boisse est d’avis :
1° qu'il serait plus correct de ne pas
employer ce mot en parlant des personnes ; — 2° qu’on s’avance trop en affir-
mant que le non-sens n’est proprement ni vrai ni faux
: « C’est une très grosse
question, dit-il, que oelle de savoir si l’on doit admettre un état d'indifférence,
dans la vie intellectuelle comme dans la vie affective. »
« L’absurde a un sens, et est faux, tandis que le non-sens n’est proprement ni
vrainifaux.» C’est sans doute ce qu’il faut dire ; mais cela répond-il bien à l’usage ?
Quand Maurice Blondel écrit : « Le matérialisme est un non-sens » (ci-dessous,
observations sur Matière*), ne veut-il pas dire qu’il a un sens, mais qu’il est faux ?
D’autre part, la littérature semi-philosophique développe souvent ce thème :
« Le monde est absurde. » Cela ne veut-il pas dire qu’il n’a pas de sens, ou même
peut-être, plus spécialement, qu’il est dénué de finalité propre {ce qui ne serait pas
une grande découverte, mais manifesterait plutôt la réaction d’une âme déçue,
comme eut pu l'être un admirateur des harmonies de la nature après le tremble-
ment de terre de Lisbonne) ? — (M. Marsal.)
Diverses causes tendent à faire confondre, dans l’usage courant, ces deux
expressions : l'emploi de non-sens par hyperbole, comme dans l’exemple ci-dessus ;
l'usage anglais du mot nonsense pour une absurdité, dite soit par sottise, soit par
plaisanterie ; enfin l’opposition d'absurde et de raisonnable, qui conduit à se servir
du premier de ces mots pour tout ce que la raison ne peut approuver ; et enfin
l’import péjoratif très énergique de ce mot, qui finit dans certains cas par en
constituer presque tout le contenu. (A. L.)
13
ACADÉMIE, D. Akademie ; E. Aca-
demy ; 1. Accademia.
A. Ancienne Académie — École de
Platon, Speusippe et Xénocrate.
B. Moyenne et Nouvelle Acadé-
mie = École d’Arcésilas, de Carnéade
et de leurs successeurs. — Synonyme
de probabilisme*.
REMARQUE
L'expression Nouvelle Académie est
très usuelle. Moyenne Académie et An-
cienne Académie sont plus rares. Quand
on parle de l’École de Platon, on dit
en général l’Académie, sans qualificatif.
« L'Académie » (= les jardins d’Acadé-
mos) était le lieu de son enseignement.
Rad. int. : Akademi.
ACATALEPSIE {’Axaraïndix, Pvr-
RHON).
A. Historiquement, état qui résulte
du principe sceptique qu’il n’v a pas
de critère de la vérité.
B. Disposition de celui qui renonce
par principe à chercher la solution d’un
problème. De même chez Bacon, doute
définitif opposé au doute méthodique :
« Nos vero non acatalepsiam, sed euca-
talepsiam meditamur. » No. Org., I,
126. — Cf. Éphectique*.
ACCIDENT, G. Zuubetinxoc. — Au
sens À : L. Accidens ; D. Akzidens ;
E. Accident ; I. Accidente. — Cf.
Essence, Substance.
A. Sens technique, le plus usuel : ce
qui peut avoir lieu ou disparaître, sans
destruction du sujei : « "O yivetar xal
&noyivewux ywpls Tic Toù broxemuévou
pBopäc. » PORPHYRE, Îsagoge, V, 4824.
I] divise les accidents en séparables
(p. ex. pour l’homme, de dormir) et
inséparables (p. ex. pour l’Éthiopien,
d’être noir : caractère constant, mais
qu'on peut concevoir comme venant à
disparaître sans que le sujet auquel il
s'applique soit détruit).
Sophisme de l'accident, voir Fallacia*.
ACCIDENTEL
B. Tout ce qui arrive (accidit) d’une
manière contingente* ou fortuite* ; —
spécialement, dans la langue courante,
ce qui arrive ainsi de fâcheux.
REMARQUE
ARISTOTE divisait le sens de ovuGe-
6nxocs d’une manière un peu différente
de celle qu’a formulée PorPHYRE (en
croyant sans doute simplement le com-
menter) et qui a été adoptée par toute
la logique scolastique et classique. Il
distingue « Goùx Ündpyer uév Tim xal
&AnBèc elrreïv, où pévror ÉË &véyxnc oùr’
ëri td mov (par exemple le fait qu’un
musicien est blanc) ; ôoa ümxpyet Éxote
xa8” adrd un Ëv Th oùoiæ ëvra (par ex.
le fait que les angles d’un triangle
valent deux droits). Métaph., IV, 30;
1025214 et 31. Il ferait ainsi rentrer
dans ce second sens toute la compré-
hension implicite, qu’exclut la défini-
tion de Porphyre : car un triangle
euclidien ne peut cesser d’avoir ses
angles égaux à deux droits sans cesser
d’être triangle.
Par accident, G. Kara ouu6eënxoc
(ARISTOTE) : ce que fait un être, ou ce
qui lui arrive, non pas en vertu de son
essence ou des attributs qui le définis-
sent, mais indépendamment de celle-ci.
Le musicien fait bâtir par accident,
parce qu'il ne le fait pas en tant que
musicien : il se rencontre (ouu6æive)
que l’homme qui fait bâtir est en même
temps musicien. Métaph., IV, 7
1017311-12.
De là vient le sens spécial de Conver-
sion par accident. Voir Conversion*.
Rad. int. : Acident.
ACCIDENTEL, D. Accidentiel, zufäl-
lig; E. Accidental ; 1, Accidentale.
A. Ce qui appartient à l'accident, non
à l’essence. « Définition accidentelle »,
voir Définition*.
B. Qui arrive d’une manière contin-
Sur Accident. — Zwu6e6nxoc est entendu par Aristote en un «sens très large :
il est applicable chez lui à tous les attributs. (E. Bréhier.)
LALANDE. — VOCAB. PHIL.
ACCIDENTEL
gente ou fortuite ; opposé à nécessaire*.
— Par suite, dans le langage courant,
qui arrive rarement.
Rad. int. : À. Acidental ; B. Acident.
ACCOMMODATICE (sens). Sens sym-
bolique donné après coup et accidentel-
lement à un texte qui n’a pas été fait en
vue de cette application. Se dit parti-
culièrement des versets de la Bible.
Cf. Allégorie*.
ACCOMMODATION, D. Accomoda-
üon,; E. Accomodation ; 1. Accomoda-
mento.
A. Psy cu. Premier changement d’une
fonclion ou d’un organe ayant pour
résultat de les mettre en accord avec
tout ou partie de leur milieu ; change-
ment dont la fixation (et particulière-
ment la fixation héréditaire) constitue-
rait l’adaptation*. — Sens nouveau,
proposé par J. M. Bazpwin, Düict. of
phil, Vo, et qui nous paraîtrait utile à
adopter.
B. Mise au point du système optique
de lœil.
Rad. int. : Akomod.
ACHILLE. Un des arguments de ZÉ-
Non D’ÉLéE dits (mais peut-être à tort)
contre le mouvement. « Un mobile plus
lent ne peut être rejoint par un plus
rapide ; car celui qui poursuit doit tou-
jours arriver au point qu’occupait celui
14
qui est poursuivi, et où celui-ci n’est
plus [quand le second y arrive]; en
sorte que le premier garde toujours une
avance sur le second. » D’après Aris-
TOTE, Physique, VI, 9. Cet argument
reçoit son nom de ce que Zénon prenait
pour exemple Achille aux pieds légers
poursuivant une tortue.
ACHROMATOPSIE ou, plus rare-
ment, achromasie, D. Achromatopsie,
Achromasie ; E. Achromatopsia, achro-
masia ; |. Acromatopsia, acromasia.
L’achromatopsie totale ou cécité chro-
matique (D. Farbenblindheu; E. Co-
lourblindness ; I. Cecità per le colori) est
Pincapacité de distinguer les couleurs,
avec conservation de la sensation lumi-
neuse (perception du blanc et du noir).
L’achromatopsie partielle ou dyschro-
matopsie (daltonisme au sens large) est
l’incapacité de percevoir telle couleur,
ou de la distinguer de telle autre :
Anérythrochromatopsie, anérythropsie,
absence de la perception du rouge, etc.
Rad. int. : Akromatops.
ACMÉ, G. ’Axut, pointe, maximum,
point le plus favorable.
A. Époque à laquelle un philosophe,
une doctrine, une institution ont eu
leur plus haut degré d'influence ou
d'activité.
B. Maximum de développement.
« L'exercice de l’attention, en qui nous
Sur Achromatopsie. — Article complété d’après les indications de M. Piéron,
qui ajoute ceci :
« L’achromatopsie totale est encore appelée vision monochroma-
tique par les auteurs fidèles à la théorie de Young-Helmholtz sur la constitution
de la sensation lumineuse par trois processus chromatiques dont deux feraient
défaut dans ce cas. Pour les mêmes auteurs, l’achromatopsie partielle équivaut
à une vision dichromatique (alors que la vision normale est trichromatique),
avec trois variétés suivant le processus chromatique absent : protanopie, cécité
au rouge (Rotblindhert, Redblindness) ; deutéranopie, cécité au vert ; tritanopie,
cécité au bleu, — L'achromatopsie limitée aux moitiés homologues des deux
rétines (hémiachromatopsie) est la forme la plus légère de l’hémianopsie (dont les
degrés plus accentués sont l’hémiastéréopsie, perte de la vision des formes, et
l’hémiaphotopsie, perte de la sensibilité elle-même. »
— Achromatopsie est un terme barbare. Il serait préférable de dire anesthésie
des couleurs, insensibilité aux couleurs, où mieux encore cécité des couleurs (sic :
traduction de Hozueren, Farbenblindheit, Colourblindness). — (V. Egger.)
CS
45 ACROAMATIQUE
avons vu comme l’acmé de la cons- REMARQUE
cience... » M. PRADINES,
psychologie générale, I, 54.
Traité de
A CONTRARIO (raisonnement), celui
qui conclut d’une opposition dans les
hypothèses à une opposition dans les
conséquences. Expression d’origine juri-
dique ; voir 4 pari*.
CRITIQUE
Ce raisonnement peut être valable
dans certains cas, par suite de la ma-
tière à laquelle il s'applique, mais il
ne l’est pas en règle générale, car une
conséquence vraie peut résulter d’un
principe faux; et deux hypothèses
contraires peuvent avoir toutes deux
des conséquences communes.
ACOSMISME, D. Akosmismus,; E.
Acosmism ; |. Acosmismo. (Du G. à
privatif et xéouoc.)
Terme appliqué par HEGEL au sys-
tème de Spinoza (par opposition à
athéisme), parce qu'il fait rentrer le
monde en Dieu plutôt qu’il ne nie
l’existence de celui-ci (Encyclopaedie,
$ 50).
1. ACQUIS, adj. D. Erworben; E.
Acquired ; I. Acquisito.
A. Qui n’est pas primitif : caractère
acquis (qu’un individu ou une espèce
ne possédait pas tout d’abord) ; percep-
tions acquises (qui ne sont pas données
immédiatement par un sens, mais ré-
sultent d’une éducation et d’un rai-
sonnement inconscient). S’oppose dans
cette expression à perceptions natu-
relles.
L'expression « Hérédité des carac-
tères acquis » s’entend toujours des
caractères acquis par l'individu après
sa naissance (par opposition à la théo-
rie darwinienne de la sélection s’exer-
çant sur des variations accidentelles).
Mais l’expression : « caractères acquis »
n’a pas à elle seule cette signification.
On dit couramment, en anglais comme
en français, que dans l’évolutionnisme,
au sens large, les caractères spécifiques,
et notamment les principes rationnels,
sont « innés dans l'individu, mais
acquis par l'espèce ».
B. Opposé à infus, dans la langue
des mystiques : ce qui peut être obtenu
par l'effort personnel, par l'habitude
méthodiquement formée, tandis que la
contemplation « infuse », est l'effet
direct d’une « action de présence » et
d’une initiative de la cause divine, à
laquelle aucune industrie humaine ne
peut suppléer.
Rad. int. : Aquirit.
2. ACQUIS, subst. D. Erworbene
Kenntnisse ; E. Acquirements (pluriel) ;
I. Acquistato, Acquisto.
Ensemble des connaissances acquises
par un individu, en particulier par un
élève. Ce terme est surtout usité en
pédagogie.
Rad. int. : Aquirit.
« Acquisition de la connaissance »,
voir Élaboration*.
ACROAMATIQUE, du G. axpoaux,
leçon orale ; D. Akroamatisch ; E. Acro-
amatic ; I. Acroamatico.
Terme appliqué primitivement à cer-
Sur Acmé. — Diogène Laërce, ainsi que certains doxographes, fixait unifor-
mément à quarante ans l’acmé des philosophes, et c’est souvent la seule date qu’il
nous en donne : « “HpäxAertos … fxuale xata thv vi tavxai ÉEnxoothv Ohvuriade.
(Ch. Serrus.)
Sur Acquis. — Article complété d’aprèsles indications de M. Berthod (remarque
sur l'expression « hérédité des caractères acquis ») ; de M. Maurice Blondel (sens B) ;
et de M. G. Beaulavon (Acquis, substantif).
ACROAMATIQUE
16
taines œuvres d’ARISTOTE ; synonyme
d’ésotérique*, au sens A. S’oppose éga-
lement à exotérique (p. ex. RENOUVIER,
Philos. anc., 11, 39 et BouTroux, Études
d’histoirc de la philosophie, 103, où il
caractérise l’acroamatique comme étant
l’enseignement de l’apodictique, de la
science ; l’exotérique, celui du dialec-
tique, du vraisemblable).
Par suite, acroamatique est pris quel-
quefois au sens d’ésotérique B.
On dit aussi, mais rarement, acroa-
tique.
Rad. int. : Akroamatic.
1. ACTE, D. Ta, Handlung; Tat-
handlung (FicuTte) par opposition à
Tatsache ; au sens légal, Akt ; — E. Act,
Action, surtout au sens B ; — I. .{rto.
Voir Action*.
À. Psycu. Chez un être vivant, mou-
vement d'ensemble, assez rapide pour
être perceptible comme tel, et adapté à
ES
une fin. Sans épithète, désigne plus
spécialement l'exécution d’une voli-
tion ; avec épithète, s'applique égale-
ment aux actes réflexes, instinctifs,
automatiques, involontaires, etc. Le
mot appelle cependant toujours cette
idée que l’acte en question, alors même
qu'il n’est pas volontaire dans sa cause,
présente une apparence semblable, ou
du moins analogue, à celle des actes
volontaires.
B. Onrozocit. L'Être en tant que
constitué par son action. « L’acte n’est
point une opération qui s'ajoute à
l’être, mais son essence même. » L. La-
VELLE, De l'Acte, livre I, ch. 1v, p. 65.
Il oppose ainsi l'acte, doué d’une par-
faite. unité, à la pluralité d’actions qui
lexpriment. Zbid., livre III, ch. xx,
r. 363. Voir Observations.
C. ÉTuique. Événement dû à l’inter-
vention d’un être susceptible de qua-
à
17
ACTE
————
à des causes physiques : un acte de
courage. Un acte, en ce sens, peut ne
pas être un mouvement perceptible,
mais au contraire un arrêt, une inhi-
bition*. Cf. Volonté*.
D. Socio. Opération ayant un effet
légal : un acte judiciaire ; — chose
faite, établie, produisant ou pouvant
produire un certain résultat ; — pièce
qui constate un fait : « Donner acte. »
2. Acte, L. scol. -ctus, traduction
consacrée des termes aristotéliciens
évépyetx et Évrehéxexr.
E. Étant donné que tout changement
peut être : (a) possible ; (b) en train
de s’accomplir ; (c) accompli, l’expres-
sion en acte s'applique d’abord au mo-
ment b par opposition : d’une part, au
moment #, que désigne l'expression en
puissance ; de l’autre, au moment c,
c’est-à-dire à l’être réalisé et durable
qui résulte «le ce changement. Aristote
désigne fréquemment (mais non pas
toujours) le moment b par Evépyeux et
le moment c par évrehéyeuo. Voir Mé-
taphysique ®, 8 ; 1050222 : « ’Evépyera
Aéyerar vard Tù Épyov Mal aœuvreiver
mods Tv évrehéqeav. » Cf. BoniTz,
Index, sub vo.
F. Le mot acte s'applique aussi au
moment c, défini ci-dessus ; et il sert
à traduire Évépyeux et évrehéyetx dans
cette signification qui leur est com-
mune : ce qui est posé à titre de fait,
ce qui constitue une détermination
présente, ou une propriété effective,
que l’on peut prendre comme donnée.
« ’Evépyeux Aéyeror tx mèv dc xÉvnoic
npds Sdvauv (c’est le moment b défini
ci-dessus) rà& dé &ç odola np6c tiva DAnv. »
Métaph., ©, 6; 1048b8. « ’Evépyerx pro
synonymo conjungitur cum ïis nomi-
nibus quae formam significant, elôoc,
uopph, Xéyos, To ri Av elvu, obaix,
lification morale et non pas seulement
| Sur Acroamatique. — Barthélemy Saint-Hilaire, aux mots Aristote et Acrouma-
tique (dans le Dictionnaire de Franck) renvoie pour cette question à BuuLe,
Commentatio de libris aristotelicis acroamaticis et exotericis, tome I de son édition
d’Aristote. (A. L.)
Sur Acte. — Cet article a été considérablement modifié par suite de la dis-
cussion qui a eu lieu à la séance du 26 juin 1902.
— L'idée aristotélicienne de l’acte est profondément étrangère à la philosophie
moderne. Nous pourrions peut-être nous la rendre plus accessible en l'exprimant
en termes de conscience, en disant, par exemple : est en acte ce qui est pour soi-
même, ou, peut-être, pour un sujet étranger, objet d'aperception (au sens leibnizien
du mot}. — (J. Lachelier.)
— Act désigne essentiellement ce qui fait être, ce qui sous-tend la réalité à tous
ses degrés et en toutes ses formes. C’est l’aspect intérieur et unificateur de ce que
nous nous représentons comme cause ou comme fait, le principe à la fois réel et
formel de ce que nous concevons comme subsistant et comme connaissable. Le
fait même n’est perçu qu’en fonction d’un acte, qui dans le connaissant comme
dans le connu, exprime ou suppose une unité organisatrice. (Maurice Blondel.)
— La notion d’acte a, chez Aristote, deux sens principaux {c’est à cette dis-
tinction que fait allusion le texte de la Métaphysique cité sous la lettre E) : 10 L’acte
est l'exercice même de l’activité, par opposition à la puissance de l’activité. Aristote
établit une distinction entre l’activité qui tend à un but extérieur (p. ex. la
construction), et l’activité qui est à elle-même sa propre fin (p. ex. la vision
ou la pensée). Métaph., IX, 8 : 1050223-27. C’est aussi à cette distinction que se
rapporte le texte bien connu de l’Éthique à Nicomaque sur l'Evépyerx dxumoiac,
IL, 15 ; 1154027, Aristote distinguant la seconde activité de la première comme
l'acte proprement dit du mouvement. — 20 L'acte est la forme, par opposition à la
matière. Considérée par rapport à l’activité, la forme en est la puissance. Aussi
bien Aristote distingue-t-il deux degrés de l'acte : c’est dans ce sens qu'il dit que
l’âme, laquelle est la forme constituant le corps organisé, est la première entéléchie
du corps, le second degré de l’acte étant l’exercice même de la sensation ou de la
pensée. (De anima, II, 1; 412227.) | :
D'autre part, lorsqu'il s’agit de l’activité qui tend à une fin extérieure, la forme
est précisément cette fin et s’identifie, en un sens, avec l’activité elle-même : la
maison, qui est le but auquel tend la construction, contient en soi la construction
(Mét., IX, 8 ; 1050228-34). — Quant à l'activité qui est à elle-même sa propre fin,
elle ne laisse pas d’être, elle aussi, identique à la forme puisque l'intelligent se
confond avec l’intelligible, et que la pensée parfaite est pensée de la pensée.
(Ch. Werner.) : .
— Ces dernières remarques de M. Werner semblent rétablir l'unité entre acte,
exercice de l’activité, et acte, forme. La distinction capitale me paraît être ici celle
du réel et du possible et de leurs divers moments : une possibilité indéterminée,
quand elle se détermine, devient un acte du plus bas degré, mais cette sorte de
puissance actuelle s'achève enfin en une réalité, qui est l’acte du plus haut degré.
Le moment intermédiaire est celui dans lequel la détermination se fait, par
l'application de telle forme à telle matière. Il fait apparaître une « nature » possédant
telles propriétés, un vivant possédant telles fonctions, un agent possédant telles
aptitudes : c’est le moment qu’Aristote appelle #Eç (habitus). C’est un acte
auquel il manque encore de se manifester par des effets ou de s'exercer par la
spéculation ou l’action ; la chose ou l'agent réalisent alors la perfection de leur
forme. Exemples : il y a dans l’air une possibilité indéterminée de feu , si celle-ci
8e réalise en une « nature » déterminée ayant telles propriétés, c’est le feu ; mais
cette nature n’est vraiment elle-même que quand le feu est dans son lieu propre ; —
l'âme met le corps organisé, qui a la vie en puissance, en état de vivre {elle en est
ACTE 18
ônep rt. Métaph., H, 2, 1042 sqq. »
BoniTz, Index, sub Vo. Le mot acte,
en ce sens, ne marque plus ni un mou- :
vement ni un passage, mais au con-
traire une réalité donnée.
Cette opposition disparaît dans les
expressions in actu, en acte; cela crée
souvent une équivoque.
CRITIQUE
On voit par ce qui précède de quelles
sources multiples vient l’usage que
nous faisons aujourd’hui du mot acte.
On peut dire cependant que ce mot ne
présente plus, dans la langue contem-
poraine, que deux grandes classes de
signification : l’une se rattachant au
latin actus et dont le type essentiel est
le sens A ; l’autre venant surtout du
: neutre actum, et dont le type essentiel
est le sens C :
1° Mouvement volontaire d’un être ;
changement en tant qu'il est considéré
par rapport à un individu qui le produit
(cet individu pouvant être une per-
sonne morale, d’où le sens B).
29 Résultat de l’action, chose pré-
sente, acquise, « actuelle », d’où l’on
peut partir comme d’une donnée, soit
dans la théorie, soit dans la pratique.
Il est à remarquer que ces sens cor-
8. « Acte pur. » 1° évépyeux à xaP
abtrv, état du Dieu d’ARISTOTE ( Méta-
physique, À, 7; 1072 a-b) dont la
nature ne comporte rien en puissance
et dont la pensée est la pensée de sa
pensée. (Zbid., 1074b34.)
20 Actus purus, BAcoN, Novum Orga-
num, II, 2 et 17. Processus dont la
puissance de transformation est réa-
lisée tout entière en chaque moment
du temps ; essentiellement, par consé-
quent, et peut être exclusivement, le
mouvement mécanique : « Actus sive
motus. » (/bid., I, 54.)
l'acte premier, où l’entéléchie première), mais l'exercice même des fonctions de la
vie est un acte plus élevé ; — il y a dans l’être animé une puissance sensitive
indéterminée, qui le caractérise ; elle se détermine, par exemple, en fonction
visuelle (ë6Wuc), laquelle à son tour s’exerce et donne lieu à une vision de fait
{(6pæeric) ; — il y a dans le fer une puissance indéterminée de couper ; elle est
déterminée en figure de hache, mais la perfection de l’acte de la hache, c’est
l'instant où elle tranche ; — il y a dans l’homme une puissance indéterminée
d'apprendre telle science ou telle technique ; cette puissance se détermine par une
instruction appropriée en un savoir ou une habileté ; mais une telle aptitude n’est
plemement actuelle que lorsqu'elle s'exerce. Voilà pourquoi le mouvement est un
acte, mais un acte imparfait, l'acte de ce qui est en puissance en tant précisément
que cela est en puissance ; bref, une « réalité en train », la réalité du passage à la
réalité de la forme achevée. (L. Robin.)
Chez KanT, chez Ficure, les mots Tat et surtout Tathandlung sont employés
au sens B, et impliquent toujours l’idée de liberté. (Xavier Léon. F. Fauh.)
Le sens C n'est-il pas étranger à la philosophie ? (M. Bernès.) — Il est assez
voisin de celui d’évrekéysta, et il influe par association sur les autres usages
philosophiques du mot. Il y suggère l’idée non seulement d’une action A, mais
d’une action qui produit un résultat, qui crée un réel : « Préférer les actes aux
paroles, etc. » (A. L.)
Sur Acte et Activité. — « On peut demander pourquoi nous employons le
mot acte, qui semble toujours désigner une opération particulière et limitée, plutôt
que le mot activité, qui désigne la puissance même d’où tous les actes dérivent.
Il y a à cela une quadruple raison que comprendront très vite tous ceux qui auront
saisi la signification de notre analyse : c’est que le mot activité est abstrait, tandis
que le mot acte est concret (il est l'essence de l’activité, qui n’est elle-même que le
LA
19 ACTION
respondent assez exactement aux deux | Cultés cognitives (cognitive powers) »,
randes divisions qu’établit Arisrore | comprennent pour lui les sentiments*
Éans les sens d’évépyeux (voir ci-dessus, | et l’activité*, B. Voir (S).
F) et qui s'appliquent également aux Habitudes actives, voir Habitude*.
deux sens de Süvauc, selon Bonirz,
Index, sub Vo, 2062). Il ne faut pas | OT Re Ga
oublier cependant que ces deux sens duction consacrée du vod &rx6x;c d’Aris-
ont fréquemment réagi l’un sur l’autre iQ (Hept por 111, 429023) et du vobc
et produit des conceptions intermé- ane dd
diaires ou composites, qui ne corres- . : .
pondent à rien de solide. EXPEESSIONS dont la synonymie ‘al
Pour les différentes nuances d’Acte di Per 1er Ds a
: Le essus. Elle s'oppose à voüs raÜnrixéc,
Re A s Pr HA et intellect passif ». Zbid., 130424,
c Abbas D. Ag: E “ALU en Cette opposition a été entendue en
' Et RENE É des sens très divers par les philosophes
ACTIF, D. Täug, Aktiv ; E. {cuve ; | postérieurs. Voir notamment LEiBNiz,
1. Attivo. : Considérations sur la doctrine d'un
Psycx. À. En train d'accomplir un | esprit universel ; MALEBRANCHE, Rech.
acte-A* {opposé à inactif). de la Vérité, 111, ch. 11, 1.
B. Qui accomplit fréquemment ou Rad. int. : À. C. Agant , B. Agem;
volontiers des actes-A* (opposé à | D. Agiv.
paresseux}. |
C. En train d'accomplir une action ACTION, D. Tu, Handlung ; quand
au sens À ou au sens B. on veut insister sur le caractère causal
D. Capable d’exercer une action au | de l’action et sur l'effet produit
sens B. S’oppose dans ces deux sens à | Wirkung ; — E. Action, activity ; --
passif. Les « facultés actives factice | |. Azione.
powers) », opposées par Reid aux « fa- A. Opération d’un être considérée
Intellect actif (intellectus agens). Tra-
nom générique des actes particuliers) ; — que le mot activité n’exprime jamais
qu’une possibilité, tandis que le mot acte exprime un accomplissement ; — que
l’activité aurait besoin pour s'exercer d’un ébranlement extérieur à elle, au lieu
que l'acte est. générateur de lui-même ; — que l’activité appelle son contraire, qui
est la passivité, mais que l'acte n’a pas de contraire, de telle sorte que les actes ne
diffèrent pas les uns des autres en tant qu’actes, mais justement par le mélange
d'activité et de passivité auquel on peut les réduire. » L. LAveLLE, De l’Acte,
livre I, ch. 1, p. 13.
— Sur les mots Acte, Action, Activité, Agent, voir l’étude de R. Bouvier dans
la Revue de Synthèse, tome XIII (1937), p. 191-197.
Sur Actif. — M. M. Marsal fait remarquer que la confusion est grande dans
l'usage de ce mot : les mêmes opérations de la perception, passives aux yeux de
Reid en tant que cognitives, sont actives aux yeux de Biran en tant qu’opérations.
Ed. Claparède dénonce la même confusion, et distingue : 1° actif au sens de
spontané, avant son origine dans l'individu considéré ; il s'oppose à ce qui vient
du dehors ; —- 2° actif, au sens de productif, de constituant une dépense d’énergie.
Voir au Supplément à la fin de cet ouvrage l'analyse détaillée qu’il a donnée de ces
deux sens.
Sur Actif (Intellect). -— Cf. RENAN, Averroés et l’Averroïsme, 17e partie, Ch. «1.
(R. Berthelot.)
ACTION
comme produite par cet être lui-même,
et non par une cause extérieure. « Il est
assez difficile de distinguer les actions
de Dieu de celles des créatures; car
il y en a qui croient que Dieu fait
tout, etc. » LEipniz, Discours de méta-
physique, ch. vi.
Plus spécialement, exécution d’une
volition. « … Quelque chose qui est en
lui, et que rien, non pas même ce que
lui-même est avant le dernier moment
qui précède l’action, ne prédétermine. »
REexouvien, Science de la morale, I, 2.
B. Par suite, influence exercée sur
un autre être. « Tout ce qui se fait ou
arrive de nouveau est généralement
appelé par les philosophes une passion
au regard du sujet auquel il arrive, et
Ce
20
l'agent et le patient soient souvent fort
différents, l’action et la passion ne
laissent pas d’être toujours une même
chose qui a ces deux noms, à raison
des deux divers sujets auxquels on
peut la rapporter. » DESCARTES, Pas-
sions de l'âme, 1re partie, art. 1 —
Cf. Transitive* (action).
Au sens physique (très fréquent dans
les sciences) : « L'action des acides;
les actions lentes (en géologie) ; l’action
de la lumière sur les organismes. »
C. En mécanique, sens technique :
produit d’une énergie par un temps.
— Sur la différence de l’action dite
« maupertuisienne », et de l’action dite
« hamiltonienne », ainsi que sur le
principe de lu moindre action, voir ci-
21
CHR
D. (Opposé à inuction.) Activité,
travail, effort. « 1] n’est pas requis plus
d'action pour le mouvement que pour
le repos. » DESCARTES, Principes, Il, 26.
En particulier, effort moral : « La
certitude est une région profonde où la
pensée ne se maintient que par l’action.
Mais quelle action ? Il n’v en a qu’une:
celle qui combat la nature et la crée
ainsi, qui pétrit le moi en le froissant.
Le mal, c’est l’égoiïsme, qui est au fond
lâcheté : la lâcheté, elle, a deux faces :
recherche du plaisir et fuite de l'effort.
Agir, c’est la combattre. » J. LAGNEAU,
Fragments, Revue de Métaph., 1898,
p. 169.
E. (En tant que l’on distingue l’ac-
tion de l'intelligence, ou de la pensée) :
la spontanéité des êtres vivants, et
ACTION
rant radicalement de la représentation
et opposé à celle-ci (voir ci-dessus la
division de Re1p, citée à l’article actif *};
— soit comme étant « ce qui enveloppe
l'intelligence, la précédant et la prépa-
rant, la suivant et la dépassant ; par
conséquent, ce qui, dans la pensée
même, est synthèse interne plutôt que
représentation objective. » Lettre de
M. Maurice BLzonpre à M. Lalande sur
l'article Action, dans la première édi-
tion du Vocabulaire (S). Cf. l'ouvrage
du même auteur intitulé L’ction.
CRITIQUE
Le mot action tire son caractere phi-
losophique du terme agir (agere, pous-
ser), qui se rattache d’un côté au sen-
une action au regard de celui qui fait | dessous l’article et, au Supplément, les
“ HR . :
qu'il arrive; en sorte que bien que ! observations de M. René BERTHELOT.
Sur Action. — Cet article a été remanié dans la 4€ édition.
Le sens À était défini, dans la rédaction primitive : « Changement d’un être
considéré comme produit par cet être lui-même, etc. » MM. Maurice Blondel et
Ch. Werner m'ont écrit que « changement » leur paraissait impropre, une pensée
contemplative, ou une volonté immuable étant aussi des formes d'action.
M. M. Bzonoez, sans formuler de définition proprement dite, donnait de l’action
l'analyse qui est reproduite ci-dessous ; M. WERNER proposait : « Développement
de la puissance qui appartient à un être de par sa nature. » — La question a été
sommairement examinée, mais non résolue, à la séance du 3 mai 1923. On y a
écarté la définition : « Développement de la puissance. », ainsi que la formule
(proposée par un des membres de la Société) : « Ce qui, dans un être, est considéré
comme produit par cet être lui-même, etc. » Aucun texte n’a été approuvé d’un
commun accord ; ons’est arrêté à maintenir, faute de mieux, la rédaction primitive,
tout en m’engageant à chercher encore quelque terme qui échappât, si possible,
à l’objection indiquée. J’ai cru pouvoir adopter finalement le mot « opération »,
employé d’ailleurs par M. M. BLoNDEL dans la note suivante, et qui m'a paru
assez général pour donner satisfaction aux scrupules indiqués. Cf. « Opus quod
operatur Deus a principio usque ad finem, summaria nempe naturae lex... » Bacon,
De dignitate et augm. scient., livre III, ch.1v, citant L’Ecclésiaste, III, 11. (A. L.)
— Le mot action, plus concret qu’'acte, exprime ce qui est à la fois principe,
moyen et terme d’une opération qui peut rester immanente à elle-même. Pour en
comprendre et en hiérarchiser les diverses acceptions, il est bon d’user de la dis-
tinction traditionnelle entre moeïv, npétreuwv et Geuwpeïv — 1° L'action peut
consister à modeler une matière extérieure à l’agent, à incarner une idée, à faire
coopérer, pour une création artificielle, diverses puissances physiques ou idéales. —
2° L'action peut consister à façonner l’agent même, à sculpter ses membres et ses
habitudes, à faire vivre l'intention morale dans l’organisme, à spiritualiser ainsi
la vie animale elle-même, et, par elle, la vie sociale. — 3° L'action peut consister à
timent intérieur de l'effort et de la
: volonté, de l’autre aux mouvements
particulièrement de l’homme, conçue
soit comme un ordre de facultés diffé-
réaliser la pensée en ce qu’elle a de plus universel, d'éternel : la contemplation, au
sens fort et technique, est l'action par excellence. Dans le premier sens, l’action
semble s'opposer à l’idée ; elle lutte pour dominer une matière plus ou moins
rebelle, mais elle doit finalement profiter de cette lutte mème, et s'enrichir par la
collaboration de ses moyens d’expression. Dans le second sens l’action semble
s'opposer à l'intention, qu'elle risque de traduire imparfaitement et de détériorer,
mais qu’au contraire elle doit préciser, féconder, achever. Dans le troisième cas
laction contemplative semble s'opposer aux démarches et à l'agitation discursive
de la méditation ou de la pratique ; mais en réalité elle exprime l'unité parfaite de
l'être et de la connaissance que préparent les conflits provisoires et subalternes
de toutes les puissances extérieures, intérieures, supérieures enfin réconciliées,
hiérarchisées, actualisées. Il ne faut donc pas conclure de ces conflits transitoires à
une hétérogénéité radicale et finale entre pensée et action. Cette prétendue
opposition, qu’en ces dernières années on a maintes fois alléguée, impliquerait une
double erreur : il faudrait, pour qu’elle fût réelle, que la pensée se bornât à être un
système de représentations, de relations, d’abstractions notionnelles, détachées de
la vie, et se substituant à elle ; or c’est faux ; et il faudrait que l’action fût une
Poussée de puissance irrémédiablement obscures, que la conscience ne saurait
éclairer, reprendre à son compte, conquérir et parfaire ; or c’est également faux.
L'action doit constituer la synthèse de la spontanéité et de la réflexion, de la
réalité et de la connaissance, de la personne morale et de l’ordre universel, de la vie
intérieure de l'esprit et des sources supérieures où elle s’alimente. Joubert a dit :
« Penser à Dieu est une action. » Saint-Jean-de-la-Croix avait dit plus profondé-
ment : « L'action qui enveloppe et achève toutes les autres, c’est de penser vraiment
à Dieu. » (Maurice Blondel.)
. Au sens moral, « action » signifie décision, démarche, intervention efficace, par
initiative propre, d’une activité volontaire qui n’est déterminée ni par sa nature,
ni par rien d’extérieur à elle ; en sorte que si l’action, ainsi entendue, n’est pas
ACTION
24
extérieurs qui en sont la manifesta-
tion, ou qui ont primitivement suggéré
à des observateurs anthropomorphistes
Anfang war die T'at », qu'il substitue
à das W'ort (le verbe), der Sinn {la
pensée), et dans lequel il absorbe die
28
l’idée d’une relation analogue : l’action
de l’eau sur le feu, par exemple, étant
conçue comme une lutte et un effort.
De plus, comme l’a fait remarquer
Josiah Royce (Bazpwin, V9 Activity),
la théorie d’Aristote qui fait de Dieu
«l'acte pur » en même temps que l’Être
suprème, a causé une forte association
d'idées, et souvent même une confusion
entre ce terme et celui de réalité. On
en retrouve la trace dans la célèbre
formule : Ce qui n'agit pas n’est pas,
qui peut signifier que la réalité dépend
de l’action À (de l'existence d’une na-
ture propre, ce qui est presque une
tautologie) ; ou de l’action B (exercée
sur les autres) : ou de l’action au sens
éthique D, c'est-à-dire de l'effort. Il en
est de même de la conclusion de Faust :
« Au commencement était l’action, -1m
Kraft (la force). Elle peut désigner soit
le caractère éternel et primitif du deve.
nir, par opposition à l’idée d’une cause
transcendante ; soit l’antériorité du
non-intellectuel sur l'intellectuel ; soit
encore la croyance animiste que le
monde entier repose sur un effort ana-
logue au désir dont nous avons cons-
cience. (Le plus probable est d’ailleurs
que ces idées différentes, conciliables
ou non, ont été à la fois aperçues par
lPauteur, et que de leur multiplicité
mème, confusément sentie, résulte l’im-
pression de profondeur que donne ce
vers.)
Rad. int. : À. Ag; B. Influ,; C. Ak-
cion ; D. Labor ; E. Akcion.
Action (Principe de la moindre). —
Proposition de mécanique qu’on peut
toujours création d’être, c’est toujours création d'événement, de phénomène, donc
toujours un commencement dont la volonté qui le produit est responsable. — Au
sens physique, comme lorsqu'on parle de l’action des acides, de laction du feu,
de l’action de la masse, etc., le mot action signifie au contraire quelque chose qui
résulte de la nature même de l’agent, l'agent quel qu'il soit, étant conçu comme
déterminé à le produire en raison des propriétés qui le constituent, et dont, à
aucun degré, on ne l’imag'ine responsable. — C'est ainsi que jadis on distinguait
les actus humani, ou actions que l’homme accomplit en le sachant et en le voulant,
et les actus hominis, ou actions que l’homme produit, sinon sans le savoir, du
moins sans le vouloir, de par ce qu'il est naturellement. (L. Laberthonnière.)
— Le sens C a é té ajouté sur la proposition de MM. René Berthelot, Brunschvicg,
Louis Weber.
Sur le sens E. — La plupart du temps, quand on distingue l’action de l'intelli-
gence. c’est pour distribuer des prix à l’une ou à l’autre, pour les classer et les
hiérarchiser. — Tantôt, au nom de l’action, on adresse des malédictions à la
pensée pure, et l’on vit dans ce que J. St. Blackie appelle « /a folie de l’extériorité » ;
tantôt on déclare que la pensée est supérieure à tout et que l'action n’en est
jamais qu’une imasge affaiblie. C’est proprement alors l’impuissance de contempler,
&oféverx Bewptac ; l'action devient une grande pauvreté. « Oh faiblesse d’agir...! »
Quand on est sûr de ses idées, à quoi bon les faits qui les confirment ? Cf. le mot
célébre de Villiers dans Axel : « Vivre. les serviteurs feront cela pour nous. »
(Louis Boisse.) — Cf. du même auteur : le Fétichisme de l’action (Action morale,
15 nov. 1902).
ACTIVISME
énoncer sous une forme générale (pré-
cisée depuis le xvue siècle de diverses
manières chez Fermat, Maupertuis,
Euler, Hamilton) en disant que l’ac-
tion, au sens C, est constamment un
minimum (ou un maximum) ;ouencore,
et plus généralement, que sa variation
est nulle, qu’elle possède une valeur
stationnaire (d’où le nom de « Principe
de l’action stationnaire », dont on fait
quelquefois usage aujourd’hui). Cette
proposition a été considérée, tantôt
comme ayant une portée métaphy-
sique ; tantôt comme une vérité qui
relève uniquement de la science posi-
tive ; tantôt comme le principe fonda-
mental de la mécanique, tantôt comme
un théorème démontrable à partir des
lois générales du mouvement.
Sur l’histoire de ce principe, et sur
l'usage qui en est fait par les physiciens
contemporains, voir le Supplément à la
fin de cet ouvrage.
Philosophie de l’action.
A. Doctrine philosophique de M. Mau-
rice BLONDEL, principalement exposée
dans son ouvrage L’Action (1893). « Elle
s’est attachée à ces deux problèmes et
dans cet esprit : 1° Étude des rapports
de la pensée avec l’action, de manière
à constituer une critique de la vie et
une science de la pratique, dans le
dessein d’arbitrer le différend entre
l'inteliectualisme et le pragmatisme par
une « philosophie de l’action » qui enve-
loppe une « philosophie de l’idée » au
lieu de l’exclure ou de s’y borner. —
20 Étude des rapports de la science
avec la croyance et de la philosophie
la plus autonome avec la religion la
plus positive, de manière à éviter le
rationalisme aussi bien que le fidéisme,
et dans le dessein de retrouver, par un
examen rationnel, les titres intrin-
sèques de la religion à l’audience de
tous les esprits. » Lettre de M. Maurice
BLonpeLz à M. Lalande, sur l'épreuve
de cet article (2e édition). — Voir ci-
dessous Jntellectualisme*, Pragmatis-
me* ; et La Signification du pragma-
tisme, par M. Paropt, dans le Bulletin
de la Société de philosophie, juillet 1908,
avec une lettre de M. BLONDEL.
B. En un sens différent, et plus large,
se dit du pragmatisme, de l’humanisme,
de l’instrumentalisme, et de toutes les
doctrines qui soutiennent la primauté
de l’action par rapport à la représen-
tation.
« Activation des tendances » (Pierre
JANET), voir plus loin l’article Attente*.
« ACTIVE (École) ». — « On appelle
ainsi, en pédagogie, l’école fondée sur
le principe de l'éducation fonction-
nelle. » (Ed. Claparède.) — Voir Fonc-
tionnel*, A.
Pour les équivoques du mot « ac-
tive » dans cette expression, voir les
observations sur Actif, dans le Supple-
ment à la fin du présent ouvrage.
« ACTIVISME », D. A ktivismus ; E.
Activism ; |. Attivismo.
A. « Prendre la file immédiate, étu-
dier le passé qui agit d’une façon dis-
tincte et continue sur nous, se placer
au point de vue du présent, c’est l’ac-
tualisme, ou si l’on veut l’activisme
que nous croyons justifié dans les
recherches morales. » F. Raux, Études
de morale, p. 204.
B. Eucken, dans les Geistige Strô-
mungen der Gegeniwartl, a distingué
du pragmatisme ce qu’il appelle Pacti-
1. Les courants spirituels contemporains.
Principe de la moindre action. — Nouvelle rédaction due à M. René Berthelot.
Il a bien voulu y joindre un commentaire historique, trop étendu pour être inséré
Sur la CRITIQUE. — De l’adage : « Ce qui n’agit pas n’est pas », on peut rap- ici, mais qu’on trouvera au Supplément à la fin du présent ouvrage.
| procher aussi la formule : « Un être est où il agit », formule qui se rencontre chez
1 les Scolastiques, et dont déjà les Stoiciens faisaient usage. (R. Berthelot.) Sur Astivisme, — Texte de A.‘J. Jones communiqué par GC, C,:J. Webb,
ACTIVISME
visme. « The position Eucken adopts is
one of Activism. In common with
pragmatism, it makes truth a matter
of life and action rather than of mere
intellect, and considers fruitfulness for
action a characteristic of truth. He
differs from the pragmatic position in
that he contends truth is something
deeper than mere human decision, that
truth is truth not merely because it is
useful, that reality is independent of
our experience of it, and truth is gained
intuitively through a life of actiont. »
À. J. Jones, Rudolj Eucken, a Philo-
sophy of Life, p. 41.
ACTIVITÉ, D. Aktivität, Tätigkeit ;
faculté : Wirkungsfähigkeit (EISLER) ;
— E. Activity (plus large : signifie éga-
lement action ou ensemble d’actes) ; —
I. Attivita.
A. Caractère de l'être qui est actif*,
aux divers sens de ce mot.
B. Synonyme d'action aux sens D,
E, avec des nuances : action est plus
concret et d’une allure plus moderne ;
activité plus scolaire ct plus neutre. Ce
mot sert, depuis une cinquantaine
d'années, dans la plupart des cours
de philosophie français, à désigner le
groupe des phénomènes psychologiques
que forment la volonté, l'instinct, les
tendances, l’habitude, et autres faits
1. La position qu'adopte Eucken est celle de l'acti-
visme. Comme le pragmatisme, elle fait de la vérité une
affaire de vie et d'action plutôt que de pur intellect, et
considère la fécondité pour l’action comme un carac-
tère essentiel de la vérité. Elle en diffère en ce qu'il sou-
tient que la vérité est quelque chose de pins profond que
la pure décision humaine, que la vérité n'est pas vérité
uniquement parce qu'elle est utile, que la réalité est in-
dépendante de l'expérience que nous en avons, et qu’on
obtient la vérité intuitivement, par une vie d'action. »
à
24
de même caractère ; il a succédé dans
cet emploi au mot volonté, qui formait
précédemment (avec sensibilité et intel.
ligence) l’une des trois divisions consa-
crées de la psychologiet.
CRITIQUE
Voir action*. — Ce mot paraît impos-
sible à remplacer par d’autres termes
plus spéciaux et plus précis dans le
langage français de la philosophie
usuelle. I] ne pourrait recevoir de dé-
termination exacte que dans une langue
artificielle à suffixes bien déterminés :
« Agad, agantes, agives, agemes ; ago-
fakultat ; labor, laborad, etc. »
ACTUALISATION, D. E. Actuali-
zing ; |. Attualizzazione.
Fait de rendre actuel, au sens À, de
faire passer de la puissance à l’acte.
Rad. int. : Aktualig.
« Actualisme », voir Activisme*, A.
ACTUEL, D. Aftuell (Wirklich dé-
signe surtout l’idée de réalité) ;, — E.
Actual ; 1. Attuale.
A. Qui est en acte, aux sens Det E,
par opposition à ce qui est en puis-
sance, et qu’on nomme virtuel* ou
potentiel*. L’énergie* actuelle ou ciné-
tique est celle qui consiste en une force
vive ; l'énergie potentielle consiste en
un état dans lequel nous ne discernons
1. Voir paroxemplele Manuel de Philosophie d'Amédée
Jacques, Jules Simon, Emile SA1SSET (1846). La 4° édi-
tion (1863) porte encore la même division, mais elle
contient le programme du 10 juillet 1863 où l'on dit :
« Des facultés de l'âme : sensibilité, facultés intelleo-
tuelles, activité. »
Sur Activité. — M. Th. de Laguna précise le sens du mot anglais activity :
« Nous pouvons parler, nous écrit-il, des charitables activities d’un homme ; et le mot
dans ce cas ne s’applique pas à chaque acte particulier de charité, mais aux
diverses directions dans lesquelles sa charité se manifeste. »
Sur Actuel. — L’anglais a conservé à l’adjectif actual et à l’adverbe actually un
sens à la fois très usuel et très voisin du sens aristotélique. (J. Lachelier.)
— On en trouve aussi quelques traces en français en dehors de l’usage propre-
35
a
pas de mouvement perceptible (énergie
chimique, énergie contenue dans le
système de deux corps immobilisés qui
se repoussent ou s’attirent suivant une
certaine loi).
B. Présent, qui existe ou se fait au
moment où l’on parle.
C. Sens divers : « Grâce actuelle », en
théologie s'oppose à grâce habituelle ;
« péché actuel » à péché originel ; « vo-
lonté actuelle » à volonté potentielle ;
«intention actuelle » à intention vir-
tuelle. LITTRÉ, sub Vo.
Rad. int. : Aktual.
ACUITÉ (sensorielle), D. Schürfe ;
E. Acuteness ; 1]. Acutezza.
Capacité pour les sens : 1° de perce-
voir des excitations plus ou moins
faibles ; — 2° de distinguer deux per-
ceptions plus ou moins voisines en
distance ou en qualité.
Rad. int. : Akutes.
« Adaptat », cf. Agrégat*.
ADAPTATION, D. Anpassung ; E.
Adaptation ; 1. Adattamento.
A. État de ce qui est en harmonie
avec son milieu, ou, plus généralement,
avec ce qui agit sur lui.
B. Modification d’une fonction ou
d’un organe ayant pour résultat de les
mettre en accord avec tout ou partie de
leur milieu, soit interne, soit externe.
ADDITION LOGIQUE
REMARQUE
J. M. Bazrowix et LLoyp Morcan
proposent de restreindre le mot aux
adaptations acquises et fixées, parti-
culièrement par l’hérédité, et de dési-
gner les premières variations indivi-
duelles par le mot accommodation*
(Dict. of philos. and psych., sub Vo). —
TARDE l’applique, au contraire, à l’état
des éléments, organiques ou non, qui
sont coordonnés ensemble, ou subor-
donnés à leur milieu. Les lois sociales,
chap. mnt.
Rad. int. : À. Adaptad ; B. Adaptur.
ADDITION LOGIQUE, D. Logische
Addition ; E. Logical addition ; 1. Ad-
dizione logica.
Opération logique applicable aux
concepts (ce qui en est l’usage le plus
ordinaire) et aux propositions. Elle est
représentée soit par +, soit mieux
par U.
A. La somme logique de deux (ou
plusieurs) concepts (ou, plus exacte-
ment, de leurs extensions) est l’en-
semble des individus qui font partie de
l'extension de l’un quelconque d’entre
eux. Exemples : les Anglais et les Fran-
çais ; les Européens et les Russes.
B. La somme logique de deux (ou plu-
sieurs) propositions est la proposition
qui affirme que l’une (au moins) de ces
propositions est vraie. Voir Disjonction*.
Rad. int. : Adicion(o) logikal(a).
ment philosophique : « Serait-il de la bonté d’un prince : 1° de donner à cent
messagers autant d'argent qu’il en faut pour un voyage de deux cents lieues...
40 d’emprisonner actuellement quatre-vingt-dix-huit de ces messagers dès qu’ils
seraient de retour ? etc. » BayLE, Réponses aux questions d'un provincial, ch. 94,
cité dans LEIBNIZ, T'héodicée, $ 161. — ComTE emploie de même actualité au sens
de réalisation effective : « Ce moyen. ne saurait jamais comporter toute l'actualité
nécessaire pour qu’il pût entièrement suffire... » (11 s’agit de la mesure du temps
par la position des étoiles.) Cours de philos. positive, 20° leçon. (A. L.)
Sur Addition logique. — La rédaction du $ B a été modifiée conformément à la
Proposition de M. Th. de Laguna.
— L'emploi de cette expression tient à ce que l’opération logique dont il s’agit
Présente toutes les propriétés formelles de l'addition arithmétique, sauf celle
exclut le principe de tautologie aXaxXa.…—a; a+a+a.—=a.
(R. Berthelot.)
ADÉQUAT
ADÉQUAT (du L. Adæquatus); D.
Adäquat ; E. Adequat ; I. Adequato.
A. Se dit d’une idée qui représente
parfaitement et complètement son ob-
jet, d’une énonciation qui ne diffère
en rien de ce qu’elle est destinée à
énoncer.
B. Pour SPiINozA, une idée est adé-
quate, lorsqu'elle possède toutes les
propriétés ou dénominations intrin-
sèques de l’idée vraie*, Éthique, II,
Déf. 4.
C. Pour LE1BNIz, une connaissance
adéquate est une connaissance dis-
tincte dont les éléments eux-mêmes
sont distincts, c’est-à-dire une notion
qui est entièrement analysée en notions
simples, de sorte qu’on en connaisse
a priori la possibilité*. Discours de
Métaph., ch. xxiv.
Rad. int. : Adokuat.
AD hominem (Argument). Se dit
d'un argument qui ne vaut que contre
l’ad versaire que l’on combat, soit que
cet argument se fonde sur une erreur,
une inconséquence ou une concession
de l'adversaire, soit «qu’il vise tel ou
tel détail particulier à l’individualité
ou à la doctrine de celui-ci.
« À DICTO secundum quid ad dictum
simpliciter » (mot à mot : de ce qui est
dit relativement à quelque chose, à ce
qui est dit sans restriction) ; formule
classique traduisant ARISTOTE : « xati
td rfxai amA&G » Des sophismes, 168b11.
Sophisme consistant à passer d’une
à 4
26
assertion vraie dans un domaine limité
(par exemple que tel régime est bon
pour tel tempérament) à l’assertion
générale correspondante (que ce ré.
gime est bon en soi, et pour n’importe
qui).
AD judicium, (Appel) au jugement,
est opposé par Locke aux divers argu-
ments ad hominem, ad ignorantiam, ad
verecundiam. Essay, IV, xvir, 22.
AD ignorantiam, (Appel) à l’igno.
rance. — On nomme ainsi différentes
manières de raisonner, généralement
sophistiques :
A. Profiter de ce que l’interlocuteur
ignore un fait qui s’opposerait à l’ar-
gument invoqué. Cf. Subreption*.
B. « Exiger que l’adversaire admette
la preuve ou qu’il en assigne une meil-
leure. » LeiBniz, Nouv. Ess., IV, xvu,
20 (résumant Locke, Essay, même ja-
ragraphe). Il en distingue deux formes :
l’une à laquelle il conserve le nom d'ad
ignorantiam, et qui consiste à imposer
à l’adversaire l’onus* probandi ; l’autre
qu’il appelle ad vertiginem (appel au
vertige), mais qui est probablement ce
que visait Locke ; « c’est, dit-il, quand
on raisonne ainsi : si cette preuve n’est
point reçue, nous n’avons aucun moyen
de parvenir à la certitude sur le point
dont il s’agit ; ce qu’on prend pour une
absurdité ».
Voir, dans la suite du texte, la dis-
cussion des cas où ces arguments peu-
vent être valables.
27
ADMETTRE, D. Zulassen, zugeben ;
annehmen (surtout aux sens C et D);
— E. A. to admit; to assume (voir
Assomption*, observations) ; — I. Am-
mettere.
1° En parlant des hommes :
A. Reconnaître, ou tenir pour vrai.
« Je l’'admets. » — « Il est admis que... »
_— « Une opinion admise. » — « Des-
cartes admet que l'esprit est plus aisé
à connaître que le corps. »
Le mot, en ce sens, implique presque
toujours une réserve ; ou bien on veut
indiquer qu'on se borne à ne pas nier
une certaine thèse, au moins pour le
moment ; ou bien on veut rappeler que
celui dont on parle n’a fait que sous-
crire à une idée courante, sans la cri-
tiquer; ou encore on annonce par
l'emploi de ce terme qu’on a soi-même
des objections contre ce qu’un autre a
«“ admis ».
B. Accepter à titre d’instrument in-
tellectuel, de règle ou de convention
établie. « Une classification admise. »
— « Admettre les rejets » (dans la versi-
fication) ; — « les accords dissonants »
(dans la composition musicale), etc.
C. Recevoir à titre de principe pro-
bable ou approché, dont l'usage est
ADMIRATION
plus ou moins complètement justifié
par les prévisions ou les applications
qu'il rend possibles. « Nous admettrons
que l’action des corps très éloignés est
insensible. » — « On peut admettre
pour le rapport de la circonférence au
diamètre la valeur 3,1416. »
D. Prendre pour point de départ
d’un raisonnement une proposition
(lexis*) sans s'inquiéter de savoir si
elle est vraie ou fausse, probable ou
improbable, mais seulement afin d’éta-
blir quelles en sont les conséquences.
« Admettons que le nombre des étoiles
soit infini. »
29 En parlant des choses :
E. Comporter ; être apte à recevoir
par sa nature. « Ce texte admet plu-
sieurs interprétations. » — « Une règle
qui n'’admet pas d’exceptions. » Voir
Assomption* et Hypothèse*.
Rad. int. : À. Agnosk ; B. Konsent;
C. Grant ; D. Postul ; E. Admis.
ADMIRATION ({L. .idmiratio). Outre
son sens usuel, ce mot présente chez
Descartes le sensétymologique d’éton-
nement. Il la considère comme étant à
l'origine de toutes les passions. (Traité
des passions, Deuxième partie, art. 53.
Sur Admettre. — Article omis dans la première édition, et ajouté pour tenir
compte des distinctions analogues établies par M. de Laguna à propos des mots
anglais Assumption et to assume. Voir Assomption, observations.
Sur Admiration. — Article complété conformément à une remarque, de
Sur Adéquat. — La définition de Spinoza, assez énigmatique si l’on considère
ce texte isolé, aurait besoin d’être éclaircie à l’aide d’autres parties de l’Éthique.
La conception fondamentale me semble être à peu près la suivante : une idée est
adéquate dans un esprit quand elle s’y trouve accompagnée de toutes celles qui
sont requises pour en rendre pleinement raison. (E. Leroux.) — Il est difficile
d'exprimer en quelques mots le sens et la portée d’une formule spinoziste, sans
prêter à la controverse, que nous avons préféré, ici comme en d’autres passages,
renvoyer purement et simplement au texte ; il serait trop long d’en rapprocher
tous les passages nécessaires pour le commenter ; nous nous bornons donc à
insérer la remarque de M. Leroux, qui nous paraît très propre à orienter l'esprit
dans la recherche de ce commentaire. (A. L.)
Louis Prat, qui insiste sur le caractère primitif de admiration chez Descartes :
«“ Quamprimum nobis occurrit aliquid insolitum objectum, et quod novum esse
judicamus, aut valde differens ab eo quod antea noveramus, vel supponebamus
esse debere, id efficit ut illud admiremur et eo percellamur. Et quia hoc contin-
gere potest antequam ullo modo cognoscamus num illud objectum sit nobis
Conveniens necne, Admiratio mihi videtur esse prima omnium passionum. »
Descartes, Passions de l’âme, 2° partie ; début de l’article Lin.
Le terme admiration comporte trois usages philosophiques : 19 Chez Aristote ou
Spinoza, le vulgaire admire que les choses soient comme elles sont ; le savant
admirerait qu'elles fussent autrement : la connaissance de la nécessité inhérente
l’ordre total supprime donc l'admiration ou la transforme en une impassible
Contemplation intellectuelle. — 2° Chez Descartes, l'admiration est la passion
fondamentale du philosophe (Traité des Passions, 11, 53) ; consistant d’abord en
Une surprise qui provoque la recherche et reste l'âme de la philosophie parce qu’il
ADVENTICE
ADVENTICE {L. .idventitius). Cogi-
tationes adventitiæ, Idées adventices,
DEscarTEs. Celles qui nous sont four-
nies par les sens. S’oppose aux idées
innées, et aux idées factices, c’est-à-dire
construites. Troisième Méditation, $ 8
AD verecundiam, (Appel) au respect,
ou peut-être plus exactement à l’inti-
midation. C'est, dit LeirBxiz (résumant
Locke, Essay, IV, xvi1, 19) « quand
on cite l’opinion de ceux qui ont acquis
de l'autorité par leur savoir, rang,
puissance, ou autrement; car lors-
qu’un autre ne s’v rend pas prompte-
ment, on est porté à le censurer comme
plein de vanité et même à le taxer
d’insolence ». Vouveaux Essais, Ibid.
— $e dit en particulier de l’appel à
une opinion universellement admise,
ou censée telle.
28
AFFECTER (L. Afficere, Affectare) .
D. Afjisieren ; E. Affect ; I. Commuo.
vere.
A. Exercer une action, au sens B. Xe
s'emploie que quand l’objet de cette
action est un être vivant. Voir Affec.
uif*. « La lumière affecte la rétine. »
B. En particulier, exercer une action
sur la sensibilité* ; et plus spécialement
encore, produire un état de tristesse.
CRITIQUE
Il faut éviter en psychologie ce der.
nier sens, qui est une source d’équivo.
ques. Ce mot présente d’autres sens,
non philosophiques, mais sans amhi.
guité.
Rad. int. : A. Influ; B. Afekt. (Au
sens d’attrister, Aflikt.\
AFFECTIF, D. Gefühls.. ; E. Affec.
29 ss
Affectif diffère de Passif en ce qu'il
contient de plus : 1° l’idée qu’il s’agit
d'un phénomène de sensibilité, au
gens B ; 2° l’existence d’une réaction
de la part de l’être sentant, qui exprime
par un certain état individuel la modi-
fication reçue du dehors. On appelle
« ton affectif » ou « élément affectif »
d’une sensation la part de sensibilité
qui y est contenue, en tant qu’on l’op-
pose à son aspect représentatif ; —
« mémoire affective », la reviviscence,
à titre de simples souvenirs, de senti-
ments éprouvés autrefois. (Mais l’exis-
tence d’une mémoire affective propre-
ment dite est discutée.) Cf. Mémoire*,
et observations ci-dessous.
CRITIQUE
Très bon terme philosophique ; il a
eu autrefois le sens d’affectueux, mais
AFFECTION
en est aujourd’hui complètement dée-
barrassé.
Rad. int. : Afektiv.
AFFECTION {L. Affectus, Affectio) :
D. Affektion, Gefühl. (Sur l’usage alle-
mand du mot Affekt, voir Wunopr.
Physiol. Psychol., Il, 404) ; — E. Affec-
tion (Affect est proposé par les contem-
porains dans un autre sens, celui de
mobile* venant de la sensibilité ; BazD-
WIN, MACKENZIE, STOUT, dans le Duct.
of philos. and psych., sub V0), — I.
Affecto, Affezione.
A. Tout mouvement «le la sensibilité.
au sens B, qui consiste en un change-
ment d'état provoqué par une cause
extérieure. Ce mouvement suppose
l'existence d’une tendance, mais ne se
confond pas avec elle : « La conscience
de chaque affection. enveloppe celle
AD vertiginem, voir .{d* ignoran- | (fe; I. Affettivo. | ee
Désigne le caractère générique du
tam.
plaisir*, de la douleur*, et des émo-
AESTHOPHYSIOLOGIE, E. Æstho- | tions*, qu'on appelle souvent du nom
physiology. (SPExCER, Princ. of Psy- | commun d’ «états affectifs ». L’expres-
chol, I, ch. 6) : étude des rapports : sion « tendances affectives » est aussi
entre la physiologie et la psychologie ! appliquée aux inclinations* et aux
de la sensation. passions*.
faut toujours pouvoir s'étonner, elle survit à la découverte même, et devient un
sentiment de joie esthétique et métaphysique, comme l'indique la fin de la
3e Méditation, où Descartes s'arrête devant Dieu pour « considérer, admirer et
adorer l’incomparable beauté de cette immense lumière ». — 3° Ollé-Laprune a
vu dans l’admiration le ressort moral de la philosophie, l’âme de l’éducation, le
viatique de la vie spirituelle, la récompense finale d’un amour de la vérité comme
elle en avait été le commencement et l’attrait : le rôle que d’autres attribuent à la
curiosité, à l'inquiétude, il le fait jouer à ce sentiment de joie confiante qui épanouit
l’être dans la possession toujours accrescible d’une réalité infiniment riche et
bonne. Voir son discours sur l’Admiration!. (Maurice Blondel.)
Sur Affecter. — To affect, en anglais, peut s’employer même quand l’objet de
l'action n’est pas un être vivant. (Th. de Laguna.)
— M. Ch. Werner rappelle que Kant se sert du mot afficiren pour désigner
l’action que l’objet exerce sur la sensibilité (Esthét. transe, $ 1).
Sur Affectif. — Article complété d’après des indications dues à Fr. Abauzit
et à M. Louis Weber.
J’estime, malgré les objections élevées contre l'existence de la mémoire affec-
à du dans BLownet. Léon Ollé-Laprune, l'Achèvement ef l'Avenir de son tEuvr:, pages 290-296. Cf. ibid, p. 44.
tive, qu’elle est aussi constante que la mémoire intellectuelle et aussi répandue.
Elle ne cadre pas avec le dualisme bergsonien de la mémoire pure et de la mémoire
motrice ; mais c’est à mon sens ce qui montre le mieux la fragilité de la conception
bergsonienne sur le souvenir.
Dans le caractère affectif de certains états qui apparaissent avec le caractère
d’un passé retrouvé, reconnu, et plus ou moins localisé dans le temps, il n’y a ni
plaisir ni douleur. 11 y a peut-être de l'émotion, — encore que le terme altère ici
ce qu’il prétend désigner : car lorsqu'on parle d'émotion, on pense toujours plus
ou moins aux émotions massives et frustes, aux émotions-chocs, tandis qu’il n’y a
rien de pareil dans les souvenirs affectifs. M. Piéron, notamment, dans la Revue
Philosophique de 1902, a décrit certains cas de ce genre avec une précision remar-
quable et avec d’heureuses expressions. Bref, le caractère « affectif » d’un état de
conscience serait, en son fond, une conscience cénesthésique apparaissant par
intervalles, en certains moments de détente de l’attention et de passivité récep-
trice, au contact de perceptions externes accidentelles. Cette conscience de la
cénesthésie — d’une cénesthésie retrouvée, dans le cas où il s’agit d’un phénomène
de mémoire — n’est émotion que par un mécanisme indirect. Et elle n’est pas
nécessairement teintée de plaisir ou de souffrance. Ce serait là le propre de l’état
affectif le plus général, ou si l’on veut, le plus élémentaire. (Louis Weber.)
L'interprétation du caractère affectif comme étant un ensemble de sensations
cénesthésiques, ou (dans le cas de la mémoire) d'images d’anciennes sensations
cénesthésiques, est une hypothèse certainement très plausible, mais non pas un
fait assez incontestable pour que nous puissions le faire entrer dans la définition
du terme lui-même. Peut-être même la notion de l’affectif est-elle, psychologi-
quement, une de ces idées simples que ne peut décomposer l’analyse. C’est pour-
quoi nous nous en sommes tenus à une définition par extension, dans laquelle
d’ailleurs le mot émotion doit être entendu au sens le plus large. (A. L.)
Cf. Louis WEBER, Sur la mémoire affective, Rev. de Métaph., nov. 1914.
AFFECTION
à ds
3
d’une tendance qui la produit. La ten-
dance ne nous est donnée que par
l'affection, etc. » LACHELIER, Psycholo-
g'e et Métaphysique, à la suite du Fon-
dement de l'induction, p. 137.
B. Spécialement, le plaisir et la dou-
leur, en tant qu'opposés, comme moins
complexes psychologiquement et phy-
siologiquement, aux émotions propre-
ment dites de colère, de crainte, d’es-
poir, etc.
C. Inclination élective*, moins in-
tense et plus régulière que la passion B,
ct caractérisée par l'absence ou le peu
d'importance des facteurs physiologi-
ques. La même nuance existe dans
l'anglais affection.
D. Ensemble des états et des tendan-
ces affectives. « Notre existence morale
ne comporte une véritable unité qu’au-
tant que l'affection domine à la fois la
spéculation et l’action. » A. Courr
Discours préliminaire. (Pol. pos., I, 15.)
CRITIQUE
Les mots 76, Perturbationes animi
{auctore Cicerone), affectus, affectiones,
Passtones sont donnés comme syno-
nymes par St AUGusrix, De civitate
Der, IX, 4. — Affectio s'emploie selon
GocLExItTS Pour désigner soit une dis-
position, soit un état, soit un change-
ment d’un tre, que la cause en soit
Interne ou externe. Lex. phil, 28b. I]
reconnaît pour «ffectus deux sens :
19 xx0uc, accidens ; 20 les tendances de
désir et d’aversion en tant que sponta-
nees et non provoquées par une sensa-
tion actuelle. Jbid., 80a. Le premier de
ces sens, qui enveloppe toutes les mo-
difications d’un être, même intellectuel-
les, a persisté jusqu’au xvuie siècle.
Voir un texte de Burrox cité dans Lit-
tré, sub Vo, — Spinoza prenait affectio
avec la même généralité, et resteignait
ainsi qu'il suit le sens d’affectus
« J'entends par passions (affectus) les
affections (affectiones) du corps qui
augmentent ou diminuent sa puissance
d’agir, etc. » Éthique, III, Déf. 3.
Pour Descanres, l'affection (C) est
caractérisée par ce fait qu’on y estime
l'objet de son amour moins que si.
même. Elle s'oppose à l'amitié, où
l'estime est égale ; et à la dévotion, où
elle est supérieure. Passions de l'âme
II, art. 83. Cette nuance est entière.
ment effacée aujourd’hui. Chez Reis
les affections sont toutes les inclina.
tions* attractives ou répulsives à
l'égard de nos semblables. — Maire
DE BiRAN : « L’affection est ce qui
reste d’une sensation complète quand
on en sépare l’individualité personnelle
ou le moi, et avec lui toute forme de
temps ou d'espace », ou encore « quand
l'idée de sensation se trouve réduite à
la simple sensation sans idée d'aucune
espèce ». Essai sur les fondements de la
Psychologie, Œuvres inédites, II, 11.
M. Pierre JANET conserve le sens de
Maine de Biran (Automatisme psycho-
logique, p. 41).
Il est donc nécessaire de spécialiser
et de préciser ce terme si l’on veut en
faire un usage philosophique. Nous pro-
posons de le restreindre à l’ensemble
de tous les sentiments statiques qui
consistent en un état et non en une
tendance. Les affections comprendront
alors le plaisir, la douleur, et les émo-
tions proprement dites.
. { affections {Plaisir et douleur.
Senti- émotions.
RES) tendances | inclinations.
| affectives } passions.
Rad. int. : Afekt.
AFFECTIVITÉ, D. Affektivität, Ge-
fühl ; E. Affectivity, feeling ; I. Affet-
livila.
A. Caractère des phénomènes affec-
tifs.
B. Ensemble des phénomènes affec-
tifs. Voir Sensibilité*, B.
Sur Affectivité. — Voir l’histoire de ce m
ot et la critique de son sens par
M. Maurice Pradines, Revue de Synthèse, octobre 1935.
s1 . et
Afférent, voir Efférent*.
AFFINITÉ (L. Affinitas) ; D. Ver
wanditschaft, Affinüät; ÆE. Affinity;
J. Affinità.
A. Alliance (analogue aux alliances
de famille, sens propre d’affinité chez
les jurisconsultes).
B. Ressemblance, liaison ou attrac-
tion résultant d’une ressemblance.
C. Attraction, analogue à l'attraction
moléculaire qui produit les combinai-
sons chimiques, et qui a été appelée
affinitas par ALBERT LE Granp. Le
mot, au sens chimique, est surtout
devenu populaire avec BOERHAAVE (S).
CRITIQUE
Terme vague, qui n’a que deux em-
plois à peu près définis : 10 les Affinités
électives (Wahlverwandischaften), titre
d’un roman de GŒTHE : c’était primi-
tivement une expression de chimie due
à Bergmann et désignant les affinités
qui détruisent un composé au profit de
nouvelles combinaisons : 2° |’ Affinité
naturelle des idées, propriété qu’ont les
phénomènes psychiques de s’attirer
AFFIRMATION
l'un l’autre dans le champ de la cons-
cience par association* des idées (avec
ou sans ressemblance).
Rad. int. : Afin.
AFFIRMATIF, D. Bejahend ; affir-
mativ ; E. Affirmative ; au sens C, po-
sitive ; — I. Affermativo.
A. B. Qui constitue une affirmation,
soit au sens A, soit au sens B. Quand il
s’agit d’un jugement ou d’une proposi-
tion, ce mot s’entend toujours au sens BB.
C. En parlant des personnes : qui est
porté à affirmer avec décision, qui
affirme avec force (dans un cas donné).
Rad. int. : A. Asertal, Afirmal ; B.
Asertem.
AFFIRMATION, D. A. Behauptunz ;
B. Bejahung ; — KE. Affirmation ; —
I. Affermazione.
A. Dans la langue courante, acte
par lequel on pense ou l’on énonce un
jugement comme vrai (que ce juge-
ment soit dans sa forme affirmatif ou
négatif). S’oppose à question ou à
doute. En ce sens, toute négation ferme
est encore une affirmation.
Sur Affinité — Consulter Étienne GEorFRoY SAINT-HILAIRE, Études pro-
gressives d’un naturaliste, notamment la dernière étude : « Loi universelle (attrac-
tion de soi pour soi) ou clef applicable à l'interprétation de tous les phénomènes de
philosophie naturelle », dans laquelle il appelle affrontement ce qu’on nomme
d'ordinaire affinité. — Voir en particulier la note de la page 159, où il explique com-
ment il a formé ce mot. (Louis Boisse.) — Cf. ci-dessous Attraction*, observations.
« Pour Barchusen, les corps qui ont entre eux de l’affinité se ressemblent, sont
cousins, ce qui ne veut pas dire qu'ils s'aiment ; pour Boerhaave, au contraire,
l'affinité s'exerce entre des corps entre lesquels il ne signale aucun rapport de
similitude, mais qui s'aiment, qui s'unissent et qui célèbrent leurs noces avec plus
Ou moins de bruit ou d'éclat. » J. B. Dumas, Leçons sur la philosophie chimique, 398.
(Texte communiqué par M. Marsal.)
Sur Affirmation. — On peut bien réserver affirmation au sens B, mais peut-on
réserver de même affirmer ? On dit bien :
ainsi, la distinction devient précaire.
« J’affirme que non. » Et s’il en est
(G. Beaulavon.) — Elle est nécessaire
surtout lorsque affirmation est pris au sens où le mot désigne, non l’acte d'affirmer,
mais la chose affirmée ( Afirmato et non Afirmo). Dans le cas du verbe, et du
substantif à sens verbal, il est facile d’en légitimer l'usage si l’on observe que
lorsqu'on dit : « J’affirme que non », l’objet de l’affirmation est une lexis prise en
bloc, et contenant en elle-même la négation, qui reste ainsi extérieure à l'acte
d'affirmer. (A. L.)
AFFIRMATION
B. Loc. Par opposition à négation*
désigne le caractère d’une proposition
dans laquelle la copule (au sens général,
c’est-à-dire la relation considérée entre
les termes) est simplement posée comme
existante ; la négation consistant à af-
firmer (au sens A) l’absence de cette
relation (par privation ou par exclusion).
CRITIQUE
Pour le sens A, il convient de dire
assertion et de réserver affirmation pour
le sens B, conformément à la remarque
faite par M. GogLorT dans son Vocabu-
laire, et approuvée à la séance de la
Société de philosophie du 29 mai 1902.
Rad. int. : A. Asert ; B. Afirm.
« Affrontement », voir Affinité*, ob-
servations.
A FORTIORI (Raisonnement}), L.
{(sous-entendu : causa).
A. Raisonnement qui conclut d’une
proposition à une autre proposition,
telle qu’il y ait en faveur de la seconde
les mêmes raisons qu’en faveur de la
première, et de plus une ou plusieurs
autres raisons (une objection ou une
difficulté de moins pouvant compter
pour une raison de plus). « Je t’aimais
inconstant ; qu’aurais-je fait fidèle ? »
Andromaque, acte IV, sc. 5.
B. Raisonnement qui conclut d’une
quantité à une autre quantité de même
nature, plus grande ou plus petite, et
telle que la première ne puisse être
atteinte ou dépassée sans que la seconde
le soit aussi. « Ce que nous venons de
dire subsistera a fortiori si l'erreur de
pointé de la lunette, au lieu d’être du
même ordre de grandeur que celle des
lectures, est notablement plus faible. »
COLARDEAU, Approximations dans les
mesures physiques, p. 279.
LS
32
REMARQUE
Cette seconde forme de raisonnement
s'applique également, même dans l'or.
dre moral, à tout ce qui est considéré
comme susceptible de degrés; par
exemple dans le raisonnement du Pro
Milone : « Si l’on a le droit de tuer Je
voleur, à plus forte raison l'assassin. ,
L’argument paraît d’ailleurs, sous ses
deux formes, être d’origine juridique,
et se rattacher à la règle : « Non debet,
cui plus licet, quod minus est non
licere. » ULPIiEN, dans Digeste (Ed,
Mommsen, livre 50, titre xvii, n° 21.
Cf. 26 et 110).
AGENT, D. Der ou Das Wirkende ;
E. Agent ; 1 Agente.
Transcription du L. Scol. Agens, ce
qui agit ou celui qui agit. Tout être,
en tant qu’il est considéré, en un sens
quelconque, comme exerçant une ac-
tion*, particulièrement au sens B.
(L'objet de cette action est le patient.)
« Intellect agent » (L. scol. Intellectus
agens). « La plus commune opinion est
celle des péripatéticiens, qui prétendent
que les objets du dehors envoient des
espèces qui leur ressemblent. Ces es-
pèces… sont rendues intelligibles par
l’intellect agent, ou agissant, et sont
propres pour être reçues dans l’intellect
patient. » MALEBRANCHE, Recherche de
la vérité, III, 11, ch. 2. Voir Actif (in-
tellect).
AGNOSIE, D. Agnosie ; E. Agnosia ;
IL Agnosia.
Incapacité de reconnaître les objets
ou les symboles usuels (amnésie per-
ceptive) sans trouble des sensations en
général.
On distingue une agnosie visuelle
(cécité psychique totale, ou partielle,
Sur Agnosie. — Article ajouté par M. Henri Pléron; la remarque qui y est
jointe figurait primitivement à la fin de l’article agnosticisme.
— Ce terme s’écrit aussi quelquefois Agnoscie. Il a été créé par FREUD en 1891.
L’agnosie comprend en partie ce que l’on a appelé l’asymbolie (FINKELNBURG,
1870). Toute cette terminologie n’est pas encore absolument fixée. » (Ed. Cla-
parède.)
83
AGRÉGAT
——
dont la cécité verbale est un cas parti-
culier) ; une agnosie tactile (agnosie
des formes tactiles, ou astéréognosie,
due à un trouble de la sensibilité
rtant principalement sur la kines-
thésie) ; enfin, une agnosie auditive,
surdité psychique, totale ou partielle,
dont la surdité verbale est un cas par-
ticulier).
REMARQUE
Agnosie est donné comme synonyme
allemand d’agnosticismus dans le Dic-
tionnaire de Bazpwin;, mais, d’après
Eiscer, sub Vo, il s'applique à la doc-
trine de Socrate : « Je ne sais qu’une
chose, c’est que je ne sais rien. »
Rad. int. : Agnosi.
AGNOSTICISME (du G. ’Ayvwotoc,
inconnaissable). — D. Agnosticismus,
Agnosie (? voir ce mot) ; — E. Agnos-
ticism; — Ï. Agnosticismo, Agnos-
teismo.
Terme créé par HuxLey en 1869. Il
désigne actuellement, soit l’habitude
d'esprit qui consiste à considérer toute
métaphysique* (ontologique) comme
futile (Bazpwin, sub Ve); soit l’en-
semble des doctrines philosophiques,
d’ailleurs très différentes entre elles à
d’autres égards, qui admettent l’exis-
tence d’un ordre de réalité inconnais-
sable par nature (notamment le Posi-
tivisme* d’Auguste CowTe; l'Évolu-
tionnisme* de H. SPENCER ; le Relati-
visme* de HaAmiLTon; quelquefois
aussi, sous réserves, le Criticisme* de
KANT).
Rad. int. : Agnostikism.
AGNOSTIQUE, subst. et adj. — D.
Agnostiker, agnostisch ; E. Agnostic; I.
Agnostico.
En parlant des personnes : qui pro-
fesse l’agnosticisme*; ou (adjective-
ment) en parlant des doctrines : qui
constitue une forme d’agnosticisme.
Voir ci-dessus.
Rad. int. : Agnostik.
AGONISTIQUE. G. &ywvwartixés, qui
concerne la lutte; quelquefois, qui
aime la lutte et la contestation (ëpra-
ttx6c), PLATON, Ménon, 75 C; —
D. Agonistisch : E. Agonistic : I. Ago-
nistico.
A. Relatif à la lutte, particulièrement
à la lutte pour la vie.
B. En parlant des doctrines ou des
dispositions d’esprit : favorable à la
lutte; qui recommande la lutte et y
voit l'instrument du progrès.
Rad. int. : Luktal, —em.
AGRAPHIE, D. Agraphie ;: E. Agra-
phia ; 1. Agrafia.
Perte de la capacité d’écrire. Voir
aphasie*,
Rad. int. : Agrafi.
Agréable et désagréable, voir Plaisir*,
Douleur*, et cf. Sensation.
AGRÉGAT (du L. aggrego); D. Ag-
gregat ; E. Aggregate, Aggregation ; I.
Aggregato.
Ensemble d'éléments juxtaposés et
réunis par une certaine cohésion. « Le
composé n’est autre chose qu’un amas
ou aggregatum des simples » (LEIBNIZ,
Monadologie, $ 2). L'usage du mot, en
————_———__—_—_—_—_——————— ———————“î—————— ——— ————û—
Sur Agnosticisme. — Huxley a raconté avec humour, et non sans ironie,
comment il a créé, en 1869, le mot Agnostic, pour pouvoir lui aussi, dit-il, se
prévaloir d’un nom de doctrine, au milieu de ses honorables confrères de la
Metaphysical Society qui avaient tous des qualificatifs en -iste. Voir Agnosticisme
(1889) dans Huxzey, Collected Essays, tome V, p. 239. Cf. aussi ARMSTRONG,
Agnosticism and theism in the XIXU® century. En fait, les termes agnostique,
agnosticisme ont souvent servi de formule commode, dans les cas, ou dans les
pays, où la déclaration d'une confession religieuse déterminée se trouvait obliga-
toire, ou du moins usuelle, en certaines circonstances. (A. L.)
AGRÉGAT
sociologie, est emprunté à la biologie,
où l’on oppose, par exemple, les Salpes
agrégées aux mêmes animaux vivant
à l’état d'indépendance individuelle.
CRITIQUE
Il est commode de conserver au mot
agrégat le sens très général qu’il a reçu,
en subdivisant ainsi qu’il suit les diffé-
rentes classes d’agrégats :
19 Agrégat proprement dit ou méca-
nique, dont l'unité ne suppose ni dé-
pendance fonctionnelle, ni différencia-
tion, ni solidarité morale ; 2° colonie
qui suppose une dépendance fonction-
nelie sans différenciation appréciable ;
30 organisme qui suppose une interdé-
pendance* des éléments avec diffé-
renciation ; 4° association* qui, sans
exclure ou admettre nécessairement le
caractère de colonie ou d'organisme,
suppose que le lien principal de l’agré-
gation est de nature psychologique
(représentation et volition). G. Tarde
propose pour ces trois derniers cas le
terme adaptat, qui serait heureux. (Les
lois sociales, p. 116.)
Rad. int. : Agregai.
Agueusie, voir les observations sur
Anesthésie*.
AINSI, D. So, also; E. Thus, so;
I. Cosi.
Sens général
manière.
Au commencement des phrases, liai-
son vague très usitée en philosophie,
soit pour annoncer le résumé de ce qui
précède, soit paur en tirer une consé-
quence (forme affaiblie de donc*), soit
même quelquefois comme une simple
transition. Cet usage facile est peu favo-
rable à la précision du rapport entre les
idées.
: ceci étant, de cette
ALEXANDRINISME, D. Alexandri-
nismus ; E. Alexandrinism ; I. Ales-
sandrinismo.
A. Civilisation grecque d'Alexandrie
(philosophie, art, lettres, sciences) de-
ne 34
Cette
puis le ze siècle avant Jésus-Christ
jusqu’au nie siècle de notre ère; spé.
cialement, en philosophie, l’ensemble
des néo-platoniciens proprement dits
(Ammonius Saccas, Plotin, Porphy.
re, etc.) et des alexandrins chrétiens
(Clément d'Alexandrie, Origène, etc.),
B. Caractère de pensée et de style
dont les écrivains et particulièrement
les poètes grecs d'Alexandrie ont donné
l'exemple : subtilité et obscurité, jointes
au goût des allégories et des allusions
érudites.
Rad. int. : Alexandrinism.
ALEXIE, D. Alexie,; E. Alexia;
L Alessia. Voir Cécité* verbale.
ALGÈBRE (de l'Arabe : Al-djebr,
réparation, qui s’appliquait probable-
ment au rétablissement des équations
par additions et soustractions com-
pensatrices. — D. E. I. Algebra).
A. Art de traiter les problèmes d’A-
rithmétique en représentant les nom-
bres (inconnus et connus) par des
lettres. Science des nombres indéter-
minés (LEIBNIZ).
B. Méthode générale de représen-
tation des relations et fonctions* ma-
thématiques et logiques au moyen de
Symboles. Voir Algorithme*.
C. Science des propriétés des poly-
nomes* et des formes* algébriques ; art
de résoudre les équations algébriques.
D. Science de l’ordre (Poinsor).
Cette définition a été louée par Cour-
NoT pour sa profondeur, dans un cha-
pitre où il recueille une série de défini-
tions de l’Algèbre (Correspondance,
ch. IV), mais lui-même adopte finale-
ment le sens C.
CRITIQUE
Le sens A serait mieux désigné
par Arithmétique universelle (NEWTON,
STOLz) ; le sens B par Symbolique ou
Caractéristique (LeiBniz), Logistique*
quand il s’agit de logique; le sens D
(Tactique de SYLVESTRE, Syntactique
de CournorT), par Combinatoire*.
ALGORITHME
se PR TT, = É
Algèbre de la logique, D. Algebra
der Logik ; E. Logicat Algebra ; 1. Al-
ebra della logica.
Titre de l'ouvrage de SCHRODER,
Vorlesungen über die Algebra der Logik
(1890-1896) et de celui de L. CourTu-
par, L'Algébre dela Logique (résumant
les systèmes de Boole et de Schrüder),
collection Scientia (1905).
L'une des formes de la Logistique*.
Voir ce mot.
Rad. int. : Algebr.
ALGHÉDONIQUE (du G. &Ayoç, dou-
kur, et #ovn, plaisir). Relatif à la dou-
leur et au plaisir. « Plus immédiatement
encore qu’à l’affectivité physique al-
ghédonique, la perception apparaît liée
au sentiment. » M. PraDixes, Tratté
de psychologie générale, l'réface, 1x.
ALGIQUE, Algédonique {du G. &ayos,
&ymov, douleur physique). Relatif à
la douleur ou ayant le caractere d’une
douleur. Parfois souffrant de douleurs.
ALGORITHME (on trouve aussi
quelquefois la forme :{/zorisme, plus
voisine de l’étymologie : Al Korismi
ou Al Kwarizmi, nom de l’auteur
d'une Algèbre qui introduisit en
Europe au 1ixe siècle la numération
décimale). D'où, à l’origine, ce sys-
tème de numération ; puis, par suite,
ensemble des règles du calcul des
nombres écrits dans le système déci-
mal {les « quatre règles ») ; et enfin,
par extension, règles des opérations
simples dans toute espèce de calcul.
D. Algorithmus : EE. Algorithm ;
I. Algoritmo.
Actuellement, ensemble de symbo-
les et de procédés de calcul. Ex.
algorithrne d'Euclide (pour trouver Île
plus grand commun diviseur de deux
nombres} ; algorithme infinitésimal
{par opposition à la méthode infini-
tésimale, conçue in abstracto comme
un mode de raisonnement qui se re-
trouve soit dans les Zndicvisibles, soit
Sur Algèbre de la Logique. — I ’expression a été créée par le mathématicien
anglais Pooce. Sa raison d'être est dans l'emploi des svmboles littéraux et des
signes opératoires de l'algèbre ordinaire pour traduire les théories de la logique
formelle classique, que Boole espérait ainsi élargir. Ses Laws ef thought 118341
renferment, toute constituée du premier coup, l'algèbre dela logique traditionnelle,
présentée comme un « calcul des classes », c'est-à-dire en se plaçant au point de
vue de l'extension logique des concepts. On reconnut ensuite que les mêmes
formules pouvaient être considérées comme constituant un calcul des propositions.
— La « logistique » au sens de M. Bertrand Russell et de Couturat, est née de
deux préoccupations distinctes : 1° appliquer les méthodes de l'algèbre à des
rapports logiques que n’étudiait pas la logique formelle traditionnelle, en inventant
au besoin de nouveaux signes opératoires ; — 2° établir que la logique aïlgo-
rithmique, ainsi étendue et généralisée, renferme tous les principes des sciences
mathématiques. (René Berthelot.)
— Boo élargit le champ de la logique traditionnelle, bien qu'il en accepte les
principes, surtout, comme il est dit ci-dessus, en ce qui concerne les rapports
d'extension. Mais il sort du cadre de cette logique quand il ramène le raisonnement
aux méthodes de développement, d'élimination, et de réduction (Laws of thought,
ch. v-vun) et lui-même indique dans le ch. xv du même ouvrage que sa Logique
est plus large que celle d’Aristote, et que le raisonnement ne se réduit pas au
syllogisme. Enfin toute la seconde moitié de l’ouvrage (ch. xvi et suivants) est un
passage de la logique à la Théorie des probabilités, par le moyen de son algèbre :
la probabilité d’une proposition étant intermédiaire entre les valeurs 0 et 1 que
considère seules la Logique classique. (A. L.)
Sur Algorithme. — Article remanié d’après diverses observations, notamment
de Paul Tannery.
ALGORITHME
dans les /fluxions, soit dans les dif-
férentielles).
Rad. int. : Algoritm.
ALGORITHMIQUE (logique), D. Al-
gorithmische Logik ; E. Algorithmic Lo-
gic ; 1. Logica algoritmica.
Système de notations et de règles de
calcul, analogues à celles de l’algèbre,
permettant, soit seulement de repré-
senter les opérations de la logique
classique d’une manière plus condensée
et plus rigoureuse ; soit de l’étendre et
de définir des opérations nouvelles,
p. ex. celles qui concernent les fonc-
tions logiques, la logique des rela-
tions, etc.
36
appartient à un autre. « Le personna.
lisme est un effort continu pour cher.
cher les zones où une victoire décisive
sur toutes les formes d’oppression et
d’aliénation, économique, sociale ou
idéologique, peut déboucher sur une
véritable libération de l’homme. ,
Emmanuel Mounier, Esprit, jan.
vier 1946, p. 13.
B. Terme le plus général pour dési-
gner les troubles profonds de l'esprit :
« Aliénation mentale.» Les limites de ce
qu'on désigne ainsi sont très mal fixées,
et certains aliénistes contemporains
évitent d’en faire usage.
« Aliéné n’est pas un terme de la
langue médicale, ni même de la langue
37
er
ses troubles psychologiques. » Pierre
JanET, Les médications psychologiques,
1, 112.
« Allégeance », voir observations.
ALLÉGORIE (G.’AXAnyopia); D. Al-
legorie ; E. Allegory ; I. Allegoria.
A. Symbolisme concret, se poursui-
vant dans tout l’ensemble d’un récit,
d'un tableau, etc., et tel que tous les
éléments du symbolisant correspondent
systématiquement chacun à chacun aux
éléments du symbolisé.
——
ALLÉGORIE
B. L'œuvre elle-même qui est com-
posée suivant ce procédé.
C. En particulier, on appelle sens
allégorique de l'Écriture celui des
quatre sens qui exprime les dogmes
religieux et surtout la correspondance
de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Les trois autres sont le sens littéral, le
sens moral ou tropologique (HuGuEs
DE SAINT-Vicron) et le sens anago-
gique* : « Littera gesta docet, quid
credas Allegoria, Moralis quid agas,
quo tendas Anagogia. » (AUBER, Sym-
bolisme religieux, Il, chap. 111, p. 50.)
Rad. int. : Alegor.
Voir Logistique*. scientifique ; c’est un terme du langage
populaire, ou mieux du langage de la
police : un aliéné est un individu qui
est dangereux pour les autres ou pour
lui-même sans être légalement respon-
sable du danger qu’il crée. Le danger
créé par un malade dépend beaucoup
plus des circonstances sociales dans
lesquelles il vit que de la nature de
ALIÉNATION, D. A. Veräusserung ;
B. Irrsinn ; — E. Alienation ; I. Alie-
nazione.
A. Au sens juridique et primitif :
vente ou cession d’un bien à une autre
personne.
Par métaphore : état de celui qui
Sur Aliéné. — Étymologiquement, le mot n’implique qu’une définition méta-
physique et verbale : alienatus, celui qui ne s’appartient pas. Pour se faire une
idée psychologique de l’aliénation mentale, il faut non pas la distinguer de la
santé mentale, par des caractères arbitrairement choisis, mais l’en rapprocher au
contraire selon ce principe de Claude BErvarD que le pathologique n’est que
l’exagération du normal.
Si donc, avec M. F. Paulhan, on distingue parmi les normaux, et d’après
l'ordre d’association des tendances, des types systématiques, hésitants, déséqui-
librés, incohérents, etc., on pourra retrouver ces mêmes types parmi les aliénés,
avec l’exagération en plus... Les qualités également formelles, mais secondaires,
telles que richesse ou pauvreté mentale, lenteur ou rapidité des associations,
pourront de même, par leur exagération, déterminer des sous-groupes, ou mieux
caractériser les groupes déjà établis.
Enfin, au point de vue biologique et social, ce serait encore une erreur que de
caractériser l’aliénation mentale en disant que l’homme sain est adapté à son
milieu, tandis que l’aliéné ne l’est pas. Sans doute on peut considérer la santé
comme la concordance de nos jugements, raisonnements, idées, images, etc.,
avec les phénomènes du monde matériel et social ; mais chez le normal lui-même
cette concordance n’est jamais parfaite, et l'adaptation complète n’est pas. Il
convient donc, ici comme plus haut, de parler seulement d’exagération ; et à cette
restriction près, on pourra dire que les aliénés s’éloignent de l’adaptation, soit
par excès de système (persécutés ou jaloux), soit par défaut de cohérence (excités
maniaques), soit par hésitation des éléments psychiques (douteurs), soit par
inertie (débiles, ou trop équilibrés). (G. Dumas.)
Sur « Allégeance ». — Dans un très curieux chapitre de sa Déontologie
{ire partie, ch. xvi) BENTHAn attire l’attention du lecteur sur une vertu découverte
par Hume et appelée par lui allegiance. C'est une « qualité qui peut devenir vertu
ou vice selon son objet ». « Si cet objet est conforme au principe de la maximisation
du bonheur, dès lors l’allégiance (sic) devient de la bienveillance effective sur la
plus vaste échelle. Tout dépend de la nature du gouvernement au profit duquel
l'allégiance est réclamée. Elle peut être une vertu évidente ou un crime funeste.
Le mot d’allégiance s'emploie pour obéissance ; l’obéissance est bonne quand le
gouvernement est bon, mauvaise quand il est mauvais. » Déontologie, trad.
Benjamin Laroche (Charpentier, 1834), 1re partie, p. 304-305. (L. Boisse.)
— Littré fait remarquer que ce mot, d’ailleurs peu employé, sauf dans l’expres-
sion « serment d’allégeance », n’a aucune parenté de sens ni de racine avec le mot
allégeance pris au sens de soulagement, d’allégement. Il vient de la même racine
que lige (homme-lige), terme d’origine germanique, et par conséquent ne doit pas
être rapproché non plus du latin lex, legis. — Il semble qu’on ait affaire ici à un
nom ancien de ce qui a joué plus tard un certain rôle dans la philosophie morale
sous le nom de loyalisme* (E. loyalty, souvent traduit à contresens par loyauté).
(A. L.)
Sur Allégorie. — La rédaction a été légèrement retouchée conformément à une
proposition de M. Th. de Laguna.
— Il y a une différence importante dans l'usage actuel général des mots
allégorie et symbole, au point de vue esthétique. Allégorie a un sens presque toujours
Péjoratif : on signale la « froideur », la pauvreté, la fadeur des allégories. C'est que
les éléments qui forment l'allégorie n’ont pas d’intérét propre, ni même souvent
de signification quelconque, en dehors du rôle qui leur est intentionnellement
attribué. Elles sont nécessairement artificielles et presque toujours compliquées.
— Au contraire, le symbole peut être vivant, évocateur, parce que l’image y a
un intérêt propre ; elle vaut par elle-même en même temps que par ce qu’elle
Suggère ; quelque chose des sentiments qu’éveille le symbole enrichit donc l’idée
Symbolisée.
Par exemple, on parlera d’allégories à propos du blason, du Roman de la Rose
OU de la Carte du Tendre, de la Melancholia d'Albert Dürer ou de l’Apothéose
d'Henri IV de Rubens, — et de symboles à propos du Faust, du Moïse de Vigny,
ALOGIQUE 38
« ALOGIQUE », D. Alogisch (ScHo-
PENHAUER, HARTMANN).
Opposé à logique*, non comme con-
traire à celui-ci dans un même genre,
mais comme étranger aux détermina-
tions qui le constituent. — Cf. Amoral*.
Spir dit en ce sens illogique, qu'il
oppose à antilogique. « La réalité. est
illogique, mais non antilogique. » Nou-
celles esquisses, p. 20.
Ce mot avait été proposé dans la
première rédaction du présent Vocabu-
laire pour représenter tout ce qui, dans
l’homme, est au delà des fonctions in-
tellectuelles. Mais il a soulevé de vives
objections. Voir notamment en appen-
dice la lettre de M. Maurice BLONDEL,
relative à l’idée d’action.
Rad. int. : Alogikal.
ConpiLLac (mais du point de vue em.
pirique) pour désigner les éléments
simples dont sont formées, suivant eux
toutes les idées.
L'origine de cette expression paraît
être le titre Abecedarium naturae, donné
par Bacon à l’un de ses ouvrages ; i]
désigne les « formes* » élémentaires qui,
selon lui, par leurs combinaisons, « à
la manière des lettres de l'alphabet »,
constituent toutes les propriétés des
choses, et intellectuellement, toutes les
vérités. (De dignitate, III, 1v, 11.)
ALTÉRATION (G. ’AXMoiwaic); D,
Alteration, Aenderung ; E. Alteration
| (sans import péjoratif) ; I. Alterazione.
| A. Chez Aristote, changement dans
la catégorie de qualité* : le fait de
devenir ou de rendre autre.
Ce sens se rencontre encore dans la
langue technique de la théorie de la
connaissance ou de la dialectique :
« L’altération est une notion originale
au même titre que la qualité... » Hane-
« ALPHABET des pensées humaines»,
expression employée par LEIBNIz (His-
toria et commendatio linguae characte-
ricae, Gerh., VII, 185; De Organo,
Inédits, éd. Couturat, 430, etc.) et par
du Satyre de V. Hugo, de la scène du Pauvre dans Don Juan, de toute l’œuvre de
Wagner. (G. Beaulavon.)
« — La remarque de M. Beaulavon sur allégorie et symbole est pertinente, mais
incomplète. Ces termes s'opposent non seulement comme le pauvre au riche,
le froid au chaud et le mort au vivant ; mais encore comme le clair au confus,
l’univoque à l’équivoque, le transparent au trouble. On le montrerait par la
comparaison du classicisme, de l’époque des lumières, au romantisme {surtout
allemand). Il semble qu'il y ait dans la structure mentale française une répugnance
générale à accepter le symbole. De là l'import péjoratif des épithètes ci-dessus.
De là la réaction des critiques, tels que Sarcey, devant certaines œuvres étrangères.
De là enfin l’insuccès des thèses de Freud, sur le symbolisme du rêve. » Lettre de
M. Marsal à M. À. Lalande.
Sur Alogique. — Utile pour désigner ce qui n’a pu être encore introduit par
la réflexion dans les cadres de notre logique, ce mot ne saurait avoir une valeur
définitive et stable ; car, en réalité, rien dans la nature ou dans l'esprit n’est
étranger aux déterminations qui font du réel et du pensé un solidum quid. La
logique n’a cessé de s’élargir et de s’assouplir pour intégrer ce qu’elle avait d’abord
exclu, le fait, l’accidentel, l’exceptionnel, le pathoiogique : il y a une logique
du sentirnent, de la passion, de la vie, de l’action, une logique du désordre ; non
pas qu’elle justifie tout en comprenant tout : bien au contraire, elle fait ressortir
les répercussions lointaines d’une justice immanente, d’une norme coextensive
à l’ordre comme aux aberrations apparentes et provisoires. Il y a de l’illogique,
en ce sens que les contraires sont du même genre ; il n’y a, au fond, point d’alogique.
(Maurice Blondel.)
39
Le ——
LIN» Essai…., ch. 111, $ 2, À : « Comment
constituer une notion intelligible et à
u près complète de l’altération en
néral. »
B. Dans le langage moderne passage
aun état différent ou anormal, consi-
déré comme inférieur. « L’altération des
couleurs d’un tableau. »
Rad. int. A. (action de devenir
autre) : Altresk; (action derendreautre ):
Altrig. — B. Koruptesk, Koruptig.
ALTÉRITÉ (G. érepérnc) ; D. Anders-
het, Anderssein ; E. Otherness, Alterity
(rare), L Alterita.
A. Caractère de ce qui est autre*.
S'oppose à identité.
B. Spécialement, chez RENOUVvIER,
caractère de ce qui est autre que moi.
(Ce sens lui est propre.) Voir Observa-
tions.
REMARQUE
La notion d’altérité est au point de
vue logique une relation symétrique et
intransitive, qui a été représentée par O’
(ScHrôDERr) ou par |’ (COUTURAT, Les
Principes de la logique, $ IV, dans
l'Encyclopédie Ruge). Elle est ainsi
définie comme négation pure et simple
de l'identité.
Rad. int. : Altres.
ALTERNATIVE, D. E. Alternative ;
1 Alternativa. — Voir Disjonctif.
A. Système de deux ou plusieurs
propositions dont l’une au moins est
vraie. C’est donc la somme logique de
ALTRUISME
deux ou plusieurs Pp (qui ne sont pas
nécessairement exclusives l’une de
l’autre). Cette acception est rare.
B. Plus spécialement {mais plus ordi-
nairement), système de propositions
dont une seule est vraie. (Disjonction
exclusive.)
RENouvIER appelle principe de l’al-
ternative ce qu’on nomme d’ordinaire
principe de milieu exclu. Logique,*
2e éd., I, 249-252.
Par suite, dans l’ordre pratique, pos-
sibilité ou nécessité de choisir entre
plusieurs décisions à prendre.
C. Chacune des propositions ou des
décisions qui font partie d’une alter-
native au sens À ou au sens B.
CRITIQUE
I] serait désirable d'adopter des noms
différents pour les systèmes de propo-
sitions et pour chacune de celles-ci, par
exemple, dans le premier cas, alterna-
tive ; dans le second, alternée (ce dernier
mot pouvant avoir un sens relatif :
« m est l’alternée de n » signifierait :
m et n sont les alternées d'une même
alternative).
Rad. int. : À. Alternativ ; B. Alter-
nant.
ALTRUISME, D. Altruismus ; E. Al-
truism ; I. Altruismo.
Terme créé par A. CoMTE, en oppo-
sition à égoïsme*, adopté par SPENCER
et devenu courant dans la langue phi-
losophique.
A. Psycn. Sentiment d’amour* pour
Sur Altérité — Le sens où Renouvier prend ce mot nous a été signalé par
Louis Prat, qui renvoie au texte suivant : « De La relation comme catégorie. Le
sujet : ma pensée propre. L'objet : un coup du dehors. L’objet, c’est l’autre : une
sensation, une traction, une poussée, un frottement, une douleur. Pas de locali-
sation ; l’idée d'espace n'intervient pas encore : il n’y a qu’une opposition entre
le moi et le non-moi. » — « Ipséité, altérité, et synthèse : perception. Ce qui, au
Point de vue du moi propre, correspond aux termes de la relation en général :
Distinction, Identité, Détermination.» RENoOUvVIER, Derniers Entretiens, p. 9 et 10
Copie d’une note rédigée par lui).
— Il serait nécessaire, semble-t-il, pour la correspondance des termes, de
rétablir l’ordre suivant : Identité, Distinction, Détermination. Mais c’est également
Ainsi qu’ils sont énumérés dans la Logique, ch. xxvi. (A. L.)
ns...
ALTRUISME
autrui : soit celui qui résulte, instincti-
vement, des liens qui existent entre les
êtres d’une même espèce ; — soit celui
qui résulte de la réflexion et de l’abné-
gation individuelle. Il comprend, d’a-
près le Tableau du Catéchisme positiviste,
l’attachement, la vénération, la bonté.
B. Éruique. Doctrine morale, oppo-
sée à l’hédonisme, à l’égoïsme*, et dans
une certaine mesure à l’utilitarisme*
(en tant que celui-ci ne veut faire
appel, en principe, à aucun autre res-
sort moral que la recherche, par l'agent,
de son véritable intérêt) : théorie du
bien qui pose au point de départ l’in-
térêt de nos semblables, en tant que tel,
comme but de la conduite morale. Cf. les
7
40
on
CRITIQUE
Nous avons distingué nettement les
deux nuances du sens À, non seulement
parce qu’au point de vue psycholo.
gique elles répondent à deux attitudes
différentes, mais parce que M. Bao.
WIN (Dictionary, sub Vo) fait remar-
quer que le mot altruisme ne doit être
employé que lorsqu'il s’agit d’une dis.
position consciente, non d’un instinct
ou des habitudes créées par l’interdé-
pendance* organique. On remarquera
que, dans le Discours préliminaire,
Comte emploie à plusieurs reprises ab-
négation comme synonyme d’altruisme.
Sur la distinction entre altruisme et
formules de Comte : « Vivre pour au- | charité, voir ci-dessous la note de
trui ; — L'Amour pour principe, l'Or- | M. BLonpez.
dre pour base, le Progrès pour but, etc. » Rad. int. : Altruism.
Sur Altruisme. — « J’adopte très volontiers ce mot (altruiste, adj.), que nous
devons à M. Comte. Récemment un critique qui condamnait ce mot, comme
étant de formation nouvelle (as newfangled), demandait pourquoi nous ne nous
contentions pas des expressions bienveillant (benevolent) et bienfaisant (benefi-
cent). Il y a à cela une raison fort suffisante. Altruisme et altruiste présentant à
l'esprit, par leur forme aussi bien que par leur signification, les antithèses d’égoïsme
et d’égoiste, communiquent l’idée de cette opposition très vite, et avec une grande
clarté, ce que ne font pas de même bienveillance ou bienfaisance et leurs dérivés,
parce qu'ils n’impliquent pas directement l’antithèse. Cette supériorité dans la
force expressive du mot facilite la communication des idées morales. » H. SPENCER,
Principes de Psychologie, 8° partie ; note au titre du chap. vit : « Altruistic senti-
ments. » Traduction Ribot et Espinas, II, 638. Les chapitres précédents sont
intitulés : « Egoistic sentiments, Ego-altruistic sentiments. »
Différentes modifications ont été introduites, à la séance du 3 mai 1923, dans
la rédaction provisoire de cet article faite en vue de la deuxième édition :
1° Dans le $ À, il était dit primitivement : « … celui qui résulte instinctive-
ment de la solidarité des êtres d’une même espèce. » M. Beaulavon a fait observer
que ce terme était trop spécial, et impliquait une hypothèse, encore discutée, sur
l’origine du sentiment altruiste instinctif.
29 Dans le $ B, les mots : « ou à l’individualisme » avaient été ajoutés sur la
proposition de MM. Berthod, Gilson et Van Biéma. Auguste Comte, a-t-on fait
remarquer, était préoccupé de porter remède à l’individualisme du xvri® siècle.
On pourrait presque dire, a ajouté M. Berthod, que son idée d’altruisme s'oppose
surtout à la Déclaration des droits de l’homme. On sait d’ailleurs avec quelle
insistance il a critiqué cette idée de droit. — Mais il a semblé préférable de ne
conserver cette remarque que dans les observations qui l’expliquent.
3° Dans le même paragraphe, quelques lignes d’explication ont été ajoutées,
sur la proposition de MM. Gilson et Van Biéma, pour faire comprendre en quel
sens l’altruisme peut être opposé à l’utilitarisme : car il n’est pas douteux que
st
AME
D Le
« AMABIMUS », terme mnémotech-
nique de Locique énonçant l’équiva-
jence des quatre modales A. A. I. U.,
gées dans l’ordre suivant : Possible,
Contingent, Impossible, Nécessaire. —
À marque l'affirmation du mode* et
celle du dictum* (p. ex. : il est possible
ue S Soit P) ; I, la négation du mode
et affirmation du dictum ; U, la néga-
tion du mode et celle du dictum. —
£, qu’on trouvera dans les trois autres
mots mnémotechniques similaires (Pur-
urea*, Îliace*, Edentuli*) marque
’affirmation du mode et la négation
du dictum. Voir Modalité*, Obs.
Amaurose, voir les observations sur
Anesthésie*.
AMBIGUÏTÉ, D. Zweideutigkeit ; E.
Ambiguiy ; I. Ambiguita.
Double sens d'un mot ou d’une ex-
pression, soit par elle-même, soit sui-
vant sa place et sa connexion. Cf. Am-
phibolie*, Équivoque*.
Rad. int. : Ambigues, —aj.
AMBIVALENCE, (S).
Amblyopie, voir les observations sur
Anesthésie*,
AME, G. Vuyn, L. Anima ; D. Seele ;
E. Soul; I. Anima.
A. Le principe de la vie, de la pensée
ou de toutes deux à la fois, en tant
qu’il est considéré comme une réalité
distincte du corps par lequel il mani-
feste son activité. « ‘H buy S =o5ro &
Cœuev xai aloBavôuelx xai Glavoouueôx
TPOTO, » ARISTOTE, [epè buy ñc, 414212.
Cette réalité peut d’ailleurs être conçue
soit comme matérielle : ‘H Guyr oœux
Xenvowepéc. » ÉpPicure, dans Dioc.
LaERT., X, 33 : « Dei flatu natam, im-
mortalem, corporalem, effigiatam »;
TERTULLIEN, De Anima. 8, etc.; cf.
ci-dessous, RENouviEr, Observations ;
— soit comme immatérielle : « L'âme
est d’une nature qui n’a aucun rapport
à l'étendue ni aux dimensions ou autres
propriétés de la matière dont le corps
est composé. » DESCARTES, lassions
de l'âme, 1, art. 30, etc.
Mill est très altruiste dans sa morale pratique, quoique son altruisme soit dérivé ;
et c’est d’ailleurs ce que visait la rédaction primitive par les mots : « dans une
certaine mesure ». Mais il a paru nécessaire d’être plus explicite. (A. L.)
Altruisme, au sens d’Auguste Comte s'oppose d’une part à égoïsme ; mais de
l'autre il s'oppose aussi à charité, A l'inverse des doctrines qui (comme celle de
La Rochefoucauld) ramènent tous les ressorts de la vie affective au seul amour-
propre, l’altruisme estime qu’il y a un mouvement centrifuge aussi naturel et
spontané que la tendance centripète. Sur ce fondement de nature, il fait reposer
l'ordre social et moral, en complétant, en organisant la spontanéité de l'instinct
par la réflexion et la science qui, par l'Ordre et le Progrès, promeuvent l’humanité
jusqu’au Culte religieux du grand Être humain. — Mais précisément parce que
cet altruisme a sa source dans la nature et son terme de déploiement dans la
société, il diffère radicalement de la charité qui, elle, ne se limite pas aux sugges-
tions de la nature et à l’organisation positiviste des biens sociaux ; elle dépasse
l’ordre limité de cette solidarité à la fois spontanée et raisonnée, pour regarder les
autres hommes per oculos Dei, pour justifier le don infini de soi, pour ériger Dieu
en l’homme, au lieu d’ériger l'humanité en Dieu. En essayant de soumettre à son
usage des termes, des sentiments, des idées d’origine chrétienne, comme celui
d’abnégation, Comte les a dénaturés et comme décapités. (Maurice Blondel.)
Sur Ame. — M. Prat ajoute, aux textes cités dans le $ A : « Zénon Cittien,
Antipater dans ses livres De l’âme et Posidonius, nomment l’âme un esprit doué de
chaleur, qui nous donne la respiration et le mouvement. » DIOGÈèNE DE LAERTF,
trad. anonyme (Amsterdam, Schneider, 1761), tome II, p. 172. (Vie de Zénon.) —
AME 42
Sur le sens large et le sens étroit du
mot dme (1° toute monade ; 2° les
seules monades qui ont des perceptions
distinctes et accompagnées de mé-
moire), voir LE1BN1Z, Monadologie, $ 19.
B. Principe d'inspiration morale.
« Avoir de l’âme », expression d’ANCIL-
LON, louée par Mme de Staël, qui ajoute :
« C’est ce souffle divin qui fait tout
homme : aimer en apprend plus sur
les mystères de l’âme que la méta-
physique la plus subtile. » De l’Alle-
magne, 3° partie, ch. n.
soit au point de vue moral, «soit Même
au point de vue esthétique, par exempl],
quand on dit qu'il faut avoir de l’âme
pour avoir du goût ». (Lettre de M. Mau.
rice BLonpeL.) Il se distingue du mo
esprit* : 1° en ce qu'il contient l’idée
d’une substance individuelle ; 2° en ce
qu’il est plus compréhensif, le mot
esprit s'appliquant surtout aux opéra.
tions intellectuelles. Il s'oppose égale.
ment au moi dans la question de savoir
si notre âme « est plus grande que
notre moi », c’est-à-dire si notre exis.
tence psychique est plus riche de con.
tenu que ce dont nous avons cons.
cience.
Il a même le plus souvent, chez les
modernes, une nuance religieuse, par
suite d’une association très générale :
1° entre l’idée d’âme et l’idée d’immor.
CRITIQUE
Ce mot implique toujours une dua-
lité de nature et de fins, une opposition,
au moins provisoire, avec l’idée du
corps, soit au point de vue métaphy-
sique, soit au point de vue empirique,
M. Van Biéma rappelle le texte suivant de LE1BN1z : « Cependant pour revenir aux
formes ordinaires ou âmes matérielles, cette durée qu’il faut leur attribuer, à la
place de celle qu’on avait attribuée aux atomes, pourrait faire douter, si elles ne
vont pas de corps en corps, ce qui serait la métempsychose »; et la doctrine
qu’il y oppose sur «la conservation non seulement de l’âme, mais encore de l’animal
même et de sa machine organique, quoique la destruction des parties grossières
lait réduite à une petitesse qui n'échappe pas moins à nos sens que celle où il
était avant que de naître. » Système nouveau de la nature et de la communication
des substances, $ 6 et 7. Voir tout le passage, et cf. T'héodicée, 397.
On trouve aussi dans RENOUvIER une conception hypothétique de l’àme
en tant que « composé subtil, délié, insaisissable pour des organes ou des instru-
ments encore trop grossiers », mais cependant matériel, et capable de palingénésie*.
Voir Psychologie rationnelle, ch. xx1v ; éd. Armand Colin, II, 290.
Plus que le mot esprit, le mot dme évoque le sentiment de ce qui est outal,
chaud, cordial. Mais le mot esprit n'exclut pas ces harmoniques (et l’étymologie le
rappelle bien) ; seulement il met davantage l'accent sur ce qui est indépendant des
conditions matérielles ou animales, sur ce qui participe à l’universel, à l'éternel;
on parlera de « pur esprit » plutôt que de « pure âme ». (Maurice Biondei).
L'usage du mot est souvent poétique et vague : « Un monde sans âme. « Objets
« inanimés avez-vous donc une âme ?.… » (Lamartine). Bergson parle d'un « sup-
plément d'âme », ce qui surprend de la part de l’auteur des Données immédiates.
(M. Marsal.)
L'idée d’immortalité a été signalée dans la Critique ci-dessus sur la propo-
sition de M. G. Beaulavon, qui fait remarquer que c’est à quoi, communément, l
mot d'âme fait songer tout de suite dans nos sociétés chrétiennes. — On pourrait
ajouter qu’il évoque aussi quoique, pour nous, secondairement, la doctrine de la
transmigration des âmes. (Voir ci-dessus.) Toutes ces idées me paraissent 5
rattacher à celle de principe individuel et séparable, que j’ai essayé de mettre €?
relief dans le texte de cet article. (A. L.)
& AMITIÉ
Cf. Actif* (intellect). — Sur la division
générale des fonctions de l’âme, ou des
âmes, voir Jbid., 413012, 414232.
glité; 2°entre l'idée d’âme et l’idée de
pieu, considéré comme l’origine et le
jen des âmes selon le Christianisme
DESCARTES, MALEBRANCHE, LEIBNIZ,
BenkELEYy, etc.)
Ame sensitive, «loënrixn buy, Anis-
Rad. int. : Anim.
TOTE, Ilept Guy, 41521, etc. L'âme,
ou la partie de l'âme, qui est le
principe de la sensation et de la sen-
sibilité, même chez les êtres qui ne
possèdent pas la raison.
Ame du monde, ‘H roù navrèc Quyt,
ARISTOTE, Îlept Quyxñic, 40723. Cf. PLa-
Ton, Timée, 34 B sqq., où elle est sim-
plement appelée *, buy. —— L. Anima
mundi, Frunb , Principium hylarchi-
cum, Henri More ; D. Weltseele, Welt-
geist; E. Soul of the world ; ]. Anima
del mondeo.
Ame qui joue par rapport au monde
entier le rôle du principe d'unité et de
mouvement défini ci-dessus. Elle est
définie par ScuEeLLiNG :« Was die Conti-
nuität der anorganischen und der orga-
nischen Welt unterhält, und die ganze
Natur zu einem allgemeinen Organis-
mus verknüpft!. » Üeber die W'eltseele,
Sämtliche Werke, 1, Ahth. II, 569. Elle
est tantôt considérée comme tenant
lieu de Dieu*, tantôt comme un inter-
médiaire entre Dieu et les êtres visibles.
Ame végétative, Gpertikn duxn, ARis-
TOTE, [Ilepi buy, 415223, etc. L'âme
ou la partie de l’âme qui produit la
nutrition, la croissance, la reproduc-
tion et le déclin des êtres vivants,
même non doués de sensation* et de
sensibilité*.
Ame sensible {Anima sensibilis, ou
Spiritus vitalis, Bacox). Les esprits
animaux, compris à peu près comme
chez Descartes. C'est une substance
purement matérielle « .… tanquam aura
composita ex flamma et aere ». Historia
vitae et mortis, ed. Ellis, IT, 213-215.
Voir Observations.
Ame pensante, dixvonruen Woyn, Alus-
TOTE, Ilept puy ñc, 431814 ; vontixh our,
Ibid., 429828. L'âme, ou la partie de
l'âme qui est le principe de la pensée.
AMITIÉ, UD. Freundschajt : E.
Friendship : 1. Amicizia.
Inclination élective* réciproque entre
deux personnes morales; s'oppose à
l'amour-B par l'absence de caractère
sexuel ; à l’amour-C par le caractère de
réciprocité.
1. « Ce qui soutient la continuité du monde organique
et inorganique, et unit toute la nature en uu organisme
ubiversel. »
. Sur Ame du monde. — Le dieu des Stoiciens relie l’ « âme du monde » platoni-
tienne aux doctrines postérieures. 1l devient la Troisième H vpostase de Plotin, et
c'est là qu'est l’origine du sens de ce mot chez Schelling. (R. Berthelot.)
Sur Ame sensible et Esprits animaux. — « Anima siquidem sensibilis sive
brutorum plane substantia corporea censenda est, a calore attenuata et facta
MVisibilis : aura, inquam, ex natura flammea et aerea conflata.. corpore obducta
atque in animalibus perfectis in capite praecipue locata ; in nervis percurrens, et
Sanguine spirituoso arteriarum refecta et reparata, quemadmodum Bernardinus
elesius et discipulus ejus Augustinus Donius aliqua ex parte non omnino inutiliter,
Sseruerunt... Est autem haec anima in brutis anima principalis, cujus corpus
Tutorum organum ; in homine autem organum tantum et ipsa animae rationalis,
et spiritus potius quam animae appellatione, indigitari possit. » F. Bacon, D
t&nitate, livre IV, ch. 111, 8 4.
Ban
AMITIÉ
CRITIQUE
.imitié a un sens plus précis qu'ami
ion dit qu’on est ami des arts, du
plaisir, non qu'on a de l’amitié pour ces
objets). L'importance philosophique de
ce terme vient surtout du rôle accordé
à la œtaix par les philosophes grecs
(PYTHAGORE, PLATON, ARISTOTE, Épi-
curiens et Stoïiciens). ARISTOTE re-
connaît trois sortes d’amitiés, qui se
subdivisent elles-mêmes par de nom-
breuses nuances : celle qui a pour objet
le plaisir ; celle qui a pour objet l’inté-
rêt; celle qui a pour objet le bien
moral. La troisième seule est parfaite :
tekela d'éctiv h Tov &yal@v quAla xai xx”
äperhv ôuoiwv. Éthique à Nicomaque,
VIII, 8, 115607. Les formes inférieures
ne doivent pourtant pas être exclues
du nom d’amitié. Éth. à Eudème, VII,
2, 12362. Les Stoiïciens vont plus loin et
4
nn
ce qui n’est pas l'attachement des saps
en raison de l'identité de leur sagess,
(Entretiens d'ÉPicrèTte, Il, 22).
Rad. int. : Amik(es).
AMNÉSIE (du G. &, uvñoic) : D. À Mne.
sie ; E. Amnesia ; L Amnesia.
Perte ou affaiblissement de la mé.
moire coexistant avec un état norm:]
des autres fonctions intellectuelles. 4,
nésie générale, celle qui porte sur toutes
les catégories de souvenirs; arinési
partielle (Riot, Maladies de la me.
moire) où systématisée (P. JANET, Auto.
matisme psychologique) : celle qui porte
sur une catégorie particulière de sou.
venirs (par exemple, une des classes
de sensations, les noms propres, les
dates, et même une lettre déterminée}.
— Nous proposons le terme amnésie
systématique, dont le même auteur se
sert en parlant de l’anesthésie*.
s
+ « AMORAL » (du préfixe G. priva-
gr à et de moral); D. Amoralisch ;
Amoral ; |. Amorale.
Néologisme dû probablement, en
france, à Guyau (voir observations),
mais qui s’est répandu rapidement
depuis lors et surtout dans ces der-
nières années.
Non susceptible de qualification nor-
mative* au point de vue du bien et du
mal; étranger à la catégorie de mo-
ralité.
Cf. Immoral*.
CRITIQUE
Le succès de ce terme, d’abord phi-
losophique, a été si général qu’il est
——
ne sont pas équivalents :
Couturat. — A. L.)
AMORAL
entré dans le langage courant des
milieux cultivés. Il est même employé
quelquefois dans la conversation, com-
me une sorte d’euphémisme, pour
parler de caractères qui mériteraient
d’être nommés proprement immoraux,
mais dont on veut laisser entendre
qu'ils ont peut-être quelque excuse dans
leur indifférence naturelle aux idées
de bien et de mal, ou dans le dévelop-
pement incomplet de leur conscience
morale. C: sens lâche et un peu équi-
voque ne doit pas être admis dans
une langue philosophique correcte. Voir
Observations.
Rad. int. : Ne-elikal ; au sens péJo-
rauf : sen-etik.
l'oubli est normal ; l’amnésie, pathologique. (Louis
refusent le nom même d’amitié à tout Rad. int. : Amnezi.
Sur Amitié. — M. G. Beaulavon met en doute que l’amitié soit plus nécessai.
rement réciproque que l'amour. « On dirait très bien, écrit-il, une amitié non par.
tagée, le cas est fréquent en particulier chez les enfants. » — Il me semble que cette
expression serait un peu forcée, et que, dans ce cas, on parlerait plutôt d’ «affection:
ou de « sympathie » non partagée. En tout cas, cet emploi du mot appartiendrait
au langage familier : dans le langage philosophique, il retient toujours quelque
chose de l’usage aristotélicien et stoïcien; par exemple dans ce passage de
Renouvier et PRAT : « L'amitié réelle, digne de ce nom, nous donne, dans notre
propre sexe, le compagnon de vie dont le caractère s’adapte au nôtre, cet être
harmonique de notre être, sans lui être semblable ou même le contrastant, ave
qui nous n’avons de rapports habituels que sur un pied de réciprocité. » La Nouvelle
Monadologie, p. 193. — Cf. Rousseau, Émile, IV : « L’attachement peut 5e
passer de retour, jamais l'amitié. » (Ed. Garnier, p. 254.) (A. L.) Voir Affection*.
Sur Amnésie. — On distingue encore, suivant la répartition dans le temps des
souvenirs abolis :
Les amnésies lacunaires, portant sur des périodes de temps délimitées;
les amnésies rétrogrades (engendrées par des traumatismes la plupart du temps)
portant sur une période plus ou moins longue précédant juste l'événement causal;
les amnésies antérogrades ou continues (amnésies de fixation) portant sur une périod®
plus ou moins prolongée, au cours de laquelle il ne se produit pas d'acquisition
de souvenirs ; les amnésies antérorétrogrades, combinant les deux dernières formes
Enfin la distinction des amnésies d’évocation et de conservation, opposét
également aux amnésies de firation, concerne les mécanismes générateurs dé
l'amnésie (destruction des souvenirs eux-mêmes, ou incapacité d'utiliser dé
souvenirs réellement conservés). (H. Piéron.)
Synonyme français : oubli. (V. Egger.) — Il nous semble que les deux m0
BB.
L'expression, « amnésie périodique » (Pierre JANET, etc.), serait utilement
remplacée par amnésie des pcricdes. « Amnésie continue », des mêmes auteurs, est
équivoque. Il faudrait dire : oubli à mesure. (V. Egger.)
Sur Amoral. — Article complété d’après des indications fournies par M. Nabert,
qui nous communique les textes suivants : « Absence de fin, amoralité complète
de la nature, neutralité du mécanisme infini... » GuyAtw, Esquisse d'une morale
sans obligation ni sanction, 1'e éd. (1885), p. 102. « Les lois de la nature... sont
immorales, ou si l’on veut, a-morales, précisément parce qu’elles sont nécessaires. »
Ibid., p. 144.
Le Dictionnaire de Murray cite un exemple d’amoral en 1882 (STEVENSON),
mais Le note comme un terme occasionnel f a nonce-word). On ne le trouve ni dans
le Dictionnaire de Baldwin (1901) ni dans la première édition de celui d’Eisler
(1899). Il figure dans la troisième (1910).
— Ce terme a le défaut d’être hybride. (J. Lachelier.)
— Si je dis : la morale distingue le moral de l’amoral, il y a pis qu’une ambi-
guïté. L’à privatif, et en général l’hellénisme linguistique, est un procédé paresseux,
fécond en cacophonies ou en équivoques. (V. Egger.)
La rédaction de la Critique est nouvelle ; elle a été faite à la suite de la
discussion qui a eu lieu à la séance du 3 mai 1923. Le texte primitif de l’article
contenait un membre de phrase obscur sur l’emploi de ce mot « par euphémisme » ;
1 a donné lieu à des malentendus que nous espérons éviter par ces explications plus
développées. MM. Brunschvicg et Leroux, en particulier, ont insisté pour que l’on
maintint le sens philosophique dans sa pureté. « L’immoral, dit M. BrunscHvicc,
Je contre la morale, avec une conscience plus ou moins claire de ce qu'il fait ;
amoral n'a même pas conscience de l’existence de jugements moraux. » — « Un
être amoral, écrit M. LEROUX, n’est pas simplement celui qui enfreint les règles
Morales, mais celui qui n’attache aucune importance à cette infraction, celui qui
Cnteste ou ignore la valeur de l'impératif éthique. Chez un amoral, il n’existerait
Pas ce conflit entre la conscience et la conduite que la notion d’immoralité semble
LALANDE. — VOCAB. PHIL. 4
|
AMORALISME
AMORALISME, sans équivalents
étrangers (?).
A. Doctrine d’après laquelle il n’exis-
te pas de morale, sinon à titre de
croyance, sans fondement objectif et
universel. « La doctrine qui n’admet-
tant que des jugements de fait, non
des jugements de valeur, nie par cela
même la morale, esi proprement l’amo-
ralisme. » FouiLLÉéE, Observation sur
l’article /mmoralisme*, ci-dessous. Voir
ce mot, et les observations correspon-
dantes.
B. Absence de moralité (chez un
individu).
Rad. int. : À. Amoralism ; B. Sene.
tikes.
AMOUR, L. Amor; D. Liebe; E
Love ; I. Amore. ,
A. Nom commun à toutes les ten.
dances attractives, surtout quand elles
n'ont pas pour objet exclusif la satis.
faction d’un besoin matériel : telles que
les inclinations domestiques (amour des
parents pour les enfants) ; les inclina-.
comporter. » — Rien de plus juste en ce qui concerne amoral ; mais peut-être
est-ce là, inversement, limiter d’une manière trop stricte le sens du mot immorul :
à côté de l’immoralisme théorique d’un Nietzsche, qui a pleinement conscience
de ce qu'est la morale, et qui réagit contre elle, il existe une immoralité pratique,
que la faiblesse ou la perversion de la conscience expliquent sans la supprimer.
D'ailleurs les mots immoral et immoralité s'appliquent très bien aux actes eux.
mêmes, à la conduite, indépendamment de tout ce qu’on peut savoir sur la
conscience ou l’inconscience de l’agent. (A. L.)
Sur Amoralisme. — Les précédentes éditions contenaient à cet article une
citation de Fonsegrive appelant « amoralisme » la doctrine de Taine d’après
laquelle « le vice et la vertu sont des produits comme le sucre et le vitriol ». Nous
avons jugé préférable de la supprimer en raison de l’observation suivante, qui
avait d’ailleurs été publiée en même temps pour remettre les choses au point :
« Le texte de Fonsegrive repose sur une interprétation fausse de la formule de
Taine. Taine lui-même s’est expliqué nettement sur ce point dans une lettre que
reproduit sa Correspondance, t. III, p. 214-215 : « Dire que le vice et la vertu sont
des produits comme le vitriol et le sucre, ce n’est pas dire qu'ils soient des pro-
duits chimiques... ils sont des produits moraux que les éléments moraux créent
par leur assemblage. L'analyse une fois faite, on n'arrive pas à l'indifférence ;
on n’excuse pas un scélérat parce qu’on s’est expliqué sa scélératesse. » Dans
sa Philosophie de l'Art, Taine soutient, d’une manière plus générale encore, que
dans l’étude de la nature le point de vue moral est aussi légitime que celui de
la science, et que de ce point de vue on doit classer les caractères des êtres dans
un ordre différent de leur ordre d’importance scientifique. Cf. t. II, p. 328 et
P. 364-365. (R. Berthelot.)
Sur Amour. — Ce mot, au sens B, ne doit se dire de l’inclination sexuelle que si
elle est élective. (G. Dumas.) — Sans doute, il s’agit vraiment de ce qu’on doi
dire : voir la Critique ci-dessus. Mais en fait, cette restriction n’est pas observée :
« J’ai réduit l'amour à une fonction, et cette fonction à un minimum. » TAINE,
Thomas Graindorge, 307. Les exemples sont nombreux. (A. L.)
— L'amour, au sens C, est moins un anti-égoïsme qu’un supra-égoïsme : c’est la
tendance fondamentale de l’être vers le bien, d’abord indéterminément ; mais
enfin ce bien universel n’est pas exclusif de mon bien propre, qui y est compris :
« Amour bien ordonné commence par soi-même. » Sans doute, afin d'empêcher la
monstrueuse disproportion de l’amour-propre, qui use de l’inclination infinie pour
tions corporatives* (patriotisme ; esprit
de corps), les inclinations individuelles*
amour du jeu, amour du luxe, amour
du métier). Si la tendance est purement
matérielle, on emploie le verbe aimer,
mais rarement le substantif amour :
on dit bien qu’on aime à boire, on ne
dit guère qu’on a l’amour de l’alcool.
B. Se dit de l’inclination sexuelle
sous toutes ses formes et à tous ses
degrés. Quand le mot est employé seul,
c'est en général dans cette acception.
c. Tendance essentiellement opposée
à l'égoisme : 1° soit qu’elle ait pour
objet le bien d’une autre personne
morale : amour des malheureux, amour
du prochain ; 2° soit qu’elle ait pour
objet une idée en face de laquelle on
fait plus ou moins complètement abné-
AMOUR
bien individuel. » ToLsrToï, De la vie,
177. Si ces objets d'amour sont consi-
dérés comme réunis, et comme formant
les attributs d’une personne morale :
amour de Dieu.
CRITIQUE
On voit par l’analyse ci-dessus que
le mot présente des sens très divers,
dont quelques-uns peuvent aller jus-
qu’à une véritable opposition. Les for-
mules littéraires reposant sur le jeu de
cette opposition sont innombrables
« Si l’on croit aimer sa maîtresse pour
l'amour d'elle, on est bien trompé. »
La RocneroucaAuLp, Max. 374. —
« Les quatre-vingt-dix-neuf centièmes
du mal parmi les hommes proviennent
de ce faux sentiment qu'ils nomment
gation de son intérêt et même de son
individualité : amour de la science, de
l'art, de la justice. « Le véritable amour
a toujours pour base le renoncement au
l'amour, et qui ne ressemble pas plus
à l’amour que la vie de l’animal ne res-
semble à la vie de l’homme. » TozsrToi,
De la vie, p. 170, et tous les chapi-
le bien en faveur du moi fini et insatiable, il importe absolument de refouler, de
haïr cet égocentrisme. Mais le ressort foncier n’en reste pas moins au plus intime
de chaque être qui a à franchir comme trois étapes : 1° amor complacentiæ et
concupiscentiæ, naïf attachement de l’enfant qui rapporte indélibérément tout à
soi ; 2° amor benevolentiæ et beneficentiæ, générosité qui remet la personne dans
le rang et la subordonne aux autres ; 3° amor unionis, oubli et don de soi, trépas
amoureux d’une vie qui, selon le mot de saint Augustin, est plus ubi amat quam ubi
animat, mais qui se retrouve d’autant plus parfaitement qu’elle s’est davantage
perdue en ce qu’elle aime. Il y a donc ascension, mais non rupture, ni opposition
absolue, dans les diverses phaseset dans lesdiverssens de l’amour. (Maurice Blondel.)
Il y a quelque équivoque, semble-t-il, à dire que le bien universel n’est pas
exclusif de mon bien propre ; et la formule « charité bien ordonnée commence par
soi-même », après avoir servi à exprimer l’idée que rappelle-ci-dessus M. Blondel,
et qui nous a été signalée aussi par M. R. Daude, n’est plus guère employée aujour-
d’hui que dans un sens ironique. Non seulement il paraît certain qu’il ÿ a des cas
où l’abnégation et le sacrifice sont réels, et nécessaires au bien universel ; mais,
même en thèse générale, c’est supposer que l’être ou le bien de l’homme est vrai-
ment dans son moi dans ce qu’il peut appeler sien et s'approprier, ce qui est loin
de pouvoir être pris pour évident. Et ce que le mystique retrouve en se perdant
en ce qu’il aime n’est peut-ètre pas ce moi qu’il avait abandonné. (A. L.)
M. Ch. Werner rappelle « la notion platonicienne de l’amour comme étant l’élan
par lequel l’âme, sensible à l'attrait de la Beauté parfaite, tend à l’immortalité ».
Sur la Critique. — Peut-on dire que l’amour de la science, de la justice, de Dieu,
Soit amor beneficientiæ ? (J. Lachelier.) — Ce terme scolastique est en effet un
Feu trop étroit. Cependant si l'on aime la science « pour la science », et non par
une sorte d’égoisme intellectuel qui se plaît à exercer ses facultés, il semble bien
AMOUR
48
tres xx11 à xx1v. Il en est de même
des raisonnements du romantisme sur
la valeur morale de l’amour, qui repo-
sent sur le mélange des deux senti-
ments en B.
Les scolastiques distinguent avec
justesse amor beneficentiae (C) et amor
concupiscentiae (= égoïste, À ou B). —
En un sens voisin, on oppose par-
fois amour captatif et amour oblatif.
Descartes, il est vrai, a protesté
contre cette distinction en ramenant
l'un ct l’autre à la formule : « Une
émotion de l'âme causée par le mou-
vement des esprits qui l’incite à se
joindre de volonté aux objets qui pa-
raissent lui être convenables. (Se join-
dre de volonté = « imaginer un tout
dont on est seulement une partie, et
que la chose aimée en est une autre ».)
Passions de l'âme, 11, 79-81. Mais l’assi-
milation est évidemment inexacte en
ce que les choses ou les êtres désirés
sont conçus comme un moyen en vue
de la fin que nous sommes, et non
comme d’autres membres d’un tout
dont nous faisons partie au mème titre
qu'eux, ou mème en nous subordon-
nant à eux : ce qui est l’amour au
sens C. Il revient d’ailleurs à l’opposi-
tion des deux sentiments par un dé-
tour : « Encore que les passions qu’un
ambitieux a pour la gloire, l’ivrogne
pour le vin, un brutal pour une femme
qu’il veut violer, un homme d’honneur
pour son ami ou sa maîtresse, et un
bon père pour ses enfants, soient bien
différentes entre elles, toutefois, en ce
qu'elles participent de l’amour, elles
sont semblables. » Zbid. 82. Mais il
ajoute qu’un père à l'égard de ses
enfants « se représentant que eux et
lui font un tout dont il n'est pas la
meilleure partie, il préfère souvent leurs
intérêts aux siens », et que « l'affection
que les gens d'honneur ont pour leurs
amis est de cette nature, bien qu’elle soit
rarement si parfaite » ; ce qui rétablit
l'opposition.
Il est donc impossible de réduire à
l'unité les sens du mot amour. Il serait
souhaitable, en raison de la prévention
morale favorable qui s’y attache, de le
réserver au sens C (= celui qui trans-
porte hors de l'individu aimant la fina-
lité de son sentiment et de son action).
Cf. la définition bien connue de Leis-
NIZ : «a Amare est gaudere felicitate
alterius. » Le mot désir, qui lui est
nettement opposé dans certains cas par
le langage courant, pourrait être ap-
pliqué en général à l’autre sens (= ten-
dance à la possession ou à la jouissance
avec ou sans considération de la fina-
lité propre à ce qui est désiré; ce
qu'HELvÉTIUS résumait dans l’apho-
risme : « Aimer, c’est avoir besoin »).
— Mais, d'autre part, le mot amour
appartient si fortement à la langue
courante, avec la multiplicité de ses
sens, qu’on ne saurait faire adopter
une spécialisation de ce terme. Nous
nous bornons donc à en signaler l’am-
biguïité et à réclamer, dans tous les cas
équivoques, l’usage des expressions qui
permettent d’éviter le sophisme. Cf.
Observations sur Charité*,
Rad. int. : Am.
que le but de l’action soit le bien de la science en elle-même, c’est-à-dire son progrès.
Et de même pour celui qui aime Dieu en le servant, et non en se servant de lui
pour son propre salut. (A. L.)
Je ne vois troprien à reprocher à la thèse de Descartes. Elle réserve la question
de savoir si le centre de gravité du système formé de nous et de l'objet aimé est en
nous ou dans cet objet. (J. Lachelier.) — Mais ne fait-elle pas passer ainsi l'essentiel
au second plan, en mettant au contraire en première ligne une unité factice ? (A. L.)
« Amour-vrai » pour désigner l'amour au sens C, serait acceptable : on trouve
déjà dans Catulle amatam vere (Lxx VI) ; cependant désintéressé, emplové par
Leibniz, serait peut-être plus clair. (J. Lachelier.)
1e
gg 9
Amour intellectuel de Dieu (Spi-
Noza). L'amour étant défini « une joie
accompagnée de l’idée d’une cause
extérieure » (Éthique, III, déf. 6),
l'amour intellectuel de Dieu est l'amour
de Dieu causé par la connaissance adé-
quate des choses, qui nous fait éprouver
une joie jointe à l’idée de Dieu comme
cause de notre joie. Éthique, V, prop. 32,
Corollaire. — Cf. Adéquat*.
Amour (Pur). « L'amour pour Dieu
seul, considéré en lui-même et sans
AMOUR-PROPRE
qui contient encore un retour sur l’a-
vantage de cet état.
Amour-propre, D. Eigenliebe (dans
les deux sens), — E. Self-love (au
sens A); B. sans équivalent exact.
(Voir Observations) ; 1. Amor proprio.
A. Amour de soi-même, égoisme au
sens B. (Vieilli) « L’amour de la patrie
est un véritable amour-propre. » SAINT-
Évremonp, II, 399.
B. D’ordinaire : sentiment complexe
de fierté personnelle, aboutissant d’une
aucun mélange de motif intéressé, ni
de crainte, ni d'espérance, est le pur
amour ou la parfaite charité. » FÉNE-
LON, Maxime des Saints, chap. 1 (Didot,
11, 6). 11 s'oppose à l'amour d'intérêt,
à l'amour a'espérance, et même à
Pamour de préférence, qui consiste à
aimer Dieu plus que soi-même, mais
part au désir de bien faire en ce qui
peut être apprécié par les autres, de
l’autre à une susceptibilité en éveil au
sujet de cette appréciation. « L’amour-
propre des auteurs de profession. »
DucLos, Considérations sur les mœurs,
ch. xu.
Rad. int. : Propr-am.
Sur Amour-propre. — 11 n’y a point en anglais de mot qui corresponde exac-
tement au sens B, conceit, self-conceit marquent surtout le contentement de soi-
même, et se rapprochent plus de vanité que d’amour-propre. En certains cas on
emploierait se/f-respect, pride, vanity, et aussi pour un certain aspecl de cette idée,
sensitiweness. Nous nous servons souvent en anglais du terme français. (Th. de
Laguna.)
E. Leroux a fait remarquer que l'on trouve chez Jean-Jacques Rousseau
une distinction très précise entre amour-propre et amour de soi : le second est
«un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation,
et qui, dirigé dans l’homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité
et la vertu. L'amour-propre n’est qu’un sentiment relatif, factice et né dans la
société, qui porte chaque individu à faire plus de cas de soi que de tout autre,
qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement et qui est la
véritable source de l'honneur ». Discours sur l'Inégalité, note O. Dans le corps du
Discours, 17° partie, il emploie amour-propre au sens d’égoïsme réfléchi, raisonné.
Hôffding (Rousseau und sein Philosophie, p. 107) renvoie pour cette distinction
à VAUVENARGUES, {ntroduction à la connaissance de l'esprit humain, qui avait paru
huit ans auparavant (en 1746). Voici le passage de Vauvenargues : le fait qu’on
meurt pour la gloire « justifie la distinction que quelques écrivains ont mise avec
sagesse entre l’amour-propre et l'amour de nous-mêmes. Avec l'amour de nous-
mêmes, disent-ils, on peut chercher hors de soi son bonheur ; on peut s’aimer
hors de soi davantage que son existence propre (sic) ; on n’est point à soi-même
Son unique objet. L’amour-propre, au contraire, subordonne tout à ses commodités
et à son bien-être : il est à lui-même son seul objet et sa seule fin. L’amour-
propre veut que les choses se donnent à nous, et se fait le centre de tout. Rien ne
Caractérise donc l’amour-propre comme la complaisance qu’on a dans soi-même
et les choses qu’on s’approprie ». Introduction à la connaissance de l'esprit humain,
livre II, ch. xxiv. Hôffding pense que Vauvenargues s’est peut-être inspiré dans
AMPHIBOLIE
50
AMPHIBOLIE ou, illogiquement,
Amphibologie, G. ’Auœt8o%ix; D. An-
phibolie; E. Amphibolia, Amphibo-
logy; I. Anfibologia.
Double sens d’une locution où d’une
phrase. Voir AmBiGuiri*. Nous propo-
sons d’employer de préférence umbi-
guité pour les mots ou les termes, am-
phibolie pour les phrases ou les propo-
silions, et égrivoque dans le sens gé-
néral.
Rad. int. : Amfibol, —es, dusensess.
Amphibolie transcendentale ou des
concepts de réflexion (KanrT, Critique
de la raison pure). Appendice général
à l'Analytique transcendentale : « Von
der Amphibolie der Reflexionsbegriffe
durch die Verwechslung des empiri-
svhen Verstandesgebrauchs mit dem
transcendentalen!. » Par concepts de
1. « De l’amphibolie des concepts de réflexion par la
confusion de l'usage empirique de l’entendement avec
son usa:e transoendental. »
réflexion, il entend les concepts au
moyen desquels l’entendement compare
les représentations (identité et diver-
sité, accord et opposition, interne et
! externe, matière et forme). L’amphi-
bolie résulte de ce que les prédicats
purement intellectuels déterminés par
ces concepts sont appliqués aux phéno-
mènes sensibles, soit pour les com-
prendre, soit pour les dépasser, sans
souci des conditions propres de la sen-
sibilité. D’où, chez Kant, toute une
critique de la monadologie leibni-
zienne, qu’il considère comme reposant
sur cette amphibolie.
AMPLIFIANTE (Induction), celle qui
étend la formule générale, tirée d’un
certain nombre de faits, à des faits
encore inconnus ou futurs. — On l’ap-
pelle aussi induction baconienne, et on
l’oppose à l'induction aristotélicienne,
ou plus généralement à l'induction
complète, qui ne dépasse pas le degré
EE ——— 2 — —_—
—_———————————————_______
ce passage de Shaftesbury, ou « des Cartésiens ». Mais on trouve dans l’Zntroduction
de M. RousTan à son édition du Traité de l'amour de Dieu de MALEBRANCHE
l'indication suivante : « Malebranche a loué le théologien protestant Abbadie..
d’avoir distingué amour-propre et amour de nous-mêmes, le premier étant la source
de tous nos dérèglements, le second étant au contraire naturel et légitime, et
principe de tous nos efforts pour accomplir le devoir. » {ntrod., p. 52. Le passage
de Malebranche se trouve dans le même volume, p. 132 et suivantes, dans la
Première lettre au R. P. Lamy. Cette distinction, longuement développée par lui,
est en rapport étroit avec la question du pur amour. (A. L.)
L. Boisse nous a communiqué aussi le texte suivant : « Lorsque le célèbre
M. de La Rochefoucauld dit que l’amour-propre est le principe de toutes nos
actions, combien l'ignorance de la vraie signification de ce mot : amour-propre
ne souleva-t-elle pas de gens contre cet illustre auteur ? On prit l'amour-propre
pour orgueil et vanité ; et l’on s’imagina en conséquence que M. de La Roche-
foucauld plaçait dans le vice la source de toutes les vertus. Il était cependant
facile d’apercevoir que l’amour-propre, ou l'amour de soi, n’était autre chose
qu'un sentiment gravé en nous par la nature ; que ce sentiment se transformait
dans chaque homme en vice ou en vertu, selon les goûts et les passions qui l’ani-
maient, et que l’amour-propre, différemment modifié, produisait également
l’orgueil et la modestie. » HELVÉTIUS, De l'esprit, Discours, ch. 1v : « De l’abus des
mots. » Édit. Lavigne, 1843, p. 20-21.
Sur Amphibolie. — La proposition ci-dessus est conforme à l’usage d’Aristote,
qui oppose &upt$oXla, ambiguïté de construction, à éuwvuuia, ambiguïté d’un mot.
Soph. Elench., ch. 1v, 166322. (CI. C. J. Webb.)
st
de généralité appartenant à la somme
des données. Voir Znduction*.
Rad. int. : Ampligant.
AMUSIE, D. Amusia ; E. Amusia ;
I. Amusia.
Terme représentant ce qui, pour le
langage musical, correspond à l'apha-
sie*.
Amusies motrices, incapacité de chan-
ter, de siffler des airs, de jouer d'un
instrument (on dit quelquefois en ce
cas amusie instrumentale), Elles corres-
pondent à l’agraphie*.
Amusies sensorielles : surdité musi-
cale, cécité musicale (perte du pouvoir
de reconnaître, de comprendre des airs
entendus, ou de lire la musique écrite).
Rad. int. : Amusi.
ANAGOGIQUE, Gr. ’Avxywyurec.
A. Sens anagowique (D. Erhebende
Erklürung ; E. Anagogie interpretation ;
L Senso unagogico). Celui des quatre
sens de l’Écriture qui est considéré
comme le plus profond et qui consiste
dans un symbole des choses constituant
le monde divin. « Anagogicus sensus
dicitur qui a visibilibus tendit ad invi-
sibilia, ut lux primo die facta.… natu-
ram angelicam significat. » IUGUES »E
SAINT-VicTor, dans AUBER, Symbo-
lisme religieux, 11, 53. Voir Allégorie*.
B. Emplové par LEIBNiz come ad-
jectif du mot Induction (’Avaywyn) :
« Tentamen anagogicum, Essai anago-
gique dans la recherche des causes. »
Mais d’ailleurs, selon son usage, il rat-
tache ce sens au précédent : « Ce qui
mène à la suprême Cause », dit-il au
début, «est appelé anagogique chez les
———_—— ———_—_——_———."——]—_— ——_————————
ANALOGIE
philosophes aussi bien que chez les
théologiens. » Jbid., Ed. Gerhardt,
VII, 270.
ANALGÉSIE, Gr. &, &xyoc: D. Anal-
geste, Analgie ; E. Analgesia, Analgia ;
I. Analgesia, Analgia.
Insensibilité partielle ou totale à la
douleur, coexistant avec la conserva-
tion des autres ou de quelques autres
sensations. Voir AXNESTILÉSIE*.
.Hgesthésie cst employé par quelques
auteurs pour désigner la sensibilité à
la douleur (RicHEeT, 1, 479, etr.).
Rad. int. : Analgesia.
ANALOGIE, G. s#uaoyia, D. Ana-
logie ; E. Analogy ; 1. Analogra.
A. Sens primitif et propre : identité
du rapport qui unit deux à deux les
termes de deux ou plusieurs couples.
Spécialement, et par exrellence, pro-
portion mathématique (appelée &varoyto
dans EUCLIDE). — ARISTOTE analyse
ce sens avec précision dans l’Éthique &
Nicomaque, V, 6; 1131230 et suiv.
B. Même sens, mais entendu in con-
creto : ce qui présente une analogie au
sens À : svstème de termes ayant entre
eux même relation. — Cf. Correspon-
dance*,
C. Rapport de deux organes qui sont
analogues*, au sens donné à ce mot
par Geoffroy-Saint-Hilaire.
D. Rapport de deux organes analo-
gues*, au sens donné à ce mot par
CuviEr.
E. Sens courant et vague : ressem-
blance plus ou moins lointaine, parti-
culièrement entre choses qui ne se res-
semblent pas dans leur aspect général,
Sur Amusie. — Article ajouté d’après des indications données par M. Piéron.
Sur Analogie. — « 11 y a plus d’analogie ou de rapport entre les couleurs et
les sons qu’entre les choses corporelles et Dieu. » DESCARTES, Rép. aux 2€ object.,
IX, 107. Cf. 108-109. Peut-être faut-il entendre ce passage au sens de l’analogie
d'attribution. (E. Gilson.)
« Les analogies se fondent moins sur des ressemblances notionnelles {similitudines)
Que sur une stimulation intérieure, sur une sollicitation assimilatrice (intentio ad
asSimilationem). » M. BLonDEeL, L'Être et les Êtres, p. 225-226. (I. Benrubi).
ANALOGIE
et qui ne peuvent être subsumées sous
un même concept.
REMARQUES
1. "Ava, dans analogie, marque
presque certainement l’idée de répé-
tition (L. re...) comme dans ävauvnoic,
réminiscence ; &vaBlwots, résurrection,
retour à la vie; dv&anduc, retour des
forces, convalescence.
2. Une relation ternaire, ou même
d'ordre plus élevé, pourrait donner
naissance à une analogie plus complexe
que la simple proportion : p. ex. entre
« Pierre achète un cheval à Paul » et
« Jean achète une maison à Jacques ».
Mais nous ne croyons pas qu’on ait
envisagé les propriétés de ces analogies
à plusieurs termes, si ce n’est dans les
essais de logique des relations*.
3. L’analogie d'attribution, distinguée
par St THomas D’AQuIN de l’analogie
de proportion (celle qui est définie au
sens À), consiste en un usage des termes
qui ne serait ni l’usage univoque*, ni
l’usage équivoque* : Homme, appliqué
à Socrate et a Platon, est univoque ;
cause, au sens judiciaire et au sens
physique, est équivoque ; riant, appli-
qué à un visage et à un jardin, est
analogue. Tous les noms d’attributs
appliqués à Dieu doivent être entendus
au sens analogique. — Cette acception
ne se rencontre pas, ou très rarement,
dans la philosophie classique ; mais elle
est redevenue fréquente dans les ou-
vrages néothomistes contemporains.
Rad. int. : Analog(es), analog{aj).
Raisonnement par analogie.
À. Raisonnement fondé sur l’analogie
au sens A. En particulier, détermina-
tion d’un terme par la connaissance des
deux termes de l’un des couples, et
d'un des termes du second.
B. Tout raisonnement concluant en
vertu d’une ressemblance entre les ob-
jets sur lesquels on raisonne.
CRITIQUE
Cetie expression, en dehors du sens
A, dont le type est le calcul de la
52
« quatrième proportionnelle » repré-
sente une idée très vague, et qu’on a
encore rendue plus confuse en essayant
de la préciser en divers sens. C’est
ainsi que pour KANT (Logik, $ 84),
l'induction consiste à étendre à tous
les êtres d’une même espèce des obser-
vations faites sur quelques-uns d’entre
eux, le raisonnement par analogie à
conclure de ressemblances bien établies
entre deux espèces à des ressemblances
encore inobservées ; — pour CourNorT
(Essai, $ 46, 49), l'induction n'est
qu'une simple extrapolation, l’action
de l'esprit qui continue spontanément
un mouvement antérieur ; le raisonne-
ment par analogie, au contraire, s'élève
par l'observation des rapports à la
raison des choses ; -— pour E RaABIER
(Logique, ch. x1v) « 1° l’analogie
(= le raisonnement par analogie) est
proprement une déduction faite sur
une induction préalable ; 2° l’analogie
est toujours hypothétique, tandis que
l'induction, théoriquement, sinon tou-
jours dans l’application, est certaine » ;
— enfin, pour HAMELIN, qui prend sur
ce point le contrepied de Cournor et
se rapproche de J. S. Mir (Logic,
III, xx), le raisonnement par analogie
est l'induction d'assimilation, celle qui
porte sur des ressemblances extérieures
dont on ne connaît pas la raison. (Du
raisonnement par analogie, Année phi-
los, 1902.)
Il paraît donc impossible de donner
à cette expression un sens précis, en
dehors de l’acception A. Mais l’indé-
termination de l’usage, même techni-
que, paraissant actuellement insurmon-
table, on recommande du moins de ne
pas en faire, comme il arrive souvent,
une espèce définie du genre raisonne-
ment, coordonnée à l’induction* et à
la déduction*. Voir M. Doroee, Le
raisonnement par analogie, not. Ch. 111.
« Analogies de l’expérience, D. Ana-
logien der Erfahrung » (KANT, Kritik
der reinen Vern., Transc. Analyt.
livre III, ch. 11, 3€ section). Principes
a priori de l’entendement pur, relatifs
4
ES
53
ANALOGUE
—”
à la catégorie de relation* et qui ont
pour formule générale : « Tous les phé-
nomènes, au point de vue de leur exis-
tence, sont soumis a priori à des règles
déterminant leur rapport réciproque
au sein d’un temps » (A. 176); — ou:
« L'expérience n’est possible que par
la représentation d’une liaison néces-
saire entre les perceptions » (B. 218).
Ces analogies sont au nombre de
trois : la permanence de la substance ;
l'existence de lois fixes de succession
dans la nature (ou, dans la 2° édition,
le principe de causalité) ; le princine de
réaction réciproque universel entre
toutes les substances à chaque moment
du temps.
ANALOGUE, D. Analog, gleichai-
üg ; E. Analogous ; 1. Analogo.
A. Qualificatif d’un terme qui est
par rapport à un autre dans la même
relation qu’un troisième par rapport à
un quatrième ; ce rapport pouvant être
soit un rapport de grandeur mathéma-
tique (ce qui paraît être le sens primitif
du mot), soit un rapport de situation,
de durée, de finalité, etc. — « Le réseau
télégraphique est analogue au système
nerveux » {c’est-3-dire : est à un pays
ce que le système nerveux est à un
organisme). — On dit, au même sens,
correspondant.
B. Qualificatif de deux groupes dont
les termes se correspondent chacun à
chacun.
C. Spécialement, au sens adopté par
GEOFFROY-SAINT-FIILAIRE : caractère
de deux organes qui, dans deux êtres
différents, ont même emplacement et
mêmes connexions, bien qu’ils puissent
avoir des fonctions différentes (comme
le bras de l’homme et l’aile de l’oiseau).
On dit plutôt, en ce sens, homologur*.
D. Au sens adopté par Cuvier et par
la plupart des biologistes du xrxe siè-
cle : caractère des organes ayant la
même fonction (qu’ils aient ou non le
même caractère anatomique).
E. Qualificatif de cleux termes entre
lesquels il existe une ressemblance plus
ou moins lointaine, particulièrement
dans leurs effcts, ou dans l'impression
qu'ils produisent. « Des raisons ana-
logues. » — Cf. Analogie.
REMARQUE
Analogue s’est dit autrefois de tout
ce qui s’accorde bien, de ce qui est en
| harmonie. « Voici pourquoi nos ou-
Sur Analogue. — Avant de consister en une métaphore, coinme dans l'exemple
choisi, l’analogie consiste en une similitude réelle de rapport, de fonctions, ou
de finalité, soit comme une quatrième proportionnelle à trouver, soit comme
une continuité phylogénétique, telle que celle de l’aile et de la nageoire, soit
comme une assimilation possible d’un ordre inférieur à un ordre supérieur («les
vertus humaines sont analogues aux perfections divines » comme l’a dit Leibniz,
qui concevait les choses spirituelles non ex analogia universi, sed ex analogia
nostri) : ainsi, sans qu'il y ait de ressemblance sensible ou figurable, l’analogue
exprime tantôt une relation logique, tantôt une dépendance historique ou une
connexion biologique, tantôt une convergence et une unité de plan entre des
ordres en apparence incommensurables. (Maurice Blondel.)
Ce mot désigne chez E. Geoffroy Saint-Hilaire bien plus qu'un caractère,
toute une théorie qu’il a exposée dans plusieurs ouvrages, et particulièrement dans
les Principes de philosophie zoologique. Ce livre s'ouvre par un discours préliminaire
consacré à la théorie des analogues. Plus loin Geoffroy écrit que cette théorie « n’en
est pas une simple amplification (de la doctrine aristotélique), qu’elle reconnaît des
principes propres, qu’elle a un but précis, qu’elle devient un instrument de décou-
vertes», etc. Pr.de philosophie zoologique, chez Pichon et Didier, et chez Rousseau,
Paris, 1830, p. 97. (L. Boisse.)
ANALOGUE
54
vrages nous plaisent souverainement,
indépendamment de l’amour-propre :
c'est qu'ils tiennent à toutes nos autres
idées et y sont analogues. » MonTEs-
QuiEU, Cahiers (Extraits édités par
Bernard Grasset, p. 37). On trouve
souvent, à la fin du xvin® siècle, des
expressions telles que : « Un discours
analogue aux crconstances. » Mais le
mot était encore considéré par FLaAu-
BERT, Comme savant et recherché : voir
L'éducation sentimentale (1869), Ed. Le-
merre, ], 220.
Rad. int. : Analog.
ANALYSE (G. ’Avéavotç & 10 réso-
lution, solution régressive ; 2° décom-
position) ; D. Analyse; E. Analysis ;
L Analisi. — S'oppose à Synthèse*.
19 Sens qui se rattachent à
l’idée de décomposition :
A. Décomposition d’un tout en ses
parties, soit matériellement : « L'’ana-
lvse chimique » ; soit idéalement : « La
définition est l’analyse d’un concept. »
B. Par suite, toute méthode ou étude
comportant un examen discursif, même
si elle aboutit dans son ensemble à une
synthèse au sens C. « L'analyse d’un
texte. » — Ce sens, qui enveloppe dé-
composition et recomposition, est celui
de ConpiLLac, pour qui l'analyse ou
méthode analytique consiste à « obser-
ver dans un ordre successif les qualités
d'un objet, afin de leur donner dans
l'esprit l’ordre simultané dans lequel
elles existent. » Logique, 11e partie,
ch. 11, $ 6. — « Cette analyse (celle de
la pensée) ne se fait pas autrement que
celle des objets extérieurs. On décom-
pose de mème ; on se retrace les parties
de sa pensée dans un ordre successif
pour les rétablir dans un ordre simul-
tané ; on fait cette coinposition et cette
décomposition en se conformant aux
rapports qui sont entre les choses. »
Ibid, $ 7.
C. Plus spécialement, pour TAINE,
mais en un sens voisin, « analyser, c’est
traduire ; et traduire, c’est apercevoir
sous les signes des faits distincts... Pour
savoir ce qu'est une nature, Vous pren-
drez un animal, une plante, un minéral
dont vous noterez les propriétés et
vous verrez que le mot nature apparaît
Sur Analyse. — 11 nous semble utile, pour plus de clarté, de donner ici in
extenso le passage de Duhamel dont le texte cité au $ D est la conclusion : « Lors-
qu'on aura à trouver la démonstration d’une proposition énoncée, on cherchera
d’abord si elle peut se déduire comme conséquence nécessaire de propositions
admises, auquel cas elle devra être admise elle-même, et sera par conséquent
démontrée. Si l’on n’aperçoit pas de quelles propositions connues elle pourrait
être déduite, on cherchera de quelle proposition non admise elle pourrait l'être,
et alors la question sera ramenée à démontrer la vérité de cette dernière. — Si
celle-ci peut se déduire de propositions admises, elle sera reconnue vraie, et, par
suite, la proposée ; sinon, on cherchera de quelle proposition non encore admise
elle pourrait être déduite, et la question sera ramenée à démontrer la vérité de
cette dernière. On continuera ainsi jusqu’à ce que l’on parvienne à une proposition
reconnue vraie ; et alors la vérité de la proposée sera démontrée.
« On voit donc que cette méthode, que l’on appelle analyse, consiste à établir
une chaîne de propositions, etc. »
KanT prend les mots analyse et analytique en deux sens : 1° dans le sens
logique de décomposition des concepts, auquel cas ils s'opposent à synthèse et à
synthétique ; — 29 dans le sens rationnel où ils désignent la recherche des conditions
a priori de l'expérience : l’analyse de la connaissance, |’ « analytique transcen-
dentale ». En ce sens, comme Kant recherche ces conditions par une méthode
régressive, l'analyse kantienne se rapproche de la méthode de Pappus. — L'usage
55
au moment où vous avez fait la somme
des faits importants et distinctifs….
Dans les sciences morales comme dans
les sciences physiques, le progrès con-
siste dans l'emploi de l'analyse et tout
l'effort de l'analyse est de multiplier
les faits que désigne un nom ». Philo-
sophes classiques, ch. x111. Elle com-
porte deux étapes : « traduction exacte,
traduction complète » (qui est une
limite dont on ne peut que se rappro-
cher graduellement. (Jbid., sub fine.)
2° Sens qui se rattachent à
l’idée de résolution :
D. « L'analyse consiste à établir une
chaîne de propositions commençant à
celle qu'on veut démontrer, finissant à
une proposition connue, et telles qu’en
partant de la première! chacune soit
une conséquence nécessaire de celle qui
la suit ; d’où il résulte que la première
est une conséquence de la dernière, et
par conséquent, vraie comme elle. »
DuHAMEL, Des méthodes dans les scien-
ces de raisonnement, I, 41.
À l'analyse, ainsi entendue, s’oppose
la synthèse* aux sens À et B. Par rap-
port à l’ordre d’enchaînement des pro-
positions, de prémisse à conséquence,
la synthèse s'appelle progression, et
l'analyse, régression.
L'analyse, en ce sens, est appelée par
VièTE poristique*.
1. C'est-à-dire de cellequ’on veut démontrer.
ANALYSE RÉFLEXIVE
E. Méthode de démonstration qui
consiste à supposer le problème résolu.
C'est ce que VièTE appelle analyse
zététique*, Où poristico-zététique (voir
P.Tannery, Appendice 11 aux Motions
de mathématiques de J. Tannery) et
c’est probablement ce que vise Des-
cartes quand il parle de « l'Analyse des
anciens », en la distinguant de « l’Al-
gèbre des modernes ». Méthode, II, 6.
Cf. DUHAMEL, Des méthodes dans les
sciences de raisonnement, I, ch. v, x,
et x1, où il oppose l’analyse des An-
ciens, définie essentiellement par ce
caractère, à l'analyse au sens D, telle
qu'il l’expose lui-même.
F. Au sens général, synonyme d’Al-
gèbre, en tant que la méthode algé-
brique consiste à supposer le problème
résolu pour en déduire les conditions
de la solution, c’est-à-dire à remonter
de la conséquence cherchée (inconnue)
à ses prémisses (connues).
Ce sens, courant au xvue siècle, est
aujourd’hui tombé en désuétude.
G. Spécialement, de nos jours, le
calcul infinitésimal, par opposition à
l’Algèbre élémentaire. C’est une abré-
viation de la locution « Analyse infini-
tésimale » ou « Analyse des infiniment
petits » (L’IHospiTaAL, 1695), qui signi-
fiait, en vertu de F, « Algèbre infini-
tésimale ».
Rad. int. : A. Analiz ; D. Analitik.
Analyse réflexive, voir Réflexif*.
par Kant des mots analyse ou analytique, dans ce cas, s'explique par le fait qu’il
prétend appliquer à la connaissance du réel les formes mêmes de la logique.
(F. Rauh.)
Sur les différents sens des mots analyse et synthèse chez les géomètres
anciens, voir Paul Tannery, Appendice Il aux Notions de mathématiques de
Jules TANNERY. Il y distingue :
l’analyse-opération (— décomposition)
poristique
l’analyse-méthode zététique
Voir aussi Pierre BouTroux, L’idéal scientifique des mathématiciens, p. 123 et
suiv.
ANALYTIQUE
1. ANALYTIQUE, subst. — D. Ana-
lyuk ; E. Analytic; I. Analitica.
A. En parlant d’ARISTOTE, syno-
nvyme de logique formelle. Les Pre-
miers Analytiques et Seconds Analy-
tiques (Avañurimt mpôtepa, botepa) sont
les livres formant la troisième partie de
l’'Organon.
B. Pour Kanr l’analytique est l’étude
des formes de l’entendement, et par
suite l’analytique transcendentale est la
science des formes a priori de l’enten-
dement pur. (Voir Dialectique* et Trans-
cendental*.) Elle consiste à analyser la
faculté de connaître pour découvrir les
concepts et les principes a priori sans
lesquels la connaissance (l'expérience)
ne serait pas possible.
2. ANALYTIQUE, adj. — D. Ana-
lytisch ; E. Analytic; I. Analitico.
Sens général : qui procède par ana-
lyse ou qui constitue une analyse.
Spécialement :
Loc. — Kanr appelle analytique un
jugement (attributif) dans lequel le
prédicat est contenu dans le sujet :
« Entweder das Prädicat B gehôret dem
Subjekt À als etwas was in diesem Be-
griffe À versteckter Weise enthaltenist;
oder B liegt ganz ausser dem Begriff A,
ob es zwar mit demselben in Verknüp-
fung steht. Im ersten Fall nenne ich
das Urtheil analytuisch, im andern syn-
thetisch!.» KANT, À rit. der reinen Vern.,
Introd., $ IV. — Pour la critique de
cette distinction, voir Paul TANNERY,
Sur la distinction des jugements analy-
tiques et synthétiques, Bull. de la soc. de
philos., séance de mars 1903.
« Méthode analytique » est employé
par HAMELIN pour désigner l’ensemble
de procédés logiques qui « est, ou
paraît être, presque partout suivi par
la pensée ordinaire » : jugement, in-
duction, syllogisme. Il l’oppose à la
1. Trad. : « Ou bien le prédioat B appartient an sujet A
comme quelque chose qui sst déjà contenu d’une manière
caobée dans ce concept ; ou bien B est tout à fait en
debors du concept A, bien qu’il se trouve cependant en
liaison avec lui. Dans le premier cas j'appelle le jugement
analytique, dans l’autre, synthétique.
06
« méthode synthétique » qui progresse
par thèse, antithèse e. ,y::thèse. Essa;
sur les Éléments principaux de la repré
sentation, I, 1, À : « La méthode ana-
lytique. » Voir Synthèse* et Synthé-
ique*, texte et observations.
Marx. Géométrie analytique. Géomé-
trie qui traduit les figures et les pro-
priétés géométriques au moyen de
l'analyse F, c’est-à-dire de l’Algèbre,
en exprimant chaque point d’une figure
par ses coordonnées*. S’oppose à la
géométrie « synthétique* » qui raisonne
sur les figures elles-mêmes, en s’aidant
de l'intuition.
Méthode analytique, synonyme d’ana-
lyse* au sens D.
Psycnoc. Un esprit est analytique
s’il considère les choses dans leurs élé-
ments ; il est synthétique s’il les consi-
dère dans leur ensemble.
Langue analytique, celle qui tend à
séparer l’idée principale de ses rela-
tions en les exprimant chacune par un
mot distinct, et à ordonner les mots
suivant un ordre logique et prédéter-
miné. La langue synthétique au con-
traire est celle qui tend à réunir plu-
sieurs idées en un seul terme composé,
et à construire la phrase de telle ma-
nière qu’elle forme une sorte de tableau,
intelligible seulement par un acte indi-
visible de l'esprit.
Rad. int. : Subst. : Analitik ; adj. :
Analizant; au sens math. : Analitik ;
(caractère) : Analizem.
ANAMNÈSE, (S).
ANARCHIE, D. Anarchismus ; E.
A. Anarchy; B. Anarchism; — I.
Anarchia.
A. Désordre (et proprement désordre
par absence d’autorité organisatrice) :
« La doctrine métaphysique sur la
prétendue liberté morale! doit être
historiquement regardée comme un
résultat passager de l'anarchie mo-
derne. » Aug. COMTE, Catéchisme posi-
tiviste, Ed. Pécaut, p. 137.
1. C'est-à-dire, dans la pensée de Comte, le libre
arbitre au sens C {liberté d’indétermination).
57
B. Doctrine politique (comportant
des variétés notables) et dont le trait
commun consiste à rejeter toute orga-
nisation d’État, s'imposant d’en haut
à l'individu.
CRITIQUE
On écrit quelquefois, au sens B,
an-archie ; et l’on a aussi employé anar-
chisme. Cette forme vaudrait mieux,
car elle éviterait la confusion des deux
sens, qui n’est pas rare (S).
Rad. int. : Anarki.
Anarchisme ; synonyme d’anarchie
au sens B. Voir ci-dessous, Obs.
Anarthrie, voir Aphasie*.
« ANE de Buridan. » — Argument
pour la liberté d’indifférence*, consis-
tant à dire que s’il y avait détermi-
nisme, un âne, placé à égale distance
ANÉANTISSEMENT
d’un seau d’eau et d’une botte de foin,
mourrait de faim et de soif sans pou-
voir se décider.
REMARQUE
Il existe de nombreuses variantes de
cet argument; on ne le trouve pas,
fait remarquer PRANTzL, dans les écrits
connus de Buridan ; mais il peut re-
monter à son enseignement oral. L’ori-
gine en est très vraisemblablement
dans ARISTOTE, reg oùpavou, 295b33,.
— Cf. Dante, Parudis, chant IV,
début.
ANÉANTISSEMENT, D. Vernich-
tung ; E. Annihiltion ; 1. Arnienta-
menlo.
Destruction de l’êlre (par opposition
au simple changement).
Rad. int. : (Fait de s’anéantir; Nihi-
lesk ; (acte d’anéantir) Nihilig.
Sur Anarchie et Anarchisme. — Le mot anarchie a été employé pour la pre-
mière fois au sens B par ProupHon ; il a été repris par BAKoOïXINE, qui indique
cette filiation. (R. Berthelot.) (A. Berthod.)
Le texte primitif : « Désordre, absence d’autorité ou d’organisation » a été
remplacé par le texte actuel pour tenir compte d’une critique de M. M. Marsal :
« Cette définition semblerait impliquer, dit-il, que l’exercice de l’autorité est la
condition nécessaire et suffisante de l’ordre ; or le désordre peut avoir d’autres
causes que l’absence de celle-ci ; et l’ordre peut en certains cas s’établir sponta-
nément. Une des thèses de la doctrine anarchiste est même que l’anarchie, telle
qu’elle est définie au sens A, n'existe pas, et que le désordre, quand il se produit,
n’est jamais l'effet d’un manque d’autorité ; il est même le plus souvent l'effet
de celle-ci, dont les prétentions créent ou accroissent le désordre, notamment
quand elle est coercitive. »
M. Marsal fait aussi remarquer que dans le sens À on réunit d'ordinaire la
description d’un état de fait et une appréciation défavorable. Les deux idées peu-
vent se dissocier. C’est ainsi que M. LE SENNE écrit : « L'idéal de la conscience
morale est senti comme une communauté dont l'harmonie viendrait anarchique-
ment, c’est-à-dire, à la limite, sans lois ni morale, de la réciprocité de l’amour
entre tous les hommes au nom de l’amour de Dieu. » Traité de morale générale,
P. 365. Mais cet usage, qu’on ne rencontrerait sans doute pas pour le substantif
même anarchie, reste bien exceptionnel, comme le montre d’ailleurs le fait que le
mot est accompagné de sa définition. (A. L.)
On trouve chez ProuDHON une analyse très précise des différents sens
d’anarchie.
D’après l'étude d’Eltzbacher, les doctrines anarchistes n’ont de commun que
la négation de l’État pour l’avenir prochain des peuples civilisés. « Cette négation
signifie pour Godwin, Proudhon, Stirner et Tucker qu'ils rejettent l’État sans
ANÉRYTHROPSIE
Anérythropsie, voir Daltonisme*, Obs.
et cf. Achromatopsie*.
ANESTHÉSIE (du G. évaroônoix, in-
sensibilité) ; D. A naesthesie ; E. Anaes-
thesia ; |. Anestesia.
Suppression (partielle ou totale) de
la faculté d’éprouver des sensations
conscientes. Ce mot ne se dit pas d’or-
dinaire de la vue, de l’ouïe, du goût et
de l’odorat, mais s'applique spéciale-
ment à toutes les sensations réunies
autrefois sous le nom de toucher
(contact, pression, température) et
même à la douleur. Voir ANALGÉSIE.
Anesthésies systématiques (Pierre Ja-
NET) : celles qui ne portent pas sur
toutes les terminaisons d’un même nerf
ou toutes les fonctions d’un même sens,
mais sur un groupe de sensations réu-
nies par un caractère psychologique
commun {par exemple, les objets tenus
par une certaine personne, ctc.).
Rad. int. : Anestezi.
98
a« ANESTHÉTIQUE », terme intro-
duit par M. LaLo, pour désigner, par
opposition au sentiment esthétique* pro-
prement dit, le sentiment de ce que l’on
appelle souvent « la beauté de la na-
ture »en tant que l’hommen’yintervient
en rien ; «toute la vie profonde et imma-
térielle qu’on trouvera partout, si on
sait l’y voir par l'intuition personnelle,
disent les mystiques ; toutes les appa-
rences, même et surtout peut-être les
plus matérielles, disent les réalistes... »
Ch. Lao, Introduction à l’esthétique,
2e partie, ch. 11 : « La beauté anesthé-
tique de la nature. »
ANGOISSE, D. Angst ; E. Anguish ;
I. Angoscia.
A. Proprement, ensemble de phéno-
mènes affectifs dominés par une sen-
sation interne d’oppression et de res-
serrement (angustia), qui accompagne
d'ordinaire la crainte d’une souffrance
ou d’un malheur graves et imminents,
ANIMALITÉ
contre lesquels on se sent impuissant | formes supérieures, s’oppose au règne
à se défendre.
La névrose d'angoisse est caractérisée
par la fréquence ou la constance d’un
sentiment d'angoisse au sens A. Voir
Pierre JANET, Obsessions et psychas-
thénies (1903), I, 554, 558; De l’an-
goisse à l’extase (1926), II, 302-379.
B. Se dit fréquemment, depuis quel-
ques années, de l'inquiétude* méta-
physique et morale. « Les philosophes
contemporains, après s'être quelque
temps complus dans l'inquiétude, se
servent aujourd’hui du mot « angoisse »
pour désigner cette conscience de notre
destinée personnelle qui nous tire à
chaque instant du néant en ouvrant
devant nous un avenir où notre exis-
tence se décide. » L. LaAveLLe, La
philosophie française entre les deux
guerres, p. 100. Cet usage paraît venir |
de KirkEGAanD, L'idée d'angoisse
(1844).
Rad. int. : Angor.
végétal par la mobilité, la sensibilité,
la représentation, et l’incapacité de se
nourrir directement d'éléments inor-
ganiques.
B. Par ellipse :
que l’homme.
les animaux autres
CRITIQUE
On ne peut donner dans l’état actuel
de la science une définition qui dis-
tingue en quelques mots l'animal du
végétal et l’on peut même se demander
s’il y aurait lieu de maintenir cette
distinction pour les formes organiques
les plus élémentaires.
Rad. int. : À. Animal ; B. Besti.
Animaux (Esprits), voir Esprit*.
ANIMALITÉ, D. A. Tüicrheit, Tier-
reich ; B. C. Tierheit ; — E. Anima-
\ düty; — I. Animalità.
A. Le règne animal (mais presque
restrictions ; pour Tolstoï, qu’il le rejette non pas d’une façon absolue, mais
seulement pour l’avenir prochain des peuples civilisés ; pour Bakounine et Kropot-
kine, enfin, elle signifie qu'ils prévoient que dans un avenir prochain l’évolution
fera disparaître l’État. » ELTzBACHER, L'anarchisme, trad. Otto Karmin, Giard et
Brière, 1912, p. 388. Par rapport à la propriété, les doctrines anarchistes sont ou
adoministes (Godwin, Proudhon, Stirner, Tolstoï) ou doministes (Tucker, indivi-
dualiste ; Bakounine, collectiviste ; Kropotkine, communiste). D’après leurs idées
sur la réalisation de l'anarchie, les doctrines anarchistes sont ou réformistes
(Godwin, Proudhon), ou révolutionnaires. Ces dernières peuvent se subdiviser en
doctrines rénitentes (Tucker, Tolstoi) et insurrectionnelles (Stirner, Bakounine,
Kropotkine). De même d’après leur rapport au droit, à la famille, à la religion,
les doctrines anarchistes n’ont rien de commun. (0. Karmin.)
Un autre trait commun des doctrines anarchistes est leur optimisme, au
point de vue de l’organisation spontanée de la production et du travail : les anar-
chistes croient comme Fourier que tout se fera par attrait et sans contrainte,
pourvu seulement qu'une organisation artificielle et vicieuse n’y mette pas
obstacle. (Ch. Andler.)
Sur Anesthésie. — En ce qui concerne la sensibilité visuelle, les termes tech-
niques en usage sont amaurose (cécité totale), amblyopie (cécité incomplète),
achromatopsie (voir ce mot, ci-dessus). — Pour la sensibilité auditive, la perte des
sensations tonales (hauteur des sons) est désignée par l’expression surdité tonale.
L'anesthésie gustative est appelée agueusie, et l’anesthésie olfactive, anosmie.
(H. Piéron.)
Sur Angoisse. — L’angoisse chronique est un sentiment caractéristique des
états mélancoliques ; il se présente à la conscience comme une douleur et surtout
| toujours au sens B du mot animal).
ANIMAL, D. Tüier ; E. Animal; 1. ! B. Caractère de l’animal au sens A.
Animale. ! « Ce qui constitue l’animalité.…. c’est la
A. L'une des deux grandes classes | faculté d’utiliser un mécanisme à dé-
d'êtres vivants : celle qui, dans ses | clanchement* pour convertir en actions
comme une peur vague, que l’on a souvent appelées des douleurs et des peurs
morales, pour indiquer qu’il s’agit d’une douleur mal précisée, et d’une peur sans
objet. En réalité, il s'agit d’une chose fort précise : le sujet a peur de sa propre
action, et souffre à la pensée de l’exécuter. Cette peur arrëte l’action d'une manière
définitive, et non d’une manière momentanée, comme dans la halte, ou le sentiment
de la fatigue. Cet arrêt de l’action et cette angoisse peuvent être localisés, dans les
phobies ; quand ils sont étendus à un grand nombre d’actions, l'homme ressemble
à une bête traquée qui essaie successivement toutes les issucs ctn’en trouve aucune :
il ne peut plus faire aucun acte, ni en désirer, ni en rêver aucun ; il ne peut plus
vivre, ni tolérer sa propre vie. L’angoisse complète amène l’idée de la mort et
les tentatives de suicide.
Le sentiment, qui reste au fond toujours le même, est celui de l’urgence de
l’action, et en même temps, du caractère défectueux et abominable de toute
action. L’anæiété est composée de cette recherche perpétuelle et épuisante, et de
ce dégoût, de cette peur de toute action qui se propose. On peut rattacher au
simple recul devant l’action tous les troubles psychologiques et physiologiques
qui ont été décrits dans l’angoisse, car ils dépendent de la dérivation produite
par cet acte arrêté. Les choses se passent comme si au phénomène supprimé se
substituaient, par une sorte de diffusion de la force inemployée, un grand nombre
de phénomènes inférieurs. Outre les ouvrages cités plus haut, voir Boven, L’anxiété
dans les À nnales médico-psychologiques, juillet 1935. (P. Janet.)
ANIMALITÉ
60
« explosives » une somme aussi grande
que possible d'énergie potentielle accu-
mulée. » H. BrrGsox, Évol. créatrice,
p. 130.
C. Caractère de l’animal au sens B,
en tant qu'opposé au caractère humain.
« L'ascendant croissant de notre huma-
nité sur notre animalité, d’après la
double suprématie de l'intelligence sur
les penchants et de l'instinct syÿm-
pathique sur l'instinct personnel. »
Aug. ConTe, Cours de phil. pos., 59 le-
çon, ad fin. — Cf. Hurnarité*.
Rad. int. : À. Beosiiar ; B. Animales ;
C. Restics.
ANIMISME, D). {réoismues ; E. Ani-
mism ; 1. Animismo.
À. Théorie suivant laquelle une seule
et même âme est en mème temps prin-
cipe de la pensée et de la vie organique.
— $e dit particulicrement de la doc-
trine de STAHL (Theoria medica vera,
1507}. Voir Vitalisme*.
B. Théorie d'après laquells l'idée
d'âme résulterait de la fusion de l'idée
du principe qui produit la vie et de
l'idée du « double » ou du fantôme qui
peut se séparer du corps (par exemple
dans le sommeil). TyLor, Primutive
culture, 1, 428-429. Cf. la discussion de
M. Lévy-BRüHL, Les fonctions men-
tales.…, p. 81-93.
C. « Tendance à considérer tous les
corps comme vivants et intentionnés. »
J. PIAGET, La représentation du monde
chez l'enfant, 160. — État mental des
peuples qui croient à la présence d’âmes
anthropomorphiques chez tous les êtres
de la nature.
Rad. int.
matism.
: À. Animisim; B. Ani-
ANOMALIE (G. ’AvouxAio, inégalité,
irrégularité, de ouxA6c, uni, égal) ; —
D. Abnormität ; E. -Inomaly; 1. Ano-
malia.
Généralement, tout phénomène qui
sort du type ordinaire ; spécialement,
toute altération marquée d’un organe
ou d’une fonction.
CRITIQUE
Voir -inormal*, — Anomal existe ;
on le trouve chez CoURNoT : « Suivant
la théorie de Bichat, la vie organique
Sur Animalité. -- Quelques membres de la Société ont corrigé déclanchement en
déclenchement sur l'épreuve de cet article et ont rappelé que ce mot, parent des
termes anglais clench, unclench, etc., vient du vieux français clenche (prononcé
clanche) qui voulait dire /oquet (selon Littré}, ou petit levier servant à soulever un
luquet (selon l’Académie). — Le texte de Bergson, qui a le plus contribué à
l'introduction de ce mot dans la langue philosophique, porte bien déclanchement,
et c’est l'orthographe qu'il adopte également ailleurs, p. ex. tbid., p. 274 (déclancher
ét déclanchement) ; L'Énergie spirituelle, p. 8, etc. — M. Roustan écrit de même
déclancher (Psychologie, p. 473, 475, etc.). Les deux formes ont donc en leur faveur
de bonnes autorités. — Cependant plus tard, dans Les Deux Sources, Bergson
a écrit déclencher, p. 233, et déclenchement, p. 329.
Sur Anomalie. — Louis Boisse a rappelé que l’idée d’anomalie ne doit pas
être confondue avec celle de dérogation aux lois de la nature (comme pourrait le
faire croire une étymologie erronée). E. Geoffroy Saint-Hilaire, Claude Bernard
ont insisté sur cette idée que la nature ne fait ni erreurs ni fautes, et qu’on ne
doit point non plus parler de ses caprices (ludibria naturae, PLINE). MONTAIGNE
avait déjà dit : « Ce que nous appelons monstres ne le sont point à Dieu qui voit
en l'immensité de son ouvrage l’infinité des formes qu’il y a comprises ; … de toute
sa sagesse il ne part rien que de bon, et commun, et réglé ; mais nous n’en voyons
point l’assortiment et la relation ; .…
nous appelons contre-nature ce qui advient
contre la coutume. » Essais, livre II, ch. xxx
: « D'un enfant monstrueux. »
61
ANTÉRIORITÉ
— —
poursuit son cours pendant les sus-
pensions, anomales ou périodiques, de
la vie animale. » Essai sur les fonde-
ments de nos connaissances, Ch. xxIIt,
$g 362. Cf. Considérations, tome Il,
p.6 (Ed. Boivin). —- Mais actuellement
ce mot est presque inusité.
Rad. int. : Anomal(es), anomal{aj).
« ANOMIE » (du G. ävoutæ, désordre,
ou violation de la loi).
A. Absence de loi. « Cette hypothèse
(sur les fins dernières de la vie morale)
peut varier suivant les individus : c’est
l'absence de loi fixe, qu’on peut dési-
gner sous le nom d’anomie pour l’oppo-
ser à l'autonomie des Kantiens. »
Guyau, Morale sans obligation ni sanc-
tion, p. 230.
B. Absenre d'organisation, de coor-
dination. « L'état de dérèglement ou
d'anomie... » DUunkHEIu, Le Suicide,
p. 281. — Voir Anomique*.
Rad. int. : Anomi.
ANOMIQUE, D. Aromisch ; L. Ano-
muc,; 1. Anomuco (?).
A. Non-organisé, ou désorganisé :
« La division du travail anomique » est
le titre d'un chapitre de DurkHFIs,
La division du travail social, livre II,
ch. 1. Elle est, pour lui, une des formes
de la division du travail anormale*.
B. Qui résulte du manque d’organi-
sation. « Le Suicide anomique. » (Titre
du «ch. v dans Le Suicide, de Dur-
KIIEIM.)
Rad. int. : Anomi.
ANORMAL, D. Abnormisch, unregel-
mässig ; E. Abnormal ; 1. Sregolato (?).
Étymologiquement, contraire à la
norme*. — Irrégulier, qui n'est pas
conforme soit. (A) au tvpe moyen, soit
(B) au type idéal de l'espèce consi-
dérée.
CRITIQUE
Terme très équivoque par suite de
cette double conception du normal.
Voir la critique et les observations sur
ce mot. — En outre, anormal semble
avoirété confondu souvent avec anomal
(voir anomalie*) et ce dernier mot lui-
même sert fréquemment de substantif
correspondant à anormal, le mot anor-
malité n’étant pas en usage. Il semble,
d’ailleurs, qu'on se soit souvent mépris
sur le sens exact d’anomalie, en le rap-
prochant non d'éuœhéc, mais de véuos,
et par suite de l'idée de norme, qui
est voisine de celle de règle ou de loi.
Rad. int. : Ne-normal.
Anosmie, voir les observations sur
Anesthésie*.
1. ANTÉCÉDENT, subst. D. E. An-
tecederit ; I. Antecedente.
A. Loc. Dans toute implication, le
terme impliquant est dit l’antécédent
et le terme impliqué le conséquent.
Particulièrement, on appelle antécé-
dent, dans un jugement hypothétique,
la proposition qui énonce la condition,
et conséquent la proposition qui est
conditionnée. Dans « Si A est vrai,
B est vrai », À est l’antécédent, B le
conséquent (le conditionné).
B. In Psycuo:., et dans la Théorie
de la connaissance, on appelle antécé-
dent d'un phénomene tout phénomène
qui le précède dans le temps (en parti-
culier : antécédent immédiat, ant. inva-
riable).
C. Psycn. On appelle Antécédents
tous les événements, soit individuels,
soit héréditaires, qui peuvent expli-
quer certaines anomalies psychiques
d'un sujet considéré.
Rad. int. : Antecedent.
2. ANTÉCÉDENT, adj. D. Vorher-
gehend, vorig ; E. Antecedent, anterior,
prior ; |. Antecedente.
Antérieur, dans l’un des deux sens
de ce mot. Voir Antériorité*.
Rad. int. : Ante.
ANTÉPRÉDICATIF, (S).
ANTÉRIORITÉ, D. Vordersein ; E.
Anteriority ; |. Anterioritä.
Relation de ce qui est avant à ce qui
est après. Voir Premier*.
ANTÉRIORITÉ
A. Antériorité logique : consiste à
être le principe, la prémisse ou la con-
dition d’une proposition.
B. Antériorité chronologique : con-
siste à précéder dans le temps.
Rad. int. : Anteles).
ANTHROPOCENTRIQUE {du G.
&vBpurroc, xévrpov), D. Anthropocen-
trisch; E. Anthropocentric ; I]. Antro-
pocentrico.
Qui fait de l’homme le centre du
monde, et considere le hien de l’huma-
nité comme la cause finale du reste des
choses.
Rad. int. : Antropocentral.
ANTHROPOLOGIE (du G.”"Av:owzoc,
26y0s), D. Anthropologie : E. .Anthropo-
logy ; |. Antropologia.
A. Sens théologique : action de par-
ler humainement des choses divines.
« L’'anthropologic véritable ct réelle
des vérités qu'ils n'auraient pu com-
prendre d’une autre manitre... » (Ma-
LEBRANCHE, Vature et Gräce, I, 2.) En
désuétude. — Cf. LEirxiz, Disc. de
Métaph., ch. XxXxvI.
B. Dans la néoc-scolastique, étude du
composé humain, considéré dans son
unité (jar opposition à la distinction
radicale de ce qui appartient à l'âme
et de ce qui appartient au corps, dans
le Cartésianisme). Voir, par exemple,
dans l’ouvrage de Mgr Mercier, Les
origines de la psychologie contemporaine,
62
le ch. iv :
logie. »
C. Science de l’homme, en général,
— Kanr conçoit l’objet de l’anthropo-
logie de trois façons : comme anthro-
pologie théorique ou psychologie empi-
rique, elle est la connaissance de
l’homme en général et de ses facultés ;
comme anthropologie pragmatique, elle
est la connaissance de l’homme, tournée
vers ce qui peut assurer et accroître
l’habileté humaine ; comme anthropo-
logie morale, elle est la connaissance de
l’homme tournée vers ce qui doit pro-
duire la sagesse dans la vie, conformé-
ment aux principes de la métaphysique
des mœurs. Anthropologie in pragma-
tischer Hinsicht, 1798.
Cf. Tugendlehre, Einleitung, $ 14, où
il oppose l'anthropologie à l’anthropo-
nomie, c’est-à-dire à la loi morale résul-
tant de la raison.
D. (Depuis 1870 environ) une des
grandes branches des sciences natu-
relles, celle qui constitue pour ainsi dire
la zoologie de l'espèce humaine. Elle a
èté définie par Broca « l'étude du
groupe humain, envisagé dans son en-
semble, dans ses détails ct dans ses
rapports avec le reste de la nature ».
(Dans le Dictionnaire de RICHET,
sub Vo.) Elle comprend en ce sens
l'anatomie humaine, la préhistoire,
l'archéologie, l’ethnographie et l’ethno-
logie au sens le plus large, la sociologie,
le folklore, la linguistique. Voir le Nou-
« Psychologie et anthrope-
Sur Antériorité. — L'antériorité logique est relative à un système donné,
63
ANTHROPOMORPHISME
veau traité de Psychologie, publié sous
la direction de G. Dumas, tome I,
ch. 11 : « Les données de l’anthropo-
logie », par P. River, p. 56-57.
E. Au sens restreint (plus récent),
celles des sciences précédentes seule-
ment qui étudient la classification, la
paléontologie et la biogéographie des
variétés de l’espèce humaine. Ibid.)
Anthropologie criminelle (expression
difficile à justifier, mais très usuelle) :
étude des caractères physiques et men-
taux particuliers aux auteurs des crimes
et délits.
CRITIQUE
L’anthrorpolagie, au sens D, n’est pas
une science unique, mais un groupe-
ment des parties de sciences ou des
applications des sciences ayant un
objet commun, l’homme, d’une part,
dans sa nature physique et mentale,
et d’autre part dans son développement
historique et préhistorique. Elle com-
prendrait donc aussi en ce sens toute
la psychologie humaine, la morale,
l’histoire, la science de l’art et celle des
religions. Mais le groupe d’études
qu’elle retenait se caractérisait surtout
parun certainesprit naturaliste, c’est-à-
dire par ce postulat que les formes
supérieures de la vie mentale et sociale
trouvent leur explication suffisante
dans les conditions matérielles et cli-
matériques de la vie physiologique. Le
mot désigne donc à la fois un ensemble
de sciences et un esprit scientifique
particuliers qu’il importe de distinguer
dans le langage.
Rad. int. : Antropologi.
ANTHROPOMORPHISME (du G
&vBpwroc, uopph) ; D. Anthropomorphis-
mus ; E. Anthropomorphism ; 1. Antro-
pomorfismo.
A. Action C’attribuer à Dieu la na-
ture humaine : « C’est se jouer de Dieu
par des anthropomorphismes perpri-
tuels : c’est se le représenter comme un
homme qui se doit tout entier à l’af-
faire dont il s’agit. » L.EIBNIZ, T'héodicée,
I, $ 122.
B. Plus récemment, en un sens plus
général : se dit de tout raisonnement
ou de toute doctrine qui, pour expli-
quer ce qui n’est pas l’homme (par
exemple Dieu, les phénomènes phy-
siques, la vie biologique, la conduite
des animaux, etc.), y applique des
notions empruntées à la nature ou à
la conduite humaine. « Si l’intellect de
l'animal recèle des éléments qui diffé-
rent foncièrement de ceux qui concou-
rent à constituer le nôtre, il est à peu
près certain qu'ils nous resteront à
jamais cachés. L’anthropomorphisme,
ici, est absolument forcé... » MEYERSON,
Le sens commun vise-t-il la connais-
sance? Revue de métaph., janv. 1923,
p. 19.
Le mot, en ce sens, est pris le plus
souvent en un sens péjoratif.
Rad. int. : Antropomorfism.
d’implications et à un choix préalable d'indémontrables. De ce qu’elle est non
chronologique, on aurait tort de conclure qu’elle est absolue dans l’éternité pour
l'éternité. (M. Marsal.)
Sur Anthropologie. — Article revu et complété à la séance du 3 mai 1923
notamment sur les indications de P. Fauconnet {$ C) et de M. Gilson ($ D) ; puis
ultérieurement d’après les indications de M. M. Marsal sur les changements qui
ont créé le sens E, par restriction du sens D.
— M. P. River, dans le chapitre cité ci-dessus, propose, et met lui-même en
pratique, de désigner le sens D par « Anthropologie » (avec une majuscule) et le
sens E par « Anthropologie S. S. » (c’est-à-dire stricto sensu). Il fait remarquer
qu’au sens large, on dit le plus souvent en Allemagne Ethnologie, en Angleterre
Ethnology.
Sur Anthropomorphisme. — Nouvelle rédaction du $ B, due principalement à
M. Beaulavon. MM. Maurice Blondel et Piéron avaient envoyé des remarques
dans le même sens. M. Blondel fait observer, notamment, qu’on peut facilement
commettre des anthropomorphismes en passant de l’homme individuel à la vie
sociale.
Anthropomorphite paraît avoir été primitivement le nom donné à une secte
d’hérétiques qui s’est développée au 111€ ou au 1ve siècle dans les monastères chré-
tiens d'Égypte : « Neque multo meliora sunt ista (la croyance que l’homme est
quasi norma et speculum naturae ; et que la nature opère comme opère l’espèce
humaine) quam haeresis anthropomorphitarum, in cellis ac solitudine stupidorum
monachorum orta ; aut sententia Epicuri, huic ipsi in paganismo respondens,
qui diis humanam figuram tribuebat. » Bacon, De dignit. V, 1v, $ 9. (A. L.)
ANTHROPOTHÉISME
« ANTHROPOTHÉISME », terme em-
ployé par M. PRAT pour désigner l’ef-
fort de la volonté raisonnable vers la
vie supérieure. « La mission de l’homme
est de tendre de plus en plus versla di-
vinité. C’est la foi raisonnable, la reli-
gion raisonnable, l’anthropothéisme. »
La Religion de l’Harmonie, p. 252.
ANTI. (G. dvti). Préfixe employé
pour marquer l'opposition.
Dans quelques mots, par déforma-
tion du latin ante, ce préfixe marque
l’antériorité ; maïs ce cas est rare, et
ne se rencontre pas dans les termes de
formation contemporaine.
« ANTICIPATION », G. rpéamie
{d’où le L. Anti-cipatio) ; D. Anticipa-
tion ; E. Anticipation ; I. Anticipazione.
A. Les Stoïiciens et les Épicuriens
appelaient ainsi la pensée du général en
tant qu’elle se forme spontanément à
la suite de la perception du singulier
(Évvoux œuatxh Tv xaBékou), Di0G.
LAERCE, VII, 154. — « Anticipatio
quaedam sine doctrina, quam rpéAmiv
appellat Epicurus, id est anteceptam
animo rei quamdam informationem
sine qua nec intelligi quidquam, nec
quaeri, nec disputari potest. » CicÉ-
RON, De natura deorum, 1, 16.
B.« Anticipations de la nature », ou
« anticipations » (tout court) désigne,
chez Bacon, toutes les généralisations
hâtives, issues d’un petit nombre de
faits, et qui s'imposent à nous presque
sans que nous nous en doutions. Voir
notamment {Voe. Org., I, 25-33. Dur-
kheim, à tort semble-t-il, a attribué ce
sens à un autre terme du vocabulaire
baconien, celui de « prénotion* ». Voir
ce mot.
REMARQUE
LEIBNIZ a repris ce mot en l’inter-
prétant dans le sens des idées ration-
nelles, telles qu’il les admet lui-même
(Nouveaux Essais, Préface, $ 2). Mais
il ne semble pas que tel soit le sens
stoïcien.
« Anticipations de la perception, D.
Anticipationen der Wahrnehmung. »
(KaNT, Kritik der reinen Vern., Transc.
Analyt., livre Il, ch. 11, 3€ section.)
Principes a priori de l’entendement*
pur, relatifs à la catégorie de qualité*
et qui se résument dans cette formule :
« Dans tous les phénomènes, la sensa-
tion, et le réel qui lui correspond dans
l’objet frealitas phaenomenon), ont une
grandeur intensive, c’est-à-dire un de-
gré. » (A. 166); — ou : « Dans tous
les phénomènes, le réel qui est l’objet
de la sensation a une grandeur inten-
sive, c’est-à-dire un degré. » (B. 207.)
En Physique, cette intensité consti-
tue la force, et cette proposition est
par là le principe a priori de la dyna-
mique.
« ANTILOGIE », G. ’Avruoyix. Chez
les Sceptiques grecs, oppositions de
discours, ou des arguments, que résume
la formule : ravti A6yu A6Yoc Fooc dvri-
xeurau. (SEXTUS Empiricus, Hypot.
pyrrhoniennes, ch. 27.)
« Antilogique », voir Alogique*.
ANTIMNÉSIE, D. Antimnesie ; E. I.
Antimnesia.
Phénomène opposé à la paramnésie*.
Faux sentiment de nouveauté s’atta-
chant à une perception familière. Voir
A. LEMAITRE, Paramnésie négative et
Sur Anthropothéisme ». — Cf. ÉPICTÈTE :
de l’homme semblable à une bête
féroce, le philosophe pourra faire un dieu. Entretiens, livre II,ch. vini-1x. (L. Prat.)
Sur Anti...
Préfixe trop peu employé ; serait excellent pour désigner les
contraires et les distinguer des contradictoires. Ex. : Le faux est le non-vrai
(puisque tout ce qui n’est pas vrai est faux) ; le mal est l’anti-bien, car le non-bien
comprend le ni-bien ni-mal, et le mal. (Victor Egger.)
ANTITHÈSE
aramnésie renversée, Arch. de Psych.,
juillet 1909.
Rad. int. : Antimnesi.
«ANTIMORALE», nom donné par RE-
nouvVIER à l’un des deux éléments qui
composent, selon lui, la philosophie
pratique de l'Orient ancien. Elle con-
siste dans l’apothéose de la puissance
et de l’habileté individuelles, et repose
sur cette idée que « les masses hu-
maines sont l'instrument naturel et
fatal de la grandeur et de la jouissance
de quelques-uns, qui savent et peuvent
s’en servir. » Uchronie, 1° tableau,
p. #4. — Voir Ultramorale*.
ANTINOMIE (G. ’Avrivouix, contra-
diction dans les lois) ; D. Antinomie ;
E. Antinomy ; I. Antinomia.
A. En DROIT et en THÉOLOGIE : Con-
tradiction entre deux lois ou principes,
dans leur application pratique à un cas
particulier.
B. Chez KanT : « conflit entre les
lois de la raison pure » ; contradictions
où la raison pure s’engage nécessaire-
ment, dans la cosmologie rationnelle,
lorsqu'elle cherche l’inconditionné dans
le phénomène {soit dans la série totale
infinie des conditions, soit dans un
premier terme absolu), et lorsque par
suite, elle traite le monde soumis aux
conditions de l'expérience possible,
comme s'il avait une réalité en soi,
théoriquement déterminable. Ces con-
tradictions se traduisent par quatre
couples de propositions cosmologiques ;
chacun de ces couples s'appelle une
antinomie ; mais en même temps leur
ensemble constitue « l’Antinomie de
la raison pure ». (Æritik der reinen
Vernunft, Dialectique transcendentale,
2€ partie.) Il y a aussi chez Kant une
antinomie de la raison pratique, tou-
chant le concept du souverain bien
(Æritik der praktischen Vernunft,liv. Il,
chap. 11) ; une antinomie du jugement
=
téléologique, touchant le mécanisme et
la finalité ; et une antinomie du goût
(Kriik der Urtheilskraft, $ 54 sqq. :
Dialectique du jugement esthétique).
C. En un sens plus lâche, tout con-
flit, apparent ou réel, entre les condi-
tions d’une même fin, ou entre les
conséquences de deux raisonnements
qui paraissent démonstratifs l’un et
l’autre. Voir p. ex. le titre de l’ouvrage
de Victor HENRY, Antinomies linguis-
tiques (1896).
Rad. int. : Antinomi.
« ANTI SOCIAL », contraire au bon
ordre de la société. « Un principe antiso-
cial sur la liberté absolue et indéfinie de
tout enseignement. » Aug. CoMTE, Cours
de phil. positive, leçon 57, ad finem ;
éd. Schleicher, VI, 370.
Employé quelquefois par abus pour
désigner ce qui est opposé au socia-
lisme*, ou même à telle forme parti-
culière de régime social.
ANTISYMÉTRIE, (S).
ANTITHÈSE (G. ’Avri@eoic); D.
Antithesis ; E. Antithesis ; |. Antitesi.
A. Opposition de sens entre deux
termes ou deux propositions. Cette
opposition peut être celle des contra-
dictoires, ou celle des contraires, mais
surtout celle-ci.
B. Plus généralement, opposition de
deux caractères, de deux tendances, etc.
C. Plus spécialement, dans la logique*
transcendentale de KanrT et dans la
dialectique* de HEGeEL, le second mo-
ment d’une antithèse au sens A, qui
s'oppose alors à la thèse*.
Dans les antinomies* de Kant, les
antithèses affirment, chacune sur la
question qu’elle concerne, qu’il n'existe
point de terme absolument premier
(point de commencement du temps,
point d'éléments simples, point d’acte
libre, point d’être nécessaire) et que,
par suite, la recherche des antécédents,
Sur Antinomie. — Sur le sens des Antinomies kantiennes, voir les observations
de J. Lachelier au mot Raison.
ANTITHÈSE
des composants, des causes détermi-
nantes ou des existences dépendant
l’une de l’autre, ne peut que se pour-
suivre indéfiniment.
Rad. int. : Antitez.
ANTITYPIE (G. ’Avrirunia). Mot em-
ployé par LE1BNiz pour désigner « ce
qui fait qu’un corps est impénétrahle
à l’autre ». Examen des principes du
R. P. Malcbranche; Erdmann, 6913.
« Attributum per quod materia est in
spatio. » Commentatio de anima bruto-
rum ; Ibid., 463,
APAGOGIQUE (raisonnement) (du
G. ’Araywyñ, action d'emmener) ; D.
Apagogisch; E. Apagogic; I. Apagogico.
A. Abduction*. (Voir ci-dessus.)
B. Raïisonnement par l’absurde. « I]
est difficile, à mon avis, de se passer
toujours de ces démonstrations apa-
gogiques, c’est-à-dire qui réduisent à
lP'absurdité... » LEiBxiz, Nouv. Essais,
IV, van, $ 2. — Voir Absurde*.
C. Raisonnement qui consiste à
prouver une thèse par l’exclusion (la
réfutation) de toutes les autres thèses
alternatives* (Wuxpr). En voici le
type : ou A, ou B, ou C, .… est vraie.
Or, ni B, ni C, … n’est vraie ; donc A
est vraie. C’est le raisonnement dis-
jonctif* {/modus tollendo-ponens).
REMARQUE
Aristote dit ordinairement à&rxywy}
eis To äSuvarov (réduction à l’impos-
sible) pour désigner ce qu’on appelle
d'ordinaire la réduction à l’absurde.
On trouve cependant chez lui äraywy#,
sans plus, par abréviation sans doute
de cette formule. (Prem. Anal., I, 6;
28 b 21.) D’où le sens B d’apagogique.
Rad. int. : Apagogi(al).
A PARI (raisonnement), L. (sous-
entenclu causa) : celui qui conclut d’un
66
—
cas à un autre cas considéré Comme
semblable. Expression d’origine juri.
dique ; voir À contrario*.
A PARTE ante, a parte post. Locu.
tions scolastiques qui s'appliquent à
l'éternité : l'éternité a parte ante est
une durée infinie dans le passé ; l’éter-
nité a parte post est une durée infinie
dans l'avenir.
À PARTE rel (Universalla). Univer-
saux* qui viennent de la nature de la
chose et non de la nature de l’esprit
qui la connaît. « Idem est quod secun-
dum rei naturam. » GocLEniIus, sub
Vo, &b.
APATHIE (G. ’Aräfeta) ; D. Apa-
thie ; E. Apathy; I. Apatia.
A. ÊTHiQuE (surtout historique). In-
différence aux mobiles sensibles ; état
du sage qui méprise la douleur ou
même qui ne la perçoit plus (MÉGARI-
QUES, STOÏCIENS, SCEPTIQUES). Cf. Ata-
raxie*.
B. PsycnoL. Au sens général, insen-
sibilité. Plus spécialement, au sens
éthographique, caractère d’un individu
qui agit peu ou mollement, par suite
de son indifférence aux causes qui pro-
voquent ordinairement des émotions
ou des désirs. (Péjoratif.)
Rad. int. : Apati.
APERCEPTION ou Apperception,
D. Apperception; E. Apperception ;
I. À ppercezione.
A. Chez LEIBNIZ, « conscience ou
connaissance réflexive de l’état inté-
rieur » qui constitue la perception*
simple (Principes de la nature et de la
Grâce, $ 4).
B. Chez KanrT, action de rapporter
une représentation à la conscience de
Sur Apathie. —- Le sens B vient d’un des deux sens donnés par Aristote au
soi (aPerception empirique). L'apercep-
tion pure Ou transcendentale est la cons-
cience de soi, le « Je pense » (Æritik
der reinen Vernunft, $ 16 sqq.).
C. Chez MuiNE DE BiRAN, Conscience
ou connaissance intérieure de l’acte par
lequel le moi pose son existence dans
l'effort musculaire. « Le sens interne,
ue nous appelons sens de l'effort,
s'étend à toutes les parties du système
musculaire ou locomobile soumises à
l’action de la volonté. Tout ce qui est
compris dans la sphère d’activité de ce
sens, ou qui se rattache, soit directe-
ment, Soit par association, à son exer-
cice, rentre dans le fait de conscience,
et devient objet propre, immédiat ou
médiat, de l’aperception interne. »
Œuvres Inédites, publ. par Ernest Xa-
ville, 1, 233.
D. Chez IfEnBaArT, processus par
lequel l’expérience nouvelle s'adapte
au tout de l'expérience passée de l’in-
dividu, est transformée par celle-ci, et
forme avec elle un nouveau tout.
L'expérience passe ct appelée par
Herbart « appercipirende Nlasse der
Vorstellungen »; l'expérience nouvelle
APERCEPTION
«appercipirte Masse der Vorstellungen!».
E. Chez \WVuxpT, ce terme a un
double sens. D’une part, il signifie le
processus par lequel un certain contenu
de la conscience apparaît avec plus de
clarté. D'autre part, il exprime un
principe général d'explication en vertu
duquel les formes supérieures de la vie
mentale comportent d’autres liaisons
que celles de l’association mécanique,
et peuvent se régler sur des intérêts
esthétiques ou logiques. Voir Physiol.
Psychologie, 4° éd., table analxt., Vo
pperception.
CRITIQUE
Ce mot n'a pas actuellement en
français de sens bien défini. On l'em-
ploie quelquefois pour appréhension*,
au sens B.
Le sens de Herbart, qui est très em-
plové en allemand et en anglais, parti-
culicrement dansles questions pédasori-
ques, tend aussi àserépandre en France.
Voirp.ex. RoruricH, L'attention 11905:
Rad. int. : Adpercept.
1. « Masse apercevante des représentations; masse
aperçue des représentations. »
RS
Sur Aperception. — Le $ C (sur Maine de Biran) est dû à P. Tisserand.
On a toujours tort d'employer aperception pour appréhension. L’aperception est
mot &ribeta ; il distingue l’apathie du voüe, que rien n’affecte, et celle de l’alofnrixôv
qui, après avoir été trop fortement affecté par un sensible, n’est plus capable
d’être affecté par un autre. Ilepl duyñc, 111, 4 ; 429229 — 499b5. (J. Lachelier.)
une action beaucoup plus importante que la simple appréhension. Appréhender ne
signifie pas qu’on découvre originalement quoi que ce soit, ni même qu’on colla-
bore vraiment à l’œuvre de la connaissance. Il y a quelque passivité dans l’ap-
préhension, ou, du moins, il v a plus d’activité dans l’apercention. C’est ce que
semble avoir vu clairement Proudhon dans un texte curieux : « Ce qui distingue
la femme est donc que chez elle la faiblesse, ou, pour mieux dire, l'inertie de l’in-
tellect, en ce qui concerne l’aperception des rapports est constante. Capable
jusqu’à un certain point d'appréhender une vérité trouvée. » Justice, x1° étude,
ch. 1, 9. Dans « l’appréhension » donc on se bornerait à recevoir l’idée par une
rencontre heureuse, un accident, un hasard ; et « l’aperception » impliquerait qu'on
la trouve laborieusement en soi sans l’attendre du dehors. (Louis Boisse.)
— William James s’est moqué du mystère qu'ont fait certains philosophes
autour de ce terme d’aperception. C’est, dit-il, un mot utile en pédagogie et qui
désigne commodément un processus auquel tous les éducateurs ont souvent affaire ;
mais en réalité il ne signifie rien de plus que l’acte de prendre conscience d’une
chose fit verily means nothing more than the act of taking a thing into the mind).
« Il ne correspond à rien de particulier ou d’élémentaire en psychologie, car il
n’est qu’un des innombrables résultats du processus psychologique de l’association
er
APHASIE
APHASIE {G. ’Aguaia) ; D. Apha-
sie ; E. Aphasia ; I. Afasia.
A. Chez les sceptiques de l’antiquité,
suspension de toute assertion dogma-
tique. Voir SexTus Eupiricus, Hypo-
typoses pyrrhoniennes, livre I, ch. xx :
« Ilepi épaoiac. »
B. PsycoL. Perte totale ou partielle
des fonctions du langage, sans lésion
des organes ni paralysie. Ce mot s’ap-
plique en anglais, comme le font remar-
quer JasrTrow et Bazpwix (Dict. of
phil., Vo), de la façon la plus générale :
soit au langage parlé, soit au langage
écrit, soit au fait de les comprendre,
soit au fait de les employer. L'usage
français paraît restreint à la parole
prononcée et entendue (RicueT, Vo).
Une subdivision universellement ad-
mise est celle de : 1° l’aphasie motrice
{motorische Aphasie, motor aphasia,
afasia motrice), appelée encore aphémie
par BRoca; — et 20 l’aphasie senso-
rielle (sensorische A phasie, sensory apha-
sia ; afasia sensoriale), quelquefois nom-
mée aphasie de TWernicke.
CRITIQUE
Il est préférable de reserver à la
première le nom d'aphasie et de dési-
gner la seconde par le terme :le surdité
verbale ; pour le langage écrit, d’em-
ployer les termes correspondants d'a-
graphie et de cérité verbale. L'avantage
de ces quatre dénominations est d’être
tirées des faits ohservés et de n‘impli-
quer aucune hvpothèse, comme il
arrive dans les expressions telles que
« aphasie corticale, sous-corticale, apha.
sie de conductibilité (WERNICKE) », etc.
qui reposent sur la considération de
schémas explicatifs imaginaires.
Rad. int. : Afai.
Aphémie, voir Aphasie*.
APHORISME (GC. ’Apoptoués, défini-
tion) ; D. Aphorismus ; E. Aphorism ;
1. Aforismo.
Proposition concise renfermant beau-
coup de sens en peu de mots. C'est,
soit une proposition dogmatique résu-
mant une théorie ou une série d’ohser-
vations (Bacon, Novum Orgarnum, apho-
rismi de interpretatione naturae et regno
hominis, cf. Préface, au début), soit
une proposition pratique formulant un
précepte général et fondamental (1pho-
rismes d'HIPPOCRATE).
Rad. int. : Aforism.
APODICTIQUE (G. ’Arodexrixéc,
démonstratif) ; D. Apodiktisch; E.
Apodictic ; |. Apodutuco.
Loc. Nécessaire*, par opposition à
l'assertorique et au problématique. Ces
termes ont été répandus par Kanr,
qui en fait les trois divisions de la
modalité* des jugements.
Rad. int. : Apodiktik.
APOPHANTIQUE, G. &ropavrixéc,
est emplové par ARISTOTE pour ca-
ractériser, parmi les énoncés verbaux
ayant un sens, ceux qui peuvent être
des idées ; et la psychologie elle-même peut aisément se passer du mot, quelques
services qu’il puisse rendre en pédagogie. » Talks to teachers (Causeries pédago-
giques), ch. x1V, p. 156-157. (A. L.)
Sur Aphasie. — Pour Pierre Marie, l’expression « aphasie de Broca » doit
être réservée à l’aphasie totale, unissant l’aphasie motrice (qu’il appelle lui-même
anarthrie) et l’aphasie de Wernicke ou aphasie vraie (la surdité verbale n’ayant
pas d’existence clinique distincte) — Parmi les variétés d’aphasie, on peut
signaler l’aphasie d’intonation (Brissaud), ou perte de la «chanson du langage »;
l’aphasie optique ou incapacité de nommer les objets d’après leur seule perception
visuelle ; l’aphasie tactile, ou incapacité de nommer les objets d’après leur seule
perception tactile. (H. Piéron.)
TE ——
dits vrais ou faux (par opposition à un
souhait, une prière, une dénomina-
tion, etc.). Voir Jugement* et Propo-
sition*.
Ce mot est aussi employé quelquefois
comme substantif, au sens de théorie
logique des propositions. « Ces nou-
velles dispositions de propositions ou
de termes échappent à l’apophantique
aristotélicienne. » Ch. SErRuSs, Traité
de Logique, p. 173.
APOPHATIQUE, (S).
Aporétiques (Philosophes), voir Ephec-
tiques*.
APORIE, G. &rnopix (proprement,
absence de passage ou de moyen,
répos; embarras, difficulté, besoin);
— D. Aporie ; E. Aporia ; 1. Aporia.
A. Chez ARISTOTE, difficulté à ré-
soudre ; « mise en présence de deux
opinions contraires et également rai-
sonnées, en réponse à une même ques-
tion » HAMELIN, Système d’Aristote,
p. 233 ; cf. p. 105.
B. Chez les modernes, le mot est pris
souvent en un sens plus fort : difficulté
logique d’où l’on ne peut sortir ; ohjec-
tion ou problème insolubles.
Rad. int. : Apori.
A posteriori, voir À priori*.
Apparemment, voir Apparent*.
APPARENCE, D. Schein (dans tous
les sens, mais surtout au sens B) ; —
E. A. B. C. Appearance; D. Likeli-
hood (familier ; n'appartient pas à la
langue technique) ; — I. Apparenza
(dans tous les sens).
A. Aspect d’une chose. « Un édifice
———
APPARENCE
de médiocre apparence. » (Nous ne
mentionnons que pour ordre ce sens,
le plus voisin de l’étymologie, mais
qui n'appartient pas à la langue philo-
sophique.)
B. Psycx. Toute présentation*, au
sens À, en tant qu’elle est considérée
comme différente de l’objet* corres-
pondant (au sens A : objet conçu
comme ayant une réalité, d’un ordre
ou d’un autre, indépendante de notre
conscience individuelle) : un tableau n’a
qu’une apparence de relief; un so-
phisme n’est concluant qu'en appa-
rence. On dit aussi, en ce sens, fausse
apparence. Cf. Dialectique*, D.
C. Spécialement, MÉTapx. : toute
présentation en tant qu’elle est consi-
dérée comme différente de la chose en
soi* qui y correspond. Svnonyme de
phénomène-B.
D. Probabilité, vraisemblance. « On
peut nier cela avec apparence. » RE-
NAN, Dialogues philosophiques, p. 42.
« Il n’y a pas encore de vérité, mais il
y a partout trois bonnes apparences de
vérité. » MAETERLINCK, La vie des
abeilles, p. 235. (Sens rare, et un peu
recherché.)
CRITIQUE
Ce dernier sens est un archaisme
employé à titre d’' « élégance », et qui
peut être équivoque : une langue phi-
losophique doit l’éviter. Le sens central
du mot est le sens B : quand il s'agit
de C, mieux vaut parler de phénomène*,
que Kant oppose expressément à appa-
rence (Schein).
Le terme antithétique est réalité*
(qui reçoit également un sens phéno-
ménal et un sens ontologique). Ces
mots dépendent l’un et l’autre du juge-
Sur Apparence. — Aristote distingue systématiquement, à propos de l’appa-
rence : 1° ce qui est obvie ; 2° ce qui paraît être vrai, sans l’être (St Thomas
fait d'ordinaire précéder ses solutions des faux Videtur quod) ; 3° ce qui apparaît
au sens commun comme l'expression de ce qui est le plus habituel, soit que cette
façon commune d'envisager les choses suffise à fonder un jugement dialectique, soit
que cette apparence preinière puisse être reprise par la raison savante et érigée
en vérité apodictique. (Maurice Blondel).
APPARENCE
70
ment appréciatif* de celui qui les em-
ploie : apparence présente une légère
nuance péjorative ; réalité, une nuance
laudative plus accentuée.
Rad. int. : B. Sembl.
APPARENT, D. Scheinbar (rare au
sens A); Schein— (en composition;
toujours au sens B : Scheinkrank,
Scheinliebe, etc.) ; — E. À. Clear, plain ;
B. Apparent, seeming; — |. Apparente.
A. Primitivement en parlant des
choses : bien visible ; qui apparaît clai-
rement aux regards. « Une inscription
apparente. » — « L'éducation ne se
borne pas à rendre apparentes des
puissances cachées qui ne demandaient
qu’à se révéler. » F. DurkitEiu, Éduca-
tion et soriologte, p. 51.
Par métaphore évident, visible.
« Cette absence mime de désirs et.
d'espoirs… c’est déjà l’apparente abo-
lition de cette jouissance pure, et le
vœu cher et tacite de la pouvoir res-
taurer. » J. SEGOND, {ntuition et amitié,
p. 125. — Même emploi de l’adverbe :
« C'est parce qu'il jette un voile sur le
problème des origines qu'il peut soute-
nir des thèses apparemment contradic-
toires. » A. DarBox, Ze concept du
hasard chez Cournot, p. 38. — (Ce sens
est assez rarc.)
B. Sens usuel : qui n’est pas ce qu’il
paraît être. « Mouvement apparent. »
— « Concession apparente. » — « Des
raisons apparentes, de spécieux pré-
textes, ou ce qu'ils appellent une im-
possibilité... » La BRUYÈRE, Caractères,
ch. vin. « L'abolition apparente des
souvenirs visuels dans la cécité ps\-
chique. » Brrésox, Matière et mé-
moire, Pp. 97.
Mèmes sens pour l’adverbe, souvent
emplové pour marquer l'ironie.
CRITIQUE
Non seulement les sens A et B sont
presque contraires dans leur acception
extrême, mais on trouve entre eux
pour ainsi dire tous les intermédiaires,
où ils se mélangent en proportions mal
définies. Beaucoup de passages où fi-
gure ce mot semblent un jeu où l’on
s'amuse à suggérer par la première
« apparence » de la phrase le contraire
de ce qu’elle dit en réalité. Étant donné
que dans la langue courante, sauf
quand il s'agit d’objets matériels, le
mot apparent a toujours le sens B, il
est presque certain qu’un lecteur sans
prévention l’entendra ainsi, à moins
qu'il ne s'agisse d’une antithèse où
apparent s'oppose expressément à ca-
ché ; et, par conséquent, l'écrivain doit
faire de même, s’il veut éviter les
malentendus.
Rad. int. : À. Evident ; B. Sembl.
1. « APPARTENANCE », relation
logique de l’individu* à la classe* dont
il est un des membres. S’écrit €.
2. « Appartenances ». Socror. —.
L. Lévr-Bruuz appelle ainsi tout +e
qui, quoique ne faisant pas, on ne fai-
sant plus partie du corps d’un inuli-
vidu, #sl considéré par les non-ivi-
lisés comme ayant avec celui-ci un
lien de participation*, en sorte que les
actions exercées sur Ces « apparte-
nances » peuvent retentir sur l'individu
lui-même. Voir L'âme primitive, no
tamment p. 132-150.
« APPEL ». — « L’insuffisance de la
détermination prend deux formes...
L'une est l'insuffisance de la détermi-
nation relativement à une autre déter-
mination. A la première, nous don-
nerons le nom hamelinien d'appel. »
(Voir ci-dessous Appeler*.) « En em-
plovant ce terme, nous devons avertir
que nous ne lui imposons pas la res-
triction qu’il subit dans la construc-
tion rationnelle d'Hamelin (où chaque
terme appelle un terme et un seul,
suivant un ordre nécessaire). L’appel,
comme nous l’entendons, est par lui-
même irradiant. D'une maladie, l’ap-
pel peut me mener à sa cause, à ses
effets, à la nature du malade, à la fré-
quence de cette maladie, à la société,
au problème du mal, bref partout ail-
leurs. » R. Le SENNE, Obstacle et
caleur, p. 171.
71
APPRÉHENSION
APPELER, D. A. Hervorrufen; B.
C. Forden ; — E. A. To call forth; B.
to call for ; 1. Chiamare, richiamare.
A. Faire venir à l'esprit, évoquer
(notamment par association*).
B. Rendre nécessaire, ou du moins
souhaitable : « Appeler une réserve,
une rectification. »
C. Spécialement. duns l’Essai d'Ha-
MELIN : impliquer à titre de corré-
latif et de complément nécessaire.
« L'un qui s'oppose à chaque nombre
donné, et que ce nombre appelle,
exprime, par rapport à lui, le contraire
de ses propriétés. » Essai, p. 42. —
« Il doit donc exister un genre suprême
qui appelle une première différence. »
Jbid., p. 184. — « La cause appelle
l'effet, c'est-à-dire l’état où la partie
des choses considérées se trouve rejetée
lorsqu'elle est exclue de celui qui, sans
la cause, serait le sien. » Zbid., p. 206.
« APPELLATIF », expression ancien-
ne pour désigner les termes qui ont une
connotation*. « Les noms propres ont
été originairement appellatifs. Les
noms appellatifs ou termes généraux... »
LerBniz, Nouv. Essais, 1. III, ch. 1,
$ 5-6.
APPÉTIT (G. épebuc, ARISTOTE) : D.
Sinnlicher Trieb ; E. Appetite ; 1. p-
petito.
Psycx. Inclination ayant pour objet |
un des besoins organiques (faim, mou-
vement, reproduction, etc.).
La distinction du moyen âge et du
xvue siècle entre l'appétit concupis-
cible (inclination) ct l'appétit irascible
(émotion) est complètement tombée en
désuétude dans le langage philoso-
phique contemporain.
Rad. int. : Apetit.
« APPÉTITION ». Chez L£1Bx12,« ac-
tion du principe interne » (dans la
monade) « qui fait le changement ou le
passage d’une perception à une autre ».
Monadologie, $ 15. Voir Perception*.
Appliquées (Sciences), voir Science*.
APPRÉCIATION, D. W'ertschätzung ;
E. Appreciation ; |. Appreziazione.
Opération de l'esprit concernant, non
l'existence d’une idée ou d’une chose,
mais leur valeur, c'est-à-dire leur degré
de perfection relativement à une fin
donnée (notamment la vérité, la beau-
té, la morale, l'utilité). Appréciation
s'oppose à description où explication,
comme le droit au fait, ce qui devrait
ètre à ce qui a été réalisé.
Rad. int. : Evalu.
APPRÉHENSION, D. .ipprehension,
Aujffassung (ces mots n'ont pas le sens
D); E. ‘Apprekension; 1]. Appren-
sione, -\pprendirmento.
A. Dans la scolastique : toute con-
Sur Appétit. — Les passions qui se rapportent à l'appétit concupiscible « sont
celles qui n’ont besoin pour être excitées que de la présence ou de l’absence de
leurs objets ». — « Et pour les cinq dernières (audlace, crainte, espérance,
désespoir, colère) qui ajoutent la difficulté à la présence ou à l’absence de l’objet,
ils (les « anciens philosophes ») les rapportent à l'appétit qu'ils appellent roncupis-
cible. » Bossu ET, Conn. de Dieu et de soi-même, ch. 1, 6. (A. L.)
Les scolastiques ont considéré la volonté comme un « appétit intellectuel »,
insistant sur le dynamisme profond de
la raison, ou plutôt de l'intelligence,
antérieurement au pouvoir d’option qui ne fait que spécifier l'appétit. (Maurice
Blondel.)
Sur Appréciation. — Apprécier signifie, soit juger (bon ou mauvais), soit
spécialement, juger bon
: « Apprécier une plaisanterie. » « Un auteur apprécié. »
Mais le substantif n’a jamais ce sens en français. Il est au contraire fréquent dans
la langue des philosophes américains, où
appreciation est presque toujours pris
favorablement. En italien, apprezamento a aussi cette signification laudative. (A. L.)
APPRÉHENSION
naissance d’un objet, considérée en
tant qu’action du sujet s’appliquant à
cet objet. « Apprehensio est intuitiva
vel abstractiva… vel simplex vel com-
posita, etc. » GocLenius, 120.
Plus spécialement, chez saint THo-
MAS D’AQUIN, la première de trois opé-
rations de l'esprit qu’il caractérise
ainsi : « Una quae dicitur indivisibilium
seu simplicium intelligentia vel appre-
hensio, per quam scilicet intellectus
apprehendit essentiam cujusque rei in
seipsa : alia est operatio intellectus,
scilicet componentis et dividentis ; ad-
ditur et tertia operatio, scilicet ratio-
cinandi. » Commentaire sur le 1isei
fEsurveisxce, Proœmium, I, 1.
B. Sens moderne : Toute operation
intellectuelle relativement simple ou
immédiate, soit de perception, soit de
jugement, soit de mémoire, soit d’ima-
gination, considérée comme s’appli-
quant à un contenu distinct de l’opé-
ration elle-même. — S’oppose en an-
glais à misapprehension, méprise par
jugement à première vue.
La Synthèse de l'appréhension (D.
Synthese der Apprehcnsion) chez KANT,
est définie : « die Zusammensetzung
des Mannigfaltigen in einer empiri-
schen Anschauung!. » Ærit. der reinen
Vern., À (seule), 98-99.
C. Faculté de saisir par l'intelligence.
— Très rare en français.
D. Crainte légère ou mal définie.
CRITIQUE
Ce terme est actuellement très vague,
et paraît impliquer d’ailleurs une vue
superficielle de l'esprit, car il n’y a pas
d'acte véritablement simple, et la
moindre perception d’un objet ou d’un
état mental implique tout un travail
1.< La réunion du multiple en une intuition empirique. »
72
de pensée, comme le fait justement
observer GoBLorT, sub Ve.
Il est employé très couramment dans
la psychologie anglaise pour désigner
la connaissance de l’individuel. « As
long as we view a particular object, or
event, alone, we merely apprehend it:
but when we bring it into relation to
kindred things we comprehend it. »
James Suzzy, The Human Mind, ]
389. Cf. Aperception*.
Rad. int. : Adpren.
APPROBATION, D. Beijail ; E. Ap-
probation approval; quelquefois sanc-
tion; |. Approvazione.
Jugement favorable d’appréciation.
Le mot s'emploie surtout au sens éthi-
que, mais il serait utile de l’étendre au
sens logique et au sens esthétique, où
le même caractère se retrouve et n'a
pas reçu de nom spécial.
Rad. int. : Aprob.
APPROCHÉ, D. Annühernd, Näühe-
rungs.… (p. ex. Nüherungsgrôsse) ; E.
Approximate, approached ; 1. Appros-
simalo.
A. Se dit proprement d’une grandeur
voisine de la grandeur réelle, substituée
à celle-ci quand elle est impossible ou
inutile à connaître rigoureusement, ou
à exprimer d’une manière exacte (p. ex.
dans le cas d’un nombre irrationnel).
Loi approchée : celle qui permet de
calculer une valeur suffisante pour le
but qu’on se propose, mais un peu
différente de la valeur vraie.
B. Plus généralement, caractère d’une
connaissance déjà valide, mais qui
n'est pas définitive, et qui est appelée
à devenir plus parfaite, plus adéquate
1. « Tant que nous considérons un objet particulier
(singulier), nous ne faisons que l’appréhender ; mais quand
nous le mettons en relation aveo des choses de même
espèce, nous le comprenons. » J. SULLY, L'esprit humain.
Sur Appréhension. — Appréhension (traduisant l'allemand Auffassung) est
«18
À PRIORI
à son objet. G. BAcHELARD, Essai sur
la connaissance approchée, 1927.
Rad. int. : Proxim.
APPROPRIATION, D. Aneignung ;
E. Appropriation ; I. Apropriazione.
Acte par lequel on se saisit, pour en
faire sa propriété individuelle de ce qui
n’appartenait à personne ou à tout le
monde.
Rad. int. : Proprlig).
APPROXIMATIF, voir Approché*.
Mais le mot a souvent, surtout dans
au sens A ou au sens B. « En première
approximation. »
B. Valeur approchée : « Une approxi-
mation au millième. »
Rad. int. : Proximes, proximai.
APRAXIE (G. ’Arpxëix; inaction;
D. Apraxie ; E. Apraxia ; |. .ipprus-
sia.
Incapacité d'exécuter correctement
des actes habituels, sans qu'il y ait
paralysie (par exemple de se moucher,
de se servir d’une fourchette ou d’un
un terme fréquemment employé dans la psychologie contemporaine pour désigner
la mémoire immédiate, ou capacité limite de reproduction correcte, sans délai,
après une perception unique, de chiffres, lettres, mots, images, etc. (H. Piéron.)
canif, de faire un signe de croix). Phé-
nomène encore mal défini, et qui paraît
résulter, selon les cas, de troubles psy-
chologiques, de nature différente. Voir
Observations.
Rad. int. : Apraxi.
la langue courante, un import défavo-
rable ; tandis qu’approché met l’accent
sur le succès partiel de l’approxima-
tion, approximatif évoque plutôt l'idée
qu’elle reste assez loin de la grandeur
ou de la vérité exactes.
APPROXIMATION, D. \üherung;
E. Approximation ; |. Approssima-
zione.
A. Caractère de ce qui est approché*,
A PRIORI et a posteriori {L. — Em-
plové de même en D. E. I.).
A. Au point de vue gnoséologique,
on appelle a posteriori les connaissances
Sur Appropriation. — Le substantif a un sens plus étroit que le verbe s'appro-
prier : celui-ci se dit même de l’acte par lequel on s'empare (légalement ou frau-
duleusement) de ce qui appartient à autrui.
Sur Apraxie. — Article remanié pour tenir compte de diverses objections,
formulées notamment par M. Piéron et L. Boisse.
Ce terme a été créé par Goco, en 1873, pour désigner la perte de l'intelli-
gence de l’usage des choses. Cette notion, un peu ambiguë, a été précisée par
H. LiEPMANN en 1900, qui définit ainsi l’apraxie : « Incapacité d'exécuter avec les
membres les mouvements appropriés fzweckgemäss) malgré l'intégrité de la
motricité. » L’apraxie est en quelque sorte l’analogue, dans la sphère des praxies,
de l’agnosie, qui est un trouble de la perception appartenant à la sphère des
gnosies. » (Ed. Claparède.) — Voir Aboulie** intellectuelle.
On distingue une apraxie idéatoire (démence motrice) et une aprazie idéo-
motrice, ou apraxie vraie (Liepmann). 11 y a amnésie motrice, perte du bénéfice
d’un apprentissage moteur. L’aphémie (aphasie motrice) et l'agraphie sont des cas
particuliers d’apraxie. Enfin il existe une apraxie par agnosie* (voir ce mot),
qu’on appelle pseudo-apraxie, où apratie agnosique : c’est l'incapacité de manier
correctement des objets usuels parce que ceux-ci ne sont pas reconnus. (H. Piéron.)
L’apraxie ne consiste pas d’ordinaire dans l'incapacité de reconnaître les
formes des objets ou leur usage. Ni la représentation, ni la volonté, ne sont
atteintes ; on imagine les mouvements et on voudrait les réaliser : c’est l'exécution
seule qui est impossible (et cependant il n’y a pas paralysie). — Ebbinghaus, qui
prend le mot en ce sens, considère, par suite, l’aphasie motrice comme un cas
particulier de l’apraxie (Précis de Psychologie, trad. franç., Alcan, 1910, p. 238).
(L. Boisse.)
À PRIORI
qui viennent de l’expérience ou qui en
dépendent ; a priori celles que l’expé-
rience suppose, et ne suffit pas à expli-
quer, alors même qu’elles n’ont d’ap-
plication que dans l'expérience. À
priori ne désigne donc pas une anté-
riorité* chronologique (psychologique),
mais une antériorité logique. — Ce
sens, qui est aujourd’hui le plus usuel,
se trouve déjà chez LEIBNIZ : « .… con-
naître a priori et non par expérience ».
Discours de Métaphysique, $ 8. Mais il
a été surtout répandu par KanT, qui
signale aussi l’existence du sens B dans
la langue courante : voir particulière-
ment l’Introduction à la Critique de la
Raison pure, B, $ 1.
B. Au point de vue méthodologique,
on appelle a priori toute idée ou con-
naissance antérieure à telle expérience
ou série d’expériences spéciale. Ainsi,
chez Claude BERNARD, une « idée a
priori » est une hypothèse*. (Zntroduc-
tion à l’étude de la médecine expérimen-
tale, 1re partie, ch. 2.)
CRITIQUE
Le sens le plus ancien de cette expres-
sion, qui se rencontre au moyen âge,
mais qui est tombé presque complète-
ment en désuétude, consiste à désigner
par raisonnement a priori (à partir de
l’antécédent) celui qui va de la cause
à l'effet, du principe à la conséquence ;
en un mot de ce qui est simpliciter
prius, prius natura, à Ce qui en dé-
coule ; — et par raisonnement a pos-
teriori celui qui remonte des consé-
quences aux principes, de ce qui est
conditionné par nature à ce qui le
conditionne. (Cf. Analyse* et Syn-
thése*.\ Ce sens se trouve encore chez
Leibniz (où apparaît aussi le sens À,
comme il a été remarqué ci-dessus) :
« La raison est la vérité connue dont
74
——
la liaison avec une autre moins connue
fait donner notre assentiment à la der.
nière. Mais particulièrement et par
excellence on l'appelle raison, si c’est
la cause non seulement de notre juge.
ment, mais encore de la vérité même,
ce qu’on appelle aussi raison a priori. »
Nouveaux Essais, IV, xvu, 1.
Chez KanrT, bien que son intention
soit certainement de dégager le sens A,
on trouve beaucoup d’expressions qui
semblent insister sur le caractère psy-
chologique plutôt que sur le caractère
logique des connaissances qu’elle ap-
pelle a priori : une proposition a priori
est celle qui « zugleich mit seiner Not-
wendigkeit gedacht wirdi » (Xrit. der
reinen Vern., Einleitung, 11 (B seule,
p. 3); — celle qui est « in strenger
Allgemeinheit gedacht? » (Jbid., 4). —
La première édition disait même
« Solche allgemeine Erkenntnisse….
müssen, von der Erfahrung unabhin-
gig, von sich selbst klar und gewiss
sein®. » /bid., Einl. I, À, 1. Mais cette
formule a disparu dans B.
Il distingue : 1° la connaissance «
priori, qui est nécessaire et universelle,
de la connaissance absolument a priori
(schlechterdings a priori) qui a les
mêmes caractères, et, de plus, qui ne
peut se déduire d'aucune autre; —
20 la connaissance a priori, qui porte
sur des propositions où l’un des termes
ne peut être connu que par expérience,
de la connaissance a priori pure* (rein),
qui ne contient aucun terme empirique.
(Ibid.}
I paraît utile pour la clarté de la
langue philosophique de réserver a
priori et a posteriori au sens A.
1. « Dont la penséeestaccompagnée de celledesa néces-
gité. » — 2. « Qui est pensée comme rigoureusement uni-
verselle. » — 3. « De telles connaissances universelles...
doivent être claires et certaines par elles-mêmes, indé-
pendamment de l'expérience. »
Sur À priori. — On peut voir chez Hume le passage du sens scolastique au sens
À : Treause on human nature, I, part iv, et Essay, xxin (vol. 1, 206). — Rap-
procher de ce dernier texte KanT, Æritik der Urteilskraft, I, 1, $ 33 et suiv. (Werke,
éd. Hartenstein, V, 293). (CI. C. J. Webb.)
.25
Aprosexie, voir Aboulie*.
APTITUDE, D. Eignung ; E. Abi-
lity ; |. Attitudine.
Caractère physique ou psychique
qui rend celui qui le possède capable
de bien exercer une fonction. Ce terme
est devenu très usuel dans la langue de
la psychologie et de la pédagogie con-
temporaines : voir p. ex. Ed. CLapa-
RÈDE, Comment diagnostiquer les apti-
tudes chez les écoliers (1924).
Rad. int. : Aptes.
1. ARBITRAIRE, subst. D. A. Wüll-
kür, Willkürherrschaft ; B. Willkür ;
— E. A. Arbitrary managing, senten-
cing, etc. ; B. Arbitrariness ; — I. Ar-
bitrio.
A. Au sens concret : bon plaisir indi-
viduel d’une autorité; décision capri-
cieuse en une matière où l’on devrait
procéder par raison ou par application
d’une règle.
B. Au sens abstrait : caractère de ce
qui est arbitraire.
Toujours péjoratif ; et, au sens A,
évoquant d'ordinaire l’idée d’injustice.
2. ARBITRAIRE, adj. D. Willkür-
lich ; E. Arbitrary ; |. Arbitrario.
Qui dépend uniquement d’une déci-
sion individuelle, non d’un ordre pré-
établi, ou d’une raison valable pour
tous : « Une supposition arbitraire. »
— Sauf dans quelques cas très rares,
tels que « choisir une valeur arbitraire »
(en mathématiques), le mot a toujours
un import péjoratif, et le plus souvent
très énergique.
ARBITRE
CRITIQUE
Arbitraire diffère de contingent* en
ce que celui-ci ne contient pas l’idée de
bon plaisir; arbitraire s’oppose par
conséquent à la raison normative et
à la nécessité de convenance, et non à
la nécessité proprement dite. — Il
diffère de décisoire* en ce que celui-ci
marque un acte de volonté et de choix
raisonnable, nécessaire pour suppléer à
ce que la loi ou la nature des choses
laissaient indéterminé. On emploie
aussi quelquefois en ce sens arbitral,
emprunté à la langue judiciaire ; mais
cette expression est rare en ce sens, et
pourrait amener des confusions.
Le pouvoir « arbitraire » diffère du
pouvoir absolu* : 1° en ce que l’arbi-
| traire peut n’exister qu'entre certaines
limites ou sur certains points ; 2° en ce
que ce mot n’est pas employé en ma-
tière sociale sans impliquer un sens
défavorable. Lorsqu'un pouvoir dont
l’exercice n’est borné par aucune res-
triction, est confié légalement à un
individu, il est appelé discrétionnaire.
ARBITRE (L. Arbitrium). Syno-
nyme de volonté (en désuétude).
ARBITRE libre), ou france arbi-
tre (mais cette dernière forme est
très vieillie), L. ZLiberum arbitrium ;
D. Freier Wille, Willensfreiheit ; freie
Willkür (donné par KaAnT comme tra-
duction de liberum arbitrium), absolute
Wahlfreiheit (Eiszer); — E. Free-
œill ; — I. Arbitrio libero.
A. Volonté au sens le plus général
Sur Aptitude, — L’aptitude est un caractère physique ou psychique considéré
du point de vue de la pratique, du rendement. Ainsi la sensibilité aux couleurs,
qui n’est qu’une propriété de la rétine pour la psychophysiologie, est une aptitude,
en tant qu'elle permet d'exercer avec succès certaines professions.
.. Le terme aptitude enferme les idées de disposition naturelle et de différence
individuelle. On parle quelquefois d’ « aptitude acquise »; mais en réalité, dans
ce cas, on sous-entend l'existence d’une disposition naturelle à acquérir une habi-
tude, un tour de main, à profiter de l’expérience. Si tous les hommes présentaient
exactement les mêmes capacités et la même disposition à profiter d’un apprentis-
sage, la notion d’aptitude serait superflue. (Ed. Claparède.)
ARBITRE
du mot (rare et en désuétude). « Volun-
tas et liberum arbitrium non sunt duæ
potentiæ, sed una tantum. » THomas
D’AQUINX, Somme théologique, 1, qu. 83,
art. &. — « Liberum arbitrium 1° est
voluntas ut fertur sine coactione in
aliqua re... » GocLENivs, 6434,
B. Liberté morale, en tant que bonne
volonté : « 2° hæc voluntatis libertas
quæ tantum bonum velle dicitur et
mancipata malo non est. » In., Jbid.
(Assez rare.)
C. Sens le plus usuel (Liberum arbi-
trium indifferentiæ) : puissance « de
choisir ou de ne pas choisir un acte »,
telle qu’on en fait « l'épreuve dans les
choses où il n’y a aucune raison qui
nous penche d’un côté plutôt que de
l’autre ». Bossuer, Traité du Libre
Arbüitre, 1 et II. — « L'homme se croit
libre : en d’autres termes, il s'emploie
à diriger son activité comme si les
mouvements de sa conscience et par
suite les actes qui en dépendent n'é-
taient point seulement une fonction
des antécédents, conditions ou circons-
tances données quelconques, … mais
pouvaient varier par l'effet de quelque
chose qui est en lui et que rien, non
pas même ce que lui-même est avant
le dernier moment qui précède l’action,
ne prédétermine. » RENOUVIER, Science
de la Morale, 1, 1-2. Voir Jndifférence*.
Pour la critique et l’usage de ce
terme, voir la discussion du mot Li-
berté*.
Rad. int. : C. Liber(a) arbitri(o).
Serf-arbitre. Par opposition au libre
arbitre, la dépendance absolue de la
76
volonté humaine par rapport à la puis.
sance et à la grâce divines. Cette
expression a pour origine le titre de
l'ouvrage de LurTuEr, De servo arbitris
1525. ’
ARBRE de Porphyre, &. Arbor por-
phyriana (employé encore sous cette
forme en allemand) ; on trouve aussi
Baum des Porphyrius ; — E. Tree of
Porphyry ; — I. Scala di Porfirio).
Diagramme destiné à illustrer la su.
bordination des concepts, et qui figure
avec quelques variantes de forme dans
la plupart des logiques anciennes.
Substance
A
Corporelle. Incorporelle.
Corps
D RS)
Animé. Inanimé.
_
Vivant
_ me
Sensible. Non sensible.
RS
Animal
BR TT nn D
Raisonnable. Non raisonnable.
Si.
Homme
H tire son nom de l’Isagoge de
PorPayre, à laquelle il est probable
qu’il était joint primitivement.
ARCHÉE (L. Archæus). Principe
vital, participant à la matière et à la
pensée, et quiexpliquerait, selon PARA-
CELSE et J.-B. VAN HELMoxT, le déve-
loppement de l’être vivant. « Constat
Sur Arbitre (Libre.) — Ce terme tend de plus en plus à s’opposer à liberté, par
la prédominance du caractère arbitral, ou même arbitraire, d’une décision qui,
comme le dit Descartes, ferait paraître un défaut dans la connaissance plutôt
qu’une perfection dans la volonté. La « liberté d’indifférence » est le contraire de
la liberté vraie. Le libre arbitre est un abstrait
qu’il ne faut pas ériger en concret.
(Maurice Blondel.) — Cf. Liberté*, critique et observations.
M. Laberthonnière appelle l’attention sur la profonde différence qui sépare
le libre arbitre en tant qu'il est conçu comme portant sur le choix des moyens et
le libre arbitre, en tant qu’il est conçu comme portant sur le choix des fins. —
Voir dans le Supplément cette communication, trop étendue pour être insérée ici.
5:77 a —
Archæus ex connexione vitalis auræ,
velut materiæ, cum imagine seminali,
quæ est interior nucleus spiritualis,
fecunditatem seminis continens. » VAN
HELMONT, Archæus faber, 4.
« ARCHESTHÉTISME », E. Archaes-
chetism. — Nom donné par E. D. CoPpE
à la doctrine (d’ailleurs bien plus an-
cienne : SCHELLING, JOUFFROY, P. ex.),
d’après laquelle la sensibilité et la vie
sont antérieures à leurs organes, et
sont Causes du développement de
ceux-ci.
ARCHÉTYPE, G.’Aoyéruroc,modèle,
original ; L. Archetypus ; D. Archetyp,
Urbild ; E. Archetyp ; 1. Archetipo.
A.MÉéTarux. Type suprême, prototype
idéal des choses. Se dit par exemple
des Idées* de PLATON ; — chez MALE-
BRANCHE, des idées de Dieu : « Sa
substance en est véritablement repré-
sentative (des créatures) parce qu’elle
en renferme l’archétype ou le modèle
éternel. Il voit dans son essence les
idées ou les essences de tous les êtres
possibles, et dans ses volontés leur
existence. » Recherche de la Vérité,
livre IV, ch. x1. (Ed. J. Simon, p. 97.)
Chez BERKELEY, idées de toutes
choses telles qu’elles existent dans la
pensée divine avant la création (c’est-à-
dire, pour lui, avant l’acte par lequel
Dieu a rendu ses idées perceptibles à
des esprits). L’existence de ces arché-
types est ce qui autorise à dire que
deux esprits différents perçoivent une
chose identique {Dialogues d'Hylas et
de Philonoüs, p. 259, trad. Beaulavon-
Parodi). — Mais il le prend aussi pour
désigner des choses matérielles existant
hors de l’esprit, without the mind, ce
dont il nie la réalité. V. Principles,
$ 9 et 90.
B. Au point de vue psychologique et
empirique, chez Locke et CoNDiLLac :
idée qui sert de modèle par rapport à
ARCHITECTONIQUE
d’autres. Se dit : 1° des sensations en
tant que données immédiates repro-
duites par les images ; — 2° des no-
tions construites librement par l'esprit
au moyen de définitions, afin de s’en
servir par après pour classer les objets
perçus. (Cf. TaiNE, De l'intelligence,
livre IV, ch. 1, 1 : Idées générales
qui sont des modèles.) — Locke, Nou-
veaux Essais, II, xxx1, $ 1-3. — Con-
DILLAC, Origine des connaissances hu-
maines, tome II, section 11.
C. Chez Maine DE BiRAN, en un sens
: péjoratif : êtres de raison, êtres surna-
turels, objets de superstition. Influence
de l’habitude, 22 section, ch. vi (Ed. Tis-
serand, tome II, p. 280) et conclusion
(Ibid., p. 306). Cf. même section,
ch. 11 et ch. v. — Cet usage du mot
se rencontre-t-il ailleurs ?
CRITIQUE
La diversité des emplois de ce terme
n’y laisse guère subsister actuellement
que l’idée vague d’un modéle quel-
conque opposé à ses copies. Voir cepen-
dant au Supplément le nouveau sens
qui y a été donné par J uNG.
Rad. int. : Arketip.
ARCHITECTONIQUE, subst. et adj.
G. æpyrrextowxn (réyxvn), art de l’archi-
tecte. D. Architektonik, -isch ; —E. Ar-
chitectonics, -ic ; I. Architettonica, -0.
A. Chez ARISTOTE, une science est
dite architectonique relativement à une
autre, lorsque les fins de la seconde
sont subordonnées à celle de la pre-
mière, et par conséquent leur servent
de moyens. P. ex. la Politique est
architectonique par rapport à la Stra-
tégie, à l'Économique, à la Rhétorique
et aussi à l’Éthique ; la Stratégie à son
tour est architectonique par rapport à
lP'irruxn et celle-ci par rapport à la
xækvonorntixn. Eth. Nicom. 1, 1; et
ANDRONICUS, Paraphrasis, ad hunc lo-
Sur Architectonique. — Le $ A a été ajouté au texte de la 1re édition par
M. G. Belot.
LALANDE, — VOCAB. PHIL.
dns.
ARCHITECTONIQUE
cum. Cf. Eth. Nicom., VI, 8 et VII, 12.
B. Chez LEiBniz, ce qui dépend des
causes finales, non des causes méca-
niques. « Le règne de la sagesse, suivant
lequel tout se peut expliquer architecto-
niquement pour ainsi dire, par les causes
finales. » Tentamen anagogicum, Ed.
Gerh., VII,273.— Cf. Monadologie, $ 83.
C. Chez KanrT, substantif : désigne
l’art des systèmes, c’est-à-dire la théo-
rie de ce qu’il y a de scientifique dans
notre connaissance en général. (Æritik
derreinen Vernunft, Méthodologie, III.)
Rad. int. : Arkitektural.
A RECTO ad obliquum (raisonne-
ment). — Opératien logique concluant
«du droit à l’oblique » (on dirait mieux :
« du direct à l’indirect », en un sens
analogue au sens grammatical de ces
termes). Elle consiste dans la substi-
tution d’un terme équivalent à un
terme qui n’est qu’une partie du sujet
ou du prédicat. Elle constitue, par
suite, une inférence asyllogistique*,
comme le fait remarquer LE1iBniz, qui
en donne les deux exemples suivants :
« Jésus-Christ est Dieu ; donc la mère
de Jésus-Christ est la mère de Dieu » ;
et : « Dieu punit l’homme; or, Dieu
punit justement celui qu’il punit ; donc
Dieu punit l’homme justement. » Nouv.
Ess., IV, ch. xvu, $ 4.
ARGUMENT (L. Argumentum) ; D.
Argument, Beweis ; E. Argument; I.
Argumento.
A. Raisonnement destiné à prouver
D 4
78
—
ou à réfuter une proposition donnée.
Voir Achille*, Ad hominem*, ontolo-
gique*, physico-théologique*, etc.
Argumentum baculinum, Argument
qui prétend prouver l'existence du
monde extérieur en frappant le sol avec
un bâton. Voir J.-S. Mizz, Philosophie
de Hamilton, ch. x1. — Se dit aussi de
l'argument de Sganarelle (MoLiÈre,
Mariage forcé, sc. vint) qui bat le « doc-
teur pyrrhonien » Marphurius pour
réfuter son scepticisme.
Argument de Berkeley, argument
contre l'existence psychologique des
idées générales, consistant à dire qu’on
ne peut penser un homme qui ne soit
ni un blanc, ni un homme de couleur,
ni grand ni petit, un mouvement qui
ne soit, ni marche, ni vol, ni natation,
ni reptation, etc. Principes, Introd., $ 9
(et en beaucoup d’autres passages de
ses œuvres).
Argument de Cauchy, tendant à
prouver que la suite naturelle des
nombres ne peut avoir d’existence
actuelle, en tant qu'infinie : car on
pourrait faire correspondre à chaque
nombre son double, ou son carré, ou
son cube, etc.; on obtiendrait ainsi
une seconde suite ayant par définition
exactement autant de termes que la
première, alors que celle-ci contiendrait
cependant tous les termes de la se-
conde, plus un certain nombre de ter-
mes non compris dans celle-ci. Cauicuy,
Leçons de Physique générale, III. Cf.
CouTurAT, De l'infini mathématique,
III, 11 et ci-dessous Nombre* ( Loi du).
Sur Argument. — Aux yeux de son auteur, tout argument est preuve ; si l’on
emploie ce mot dans ce cas, c’est par une modestie et une discrétion recomman-
dables. Mais il est surtout bon de s’en servir quand on ne fait que rapporter un
raisonnement d’autrui. Il vaut mieux dire « l'argument ontologique », même si
on le tient pour probant, que « la preuve ontologique ». (M. Marsal.)
M. Beaulavon se demande si l'expression « Argument de Berkeley », au sens
indiqué, est suffisamment usuelle pour mériter une mention ; et il pense qu’il n'y
a pas de raison pour le détacher ainsi du reste de sa philosophie. — Sur la ques-
tion de principe, je ne puis qu’être de son avis. Mais étant donné que la formule
se rencontre quelquefois sous cette forme énigmatique, qui embarrasse les étu-
diants, il semble bien qu’il est utile de la mentionner. — Cette expression vient
probablement de ce qu’en dit Hume, Essay, xn1, 1.
79
ART
B. Terme défini, susceptible d’être
substitué à une variable dans une
fonction logique.
Au sens le plus général, et non pas
seulement au sens de terme approprié
par sa nature à la fonction dont il
s’agit : « Nous appellerons les argu-
ments pour lesquels g£ a une valeur,
« valeurs possibles de x » ; nous dirons
que g£ « a un sens pour l'argument x»
quand oŸ «a une valeur pour cet argu-
ment. » B. Russe, La théorie des
sypes logiques, Rev. de métaph., 1910,
p. 267. — Se prend quelquefois au
sens plus restreint appelè ci-dessus
« valeurs possibles de x ».
Rad. int. : Argument.
ARGUMENTATION, D. Beweisfüh-
rung, Argumentation ; F. Argumenta-
tion ; |. Argomentazione.
A. Série d'arguments tendant tous à
la même conclusion.
B. Manière de présenter et de dis-
poser les arguments.
Rad. int. : Argumentar, —ad.
ARISTOCRATIE (G. *Aptoroxgatia).
D. Aristokratie; E. Aristocracy; I.
Aristocrazia.
Socio. À. Gouvernement exercé par
une seule classe sociale, moins nom-
breuse que le reste de la nation, mais
réputée supérieure en lumières ou en
vertus, et généralement héréditaire.
B. La classe qui exerce ce genre de
gouvernement. Par métaphore, une
classe restreinte, et considérée à un
point de vue quelconque comme supé-
rieure à la masse de la Société.
REMARQUE
Tout gouvernement, fait observer
Platon, est appelé de deux manières
différentes, selon qu’il s'exerce dans
l'intérêt des gouvernés ou dans celui
des gouvernants. Quand une classe peu
nombreuse gouverne dans l'intérêt
commun, c’est aristocratie ; quand elle
gouverne dans le sien propre, c’est
oligarchie. De même royauté et tyran-
mie, etc.
Cette distinction, qui revient à celle
du laudatif et du péjoratif, persiste
dans l’usage actuel du mot.
Rad. int. : À. Aristokratism ; B. Aris-
tokratar.
ARITHMÉTIQUE (G. ’Apôunrixt).
D. Aritmetik ; E. Arithmetic ; 1. Arit-
metica.
A. Sens primitif et étymologique :
science des nombres entiers, de leurs
propriétés et de leurs relations (divisi-
bilité, etc.). La partie supérieure de
cette science s’appelle Théorie des
nombres.
B. Science pratique du calcul, c’est-à-
dire des opérations à effectuer sur les
nombres entiers et les fractions. S’ap-
pelait dans l’antiquité Logistique, au
moyen âge Abaque* ou Algorithme*.
(Ce sens du mot suppose un système
particulier de numération, tandis que
l’Arithmétique au sens À en est indé-
pendante.)
CRITIQUE
11 conviendrait de réserver le mot
Arithmétique au sens À, et de désigner
le sens B par le mot Calcul, par exem-
ple, ou Art de calculer. L'expression
Arithmétique universelle (NEWTON) con-
viendrait bien pour désigner la science
des nombres généralisés, c’est-à-dire
des nombres fractionnaires, qualifiés,
irrationnels et complexes, et non l’Al-
gêbre*.
Rad. int. : Aritmetik.
Arrêt (Action d’), voir Inhibition*.
ART (L. Ars, considéré comme
léquivalent admis du G. réyvn) ; D.
Kunst; E. Art; I. Arte. — Cf. Tech-
nique*.
A. En général, ensemble de procédés
servant à produire un certain résultat :
« Ars est systema præceptorum univer-
salium, verorum, utilium, consentien-
tium, ad unum eumdemque finem ten-
dentium. » Définition commune à Ga-
LIEN et à Ramus, selon Goclenius,
125b. — L'art s'oppose en ce sens :
19 à la science conçue comme pure
ART
connaissance indépendante des appli-
cations ; 2° à la nature, conçue comme
puissance produisant sans réflexion. A
ce sens se rattachent les expressions :
Arts mécaniques : menuiserie, art de
l'ingénieur ; — Beaux-arts, ceux dans
lesquels le but principal est la produc-
tion du beau, et spécialement du beau
plastique peinture, sculpture, gra-
vure, architecture, art décoratif: —
Arts libéraux (ou Les sept arts), division
des études dans les facultés de philo-
sophie au moyen äge, comprenant le
trioium : grammaire, rhétorique, lo-
gique, et le quadrivium : arithmétique,
géométrie, astronomie, musique.
B. ESTHÉTIQUE. Sans épithète, l'Art
ou les Arts désignent toute production
de la beauté par les œuvres d’un être
conscient. Au pluriel, cette expression
s'applique surtout aux moyens d’exé.
cution ; au singulier, aux caractères
communs des œuvres d’art. En ce sens
Part s'oppose encore à la science, et les
arts aux sciences, mais à un autre
point de vue : en tant que les uns
relèvent de la finalité esthétique, les
autres de la finalité logique.
CRITIQUE
Le sens A étant sensiblement Vieilli
dans les expressions arts mécaniques
arts libéraux, et même dans l'opposi.
tion de l’art et de la nature, nous pro-
posons de consacrer spécialement l’u-
sage philosophique de ce mot au
sens B, qui est de beaucoup le plus
fréquent chez les écrivains contempo-
| Sur Art. — Ce mot comporte deux sens symétriquement inverses, à partir
d une racine commune. L'artifez, c’est l’homme incarnant une idée, fabriquant
un être que ne fournit pas la nature, un artificiatum, comme disaient les scolas-
tiques (cf. St THomas, Summa contra Genuiles, III, 36). Mais ou bien cette création
est subordonnée à nos fins pratiques {nos sumus finis omnium artlificialium :
omnia enim propter hominis usum fiunt) ; ou bien elle nous subordonne à des fins
idéales, et satisfait, si l’on peut dire, des besoins non utilitaires : d’où, par hybri-
dation de ces Caractères primitifs de l’art, l'aspect magique, superstitieux, idalà-
ue ue Ê pris aux débuts mêmes de l'humanité ; d’où le dévouement, la
votion de l'artiste à son œuvre ; d’où le culte mystiqu :
civilisés. (Maurice Blondel.) PR ri
Peut-être n’y a-t-il pas lieu de chercher comment l’art a pris un aspect
magique et pseudo-religieux, si l’on songe que la religion, sous toutes ses formes
est l’une des sources, et peut-être la principale source de l’œuvre esthétique.
« Tous les arts, disait Lamennais, sont sortis du temple. » L’histoire de l’art grec
celle de l’art chrétien, les études contemporaines de sociologie en présentent une
foule d'exemples. (A. L.)
La formule « si la logique est une science ou un art?» vient de CASssi0DORE.
De artibus ac disciplinis liberalium litterarum. Voir MARIÉTAN, Classif. des sciences
d’Aristote à St Thomas, p. 78 et suiv. Cf. ci-dessous, art. Logique*.
| Sur l’expression L'art pour l’art. «Lorsque Cousin l’employa pour la première
fois, en 1818, dans ses leçons à la Sorbonne, le terme l’art pour l’art avait un sens
tout à fait naturel : « Il faut de la religion pour la religion, de la morale pour la
« morale, de l’art pour l’art. » Ce n’est que bien plus tard que ces derniers mots
devinrent le programmed’une écoleetun sujet de dispute entre les partis. Ajoutons
que Comte, lui aussi, a employé incidemment cette formule, mais dans un sens
tout extérieur :« Cultiver l’art pour l’art lui-même» signifie pour lui «ne se proposer
«habituellement d’autre but que de divertir le public.» Cours de philosophie positive,
VI, 167.» R. Eucken, Les Grands courants de la pensée contemporaine, p. 443. —
Texte communiqué par I. Benrubl. n |
La
ASCENDANT
sains (sauf dans quelques expressions
‘telles qu'art rationnel (en parlant de la
morale), art militaire ; et encore, même
‘en ce cas, la compréhension subjective
de ces expressions est-elle souvent
: colorée par un reflet du sens B). — On
.éviterait par là l'énoncé scolastique du
. problème : « Si la logique et la morale
sont des sciences ou des arts », formule
équivoque par laquelle sont toujours
troublés ceux qui débutent dans l’étude
de la philosophie.
Le sens À est proprement la tech-
nique*.
Rad. int. : Art.
Art* (Science de l’), D. Æunstwis-
scnschaft. — Terme très employé dans
la philosophie allemande contempo-
raine, où il est généralement opposé au
mot Esthétique* (Max Dessoir, Æsthe-
tik und allgemeine Kunstwissenschaft,
1906 ; E. Urirz, Grundlegung der allge-
meinen Kunstwissenschaft!, 1914). Mais
c’est en réduisant l’Esthétique à l’ana-
lyse métaphysique ou psychologique
du Beau, et en prenant l’idée de Beau
elle-même dans son sens le plus limité.
Cf. Laid*.
On remarquera que M. Laro qui,
en France, représente une tendance
analogue, conserve au contraire à la
science générale de l’art le nom d’Es-
thétique, et considère soit comme anes-
thétiques*, soit comme pseudo-esthéti-
ques*, les formes de beauté telles que la
beauté naturelle, qui ne résultent pas
de la production artistique. Voir son
Introduction à l'Esthétique, 2 partie.
ARTICULAIRE (sens), D. Gelenk-
empfindung ; E. Articular sensation ;
L Senso articolare.
L’une des classes élémentaires de
sensations, qui dépendrait, selon KRau-
SE, de terminaisons nerveuses spéciales,
et qui serait déterminée par la position
ou le mouvement des articulations. Voir
kinesthésique*, musculaire*.
Rad. int. : Artikal(a) sens(o).
1. Esthétique el science générale de l'art. — Fondement
de la ecience général de l'art.
« ARTIFICIALISME », terme créé
par J. PracET pour désigner cette
croyance, fréquente chez les enfants
comme dans l’Antiquité et au Moyen
Age, que toutes choses ont été pro-
duites comme sont fabriqués les objets
artificiels. Cf. BrunscHvicG, L'expé-
rience humaine... ch. xvirr : « L’arti-
ficialisme thomiste. »
ARTISTIQUE, D. Kunst-, künstlich ;
— E Aesthetic; Artistic (Baldwin) ;
Artistical (surtout au sens B) ; — I. Ar-
tistico.
A. Qui concerne l’art : « Essai sur
l'activité artistique. » (Sous-titre de
l'ouvrage de M. DELacroix, Psycho-
logie de l’art.)
B. Fait avec art; qui a une valeur
esthétique. — Ce second sens n’est
indiqué ni par LiTTRÉ, ni par DaRn.
et HarTz.; mais il est mentionné dans
le Dictionnaire de l’Académie, édition
de 1878, où ce mot a été admis pour
la première fois.
CRITIQUE
LiTTRÉ désapprouve ce mot, même
au sens A. « Ce néologisme est mal fait,
dit-il, sub V0 : artistique signifie qui
concerne les artistes, comme sophis-
tique signifie qui concerne les sophistes.
Le vrai mot serait artiel. » À supposer
qu'il ait raison en principe, urtistique
est aujourd’hui consacré par un usage
général.
Rad. int. : À. Artal ; B. Artoz, artist.
ASCENDANT, D. Einfluss; E. As-
cendency; plus rarement, Ascendant
(qui veut dire aussi prospérité) ; L As-
cendente. — Terme primitivement astro-
logique, d’où le double sens du mot
anglais.
Influence d’une tendance ou d’une
personne, qui s'exerce à la faveur du
sentiment de supériorité qu'elle ins-
pire. Très fréquent chez Auguste Cow-
TE: « Il (le progrès humain) doit consis-
ter à obtenir, par un exercice conve-
nable de nos facultés, un ascendant
| d'autant plus marqué pour chacune
ASCENDANT
—.
d'elles qu’elle est primitivement moins ! ASCÉTISME (G. ’Aoxëtv, exercer.
énergique... » Cours, leçon LI, $ 2 — |« &oxïÿjoat rpèç révov », Manuel d'Éprc!
Cf. aussi le texte cité plus haut à
|
TÈTE, 47). — D. Asketik ; Fi. Ascelism
l'article Animalité. Asceticism ; |. Ascetismo. |
Rad. int. : Influ. Éruique. Méthode morale consistant
à ne tenir aucun compte du plaisir et
de la douleur, et à satisfaire le moins
possible les instincts de la vie animale
ou les tendances naturelles de la sensi.
bilité. (Cette domination de la volonté
sur les impulsions spontanées fait partie
de presque toutes les morales, mais elle
ne porte le nom d’ascétisme que si elle
est poussée à l'extrême, ou considérée
comme l'essentiel de la moralité.)
B. Spécialement, dans la morale reli.
gieuse, recherche de la douleur comme
expiation ou mortification, jugée utile
au progrès de l'âme, et agréable à Dieu.
Voir Dolorisme*.
Rad, uit. : Asketism.
ASCÈSE, D. Askese. — Le mot ne
paraît pas être usité en anglais et en
italien.
Même sens qu’ascétisme, mais avec
une nuance : ascèse concerne moins les
exercices ou les privations matérielles,
et davantage la vie intérieure.
« Appelons ascèse l'effort héroïque de
volonté qu’on s’impose à soi-même en
vue d'acquérir l'énergie morale, la force
et la fermeté du caractère. » (Suit une
analyse des caractères positifs et néga-
tifs de l’ascèse.) Drcas, Éducation du
caracière, p. 232 et suiv.
Rad. int. : Asket.
ASCÈTE, D. Asket, Asketiker ; E. 4s-
cetic ; I. Asceta, Ascetico. — Celui qui
pratique l’ascétisme*,
Rad. int. : Asket.
ASÉITÉ, 1. Scol. Aseites ; D. Asci-
tôt; E. Ascity ; I. Aseita.
Qualité d’un être qui possède en soi-
même la raison et le principe de sa
Sur Ascèse, — Ajouté sur la Proposition et les iuclications de M. Prat et de
M. Gilson.
Sur Ascétisme. Deux erreurs sont communément commises sur l’ascèse
et l'ascétisme. Étymologiquement et originellement il ne s’agit ni d'un rigorisme,
ni encore moins d’une sorte de culte de la souffrance. 10 I} s’agit d’abord de la
mise en pralique des lois morales ; dès lors en effet qu'on ne s’en tient pas au
pur naturalisme du « laissez-faire », ou au pur idéalisme qui fait de l'éthique
une Science du bien ou du devoir sans tenir compte des résistances à surmonter,
des habitudes à contracter, de la loi de l'esprit à acclimater dans les membres
mêmes, il faut bien se dégager du paradoxe socratique, et recourir aux moyens
de rendre viables et praticables les exigences de la vertu, comme le demandait
Aristote ; ainsi, à moins de croire que les préceptes ont une efficacité immédiate,
et que « l’exercice méthodique » n’est pas indispensable à la conquête de la
personne morale, une ascèse prolonge donc et complète normalement l'éthique.
— Même poussée à l'extrême rigueur, l'ascèse, dans la morale religieuse et spécia-
lement chrétienne, n’est pas la recherche de la douleur pour la douleur (comme
en offrent l'exemple certains états pathologiques) ; elle n’est pas non plus essen-
tiellement expiation pénitentielle et mortification servile à base de crainte, mais
elle est libération et croissance des puissances supérieures, preuve d'amour
et moyen d’union, en dégageant l'homme de son égoisme, de ses limites naturelles
pour le faire participer à l’ordre de la charité. La « vie purgative » est condition
intrmsèque de la « vie illuminative » et de la « vie unitive ». (Maurice Blondel.)
: ropre existence. S’oppose chez les
ASSERTION
conceptuel (notional où conceptual as-
sent) et ses divers degrés (profession
verbale, créance, opinion, présomption,
assentiment spéculatif) de l’assentiment
réel {real assent) par lequel on adhère
à une proposition donnée avec toutes
les forces de son esprit.
Rad. int. : Asent.
‘Scolastiques au mot abaliété (abalie-
ts), qualité d’un être dont l'existence
dépend d’un autre.
Aséité a été employé par SCHOPEN-
fgauer en parlant de la Volonté* au |
‘sens où il entend ce mot.
Rad. int. : Asees.
” ASSENTIMENT, D. Fürwahrhalten
(Kant), Zustimmung ; E. Assent ; I.
Assenso. |
(D'assentiri, assensio, ussensus, pri-
mitivement employés à traduire le G.
osuyxarélleatc des Stoïciens.)
Acte de l'esprit qui adhère à une pro-
position, ou état qui résulte de cet acte.
ASSEOIR, voir Fonder*.— On remar-
quera que la métaphore est la même.
On dit souvent, d’ailleurs, « asseoir les
fondements » (d’une théorie, d’une doc-
trinel. — Cf. Assiette*.
ASSERTION, D. Behauptung ; E.
Assertion ; |. Assezione, Asseverazione.
A. Affirmation* au sens À : acte de
l'esprit qui déclare vraie une propo-
sition (une lexis), que celle-ci soit, dans
| sa forme, affirmative au sens B ou
négative.
B. Proposition affirmée. |
Rad. int. : À. Asert ;, B. Aserta;.
CRITIQUE
Ce terme est plus général que certi-
tude : il comporte des degrés dont les
plus faibles sont des opinions, et les
plus fortes des certitudes. Il suppose, de
plus, que la proposition à laquelle nous
donnons ou refusons notre assentiment
nous est présentée en quelque façon
d’une manière objective, soit par un
autre, soit par un travail spontané de
notre intelligence, auquel nous appli-
quons ultérieurement notre réflexion.
Voir KanT, Ærit. der reinen V'ern.,
2e partie, ch. 11, section 111, — NEWw-
MAN, An Essay in aid of a Grammar
of assentt, où il distingue l’assentiment
Assertion* indépendante (Principe
d’), ou plus brièvement « Principe d’as-
sertion ». —- Principe logique ainsi for-
mulé par CouTuRAT : « Si, dans une
implication, l’hypothèse est vraie (caté-
goriquement), la thèse aussi est vraie
(catégoriquement) et on peut l’affirmer
absolument (c’est-à-dire indépendam-
ment de l'hypothèse). » Les principes
des mathématiques, ch. 1. Revue de
métaph., 1904. p. 48. On l’a aussi
1. Essai de contribution à une grammaire de l'assen- appelé : principe de déduction ».
timent.
Sur Assentiment. — M. Maurice Blondel estime que l'usage FOR He
ment est « d’indiquer ce qu’il y a de spontané ou même d’invincible dans : ;.
sion de l'esprit à ce qu'il voit. L'assensus se distingue du Per
implique une part de volonté, laquelle peStale et an pourr
i 8 artes a tendu à ramener l’un >».
A cette distinction ait existé antérieurement entre es
consensus. Mais la nuance à laquelle elle répond ne se rencontre Re
dans l’usage actuel du mot assentiment en français, ni assent en ang or
entre autres, l'emploi qui a été fait de ce mot par Newman, par ses : Fi
et ses continuateurs. Cf. aussi l’usage constant qui en est fait pour 5 h pe
ouyxatäBeatc des Stoirciens, le Fürwahrhalten de Kant, qui ue .
degrés bien connus ; ainsi que les expressions courantes « Ro Fee
l’assentiment » d’un critique, d’une assemblée, d’une autorité, etc. (G. Belot.
L. Brunschvicg. — A. L.)
ASSERTORIQUE
ASSERTORIQUE, D. Assertorisch ;
E. Assertoric ; I. Assertorico.
Chez Kanr, les jugements asserto-
riques sont ceux dont la modalité*
correspond à la catégorie d'existence
(distincte de la nécessité). Ce sont des
jugements vrais en fait, mais non né-
cessaires; ce que l’on appelle des
vérités de faut.
Rad. int. : Asertori.
ASSIETTE (sans équivalents étran-
gers suffisamment approchés : D. (ap-
proximativement) Sitz : manière d’être
situé, sis, ou assis. — Ce mot, d'étymo-
logie obscure, vient soit de ad et de
situs, Situé (LiTrRÉ), soit plutôt du
français asseoir, dont il serait le subs-
tantif verbal (Dans, Harz. et Tuo-
MAS). Quand le mot est emplové seul,
il implique presque toujours l’idée
d’une position stable, solide, « bien
assise » : « Avoir de l'assiette, man-
quer d’assiette, n'être pas dans son
assiette. »
Il a été employé à plusieurs reprises
par RENOUvIER, qui en fait une sorte
de terme technique : « La certitude est
éminemment une assiette morale. 11
nous reste à considérer cette assiette
de plus près, et dans son rapport avec
la liberté. » Psychologie rationnelle,
2 partie, ch. x1v. — « Les Stoïciens…
firent un effort plus heureux (qu'Épi-
Sur Assimilation. — Le mot a aussiuns
intendunt assimilari Deo », dit saint Thom
terme d’assimilatio comporte d’ailleurs deux interprétations très d
les uns, il s’agit d’une ressemblance partielle et formelle ; les créatu
plus ou moins à Dieu qui, lui, ne ressemble et ne peut être assi
l'assimilation, là, n’est pas réciproque :
extrinsèque, de recopiage, de conformisme
et explique la possibilité de la connai
similitude selon un plan idéal, plutôt q
les autres, l’assimilation comporte un
cure) pour expliquer l'assiette de la
conscience dans la certitude, » Tbid.
ch. xv. '
ASSIMILATION, D. Assimilation
Angleichung, Verähnlichung (Eisrer) ;
E. Assimilation ; I. Assimilazione.
A. PuiLos. GÉNÉRALE. Transforma.
tion allant du différent au semblable
de l’autre au même ; s'oppose à diffé.
renciation*.
Sur le sens plus spécialement reli.
gieux de cette assimilation, voir Obser-
vations.
B. Psycnor. Acte de l'esprit qui
affirme (à tort ou à raison) une ressem-
blance plus ou moins étroite entre
choses numériquement différentes.
C. Paysioz. Processus par lequel la
nourriture digérée est « assimilée »,
c'est-à-dire transformée en éléments
vivants d’un type déterminé, et con-
forme à la nature de l'être qui se
nourrit.
D. PéÉpacocie. Acte de s’assimiler ce
qu'on apprend, en un sens voisin du
sens physiologique, et qui en a été tiré
par métaphore. — Résultat de cet
acte.
Généralement opposé, en ce sens,
à l’Invention, d’une part, et de l’autre
à la Mémoire pure et simple. Voir
EGGer, La parole intérieure, Ch. vi
$ 11.
,
ens métaphysique et religieux. « Omnia
as (S. contra Gentiles, III, 19, 21). Ce
ifférentes. Pour
res ressemblent
milé à aucune :
elle consiste en une sorte de mimétisme
, qui multiplie les exemplaires des êtres
ssance par cette universelle imitation et
ue selon une participation oragnique. Pour
sens plus profond, plus vital, plus spiri-
tuel : elle est intussusception, inhabitation, coopération, union, — union non
de nature, mais d’action et d'amour
: ainsi comprise, l'assimilation n’est plus
seulement recopiage et reproduction ; elle est production, synthèse, faisant de la
vie des êtres infiniment divers et infinime
et une création continue. (Maurice Blond
nt solidaires une réalité toujours originale
el.)
CRITIQUE
Le sens général A est mal établi en
hilosophie. H. SPENCER, qui oppose
dissolution à évolution, et désintégra-
tion à intégration, n’oppose pas de
terme à différenciation. Assimilation
est, au contraire, employé par lui
comme l'opposé d’usure, par générali-
sation du sens C : il désigne donc une
intégration, et par suite une des formes
de la différenciation (Premiers prin-
cipes, Il, xu1, $ 96). 0
J. M. BALDwIN, dans son diction-
naire, ne donne au mot anglais assimila-
tion le sens A qu’en linguistique ( Affero
pour ad-fero, alloquor pour ad-loquor) :
en psychologie, il indique et désap-
prouve le sens suivant, donné à ce mot
par WunprT : « Association d'idées
entre des éléments et des composés
semblables. » Il recommande, quant à
lui, d'accord avec M. G. F. Srour,
d’entendre ceci par assimilation : « En
considérant une opération intellec-
tuelle dans son contenu et non dans
sa forme, le mouvement de composi-
tion par lequel certains états de cons-
cience (qui sont assimilés) prennent la
forme d’autres états, ou contribuent à
la formation de ceux-ci (qui assimilent
les premiers). » C'est donc une sorte
d'usage métaphorique du sens C, com-
prenant, suivant les auteurs, les syn-
thèses mentales par contraste, par
fusion, par reconnaissance, toutes les
associations d’idées, etc. Cet usage se
rencontre déjà chez HERBART, où l’as-
similation est définie comme le côté
matériel de l’acte qui, par son côté
formel, se nomme Aperception*.
Ce sens nous paraît être trop méta-
phorique et contenir des choses trop
diverses pour être utilement employé.
Il faut de plus remarquer qu'il n’a
jamais été en usage chez les psycho-
logues français. On trouve seulement
chez M. Pierre JANET un sens reposant
sur une métaphore analogue. Il appelle
*anesthésies par défaut d’assimilation »
celles qui proviennent du fait que cer-
taines sensations réellement éprouvées
ASSOCIATION
ne sont pas « assimilées à la person-
nalité », c’est-à-dire incorporées au
système formé par les états conscients.
Il s'agirait donc d’une sorte de nutri-
tion de l'esprit, analogue à celle du
corps (P. JANET dans RicHET, Vo Anes-
thésie, 1, 510-511).
Nous proposons donc de donner
exclusivement en philosophie au mot
le sens A. Le sens B, qui est très général
chez les psychologues (voir notamment
James Suzy, The Human Mind, I,
405), peut d’ailleurs en être considéré
comme un cas particulier : ce qui était
d'abord présent à l’esprit en tant que
subjectivement différent y devient sub-
jectivement semblable. Il serait cepen-
dant utile de marquer, toutes les fois
qu'il peut y avoir doute, si l'on entend
employer le sens général ou le sens
restreint.
Rud. int. : À. Simil(esk)\; B. Kom-
par ; C. D. Asimil.
ASSOCIATIF, D. Assoziatis : F. As-
sociative ; I. Associativo.
Qui concerne l'association, ou qui
consiste en une association. Sjéciale-
ment : À. Psycnoz. Qui concerne l’as-
sociation des idées. Voir ci-dessous
Assoctation* À, « Lien associatif ». Ce
sens est rare en français.
B. Loc. On appelle propriété (ou
quelquefois loi) associative d’une opé-
ration ou relation quelconque R, l’équi-
valence formelle et inconditionnée :
&aR#HRce=aR&BRo)
C'est une propriété de l'addition et
de la multiplication arithmétiques, de
l’addition et de la multiplication logi-
ques, etc., qui sont appelées elles-
mêmes, à cet égard, des « opérations
associatives ».
Rad. int. : Asoci(ant).
ASSOCIATION, D. Assoziation ; E.
| Association ; |. Assoctazione.
Psycn. À. Propriété qu'ont les phé-
nomènes psychiques de s’attirer les uns
les autres dans le champ de la cons-
cience sans l'intervention de la volonté
ou même malgré su résistance. — Voir
Inducteur*, Intérét*, Rédintégration*.
B. Groupe formé en vertu de cette
propriété par deux ou plusieurs états
psychiques.
Il est d'usage d'employer dans ces
deux sens la formule Association des
idées (Ideen-Association, Association of
ideas), bien que le mot idée présente
dans le langage philosophique un sens
purement intellectuel qui paraît res-
treindre arbitrairement la généralité de
cette loi psychologique.
Association systématique, phénomène
étudié particulierement par M. Pau-
LHAN (L'activité mentale et les éléments
de l'esprit, 18) et duns lequel il voit une
loi fondamentale de la vie intellectuelle
(loi d'association systématique). 11 con-
siste dans la tendance des éléments
psychiques à se grouper spontanément,
non pas seulement suivant la conti-
guité ou la ressemblance, mais en for-
mant des synthèses organiques, ayant
un caractère de finalité interne.
SocioLoGie. C. L'état de vie sociale,
en tant que reconnu et voulu par les
individus qui y participent. « Que des
hommes épars soient asservis à un
seul... c’est si l’on veut une agréga.
tion, mais non pas une association.
J.-J. Rousseau, Contrat social, 1,5,
D. Acte de s'associer, au sens C,
Rad. int. : Asoci.
»
ASSOCIATIONNISME, D. Assozia.
tionspsychologie ; E. Associationism ; ],
i Dottrina dell’ associazione, Associazio-
nismo.
A. PsycHor. En général, doctrine
d’après laquelle l’association*, suivant
certaines lois, de certains états de
conscience élémentaires, est le principe
! général du développement de la vie
mentale.
B. En particulier : 1° En Locique,
théorie empiriste* d’après laquelle les
principes directeurs de la connaissance
ne sont pas constitutifs de l'esprit en
général, mais formés au cours de l’expé-
rience par des associations d'idées;
20 en ESTHÉTIQUE, théorie qui explique
le beau par le rappel d’idées agréables
associées aux sensations données (soit
Sur Association. — Je définirais l'association, la propriété qu'ont les phéno-
mènes psychiques de se réunir dans la conscience, soit au mème moment, soit
successivement, en vertu de certains rapports (contiguité, ressemblance, contraste)
sans l'intervention de la volonté (V. Egger.) — Oui, mais à condition d’élargir
beaucoup la liste de ces rapports : les termes indiqués ici entre parenthèses par
V. Egger, et qui ont longtemps formé la liste classique des causes d’association,
est empruntée à une remarque d’Aristote sur les moyens par lesquels nous allons
à la chasse de nos souvenirs (Ilepi uvaunc, II ; 451b18-20) et elle a été adoptée avec
une légère modification par Hume (Essai sur l’entendement humain, 111) où il
énumère comme seules causes d’association la ressemblance, la contiguité et la
causalité, cette dernière se ramenant pour lui, comme on sait, à la succession inva-
riakle. Cette classification a passé avec quelques variantes dans la plupart des
traités de psychologie du xixe siècle. Mais les travaux modernes qui ont mis en
relief la loi d’intérét dans l’association (déjà remarquée par Hamilton, et placée à
côté de la loi de rédintégsration*} ct l'idée générale de l'association systématique ne
permettent pas de s’en tenir à l’énumération ci-dessus rapportée. Voir en particulier
HôrrDiNc, Psychologie, V, 8, 8, et l'ouvrage de Paulhan cité plus haut. (A. L.)
Sur Associationnisme, C. — Voir Gipe et RisT, Histoire des doctrines écono-
miques, livre II, ch. ur : « Les socialistes associationnistes »; — et Poisson,
Fourier, Extraits, p. 7 : « Voilà l’état d'âme qui a ramené à l’associationnisme, et,
pour une large part, nous a inclinés à prendre des inspirations chez Fourier. »
(M. Marsal.)
ASSOMPTION
les vérités mathématiques qui servent
de point de départ au raisonnement et
généralement pourtoutprincipe* (prin-
ciple or assumption) d’où l’on déduit
des conséquences, abstraction faite de
sa vérité ou de sa non-vérité intrin-
sèque.
s'agisse d’associations individuel
p. ex. selon Jerrrey; soit qu'il
s'agisse de propriétés générales, p. ex.
selon Revywozps). Voir sur cette forme
d’associationnisme BALDWIN, p. 27.
Rad. int. : Asociacionism.
qu'il
ASSOCIATIVITÉ, D. Assoziativität $
E. Associativity ; I. Associatioità.
Loc. Propriété d’une opération asso-
ciative*, au sens B.
Rad. int. : Asociantes.
REMARQUES
1. Chez Boëèce, assumptio désigne la
mineure du syllogisme.
2. Meinowc emploie A nnahme (qu’on
a coutume de traduire par Assomption)
pour désigner la matière d’un jugement
considérée en elle-même, et sans se
prononcer sur la question de savoir si
ASSOMPTION, D. Voraussetzung,
Annahme ; E. Assumption ; |. Assun-
"HA Acte d’admettre*, en un des sens | elle est vraie ou fausse (= lezis). Ucsber
de à mot. Annahmen, 1902 (Zeitschr. für Psych.
und Physiol. der Sinnes organen). Er-
gänzungsband, 2. — Cet usage se rat-
tache à celui de Mie.
Rad. int. : Princip, Lexis.
B. Proposition admise* en vue d'en
démontrer une autre. Ce mot est em-
ployé notamment par J.S. Mur (Lo-
gique, livre I1, chap. v) pour désigner
NT neg nn ns eg ee
Sur Assomption. — La remarque sur Annahme a été légèrement remaniée
d’après une observation de M. de Laguna. | Le 2
Le mot anglais ussumption est employé en différents sens, et l’ambiguité
ui en résulte est souvent grave : 0 | es
: 1 Une assumption est quelquefois une proposition prise pour prémisse dans
un raisonnement, sans égard à la question de savoir si elle est vraie, ou probable, et
même parfois en sachant qu’elle est fausse. L’assum ption est souvent une simpli-
fication des faits connus, en vue de permettre d’en tirer plus facilement des
conclusions. En ce sens nous pouvons admettre (assume) que l'orbite de la Terre
est un cercle, et pour certains usages, les erreurs qu'on introduirait ainsi seraient
sans gravité. | :
Quelquefois, pour faire sentir l'importance d’un fait, nous montrons quelles
seraient les conséquences si le contraire était vrai. Mais dans ce cas nous serions
plutôt portés à nous servir du verbe to suppose et du substantif supposition.
20 Quelquefois une assumption est une proposition qui, sans être connue
comme vraie, a sa place dans une théorie explicative. En ce sens, le mot hypothèse
est peut-être préférable. Ce sens diffère du premier en ce que la proposition dont il
s’agit ne doit pas être clairement improbable, ce qui lui enlèverait toute valeur
explicative. - : |
30 Quelquefois une assumption est une proposition que lon er et
qu’on accepte, sans spécifier aucune preuve à l'appui. On compte que | au iteur
ou le lecteur « accordera cette assomption ». La proposition peut être regardée soit
comme évidente par elle-même, soit comme suffisamment établie par l'expérience
universelle. 2. FR - Le
4° Une assumption peut être une proposition dont la vérité est démontrée
| : $
par des preuves suffisantes, et qu’on emploie pour expliquer d’autres faits, maïs qui
nest pas elle-même expliquée. 3 | | ju
Ainsi, dans le premier sens, l’assumption peut être vraie ou fausse, probable
ASSURANCE MORALE
« ASSURANCE morale », chez Des-
CARTES, au sens de certitude morale.
Voir Moral*, D.
« ASTROBIOLOGIE », nom donné par
M. René BERTHELOT, au système
d'idées qui consiste à concevoir la
marche des astres, la croissance des
plantes, la vie des animaux, comme
formant un tout, et reliées par des
rapports internes, que domine la régu-
larité des phénomènes célestes. « D’un
côté tout serait vivant, même le ciel et
les astres ; de l’autre, tout serait sou-
mis à des lois numériques, lois pério-
diques, qui seraient à la fois des lois
de nécessité et des lois d'harmonie, »
La pensée de l'Asie et l’astrobiologie
(1938), Avant-propos, p. 7-8.
ASYLLOGISTIQUES (conséquences),
D. Asyllogistisch; E. Asyllogistic; I.
Asillogistico.
Conséquences logiques valides qui ne
peuvent être mises sous la forme d’un
syllogisme régulier. « Il y a des consé-
quences asyllogistiques bonnes et qu’on
ne saurait démontrer à la rigueur par
aucun syllogisme sans en changer quel-
que peu les termes. » LEIBNIZ, Nouv.
Essais, IV, xvi. (Ed. Janet, p. 445).
ASYMBOLIE, D. Asymbolie; E.
Asymbolia ; 1. Asimbolia. (Créé par
Finckelnburg, 1870 ; cf. Agnosie*.)
Terme générique s'appliquant à tous
les troubles intellectuels dans lesquels
le sujet ne comprend plus le sens des
signes, ou de certaines catégories de
signes : cécité* et surdité* verbales
amusie* (sensorielle), inintelligence des
signaux, des cérémonies ou des gestes
symboliques, etc. Se dit aussi des trou.
bles dans lesquels le sujet ne peut plus
reconnaître et nommer les objets qu'il
voit (asymbolie visuelle), qu’il touche
(asymbolie tactile), etc. Voir D' A. Mo.
ci, Le asimbolie, Sienne, 1914.
Rad. int. : Asimboli.
ASYMÉTRIE, Voir Symétrie* et
(S) Antisymétrie.
ATARAXIE (G. ’ArtapaËla). D. Ata-
razxie ; E. Ataraxia ; I. Atarassia.
Primitivement, chez DÉMOCRITE,
tranquillité d'âme qui résulte de la
mesure dans le plaisir, de l'harmonie
dans la vie, de « l’égoïsme philosophi-
que qui livre sans regret le monde à la
lutte des passions ». RENOUVIER, Philos.
ancienne, I, 262. Employé ensuite dans
le même sens par les Épicuriens et
par les Stoiïciens au sens d’Apathie* A,
— Athambie (&0:u6lx) absence de
crainte, appartient aux mêmes doc-
trines, mais est très rare en français.
ATAVISME (du L. Atavus), D. Ata-
eismus ; E. Atavism ; I. Atavismo.
A. Apparition chez un individu d’un
caractère ou d’un phénomène que ses
ancêtres immédiats n’ont pas présenté,
ee
ns
ATHÉISME
ais qui a appartenu à des ancêtres
“olus reculés.
© Plus spécialement :
8. « Quelque constance qu’elle (une
‘race métisse) acquière dans son ensem-
ble, il arrive presque toujours que
“quelques individus reproduisent à des
degrés divers, parfois avec une surpre-
nante exactitude, les caractères de
Fun des ancêtres primitivement croisés.
C'est là ce que les physiologistes fran-
‘cais ont désigné par le mot d’atavisme,
ce que les Allemands appellent... Rück-
schlag. » DE QUuATREFAGES, Darwin,
P- 197-198.
C. Présence dans une race d’un ca-
ractère ou d’une fonction qui n’a plus
de raison d’être dans son état actuel,
mais qui pourrait s'expliquer comme
persistance d’un état antérieur (chien
qui tourne avant de se coucher; —
chez l’homme, présence d’un abducteur
au 5° métatarsien, qui est immobile).
Rad. int. : Atavism.
ATHÉISME, D. Atheismus ; E.
Atheism; I. Ateismo.
Doctrine consistant à nier l'existence
de Dieu.
« Certissimum est, atque experientia
comprobatum, leves gustus in philo-
sophia movere fortasse in atheismum,
sed pleniores haustus ad religionem
reducere. » F. Bacon, De Dignit.,
livre I, ch. 1, $ 5.
CRITIQUE
La définition de ce terme ne peut
être que verbale, le contenu de l’idée
d’athéisme variant nécessairement en
corrélation avec les diverses concep-
tions possibles de Dieu et de son mode
d’existence. « Aucune accusation, dit
Franck, n’a été plus prodiguée que
celle d’athéisme. Il suffisait autrefois,
pour en être atteint, de ne point par-
tager, si grossières et même si impies
qu'elles pussent être, les opinions do-
minantes, les crovances officielles d’une
époque. » Franck, Dict. des sc. philos.,
sub Ve.
Selon RENOGVvIER : « … La théologie »
(en tant que prétendue théorie d’un
être qui serait à la fois l’ Absolu, et une
personne morale}, « s’'évanouit en pré-
sence de la Critique, dont le vrai nom,
à cet égard, serait l’Athéisme, si, borné
au domaine de la science pure, ce mot
Sur Athéisme. — Ce qui varie est moins le contenu philosophique de cette idée
que l'emploi plus ou moins malveillant que l’on fait du mot contre telle doctrine
ou telle personne. (J. Lachelier.)
Nous ne sommes pas d'avis que ce terme doive disparaître du langage, ni même
ou improbable ; dans le second, il faut qu'elle ne soit pas clairement improbable ;
dans le troisième, elle est simplement séparée de ses preuves ; dans le quatrième,
elle est seulement inexpliquée, bien qu’elle soit admise (assumed) comme énonçant
quelque chose qui ne fait pas de doute, et employée à expliquer d’autres faits. La
même ambiguïté existe-t-elle dans le mot français Assomption ? (Th. de Laguna.)
Elle n’y existe que virtuellement, car le mot est beaucoup moins usuel en
français qu’en anglais. Mais ces équivoques se rencontrent presque toutes dans le
verbe admettre* et y présentent d'aussi graves inconvénients. (A. L.)
Sur Astrobiologie. — Cette conception, d’origine probablement chaldéenne,
s’est étendue sous des formes diverses, depuis la Chine jusqu’à la Grèce, où elle
a servi de point de départ à la science proprement dite. M. René Berthelot relève
également l'influence qu’elle a exercée sur certaines idées chrétiennes. (Zbid.,
ch. viti à x.)
de la discussion philosophique, ni non plus qu’on ne puisse en donner qu’une
définition strictement verbale. Il est impossible qu’à un mot qui a si longtemps
occupé la pensée des hommes ne corresponde pas, même aujourd’hui, quelque
sens. En fait, le mot a deux significations : 1° une signification théorique :
l’athéisme est la doctrine de ceux qui n’éprouvent pas le besoin de remonter dans
la voie de la causalité, et qui sont peu familiers avec les explications régressives.
C'est peut-être en songeant à ceux-là que Pascal écrivait : « Athéisme, marque de
force d'esprit, mais jusqu’à un certain degré seulement. » Pensées, Sect. III, 225 ; ou
encore : « Les athées doivent dire des choses parfaitement claires. » Id., Ibid., 221;
2° une signification pratique : c’est l’attitude de ceux qui vivent comme si Dieu
n’existait pas. Cf. le texte important de Bossuet : « Il y a un athéisme caché dans
tous les cœurs, qui se répand dans toutes les actions : on compte Dieu pour rien. »
(Pensées détachées, 11.) L’athéisme ici ne consiste pas à nier l'existence de Dieu,
Mais la valeur de son efficace sur la conduite humaine. Ces deux significations
sont, en un sens, indépendantes des diverses conceptions qu’on peut se faire de
la divinité, et la définition de ce terme ne varie pas nécessairement suivant le
contenu. (Louis Boisse.)
ATHÉISME
n’excluait aucune croyance légitime, et
ne servait point à couvrir des doctrines
aussi peu fondées que celles qu’il
prétend désavouer... Mais l’athée dé-
claré sacrifie presque toujours au maté-
rialisme ; et le panthéiste, de son côté,
se voit appliquer ce nom d’athée contre
lequel il proteste. En ce sens, l’athéisme
est une erreur profonde, mortelle à
l'humanité. » Logique, &e partie, ch. Liv
(3° éd., II, 355-357).
Ce terme ne nous paraît donc com-
porterqu’une valeur historique à déter-
miner dans chaque cas particulier,
plutôt qu’une signification théorique
définie ; ce qui, pour l’un, est affirma-
tion de la divinité, peut être athéisme
pour l’autre. Il convient donc mieux
aux polémiques religieuses qu’à la dis-
cussion philosophique, d’où il tend
d’ailleurs-à disparaître.
Rad. int. : Ateism.
ATOME (du G. &touoc, insécable). |
L. Individuum corpus, LuUCcRÈCE; —
D. et E. Atom; I. Atomo.
À. Sens primitif (LEuciPPe, DÉMo-
CRITE, ÉPICURE, LUCRÈèCE) : éléments
de matière absolument indivisibles et
d’une petitesse telle qu’ils ne peuvent
So
Fe
être perçus séparément. Ils sont, sui.
vant Démocrite, éternels, invariables
homogènes entre eux, ne différant ue
par leurs formes, leurs positions, ef
leurs mouvements. — « Il ne peut pas
y avoir d’atomes, c’est-à-dire de Parties
des corps ou de la matière, qui soient
de leur nature indivisibles. » DESscCan.
TES, Principes, II, 20.
B.Sens moderne : éléments matériels
qui se conservent sans altération dans
les réactions chimiques, et qui sont
tous qualitativement identiques (dans
la mesure de nos moyens d’observa.
tion) pour un même corps simple. On
dit souvent, en ce sens, « atome chi-
mique ». Voir Théorie atomique*.
Ce caractère d’insécabilité et d’im.
mutabilité relatives n’exclut, bien en-
tendu, ni la possibilité d’une analyse
ultérieure, ni celle d’une décomposition
physique, qui se réalise en fait dans
certains cas. Voir Molécule*.
C. Par extension, le mot atome a été
appliqué, depuis une dizaine d’années,
à certains éléments physiques consi-
dérés comme finis, discontinus, indi-
visibles et répétés à un grand nombre
d'exemplaires semblables : on a ainsi
appelé atomes d'électricité les électrons ;
Sur Atome. — Atome est presque toujours au pluriel dans les textes anciens :
ätoua, ärouot obol«, se rencontrent d’abord dans les fragments de Dé
mocrite ;
on ne sait si cette expression a été employée antérieurement par Leucippe. Voir
ZELLER, Philos. des Grecs, 1, 772, note 1. (Trad.fr., IT, 289.)
« Nos atomes actuels étaient appelés par Avogadro, leur véritable père,
« molécules élémentaires » et nos molécules, « molécules constituantes » pour les
gtomes d'énergie Où atomes d'action (au
:#ens C du mot action*) les quanta* de
.Planck; etc. — « Les quanta nous appa-
gaissent comme des atomes d'énergie. »
H. Poincaré, Dernières pensées (1913),
182. Le mot « atome », en ce sens,
n'est jamais employé seul, et ne doit
pas l'être, si l’on veut éviter les équi-
voques. | |
D. Enfin, par analogie, on a appelé
atomes psychiques les éléments quali-
tatifs indivisibles, de nature mentale,
par le groupement desquels seraient
formés, d’après certaines écoles, les
états psychiques complexes.
REMARQUE SUR LE SENS D
Ni Locke, ni Mill, ni Taine n’em-
ploient cette expression, qui a été
créée, comme il arrive souvent, par
des critiques opposés à leur manière de
voir, Cf. Atomisme*, B, et addition à
cet article dans le Supplément.
Rad. int. : Atom.
ATOMIQUE, D. Atomistisch; E.
Atomic ; I Atomico.
Qui concerne les atomes, qui a le
caractère d’un atome, ou qui est formé
d’atomes. « Poids atomique. » — « La
structure atomique de l'électricité. »
Voir les citations de W. James au
Supplément. (Observations sur Atomis-
me* psychologique.)
Théorie atomique, D. Atomenlchre,
Atomistik ; E. Atomic theory ; I. Teo-
ria atomica.
A. On appelle ainsi en chimie l’hypo-
thèse définie par D'ALTON. « Il supposa
ATOMISME
que les corps étaient formés de petites
particules indivisibles qu’il nomma ato-
mes. À cette notion ancienne et vague,
il donna un sens précis en admettant,
d’une part que pour chaque espèce de
matière les atomes possèdent un poids
invariable, et de l’autre que la combhi-
naison entre diverses espèces de ma-
tière résulte, non pas de la pénétration
de leur substance, mais de la juxta-
position de leurs atomes. » Wurr7,
Histoire des doctrines chimiques, p. 40.
— Cf. PERRIN, Les Atomes (1913).
La notation atomique est la notation
substituée à la notation par équivalents
de \VoLLASToN, en vue de la mettre en
accord avec l’hypothèse d’Avocapro.
— Cf. Moléculaire*.
B. Par analogie, théorie qui admet
(virtuellement) des « atomes psychi-
ques ». Voir Atome*, D.
En un sens encore plus métapho-
rique, on a appelé « théorie atomique
de la Société » celle qui la juge com-
posée d'individus, seuls réels, par
opposition à la théorie « organique »,
ou « organiciste », qui donne plus de
réalité au tout. — Ces expressions, de
caractère surtout polémique, ne sont
pas favorables à la précision de la
pensée.
ATOMISME, D. Atomistik ; E. Ato-
mism ; |. Atomismo.
A. Doctrine des philosophes qui sou-
tiennent que la matière est formée d'ato-
mes*, au sens À, dont les propriétés
engendrent par composition tous les
phénomènes des corps sensibles.
Corps simples et « molécules intégrantes » pour les corps composés. — Dumas
employait indifféremment les expressions molécules, atomes et particules, per-
mutant souvent ces termes dans une même phrase pour une raison d’euphonie..
La distinction absolue entre l’atome et la molécule, quoique nettement formulée
par Avogadro, n’a été définitivement comprise et adoptée par les chimistes que
cinquante ans plus tard. » LE CHATELIER, Préface à Molécules, Atomes et notations
chimiques, dans « les Classiques de la Science ». — Voir AVOGADRO, Essai d’une
manière de déterminer les masses relatives des molécules élémentaires des corps (1811),
reproduit dans le même volume.
Chez les savants modernes, l’idée d’indivisibilité disparaît souvent tout à fait
du sens B :les chimistes du commencement du xIx€ siècle parlent sans scrupule
de « demi-atome », par exemple J.-B. Dumas, cité dans Hoërer, Histoire de la
physique et de la chimie, p. 547. (A. L.)
Sur Atomique (théorie). — A la prendre au pied de la lettre, la seconde paie
de la phrase de Wurtz citée dans le texte, serait inexacte. Il y a là une sorte |
confusion, résultant sans doute d’une rédaction trop rapide : ce à quoi Wurtz Fe
opposer la théorie de Dalton n’est pas seulement l’atomisme ancien me !
admettait déjà que les composés résultent de la juxtaposition de leurs a Pa ,
mais la théorie toute différente des mirtes, où l’on admettait une combinaison plus
intime que la simple addition. (R. Berthelot.) |
Voir aussi dans le Supplément (à la fin du présent ouvrage), les ee
de René Berthelot sur l’usage des expressions « atomes psychiques » (sens D) e
« atomisme psychologique ».
ATOMISME
92
sr
B. Théorie corpusculaire de la ma-
tière (BoyLe, DALTonN, etc.). Cf. Ja-
GNAUXx, Histoire de la Chimie, 1re par-
tie, ch. 1, II : « Atomisme. »
On appelle par extension atomisme
mathématique où pythagoricien la doc-
trine qui compose la matière de points
inétendus considérés comme des centres
court, au sens B. — Atomisme méta.
physique, en parlant de Leibniz, a aussi;
de grands inconvénients, au moins dans
l’enseignement de la philosophie : bien
que lui-même, dans son esprit d’éclec.
tisme, ait dit de ses Monades qu'elles
étaient les « véritables atomes de Ja
nature » (Monadologie, th. 3), ce rap-
Se Dore de Boscovich) ; — ato- | brochement trouble souvent beaucoup
re aphysique, le monadisme* de | Jes esprits qui ne connaissent pas encore
Z5 — atomisme psychologique, la | bien sa doctrine, et leur suggère des
doctrine suivant laquelle tous les phé-
nomènes psychiques se ramèneraient en
dernière analyse à des combinaisons
d'éléments simples, ou même à des
agrégats d’un élément unique et indé-
finiment répété (par exemple dans la
théorie du choc nerveux de SPENCER).
Voir ci-dessus Atome D. — Cf. Obser-
vations sur ce mot et l'Appendice à la
fin du présent ouvrage.
associations d’idées très trompeuses.
Rad. int. : Atomism.
1. ATOMISTIQUE, subst. D. Ato-
mistik ; E. À. Atomistic theory ; B. Mo-
lecular physics ; — I. Atomistica (?).
A. Synonyme d’atomisme, surtout
au sens B. (Le mot allemand Atomistik
paraît avoir généralement ce sens.)
B. Physique des atomes. « Si nous
attribuons à la matière la structure
infiniment granuleuse que suggèrent
les résultats obtenus en Atomistique.
nous verrons se modifier bien singuliè-
rement les possibilités d’une applica-
tion rigoureuse de la continuité mathé-
matique à la réalité. » J. PERRIN, Les
atomes, préface, p. x11.
Rad. int. : B. Atomistik.
CRITIQUE
L'expression atomisme mathématique
Ou pythagoricien (on a dit encore quel-
quefois atomisme dynamique) a le double
défaut de détourner beaucoup le mot
de son sens orisinel et de plus d’être
en désaccord avec ce fait historique
que la doctrine en question a précisé-
ment été opposée à l’atomisme tout
Sur Atomisme et Atomistique. — Voir à la fin du présent ouvrageles appendices
déjà mentionnés ci-dessus. M. René Berthelot nous communique en outre {à
propos du mot « atomique » employé pour désigner une philosophie sociale) un
texte anglais tiré du Times Literary Supplement, 16 août 1923, p. 539. L'article est
anonyme, suivant l’usage anglais. « The industrial revolution had been but one
aspect of the atomic philosophy that by the beginning of the nineteenth century
had pervaded almost the whole of English life. The economics of competition
and laisser-faire, the ethics of private pleasure and pain, the psychology of
« association » reducing even the mind to a collocation of disconnected ideas,
were all parts of a drift towards disintegration. The first half of the new century
saw many efforts to substitute corporate and organic for individualist standards.»
— « L'intérêt de ce passage, ajoute M. René BERTHELOT, est de nous montrer le
terme de « philosophie atomique » employé pour désigner à la fois, comme des
2 ——————
1. « La révolutioo iadustrielle n'a été que l'un des aspects de cette philosophie + atomique » qui, au début du
nix® siècle, s'était étendue à la presque totalité de la vie anglaise. L'économie politique de la concurrence et du
laisser-faire, la morale du plaisir et de la douleur individuels, la psyrhologie de l'association, réduisant l'esprit lui-
même à une juxtaposition d'idées independantes. tout cela faisait partie d'un mouvement général dans le sens dela
dénintégration.… Le première moitié du siècle suivant a vu da nombreux efforts pour substituer aux formes d'idéal
individualistes des forures d'iié-al corporatives et organiques. *
ones ne +
2. ATOMISTIQUE, adj. D. Atomis-
uisch; — E. À. B. Atomistic ; B. Ato-
mistical ; — I. Atomistico.
A. Synonyme d’atomique*.
B. Qui professe l’atomisme*.
Rad. int. : Atomal, atomism.
ATTENTE, D. Erwartung ; E. Wai-
ting ; |. Aspettazione.
A côté du sens usuel du mot (1° situa-
tion de celui qui attend ; 2° état de
conscience correspondant à cette situa-
tion), M. Pierre JANET a introduit ce
terme dans ses cours du Collège de
France, particulièrement sur l’ Analyse
des tendances (1909-1910) et sur l’Évo-
lution de la mémoire et la notion de
temps (1922-1923) en lui donnant le
sens technique suivant, relatif exclusi-
vement à la psychologie de réaction :
« L’attente est une action toute spé-
ciale qui joue un rôle considérable dans
bien des faits psychologiques, en par-
ticulier dans la construction de la durée
et du temps. Pour comprendre cette
action, il faut rappeler lesstades d’acti-
vation d’une tendance, dont les prin-
cipaux sont la latence, l’éréthisme, le
désir (activation de la tendance suffi-
sante pour que l’action soit reconnue
par les autres et par nous-mêmes),
l'effort, la consommation, le triomphe
(joie et relévement du niveau mental
consécutifs à l'acte accompli avec suc-
cès, d’une manière complète et ache-
vée). — Quand une tendance a besoin
pour arriver à la consommation de
plusieurs stimulations successives qui
se complètent, comme cela arrive tou-
jours à partir du niveau des tendances
fusSpensives (tendances dont l’activa-
L _ ATTENTION_
tion peut être arrêtée à divers degrés
sans cause d’inhibition extérieure), elle
peut être éveillée par une première
stimulation et parvenir au stade de
l’éréthisme, mais ne pas pouvoir mon-
ter au delà, par défaut des autres sti-
mulations. L’attente consiste à mainte-
nir cette tendance au stade de l’éré-
thisme, à inhiber les dérivations de
toute espèce, et les dispositions à la
consommation précipitée. Ce travail
difficile détermine des fatigues, des
émotions, et devient l'occasion de bien
des névroses. » Note de M. Pierre
JANET. — Cf. l’article du même auteur
dans le British Journal of Psychology,
medical section. 1920.
Rad. int. : Vart.
ATTENTION, D. Aufmerksamkeut ; E.
Attention ; I. Attenzione.
Accroissement de l’activité intellec-
tuelle, soit spontanée*, soit volontaire,
et direction de celle-ci sur un objet ou
sur un ensemble d'objets qui, en l’ab-
sence de ce phénomène, seraient ab-
sents du champ de la conscience ou n’en
occuperaient qu’une partie minime.
On nomme attention spontanée (ou
attention automatique, Pierre JANET)
celle qui dérive d’un intérêt actuel et
direct éveillé chez le sujet par l’objet
auquel il fait attention (attention du
chat à la souris, attention donnée à une
perception qui nous surprend) ; atten-
tion volontaire où réfléchie (ou attention
artificielle, Th. Risor), celle qui s’ap-
plique, grâce à la réflexion, à un objet
qui ne nous offre qu’un intérêt indirect
et qui nécessite par conséquent un
effort volontaire (attention de l’écolier
applications d’un principe commun, une théorie sociale et une théorie psycho-
logique. Cet emploi du terme n'est pas rare chez les philosophes anglais contem-
porains et il témoigne de l’influence exercée sur eux (principalement à travers le
hégélianisme) par le langage comme par les idées de la philosophie romantique
allemande du commencement du xixe siècle. »
M. L. Brunschvicg est d'avis qu'il conviendrait de réserver Atomistique (subst.)
Pourla physique des atomes (au sens B, où ce mot a perdu le sens original d'élément
indivisible et absolu), Atomisme désignant la métaphysique des atomes (au sens A,
où la valeur originelle du mot est maintenue).
ATTENTION
à un travail utile, mais ennuveux).
Attention sensorielle et attention mo-
trice se disent respectivement, au sens
large, de l'attention aux sensations et
de l'attention aux mouvements. Mais
ces termes prennent un sens spécial
quand il s’agit d’un acte qui doit être
fait à un signal donné : on appelle alors
attention sensorielle celle qui est. dirigée
vers la perception du signal attendu, et
attention motrice celle qui porte sur la
préparation de l’acte à exécuter.
CRITIQUE
Nous avons essayé de réunir dans les
formules ci-dessus ce qu'ont de commun
les principales définitions de l’atten-
tion, dont nous citons ici le détail :
« Facultas efficiendi ul in perceptione
composita partialis una majorem clari-
tatem ceteris habeat, dicitur altentio. »
Wozrr, Psychologia empirica, sec-
tion 111, chap. n, p. 168. — « La
faculté de produire un accroissement
de la représentation (einen Zuwachs
des Vorstellens). » HERBART, Psycho-
logie, 11, $ 128. — « L’attention ne peut
être définie que subjectivement : elle
consiste en une activité mentale avant
pour effet immédiat de surélever, au
point de vue de leur intensité, de leur
achèvement et de leur précision, cer-
taines sensations ou autres phénomènes
psychiques ; et d’abaisser corrélative-
ment tous les états de conscience pré-
sentés simultanément. » James Su1LY,
The Human Mind, 1, 142. — « L’at-
tention consiste en un état intellectuel
exclusif ou prédominant avec adapta-
tion spontanée ou artificielle de l’indi-
vidu. » Riot, Psychologie de l’atten-
tion, p. 9. — « Concentration de l’acti-
vité intellectuelle, ou mieux de };
conscience, sur un objet spécial, subs.
tituée par un effort volontaire à ]à
dispersion naturelle de l'intelligence sur
différents objets. » Définition commu.
niquée par M. V. Eccer. Cf. Diction.
naire usuel des sciences médicales de
DECHAMBRE, V9. — « Quand notre
intelligence est employée à l'étude
d’un objet particulier, quand elle est
dirigée vers cet objet à l’exclusion des
autres, nous constatons dans notre
esprit un phénomène particulier que
l’on désigne sous le nom d’attention. ,
Pierre JANET, L’Attention, Diction-
naire de physiologie de Ch. Ricuer,
1, 831.
Remarquer qu’on doit définir l’at.
tention, non comme effet de la volonté,
mais comme phénomène volontaire, plu-
sieurs psychologues ayant soutenu
que l’attention est la faculté vraiment
primordiale « et que la volition en est
partiellement un développement ulté-
rieur, dans lequel toutefois le processus
primitif se laisse clairement découvrir ».
CHARLTON BaAsTIAN, Attention et Voli-
tion, Revue philosophique, 1892, 1, 357.
— Cf. W. James, Le sentiment de
l'effort, Crit. philos., 1880.
Rad. int. : Atenc.
ATTITUDE, D. Lage, Standpunkt;
E. Attitude ; |. Attitudine.
A. Physiquement, position d’un être
vivant, en tant qu’elle est voulue par
lui, ou du moins déterminée sans
contrainte extérieure par ses réactions.
B. Situation de pensée et de volonté,
position adoptée par un esprit à l'égard
d’un problème ou d’une doctrine. « L’at-
titude pragmatiste. »
Sur Attention. — J’écrirais actuellement dans le texte cité ci-dessus « concen-
tration de la conscience » plutôt que « concentration de l’activité intellectuelle ».
(V. Egger.)
Les théories de l’attention visent, les unes à rendre compte du mécanisme
objectif entraînant l’augmentation caractéristique de précision, et en général, de
rapidité, dans les processus mentaux et sensori-moteurs ; — les autres, à expliquer
l’aspect subjectif, la conscience du processus, le sentiment d’attention. (H. Piéron.)
ATTRACTION
a —————
CRITIQUE développement. Lors même qu’on n'ac-
cepterait pas l’un ou lautre de ces
points de vue, le mot n'en resterait pas
moins une expression utile et difficile
à remplacer par un équivalent.
Rad. int. : Postur.
Ce mot a eu longtemps, dans son
usage métaphorique, un import nette-
ment péjoratif : attitude voulue et peu
sincère, ou du moins calculée pour pro-
duire sur autrui une certaine impres-
sion : « Autre chose est une attitude,
autre chose est une action; toute atti-
tude est fausse et petite ; toute action
est belle et vraie. » DiDEROT, Essai sur
la peinture, ch. 1. — Mais cet import
tend à disparaître dans le langage
français contemporain, et l'expression
y est devenue tout à fait courante :
cet usage se rattache, d’une part, à
l'idée de l’importance qu'ont l’action,
le choix, la décision même, dans la
pensée scientifique ou philosophique ;
— de l’autre, à l'esprit historique, pour |
qui les solutions ont moins d'intérêt
que le rapport des doctrines à leur
milieu et aux circonstances de leur
ATTRACTION, D. Anziehung, At-
traktion ; E. Attraction ; |. Attrazione.
A. Phénomène physique consistant
en ce que deux ou plusieurs corps,
abandonnés à eux-mêmes sans impul-
sion initiale, se rapprochent l’un de
l’autre. — Force mécanique, considérée
comme l'expression numérique, de la
loi suivant laquelle se produit ce mou-
vement. « L’attraction universelle. » —
« Les attractions et répulsions élec-
triques. »
B. Tendance interne, considérée
comme cause de l'attraction obser-
vable. « Il est très important de savoir
si c’est par impulsion ou par attraction
Sur Attitude. —« Depuis une dizaine d’années, on a étudié sous le nom d’attitude
une manifestation de la vie psychique dont la valeur avait été insuffisamment
appréciée et même souvent méconnue. Le premier, dans ses recherches expéri-
mentales sur le jugement (1901), Marbe a employé le mot Bewusstseinlage (posi-
tion de la conscience) qui depuis a prévalu parmi les psychologues allemands. En
Amérique, on a adopté le terme équivalent attitude, qui est devenu d’un emploi
courant dans ce pays. Considérées analytiquement, les attitudes sont des formes
sans matière, sans contenu. On a donné comme type d’attitude, le doute, la
conviction, la surprise, l’étonnement.. L’attitude, étant une forme, ne devient
connaissable que par son adjonction à des sensations, des images, des idées, des
émotions. Pour nous, elle est un mode de l’activité motrice. » RiBoT, La vie
inconsciente et les mouvements (1914), p. 34-37.
Sur Attraction. — Étienne Geoffroy Saint-Hilaire propese d'appeler « attraction
de soi pour soi » une loi universelle, ou une sorte de clef applicable à l'interprétation
de tous les phénomènes de philosophie naturelle. Elle est, dans son esprit, destinée
à remplacer toutes les explications vitalistes. — Toute molécule se porte toujours
vers une molécule du même ordre, en vertu de ce que d’autres ont nommé affinité,
et Geoffroy Saint-Hilaire, affrontement. L’attraction seule dirige le monde, et
Geoffroy étend à tout le système des êtres les principesque Newtonavaitimaginés
Pour l'explication du monde planétaire : « Natura semper sibiconsona.» Le natura-
liste, dit-il, arrive inévitablement à ces vues hardies, toutes les fois qu’il ne se
réduit pas lui-même au rôle subalterne de « descripteur ». Voir Études progressives
d'un naturaliste (1835), dernière étude : « Loi universelle (attraction de soi pour
soi) ou clef applicable à l’interprétation de tous les phénomènes de philosophie
naturelle » ; et cf. Notions synthétiques, historiques et physiologiques de philosophie
naturelle (1838), not. p. 4, 25, 30, etc. (Louis Boisse.)
ATTRACTION
que les corps célestes agissent les uns
sur les autres, si c’est quelque matière
subtile et invisible qui les pousse, ou
si ces corps sont doués d’une qualité
cachée et occulte par laquelle ils s’at-
tirent mutuellement. Les philosophes
sont partagés là-dessus : ceux qui sont
pour l'impulsion se nomment impul-
sionnaires, et les partisans de l’attrac-
tion se nomment attractionnistes. »
Ever, Lettre à une princesse d’Alle-
magne, LIV.
C. PaycaoL. Par métaphore, entraf-
nement spontané de l'agent vers un
être ou vers une fin dont on dit qu'ils
« l’attirent ». — « L'attraction de la
gloire. » — « Newton... a déterminé les
lois de l’attraction matérielle, et moi
celle de l’attraction passionnée, dont nul
homme avant moi n'avait abordé la
théorie. » FoURIER, Lettre au Grand-
Juge (dans BourGin, Fourier, p. 73).
Rad. int. : Atrakt.
ATTRIBUT, D. Attribut, E. Attri-
bute ; I. Attributo.
A. Loc. Se dit de tout caractère en
tant qu’affirmé ou nié d’un sujet. Voir
Prédicat*, B et Prédication*, À. « L’at-
tribut d’une proposition affirmative
n'est point affirmé selon toute son
extension, si elle est de soi-même plus
grande que celle du sujet. » Logique de
Port-Royal, 11, ch. xvu.
On a dit autrefois, en ce sens, attri-
buts dialectiques, pour désigner les
« cinq universaux* » : le genre, l'espèce,
la différence, le propre et l’accident.
B. En un sens plus restreint, mais
qui n'appartient pas proprement à ];
langue philosophique : propriété carac.
téristique ou signe distinctif d’une
chose.
C. Méraru. Caractère essentiel d’une
substance*. « Lorsque je pense plus
généralement que ces modes ou quali.
tés sont en la substance, sans les con.
sidérer autrement que comme les dé.
pendances de cette substance, je les
nomme attributs. » DESCARTES, Prin-
cipes, 1, 56. — « Per attributum intel-
ligo id, quod intellectus de substantia
percipit, tanquam ejusdem essentiam
constituens. » Spinoza, Éthique, I
Df. 4.
Se dit particulièrement des attributs
de Dieu*.
CRITIQUE
Au sens À, il est bon de distinguer
l’attribut (ce qui est relié au sujet par
la copule est, au sens classique d’im-
plication) du prédicat, entendu géné-
ralement par les logiciens modernes en
un sens plus large (ce qui est affirmé
du sujet). Par exemple, dans : « L’hom-
me est mammifère », mammifére est
attribut ; dans : « L'homme pense »,
pense est prédicat. Mais cette distinc-
tion n’est pas bien établie.
Rad. int. : Atribut.
1. Attribution (Jugement ou propo-
sition d'attribution). Voir Attributive*.
2. Attribution (Analogie d’}. Voir
Analogie*, Critique.
ATTRIBUTIVE (Proposition), D. At-
gributiver (Satz) ; E. Attributive (pro-
position) ; L. Attributiva (proposizione).
proposition conçue comme affirmant
ou niant une qualité d'un sujet, par
opposition, soit à la proposition conçue
comme décomposée en un sujet* et un
dicat* (comprenant la copule*}), —
soit à la proposition formée de deux
termes unis par une relation*. — Syno-
nyme de proposition d’inhérence* au
sens B (LACHELIER). Cf. Jnhérence*,
Prédication*. ni
Rad. int. : Atributiv.
AUDITION, D. Hôüren ; E. Audition,
Hearing ; L. Udizione.
Fonction du sens de l’ouie.
L’audition colorée (D. farbiges Hô-
ren) est l’association fixe qu’un assez
grand nombre de personnes établissent
entre certains sons et certaines cou-
leurs, localisées d’ordinaire par elles
plus ou moins vaguement dans les
objets sonores qui les provoquent.
Rad. int. : Aud.
AURA (L. Même mot dans les quatre
langues).
A. Terme appliqué à des principes
subtils, ou même à demi matériels
intervenant dans la vie. Bacon appelle
les esprits animaux « aura composita
ex flamma et aere ». Historia vitae et
mortis, Ed. Ell. et Spedd., II, 215. —
Aura vitalis désigne chez Van HELz-
AUTHENTIQUE
MONT le principe vital ; aura seminalis,
un principe non matériel ou du moins
invisible lié à la semence et produisant
l’organisation du fœtus.
B. Dans la pathologie : proprement,
sensation subjective d’un courant d’air
ou d’une vapeur s’élevant du corps
vers la tête; prodrome des crises épi-
leptiques.
CRITIQUE
Ce mot a été employé par extension
avec un sens très vague. On l’a appli-
qué : 1° à toutes les sensations et à tous
les mouvements illusoires qui se pro-
duisent dans les crises nerveuses ; 29 à
tous les symptômes prodromiques de
l’hystérie et de l’épilepsie (voir sur ces
deux emplois BALDWIN, p.92) ,— 3° on
a nommé en particulier aura intellec-
tuelle (HUGHLINGS JACKSON, Brain,
July 1888), le phénoméne de puram-
nésie* ; désignation d’autant plus inad-
missible que ce phénoméne ne présente
aucune liaison particulière avec les
maladies nerveuses dont il vient d’être
question.
AUTHENTIQUE (du G. adbévrmc,
qui agit avec autorité ; ou qui est fait
de main propre) ; D. Authentisch, echt ;
E. Authentic, authentical ; 1. Autentico.
A. Au sens propre, se dit d’un docu-
ment ou d’une œuvre émanant réelle-
ment de l’auteur auquel ils sont attri-
a ——————
Sur Audition. — Les qualités discernables dans la sensation auditive sont :
a .
Sur Attribut. — On désigne aussi quelquefois sous le nom d’attributs dialectiques
les « quatre universaux » d’Aristote, ou plus exactement les quatre sortes de
propositions ou de questions qu’il distingue dans les Topiques, I, ch. IV : « Aexréov
8è r£ 8pog, té (ôiov, té yévos, TÉ ouu6eGmw6c. » 101b38 et suiv. Ils ont probablement
donné naissance aux cinq universaux de Porphyre, plus connus, et qui ont tenu
une si grande place dans la scolastique : yévos, el8og, Stapopé, Kôtov, ouu6e6meés.
(J. Lachelier.)
L'expression attributs de Dieu est probablement l’origine de l'usage que
SPiNozA fait de ce terme. Voir G. T. RicaTER, Spinoza’s Philosophische Termino-
logie (Leipzig, 1913), p. 26, et les passages de scolastiques, théologiens, etc., cités
en note. (CI. C. J. Webb.)
1° l'intensité des sons ou des bruits ; — 20 la hauteur ou tonalité des sons, parfois
dissociées ; — 3° le timbre des sons ou des bruits, actuellement décomposé en
qualités plus simples, de clarté (sons clairs et sourds), de volume (sons amples et
grêles), et par certains auteurs, de vocalité (qui serait une qualité propre, irréduc-
tible, des différentes voyelles). (H. Piéron.)
. Dans ce qu’on appelle le timbre, non d’un son pur, mais d’un bruit, ou d’un
instrument de musique, il y a lieu de tenir compte aussi de la complexité des
sons proprement dits qui se produisent simultanément (accords consonants ou
dissonants, harmoniques). (A. L.)
Sur Authentique. — Certes un document authentique n’est pas un document
Véridique ; ce sont-là deux valeurs distinctes, qu’il ne faut pas confondre, et la
seconde l'emporte sur la première. Mais dans le cas d’un tableau ou d’un bijou
« authentiques », le sens est qu’ils ont bien toute la valeur qu'ils paraissent avoir
|
AUTHENTIQUE
bués. S’oppose à supposé, faux. « Un
Rembrandt authentique. »
B. Spécialement, en proiT : se dit
d’un acte dressé, en vue de faire foi,
par un officier public ou un magistrat
compétent. (Acte notarié, acte de l’état
civil, jugement, etc.)
C. Au sens courant et vague : légi-
time; original; sincère; conforme à
son apparence, qui mérite bien le nom
qu’on lui donne ; — quelquefois même,
par extension, vrai. « Une nouvelle
authentique. » — Voir l’analyse des
sens variés donnés à ce mot dans la lit-
térature contemporaine (Paul Valéry,
Marcel Proust, André Gide) dans Es-
TÈVE, Études philosophiquessur l’expres-
sion littéraire, p. 123-129.
CRITIQUE
Le sens C n’est recommandable ni
au point de vue de la précision du
langage ni au point de vue de l’étymo-
logie. « L'expression authentique em-
pruntée à la langue judiciaire.…., ne se
rapporte, qu’à la provenance, non au
contenu : dire qu’un «lucument est au-
thentique, c’est dire seulement que la
provenance en est certaine, non que le
contenu en est exact. Mais l’authenti-
cité produit une impression de respect
qui dispose à accepter le contenu sans
discussion. À ces instincts naturels, il
faut résister méthodiquement. » Lan-
GLois et SEIGNOBOS, /{ntroduction aux
à
38
« AUTISME », D. Autismus. — Pen.
sée autistique*. — CI. Égocentrismex*,
« AUTISTIQUE », adj., D. Autis.
tisch. Nom donné par BLEULER, dans
ses travaux sur la psychanalyse, à ]a
pensée associative et symbolique du
rêve et de la rêverie (parce que son
caractère est d’être strictement indivi-
duelle).
AUTO... (du G. «tés, soi-même, lui-
même, et non un autre. Soi-même,
pronom réfléchi, se dit éœurév, ou par
contraction abrév. Mais il y a quelque.
fois confusion des deux sens dans les
dérivés d’abtôc).
Préfixe employé à la formation d’un
nombre indéfini de termes où entre
cette idée. Par exemple : « Les Anciens...
avaient défini l’âme une chose soi-
mouvante. Cette automotivité de la
représentation est, comme apparence,
absolument incontestable. » HAMELIN,
Sur la volonté, la liberté et la certitude
chez Renouvier, Revue de Métaphy-
sique, novembre 1919.
AUTOMATE (du G. abtômatos, ad-
jectif); au sens général, qui agit de
soi-même, spontanément ; mais le sens
moderne existe déjà chez Homère
(portes qui s'ouvrent d’elles-mèmes,
trépieds qui se déplacent par un méca-
nisme intérieur). Le substantif aœùré-
99 oc.
De - =
Des Automates en a répandu l'usage.
Mais chez Aristote, tù «ÿtéuarov désigne
presque toujours le hasard*. (Voir Ob-
servations Ci-dessous.) — D. Automat ;
E. Automaton ; |. Automa, automato.
Appareil imitant par un mécanisme
intérieur les mouvements d’un être
vivant. — Par suite, l'être vivant lui-
même, en tant qu'il est considéré
comme un système contenant en soi
toutes les causes qui le déterminent :
« Ainsi chaque corps organique d’un
vivantestune espèce de machine divine
ou d’automate naturel qui surpasse
infiniment tous les automates artifi-
ciels. » LE1BNIZ, Monadologie, $ 64.
Cf. Descartes, Traité de l'homme,
ad finem; Spinoza, De emendatione
intellectus (Ed. Van Vloten, 1, 27) et
KaANT, Ârit. der praktischen Vern., Exa-
men critique de l’Analytique, $ 10 et
$ 4, où il discute le rapport de la
liberté à l’automatisme de l'esprit, en
tant que phénomène.
Rad. int. : Automat.
AUTOMATIQUE (du G. adtéuaxrtos ;
voir ci-dessus); D. Automatisch ; E.
Automatic ; |. Automatico.
A. Étymologiquement, se dit des
mouvements dont la cause est inté-
AUTOMATIQUE
rieure à l'être qui se meut, considéré
comme un tout praliquement isolé.
Une régulation est appelée automa-
tique si elle résulte des variations
mêmes qu’elle a pour objet de corriger.
— « On dit souvent automatique au
sens de mécanique ou de machinal.
Je propose de réserver ce mot, qui
fait double emploi dans cette acception
trop générale, pour les mécanismes qui
fonctionnent sans qu'une volonté intel-
ligente ait à intervenir une fois qu'ils
sont mis en train. » E. Go8Lor, Class.
des sciences, 167. Cf. Logique, 355.
B. Caractère des phénomènes qui
présentent une régularité bien déter-
minée. L’automatisme, en ce sens, s’op-
pose à l'indétermination, au caprice
ou à la volonté en tant que celle-ci
implique, même pour le déterministe,
une grande variété dans les réactions
possibles en face de circonstances don-
nées.
CRITIQUE
Les deux significations peuvent se
dissocier : c’est ainsi qu’on dira d’un
réflexe au sens B, qu'il est automa-
tique, tandis qu'on l’oppose au con-
traire à l'automatisme au sens A. Ce-
pendant, l'usage le plus général est
Sur Automate et automatisme. — Bonirz relève trois sens d'abrouarus chez
études historiques, p. 133-134 (S).
Rad. int. : A. B. Autentik.
uatov, au même sens, se trouve chez
Aristote et chez Héron, dont le traité
qu'ils ne décevront pas quant à la richesse qu’ils promettent. En ce sens, l’épitliète
ne peut-elle pas s'appliquer utilement à la pensée et aux personnes ? La personne
sincère se montre telle qu’elle croit être ; la personne authentique, telle qu’elle est
profondément. « La foi qui n’agit point, est-ce une foi sineère ? ». A coup sür,
surtout avant que la question lui ait été posée ; mais ce n’est pas une foi authen-
tique. L'authenticité serait la limite vers laquelle tend la sincérité lorsqu'elle
s'accompagne de sincérité envers soi-même, qui suppose bien plus que l’intros-
pection impartiale : l'étude de la conduite, la cohérence des actes et des pensées.
Ce que Pascal reproche à Épictète, et Valéry à Pascal, c’est une certaine « inau-
thenticité ». (M. Marsal.)
Sur Autisme, Autistique. — Voir Minkouswi, L’autisme, Journal de Psycholo
gie, 1927, I, p. 69 et Lacroze, Les fonctions de l'imagination, ch. vii: « L’autisme.”
Aristote : 1° Le hasard, par opposition soit à la nature {ce qui a lieu toujours, ou
du moins en règle générale), soit à la volonté réfléchie (md radrouxrtou 8päv,
agir au hasard = eixñ; Rhét. 1354210) ; 20 le spontané par opposition à l’art, à
lartificiel : certaines maladies incurables par l'art médical guérissent quelquefois
abtouatwc. « Génération spontanée » (Yéveou œdréuartoc) se rattache à la
fois à ces deux sens : c’est une génération irrégulière, échappant aux lois ordinaires
de la reproduction ; en latin generatio aequivoca* ; — 3° les automates, à la manière
de Héron d'Alexandrie. (A. L.)
— L'équivoque de ce mot se perpétue, d'abord en raison de l’arbitraire qu’il
ÿ a à prétendre délimiter dans l’espace et dans le temps « un tout pratiquement
isolé »; un automate de Héron ou de Vaucanson ne naît pas par génération
8Pontanée, et il faut de temps à autre en remonter le ressort. Ensuite, par l’appré-
ciation, tantôt laudative, tantôt péjorative qui s’attache à l’automatisme : si
l'on parle de la répression automatique de tel ou tel délit, cela peut vouloir dire :
sûre, sans omission ni compromis ; — ou bien : sans nuances, sans considération
des circonstances ou des individus. — Si de nos jours automate est généralement
Péjoratif, c’est qu’on applique le terme aux seuls êtres conscients, par comparaison
avec les seuls mécanismes sommaires et grossiers que nous sachions encore fabri-
AUTOMATIQUE
d'appliquer ce terme aux phénomènes
qui présentent à la fois les deux ordres
de caractère. Tel est l’usage qu’en ont
fait Spixoza et LEiBniz, en disant de
l’âme humaine qu’elle est un automate
spirituel : « Comme le fœtus se forme
dans l'animal, “omme mille autres
merveilles de la nature sont produites
par un certain instinct que Dieu y a
mis, c’est-à-dire en vertu de la préfor-
mation divine qui fait ces admirables
automates, propres à produire mécani-
quement de si beaux effets ; il est aisé
de juger de même que l'âme est un |
automate spirituel encore plus admi-
rable ; et que c’est par la préformation
divine qu'elle produit ces belles idées
où notre volonté n’a point de part...
L'opération des automates spirituels
n'est point mécanique, mais elle con-
tient éminemment ce qu'il y a de beau
dans la mécanique. » LE1IBN17, T'héo-
dicée, $ 403. — De même, M. Pierre
JaAxET définit ce terme par les carac-
tères suivants : « Prendre sa source
dans l’objet même qui se meut et ne
pas provenir d’une impulsion exté-
rieure ; rester cependant très régulier
et soumis à un déterminisme rigoureux
sans variations ni caprices. » L’Auto-
matisme psychologique, p. 2. Mais on
doit en écarter « l’idée d’une activité
purement mécanique », ne consistant
que dans le jeu « d'éléments étendus et
insensibles », Zbid., p. 2. — Cette défi-
nition s’accorde d’ailleurs avec celle de
. 100
M. Gosor, qui n’exclut pas le mécanis.
me, mais y ajoute un caractère de plus.
Ch. Ricuer a proposé de diviser
ainsi les mouvements :
« «. Mouvements réflexes, déterminés
par un stimulus extérieur ;
« 8. Mouv. automatiques, déterminés
par un stimulus intérieur qui n’est pas
la volonté ;
« y. Mouv. machinaux, déterminés
par la volonté, mais qui se continuent
sans qu’elle intervienne ;
« à. Mouv. volontaires, déterminés
par la volonté et se continuant par le
fait de la volonté. » Ch. RicHeT, L'Au.
tomatisme, dans Rice, [, 945.
La définition B paraît trop étroite :
par exemple, on appellerait automa.
tique, bien plutôt que machinal, le tra-
vail de la réflexion ou de l'invention
qui continue de lui-même après avoir
été mis en train par la volonté et
l'attention conscientes, ce qui est pré-
cisément la classe d’actes visés sous le
nom d'actes « machinaux » y. En réu-
nissant ces deux classes et en ajoutant
à leurs caractères communs le caractère
du déterminisme saisissable énoncé
plus haut, nous appellerons donc Au-
tomatisme tout système de phénomènes
qui se développent suivant des lois
fixes et avec un caractère d’indépen-
dance relative, sans intervention ac-
tuelle d’un stimulus extérieur actuel,
ou de la volonté consciente.
Rad. int. : Automat.
quer. Dans les appareils qui n’ont qu’une finalité simple et bien définie, comme
par ex. le téléphone, l’automatisme est au contraire une perfection :
plus de
méprises, plus de caprices, plus de distractions. Mais d’autre part cette supériorité
même devient une infériorité aux yeux de ceux qui voient dans le caprice et
l'erreur, au même titre que dans l'invention et le progrès, la marque de la liberté.
C'est ainsi qu’on reproche traditionnellement au machinisme :
19 de substituer
des automates à des êtres conscients qui deviennent superflus ; ® de faire servir
ces automates par des êtres conscients ; 3° de transformer à la longue ces derniers
en automates. Mais l'être conscient s’enorgueillit : 1° de créer des automates;
20 de leur commander ; 3° de devenir un automate, comme un bon comptable qu!
va aussi vite sans faire plus de faute que la machine à calculer. — Ce qui est en
jeu dans ces équivoques, c’est la nature même de la liberté et de l’individualité.
(M. Marsal.)
401
AUTORISER
AUTONOME (G. aœdrévouos, même
Sens) ; D. Autonom ; E. Autonomous ;
J. Autonomo. Voir l’article suivant.
AUTONOMIE, D. Autonomie ; E. Au-
tonomy ; |. Autonomia.
Étymologiquement, condition d’une
personne ou d’une collectivité auto-
nome, C'est-à-dire qui détermine elle-
même la loi à laquelle elle se soumet.
_— Cf. Hétéronomie*.
A. SocioLOGIE. Pouvoir d’un groupe,
principalement d’un groupe politique,
de s'organiser et de s’administrer lui-
même, du moins sous certaines condi-
tions et dans certaines limites. (Sans
ces réserves, l’autonomie serait souve-
raineté*.) Ex. Autonomie commu-
nale, coloniale.
B. ÉTuique. L’autonomie de la vo-
lonté pour Kanr, est le caractère de la
volonté pure en tant qu’elle ne se déter-
minerait qu’en vertu de sa propre
essence, c’est-à-dire par la seule forme
universelle de la loi morale, à l’exclu-
sion de tout motif sensible. Æritik der
prakt. Vern, livre I, ch. 1, Proposi-
tion 1v.
C. Liberté morale, en tant qu’état
de fait, opposé d’une part à l’esclavage
des impulsions, de l’autre à l'obéis-
sance sans critique aux règles de con-
duite suggérées par une autorité exté-
rieure. « C’est cette servitude que les
hommes nomment hétéronomie ; et ils |
lui opposent, sous le nom d’autonomie,
la liberté de l’homme qui, par l'effort |
de sa réflexion propre, se donne à lui-
même ses principes d'action. L’indi-
vidu autonome ne vit pas sans règles ;
mais il n’obéit qu’aux règles qu’il a
choisies après examen. » B. Jacos,
Devoirs, p. 25. « Définissons l'individu
autonome » (par opposition à l’auto-
nomie absolue de Kant) « celui qui se
détermine, non par sa raison seule,
mais à la fois par sa raison et par
celles de ses tendances qui s'accordent
avec elle. » Zbid., p. 29. Voir tout le
chapitre 11 : « L’autonomie. »
Rad. int. : Autonomes).
« AUTOPTIQUE», terme appliqué par
AMPÈRE au premier des quatre points
de vue qui forment la clef de sa classi-
fication des sciences : c’est celui des
faits ou des relations statiques qui
apparaissent immédiatement, à la sim-
ple inspection de l’objet étudié.
Les trois autres points de vue sont
le cryptoristique, ayant pour caractère
de découvrir ce qui est caché ; le tro-
ponomique, qui consiste à étudier les
changements pour en déterminer les
lois ; le cryptologique, qui « achève de
découvrir ce qu’il y a de plus caché
dans l’objet » (soit les lois des phéno-
mènes les moins apparents, ou les plus
complexes ; soit, très souvent, les ap-
plications qu’on peut tirer des points
de vue précédents : tous les arts, dans
l'opinion d'Ampère, appartiennent au
point de vue cryptologique). Essai sur
la philosophie des sciences. Introduc-
tion, p. 42-43.
AUTORISER, D. A. Berechtigen,
begründen ; B. Gestatten; — E. to
authorize ; |. Autorizzare.
A. Déléguer une partie de l’autorité
que l’on possède soi-même. Par suite,
fournir un appui, donner une valeur,
fonder* au sens A. « Que puis-je espérer
de plus de la Raison pour autoriser
ma croyance en une destinée bienheu-
reuse des êtres moraux ? » RENOUVIER,
Psychologie rationnelle, ch. xx11 (3€ éd.,
II, p. 237). — « Successivement ou
simultanément, notre vie consiste soit
à soumettre la totalité de nous-mêmes
Sur Autoptique. — Brochard, dans Les Sceptiques grecs (2° édit., p. 364),
signale chez Galien le terme œôrobix (emprunté d’ailleurs, semble-t-il, aux
médecins empiriques, dont il résume la théorie) pour désigner l'observation
IMmédiate, De subfiguratione empirica, p. 36. Cf. De sectis, Ed. Kuhn, vol. I,
P. 66. (L. Brunschvicg.)
AUTORISER
à des directions clairement et distinc-
tement pensées, soit à les autoriser par
leur convenance avec la vocation indi-
vise de nous-mêmes, qui déborde tout
ce que nous pouvons en penser. »
R. LE SENNE, lraité de morale, p. 30.
B. (En un sens plus faible, mais plus
usuel} : consentir à ce qu'on aurait le
droit d'interdire.
REMARQUES
1. Permettre, qui correspond en géné-
ral au sens B d'autoriser, s'emploie
aussi, quoique plus rarement, en un
sens voisin du sens A. « Les faits obser-
vés permettent de conclure que... »
2. « Autorisé » se dit quelquefois,
surtout dans le langage parlé, non de
celui qui a reçu le droit ou la permission
d’agir, mais de celui qui a de l'autorité
au sens À, qui « fait autorité ». Ce n’est
pas d’une bonne langue.
Rad. int. : A. (au figuré)
B. Permis.
Yuriz ;
AUTORITÉ, D. Autoritiit ; E. .{u-
thority ; |. Autorita.
A. Psycn. Supériorité ou ascendant
personnels en vertu desquels on se fait
Mas 102
D
croire, obéir, respecter, on impose au
jugement, à la volonté, au sentient
d'autrui.
B. SociocociE. Droit (ou pour
moins pouvoir établi} de décider, ou de
comimander.
Par suite, au point de vue pratique,
on oppose :
1° La Méthode d'autorité, d’une Part
à l’assentiment universel ou au sens
commun ; —- d’autre part, à la critique
individuelle ;
20 L’Argument d'autorité, aux raisons
qui se tirent de l'expérience ou de Ja
démonstration logique ;
30 Le Régime d'autorité (politique ou
économique), d’une part, à un système
reposant sur le principe de la souve-
raineté nationale, en particulier sur le
contrôle des gouvernants par les gou-
vernés ; — d’autre part, au régime de
la liberté contractuelle.
C. Spécialement, en matiere reli-
gieuse, la révélation rhrétienne, en
tant que formulée sous l'inspiration de
Dieu dans les Écritures, et transmise
par la tradition du témoignage apos-
tolique. Voir Pascar, Fragment d’un
Traité du cide [De l'autorité en matière
Sur Autorité — Nous donnons ci-dessous quelques extraits, trop longs pour
ls citer dans le texte. des deux ouvrages mentionnés dans la Critique de ce mot.
«Nous avons pris dans ce qui précède, le mot autorité au sens de cette définition
donnée par M. Edmond Scherer : « Tout ce qui détermine une action ou une
opinion par des considérations étrangères à la valeur intrinsèque de l’ordre intimé
ou «le la proposition énoncée. » (Revue de théologie et de philosophie chrétienne,
tome 1, 1850, p. 66.) En un sens plus général, l’autorité c’est, selon Littré, le
pouvoir de se faire obéir. Il convient seulement d'introduire dans cette définition
l'idée du droit, sans oublier que le pouvoir peut s'exercer sans le droit, puisqu'il y
a des autorités usurpées ; et que le droit peut exister sans le pouvoir, puisqu'il y a
des autorités méconnues. — Dans le domaine spirituel, y a-t-il aussi des autorités
auxquelles non seulement la volonté est tenue d’obéir, mais que la pensée même
doit reconnaître ? Incontestablement. Une pensée absolument indépendante
perd la dignité inhérente à la pensée ; elle n’est plus qu'un jeu... Sans soumission
à la vérité, nous aurons, si l’on veut, des feux d’artifices d'idées, mais rien de plus.
Où est la vérité ? Peut-on nommer des autorités d'un caractère moins vague et
plus accessible ? Il me semble que oui. L’autorité de la vérité s'affirme dans
l'autorité de la raison, dans celle du fait, dans celle de l'obligation morale. »
Léopold Mono, Le problème de l’autorité (3° éd.}, p. 53-55.
« … Ce qui se dégage de ce qu’on dit ou des attitudes qu’on prend » {dans les
AUTO-SUGGESTION
EE
ilosophie], Pensées, éd. Brunsch-
. ie Cf. Ibid., n° 260, p. 453.
: D. L' Autorité ou Les Autorités : les
ersonnes exerçant l’autorité au sens B.
P'Les autorités sociales », expression
créée par Le PLay. Voir Observations.
CRITIQUE
Pour la discussion critique de la
notion d'autorité, voir L. LABERTHON-
NiérE, La théorie del'Éducation (1923),
ch, an : « L'autorité éducatrice. » —
Au point de vue intellectuel (autorité
de la raison, du fait, etc.) et surtout
au point de vue religieux, Léopold
Monoo, Le problème de l'autorité (1891;
ge édit., préface de Raoul ALLIER,
1993). — Cf. Observations ci-dessous.
Rad. int. : À. B. C. Autoritat; D.
Autoritat(oz).
——
AUTOSCOPIE, D. Autoskopie; E.
Autoscopy ; |. Autoscopia.
À. .Autoscopie externe, hallucination
consistant à se voir soi-même devant
soi. — B. Autoscopie interne, apercep-
tion par le sujet de ses organes internes.
Voir SoLLIER, Les phénomènes d’au-
toscopie (1903).
Rad. int. Autoskopi.
AUTO-SUGGESTION, D. E. Auto-
suggestion ; |. .{uto-suggestione.
Suggestion que l'on se donne à soi-
même.
A. Influence automatique exercée
sur notre conduite, nos jugements ou
même notre perception par une repré-
sentation, une prévention ou un désir.
B. Influence exercée sur l’ensemble
de notre vie mentale ou active par une
discussions courantes sur l'autorité en matière d'éducation} « c’est que l’autorité
est conçue uniquement comme une puissance qui s'impose ou par contrainte de
par habileté et qui, par essence même, se trouve irrémédiablement rs e
étrangère à celui sur lequel elle s'exerce. Que l’autorité puisse en effet prendre ce
caractère-là, il n’y a certainement pas lieu de le contester. Mais ne peut-elle pas
en prendre un autre, et même un autre absolument opposé ? Fo ie
n’est pas une abstraction. Elle est incarnée dans une personne qui “it ; elie est une
personne. En s’exerçant, elle se dirige d’après des intentions. Et il en résulte
qu'elle change complètement de nature selon l'intention qui l'anime. |
Il y a l'autorité qui use du pouvoir et du savoir-faire dont elle dispose pour
subordonner les autres à ses fins particulières, et qui ne cherche qu’à s'emparer
d’eux pour les mettre à profit : celle-là est asservissante. Il x a l'autorité qui use
du pouvoir et du savoir-faire dont elle dispose pour se subordonner elle-même, en
un sens, à ceux qui lui sont soumis, et qui, liant son sort à leur sort, poursuit
avec eux une fin commune : celle-là est libératrice. Entre ces deux manières de
concevoir et de pratiquer l'autorité, il n'existe pas seulement une différence
il existe une contradiction. » L. LABERTHONNIÈRE, Théorie de l'éducation, p. 28-38.
(A. L.)
« Les autorités sociales ». Gette expression désigne, chez Le Play, «en dehors
de toute distinction exclusive de caste ou de classe, les vrais auteurs du progrès
et conservateurs de l’ordre dans un pays. Les Autorités sociales sont les hommes
qui, adonnés au travail, étroitement unis à leurs serviteurs et subordonnés par
l'affection et le respect, ont l'indépendance, le talent et la vertu nécessaires pour
Maintenir les bonnes coutumes, soit au foyer domestique, soit dans | atelier qu'ils
dirigent ou la localité qu’ils habitent, pour les faire observer par la puissance de
l'exemple et les transinettre à leurs descendants. » DE Rise, Le Play, P 16. — Elle
a donné lieu quelquefois à des malentendus dans les discussions philosophiques.
Voir Bulletin de la Société de philosophie, 1927, p. 90-94 (Séance du 25 mai 1946).
Sur Autoscopie. — Article ajouté par M. Léon Brunschvicg.
AUTO-SUGGESTION
idée qui est en nous, mais qui nous est
relativement étrangère, qui ne fait pas
corps avec le système de nos représen-
tations et de nos tendances person-
nelles. (Ce sens est plus rare.)
Voir Suggestion*.
Rad. int. : Autosugest.
« AUTOTÉLIQUE », E. Autotelic,
terme créé par J. M. Baldwin : « Having
no end or purpose beyond or outside
itself. Examples : play for play sake,
art for art sake. » Genetic theory of
reality, p. 314. (« Qui n’a ni fin ni but
au dehors ou au delà de lui-même :
p. ex. le jeu pour le jeu, l’art pour
l'art. ») Le terme opposé est heterotelic
ou instrumental. Cf. Catégorique*.
AUTRE, D. Ander; E. Other; I.
Altro.
l’un des concepts fondamentaux de
la pensée ; impossible par conséquent
à définir. S'oppose au Méme, et s’ax-
prime encore par les mots divers*, dif-
Jérent*, où distinct*. Ce dernier terme
concerne cependant plutôt l’opération
104
intellectuelle par laquelle on reconnaît
l'altérité, tandis que le premier s’ap.
plique spécialement à l'existence de
celle-ci considérée comme objective.
Voir Jdentique* et Même*.
Rad. int. : Altr.
AVATAR, terme sanscrit qui signifie
proprement descente, et se dit surtout
des réincarnations de Vichnou. S’em.
ploie au figuré pour désigner les incar.
nations successives ou les rôles d’un
même individu, les situations sociales
diverses qu’il a occupées. — (Ce mot
est pris parfois à contre-sens, par suite
sans doute de sa ressemblance avec
aventure.)
Aversion, voir Desir*.
AXIOLOGIE, D. Azxiologie ; E. Axio-
logy ; I. Assiologia.
A. Étude ou théorie de telle ou telle
sorte de valeur. « [Le mystique] s’oblige
à renoncer à toute morale et à toute
axiologie de la raison. » R. Poin, Essai
sur la compréhension des valeurs, p. 111.
Sur Autosuggestion. — J'avais d’abord écrit : « Influence inconsciente exercée
sur notre conduite, etc. » M. E. Leroux a fait observer que ce mot s’accordait mal
avec l’existence de l’autosuggestion volontaire, et en a cité comme exemple
Paul-Émile Lévy, L'éducation rationnelle de la volonté, notamment 11° édition,
p. 42.
: « L’autosuggestion raisonnée et consciente », et A. DoLonne, L'auto-
guérison par l’autosuggestion, ch. 111. — Je reconnais que l'expression prêtait à
l’équivoque : ce qui est inconscient n’est pas le processus dans son ensemble
(qui peut en effet, dans certains cas, être mis en branle par la volonté, et d’une
manière consciente), mais l'opération par laquelle l’image ou le désir produisent
des effets que ne pourrait pas atteindre directement la volonté. J’ai donc remplacé
ce terme par celui d’automatique, au sens précis où le définit M. Goblot, dans le
texte cité plus haut, sub. vo, $ A. (A. L.)
Sur Autre. — M. Ch. Werner rappelle que Platon, dans le Sophiste, définit
l’autre comme différent de l'être, et rétablit ainsi, contre Parménide, l’existence
du non-être.
Sur Axiologie. — Azxiologie se trouve déjà dans P. Lapie, Logique de la volonté
(1902), mais au sens restreint de science de la valeur morale. Voir notamment
p. 385 et 389-392.
L’axiologie, au sens B, serait par rapport à la science des valeurs morales, ou
des valeurs logiques, ou des valeurs esthétiques, commela méthodologie générale
par rapport à l’étude des méthodes des mathématiques de la physique, de la
physiologie, de l’histoire, ete. (Ed. Le Roy, E. Bréhier, A. L.)
"405
AXIOME
SNS
B. Théorie critique de la notion de
valeur, en général.
ad. int. : Axiologi.
AXIOLOGIQUE, D. Azxiologisch ; E.
Axiological ; I. Assiologico.
A. Qui constitue ou qui concerne une
axiologie*, soit au sens A, soit au sens B.
B. Qui constitue ou qui concerne une
valeur. « Admettons donc que la vérité
est une valeur, ou, pour employer l’ad-
jectif de ce mot, axiologique. » R. LE
SENNE, Introduction à la philosophie,
P. 873.
CRITIQUE
Ce double sens est acceptable, puis-
que la même dualité est consacrée par
l'usage pour physiologique, psycholo-
gique, etc.
1. AXIOMATIQUE, subst. D. Axtio-
matik ; E. Azriomatics (?); 1. Assio-
matica (?).
A. Primitivement, étude critique des
axiomes*, dans les divers sens de ce
mot, qui sont pris pour principes au
début de la géométrie.
B. Ensemble des principes* posés au
début d’une science déductive quel-
conque.
CRITIQUE
Ce terme a été mal choisi, par suite
des usages divers et souvent mal définis
du mot ariome*. Mais il paraît difficile
d’en faire adopter un autre.
Rad. int. : Axiomatik.
2. AXIOMATIQUE, adj. D. Axioma-
tisch; E. Axiomatic, axiomatical; I.
Assiomatico.
A. Qui a le caractère d’un axiome,
surtout au sens À.
B. Qui procède par axiomes, et dé-
duction à partir de ces axiomes. « La
forme axiomatique. »
Rad. int. : Axiomal.
AXIOME (G. ’AËloua, qui signifie :
1° considération, estime, dignité ; 20 ce
qu’on juge vrai ou bon opinion,
dogme d’une école philosophique, pla-
citum ; 3° proposition générale, énon-
ciation, théorème ; 4° principe connu
comme vrai d'où part une démonstra-
tion). — D. Axiom ; E. Azxiom; I. As-
sioma. — Voir Afarime*.
A. Sens le plus usuel : prémisse
considérée comme évidente, et reçue
pour vraie sans démonstration par tous
ceux qui en comprennent le sens. « Cette
identité est admise par l’école comme
un postulat, ou pour mieux dire comme
un axiome. Elle n’a pas besoin d’être
démontrée : … C’est un principe. trop
évident pour qu’on se soit jamais ar-
rêté à le considérer. » LÉvy-BRUHL, Les
fonctions mentales dans les sociétés infé-
rieures, p. 7. Spécialement, les proposi-
tions de ce genre qui sont à la base de
la géométrie. « Les philosophes de
l'École ont dit que ces propositions
(les axiomes où maximes) sont évidentes
ex terminis, aussitôt qu’on en entend
les termes ; de sorte qu'ils étaient per-
suadés que la force de la conviction
était fondée dans l'intelligence des
termes, c’est-à-dire dans la liaison de
leurs idées. Mais les géomètres ont fait
davantage : c’est qu’ils ont entrepris
de les démontrer bien souvent. » LE1B-
nIz, Nouv. Essais, IV, vu, 1.
B. Très généralement, dans un sys-
tème hypothético-déductif, toute pro-
position, évidente ou non, qui ne se
ro
Sur Axiome. — *AËloua, enuntatio, chez les Stoïciens équivalent à &répavatg
d’Aristote. Cf. Cicéron, De Fato, 20-21 ; Diogène Laërce, VIII, 1, $ 48 ; Aulu-Gelle,
xu, 8. Repris par Ramus, et employé par lui dans sa Logique ; plus encore par ses
successeurs immédiats (cf. Donnamus, 1n Rami dialecticam commentarti, IT, 2, etc.).
— Bacon a pris ce mot aux Ramistes, et lui a donné un sens tout particulier : une
loi de la nature, une proposition universelle tirée de propositions particulières et
servant à exprimer une vérité scientifique. — Cf. également Hamilton, Diss. on
Reid, p. 964. (C. C. J. Webb.)
AXIOME
déduit pas d’une autre, mais que l’on
pose par un acte décisoire de l'esprit,
au début de la déduction. (Ce sens est
rare.) — Cf. Axiomatique*.
C. Plus proprement : celles des pro-
positions ainsi posées qui constituent
une règle générale de pensée logique,
par opposition aux postulats* qui con-
cernent telle ou telle matière spéciale.
CRITIQUE
1. On trouve chez quelques auteurs
du xvut siècle des traces des sens du
mot grec que nous avons rappelés sous
les n° 2 et 3 : « Altera a sensu et par-
ticularibus advolat ad axiomuta maxime
gencralia, atque ex iis principiis. judi-
cat et invenit axiomata media ; altera
a sensu et particularibus excitat axio-
mata, ascendendo continenter et gra-
datim... » Bacon, Nov. Org., 1, 19. —
« Quod axioma (la doctrine que l’hom-
me est par nature un animal sociable)
quanquam a plurimis receptum, fal-
sum tamen. » HoBges, De cive, I,
ch.1, $ 2. — Ilne semble pas qu'il en
reste rien dans l’usage actuel de ce
mot. On dirait plutôt, dans ces divers
cas, principe*.
2. Dans la méthodolozie moderne,
l'emploi d'axiome est assez irrégulier
et confus. On est parti du nom d’axio-
mes, donné aux principes qu’on inscri-
vait autrefois au début des traités de
géométrie (ou des ouvrages écrits more
geometrico, comme l’Éthique de Spi-
noza) et auxquels on attribuait le triple
caractère de l’évidence psychologique,
de la primauté logique, et le plus sou-
vent de la fonction de règle générale et
formelle, par opposition aux principes
spéciaux, relatifs à une figure ou à une
définition déterminée. Ce dernier ca-
ractère distinctif de l'axiome est indiqué
par ARISTOTE, Seconds Analytiques, I,
2, 72817 : « Av (&pxnv) d'évayen Éyerv
rdv OTiobv uafnoôuevov, d&Elwua. (Le
terme opposé par lui dans ce passage
à l’axiome est Géoic, c’est-à-dire ce qui
est posé « par hypothèse » pour tel
problème ou telle démonstration.) —
H dit aussi en parlant des axiomes
106
proprement dits, pour plus de préci-
sion, xotva &Etouatæ, p. ex. 76b14. Cette
expression a souvent été traduite par
notiones communes, nolions communes :
« Axiomes ou notions communes »
(DEscarrTes), titre de dix principes
posés par lui pour la démonstration en
forme géométrique de l'existence de
Dieu et de la distinction de l’âme et
du corps; à la fin des Réponses aux
secondes objections.
La même distinction est faite par
LrarD, s'appuyant sur les passages
d’Aristote cités plus haut, et sur Re-
nouvier. Mais il l’établit entre les sens
du mot aziome : il estime qu’il y a des
« axiomes analytiques, qui dérivent tous
des principes d'identité et de contra-
diction » : par exemple « si à deux
quantités égales, on ajoute des quan-
tités égales, les sommes sont égales »;
— et des axiomes synthétiques, qui
s'appliquent à une matière spéciale :
p. ex., en séométrie, les axiomes con-
cernant la droite, le plan, la perpen-
diculaire, la parallèle (La science posi-
tive et la métaphysique, 2€ partie, ch. v,
p. 237-242. I] faut remarquer que cette
assertion incidente, d’après laquelle
tous les axiomes proprement dits sont
« analytiques », c’est-à-dire réductibles
au principe de contradiction, bien
qu’elle vienne d’Aristote (Métaph., 111,
3; 1005b33) et qu’elle ait été admise
par Leibniz, est contestée par la plupart
des logiciens contemporains. Mais, d’ail-
leurs, cette réserve ne détruit pas la
distinction prise en elle-même.
3. Les trois caractères que nous
venons d'analyser, et que réunissaient
les axiomes géométriques classiques,
ayant été dissociés par l’analyse plus
approfondie que les mathématiciens et
les logiciens modernes ont faite des
principes, le mot axiome se trouve
appliqué de nos jours, au petit bonheur,
à l’une quelconque des diverses sortes
de propositions qui résultent de ce
démembrement. Peut-on recommander
pour ce mot un sens déterminé ? Il est
assez facile d’écarter le sens B, inutile,
| puisqu'il est synonyme de Principe*,
w
107
d'Hypothèse au sens B, ou encore de
Proposition première (Ppr) et que,
d’ailleurs, il n’a été employé que ré-
cemment dans cette acception. = Mais,
entre le sens À et le sens C, qui n'ont
pas d’autres noms qui leur soient
propres, il est plus malaisé de choisir.
11 semble cependant qu'il vaille mieux
conserver au mot axiome le sens semi-
psychologique A, le seul qui appar-
tienne à la langue courante, et celui
mére qu'a en vue Leibniz quand il
rle, si souvent, de la nécessité de
« démontrer même les axiomes » (c’est-
dire de déduire de principes plus
simples même ce qui nous apparaît
gomme évident). Pour le sens C, on
peut se désigner sous le nom de prin-
cipes formels, ou de principes logiques,
B. Cette lettre, placée au commence-
ment d’un nom de syllogisme marque
qu'il peut être ramené à Barbara*.
Baconienne (induction), voir Ampli-
fiante*.
Baculinum (Argumentum}, voir r-
gument*.
BAER (loi de). « Le développement
de l'organisme entier et celui de cha-
que organe va du simple au complexe
et du non spécialisé au spécialisé. »
Von B4AEr, Beobachtungen über die
Entwickelungs-Geschichte der Thicret,
1829.
BAMALIP. Mode de la 4€ figure*,
dérivant de Barbara* par la transpo-
sition des prémisses et la conversion
partielle de la conclusion :
Tout P est M
Tout M est S
Donc Quelque S est P.
. Voir l’article suivant.
Pa UP ET rx,
1. Observations sur l'hisloire de l'évolution des animaut.
BARBARA
quand il y a lieu de le distinguer.
Rad. int. : A. Axiom; B. Princip;
C. Logikal(a) principli).
« Axiomes de l'intuition, D. Axziomen
der Anschauung » (KANT, Kritik der
reinen Vern., Transc. Analyt., livre II,
ch. 11,3 section). Principes a priori de
l’entendement* pur, relatifs à la caté-
gorie de la quantité, et qui ont pour
formule générale : « Tous les phéno-
mènes sont, quant à leur intuition, des
grandeurs extensives » (A. 162) ; — ou
« Toutes les intuitions sont des gran-
deurs extensives » (B. 203).
Les « grandeurs extensives » sont
définies par lui celles où là représen-
tation des parties est la condition de
la representation du tout (/bid.).
B
BARALIPTON. Mode indirect de la
re figure, obtenu par la conversion
de la conclusion du syllogisme corres-
pondant en Porbura* :
Tout M est P
Tout S est M
Donc Quelque P est &.
CRITIQUE
11 est équivalent à Bamalip* ; car le
petit terme étant, par définition, le
sujet de la conclusion, il s’ensuit que
les deux prémisses échangent leur fonc-
tion, la première devenant la mineure
par suite de cette conversion, et la
seconde devenant la majeure.
Voir ci-dessous, aux Appendices,
sub vo Figure*, la discussion relative
à la 4e figure et aux modes indirects.
BARBARA. Premier mode* de la pre-
mière figure* du syllogisme.
Tout M est P
Tout S est M
Donc Tout S est P
BARBARA
Il est considéré comme le syllogisme
tvpe, et la formule algorithmique qui
y correspond s'écrit :
simmap'2.s2p
BARBARI. Mode subalterne* de la
ire figure. obtenu par la subalternation
de la conclusion de Barbara :
Tout M est P
Tout S est M
Donc Quelque S est P.
REMARQUE
La Logique de PorT-Royai. (3° par-
tie, ch. vin) donne le nom de Barbari
au mode de la #%e figure en AAÏI ( Bu-
malip*) : « Tous les miracles de la
nature sont ordinaires ; or, tout ce qui
est ordinaire ne nous frappe point;
donc il y a des choses qui ne nous
frappent point, et qui sont des miracles
de la nature. » — (C’est une erreur,
puisque la transposition des prémis-
ses (M; et la conversion de la conciu-
sion (P) sont nécessaires pour passer
de Barbara à un mode ainsi constitué.
— LEIBNiz, au contraire, emploie ce
nom au sens défini ci-dessus.
BAROCO, ou quelquefois Baroko.
Mode de la 2e figure, se ramenant à
Barbara* par régression* ou réduction
à l’absurde*.
Tout P est M
Quelque S n'est pas M.
Donc Quelque $S n’est pas P.
n
108
BATTOLOGIE, G. BatroAoylx, CHRY-
SIPPE ; Cf. Battokoyeiv dans la version
grecque de St MATHIEU, vi, 7 (opposi-
tion entre le Pater et les prières des
païens, répétées à plusieurs reprises
dans les mêmes termes) ; — D. Batto-
logie; — E. Battology (paraît plus
usuel qu’en français : on trouve dans
Murray, outre /?uttology,les mots Bat-
tological, Battologist, Battologize) ; —
I. Battologia.
Abondance de paroles inutiles, soit
parce qu’elles se répètent, ou répètent
la même idée sans progrès, soit parce
qu’on y explique des mots par d’autres
qu’on n’entend pas mieux. DESCARTES
le prend en ce dernier sens : « Tandem
que omnes hasce egregias quaestiones
in meram battologiam... fore ut desi-
nerent. » [nquisitio veritatis per lumen
naturale, Ad. et Tann., X, 516. Cf. Ré-
ponses aux seplièmes objections, ad fi-
nem, etc.
Ce mot vient probablement du nom de
Battos, fondateur de Cyrène, qui était
bègue. Voir HÉRODOTE, 1V,155 et suiv.
BÉATITUDE, L. Beatitudo seu feli-
citas, SpINOZA ; D. Seligkeit ; E. Bles-
sedness ; IL. Beatitudine.
Satisfaction constante et à laquelle
rien ne manque. État idéal du sage
selon ARISTOTE (Maxaprôtnc, Éthique à
Nicomaque, 1101 a. b.) ; selon les stoi-
ciens (SÉNÈQUE, De vita beata) ; selon
| Spinoza (Éthique, livre V) ; etc.
Sur Béatitude. — Lorsque béatitude est employée sans l’idée d’un autre monde,
409
—— ETS
B. Dans la pathologie mentale con-
temporaine, euphorie permanente, ac-
compagnée d’indifférence à l’égard des
circonstances et des événements exté-
rieurs. Les malades qui sont dans cet
état sont appelés quelquefois des
« béats ».
CRITIQUE
Ce dernier usage est encore assez
récent pour qu’on puisse souhaiter
qu’il ne se généralise pas, car le mot
y prend un caractère tout différent de
celui qu’il présente au sens A. Dans
celui-ci, en effet, il est presque toujours
lié à une conception religieuse. 11 im-
plique ordinairement l’idée d’un autre
monde, ou du moins, dans l’état actuel
de l’homme, d’une vie d’un autre
ordre, Il s'emploie en particulier dans
la théologie chrétienne pour désigner
le bonheur des élus. Il tend à dispa-
raître du langage philosophique usuel
en raison de ce caractère théologique.
L'idée qu’il représente serait cependant
utile à conserver. (Voir Bonheur*.)
BEAU, D. Schôn ; E. Beautiful; I.
Bello. Tous ces mots s’emploient éga-
lement comme substantifs.
A. L'un des trois concepts normatifs
fondamentaux auxquels peuvent se ra-
mener les jugements d’appréciation*.
C'est en ce sens qu’il est défini par
KaNT : « Ce qui plaît universellement
et sans concept. » (Critique du juge-
BEAU
ment, I, $ 9.) On désigne ainsi (défini-
tion toute formelle d’ailleurs) ce qui
provoque chez les hommes un certain
sentiment sw generis appelé l'émotion
esthétique.
Ce concept et son contraire s’ap-
pliquent à peu près dans l’ordre de la
sensibilité affective comme le Bien et
le Mal dans celui de l’activité, le Vrai
et le Faux dans celui de l'intelligence.
B. Plus spécialement : ce qui corres-
pond à certaines normes d'équilibre,
de plastique, de proportions harmo-
niques, de perfection en son genre, et
autres qualités similaires. En ce sens,
la beauté est quelquefois opposée à la
valeur esthétique. Voir Anesthétique*,
Esthétique*, Laid*. — Cf. Absolu*.
CRITIQUE
On ne peut donner a priori du Beau
une définition matérielle, l’objet de
l’'Esthétique théorique étant précisé-
ment de déterminer quel caractère ou
quel ensemble de caractères communs
se rencontrent dans la perception de
tous les objets qui provoquent l’émo-
tion esthétique et auxquels on applique
cette même qualification. C’est ainsi
que la Beauté est considérée par KANT
comme « la forme de la finalité d’un
objet en tant qu’elle y est perçue sans
représentation de fin »; par SCHo-
{ PENHAUER, COmme la reconnaissance
de l’idée générale dans le particulier,
par un être qui connaît, non point en
ne 2 NS mL 0 US RÉ ne M if
Sur Beau. — Nous avons conservé dans le texte de cet article la traduction
(par exemple chez SPiNoZA) le mot correspondant en allemand est Glückseligkeut.
Le mot Seligkeit a un sens presque exclusivement religieux. (F. Tônnies.)
Béatitude ne fait pas double emploi avec Bonheur. D’une part ce mot évoque
l’idée d’une joie spirituelle, active, conquise par la pensée adéquate qui en est
la condition, ou par l'effort qui en rend digne ; d’autre part, il s’applique à la
vie supérieure ou à la vie future, et implique l'intervention de Dieu ou l’entrée
en possession du divin. La béatitude est donc moins la satisfaction de nos incli-
nations présentes que celle de l’être transcendant ou nouménal qui est en nous-
(M. Blondel.)
Le mot Béatitude me paraît utile à conserver pour désigner certains sentiments
qui accompagnent des états pathologiques, l’extase, certaines catalepsies, l’agonié
dans quelques cas. C’est un sentiment de joie tout à fait complet avec oubli de
la réalité. (Pierre Janet.)
Consacrée de la formule de Kant : « Schôn ist, das was ohne Begriff allgemein
gefällt ». Mais le mot « plaire » (gefallen) ne doit pas être entendu au sens de
“ Procurer du plaisir { Vergnügen) » on devrait dire plutôt : « Est beau, ce qui,
Sans concept, est l’objet d’une satisfaction de l'esprit. » Voir ci-dessous la définition
€ Durand de Gros et la critique de celle-ci.
La formule ci-dessus n’est d’ailleurs que l’une des quatre définitions partielles
Que donne Kant du Beau, celle qui correspond au second moment de son analyse.
ue qui correspond au troisième degré est : « La beauté est la forme de finalité
un objet, en tant qu’elle est perçue en lui sans représentation d’une fin. »
ù ANT, Critique du Jugement, $ 17. Cette formule s’énonce souvent en abrégé :
Beau est une finalité sans fin. » Elle signifie qu’un objet est jugé beau quand
ses éléments sont à l'égard du tout dans le même rapport que les parties d’un
Srganisme à l'égard de l'organisme entier, ou les moyens à l’égard de Ja fin,
LALANDE, — VOCAB. PHIL. 6
BEAU
tant qu'individu, mais en tant que
sujet pur exempt de volonté (Le monde
comme volonté et comme représentation,
livre III, $ 38) ; par Jourrroy comme
« la vertu qu’a l’invisible de nous causer
un plaisir désintéressé ». Cours d’Esthé-
tique, leç. 32; etc. — Quelques philo-
sophes nient même qu'il soit possible
de trouver aucun caractère objectif
commun des choses dites belles; ce
mot ne désignerait plus, en ce cas, que
ce qui plait à telle classe sociale ou à
telle époque. Tel est, par exemple, le
scepticisme esthétique de Tozsroiï dans
Qu'est-ce que l’art ?
Rad. int. : Bel.
« Belle nature » (La), « limitation
de la Belle Nature », formules esthé-
tiques très usuelles au xvii® et au
xvuie siècle (cf. FÉNELON, Lettre à
l’Académie, V) et particulièrement dé-
veloppées dans l’ouvrage de l'abbé
BATTEUXx, Les beaux-arts réduits à un
1106
seul principe, 1746. — 11 semble que
sous ces expressions, les nombreux
auteurs qui les ont employées aient
mis un contenu assez variable. Voir
MousrToxipt, Systèmes esthétiques en
France, ch. 1, $ 3. « On parle beaucoup
dela Belle Nature; il n’y a pas même de
peuple poli qui ne se pique de l’imiter;
mais chacun croit en trouver le modèle
dans sa manière de sentir.» CONDILLAC,
Origine des connaissances hurnaines,
2e partie, section 1, ch. vitt, $ 78.
« BEHAVIORISM ». Terme d’ori-
gine américaine {de l’anglais behaviour,
orthographe américaine behavior :
conduite, comportement) ; souvent em-
ployé tel quel en français, ou sous la
forme behaviorisme.
I désigne la doctrine qui limite la
psychologie à l’étude du comporte
ment ou des réactions. Voir les Obser-
vations ci-dessous et cf. comportement*,
psychologie*, réaction*.
mais sans que cette adaptation soit considérée comme servant en réalité à
aucune fin soit utilitaire, soit morale.
Duran» DE Gros pense qu'il y aurait lieu d’élargir le sens du mot Beau
pour servir à désigner tous les objets du plaisir, quitte à le restreindre par une
épithète quand il s’agit du beau esthétique. Nouvelles recherches sur l’ Esthétique
et la Morale, p. 69. (M. Marsal.) — En fait, beau s'emploie souvent dans la langue
courante, en dehors du domaine proprement esthétique : « Une belle occasion, un
beau coup, tout beau, un bel exemple, etc.» Mais l’idée est bien moins celle de
plaisir que de perfection en son genre. (E. Bréhier. — Ed. Le Roy.) — « Une
betle action» n’a pas le même sens qu’ « une bonne action » : dans ce cas, ce que
l'on veut exprimer n'est ni l’idée d'agrément. ni celle de valeur artistique, mais
de courage moral ou de noblesse des sentiments. (D. Parodi.) — La proposition
de Durand de Gros a de plus le défaut de préjuger que l’essentiel de la valeur
esthétique est de provoquer du plaisir, ce qui n’a rien d'évident. (A. L.)
Sur Behaviorism. — André Ti1QuIN, qui a publié sur ce sujet un volume très
étendu et très documenté, fait remarquer que le behaviorisme n’est pas, comme
le dit souvent son protagoniste John B. Watson, « la science du comportement »
(qui devrait d’ailleurs s'appeler behaviorique), mais une doctrine philosophique
et même métaphysique caractérisée par cinq thèses fondamentales : 1° Monisme
matérialiste et déterminisme ; 2° Réduction du fait psychologique à l’interaction
de l’organisme et du milieu, et conception de tout comportement comme une
«adaptation », celle-ci étant définie non pas seulement comme une réaction à une
action subie, mais comme une réponse active, dont la fonction est de neutraliser
cette action, soit par une modification de l’objet qui la produit, soit par une modifi-
cation de l'organisme lui-même ; 3° Affirmation que le système nerveux fonctionne
411
BIEN
EE ——— —————_———————
Berkeley (Argument de), voir Argu-
ment*.
BESOIN, D. Bedürfnis ; E. Want
(manque de), Need (nécessité: ; 1. Bi-
sogno.
A. Sens général. État d’un être par
rapport à ce qui lui est nécessaire en
vue de n'importe quelle fin, soit in-
terne, soit externe ; soit qu’il l’ignore,
soit qu'il le sache. « Un paresseux a
besoin qu’on le pousse à travailler; les
sauvageons ont besoin d’être greffés. »
B. En ne considérant que la finalité
interne, état d’un être par rapport aux
moyens indispensables à son existence,
sa conservation, ou son développe-
ment : 1° soit qu’il les possède actuel-
lement : « Les poissons ont besoin
d’eau » ; 20 soit qu’il ne les possède pas:
« Être dans le besoin. «
C. Spécialement, en Psycx. et en
ÉTuique. Besoin ressenti, c'est-à-dire
état pénible résultant d’un besoin au
sens B, 2°. Cette conscience suppose
en général, mais non pas nécessaire-
ment, la connaissance de la fin pour-
suivie, et des moyens qui permettront
de l’atteindre.
D, E, F. Besoin désigne aussi, dans
ces trois sens, l’objet du besoin, c’est-à-
dire la chose dont on a besoin. C'est
ainsi que KANT désigne certaines as-
somptions* comme des « besoins de la
Raison pure ».
CRITIQUE
On appelle surtout besoins [par op-
position aux désirs) ceux des besoins A
que l’on considère comme nécessuires
ou légitimes. Cependant, cet usage n’est
pas constant, car d’autres moralistes
parlent du besoin de luxe, du besoin
d’excitations factices, etc., pour les
réprouver. Il y a toujours cependant,
dans le mot besoin, l’idée d'une force
à laquelle il n’est pas répréhensible de
céder (au moins dans son état actuel),
soit à cause de son caractère naturel,
soit à cause de son intensité, soit à
cause des conséquences graves qui
résulteraient de l'avoir négligée. La
réprobation, quand elle existe, porte
sur le fait d’avoir laissé le besoin se
développer, et non sur le fait de le
satisfaire actuellement, qui reste excu-
sable. Le mot ne devra donc être
jamais employé sans tenir compte de
cette valeur justificative. — Voir ophé-
limité*, utile*. (Critique.)
Rad. int. : Bezon.
1. BIEN, adv., pouvant être employé
adjectivement comme attribut. — D.
Gut; wohl; E. Good, well; I. Bene.
Voir Mal*.
Se dit de tout ce qui est objet de
toujours « par arcs entiers », sans que l'énergie afférente puisse être dissipée dans
les centres, et sans qu’il puisse s’y produire des phénomènes donnant naissance à
un courant nerveux efférent ; 4° Conception de la psychologie comme une science
pratique, formulant des lois par lesquelles on puisse prévoir la réaction en connais-
Sant le stimulus, ou assigner le stimulus en connaissant la réaction ; — 5° Conti-
nuité de la vie animale et de la vie humaine, et passage de l’une à l’autre par
évolution. Le behaviorisme ; origine et développement de la psychologie de réaction
en Amérique (1942), p. 13-29.
Sur Besoin. — Besoin, étymologiquement, désigne une affaire quelconque (Lat.
opus est). LA FONTAINE emploie affaire pour besoin, et besogne (doublet de besoin)
pour affaire. (Le Lion et le Rat, 11. — Le Renard et la Cigogne, 3.) — Le besoin
est donc d’abord l’état d’une chose quelconque à laquelle manque ou pourrait
manquer une détermination nécessaire à l’usage que nous voulons en faire ; par
suite, et ce sens est devenu le sens propre, l’état d’un être à l’égard de ce qui
lui manque pour accomplir ses propres fins. (J. Lacheller.)
à 112
satisfaction ou d’approbation dans
n'importe quel ordre de finalité : par-
fait en son genre, favorable, réussi,
utile à quelque fin; c’est le terme lau-
datif universel des jugements d’appré-
ciation. Il s'applique au passé et à
l'avenir, au conscient et à l’incons-
cient, au volontaire et à l’involontaire.
2. BIEN, suhst., D. Gut, das Gute ;
au sens de bien-être, Wohl;: — E.
Good ; I. Bene.
A. Relativement : ce qui est utile à
une fin donnée, à un être. « Le bien de
l'État. » — « Tromper un malade pour
son bien. » En particulier (surtout au
pluriel) : richesse, chose possédée.
B. Bien-être.
C. Concept normatif fondamental de
l’ordre éthique : ce qui possède une
valeur morale, soit catégorique Île
Bien), soit dérivée (un bien). — A
l'égard des actes accomplis, c'est donc
+
ce qu’on approuve ; à l'égard des actes
futurs, ce qu’on doit faire. Ce mot dif.
fère cependant beaucoup de celui de
Devoir : 1° en ce qu'il n’implique au-
cune idée d’obligation ou d’obéissance
à une autorité, mais seulement de
norme ou de perfection ; 2° en ce qu’il
concerne l’acte lui-même qui doit être
accompli, et non l'intention.
Rad. int. : aux sens À, B, bon ; au
sens C, benign.
Cf. Bon*, Critique.
Bien (souverain), G. r&yax@ôv ; L. Sun.
mum bonum; D. Das hôchste Gut :
E. « Summum bonumn ; I. Sommobene.
A. Dans la philosophie grecque, lc
Bien par excellence, qui seul est bon
par lui-même et par rapport auquel
tous les autres ne sont que des moyens.
Secondairement, et en particulier chez
ARISTOTE, le but de toute activité dans
lle monde. (Éth. à Nicom., I, ?, 10943.
Sur Bien, C. — La premiére rédaction de cet article disait que le bien, au sens
moral, est ce qui, dans l’ordre de l’action, est préférable à son contraire. « L'agréable
et l’utile, a fait observer J. Lachelier, sont aussi préférables à leurs contraires, et
Cependant ne sont, pas des biens moraux. L'idée du Bien moral n’est guère séparable
de celle d'obligation. » Nous avons évité, d
ce qui donnait lieu à cette critique. On pe
est agréable ou utile peut être fait sans
ans la nouvelle rédaction de cet article,
ut cependant remarquer, que si ce qui
négliger ou sacrifier rien de meilleur»
il est bien, même moralement, d'agir ainsi.
Ce cas ne supprime pas la référence à l’idée d’obligati i i
à ée d’obligation. si par ailleurs on la
considère comme un des caractères essentiels de la moralité : elle intervient alors
pour déterminer si ce qu’il s’agit de faire peut l'être sans porter atteinte à quelque
règle obligatoire. Dans ce cas elle intervient d’
une manière négative, et par
conséquent indirecte. Mais d’autre part, nous ne pouvons pas faire entrer ici cette
idée dans la définition même du Bien moral, puisque celui-ci est conçu par certains
philosophes comme une valeur, mais non comme un commandement (A. L.)
Voir Bon*, Observations, et Obligation*. | a
Le mot Bien évoque une idée statique d'ordre f{ordo) plutôt que de comman-
dement. — D'autre part, il ne me semble pas exclure absolument l'intention mais
plutôt impliquer la synthèse du point de vue formel et du point de vue matériel
dans la moralité. (M. Blondel.)
Sur Bien et Souverain Bien. — Critique générale : Il me semble qu’il y a dans
tous les emplois du mot Bon et de ses dérivés une dualité fondamentale de sens :
le bien est perfection (en soi) ou bonheur (pour celui qui le possède). — Histori-
quement, c’est certainement ce dernier sens qui est le premier : le bien est ce
dont nous avons besoin, ce qui nous satisfait. Le bien par excellence, c’est la
AA : k
terre ; c’est ensuite une possession quelconque :
avoir du bien (MoLièRE), mar-
B. Dans la philosophie moderne, et
en particulier chez KawT, un bien tel
qu'il satisfasse l’homme tout entier,
tant à l'égard de la raison que de la
sensibilité et de l’activité. « Der Gegen-
stand des Begehrungsvermôgens ver-
nünftiger endlicher Wesent. » (Kritik
der prakt. Vernünfr. Dialektik, ch. un.
Ed. Kirchmann, 133.)
CRITIQUE
KanT critique cette expression, et
fait remarquer qu'elle est ambigué,
souverain (hôchste) pouvant signifier
soit le plus élevé en dignité (oberste),
soit absolument complet (vollendete),
c’est-à-dire qui ne soit pas une partie
d’un tout plus large et qui n’ait rien
de partiel ; c'est là, selon lui, le sens
vrai de cette expression; car dans le
premier cas, elle ne serait applicable
qu’au Bien moral. (/bid., Kirchm.
132.) Mais : 1° l’usage et cette critique
même ont précisé le sens de l’expres-
sion, 2° la distinction qu'il établit
perd beaucoup de son importance si
l'on n’admet pas avec lui qu'il y ait
un impératif catégorique et un bien
moral absolus, indépendants de toute
considération de sensibilité ou d’incli-
nation.
Le concept est donc bon et la formule
utile à conserver.
Rad. int. : Supreg(a) Lon(oj.
BIENFAISANCE, D. Wohltätigkeit ;
E. Beneficence ; |. Beneficenza.
Action de faire du bien aux autres;
ce mot est souvent employé, d’après
l'usage de M. H. SPENCER, dans ses
1. « Le souverain Bien est l'objet qui satisferait toute
la faculté de désirer d’êtres raisonnables finis. »
__ BIOMORPHIQUE
Principles of Ethics, pour désigner les
devoirs ou les actions morales qui vont
au delà de la justice, et qu’on appelle
plus ordinairement charité*. (Voir ce
mot.)
BIOGÉNÉTIQUE (loi). « Le dévelop-
pement embryogénique reproduit la sé-
rie animale. » SERRES (1860). —« L’onto-
génèse reproduit la phylogénèse » : le
développement, et particulièrement le
développement embryonnaire de cha-
que individu reproduit en abrégé les
états parcourus par l'espèce dans son
évolution. Fritz MÜLLER (1864) ; HAE-
CcKEL (1866).
Cette « loi » a été souvent contestée.
Il ne s’agirait en tout cas que d’un
parallélisme dans les grandes lignes.
BIOLOGIE (D. Biologie; E. Bio-
logy ; 1. Biologia).
Terme créé par Lamarck (voir Phil.
zoologique, Avertiss., p. 14) pour dési-
gner en général la science des êtres
vivants, c’est-à-dire au point de vue de
l’objet, la Botanique et la Zoologie ; au
point de vue des problèmes, la Morpho-
logie et la Physiologie avec toutes leurs
subdivisions. M. Bazowin appelle le
premier point de vue Special Biology
et le second General Biology (V9 Bio-
logical).
Rad. int. : Biologi.
« Blologisme », voir Biomorphisme*,
Obs.
« BIOMORPHIQUE, Blomorphisme. »
Termes désignant le caractère général
des tendances ou des doctrines qui
interprètent les phénomènes psycho-
logiques ou sociaux (et l’on pourrait
chand de biens, biens-fonds ; un train de marchandises s'appelle en allemand et
en anglais un train de biens, Güterzug, goodstrain. — Le bien, au sens de perfection
est probablement ce qui nous cause une satisfaction objective, ce qui nous satisfait
comme êtres raisonnables :
l’homme bon, c’est primitivement, et c’est toujours
Populairement, celui qui nous fait du bien ; c’est ensuite celui dont la conduite
Nous satisfait objectivement, celui qui fait Le bien. (J. Lacheller.)
114
de
ajouter dans certains cas les phéno-
mènes physiques) en les considérant
comme une forme spéciale de la Vie*
aux sens C et D.
formés d'individus librement mobiles
Ce terme n’a pas eu de succès, Pro.
| bablement parce qu’il ressemble tro
! à blastoderme.
|
« BIONOMIE » (D. Bionomie: E. |
Bionomics ; I. Bionomiu).
Science des rapports qu'ont les orga- |!
nismes entre eux et avec leurs milieux. |
Terme proposé par Raï LANKESTER
et adopté par plusieurs biologistes |
contemporains.
Rad. int. : Bionomi. !
BOCARDO (ou Bokardo). Mode de la
3e figure se ramenant à Barbara bar
régression* {réduction à l'absurde) :
Quelque M n’est pas P
Tout M est S
Donc Quelque S n’est pas P.
BON, adj., D. Gut; E. Good; ].
{ Buorio.
A. Terme laudatif général : « Un bon
raisonnement ; un bon tohleau ; un bon
: instrument ; etc. » — « Trouver bon. ;»
— « Ce n’est pas assez d’avoir l'esprit
ban, mais le principal est de l'appli-
quer bien. » DESCARTES, Disc. de la
Méthode, 1, 1. Cf. Bien*.
Bi-uniforme, bi-univoque. — Voir
Uniforme* et Univoquet.
« BLASTODÈME » (G. Baxarés, bour-
veon; ônuocs, peuple). Terme proposé
par Espinas pour désigner les individus
composés d’éléments qui sont eux-
mêmes des sociétés de cellules, cons-
Spécialement :
titués à l’état de segments ou d’organes B. Moralement bon. Voir Jien*,
différenciés : « Un blastodème, c’est-à- | subst., B.
dire une société deux fois composée, C. Utile à un être, ou à une fin don-
dont la fonction de nutrition est le | née pour. « Musica bona est melan-
lien. » Sociétés animales, 1re éd., p. 105.
Cf. Être ou ne pas être, Revue philos.,
1901, 1, 465, où il revient sur le sens
de ce terme et accorde (contrairement
à son usage antérieur) qu'il vaut mieux
réserver le mot société aux systèmes
cholico, mala lugenti. » SPINOZA, Éthi-
que, *° partie, Préface.
D. Bienveillant, aimant à faire plaisir
aux autres et à leur éviter ce qui est
pénible. Le substantif correspondant,
en ce sens, est bonté*.
Sur Biomorphisme, biomorphique. — Je me suis permis de proposer, dans la
4e édition du Vocabulaire, ces néologismes, dont je m'étais souvent servi depuis
quelques années dans mes cours, quelquefois dans mes publications (p. ex. Notice
sur la vie et les travaux d'Espinas).
Ils me paraissent très commodes, en permettant d’éviter une périphrase
dont la nécessité se présente fréquemment quand on parle des théories contem-
poraines. « Biologisme » a été quelquefois employé dans ce sens ; mais on manque
alors d’un adjectif correspondant, car biologique, très usuel, veut dire : « relatif à
la biologie » (p. ex. « recherches biologiques »), ou « présentant les caractères de la
vie » (p. ex. « phénomènes biologiques »). (A. L.)
Sur Bonet Bien (Critique). — Il faut faire exception pour la formule Le bien
public, qui est usuelle, expressive et qui ne comporte pas d’équivoque. (J. Lachelier.
V. Egger.)
Il n’est pas nécessaire d’écarter la question de savoir si le bien d’un être est
identique à sa fin : il doit être permis de rechercher si l’idée de fin n’est pas latente
dans les concepts À, B, D, F. (V. Egger.) — La question en elle-même peut sans
doute être posée, mais l'énoncé cité dans le texte n’en reste pas moins obscur et
Fe ds :
E. Apte à faire ou à recevoir une
action (bon à …). « Bon à tout faire. »
«Bon à mettre en pages. » |
F. Réalisant d’une maniere so
du moins approchée, le type idéa
_ son genre. « Un bon écrivain; un
En citoyen. » En particulier, fidèle aux
incipes d’une religion, d’une me
trine, d’un groupe social. « Un on
musulman. Un bon cartésien. »
Quelquefois employé, en ce sens,
avec une nuance d’ironie.
» — «
CRITIQUE
Le mot bon et ses dérivés présentent
donc des acceptions multiples et diver-
gntes. 11 serait impossible, en français,
de spécialiser un mot aussi usuel. .
eut cependant proposer les règ “
suivantes, qui éclairciraient le langage :
40 Au sens F,employer de préférence
les mots parfait, fidèle, vrar, ou des
expressions telles que au Sens propre
du mot. toutes les fois qu il peut y
avoir confusion avec le sens B.
90 Ne pas employer bon aux sens C;
ou E, sans que rien marque Ce à quoi
cette utilité ou cette aptitude est
ive.
ir Réserver l'expression le bien au
sens éthique B. Éviter, par conséquent,
les formules où ce mot est employe au
sens vague : le bien d'un être. — La
BONNE FORME
question scolastique : « Si le bien d’un
être est identique à sa fin » est une
tautologie au sens C; elle peut com-
porter une réponse affirmative au
sens B, sans l’admettre au sens C, etc.
Rad. int. : À. Bon; B. Etike bon;
C. Util; D. Benign; E. Apt ; F. Per-
fekt, fidel.
Bonne conscience, conscience morale
qui éprouve {à tort ou à raison) Île
sentiment de n’avoir rien à se reprocher.
« Bonne forme », D. Gute Gestalt.
Notion essentielle dans la « théorie de
la forme », introduite par WERTHEI-
MER, Untersuchungen über die Lehre
von der Gestalt, 1922. — Étant donné
que toute forme*, physique, biologique
ou psychologique, considérée comme
susceptible de varier, tend à un état
ou à un régime d'équilibre qui ne
change plus une fois atteint, tant que
les circonstances restent les mêmes, on
appelle « bonne forme » celle qui cons-
titue cet état. Elle est, en général, la
plus simple, la plus régulière ou la plus
symétrique de celles qui peuvent se
produire, étant donné les conditions
extrinsèques du phénomène. Voir Paul
D Sr ie M
\ 1. Recherches sur la théorie de la forme.
i ê il peut correspondre à ces divers
équivoque, comme le prouve le fait même qu il pe p
concepts. (Louis Couturat, A. L.)
Il me semble qu’il n’y a pas simplement ambiguité verbale entre les concepts
A, B, d’une part, D de l’autre,
mais un rapport réel d'idées qu'on peut chercher
à établir. (C. Webb.) — Sans doute, et nous admettons de même qu’un utilitaire
cherche à ramener À, B, F à
C: mais ce sont des questions qui ne doivent se
;
: : Had
poser qu'après avoir d'abord distmguë analytiquement les concepts. Voir Critiq
et fixation du langage philosophique, C. R
tome I. (A. L.)
du Congrès de philosophie, 1900,
Sur « Bonne forme ». — On désigne souven l idée évoquée P t xpressi
v ar ce te expression
O ce : :
sous le nom de loi de la bonne for me, loi de la forme la meilleur e (Gesetz der guten
Gestalt, der besten Gestalt). Ce n'est pas une loi
à proprement parler, puisque la
: éalisation
bonne forme n’est pas définie indépendamment RS dalieuts - hs
ini incipe de Curie,
co e principe de Carnot ou le pr : :
on : Da c’est l'affirmation d'une vection naturelle, dans les chos
,
ou dans les phénomènes psychologiques. (A. L.)
Dos
BONNE FORME
GuizzAuME, La théorie de la forme,
Journal de Psychologie, 1925 ; La Psy-
chologie de la forme, 1937.
Bonne volonté, voir Volonté*.
BONHEUR (CG. EbSœyovia au sens B;
L. Felicitas; D. Glück, Glückseligkeit
au sens C ; E. Happiness ; 1. Felicità).
A. Sens étymologique : chance favo-
rable (même signification dans Happi-
ness, de [{appen, arriver par hasard ;
et dans Glück, de Gelingen, réussir ;
cf. en anglais Luck (Good luck). Glück-
seligkeit paraît avoir été employé pour
effacer cette nuance).
B. État de satisfaction complète, qui
remplit toute la conscience.
C. « Le bonheur (Glückseligkeit) est
la satisfaction de toutes nos inclina-
tions (die Befriedigung aller unserer
iNeigungen) tant en extension, c’est-à-
dire en multiplicité, qu’en intensité,
c'est-à-dire en degré, et en protension,
c'est-à-dire en durée. » (KANT, Critique
de la raison pure, Méthod. transcend.,
ch. 11, 2€ section.)
CRITIQUE
L'idée grecque du bonheur stable,
edSœapoviæ, résultant d’une certaine dis-
a
6 ?
position de l'âme, a été rejetée ay
second plan par la morale chrétienne
et par le kantisme. Mais elle a repris
une importance considérable dans l’6.
thique contemporaine. (Cf. BrocHanp,
La morale ancienne, Revue philoso.
phique, 1901, I, et La morale éclec.
tique, ibid., 1902, 1.) Nous proposons
donc d'employer toujours le mot
bonheur dans l’acception C, qu’il tend
d’ailleurs à prendre dans la philosophie
et même dans le langage courant, où
l’on oppose justement au bonheur la
gaité, le plaisir, la joie et toutes les
satisfactions passagères ou partielles
de la sensibilité.
Rad. int. : l'elic.
BON SENS, D. Gesunder Verstand,
Gescheidtheit : tous deux au sens posi-
tif B, et plus forts que bon sens [cf.
homme de sens, plein de sens] ; E. Good
sense, sound sense, right sense [ces mots
se distinguent, comme en français, de
sens commun*, common sense ; l’expres-
sion good common sense équivaut à gros
bon sens]. On dit encore sense, sans
adjectif, et même plus communément
qu’en français. Cf. Sens* ; — I. Senno.
Chez DEScaRTES : « La puissance de
Sur Bonheur. — Remarquer que l'opposition des sens A et B existe chez
Aristote entre l’ebtuy{x et l’edSauovla. (M. Blondel.)
C peut sembler d'abord se confondre avec B ; mais Kant, dans le texte cité,
entend Glückseligkeit au sens le plus fort du mot bonheur, impliquant un état
acquis et désormais permanent. (A. L.)
L'idée de durée n’est pas essentielle au bonheur, sans quoi on ne pourrait
parler d’un bonheur bref, d’un instant de bonheur. Et, en fait, le bonheur est-il
jamais autre chose qu’un point d'orgue ? Peut-il y avoir un état permanent de
la sensibilité, si nous ne sommes sensibles qu'aux différences ? — On ne distingue
pas assez à mon gré bonheur et béatitude ; celle-ci, idéale et noble, et impliquant
durée ; celui-là, plus psychologique, plus humain, plus grossier si l’on veut :
Stendhal partait chaque matin pour la « chasse au bonheur ». Mais s'il peut être
utile de distinguer conventionnellement bonheur et béatitude, couramment confon-
dus par les meilleurs auteurs, il est surtout important de ne pas confondre le
bonheur effectif, fait psychologique, souvent presque animal, et l’idée ou plutôt
l'idéal du bonheur (que représente aussi le mot béatitude), produit de l'imagination,
peut-être contradictoire, et en tout cas condamné à demeurer inaccessible. Si la
béatitude n’est pas le rond carré, elle est du moins aussi différente du bonheur
qu’on peut goûter en réalité que le cercle mathématique d’un rond tracé à main
levée. (M. Marsal.)
417 a _—
bien juger et distinguer le vrai d'avec
Je faux, qui est proprement ce qu'on
nomme le bon sens ou la raison, est
naturellement égale en tous les hom-
mes. » (Disc. de la méthode, I, 1.)
Ces deux mots sont actuellement
différenciés : le mot raison* a pris une
signification plus technique, et reste
surtout caractérisé par la notion de
l'universel ; bon sens à cessé, au con-
traire, de désigner ce qui est “ naturel-
Jement égal » dans tous les esprits, et
désigne spécialement la puissance de
bien juger, avec sang-froid et justesse,
dans les questions concrètes qui ne
comportent pas une évidence logique
simple. Il s’oppose alors, suivant la
forme des expressions où il entre :
A : à la folie et aux états analogues,
passion, colère : n'être pas dans son
bon sens. (Il reste alors assez voisin de
sens commun*.)
B : au manque de jugement, au ca-
ractère des esprits légers ou des esprits
faux : avoir ou ne pas avoir de bon
sens.
BONTÉ, D. Güte, au sens B, Gü-
tigkeit ; — E. Goodness ; B. Kindness;
— | Bontà ; B. Benignita.
A. Caractère de ce qui est bien ou
bon au sens moral, soit en parlant des
personnes, soit en parlant des choses.
+ Ceux qui s’imaginent que si Dieu
avait été déterminé à agir par la bonté
des choses mêmes, il serait un agent
entièrement nécessité dans ses ac-
tions. » LE1BNIZ, Théodicée, 2e partie,
$ 180.
B. Spécialement (D. Güte, Gütigkeit ;
E. Kindness ; I. Benignità). Caractère
d’un être sensible aux maux d’autrui,
désireux de procurer aux autres du
bien-être ou d’éviter tout ce qui peut
les faire souffrir ; « douceur, indulgence,
bienveillance ». (LITTRÉ.)
BRUTISME
BONUM vacans, expression juridique
désignant un bien sans propriétaire ni
possesseur. S’applique par métaphore
en philosophie à ce qui est omis par une
classification, à ce qui ne tombe dans
le domaine d’aucune science déjà
connue, etc.
«BOVARYSME», terme créé par Jules
DE GAULTIER (Le bovarysme, 1902) pour
désigner « le pouvoir qu’a l’homme de
se concevoir autre qu’il n’est » et, par
suite, de se faire une personnalité
fictive, de jouer un râle qu’il s’attache
à soutenir malgré sa vraie nature et
malgré les faits. — Ce terme est tiré
du nom d'Emma Bovary, que J. de
Gaultier considérait comme un exemple
caractéristique de cette illusion (FLau-
BERT, Madame Bovary, 1857). Dans ses
ouvrages ultérieurs, J. de Gaultier a
encore élargi le sens de ce terme, en
l’'appliquant à toutes les illusions que
les individus ou les peuples se font. sur
eux-mêmes.
Bramantip. Autre nom de BAmaALIP*.
Brute (Mémoire) : voir Mémotire*,
ci-dessous.
« BRUTISME », terme créé par SAINT-
Simon pour désigner la conception pu-
rement mécanique des phénomènes, et
employé par Espinas, particulièrement
en parlant de la théorie des bêtes-
machines ou « brutisme animal ».
L'idée initiale de la philosophie de Des-
cartes, Rev. de métaph., mai 1917,
p.265. Cf. Descartes et la morale, 1, 110.
— « Brutiste », Zbid., 112. Saint-Simon
dit aussi « brutiers » pour désigner les
savants qui ne s'occupent que de la
matière brute (physiciens et chimistes)
par opposition à la vie.
CABALE
C. Cette lettre, placée au commence-
ment d’un nom de syllogisme, marque
qu’il peut être ramené à Celarent* ; —
dans le corps du nom, qu’il ne peut se
ramener à la première figure qu'au
moyen d’un raisonnement par l’ab-
surde. — Voir K*.
CABALE ou Kabbale, Iiébreu :
Æabbalah (chose reçue) ; D. Æabbala ;
E. Cabala ; I. Cabala.
À. Ouvrage de philosophie hébraïque,
composé à une date inconnue, et se
donnant pour le résumé d’une tradition
secrète qui aurait coexisté avec la reli-
gion populaire dés les origines du
peuple hébreu.
B. Doctrine exposée dans cet ou-
vrage et dont les traits essentiels sont :
l’ésotérisme* et en particulier la possi-
bilité de déchiffrer un sens secret dans
la Bible ; la théorie du développement
de Dieu, qui prend conscience de lui-
même en se manifestant par des éma-
nations successives, c’est-à-dire en en-
gendrant par degrés toutes choses de
sa substance ; le dénombrement des
milices célestes, c’est-à-dire des esprits
directeurs dont chacun anime une par-
tie du monde et par l'intermédiaire
desquels on peut dominer les forces de
la nature ; la théorie du symbolisme
des nombres et des lettres; et enfin
celle de la correspondance* universelle,
à laquelle se rattache la conception de
l'homme comme un microcnsme.
Rad. int. : Kabal.
1. CABALISTE, subst. masr., D.
K abbulist ; E. Cabalista ; I. Cabalista.
Philosophe ayant commenté ou déve-
loppé la cabale. — Ce mot contient
non seulement l'idée d’une doctrine
théorique, mais aussi d’une sorte de
magie qui en résulte. On réunit souvent
l’une et l’autre dans l’expression ars
cabalistica.
C
2. « CABALISTE*» (subst. féin.i,
chez Ch. Fourier : l’une des trois pas-
sions « distributives » et des douze pas.
sions«radicales » ou essentielles qui sont,
pour lui, les ressorts de l’action nu.
maine. C’est l'esprit de parti, en tant
qu’il revêt la forme de l'intrigue et se
manifeste par une ardeur à la fois pas-
sionnée et calculatrice. Voir H. Bour-
GIN, Fourier, p. 204-205.
Cacolalie, Voir Coprolalie*.
CALEMES, autre nom de Camenes*.
On trouve aussi Calentes (Porr-RoyaLz,
III, vint); mais cette forme nese jus.
|
|
tifie pas : car on ne peut ramener un
syllogisme de ce type à Celarcnt, après
conversion de la conclusion, qu’en
transposant les prémisses.
CAMENES. \ode de la 4€ figure, qui
se ramène à Celarent par la transposi-
; tion des prémisses et la conversion de
la conclusion :
Tout P est M
Nul M n'est S
Donc Nul S n’est P.
CAMENDOS, forme faible* {ou : su-
balterne) de Camenes*.
CAMESTRES. \lode de la 2e figure,
qui se ramène à Celarent par la trans-
position des prémisses et la conversion
simple de la mineure et de la conclu-
sion :
Tout P est M
Nul S n’est M
Donc Xul S n'est P.
CAMESTROS, forme faibie* {ou : su-
balterne) de Camestres*.
CANON (du G. Kavwv, regle ; X’abord
au sens matériel de ce mot), D. Xanon,
E. Canon ; I. Canone.
À. SCIEXCES NORMATIVES en général:
Ce mot est à peu près synonyme de
dis F ni
#19
CAPITAL
aorme*, mais il présente cependant da-
vantage l’idée d’une règle pratique,
ou d’un modèle à suivre. Par exemple,
3. S. Mie appelle de ce nom les cinq
formules résumant chacune des métho-
des de concordance*, de différence*,
de concordance et de différence réu-
nies, des variations* concomitantes et
des résidus*. Il met aussi la règle qui
interdit d’expliquer le plus connu par
le moins connu au nombre de « the
true Canons of inductive philosophy1 ».
Logique, VI, ch. 1v, $ 2.
B. Chez LEetBniz : « J’appelle canons
des formules générales qui donnent
d’abord ce que l’on demande. » (Math.
Schriften, VIII, 217) : par exemple, la
formule générale qui donne deux nom-
bres connaissant leur somme et leur
différence, la formule qui donne les
racines de l’équation du second de-
gré, etc.
REMARQUE
Ce terme reçoit encore divers sens
spéciaux : 1° un dessin indiquant com-
bien de fois une longueur déterminée
prise comme unité doit se trouver dans
1. « Les vrais canons de la philosophie induotive. »
chaque dimension d’un corps ou d’un
monument; 2° la liste, dressée par
ARISTARQUE, des auteurs classiques
dignes d’être pris pour modèles;
3° l’ensemble des textes bibliques con-
sidérés comme authentiques et faisant
autorité, etc.
Droit canon, D. ÆXanonisches Recht ;
E. Canon Law; 1. Diritto canonico.
Droit ecclésiastique catholique (déci-
sions des conciles et des papes).
« CANONIQUE » (G. Kavowxr).
A. La Logique, chez les Épicuriens.
; (DIOGÈNE LaiacE, X, 30.)
B. Chez Adrien NaviLre (Nouvelle
classification des sciences) et chez
J. J. GovrD (Philosophie de la reli-
gion, p. 30) sert à désigner, soit subs-
tantivement, les sciences « de règles »;
soit, adjectivement, ce qu’on entend
d'ordinaire par normatif d’une part, et
par technologique de l’autre. Ainsi,
pour A. Naville, les règles de calcul
font partie de la Canonique.
CAPITAL, D. Kapital; E. Capital,
| L Capitale.
Sens étymologique : capitalis pars
TE — —
Sur Canon. — Sens A. Spécialement, chez KANT : « Ich verstehe unter einem
Kanon den Inbegriff der Grundsätze a priori des richtigen Gebrauchs gewisser
Erkenntnissvermügen überhauptl. » ÆÂXrit. der reinen Vern., Methodenlhere,
À. 796 ; B. 824. Le canon, en ce sens, s’oppose à la discipline, qui détermine seule-
ment les limites de l’usage d’une faculté ; il constitue un organon qui peut servir
à l’étendre (ibid, ch. 11, Kanon der reinen Vern., au début). Le « canon de la raison
pure », qui n’a point d’usage spéculatif, sera donc la règle de son usage pratique,
c’est-à-dire de l'emploi légitime qu’on en peut faire pour répondre aux questions
de Dieu, de la vie future, et de la liberté.
Dans sa Logik (Introduction, $ 1), il oppose au contraire Organon et Kanon
de la façon suivante : la logique n’est pas un Organon des sciences, cornme le sont
par exemple les mathématiques, parce qu’elle ne fournit pas d’indication ( Anwei-
sung) sur la manière d’atteindre certaines connaissances et d'élargir le domaine des
vérités scientifiques ; elle en est seulement un canon, en tant qu’elle formule les
0ls nécessaires que la pensée doit respecter, et vérifie si l’entcndement, dans ses
applications, est resté d’accord avec lui-même. Elle est ainsi, dit-il, « eine allge-
meine Vernunftkunst (canonica Epicuri)? ». Logik, éd. Kirchmann, p. 14.
—
1. « J'entends sous Le nom de Canon l'ensemble des principes a priori fixant Le légitime usage de certaines faoultes
connaître en général. » — 2. « Un art rationnel uviversel (la canonique d'Epioure). »
CAPITAL
debiti (la somme due par opposition
aux intérêts). BôHm-BAWERK, Ge-
schichte der Kapitalzinstheorient.
Terme employé dans un grand nom-
bre de sens voisins, différents et mal
définis, mais qui présentent le caractère
de s’appliquer tous à un certain nombre
de richesses telles que fermes, maisons
de rapport, valeurs en portefeuille,
usines, machines, instruments, fonds
de commerce, par opposition aux ali-
ments et vêtements d'usage immédiat,
maisons d’habitation, ohjets de pa-
rure, etc. (Ch. G1DE, Principes d’éco-
nomie politique, 151.)
Sans entrer dans ces controverses,
dont le caractère n’est pas essentielle-
ment philosophique, on peut ramener
à deux types principaux les définitions
nombreuses qui ont été données du
capital. (Cf. Baldwin, vo.)
A. Toute richesse, en tant qu’elle
rapporte ou qu'elle est destinée à rap-
porter un revenu à son propriétaire ;
revenu étant pris ici au sens le plus
large : intérêts, loyer, bénéfices, etc.
ADAM SMITH, de qui vient cette défini-
tion, restreint le capital aux richesses
produites, afin de justifier moralement
l'intérêt et le revenu. Il en exclut la
terre, dont le rapport est appelé par
lui non revenu, mais rente (rent of
land), la légitimité lui en paraissant
1. Histoire des théories sur le revenu du capital,
_120
douteuse. (Richesse des nations, 1, 6.
B. Toute richesse, en tant qu’elle ne
sert pas à la consommation immédiate,
mais en tant qu’elle est destinée à ren.
dre la production des richesses plus
abondante ou plus facile.
CRITIQUE
L'effort de la plupart des écono-
mistes a été de réduire ces deux con-
ceptions à l'unité pour justifier l'intérêt
du capital par sa productivité. Mais si
ces deux définitions correspondent cha-
cune à des concepts réels et précis, et
s’il est vrai qu’elles conviennent simul-
tanément à un grand nombre d'objets,
on doit cependant remarquer qu’on ne
peut les prendre pour équivalentes en
extension. En effet, les armes, outils,
approvisionnements d’un homme isolé,
souvent cités comme la forme primi-
tive du capital sont des capitaux au
sens B, mais non au sens A ; et inver-
sement une somme placée ou une mai-
son louée, si elles ne sont pas employées
à la production, sont des capitaux au
sens À, mais non au sens B.
U ne nous appartient pas de fixer
ici le concept qui sera désigné par ce
mot, mais nous faisons observer qu’en
raison de ces divergences, on ne doit
jamais l’introduire dans les discussions
d’Éthique sans spécifier exactement en
quel sens il est pris.
Rad. int. : Kapital.
Sur Capital (Définition). — M. Jacques Rueff propose de définir ce mot, confor-
CARACTÈRE
CAPITALISME, D. Kapitalismus ;
£. Capitalism ; 1. Capitalismo.
A. Régime social dans lequel les ca-
ftaux* au sens B, n’appartiennent pas
à ceux qui les rendent productifs par
jeur travail.
gpécialement, au sens historique, le
régime de grande industrie et de pro-
riété privée développé dans les pays
les plus civilisés au cours du xix° et
du xx° siècles.
B. Doctrine suivant laquelle cet état
est supérieur à l’état contraire, soit au
point de vue de la productivité (voir
Chrématistique*), soit au point de vue
du bonheur, soit au point de vue de
la justice.
. Rad. int. : Kapitalism.
CARACTÈRE, D. Churakter, dans
tous les sens; on dit également, au
sens logique, Merkmal ; E. Character,
dans tous les sens, et même plus étendu
qu'en français ; cependant Temper est
surtout usuel au sens C ; I. Carattere.
A. Sens général et étymologique
(G. Xapæxtnp, une lettre) : signe dis-
tinctif servant à reconnaître un objet.
En particulier, tout ce qui distingue un
être, soit dans sa structure, soit dans
ses fonctions. (Cf. Caractéristique, C*.)
B. LociquEe. Tout élément concep-
tuel qui peut être affirmé avec vérité
d’un être ou d’une notion. — Cf. Com-
préhension* totale. On distingue les
Caractères en essentiels* et acciden-
tels*, communs* et propres*.
C. PsycHoLzocie. Ensemble des ma-
nières habituelles de sentir et de réagir
qui distinguent un individu d’un autre
(ou quelquefois un groupe d’un autre :
le caractère français). KanrT définit le
caractère, conformément à sa défini-
tion de la cause* {cf. sub vo, B, 20) :
« Es muss eine jede wirkende Ursache
einen Charakter haben, d. i. ein Gesetz
ihrer Causalität, ohne welches sie gar
nicht Ursache sein würdet. » (Critique
de la Raison pure, Dial. transc., éd.
Kehrhb., 432, livre 11, chap. 11, 9€ sec-
tion, $ 3b) — Il en conclut qu'il y a
lieu de distinguer chez un être son
caractère empirique, Où phénoménal
« wodurch seine Handlungen, als Er-
scheinungen, durch und durch mit
anderen Erscheinungen nach beständi-
gen Naturgesetzen im Zusammenhange
stehen? »; et son caractère intelligible
« dadurch es zwar die Ursache jener
Handlungen als Erscheinungen ist, der
aber selbst unter keinen Bedingungen
der Sinnlichkeit steht und selbst nicht
Erscheinung ist® ». (/bid., 433. — Admis
par SCHOPENHAUER, Le monde comme
volonté, etc., I, $ 55.)
D. ÉTHIQUE. Au sens laudatif, pos-
session de soi, fermeté et accord avec
soi-même.
Rad. int. : Karakter.
1. « Il est nécessaire que toute cause agissante ait un
caractère, c'est-à-dire une loi de sa causalité, sans laquelle
elle ne pourrait aucunement être cause. » — 2. « .… par
lequel ses aotions, en tant que phénomènes, sont re-
liées intégralement à d’autres phénomènes suivant les
lois constantes de la nature, » — 3. « … par lequel il est
bien la cause de ces actions en tant que phénomènes,
mais qui lui-même ne tombe pas sous les conditions
| de la sensibilité, et n'est pas lui-même un phénomène. »
mément aux idées d’Irving FisHER : « Tout objet, matériel ou immatériel, sus-
ceptible de produire des services. » Par « services », il faut entendre « des influences
recherchées par les hommes », c’est-à-dire l'utilité que l’on tire ou que l’on peut
tirer d’un bien possédé : par exemple, le service d’une maison est de protéger
contre les intempéries, le service d’un kilo de pain est de nourrir, le service de
notre corps est le travail qu'il peut produire, le service d’un brevet d'invention
est de rendre possible la production de la chose inventée. Le revenu d’un capital,
pour une certaine période, est « le flux des services fournis par lui pendant cette
période. » Voir J. Ruerr, L'ordre social, ch. vi, tome I, 70-71.
Sur Capital (Étymologie). — On dit aussi principal par opposition aux intérêts.
(L. Weber.) — On pourrait adopter toujours principal en ce sens et spécialiser
capital comme terme antithétique de travail. (C. Hémon.)
Sur Caractère. — L'histoire du concept est intéressante. Voir R. Eucken,
Grundbegriffe der Gegenwart, 2° éd., et R. HILDEBRAND : « Charakter » in der
Sprache des vorigen Jahrhunderts (Zeitschrift für den deutschen Unterricht, VI, 1).
Sur Caractère, C. — Le passage du sens logique au sens psychologique peut
s'expliquer par l’usage du mot dans les caractères de THÉOPHRASTE caractères
spécifiques, portraits d'un type. (J. Lacheller.)
C’est une discussion de savoir si l’on doit faire entrer dans la définition du
Caractère les phénomènes intellectuels. 11 me semble que le sens du mot est un
Peu forcé quand on va jusque-là. On peut distinguer l’individualité, qui comprend
toutes les particularités d’un être, et le caractère, au sens restreint défini ci-dessus.
G. Dumas.)
NS
CARACTÉRISTIQUE
CARACTÉRISTIQUE, subst., L. ars
characteristica ; D. Characteristik; E.
Characteristic ; I. Caratteristica.
A. Art de représenter les idées et
leurs relations par des signes ou « ca-
ractères ».
B. Système de tels signes : la Carac-
téristique universelle de LEIBNIz (appe-
lée aussi Specieuse [c.-à-d. Algèbre]
générale) devait être à la fois une langue
universelle philosophique et une logique
algorithmique.
C. Synonyine de caractère* au sens A.
« CARACTÉROLOGIE », D. Chu-
rakterologie (WunpT, Logik, 3 éd., III,
61, etc.), Psychologie appliquée à la
détermination des caractères indivi-
duels. — Cf. Éthologie*.
« CARDINALES (Vertus) », L. Cardi-
nales virtutes ; D. Cardinaltugenden ;
E. Cardinal virtues ; 1. Virtu cardinuli.
On appelle ordinairement ainsi les
quatre vertus* considérées par PLATON
comme constituant la perfection mo-
rale (sagesse, courage, tempérance et
justice). Cicéron suit cette même divi-
sion et la présente comme admise par
_ 12
CT
les épicuriens et les stoïciens. (De Fini.
bus, 1, 13 à 16; II, 16 ; etc.)
Cette expression vient de S't A.
BROISE ; Mais il l’applique à sept autres
vertus (piété, science, etc.). De Sacra.
mentis, III, 2. Il cite en plusieurs
autres passages les quatre vertus pla.
toniciennes, en les nommant virtutes
principales. (De officiis ministrorum
I, xxx1v. De Paradiso, 111, 18, etc}
Mais les deux expressions sont pour
lui synonymes, car on lit dans le texte
du De Sacramentis cité ci-dessus
« Omnes quidem virtutes ad Spiritum
pertinent ; sed istae quasi cardinales
sunt, quasi principales. »
Carnot (principe de), voir Entropie*
Involution*.
CARTÉSIANISME, D. Curtesianis.
mus ; E. Cartesianism; I. Cartesia-
nismo.
A. Philosophie de DESCARTES.
B. Philosophie des disciples et des
successeurs de DescarTEs (Bossuet,
Fénelon, Malebranche, Spinoza, Port-
Royal, le P. André, etc.).
Sur Caractérologie. — M. LE SENNE, qui a donné ce titre à un ouvrage récent
(1945) distingue deux sens du mot :
« 19 Au sens étroit, la caractérologie est la connaissance des caractères, si l’on
entend par ce mot le squelette permanent de dispositions qui constitue la structure
mentale d’un homme...
29 Au sens large, souvent employé par les Allemands, la caractérologie porte,
non seulement sur ce qu’il y a de permanent, d’initialement et perpétuellement
donné dans l'esprit d’un homme, mais sur la manière dont cet homme exploite le
fonds congénital de lui-même, le spécifie, le compense, réagit sur lui. » (Ch. Serrus.)
Sur Cartésianisme. — J’approuve entièrement l’exclusion de principe portée
par les auteurs du vocabulaire contre l’emploi des noms de doctrine dans le raison-
nement et la discussion philosophiques. (F. Ténnies.)
Dans cet article figurait en première rédaction un essai de résumé des thèses
essentielles communes aux cartésiens qu’il a été nécessaire de supprimer, l’accord
n’ayant pu s'établir entre les membres de la société ni sur la question de savoir
si le terme cartésianisme doit s'appliquer au seul système de Descartes, ou s'étendre
à tout son groupe, ni sur la question de savoir précisément ce qui, de la pensée
de Descartes, est devenu la pensée commune de ses disciples et de ses successeurs.
(Notes de J. Lachelier, V. Egger, M. Blondel ; discussion à la séance du 7 mai 1903.)
Ce désaccord paraît confirmer le fait que les noms de systèmes ne servent qu’à
établir la confusion. Cependant, comme le fait observer M. BLOoNDEL, « on à
CASUISTIQUE
CRITIQUE
comme tous les noms de systèmes,
mot Cartésianisme est souvent em-
ployé dans la discussion philosophique
s une connotation mal définie.
Nous Proposons donc de ne l’employer
jémais qu’en extension pour désigner
fe groupe de Descartes et des cartésiens,
c'est-à-dire de ses disciples, au sens
farge du mot. (Voir ci-dessus, B.)
‘ « Cartiste », synonyme ancien de
eartésien (en désuétude). — ARNAULD,
Examen du Traité de lEssence du
corps, Œuvres, t. XXX VIII, 139.
° CASTE, mot emprunté vers 1740 au
portugais : casta, du latin castus, non
mélangé, de race pure. — [). Kaste ;
E. Caste ; 1. Castu.
Groupe social fermé, se recrutant
par l’hérédité ou l’adoption. Diffère de
la classe* : 1° en ce que celle-ci est
moins fermée, 2° en ce qu’elle n'a
qu’une valeur d'opinion, tandis que la
caste possède une existence légale et
des privilèges précis, 3° en ce que la
caste implique une distinction reli-
gieuse. — Ce terme, appliqué d'abord
aux divisions sociales de l’Inde, a pris
de nos jours une valeur générale, et
même souvent métaphorique, avec une
nuance généralement péjorative.
Les ordres de l’ancien état social fran-
çais diffèrent des castes par un mode
de recrutement plus large (cooptation
du clergé, anoblissements royaux, etc.).
Voir BoucLé, Essai sur le régime
des castes (1908); J. Luommer, article
« Caste » dans la Revue de Synthèse,
tome XVIII (1939), où Caste est dis-
tingué de Clan, classe, ordre, état.
Rad. int. : Kast.
« Casualisme », voir T'ychisme*, ob-
servations.
CASUISTIQUE, D. Casuisuik; E.
Casuistry ; 1. Casistica.
Étude des cus de conscience, c’est-à-
dire des problèmes de détail qui résul-
tent de l'application des règles éthiques
toujours appelé spontanément les doctrines du nom de leur créateur, et c’est
justice ; car la doctrine implique, outre la part intellertuelle, et plus ou moins
communicables par l’enseignement abstrait, un élément vital : c’est une œuvre
d'art, une réussite individuelle... » 1] accorde d’ailleurs que les idées, ainsi nées,
«s’incorporent ensuite au patrimoine scientifique et collectif » et qu’il se produit
par là « un progrès de la philosophie générale sur les ruines des doctrines parti-
culières ». C’est à ce dernier point de vue que nous nous sommes placés dans ce
vocabulaire, (A. L.)
Sur Casuistique. — Il importe ici de démêler deux idées trop ordinairement
confondues. 11 y a une « casuistique objective » qui, sans égard à l’état intime de
telle ou telle conscience, étudie dans l’abstrait tels ou tels conflits de deveirs nés
de l’enchevêtrement de faits accidentels. Et quand on considère uniquement cet
aspect du problème, on risque de substituer à la vie morale un mécanisme ingénieux
mais dangereux ; car alors on suppose que le matériel des faits peut, même in
concreto, déterminer la valeur des actes et recouvrir le formel des intentions ;
et on paraît donner une prime d’exemption à l'habileté savante qui doit au
contraire augmenter la responsabilité. Mais il y a une « casuistique subjective »
Qui proportionne les obligations, les conseils, les exigences morales au degré de
lumière et de force de chaque âme afin de l’élever per gradus debitos à trancher
les cas de conscience d’une manière de plus en plus délicate. (M. Blondel.)
Le mot casuistique ne convient qu’à ce que M. Blondel appelle la casuistique
objective, Ce qu’il nomme casuistique subjective est la direction de conscience ;
vraie casuistique est une science. (P. Malapert. — L. Brunschvicg.)
A.
CASUISTIQUE
124
à chaque circonstance particulière (stoi-
ciens, moralistes chrétiens, Kant).
Les casuistes ayant été, en général,
des théologiens, le mot s'applique sur-
tout à l'éthique dans ses rapports avec
la religion. Il se prend souvent avec un
sens péjoratif, parce qu’on reproche
aux casuistes d'aboutir, par des subti-
lités de logique, à justifier n’importe
quels actes.
CATALEPSIE, D. Katalepsie; E.
Catalepsy ; 1. Catalessia.
État pathologique défini par un en-
semble de symptômes mentaux et phy-
siques : disparition du mouvement vo-
lontaire, conservation des attitudes
musculaires imprimées au corps (flerti-
bilitas cerea) ; quelquefois continuation
indéfinie des mouvements que l’on a
fait commencer au sujet; réduction
considérable du nombre des idées con-
tenues dans le champ de la conscience
(monoïdéisme d’'Ocnorovicz, RiBor,
Pierre JANET); grande suggestihilité
pour des idées très simples, qui pénè-
trent directement dans l'esprit par le
moyen des sensations et non par l’in-
termédiaire du langage comme dans
le somnambulisme ; oubli après la crise.
La catalepsie est naturelle quand elle
se présente spontanément ; artificielle
dans le cas de somnambulisme pro-
voqué.
« CATAPLEXIE », D. Kataplerie.
Mot créé par PREYER : Engourdisse-
ment des animaux par des procédés
analogues à ceux de l'hypnose, parti-
culièrement parl’immobilisation, quand
cet engourdissement détermine dans
les membres des animaux des phéno-
mènes cataleptiques. A été appliqué
secondairement à l’engourdissement su-
bit, produit chez l’homme par une
secousse, une frayeur, une sensation
Re ———————
brusque de son ou de lumière, etc.
Accepté par LITTRÉ.
CATÉGORÉMATIQUE, D. Katego.
rematisch ; E. Categorematic ; |. Cate.
gorematico.
Terme scolastique, aujourd’hui tom-
bé en désuétude, sauf dans quelques
expressions, elles-mêmes peu usitées,
A. En parlant de l'infini : celui dont
les éléments existent non seulement en
acte, mais sont distincts et séparés (en
sorte qu’on puisse commencer à les
dénombrer) et constituent le tout par
leur addition. « Il est vrai qu’il y a une
infinité de choses, c’est-à-dire qu'il y
en a toujours plus qu’on n’en puisse
assigner. Mais il n’y a point de nombre
infini de lignes ou autre quantité in-
finie si on les prend pour de véritables
touts... Les Écoles ont voulu dire cela
en admettant un infini syncatégoréma-
tique, comme elles parlent, et non pas
l'infini catégorématique.»LEIBN1z, Nouv.
Ess., II, xvut, 1. Voir Syncatégoréma-
tique*, texte et critique.
B. En parlant des mots, ceux qui ont
un sens par eux-mêmes, et ne sont pas
seulement la marque d’une relation
entre des termes significatifs. Pris-
cIEN rapporte que selon les dialectici
(qu’il oppose aux Stoïciens) « partes
orationis sunt duae, nomen et verbum.
quia haec solae et jam per se con-
junctae plenam faciunt orationem,
alias autem partes syncategoremata,
hoc est, consignificantia, appellant »,
Institutiones grammaticae, 11, 1v, 15;
d’après PRANTL, Gesch. der Logik, Il,
148.
CATÉGORÈME, G. xarmyépquæ (P.
ex. ARISTOTE, nept épu., 20b32). Dans
la langue classique, voulait dire primi-
tivement accusation.
Sur Catalepsie. — L'expression cataleptique s'applique à un membre, à un mou-
vement, ou à une attitude quand on constate en eux les caractères définis ci-
dessus, même si l'esprit du sujet n’est pas envahi tout entier par la catalepsl®
complète. (Pierre Janet.)
}
D)
#25
Pt
A. Ce qui est affirmé d’un sujet. —
Cf. Attribut*, predicat*.
B. Terme catégorématique*.
Catégorico-déductive méthode), voir
«“Déductif et Hypothétique*.
CATÉGORIE, Gr. xarnyopix, de xarn-
vopeiv, affirmer; L. Prædicamentum ;
D. Kategorie ; E. Category ; 1. Categoria.
A. Primitivement, chez ARISTOTE,
prédicat* de la proposition ; d’où vient
qu’il appelle catégories de l'être (xaxrnyo-
plat Tob üvroc), et par abréviation caté-
gories) les différentes classes de l’être
ou les différentes classes de prédicats
que l’on peut affirmer d’un sujet quel-
conque. 1l les énumère en nombre va-
riable ; la liste la plus complète en
comprend dix oÙgix, TOGÛV, TOLOV,
npéç rt, ToÙ, mûre, xelodar, Éyerv, rousiv,
naoxetv. (Catégories, IV, 1b. Même liste.
sauf +i éoriv au lieu de obaix, T'opiques,
IX, 103b.)
Le mot a été pris dans le mème sens,
mais une liste différente en a été donnée
par les stoïciens et les néoplatoniciens.
B. Chez KawrT et dans l’école kan-
tienne, les catégories sont les concepts
CATÉGORIE
fondamentaux de l’entendement pur,
« Stammbegriffe des reinen Verstan-
des » (Critique de la Raison pure, 97).
formes a priori de notre connaissance.
représentant toutes les fonctions essen-
tielles de la pensée discursive. Elles se
déduisent de la nature du jugement,
considéré dans ses différentes formes
et se ramènent à quatre grandes clas-
ses : Quantität, Qualität, Relation. Mo-
dalität. (1bid., 96.)
RENouvirr donne une énuméra-
tion différente des catégories. et il les
définit dans un sens un peu différent :
« Les catégories sont les lois premières
et irréductibles de la connaissance, les
rapports fondamentaux qui en déter-
minent la forme et en régissent le mou-
vement. » (Logique, 1, 184.) Elles com-
prennent pour lui le temps et l’espace.
C. D'une façon moins technique, on
entend par catégories les concepts géné-
raux auxquels un esprit (ou un groupe
d’esprits) a l’habitude de rapporter ses
pensées et ses jugements.
Lévy-BrüunL a même appelé « caté-
gorie affective » une tonalité affective
commune, « principe d’unité dans l’es-
prit pour des représentations qui, tout
Sur Catégorème. — De mème que catégorie a passé du sens de prédicat à celui
de classe de prédicats, catégorème en est venu à désigner quelquefois les diverses
espèces de relation logique que peut soutenir le prédicat avec le sujet : genre,
espèce, différence, propre et accident. Cf. Quinque* voces et Universaux*.
Sur Catégorie, À. — Les catégories stoïciennes sont discutées par PLorTix,
Ennéades V1, 1,25 sqq. Plotin lui-même adopte les cinq uéytotax yévn définis dans
le Sophiste de PLATON, mais non sans en altérer considérablement le sens (Ennéades
VI, Ilet III). (J. Lachelier.)
Comme divers autres termes philosophiques primitivement techniques, caté-
&orie est entré dans la langue courante, où il est souvent employé, à rebours de son
sens scolastique, pour désigner les différentes espèces d’un même genre :
«Ilya
Plusieurs catégories d'immeubles. Tout d’abord, parmi les choses corporelles, la
i établit deux classes d'immeubles, etc. » Cozix et CAPITANT, Cours de Droit
Gil, I, 679. — Cet usage se rattache peut-être au sens général d’attribut, mais
Plus probablement au fait que le système des catégories (catégories de l'être)
CUrnissait un exemple caractéristique de division préétablie. Aussi le mot s’em-
Ploie-t-il surtout en ce sens quand il s’agit de distinctions établies par une autorité
tltre des personnes ou des choses présentant un même caractère général, en vue
les traiter différemment. Mais cet usage n’est pas correct dans le langage
Philosophique. (C. Hémon. — Ch. Serrus. — A. L.)
CATÉGORIE
en différant entre elles par tout ou
partie de leur contenu, l’affectent
cependant de la même manière ». Le
surnaturel et la nature dans la mentalité
primitive, XXXVI.
Rad. int. : Kategori.
CATÉGORIEL et CATÉGORIAL, (S).
CATÉGORIQUE, G. xarnyopuxéc ; D.
Kategorisch ; E. Categoricul ; 1. Cate-
gorico.
A. Un jugement catégorique consiste
— par opposition à un jugernent hypo-
thétique* ou à un jugement disjonc-
tif*, — en une assertion* qui ne con-
tient ni condition ni alternative. La
forme la plus simple en est l’affirma-
tion ou la négation d’un attribut* par
rapport à un sujet.
B. Un syllogisme catégorique est un
syllogisme composé de trois jugements
catégoriques. (Voir Syllogisme*, 1{ypo-
thétique*.i
Catégorique (Impératif). Voir émpe-
ratif*.
« CATHARSIS », du G. XxA0apoic,
purification, évacuation, ou. comme on
dit souvent, « purgation* », en parlant
de la xx0xpaic tüv ralmuitev d’Aristote
ila purgation des passions). Poëétique,
VI, 1449098,
Terme employé par les psychana-
lystes, notamment par Breuer et par
FREUD, pour l'opération psychiatrique
qui consiste à rappeler à la conscience
une idée ou un souvenir dont le refou-
lement produit des troubles physiques
ou mentaux, et à en débarrasser ainsi
le sujet.
126
TT
CATHOLIQUE, D. Katholisch .
Catholic (très usuel en ce sens) : L. Car
tolico. — Outre le sens spécial, mais de
beaucoup le plus répandu, où il dési .
les Églises de ce nom, ce mot s’emploi.
aussi, en son sens étymologique, comme
synonyme d’universel. (G. xaBokxée
de xx@éaou, généralement, universelle:
ment.) Voir p. ex. le texte de Clauber
cité plus loin, à Ontologie*, et celui de Vi.
net au Supplément, sur Socialisme*.
Cauchy (Argument dej, voir Àrgu.
ment*,
Causa sui. Voir Cause*.
CAUSAL, D. Causal, Ursächlich : E
Causal ; I. Causale. en
Qui concerne la cause*, appartient à
la cause, ou constitue la cause (S).
CAUSALITÉ, l. Causalität ; E Cau-
sality, causation ; I. Causalita.
A. Qualité de cause.
B. Rapport actuel d’une cause* et
| d’un effet. Ce rapport étant ou n'étant
pas Conçu comme une action au sens D.
Causalité (Principe ou loi de).
L'un des axiomes fondamentaux de
la pensée, ou principes rationnels*. L'é-
noncé le plus usuel est celui-ci : « Tout
phénomène a une cause. » (Et non :
tout effet a une cause, ce qui est tau-
tologique, au sens actuel du mot cffet*.)
Autres énoncés : « Ex data causa
determinata necessario sequitur effec-
tus ; et contra si nulla detur determi-
nata causa, impossibile est ut effectus
sequatur. » SPINOZA, Éthique, 1, Axio-
me 3. « Cujuscumque rei assignari
© © © —— —— ———" ————
Sur Catégorique. — Karnyopuxéc, chez Aristote, est très usuel, mais veut
dire seulement affirmatif (opposé soit
oTepnrix 6).
à négatif, éroarixès ; soit à privatif,
Sur Causalité. — Îl ne faut pas dire non plus, comme on l'entend souvent :
« Tout phénomène a sa cause » ce qui détermine le principe de causalité en principe
des lois de succession, ou loi générale de la succession. (V. Egger.) — Et surtout
ce qui paraît impliquer qu’un effet déterminé ne peut être produit que d’une
seule façon, ce qui est inexact. (A. L.)
CAUSE
sbet cuusa seu ratio. tam cur existit
dam cur non existit. » (Zbid.,1,11,20.)
és Rien n'arrive sans qu’il y ait une
se ou du moins une raison déter-
ante, c'est-à-dire quelque chose qui
e servir à rendre raison a priori
purquoi cela est existant plutôt que
n existant et pourquoi cela est amsi
plutôt que de toute autre façon. »
(LeBN12, Théodicée, $ 44. Voir Raison
saffisante* et Cause*, $ B.) |
-KaxT, qui classe ce principe comme
gæconde analogie* de l'expérience, en
a donné deux énoncés différents
{4° « Grundsatz der Erzeugung : Alles,
was geschieht (anhebt zu sein) setzt
etwas voraus, worauf es nach einer
Regel folgti. » (Critique de la Raison
pure, 17° édition. Analvtique trans-
eend., livre Il, ch. 11.)
29 « Grundsatz der Zeitfolge nach
dem Gesetze der Causalität : Alle Ve-
ränderungen geschehen nach dem Ge-
selze der Verknüpfung der Ursache
und Wirkung?. » (/bid., 2e édition.)
Selon SCHOPENHAUER : « In der nun-
mehr dargestellten Klasse der Objekte
für das Subjekt, tritt der Satz vom
zureichenden Grunde auf als Gesetz der
Causalität, und ich nenne ihn als sol-
ches den Satz vom zureichenden Grun-
de des Werdens, principium rationis
sufficientis fiendi.… Er ist folgender :
wenn ein neuer Zustand eines oder
mehrerer realen Obhjekte eintritt, so
muss ihm ein anderer vorhergegangen
sein, auf welchen der neue regelmissig,
d. h. allemall, so oft der erste da ist,
folgt1. » (Ueber die vierfache W'urzel des
Satzes com zur. Grunde, ch. 1v, & 20,
Frauenstädt, 1, 34.) Le même para-
graphe contient : 1° une critique des
rapports entre cause et condition;
20 une critique des définitions de la
cause données par Wozrr et par RROWN.
Voir également ci-dessous, à l’article
Cause*, l'énoncé de HamizTON, qui est
en même temps une définition de l’idée
de cause.
CAUSATION, D. Causation ; E. Cau-
sation ; I. Causuzione.
Action de causer. — Voir Cause* et
Causalité*,
CAUSE, L. Causa [de cavere ?]; D.
Ursache ; E. Cause ; I. Causa.
Ce mot est toujours corrélatif à celui
d'effet. 11 a eu dans l’antiquité et chez
les cartésiens un sens plus large que
san sens actuel et qu’il est nécessaire
de mentionner d’abord pour expliquer
: celui-ci.
A. Les ‘quatre causes d’ARISTOTE
(Métaphysique, 1, 3, 983%) sont : 1° La
1. « Dansla classe d'objets nue nous considérons en
ce moment (les représentations intégrales des sens) le
principe de raison suffisante se présente comme loi de
causalité, et je l'appelle, comme tel, principe de la raison
suffisante du devenir, principium rationis sufficientis
fiendi… Il s'énonce ainsi: quand se produit un nouvel
état d'un ou de plusieurs objets réels, il est nécessaire
qu'il ait été précédé d’un autre état, dont il résulte
régulièrement, c'est-à-dire toutes les fois que le premier
a lieu. » Sur la quadruple racine du principe de raison
suffisante.
1. « Prinoipe de la production : tout ce qui arrive (ou
emmence à être), suppose avant lui quelque chose dont
tésalte suivant une règle. » — 2. « Principe de la
sion dans le temps suivant la loi de causalité :
tous les changements arrivent suivant la loi de liaison
tatre la cause et l'effet. »
Sur Cause (Étymologie). — « Étymologie incertaine. » (FREUND et THEIL.) —
« Etymon ignotum : quidam a cavillor, ali a casus deducunt {quod haud impro-
ndum) ; nonnulli a quaeso, vel ab atox, aeolice aüoa, sors, portio. Sed forte
derivandum est a caveo, nam jurisconsultorum imprimis est cavere, quorum
Causae quoque sunt, unde et causidici appellantur. » (FORCELLINI, v°, 4176.)
Cause vient certainement de cavere ; le sens primitif du mot est juridique, ce
Qui concorde bien avec la Critique ci-dessous. Seulement les Grecs ont envisagé
l'action juridique au point de vue de l’accusation ou de la mise en cause (œitia).
es Latins se sont placés au point de vue de la défense fcavere, causa). En allemand
origine de Sache paraît également juridique : ce serait le « dire ». Choseen français
et cosa en italien sont un doublet de cause, de même qu’en allemand Sache dans
dt,
CAUSE
128
cause formelle, n oboix, Tù ti hv elvou
(alias vd eldoc, td nap&detyux, ibid., V,
2, 10133); — 20 la cause matérielle,
ñ 0An, Tù Vrroxeiuevov ; — 39 la cause
efficiente, n &pyh Th xivhoewg : — 4° la
cause finale, rè où Évexa, Téyæfév, rè
tékoc. — Aristote ne se sert pas d’épi-
thètes, mais dit simplement dans l’un
et l’autre passage que le mot cause
(œitiæ, I, 3; ælriov, V, 2) s'emploie en
quatre sens différents.
Les expressions causa formalis, mate-
rialis, ef/iciens, finalis, appartiennent à
la scolastique. Causa formalis prend,
chez Fr. Bacox, un sens très spécial
(voir Forme*). Les expressions cause
efficiente et cause finale sont seules
demeurées en usage de nos jours, la
première pour désigner le phénomène
qui en produit un autre (voir ci-dessous
les différents sens qu’on peut attribuer
à ce rapport) ou quelquefois l’être qui
produit une action; la seconde pour
—
désigner le but en vue duquel s’accom.
plit un acte*.
Les scolastiques ont encore distin.
gué : Prima causa, d’après ARISrorg
(celle qui n’a point elle-même de cause) :
causa principalis, et causa instrumen.
talis (l’ouvrier et l’outil) ; causa directe
et causa indirecte, THOM. D'AQUIN (celle
qui produit et celle qui laisse faire) :
causa univoca et aequisoca (celle qui
contient seulement autant, et celle qui
contient plus que l'effet) ; causa addur.
tiva (qui amène à l’acte la cause prin.
cipale); etc. (GocLenIUS, 3562-3598
Voir ci-dessous la critique.)
B. Chez DEscarTEes et les carté-
siens, le mot cause est employé dans
les mêmes sens, mais il est étendu de
plus au rapport logique (qui, d’ailleurs,
est considéré par l’esprit de la doctrine
comme inhérent à la réalité même des
phénomènes perçus). « Causa sive
ratio. » (DESCARTES, Rép. 28 obj,
ce sens (Ursache) doit également dériver du terme juridique. Nous assistons de
nos jours à une transformation analogue : Affaire a passé dans la langue du
Palais, et est arrivé à être à la fois synonyme de cause et de chose, quand le sens
primitif était seulement « occupation ». (Paul Tannery.)
D’autres étymologistes rattachent Sache (primitivement au sens juridique) à
suchen, chercher ou rechercher, poursuivre.
Sur Cause, A. — Voir aussi les différentes distinctions établies par la scolastique
CAUSE
axiome I.) — l« Causa seu ratio. »
gPivoza, Éthique, I, 11.) — La cause,
ce sens, est ce qui fait la vérité
d'une proposition, la prémisse dont on
ut la déduire ; et, à titre d’applica-
tion particulière, le fait d’où résulte
logiquement un autre fait : « Inferens,
o posito aliquid ponitur; suspen-
dns, quo non posito aliquid non poni-
tur (dicitur et Conditio). Requisitum
est suspendens natura prius. Causa suf-
ficiens est inferens naiura prius illato ;
causa est coinferens natura prius il-
jato. » (LEIBN1Z, Inédits, éd. Couturat,
471.) (Natura prius marque ici l’anté-
riorité logique, non chronologique.)
Cependant LeiBni7 lui-même indique
ailleurs le sens plus spécialement réel
du mot cause : « Nihil aliud enim causa
est, quam realis ratio. » Zbid., p. 533.
Cette distinction a été formulée plus
expressément par Wozrr et surtout
par SCHOPENHAUER, Quadruple racine
du principe de raison suffisante, Ch. 11.
— Le sens logique du mot cause ne
s'est conservé que dans quelques locu-
tions du calcul des probabilités (Pro-
babilité des causes). Il a alors pour
corrélatif conséquence.
La cause à proprement parler ou
cause efficiente (au sens large de ce
terme) s'entend chez les modernes en
plusieurs sens :
C. Le fait d’un être qui exerce une
action-C, c’est-à-dire qui modifie un
autre être (y compris le cas où cette
modification serait anéantissement ou
création) sans rien perdre ni céder de
sa propre nature ou de sa puissance
d’agir ultérieurement. C’est ce que M1-
LEBRANCHE appelle efficace (Entretiens
métaphysiques, VII, 162 sqq.). — Il
l’oppose à la cause occasionnelle, en
tant que celle-ci ne suppose dans les
objets mêmes aucune liaison intrin-
sèque faisant le rapport entre l'effet
et la cause. (Zbid., VII, 159 sqq.)
D. « Der Begriff der Ursache bedeutet
eine besondere Art der Synthesis, da
auf etwas À was ganz verschiedenes B
nach einer Regel gesetzt wirdi. » (KANT,
Raison pure, À 89 ; B 122 ; cf. Principe
de Causalité*.) La dépendance « abso-
lument générale et même nécessaire »
qu'exige la causalité est plus, selon
KaANT, qu'une simple succession inva-
riable, car une telle succession ne cons-
tituerait pas nos représentations en
1. « Le concept de cause désigne une sorte particulière
de synthèse, consistant en ce que à quelque chose, À,
quelque chose d'entièrement différent, B, s'ajoute sui-
vant une règle. »
entre les causes dans BossuET, Traité des Causes. (Publié notamment à la suite de
la Connaissance de Dieu et de soi-même, Édition De Lens de 1875.) (V. Egger.)
L'expression Causa sui apparaît au x1e siècle, par exemple chez Alain de
Lille, mais elle ne s’applique pas tout d’abord à Dieu ; on la trouve sous la forme
Nihil est causa sui. Voir BAUMGARTNER, Die Philosophie des Alanus de Insulis,
p. 108, dans les Beiträge zur Gesch. des Phil. im Mittelalter!. Dans la grande
période de la scolastique, Dieu est seulement appelé principium sui, non causa sui.
(R. Eucken.)
Sur Cause, B. — Quand on dit : « A est cause de B », on veut dire : « L'existence
de A est cause de l’existence de B. » Donc les causes et les effets sont des propo-
sitions : ce sont ce que Meinong appelle « Annahmen ». (Ueber Annahmen, Leipzig
1902). Cette observation est importante en ce qu’elle montre qu’une cause est
un cas particulier d’une raison ; par où on se trouve ramené à un des postulats
du rationalisme cartésien. Une proposition causale peut s’énoncer : A existe au
temps t. 2 . B existera au temps t + At. (B. Russell.)
Sur le passage du sens logique au sens physique et inversement, remarque”
1. Contributions à l’histoire de la philosophie au Moyen Age.
le texte suivant de Hogges : « Solent propositiones duae antecedentes proposi-
tionis illatæ, sive consequentis, causas appelari. — Et ferri quidem potest hoc,
etsi locutio ea propria non sit : cum intellectionis intellectio, sed non oratio
orationis causa sit. » Logica, ch. 111 (Ed. Molesowrth, I, 38).
Sur Cause, D. — On peut rapprocher de cette définition le texte suivant de
Cicéron : « Causa ea est quae id efficit cujus est causa, ut vulnus mortis, cruditas
Morbi, ignis ardoris. Itaque non sic causa intelligi debet ut quod cuique antecedat,
id ei causa sit, sed quod cuique efficienter antecedat ; nec quod in campum
descenderim id fuisse causae cur pila luderem, nec Hecubam causam interitus
fuisse Trojanis quod Alexandrum genuerit, nec Tyndareum Agamemnoni quod
ytemnestram : hoc enim modo viator quoque bene vestitus causa grassatori
fuisse dicetur, cur ab eo spoliaretur. » (De fato, XV.) Ce texte est, de plus, inté-
Pesant, en ce qu’il laisse indéterminée la nature de cette efficience insaisissable
et qu’on y aperçoit le passage de la définition par responsabilité à celle par identité.
oir ci-dessus la critique.
Remarquer que KanT admet également le sens C du mot cause. Voir ci-dessus
la définition du caractère* intelligible, et cf. Raison pratique, Introd., $ 1. (A. L.)
CAUSE
objets. « Daher der Synthesis der Ur-
sache und Wirkung auch eine Dignität
anhängt, die man gar nicht empirisch
ausdrücken kann, nämlich dasz die
Wirkung nicht bloss zu der Ursache
hinzukomme, sondern durch derselbe
gesetzt sei, und aus ihr erfolget, » Jb.,
À. 92; B. 104. — Il fait observer, à
tort peut-être, que l'effet peut être
contemporain de la cause (exemples
du poêle et du coussin déformé par un
poids) ; mais avec cette réserve que la
succession n’en reste pas moins le seul
critérium empirique pour reconnaître
la cause et l'effet. (/bid., A 203;
B 247 sqq.)
E. « L’antécédent ou l’ensemble d’an-
técédents dont le phénomène appelé
effet est in variablement et incondition-
nellement le conséquent. » (J. S. Mie,
Logique, livre III, ch. v, et Philos. de
Hamilton, XVI, 355.) — Cette défini-
tion est, à certains égards, un cas parti-
culier de celle de Kant. Mais elle omet
systématiquement la liaison réelle, lo-
gique et nécessaire dont la succession
invariable est lesigne. Elle se rapproche
en cela de la cause occasionnelle chez
MALEBRANCHE.
1. « C’est pourquoi à la synthèse de la cause et del'eftet
s'attache de plus une dignité qu’il est absolument impos-
sible d'exprimer empiriquement : elle consiste en ce que
l'effet ne survient pas seulement à la suite de la cause,
mais qu’il est posé par elle et qu'il résulte d'elle. »
. Le ne
CRITIQUE
1. Les mots cause et loi ont été
opposés par Auguste Comte, qui con.
fond sous le premier tout ce qui, dans
cet ordre de rapports, lui paraît ne Pas
pouvoir tomber sous l'observation .
c’est-à-dire d’une part les puissances
métaphysiques (causes efficaces) et de
l'autre les structures ou les mécanisines
insaisissables pour nos sens en raison
de leur échelle, ou les substances maté.
rielles impossibles à percevoir, et qu’on
admet par hypothèse pour expliquer
certains effets physiques. Voir en par.
ticulier Cours, 28€ leçon, Théorie jon-
damentale des hypothèses, où il en cite
comme exemple les fluides, les tour.
billons, les « systèmes sur les causes de
la chute des corps ».. Il dit aussi, au
même sens, « mode de production ».
— J.S. Mie, sans contester la distinc-
tion, ni le fond de Ia thèse, a fait obser-
ver que cet emploi du mot cause est
contraire à l'usage, et qu’il améne à
des confusions. Il cite BAILEY (Phil. of
the human Mind, 1, 219) qui a fait la
même critique.
Cependant, cet usage de Core est
encore resté trés courant. Voir notam-
ment toutes les citations et discussions
contenues dans MEYERSON, {dentité et
réalité, ch. 1 : « La loi et la cause. »
2. Primitivement, le rapport de
Sur Cause (Critique). — « J. LACHELIER. Je ne vois pas du tout la nécessité
de cette identité. 11 me semble que c’est vouloir faire de la physique avec de la
logique. La position d’un projectile en deux points différents de sa trajectoire
n’est pas la même position. A plus forte raison, s’il s’agit de choses qui aient des
natures, des qualités, il n’y a aucune identité entre ce qui produit et ce qui est
produit. Il n’y a même plus, qualitativement, équivalence. Y en a-t-il moins
causalité ? Celui qui ouvre les portes d’une écluse n'est-il pas réellement cause
du passage de l’eau ?
« À. LaLANDE. On peut le qualifier ainsi, si l’on veut. Mais sa causalité est
subordonnée à la causalité beaucoup plus efficace de la masse et de la pesanteur
de l’eau, sans lesquelles rien ne se produirait, et qui contiennent précisément,
sous forme d’énergie de position, toute la raison des effets que pourra produire
le courant. D’une façon générale, on peut appeler cause toute condition sans
laquelle un phénomène n’aurait pas eu lieu : et l’on choisit, parmi ces conditions;
pour la nommer ainsi, celle que désigne un intérêt pratique. Suivant qu’on veut
mettre en cause telle personne ou telle circonstance, on dira qu’un accident a eu
CAUSE
use à effet paraît être celui d’un
intelligent à l’acte qu'il a voulu et
ont il est par conséquent responsable
tia, cause; aœrtoc, responsable, cou-
pit de aœitéw, demander).
= Par anthropomorphisme, tous les
s de la nature étant considérés
mme agissant par des volitions,
chaque phénomène naturel est rapporté |
à une cause, c’est-à-dire à un esprit qui
ga pensé et voulu. (Auguste Coure,
Manser, James et J.S. Miir ; cf. Exa-
mer de la philosophie de Hamilton,
XVI, 355.)
# Mais à mesure que la croyance à ces
mes individuelles disparaît, la concep-
#ion du rapport entre la cause et l'effet
ke modifie. Celui-ci ne pouvant plus
être contenu dans la volonté de la cause,
en tant que pensée, est conçu comme
contenu dans la nature de la cause (qui
est objet de pensée pour le spectateur) ;
l'effet devient par conséquent iden-
lique à la cause et s’en distingue seule-
ment par le fait d’être présenté comme
élément d'un autre acte intellectuel
pour le sujet connaissant. LEIBNIZ a
formulé le premier au point de vue
mécanique cette équivalence « de la
cause pleine et de l'effet entier ».
(Gerh. Phil., III, 45. Cf. De Equipol-
lentia cuusue et effectus. Math., VI, 437.)
Il est à remarquer que la cause et
l'effet à ce point cle vue ne doivent pas
ètre définis comme partiellement, mais
comme totalement identiques : car,
dans ce en quoi, il n'est pas identique
à À, l’objet de pensée B n'est pas effet
de À. C’est ainsi que, pour Hamilton.
le principe de causalité signifie que
« all that now is seen to arise under a
new appearance had previouslv an exis-
tence under a prior form... Then is thus
conceived an absolute tautologr bet-
ween the effect and its causes! ». (Lec-
tures on metaphysics, XXX1X, VOI. II,
1 377-8358. — Cf. RaBIER, Psychologie,
page 355, note ; LALANDE, Principe de
causalité, Revue philos., 1890, II, 233.)
— Il faut cependant observer que dans
le langage usuel et parlant suns préci-
sion, on a l'habitude d'appeler effet
tout. groupe de phénomènes qui pré-
sente une certaine unité pour nos sens
1. « Tout ce que nous voyons paraitre suus un nouvel
aspect avait une existence antcrieure sous une autre
forme. On conçoit ainsi une absolue tautologie entre
l'effet et ses causes. »
pour cause la désoheissance d'un enfant, ou l’imprudence d'avoir laissé près de
lui un fusil chargé, etc. Mais ni l'un ni l'autre n’est essentiellement ct par nature
la cause de l’événement.
« J. LAcHELIER. D'autre part, si l'on ne considère dans les choses que ce
qu’elles ont d’identique, il n’y a plus de devenir et par conséquent plus de causalité.
« À. LALANDE. Cela est vrai: mais la causalité peut être justement definie,
à cet égard, l’union intime, dans les représentations sensibles concrètes, « inté-
grales », dirait Hamilton, d’un ou plusieurs éléments identiques, qui les relient,
avec des éléments différents, qui les distinguent. » Résumé de la discussion, dans
la séance du 7 mai 1908. — Cf. Condition*.
V. Egger approuve entièrement la critique du mot Cause et propose de désigner
ainsi les différents sens : C, cause active ; Det E, cause légale (au sens du mot
allemand Gesetzmässig) ; enfin la cause, en tant qu'identique à son effet, pourrait
être appelée cause mécanique. 11 estime qu’il serait correct et commode d'opposer
la causalité vraie, C, caractérisée par la volonté, à la légalité de succession ou de
Simultanéité, D et E. — On peut toutefois objecter qu'en dehors même de la
Volonté, il y a lieu de chercher une liaison réelle, une causalité vraie entre les
Phénomènes, comme le remarquent CicéËRON et KanT dans les textes cités plus
aut. C’est à celle-ci que nous appliquons le nom de cause efficiente. Le terme
Cause constituante nous paraîtrait encore plus exact. (A. L.)
_..
CAUSE
et dont une partie notable est effet (au
sens strict) d’un autre groupe de phé-
nomènes qu’on appelle alors sa cause.
Par exemple, le vent est cause de la
chute des feuilles. De là vient qu’une
même cause peut produire différents ef-
fets (au sens vague ; qu’un même effet
peut résulter de différentes causes, soit
concurremment, soit séparément, etc.
— Cette définition usuelle a été en
particulier opposée à celle de ITamiL-
Tox par J.S. MizL, Examen, chap. x vi:
De la causalité. — Les conséquences
en sont développées dans la Logique
du même auteur, livre 111, ch. v.
En écartant ce sens vulgaire et indé-
terminé, on peut considérer toutes les
définitions de la cause comme une
combinaison en proportions différentes
des deux sens-limites définis plus haut.
Le premier représente les origines psy-
chologiques de ce concept ; le second
correspond à sa valeur logique et à la
direction dans laquelle il s’est déve-
loppé par ses applications mécaniques :
on peut observer en effet que la notion
de cause, dans les sciences, est d’un
usage d’autant plus rare qu’elles sont
plus développées, et qu’elle tend à être
remplacée par des lois énonçant la
permanence ou l’équivalence de cer-
taines grandeurs.
Nous proposons donc de conserver
au mot les deux sens en les distinguant
par les expressions cause efficace et
cause efficiente (S).
Rad. int. : Kauz.
Cause finale, voir Finalité*.
CAVERNE ({xatxyeroc olxnois omn-
Ans, PLATON).
A. Allégorie de la caverne. (PLATON,
République, VII, 1-2.) Comparaison de
l’âme humaine dans son état actuel,
c’est-à-dire unie au corps, à un prison-
nier enchaîné dans une caverne, le dos
tourné à la lumière, et ne voyant pas
les choses réelles, mais seulement
les ombres que projettent sur le fond
du souterrain divers objets mobiles
éclairés par un foyer.
13
LS
B. Idoles de la caverne. (Idola spe.
cus, Bacon.) Il appelle ainsi, en souve.
nir de l’allégorie platonicienne, les er.
reurs « quae ortum habent ex Propria
cujusque natura et animi et Corporis.
atque etiam ex educatione et consue.
tudine, et fortuitis rebus quæ singulis
hominibus accidunt ». (De Dignitate
V, 4) !
CAVILLATION, D. Spitzfindigkei
E. Cavilling, Quibbling ; I. Cavillazione,
Cavillo.
Argument verbal qui ne touche pas
au fond sérieux des choses. « On à
objecté à cette définition l'existence de
désirs sans aucun pouvoir correspon-
dant, et Kant n’a répondu que par
une cavillation littéraire. » RENOUVIER
Psychol. rationnelle, 2e éd., 1, 320.
CÉCITÉ, D. Blindheit ;
ness ; I. Cecità.
État de celui qui n’a pas l'usage de
la vue.
La cécité mentale (D. Seelenblindheit ;
E. Mind blindness ; 1. Cecità psichica),
terme créé par CHARCOT, est un état
dans lequel la vision brute n’est pas
altérée, mais où les images perçues ne
sont pas reconnues, quelques familières
qu’elles soient (un ami, un livre, une
lampe).
La cécité verbale ou ulexie (D. W'or-
terblindheit, Alexia ; F. Word-blindness,
Alexia ; 1. Cecità verbale, Alessia) est
l’incapacité de reconnaitre à la lecture
le sens des mots écrits ou imprimés.
La « cécité morale » (RiBoT, Psycho-
logie des sentiments, 295, 349) est l’ab-
sence du sentiment moral, l’indistinc-
E. Blind-
tion du bien et du mal. Cf. Folie
morale*.
Cécité des couleurs, V. Acliromatop-
sie*,
Rad. int. : Blind.
CELANTES. Nom de Camenes*, consi-
déré comme mode indirect de la 1re fi-
gure.
CELANTOS, mode subalterne* de
Celantes*.
dé.
CELARENT. Mode de la 1re figure.
Nul M n'est P
; Tout S est M
Donc Nul S n'est P.
. CELARO ou Celaront. Mode subal-
terne* de Celarent*.
Cénesthésie, voir Cœnesthésie*.
« CENSURE », D. Censur. — S.
FreuD a donné ce nom à la fonction
mentale qui fait obstacle à la mani-
festation naturelle et sincère des désirs
ou des images soumis au refoulement*,
etqui se manifeste proprement par des
lacunes, des déguisements, des trans-
formations symboliques dans les faits
conscients qui y correspondent.
- CERCLE, D. Zirkel; E. Circle ;
L Circolo.
En Locique, A. Relation de deux
termes dont chacun peut se définir par
l’autre, ou de deux propositions dont
chacune peut se déduire de l’autre.
B. Plus généralement : relation de
deux conditions telles que la validité
de l’une dépend de la validité de l’autre
(p. ex. dans le cas de deux autorités
dont chacune permet une chose à con-
dition que l’autre ne s’y oppose pas).
Cercle vicieux, L. Circulus vitiosus,
circulus logicus; D. id. ou Zirkel :
Zirkelbeweis ; Zirkeldefinition ; — E.
Circle ; I. Circolo vizioso.
Faute de logique qui consiste à
définir ou à démontrer une chose A
au moyen d’une chose B, qui ne peut
être définie ou démontrée que par la
chose A.
CRITIQUE
On dit souvent, par abréviation,
cercle pour cercle vicieux : mais toute
téciprocité logique n’est pas vicieuse.
Il y a des cas où B peut être défini ou
émontré soit par À, soit indépendam-
ment de A. Dans ce cas il y a cercle,
Mais il n’est plus vicieux; de tels
Cercles se présentent fréquemment dans
_C E RTAIN
toutes les sciences déductives, par
exemple toutes les fois qu’un théorème
et sa réciproque sont vrais, et peuvent
se déduire l’un de l’autre.
Dans le cas des deux autorisations,
il y aurait cercle vicieux si chacune
exigeait que l’autre soit préalablement
donnée, sans condition ni réserve.
Rad. int. : Cirkl.
CERTAIN, D. Gewiss ; E. Certain ;
I. Certo.
19 En parlant des esprits :
(sens large). Qui adhère à une
assertion sans aucun mélange de doute :
« À proprement parler, il n’y a pas de
certitude, il y a seulement des hommes
certains. » RENOUVIER, Psychol. ration-
nelle, ch. xiv, 3e éd., I, 366. — La
légitimité de ce sens est contestée. Voir
n Observations sur Certitude*.
(sens étroit). Qui adhère à une
Rs vraie en reconnaissant avec
évidence qu’elle est telle.
2° En parlant des propositions ou des
raisonnements :
C. Vrai, connu pour tel, et donnant
toute assurance à la pensée. « Quelques
raisons certaines et évidentes... » Des-
CARTES, Disc. de la Aléthode, II, 11.
« Très vraies et très certaines. »
Ibid., 111, 3. « Ce qui est requis à une
proposition pour être vraie et cer-
taine. » Zbid., IV, 3, etc.
Physiquement certain, se dit, dans le
calcul des probabilités, de l'événement
« dont le contraire est physiquement
impossible, ou. dont la probabilité ne
diffère de l’unité par aucune fraction
assignable, si petite qu’on la suppose :
événement qu'il ne faut pourtant pas
confondre avec celui qui réunit absolu-
ment toutes les combinaisons ou toutes
les chances en sa faveur, et qui est
certain d’une certitude mathématique ».
CourNoT, Essai, ch. m1, $ 34. — En
un sens plus faible, cette expression
s’applique quelquefois à ce dont le
contraire n’a qu’une probabilité si
minime, que nous ne tenons jamais
compte, dans l’action, d’une chance de
ce degré.
CERTAIN
D. Par une singulière anomalie, cer-
tain Où un certain placé avant le mot
auquel il se rapporte, marque au con-
traire en français soit une atténuation
de l’idée exprimée : « un certain cou-
rage »; — soit une indétermination
dans les conditions énoncées : « entre
certaines limites ; dans certains cas »;
— soit une particularisation indéter-
minée d’une classe : « certaines doc-
trines, certains peuples ».
Rad. int. : À. B. C. Cert ; — D. Ul.
CERTITUDE (D. Gewissheit; E.
Certitude (au sens psychologique seule-
ment); certainty (aux sens psycholo-
gique et logique) ; I. Certezza).
À. Psycn. État de l'esprit à l'égard
d'un jugement qu’il tient pour vrai
sans aucun mélange de doute.
Cet état peut concerner soit un juge-
ment tenu pour évident par lui-même,
soit un jugement démontré, ou jugé
tel. La certitude est appelée dans le
premier cas iëmmédiate*, où intuitive* ;
dans le second cas, médiate*, ou dis-
. 134
RL
B. (En un sens plus étroit et plys
complexe) : état de l'esprit qui adhère
à une assertion vraie, en reconnaissant
avec évidence qu’elle est telle.
C. (En parlant des propositions ou
des raisonnements) : caractère de te
qui est certain, au sens C.
CRITIQUE
1. On doit éviter la formule usuelle
« La certitude est l’état de l'esprit qui
croit posséder la vérité » parce que
croire a un sens trop vague, qui va de
l'opinion la plus indécise à l’assenti-
ment le plus absolu.
2. Les termes qui désignent les de.
grés et les nuances de l’assentiment
sont employés sans aucune précision.
Certitude en tant que « terme philoso-
phique » est défini par Littré « convic-
tion qu'a l'esprit que les objets sont
tels qu'il les conçoit ». La conviction, à
son tour, est définie par lui : « Certitude
raisonnée. » — La croyance est une
« opinion » ; plus loin, une « persuasion
ou conviction intime ». Et l’opinion est
cursive*.
Certitude morale, voir ci-dessous.
définie, comme « terme de logique »,
une « croyance probable ». Ces termes
Sur Certitude, — Dans la rédaction primitive de cet article, nous avions admis
les deux sens actuellement désignés par À et B, et cité comme exemple du premier
le Papier de Pasral : « Joie. Joie. Certitude. » Mais cet usage du mot a été condamné
à la séance du 7 mai 1903, par la grande majorité des membres de la Société
présents à la discussion, notamment J. LacHELIER, qui a dit de ce mot de Pascal:
« Au point de vue littéraire, il est admirable ; mais au point de vue philosophique,
il est impropre. » MM. BELorT, Raux, Courunrar, BruxscHvice, se sont associés
à cette opinion : et il a été rappelé que V. BrocHarD partageait également cette
mamere de voir : « L'’adhésion de l’âme ne mérite le nom de certitude que si la
chose pensée est vraie. Par là elle diffère de la croyance. » (De l’erreur, ch. vi,
p. 95.) « La certitude ou connaissance. [s'oppose à la croyance] (Jbid., 96). — Il
semblait donc qu'il v eût accord sur cette restriction ; et dans la publication du
présent article en fascicule (Bulletin de la Société de Philosophie, juin 1903) ainsi
que dans les trois éditions suivantes, le sens actuellement défini sous la lettre À
n'avait pas été retenu dans le corps du Vocabulaire.
Cependant, depuis lors, bien des protestations nous sont parvenues contre
cette condamnation du sens À des mots certain et certitude. Frank Abauzit nous
écrivait notamment, dès le 21 juin 1931, que cette spécification laissait l’idée
d'adhésion forte de l'esprit. sans mélange de doute, dépourvue de terme propre;
et que, puisque Pascal avait pris le mot au sens large, ainsi que Renouvier, il n€
devait pas être considéré comme incorrect de les imiter. — H. Delacroix était du
même avis. Il a écrit (dans le Nouveau Traité de Psychologie publié sous la direction
CERTITUDE MORALE
t donc un domaine très mal défini,
æ substituent l’un à l’autre dans un
nd nombre de cas suivant les néces-
gités euphoniques ou les commodités
grammaticales, et ne se déterminent que
lement* commune à tous les hommes
ou logiquement communicable par la
démonstration : cert.
b. Adhésion forte de l'esprit pour des
causesnonintellectuelles, individuelles :
ar le contexte, quand il est suffisant. | kred.
Nous définissons donc seulement in c. Adhésion faible, laissant place au
abstracto les trois idées suivantes, pour | doute : opini.
lesquelles nous proposons des radicaux
internationaux.
a. Adhésion forte de l'esprit pour des
motifs d'ordre intellectuel, ou di: moins
objectif ; c’est-à-dire évidence actuel-
Certitude morale, L. Certitudo moralis.
A. Au xviie siècle : état de l'esprit à
l'égard de ce qui, sans être certain, au
sens rigoureux du mot, présente cepen-
EE
de G. Dumas) : « Notre doctrine ne diminue pas l'écart que nous avons constaté
entre la certitude et la vérité... Le doute s'impose à la certitude, comme une
indispensable révision, comme condition de son progrès par l'élimination croissante
de la subjectivité. » Tome V, fascicule 111, 192. — M. Marsal proteste, lui aussi,
contre la restriction de ce mot aux connaissances indubitables d'ordre intellectuel.
«Loin que la certitude du papier de Pascal, dit-il, ne soit que la contrefaçon de
lacertitude authentique, c’est la certitude logique qui est factice (au sens cartésien)
par rapport à la certitude psychologique et subjective. »
Il y a des textes anciens et modernes qu’on peut invoquer dans le même sens.
On lit, par exemple, chez MALEBRANCHE : « Pour ceux qui ne se contentent point
de la certitude, à cause qu’elle ne fait que convaincre l’esprit sans l’éclairer, ils
doivent méditer avec soin sur ces lois et les déduire de leurs principes naturels
afin de connaître par la raison avec évidence ce qu'ils savaient déjà par la foi
avec une entière certitude. » Recherche de la Vérité, VI, © partie, ch. vi, ad finem. —
De même Espinas, dont le style est très chätié, n'a pas hésité à écrire : « Cessons
de nous lancer l’anathème comme si nous étions autant de raisons infaillibles en
possession du dernier mot des choses et que nos adversaires fussent des criminels
ou des insensés. Mais je ne me dissimule pas que l'enthousiasme a toujours engendré
la certitude, et l’étude des crises sociales ne montre que trop clairement l’immor-
talité de l'illusion. » La philosophie sociale au X VIII® siècle, p. 103.
En ce qui concerne Renouvie, il est vrai qu'il écrit, par exemple, que «la
certitude est une assiette morale », etc. — Mais d'autre part, en disant : « Il n'y a
pas de certitude, il n’y a que des hommes certains » (voir ci-dessus, certain*), il
paraît reconnaître que le sens classique du mot implique bien une propriété
objective des vérités certaines (au sens C), vérités dont il n’admet pas l’existence.
Ce n’est qu’ensuite, après avoir pour ainsi dire rendu le mot inutile en ce sens,
qu’il le reprend dans une autre acception.
BrocnarD a dit, dans son livre sur L’Erreur, « La croyance est un genre qui
Comprend la certitude où connaissance » (p. 98). Mais alors, si « connaissance »
équivaut à « certitude », ainsi entendu, une bonne économie du langage ne favo-
riserait-elle pas l'emploi de ce dernier mot au sens large ? On doit reconnaître
ea tout cas que ceux qui l’adoptent ont pour eux d'excellents auteurs.
Sur Certitude (Critique). — En dehors des causes intellectuelles d'adhésion, il y
en a d’autres qui, pour ne pas être objet de l’entendement, n’en sont pas moins
Sénériques ou générales, c’est-à-dire communes à tous ceux qui prendront les
Moyens adaptés pour les acquérir, les vérifier et les communiquer. (M. Blondel).
CERTITUDE MORALE
dant une si haute probabilité qu’il
serait déraisonnable de le croire faux.
« Je distinguerai ici deux sortes de
certitude. La première est appelée
morale, c’est-à-dire suffisante pour ré-
gler nos mœurs, ou aussi grande que
celle des choses dont nous n’avons
point coutume de douter touchant la
conduite de la vie, bien que nous sa-
chions qu'il se peut faire, absolument
parlant, qu’elles soient fausses. » DESs-
CARTES, Principes, ke partie, $ 205.
Même sens dans la Logique de PorT-
Royaz, 4e partie, ch. x1H. LEIBNIZ
(Inédits publiés par Couturat, p. 515),
définit de même le principium certi-
tudinis moralis ; cf. Nouv. Essais, IV,
xvI, Au xvine siècle, BUFFOoN, Con-
DORCET, etc. l’'emploient également.
B. Pour EuLer, le sens en est diffé-
rent (au moins en principe, bien que
les applications puissent coïncider) :
« La certitude que nous avons de la
vérité des choses que nous ne savons
que par le rapport des autres est nom-
mée certitude morale, parce qu’elle est
fondée sur la foi que meritent ceux qui
les racontent. » Lettres, 51.
C. Chez OLLÉ-LAPRUNE (De la cer-
titude morale, 1880) et souvent au
xixe siècle : croyance forte, au sens B,
ou conviction, au sens A.
CESARE. Mode de la 2e figure, se
ramène à Celarent par la conversion
de la majeure.
Nul P n'est M
Tout S est M
Donc Nul $S n'est P.
CESARO. Mode subalterne* de Ce-
sare*.
Chair, voir Esprut*.
13
CHAMP de la conscience, D. Umfan
des Bewusstseins ; E. Field of conscious.
ness OÙ area of consciousness ; 1. Campo
della coscienza.
L'ensemble des phénomènes qui ap.
paraissent, à un moment donné, à une
même conscience personnelle, par oppo.
sition aux phénomènes subconscients
ou inconscients.
CRITIQUE
Il existe pour chaque individu tout
une classe de phénomènes qui ne sont
pas présents dans le champ de la cons.
cience à un moment donné, mais qui
sont néanmoins immédiatement à sa
disposition, en ce sens qu'il peut les y
rappeler par un simple acte de volon.
té : parexemple, pourtout individu nor-
mal, son nom, son adresse, les connais-
sances techniques ou scientifiques dont
il fait habituellement usage, etc. En
dehors de ce champ sont encore d’autres
états de conscience : souvenirs totale-
ment impossibles à retrouver, mais qui
peuvent néanmoins reparaître, etc.
Nous proposons d'appeler champ actuel
l’ensemble des phénomènes immédia-
tement présents, et champ virtuel l’en-
semble des phénomènes qu’on peut
faire raparaître à volonté.
Il est entendu que l’un et l’autre ne
sont pas bornés d’une manière rigou-
reuse.
Champ d'une relation, D. Umfang ;
E. Field ; 1. Campo.
Ensemble des termes entre lesquels
cette relation peut être affirmée. Dans
une relation binaire (ou dyadique), on
appelle domaine de la relation l’en-
semble des termes antécédents et codo-
maine (ou domaine converse) l'ensemble
des termes conséquents. Soit par exem-
le R = mari de, le domaine est l’en-
semble des maris, le codomaine l’ensem-
ble des femmes, le champ l’ensemble
des gens mariés. — Voir COUTURAT,
Principes des mathématiques, ch. 1, et
Revue de Métaph., 190%, 41-42.
Rad. int. : Feld.
Champ visuel, D. Sehfeld ; E. Field
of vision ; I. Campo pisivo.
A. Cône dans lequel doit étre com-
pris un objet pour donner une sensa-
tion visuelle, l’œil étant immobile.
B. Ensemble psychologique des ob-
jets qui tombent sous le regard à un
moment donné (cet ensemble étant
limité à la fois par l'angle maximum
sous lequel la vision est possible, la
distance maxima qu'elle comporte, et
les obstacles que les différents objets
forment à la vision les uns des autres).
CRITIQUE
Outre ces deux sens fondamentaux,
il y a encore lieu de distinguer le
champ visuel d’un œil et celui des deux
yeux ; le champ visuel d’un œil (ou de
deux yeux) fixes, et celui d’un œil (ou
de deux yeux) mobiles. Wunpr les
distingue par des épithètes ajoutées au
mot Sehfeld. (Voir Grundzüge der phy-
siol. psychol., 4e éd., 11, 108, 124, 186.)
— BazDwin, vo, définit champ visuel
et ses équivalents « la somme totale
CHANCE
des sensations visuelles excitées par
les stimulus agissant sur une rétine
immobile à un moment donné. Le
champ visuel, ajoute-t-il d'après HEL-
MHOLTZ, est pour ainsi dire la projec-
tion extérieure d’une rétine, avec
toutes ses images et ses particularités ;
il propose champ de regard (D. Blick-
feld ; E. Field of regard ; 1. Campo di
sguardo) pour désigner « l’espace qui
peut être traversé par le regard de
l'œil en mouvement ». Cette distinction
nous paraît peu utile. Il semble qu’on
pourrait utilement conserver les deux
termes indiqués, mais en appliquant
champ de regard au sens B et champ
sisuel au sens A.
CHANCE, D. A. Fall, B. Zufall;
C. Glück ; — E. Chance (très large),
— ]. Caso, Fortuna.
Du bas-latin cadentia, chute. (Cf. I.
Cadenza, chute, cadence.) Primitive-
ment, la façon dont tombent les dés,
dont tournent les événements. Cf. Ca-
sus, cas, qui viennent aussi de cadere.
A. L'une des manières dont peut se
produire un événement aléatoire. «… il
est clair que le nombre des chances
possibles ne changera pas, non plus
que celui des chances favorables à
l'extraction d'une boule noire ». La-
PLACE, Essai philosophique sur les
probabilités, Ed. Gauthier-Villars, 1921,
p. 6. — « Une chance à courir. »
B. Quelquefois, par extension, le
Sur Champ de la conscience. — Il faut remarquer que le champ de la conscience
n'est pas fixe, mais variable pour un individu, et que certaines maladies comme
l'hystérie sont précisément caractérisées par le « rétrécissement du champ de la
conscience ». (Pierre Janet.)
Sur Champ psychologique. — Cette expression et cette notion, utilisées par
plusieurs psychologues contemporains (notamment Lewin) ont été mises en
discussion par M. Raymond Ruyer dans la séance de la Société du 26 novem-
bre 1938. (Voir Bulletin, janvier 1939.) Voici le résumé qu’il nous à donné de sa
critique : « La notion de champ, qu'il s’agisse d'un champ physique ou d’un champ
psychologique, implique nécessairement une certaine unité spatio-temporelle, qui
rend le champ propre à être un lieu de formes. Mais cette unité est d'un ordre tout
différent selon qu'il s’agit de l’un ou l’autre cas. Dans le champ physique, tout
au moins pour la physique classique, l'unité est réalisée par des interactions de
proche en proche, et les formes obéissent à des principes d’ «extremum ». Dans le
€ champ » psychologique, l’unité est primaire, obtenue par une sorte de « survol
absolu », et les formes sont thématiques : elles obéissent à une normativité écono-
mique, ou esthétique, etc. La ligne droite d’un animal vers sa proie n'est pas une
trajectoire « extrémale », à la manière d’une géodésique, c’est un trajet écono-
mique. La Gestalttheorie consiste à méconnaître cette distinction. » (R. Ruyer.)
CHANCE
hasard* lui-même. (Sens plus rare en
français, mais très fréquent en anglais.)
— « Chanceux » au sens propre, veut
dire aléatoire.
C. Chance favorable ; souvent avec
l’idée qu'il existe (soit momentané-
ment, soit d’une façon constante pour
un individu donné) une sorte d’in-
fluence occulte déterminant l’arrivée
fréquente de chances heureuses. « Un
joueur ne croira pas avoir gagné par
hasard s’il croit « avoir eu de la chance».
F, Rauu, Discussion à la séance du
? juillet 1907. Voir OnanaA, Dela chance,
et cf. ci-dessous hasard*, Observations.
Rad. int. : À. Chanc; B. Fortun.
CHANGEMENT, D. Aenderung, Ve-
ründerung, Wechsel (voir Remarque) ;
E. Change (dans les deux sens) ; Alte-
ration (au sens A); I. Cambiamento,
Mutazione.
A. Acte par lequel un sujet perma-
nent se modifie, ou est modifié dans
quelqu'un ou dans quelques-uns de ses
caractères.
B. Transformation d'une chose en
une autre, ou substitution d’une chose
a une autre.
REMARQUE
Ces deux sens ont été nettement dis-
tingués par Kanr dans la Critique de
da Raison pure : il attribue exclusive-
ment au mot Veränderung le sens A,
et au mot Wechscl le sens B. (Analogies
de l'expérience ; 1r2 analogie, A. 187:
B. 230.) Bien que le premier, par son
étvmologie, évoque plutét, en effet,
l'idée d’altération, et le second celle
d’alternance, cette spécialisation n’ap-
partient pas à la langue usuelle : pour
« changer d’habits », on peut dire aussi
bien « Seine Kleider wechseln » que
« Seine Kleider verandern ».
Il faut, du reste, remarquer que
même au sens B, il faut, sinon un sujet,
du moins un cadre, un contexte défini
et restant le même pour qu’on puisse
| mieux Caruas ; D.
138
parler de transformation ou de substi.
tution.
Voir Action*, Altération*, Devenir*
Permanence*, Substance*. É
Rad. int. : Chani.
CHAOS, G. xos (gouffre, abime)
D. E. Chaos ; 1. Cuos.
A. Primitivement, vide obscur et
sans bornes qui préexistait au monde
actuel, mais non pas, semble-t-il, ;
titre de réalité éternelle. Voir PLaTox,
Banquet, 178 B.
B. Postérieurement (et peut-être
sous l'influence d'idées orientales ; cf.
Genèse, I, 2), mélange confus de tous
les élérnents du monde, avant qu'ils
ne fussent mis en ordre par une puis-
sance organisatrice.
C. Par suite, ensemble désordonné
et disparate. « La diversité absolue
d’un chaos ne pourrait recevoir l’occa-
sion d’aucune action et par consé-
quent d'aucune pensée. » G. Bacur-
LARD, Essai sur la connuissance appro-
chée, p. 277.
Rad. int. : Kaos.
CHARITÉ, G. &yé&rn; L. Charitas on
Liebe, Wohltütig-
keit ; E. Charity ; I. Carita.
A. Dans la langue de la théologie et
de la morale chrétiennes, ce mot dé-
signe la plus grande des trois vertus
théologales (Paul, I Corinth., x111, 13).
Cette vertu consiste dans l’amour de
Dieu lui-même et du prochain en bicu.
Par suite, le mot présente un caractère
religieux qui le distingue de toute
forme de la philanthropie pure et
simple.
On voit en mème temps qu'il ne
‘ désigne pas tant une catégorie d’actes,
| un mode de conduite que le principe
même de la vertu, l'inspiration d’où
émane la moralité.
B. En dehors de toute acception
théologique le terme charité est cou-
rant aujourd'hui en morale, où il est
Sur Changement. — Texte de Kant signalé par M. M. Marsal.
ordinaire mis en antithèse avec celui
e justice. Mais cette antithèse peut
entendre de deux manières :
4° Ou bien on y trouve une division
Mu domaine même de la moralité, une
distinction de deux sortes d'actes : les
devoirs de charité, ou positifs, S'OppO-
sent alors aux devoirs de justice, ou
négatifs, en tant que les premiers ne
sont pas exigibles comme les seconds ;
les premiers consistent à faire positive-
ment du bien à autrui en donnant
quelque chose de soi, les seconds se
réduisent à éviter de faire du mal à
autrui, d’empiéter sur autrui. La cha-
rité est alors bienfaisance*. [Wokliü-
tigkeit, Beneficence [SPeNCEn, Princ.
of Ethics, part. Vet Vi]. Cf. Devoirs
larges, devoirs stricts.) .
. 90 Ou bien on envisage l’antithèse
de la charité et de la justice comme
celle d’un principe général, subjectif, |
affectif et d'une règle pratique, objec-
tive, sociale de la moralité. La justice
et la charité ne sont plus alors deux
règles juxtaposées et complémentaires
entre lesquelles se partage le champ de
la moralité, puisqu'il est possible qu'un
principe de dévouement et d'amour
soit le ressort même des actions sim-
plement justes: puisque inversement,
la règle de la justice peut s'étendre au
domaine entier du devoir en détermi-
nant dans quelles limites et dans
quelles formes notre charité peut lègi-
CHOSE
a ——— ———————
timement s'exercer. La charité est alors
amour (’Ayarn, Liebe).
CRITIQUE
Nous proposons de restreindre le mot
au sens À, et d'employer au sens B,
19 : Bienfaisance ; au Sens B, 2° : Bonte.
Rad. int. : Karitat.
« CHASSE de Pan », L. Venatio Panis
{Bacon, De Dignit, livre V, ch. 111.
Ensemble des procédés expérimentaux
servant à l'exploration de la nature,
pour constater des faits, avant d'en
venir à l’ «interprétation de la nature »
et aux « tables* d’induction ».
« Chiffre », voir Supplément.
CHOSE, D. Ding, Sache ; E. Thing;
I. Cosa.
A. Le langage courant désigne par
ce mot tout ce qui peut être pensé.
supposé, affirmé ou nié. C'est le terme
le plus général pouvant tenir lieu de
tout ce dont on pose l'existence, fixe
ou passagère, réelle ou apparente,
connue où inconnue.
B. THÉORIE DE LA CONNAISSANCE.
19 Sens empirique. Ce terme exprime
l'idée d'une réalité envisagée à l’état
statique, et comme séparée ou sépa-
rable, constituée par un système sup-
posé fixe de qualités et de propriétés.
Lo chose s'oppose alors au fait ou au
Sur Charité, B. — On trouve en plusieurs passages de Leisniz cette formule :
« La justice est la charité du sage. » (L. Couturat.)
Sur Charité (Critique). — Malgré l’exactitude de ces distinctions, j'estime que le
inot charité ne fait jamais équivoque, et peut être conservé dans son usage actuel.
Entre ces trois significations il n’y a que des nuances, lesquelles sont des reflets
des doctrines sur l’idée. La charité s'oppose surtout à la bienfaisance, en ce qu'on
peut être bienfaisant par intérêt ou vanité, mais non charitable ; à la bonté, en ce
que ce dernier mot est équivoque, et s'applique souvent à l’altruisme inintelligent
et inactif. (V. Egger.)
L'amour désigné par &y#rn, qui unit l’aimant et l’aimé, et qui comporte en
général réciprocité, est très différent de l’amour désigné par pa, sorte de gravi-
tation de l’aimant vers l’aimé, qui laisse en principe l’aimé indifférent, comme
dans le cas du Moteur Immobile. (E. Bréhier.)
Cf. Amour*, Critique.
CHOSE
phénomène. « La lune est une chose,
l’éclipse est un fait. »
En ce sens, chose et objet sont souvent
employés comme synonymes. Mais, ri-
goureusement, ce dernier terme est
plus étendu puisqu'il s’applique à tout
ce qui est susceptible d’être perçu,
aussi bien aux phénomènes et aux rap-
ports qu’aux choses.
20 Sens métaphysique. « Chose en
soi. » {Ding an sich; thing in üself ;
cosa in se.) Ce qui subsiste en soi-même
sans supposer autre chose. C’est ainsi
que KaAnT raisonne fréquemment en
partant de cette hypothèse : Si les
phénomènes étaient des choses en soi.
voulant dire par là : si les phénomènes
étaient quelque chose qui subsistât en
dehors de ma représentation (comme
le réalisme naïf l’imagine). De là vient
que cette expression, d’abord négative,
est ensuite appliquée au noumène*, en
__. 140
tant qu’il jouit de cette indépendance
à l'égard de la représentation. — Voir
En Soit.
C. ÉTuique. La chose s'oppose à la
Personne*. La chose ne s’appartient pas
à elle-même, elle peut être possédée,
elle ne peut être conçue comme Je
sujet d’aucun droit. La Personne est
sui juris ; elle peut posséder la chose
elle peut avoir des droits.
Rad. int. : Res.
« CHOSISME », quelquefois em-
ployé comme synonyme de réalisme*
naïf. Voir Réalisme*, critique (S).
CHRÉMATISTIQUE, du grec ypnua-
TLOTIXA, ARISTOTE science de la
richesse.
On appelle conception chrématistique
de la science économique, celle qui
prend pour but de rechercher « la mul-
Sur Chose, B, 1°. — Même dans l’usage vulgaire et en dehors de toute théorie
philosophique on distingue deux sens du mot chose : a) l’objet quelconque d’une
pensée ; b) le sujet par opposition aux prédicats. (J. Lachelier.)
Sur Chose, B, 2°. — « Sind Erscheinungen Dinge an sich selbst, so ist die
Freiheit nicht zu retten.. Wenn dagegen Erscheinungen für nichts mehr gelten
als sie in der That sind, nämlich nicht für Dinge an sich sondern blosse Vorstel-
lungen, … so, etc.l. » (KAnNT, Critique de la Raison pure, Antinomies, section IX,
$ 3.)
Sur Chose, B, 1°. — La chose (empirique) apparaît comme un sujet fixe de
phénomènes accidentels. Mais les qualités mêmes qui, à l’expérience immédiate,
semblent plus ou moins permanentes, sont reconnues changeantes. En poussant
à la limite l’idée d’un sujet permanent de tous les phénomènes ou qualités on
arrive donc à l’idée d’un substratum absolument fixe qui serait la Chose en soi.
— D'autre part, comme l’analyse réduit les qualités immédiatement perçues,
objet de connaissance actuelle, à de simples apparences ayant pour fondement
des propriétés plus profondes, plus générales et plus fixes, dès lors plus réelles,
on forme à la limite le concept de ce que serait la chose en elle-même par oppo-
sition à ce qu’elle est pour nous, de ce qu’elle serait indépendamment des appa-
rences, c’est-à-dire en dehors de toute connaissance actuelle ou possible.
— En ce sens, le mot chose en soi s'oppose au terme de phénomène (au sens le
plus étendu) et est à peu près synonyme de substance (au sens métaphysique).
Mais ce dernier est plus général. Le terme de chose en soi, en raison de son origine
même, implique une certaine idée d’objectivité qui empêche qu'on ne l’applique
à l’esprit, comme il arrive pour le terme substance. (G. Belot.)
1. « Siles phénomènes sont desehoses, en soi, la liberté est impossible à sauver. si au contraire les phénomènes ©
sont tenus que pour ce qu'ils sont réellement, non des choses en soi, mais desimples représentations, alors, etc.»
qu
4
}
po us
tiplication la plus grande possible des
richesses, sans qu’il soit fait état de
Putilité plus ou moins grande que pren-
nent ces richesses selon qu’elles vien-
nent à êétreconsommées par tel individu
ou par tel autre ». (Lanpry, L'idée de
justice distributive, Revue de Métaph.,
IX, 741.)
Ce terme est généralement péjoralif.
Voir les Observations.
CINÉMATIQUE, D. Kinematik; E.
Kinematics ; 1. Cinematica.
Terme créé par AMPÈRE (Essai sur
la philosophie des sciences, 1834).
Partie de la Mécanique : science du
déplacement, c’est-à-dire du mouve-
ment, abstraction faite des forces qui
sont supposées le produire. On y étudie
les positions successives des corps mo-
biles dans leurs relations de dépen-
dance et de simultanéité. La partie
pratique de cette science est la théorie
des appareils mécaniques au point de
vue de la transformation des mouve-
ments. Cf. DYNAMIQUE. — Synonyme
ancien : PHoRoNOMIE (Leibniz, Kant).
CIVILISATION
Cinesthésique, voir Æinesthésique*.
Cinétique (énergie). Voir ÉNERGIE.
« Civil (État) », état de société
opposé à l’état de nature, et résultant
du contrat social, chez J.-J. Rousseau,
Saint-Just, etc.
Civile (Liberté), voir Observations
ci-dessous et Supplément.
CIVILISATION, D. Kultur, Civilisa-
tion ; E. Civilization ; I. Civiltà. —
Sur l’histoire de ce mot, voir Lucien
FEBVRE, Civilisation, évolution d’un
mot et d’un groupe d'idées, dans le fas-
cicule II des Publications du Centre
International de Synthèse (1930) ; et cf.
ci-dessous Culture*. — Cf. H. Marrou,
Culture, civilisation, décadence, Revue
de Synthèse, décembre 1938.
A. Une civilisation est un ensemble
complexe de phénomènes sociaux, de
nature transmissible, présentant un
caractère religieux, moral, esthétique,
technique ou scientifique, et communs
à toutes les parties d’une vaste société,
Sur Chrématilstique. — Xpmuatiotixn, chez Aristote, veut dire l’art de gagner
de l’argent. Il s’y attache déjà une certaine défaveur : c’est ainsi que dans la
Politique, I, ni, il fait remarquer que l’argent monnayé (véutoux) n’est pas une
richesse par nature, mais seulement par convention (vôuew, opposé à puoua) :
«C’est une étrange richesse que celle dont le possesseur, si bien qu’il en soit pourvu,
mourra de faim comme le Midas de la fable, qui par l'effet de son souhait cupide,
voyait se changer en or tout ce qu’on lui servait. » (1257b 14-17.) De même chez
8ismondi : « Bien qu’elle (l’économie politique orthodoxe) ait réfuté définitivement
l'erreur du mercantilisme, elle constitue un mercantilisme d’un nouveau genre, ne
considère que les intérêts du marchand, et pense avoir assuré par là ceux de la
collectivité tout entière, ce qui serait vrai seulement si elle se composait tout
entière de marchands. Elle n’est pas économie politique véritable, art d'aménager
la cité, dans l’intérêt général, mais art de l’enrichissement individuel, « chréma-
tistique », selon le mot créé par Sismondi. » Elie HaALÉVY, Sismondi, Introd., p. 15.
Dans ce texte, « créé » serait avantageusement remplacé par « repris ». (M. Marsal).
Civile (Liberté). — Quelques correspondants nous ont demandé de mentionner
et de définir cette expression, actuellement tombée en désuétude : M. H. Capitant
et M. G. Davy, que j’ai consultés sur ce point, ont été d’accord pour répondre
Qu'on ne la rencontre plus chez les jurisconsultes contemporains. Déjà l’article
Liberté, par Émile Saisset, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques de
Franck (1843 ; 29 édition, 1875) se borne à distinguer entre « liberté morale » et
« liberté politique ». — Voir au Supplément l’histoire de ce terme.
LALANDE. — VOCAB. PHIL. 7
CIVILISATION
152
2 —— ——,,
ou à plusieurs sociétés en relations.
« La civilisation chinoise ; la civilisation
méditerranéenne. »
Aire de civilisation (D. Kulturkreis),
surface géographique sur laquelle s’é-
tend une civilisation. — Couches de
civilisation (D. ÆAulturschichten) s’est
dit primitivement des couches maté-
rielles superposées qui montrent, dans
les fouilles archéologiques, les restes de
civilisations successives; puis, plus
généralement, s’est appliqué à des
civilisations superposées l’une à l’autre
dans une même aire géographique, et
telles que des monuments ou des ins-
titutions de la plus ancienne survivent
dans la plus récente. — Langues de
civilisation (D. Aultursprachen) ; celles
qui possèdent une littérature, et sont
ermployées comme moyen d'expression
d'idées politiques, historiques ou scien-
tifiques. Voir, sur l’ensemble du sens À, |
M. Mauss, Les civilisations. éléments et
formes, dans le recueil du (‘entre de
Synthèse cité plus haut.
B. La civilisation (opposée à l’état
sauvage ou à la barbarie) est l'ensemble
des caractères communs aux civilisa-
tions (au sens À) jugées les plus hautes,
rope et des pays qui l’ont adoptée dans
ses traits essentiels. « Si un pareil esprit :
(l'esprit de puissance individuelle) ve-
nait à régner parmi nous, ce serait la
fin de toute civilisation, de toute ten-
dance à la raison... » RENAN, Dialogues
philosophiques, p. 65. — Le mot, en ce
sens, présente un caractère nettement
appréciatif. Les peuples « civilisés »
s'opposent aux peuples sauvages ou
barbares moins par tel ou tel trait
défini que par la supériorité de leur
science et de leur technique, ainsi que
par le caractère rationnel de leur orga.
nisation sociale. Voir, dans le recueil
déjà cité, NicEFoRO, L.a civilisation, Le
problème des valeurs ; Louis WEren,
Civilisation et technique.
Civilisation, ainsi entendu, implique
aussi, dans une assez large mesure
l’idée que l'humanité tend à devenir
plus une et plus semblable dans ses
différentes parties : « L'histoire nous
montre la civilisation s'étendant peu à
peu à tous les pays et à tous les peu-
ples. » G. Monon, Fistoire; De la
méthode dans les sciences, 17e éd., 1. 355.
C. (Plus rare.) Action de civiliser,
de produire ou d’accroître la civilisa-
tion au sens B. — Action de se civiliser.
REMARQUE
Nous avons classé les sens «dans
l’ordre où il était le plus facile de les
définir l'un par l’autre; mais histori-
quement, les sens B et C sont les plus
anciens ; tous deux paraissent dater
: de la seconde moitié du xvuie siècle:
c’est-à-dire pratiquement celle de l'Eu-
le sens A, des dernières années du
XIX®,
Rad. int. : A. Civilizajo, B. Civi-
lizeso ; C. Civilizigo, Civilizijo.
CLAIR, adj., L. Clarus; D. Klar;
E. Clear ; I. Chiare. Voir Distinct*.
A. Pour DEScARTES, connaissance
« qui est présente et manifeste à un
esprit attentif », de telle sorte qu'il
LR 443
n'ait aucune occasion d'en mettre en
-doute la réalité et la valeur. (Prénctpes,
5.
‘ ; mr LeiBni7, idée telle qu’elle
suffit à faire reconnaître son objet et à
Je faire distinguer de tout autre. (Gerk.
Phil. Schriften, IV, p. 422.) C'est ce
que DESCARTES appelait Distinct*.
Rad. int. : Klar.
CLAN, D. Sippe ; E. Clan; I. Clan.
Terme celtique emprunté au système
familial d'Irlande, de Galles et d'Écosse,
et adopté par les sociologues pour dé-
signer d’une manière générale le grou-
pement social dit « primitif ». Ce grou-
pement se définit essentiellement par
linterdiction du mariage à l’intérieur
du groupe (exogamie). Le clan est donc
moins étendu que la tribu, qui est un
groupement territorial et politique par
rapport auquel il y a d’ordinaire endo-
gamie (cf. DuRKHEIM, Ann. Sociolog.,
I, 9 et 31; Power, Sociology, dans
Année Soc., 1V, 125). Le clan se carac-
térise en outre soit au point de vue reli-
gieux par l’unité du Totem (clans aus-
traliens, Peaux-Rouges, d’après Dur-
KHEIM, ibid. ; FRAZER, T'otemism), soit
au point de vue juridique par la soli-
darité qui unit les membres pour la
vengeance du sang et qui l’interdit
entre eux (le Hajj arabe d’après Ro-
bertson Suit et Prokscun, Ueber die
Blutrache bei den vorislamischen Ara-
ben), soit au point de vue militaire
par sa constitution en unité guerrière,
ou enfin au point de vue économique
par la propriété commune (Zadruga
CLASSE
Serbe, Township écossais, d’après La-
VELEYE, La Propriété et ses formes pri-
mitices, Ch. xviI, XXIX sqq.).
CLASSE, D. ÆÂlasse; E. Class;
1. Classe.
A. Locique. Ensemble d’objets dé-
fini par le fait que ces objets possèdent
tous et possèdent seuls un ou plusieurs
caractères communs. Se représente en
Logique symbolique par l’abréviation
Cls. (PEANO, Formulaire de Logique
mathématique, $ 2.) Terme général dési-
gnant l’idée dont genre et espèce sont
les cas particuliers (S).
B. MéÉruonoLocie. On appelle spe-
cialement classe en biologie la division
intermédiaire entre les embranchements
et les ordres {classes des mammifères,
oiseaux, poissons, etc.).
C. Sociozoc1E. Une classe est un
ensemble d'individus placés à un même
niveau social par la loi ou par l'opinion
publique. (Cf. Caste*.) Ce mot présente
actuellement une tendance à s’appli-
quer surtout, par suite de l’effacement
graduel des distinctions sociales autres
qu'économiques, à la distinction des
citoyens suivant le niveau de leurs
revenus et suivant la manière diffé-
rente dont ils se le procurent : cultiva-
teurs, ouvriers, employés, industriels,
petits commerçants, grands négociants,
professions libérales, propriétaires, ren-
tiers, etc.
Enfin, le sens de ce mot a été encore
plus spécialisé par la théorie commu-
niste*, suivant laquelle les classes so-
ciales seraient en voie de se réduire à
Sur Civilisation. —- Le sens B, qui est appréciatif, est ambigu ; l'appréciation
peut porter sur un état de choses déjà réalisé, ou énoncer un idéal peut-être
lointain. Le titre du premier livre de G. Duhamel, publié pendant la guerre 14-18.
jouait sur ce double sens, comme depuis beaucoup de satires sur la colonisation,
L'appréciation favorable de notre civilisation occidentale n’est peut-être favorable
que par idolon tribus. Chez Fourier, l’import de civilisation est péjoratif ; il enve-
loppe d’un même mépris la barbarie et la civilisation. La civilisation est le qua-
trième limbe, précédé de 1) la sauvagerie ; 2) le patriarcat ; 3) la barbarie ; et elle
sera suivie, Fourier et Dieu aidant, du cinquième limbe, le garantisme. (M. Marsal.)
En allemand, le mot civilisation, quand il est opposé à culture, désigne surtout
le progrès extérieur et matériel. (E. Bréhier.)
Sur Classe. — « Toute l'histoire de la société humaine jusqu’à ce jour est
l’histoire de luttes de classes { Alassenkämpfen)... Aux époques de l'histoire qui
ont précédé la nôtre, nous voyons à peu près partout la sotièté offrir toute une
organisation complexe de classes distinctes, et nous trouvons une hiérarchie de
rangs sociaux multiples. Notre âge, l’âge de la bourgeoisie, a néanmoins un
Caractère particulier : il a simplifié les antagonismes de classe. De plus en plus,
la société tout entière se partage en deux grands camps ennemis, en deux grandes
classes directement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. » Marx et ENGELS,
Manifeste communiste (1872), trad. Andler, p. 20 et 21. — Texte communique
par M. M. Marsal.
F.
CLASSE
deux seulement : prolétariat et bour-
geoisie. (Voir le texte cité aux Obser-
vations.) C’est surtout à cette dernière
acception que se rapportent actuelle-
ment les expressions « lutte de classes »,
« parti de classe », « conscience de
classe », etc.
CRITIQUE
Par suite des transformations de sens
qui viennent d’être rappelées, l'emploi
de ce mot en matière sociale prête
facilement au sophismè quand l’accep-
tion n’en est pas expressément spécifiée.
Rad. int. : Klas.
CLASSIFICATION, D. Klassifikation;
E. Classification ; 1. Classificazione.
. À. Répartition d’un ensemble d’ob-
jets en un certain nombre d’ensembles
partiels coordonnés et suhordonnés.
B. Manière d’ordonner entre eux des
concepts, suivant certaines relations |
qu’on veut mettre en évidence : rela-
tion de genre à espèce ; relation de tout :
à partie; relations de généalovie, de
hiérarchie, etc. (DurAND De Gros,
Aperçus de taxinomie générale.
On appelle classification artificielle
celle qui dépend de caractères arbitrai-
rement choisis, et qui n’a pour but que
de permettre de retrouver rapidement
chaque objet par la place qu’il occupe,
ou réciproquement ; classification natu-
relle, celle qui a pour but de rapprocher
les objets qui ont le plus de ressem-
blances naturelles, et de préparer
ainsi la découverte des lois.
CLAUSTROPHOBIE, D. Ælaustro-
phobie, etc.
Trouble mental consistant en une
crainte douloureuse, appelée angoisse,
accompagnée souvent de phénomènes
impulsifs, qui se manifeste quand le
sujet se trouve enfermé, même à l’abri
de tout danger ou de tout inconvénient.
CLEPTOMANIE, D. Kleptomanie, ete
Impulsion morbide au vol, en dehors
de tout intérêt à s'approprier l'objet
volé.
« CLINAMEN ». Traduction latine
du grec éxxAwic ou TApÉyHALOLE.
Ce mot désigne la déviation sponta.
née qui, dans le système d'Épicure
permettait aux atomes tombant dans
le vide en vertu de leur poids et d’une
vitesse égale, de se rencontrer et de
s’agglomérer. — (ÉPicurE, Lettre à
| Hérodote, ap. Dioc. LaAERT., liv. X.)
Le clinamen était en même temps le
principe du libre arbitre. (LucrRÈce
: II, 289)
|
: Codomaïne (d'une relation). — Lo-
GiQuE. Voir Champ* et Domaine*.
! CŒNESTHÉSIE, du grec XoLvh,
atoônois (D. Gemeinempfindung, cœnes-
thesis ; E. Common sensation, cœnes-
thests [HAMILTON]; I. Cenestesi}. —
On écrit aussi cénesthésie.
Ensemble des sensations provenant
des organes internes, de l’état de la cir-
culation, de la nutrition cellulaire, etc.
« C’est le chaos non débrouillé des
sensations qui, de tous les points du
corps, sont sans cesse transmises au
sensorium. » (HENLE, dans Risor,
Maladies de la personnalité, 23.)
f
CRITIQUE
Par suite de la théorie de Th. RiBor
(ibid., ch. 1}, qui accorde à la cœnes-
thésie le rôle essentiel dans la forma-
tion de l’idée du moi individuel, on a
défini quelquefois la cœnesthésie « la
sensation de notre propre existence ».
(RicuerT, vo.) Mais c’est là une hypo-
thèse, non une définition.
Il y aégalement quelque inexactitude
à définir la cœnesthésie « la perception
Sur Cœnesthésie. — On a dit aut
des Deux-Mondes, 15 août 1862,
logiste J. C. Rei (1759-1843)
nn
de notre être organique ». (Go8Lor, v°.)
refois cœnesthèse. — Émile Saisser (Revue
P. 974) attribue la création de ce mot au physio-
CŒUR
cœænesthésie, en effet, reste à l’état
sensation plutôt qu'elle ne passe à
ui de perception, et WunpT com-
prend même sous ce terme certaines
gensationsthermiques, musculaires,etc.,
quand elles sont vagues, indistinctes,
t qu’elles présentent surtout un carac-
‘tère affectif. « Wir rechnen zur Classe
“ler Gemein-Empfindungen alle Emp-
findungen die einen ausschliesslich
gsubjectiven Charakter bewahren, und
urch wesentlich Bestandtheile des
Gemeingefühls bilden!. » (Grundzüge
“@er physiol. Psychol., 4e éd., I, 434.)
. D'autre part, bien que le mot cœnes-
thésie désigne l’état psychique total
résultant de l’action simultanée et
<onfuse de ces impressions internes, il
est néanmoins légitime de parler, en
les distinguant, de telle ou telle « sen-
sation cœnesthésique » particulière,
celle du cœur par exemple ou de l'in-
testin.
Rad. int. : Kenestesi.
CŒUR, D. Her: ;
Cuore.
. A. (Sens ancien, tombé en désuétude,
et qui donne lieu à de fréquents contre-
sens) : intelligence intuitive, opposée à
l’entendement, au raisonnement dis-
cursif. « Nous connaissons la vérité non
seulement par la raison (le raisonne-
ment), mais encore par le cœur : c’est
de cette dernière sorte que nous con-
naissons les premiers principes C’est
sur ces connaissances du cœur et de
l'instinct qu’il faut que la raison s’ap-
Puie, et qu’elle y fonde tout son dis-
cours. » PASCAL, Pensées, petite édition
Brunschvicg, p. 459. « Le cœur sent
qu’il yatrois dimensions dans l’espace. »
Voir Remarque.
B. (Sens vieilli, mais non disparu) :
Courage, fierté. «a J’aurai trop de force
ayant assez de cœur. » CORNEILLE, Le
Cid, acte II, scène 2.
TT —
E. Heart; I.
de 1. « Nons mettons dans la classe des sensations cœnee-
Séciques toutes les sensations qui gardent un carsatère
vement subjectif, et qui par là forment essentielle-
ment des parties constitutives de ce sentiment. » {Prin-
eùpes de psychologie physiologique.)
C. L'ensemble des sentiments, de la
vie affective :
1° Par opposition à l'esprit, à l’in-
telligence. « L'homme croit souvent se
conduire quand il est conduit et pen-
dant que son esprit se tend à un but,
son cœurl’entraîne insensiblement à un
autre. » LA RocHEFOUcAULD, Mazximes,
xLI. — Cf. tout le chapitre IV des
Caractères de La BRUYÈRE, qui a pour
titre « Le Cœur » et qui traite de l’ami-
tié, de l'amour, de la reconnaissance, de
la jalousie, de la haine, de la fierté, de
l’ambition, etc. ;
29 Par opposition à ce qui apparaît au
dehors. « La constance des sages n’est
que l’art de renfermer leur agitation
dans leur cœur. » LA ROCHEFOUCAULD,
Mazimes, xx. Cf. l'expression « à
contre-cœur ».
D. Plus spécialement : les sentiments
de sympathie, de compassion, de cha-
rité. — « Une lettre pleine de cœur. »
| Ce sens appartient plus à la langue
courante qu’à celle de la philosophie.
REMARQUE
Nous avons donné ci-dessus pour le
sens À des citations de Pascal qui en
sont les exemples les plus caractéris-
tiques. Ce sens lui vient de Méré (voir
Brunschvicg, petite édition des Pensées,
p. 116). Même à leur époque, il est très
rare : il se rattache cependant à celui
de cor en latin, qui peut s’appliquer à
toute la vie intérieure de l’esprit, à tout
ce que nous appellerions aujourd’hui
intelligence ou sentiment. « Egregie
cordatus homo » (Ennius, I, 9, cité par
Cicéron dans les Tusculanes) : un hom-
me d'intelligence remarquable. C'était
une croyance répandue, dans l’Anti-
quité que lesiège de la pensée était dans
la poitrine (voir le même texte). — Cf.
l’usage de pectus dans la célèbre phrase
de Quintilien (De inst. orat., X, 7) :
« Pectus est enim quod disertos facit »
où 1l s’agit pour une part dessentiments,
mais surtout de la vivacité avec laquelle
on se représente intérieurement ce dont
on parle; cf. aussi en français l’ex-
W
CŒUR
pression réciter, jouer « par cœur ».
Chez Pascal lui-même, le mot cœur
est pris aussi au sens C; par exemple
Passions de l'amour, Ibid., 123 ; Lettres
Ibid., 220 ; Pensées, p. 399, 458. Quel-
quefois même il réunit les deux sens
comme s’ils étaient équivalents, p. ex.
P. 462, où le terme est opposé à esprit,
mais S’applique en même temps à la
Connaissance de Dieu sans preuves, par
une évidence immédiate.
Cf. Sentir*, Sentiment* texte et
Observations. ‘
Rad. int. : Kordi.
COGITATIVE, (S).
© COGITO, ergo sum » (DESCARTES
Discours de la méthode, IV) et par abré-
viation « le Cogito ». Argument tirant
de l'existence de la pensée actuelle la
réalité de l’âme en tant que substance
individuelle. « Je suis une chose qui
pense. » (In., Méditations, 11, 6.) Aussi |
cette formule a-t-elle été souvent cor-
rigée dans le sens d’une plus grande
impersonnalité : « Cogito ergo est. »
(SCHOPENHAUER, Die Welt, etc. Supplé. :
ments, Chap. 1v) — « Cogito, ergo :
sum el est. » (A. RiEHL, Der philoso-
phische kriticusmus, livre I1, 2° vol
p. 147.) :
(Résumé de la déduction transcenden-
tale kantienne selon Em. Bourroux
Revue des Cours, 1894-95, II, 370.) ‘
COGNITION (terme anglais ;inusitéen
allemand : ne figure pas dans Eiser :
I. Cognizione). '
Ce mot est quelquefois employé en
français, soit pour désigner l’acte de
connaître, soit pour désigner la con-
naissance en général. Le mot anglais
est défini par FLeminc et CALDER-
WOOD « Knowledge in its widest
sense ; specially, interpretation of sen-
-— « Cogito, ergo res sunt. » :
14
1
Sory impression!, » MEIKLEIOn NY d
la traduction anglaise de la Critique
la Raison pure, Se sert de ce mot “
traduire Erkenntniss. sou
On pourrait utilement le COnSery
pour désigner un acte particulier
Connaissance*, par opposition à la ce
naissance en général. Les deux D
seraient alors dans le même ra
que volition et volonté. oi
D COGNOSCIBILITÉ (Point de terme
équivalent dans Eiser ; Cognoscibilit
a été employé par CunworTx, mais n
figure ni dans BaLDWwIN, ni dans Pie
MING ET Cazn.; I. Conoscibilitä), °
Qualité de ce qui peut être connu
Terme rare. GoBLor le distingue d'in.
telligibilité en ce que ce dernier con.
tient de plus l’idée d’une Connaissance
rationnelle, la cognoscibilité suPPosant
seulement que l’objet est présenté à la
pensée.
COHÉRENCE, D. (Sans équivalent
exact): E. Consistency ; 1. Coerenza.
Absence de contradiction et de dis-
: Parate entre les parties d’un argument,
E d’une doctrine, d’un ouvrage. Ce mot
évoque le terme opposé, incohérence,
qui est presque synonyme de folie.
Aussi ne marque-t-il d'ordinaire qu’un
| degré d’éloge médiocre. I] n’en est pas
de même des mots anglais coherency,
coherence, qui correspondraient plutôt
À cohéston*, où consrstance* ; Voir ci-
dessous Consistance*, remarque.
Rad. int. : Koheres.
COHÉSION, D. Kohäsion, Zusammen-
hang ; E. Coherence, Coherency ; 1. Coe-
stone.
Proprement, force qui maintient
a
1. « Connaissance au sens le plus large ; spécialement,
interprétation d'une impression sensorielle. »
Sur —_
a re Ce mot a en allemand un sens spécial dans l’usage juridique,
ommt zur Cognition eines Richters (vient à la connaissance d’un
juge) ; même usage dans la formule française connaître de...
.
(F. Tônnies.)
aies les molécules d’un corps ; — par
ite, métaphoriquement : 1° liaison
individus dans une société ; —
caractère d’une pensée, d’une expo-
tion, dont toutes les parties tiennent
# ,
‘solidement entre elles. Voir Cohérence*
æ consistance*.
-, Rad. int. : Koher.
a
x
ÿ COLLECTIF, D. Gesammt, Kollek-
av ; E. Collective (plus large ; veut dire
aussi inductif) ; I. Collettivo.
:. A. Se dit d’un terme singulier et
concret, représentant une pluralité
d'individus : « L'École d’Élée ; le Sénat
romain ; l’Institut », et par suite d’une
proposition ayant pour sujet un terme
collectif.
.B. « Pris au sens collectif » ou « pris
£ollectivement » se dit d’un terme
gluriel, ou de plusieurs termes réunis
quand ils sont sujets d’une proposition
indivise* : « Les étoiles sont nom-
breuses. » — « Pierre et Paul sont
frères. » -— [expression opposée est
« pris au sens distributif* ».
C. Qui a pour objet un ensemble
d'individus semblables en tant qu’ils
forment un tout : « La psychologie
collective.
D. Qui est la propriété d'un ensemble
d'individus en tant qu’ils sont réunis.
On discute sur le degré de réalité que
peuvent avoir les tendances collectives
ou même les représentations collectives
COLLECTIF...
indépendamment des tendances ou des
représentations conscientes chez cha-
cun des individus formant un groupe.
L'âme collective est un concept très
employé par les sociologues allemands
sous le nom de Volksgeist. — Cons-
cience collective est surtout fréquent
chez les sociologues français.
Rad. int. : Kolektiv.
CRITIQUE
J. LacHELiER (Études sur le Syllo-
gisme, 47-57) et sous son influence
RABIER (Logique, 46) ont appelé « pro-
position collective » la proposition em-
piriquement universelle, obtenue par
‘ simple totalisation d'expériences indi-
viduelles, p. ex. : « Tous les membres
de cette famille sont instruits. » Ils
| l'opposent aux vraies universelles où,
: d’après eux, le rapport du sujet au
: prédicat serait nécessaire, soit catégo-
riquement, soit er hypothesi. Cette
désignation a l'inconvénient de créer
‘ une équivoque en raison du sens A,
i très usuel en parlant des termes (voir
LiTTRÉ) et par suite nécessaire en
parlant des propositions. D'ailleurs, le
sens visé par Lachelier est représenté
sans confusion possible par totalisante*.
Il est donc préférable de réserver le
nom de collectif aux termes qui dési-
gnent un ensemble d’individus consi-
dérés indivisément comme formant un
tout.
Sur Collective (Conscience). — Dans cette locution, si courante chez Durkheim
et ses disciples, il y aurait lieu de se demander ce qui subsiste du sens propre
du mot conscience. Durkheim attribue-t-il à la conscience collective une connais-
sance de ses propres états ? On en peut douter. Conscience semble signifier ici
simplement « siège de phénomènes psychiques » (peut-être inconscients) ; c’est
comme un synonyme positiviste d'âme. — Noter encore que Durkheim a établi
une distinction entre conscience collective et conscience sociale :
Travail, 2e éd., p. 46. (E. Leroux.)
v. Division du
Durkheim a employé l’expression « conscience collective » pour désigner deux
faits : 10 que des représentations et sentiments sont élaborés en commun, et par
suite différent des états qu’élabore une conscience isolée ; par suite aussi, sont en
quelque mesure extérieurs à chacune de ces consciences individuelles prises iso-
lément. C’est ici la conscience, en tant que sujet conscient, qui est dite collective.
Cf. surtout l’article Représentations individuelles et représentations collectives (1898)
COLLECTIVISME
—————————— —" — ——— "nn
COLLECTIVISME (D. ÂXKollectivis-
mus ; E. Collectivism ; I. Colettivismo À
mais usité surtout en France).
A. Néologisme. Le terme a été créé
au Congrès de Bâle (1869) pour opposer
au socialisme d'État, représenté par
les marxistes, allemands surtout, le
socialisme non étatiste, non centrali-
sateur, représenté surtout par les délé-
gués Français, Belges, Suisses, etc. Il
a été employé pour la première fois
par le journal suisse Le Progrès, du
Locle, daté du 18 septembre 1869.
B. Il a été détourné de cesens spécial
par des causes individuelles : Jules
GUESDE, d’abord affilié à l’école collec-
tiviste-A du Jura, continua à désigner
sa doctrine par le même nom, bien
qu’il l’eût personnellement transformée
considérablement dans le sens du mar-
xisme. Et, par suite de l'influence
exercée en France par sa propagande,
le socialisme marxiste révolutionnaire
y fut connu sous le nom de collectivisme.
recueilli dans Sociologie et philosophie, notamment P. 35-36 ; — 20
objet, ces représentations et sentiments peuvent également être col
c’est le groupe lui-même ou ce qui se passe en lui qui est confusém
serait notamment le cas des représentations religieuses ; voir en part
élémentaires, 1e édition, p. 295 et suiv., 329 et suiv. — Quant à la di
«“ conscience collective » et de la « conscience social
148
——
C. Il en est résulté que le mot tend
se substituer dans le langage COuran
au terme socialisme, en le précisant e
en le restreignant. Par opposition au
socialisme au sens large (LEROUX, Fou.
RIER, OWEN, etc.), il s'applique à un
régime social caractérisé au point de
vue politique par le principe démocra.
tique ; et au point de vue économique
par le fait que la propriété des moyens
et des instruments de production est
collective, c’est-à-dire appartient soit à
des sociétés de production, soit aux
communes, soit même à l’État (malgré
l'origine du mot). Voir VANDERVELDE,
Le collectivisme et l’évolution écono-
mique. Le caractère révolutionnaire, à
son tour, en est effacé : c’est ainsi que
dans son ouvrage Le socialisme réfor-
miste français, expressément consacré à
marquer ce qui le sépare des révolu-
tionnaires, A. MiLLerAnND se déclare
collectiviste et définit le collectivisme
par la substitution nécessaire et pro-
que, par leur
lectifs lorsque
ent perçu. Tel
iculier Formes
stinction de la
e », elle ne me paraît jouer
aucun rôle dans ses conceptions ultérieures. (P. Fauconnet.)
Sur Collectivisme, A. — Je dois ces renseignements à l’obligeance de M. James
GuiLLaumE, membre du Congrès de Bâle. Dans les notes qu'il a bien voulu me
communiquer, il cite la lettre suivante à lui adressée en décembre 1869 par son
collègue VaRLIN :
(dans le journal L
« Les principes que nous devons nous efforcer de faire prévaloir
a Marseillaise) sont ceux de la presque unanimité des délégués
de l’Internationale au Congrès de Bâle, c’est-à-dire le collectivisme ou le commu-
nisme non-autoritaire. » (A. L.)
Sur Collectivisme, C. — « Le mot collectivisme s’est primitivement substitué
non au mot socialisme, mais au mot communisme (peut-être par crainte d’effrayer
les timides). Les socialistes de l’Internationale formaient en 1869 trois écoles :
mutuellisme (proudhonien),
À partir de 1878 ou 1880 o
bien tranchées :
doctrine du socialisme d’État)
anarchisme (ancien collectivism
à tendances mal définies qu’on
(Lettre de M. James GUILLAUME.)
marxisme ou communisme d'État, et collectivisme.
n ne trouve plus dans le socialisme que deux écoles
marxisme, appelé désormais collectivisme (tout en restant la
, et communisme anarchiste ou chez quelques-uns
e). Entre les deux se trouvent les groupements
peut désigner sous le nom de syndicalisme. »
COLLIGATION
ssive de la propriété sociale (soit
tionale, soit municipale) à la pro-
priété capitaliste (p. 25-27).
CRITIQUE
I] y aurait lieu de distinguer : 1° le
ime collectiviste ; 20 la doctrine sui-
gant laquelle ce régime tend nécessai-
gement, en fait, à se substituer au
régime capitaliste ; 3° la doctrine sui-
vant laquelle ce régime est supérieur,
n droit, à la propriété capitaliste, soit
au point de vue du bonheur, soit au
point de vue de la justice.
© Rad. int. : 1° Kolektivaj ; 2° Kolek-
tivig; 3° Kolektivism.
COLLIGATION, E. Colligation; D.
Kolligation ; I. Colligazione. |
A. Terme usuel en anglais (réunion,
collection, alliance}, mais qui a été pris
par WHEWELL en un sens technique :
il désigne ainsi l'opération de l'esprit
qui réunit en une conception synthé-
tique unique un ensemble de faits
séparément observés; par exemple
l’idée d’ « orbite elliptique », conden-
sant toutes les observations faites sur
les positions d’une planète. Voir, entre
autres textes, Philosophy of the Induc-
tive sciences, 1, « Aphorisms concerning
science », n° 1.
B. J.S. Mi, en discutant l’idée de
Whewell, a fait prendre à cette expres-
sion un sens quelque peu différent :
tandis que pour celui-ci la colligation
se confondait avec l'induction, Mie
tient à les distinguer nettement. Pour
lui, la première se réduit à une simple
« description » des faits observés,
« which enables a number of details to
be summed up in a single proposi-
tion! ». Logic, III, 11, $ 4. (Exemple du
navigateur et de l’île, donné au para-
graphe précédent.) La seconde suppose
de plus une extension à l'inconnu
et au futur. La colligation se fait par
un « guess », ou par une série de
« guesses » (d’actes analogues à celui
par lequel on devine le mot d’une
énigme), continués jusqu’à ce que l’on
tombe sur l'interprétation quiconvient ;
elle peut admettre, par suite, des solu-
tions diverses et également satisfai-
santes; l'induction proprement dite,
au contraire, se fait méthodiquement,
et vise à l'explication ainsi qu’à la
prévision des phénomènes ; elle com-
porte une preuve, et par suite ne sau-
rait admettre des hypothèses équiva-
lentes (au sens B du mot hypothèse*).
De ce long passage de Mill, et de sa
discussion avec Whewell, beaucoup
1. «.… qui permet de résumer une multiplicité d'obser-
vations partielles en une proposition unique. » Il faut
bien remarquer que les mots description, descriplive
operation, employés ici par Mill, n’ont pas exactement le
même sems en anglais qu'en français : ils se rapprochent
beaucoup de l'idée de définition, de caractérisaiion.
Sur Collectivisme (Critique). — Il est fréquent chez les contemporains .
trouver le mot collectivisme opposé au mot communisme. On entend alors par le
premier la mise en commun et l’organisation des moyens et des ut
Production seulement ; par le second, la mise en commun des produits : :
moyens de jouissance. La première nn alors les méthodes de
TO ion, la seconde les formules de répartition. Puis,
F un serait utile à conserver avec cette signification. (E. Halévy.
— M. Sembat. — C. Hémon.)
ême opposition, mais interprétée un peu différemment, se retrouve chez
E. Homes : « En partant de la notion du besoin, de la valeur d'usage, re
se fondant sur le droit à l’existence, les commurustes disent : De chacun selon
ses facultés, à chacun selon ses besoins. — Se fondant au contraire sur la notion
du travail, de la valeur d'échange, les collectivistes (au sens étroit du mot), répon-
dent : A chaque travailleur le produit intégral de son travail. » (Le Collectivisme
et l'évolution économique, 191.)
COLLIGATION
Un _ 150
plus complexe qu’on n’a pu l'indiquer
dans le résumé précédent, il est résulté
que le mot colligation a souvent été
pris, depuis lors, pour désigner la simple :
réunion des faits, l'induction complète,
ou totalisante, par opposition à l’induc-
tion amplifiante* où baconienne. Mais !
telle n’était pas l'intention primitive
de \Whevell en introduisant l'usage de ,
ce mot dans la méthodologie.
qui intègrent successivement tous $es
moments.» L. LAvELLr, Du temps et 4
l'éternité, p. 110.
COMBINAISON, L. Combinatio, [I
Kombination ; KE. Cormnbination ; I. Com.
binazione.
A. Sens primitif ct étymologique :
association d'objets deux à deux. (LE18.
Niz, De Arte combinatoria, 1666, écrit
par analogie avec ce mot : conänatis
pour conternatiot, etc.)
B. Sens général et usuel : on appelle
combinaisons de m objets n à n (mÿsn)
tous les ensembles qu’on peut former
COLLOCATION, D. E. Collocation ;
1. Collocazione.
Position d’un corps matériel par
rapport aux corps voisins. Se dit par- . :
ticulièrement des conditions initiales | ©" PA 1 de ie ns POUR
de position qui, joints à une loi de | COMPRE QE VeUPAArErE AR SARS Sue
mouvement, déterminent une suite de ! deux combinaisons quelconques diffè-
positions ultérieures. Cf. Lieu*. rent par la nature des objets qu'elles
contiennent.
Rad. int. : Kombin.
COLLUSION, L. Collusio (de cum, |
ludere) : accord secret pour jouer quel- |
qu’un; connivence; — D. E. Collu-
sion ; I. Collusione.
A. Primitivement, terme juridique :
entente (surtout entre adversaires appa-
rents) en vue de tromper un tiers dans
une affaire judiciaire.
COMBINATOIRE, L. ars combina-
| toria; D. Combinatorik ; pas de terme
! spécial dans les deux autres langues.
A. Science mathématique qui a pour
objet de former par ordre toutes les
combinaisons* possibles d’un nombre
donné d'objets, de les dénombrer, et
B. Très récemment (en prenant. | d'en étudier les propriétés et les rela-
ludere dans un autre sens, celui où l’on | tions.
parle par exemple des jeux de la ! B. Pour Le1BN17, cette même science,
lumière et de l’ombre) : union de deux | appliquée aux concepts de tout ordre,
forces ou de deux activités dans un | et constituant ainsi la partie synthé-
effet commun qui a quelque chose d'il- : tique de la logique, de sorte qu’elle se
lusoire. « Nous avons affaire ici à la | confond avec l’art d'inventer.
collusion d’un devenir extérieur, fait Rad. int. : Kombinatori.
d'états qui ne cessent de passer. et
de ce devenirintérieur, fait d'opérations
1. Combinaison trois à trois.
Sur Collusion. — En raison de son origine, le mot a un sens péjoratif : il emporte
une idée d’erreur provoquée, ou de sophisme. Il a même été employé jadis en
anglais à peu près au même sens que fallacy, mais ce sens a disparu (MURRAY,
sub v°). Dans le texte cité de M. LAVvELLE, il conserve cet import, « car, dit-il,
«le devenir extérieur où les états ne cessent de passer » est évoqué ici, et dans
tout le livre, comme une forme d’existence dégradée par rapport au « devenir
intérieur, fait d'opérations qui intègrent successivement tous ses moments » ; de
telle sorte que la vie, participant à la fois de l’un et de l’autre, porte en elle un
caractère d’ambiguïté, qui lui permet tantôt de s’abaisser jusqu'au niveau de la
matière, tantôt de devenir le véhicule de l’esprit. (Extrait d’une lettre de M. Louls
Lavelle à M. Lalande, au sujet de cet article.)
COMMUN, D. Gemein ; E. Common ;
. Comune.
. Qui appartient à la fois à plusieurs
sujets. Cf. Propre*. Il y a lieu de dis-
éinguer : a, la communauté physique
#ou réelle (le centre est le point commun
de tous les rayons) ; b, la communauté
.dogique où idéale (la sensibilité est com-
.gune à l’homme et à l’animal). Les
-geux sens ne se confondraient que dans
.lhypothèse platonicienne où toute res-
:semblance viendrait d’une participa-
:ion effective à une seule idée, qui serait
gpar conséquent commune, au sens a.
#. LocisTiQue. La classe commune aux
classes a et b est par définition le
-produit logique ab (Prano) (S).
Commun (sens), voir Sens.
Communes (notions), xorvai Évvorau,
Euczine. Axiomes*, Principes ration-
hels*. « Il s’agit de savoir. si l’âme
gontient originairement les principes
de plusieurs notions et doctrines que
des objets externes réveillent seulement
dans les occasions, comme je le crois
avec Platon, etc. Les mathématiciens
les appellent Notions communes. »
(Leisniz, Nouv. Ess., Avant-propos,
$ 2.) S'est aussi emploré pour concepts.
Voir Idée*, Critique.
ñ
1. COMMUNAUTÉ, D. Gemeinschaft
(au sens de « société », Gemeinde) ;
E. Community ; L Comunita.
A. Caractère de ce qui est commun.
Spécialement, rapport social consis-
tant en ce que des biens, matériels ou
spirituels, sont possédés en commun :
COMMUNICATION
« La communauté des femmes et des
enfants » chez Platon ; le «régime de la
communauté » opposé, dans le droit
matrimonial, à la séparation de biens
ou au régime dotal; « une parfaite
communauté de sentiments », etc.
B. Groupe social caractérisé par le
fait de vivre ensemble, sur des biens
ou des ressources qui ne sont pas pro-
priété individuelle. « Une communauté
religieuse. »
C. Biens possédés indivisément, par-
ticulièrement entre époux (voir ci-
dessus, A).
Rad. int, : À. Komunes ; B. Komu-
neyo ; C. Komunai.
2. « Communauté », D. Gemeinschaft.
Dans Kanr, l’une des catégories* de
l’entendement, la troisième des caté-
gories de relation. Elle est définie :
« Wechselwirkung zwischen dem Han-
delnden und Leidenden!. » Raison pure,
Analyt. transc., 96. Elle correspond au
jugement disjonctif (100), et fonde la
troisième analogie* de l'expérience ou
principe de la communauté, Grundsatz
der Gemeinschaft : « Alle Substanzen,
sofern sie zugleich sind, stehen in
durchgängiger Gemeinschaft,d.i. Wech-
selwirkung unter einander2. » (Raison
pure, Analyt. transc., 196.)
COMMUNICATION DES CONSCIEN-
CES, (S).
1. « Action réciproque entre l’agent et le patient. »
— 2, « Toutes les substances, en tant qu’elles existent
simultanément, ont ensemble une communauté univer-
selle , c'est-à-dire une action réciproque. »
Sur Communauté, 1. — Ferdinand Tônnies (Kiel) a opposé en un autre sens
Communauté (Gemeinschaft) et société (Gesellschaft). « Est communauté tout ce
qui, dans les créations de la pensée ou de la représentation sociale des hommes,
est naturel ou spontané ; société, tout ce qui est l'effet de l’art » (au sens de tech-
nique sociale organisée). Telle est, par exemple, la différence entre le troc et le
Commerce, l’hospitalité amicale et l’industrie hôtelière, la. production exercée
pour les besoins du producteur et la production capitaliste. » (Extrait d’une lettre
et d’une note de M. F. Tônnies.) Dans son ouvrage Gemeinschaft und Gesellschaft
(1887; 3e éd., 1919) il donne pour type de « communauté » les actes d’hostilité
Ou d’entr’aide déterminés par des relations permanentes et préexistantes, telles
|
COMMUNION
COMMUNION, D. Sans équivalent
exact ; par approximation Überein-
stimmung au sens À, Gemeinschaft au
sens B; — E. Communion: I. Comu-
nione.
A. Similitude de sentiments, d’idées,
de croyances entre deux ou plusieurs
personnes qui ont conscience de cette
similitude.
B. Interattraction ou groupement
fondé sur cette similitude : « Dans ces
groupements, qui sont des commu-
nions, c’est par toute leur humanité
que les hommes se lient entre eux ; il
n’y a pas, comme dans la société,
échange de services au sens propre du
terme, mais création d’une atmosphère
qui donne à chacun des associés une
sorte de bien-être moral. » E. BRÉHIER,
Société et communion, communication
à l’Académie des Sciences morales et
politiques, 30 octobre 1944, p. 5.
Rad. int. : Komuni.
COMMUNISME, D. Aommunismus ;
E. Communism ; 1. Communismo.
A. L’état social décrit dans la Répu-
blique de PLATON, en ce qui concerne
la classe des Gardiens de l’État (guer-
riers et magistrats).
B. Toute organisation économique
et sociale dont la base est la propriété
commune par opposition à la propriété
individuelle et l'intervention active de
159
—_—_
la société dans la vie des individu
C. Spécialement (Manifeste bn
niste de Karl Marx et ENGELS, 1847).
doctrine caractérisée par l’abolition &
la propriété foncière individuelle et d
l'héritage ; la socialisation des moyens
de transport et de production ; l’édu.
cation publique ; l’organisation du cré.
dit par l’État et l’enrôlement des tra.
vailleurs sous la direction de celui-ci
CRITIQUE
Ce terme au sens général est à la fois
vague et énergique; il évoque une
socialisation complète, non seulement
des moyens de production, mais des
objets de consomination ; il s’associe
même fortement (par le platonisme
peut-être mal compris ou exagéré) à
l’idée d’une dissolution de la faille, à
celles d’une séparation totale des pa.
rents et des enfants, et d’une éducation
commune donnée à ceux-ci par l’État,
— Cette signification n’est cependant
pas constante : Franck oppose les
communistes, qui ne réforment que la
propriété, aux phalanstériens, qui dé-
truisent aussi la famille. (Vo Société,
1625b.) Mais cette distinction paraît
peu usitée. Le mot, actuellement, est
surtout employé pour désigner les doc-
trines, d'origine marxiste, du sovié-
tisme russe (S).
Rad. int. : Komunism.
COMMUTATIVE
COMMUTATIVE (Justice), L.
opmutatioa justitia, saint THOMAS
Paoun ; D. Ausgleichende Gerechtig-
de, EisiEr (traduisant le rù ëv voïc
Baxréyuaot topOwrixév d'ARISTOTE ;
plus bas).
On distingue communément la jus-
Se distributive et la justice commuta-
ve. La première, exercée par voie
utorité, consiste dans la répartition
# biens et des maux selon le mérite
pm personnes. La justice commutative,
contraire, consiste dans l'égalité des
s échangées, dans l’équivalence
ss obligations et des charges stipulées
s les contrats. Elle comporte la
sciprocité, et, si elle était réalisée à
@état pur, exclurait l'intervention d’un
Mets, tandis que cette intervention est
S condition même de l'exercice de la
; ghstice distributive.
mt
ue
. 4e mot tire son origine du commen-
ire de saint THomas D'AQUIN sur
YÉthique d’Aristore. Celui-ci divise la
HA
CRITIQUE
« justice particulière » ainsi qu’il suit :
19 xd StaveunTixdv Blxatov — Tù Ev Tic
Stavouaïs TU À XPAATEOV À THV EAAGV
Box pepiort. TOÏs KOLVWVOÜOL TG nokrtelac
(Éth. Nic, V, 5, 11300.) Elle ne s’ap-
plique qu’à la distribution des avan-
tages et des richesses sociales. Le texte
latin et le commentaire la désignent
sous le nom de justitia distributiva.
29 +ù v roïc ouvarldyuuot Gtopburt-
xév « [justitia] quae in commutationi-
bus directiva ». — Par le terme ovvar-
Axyua, Aristote entend : 1° les rapports
juridiques volontaires, ou contrats, tels
que vente, prêts, locations, etc. ; 2° les
rapports juridiques involontaires (pour
l’une des parties) qui résultent d’un
crime : vol, adultère, meurtre, violen-
ces, etc. Le Stopfwrixév comprend donc
le redressement des injustices consis-
tant dans les bénéfices ou les pertes
illégitimes par suite d’un contrat, et
le redressement des injustices venant
d’un crime.
Au terme justitia directiva par lequel
est traduit Stop8wrtxév dans son texte
at
que la parenté, la sujétion politique, etc. ; il y a « société » au contraire si ces
mêmes actes sont dictés par la réciprocité qu’on obtient, ou qu’on attend, de
tels ou tels individus. ‘
Sur Communion. — Lirrré définit la « communion » : « croyance uniforme de
plusieurs personnes, qui les unit sous un même chef dans une même église ». (Il
n'indique, outre ce sens, que celui qui concerne l’Eucharistie.) — Danrm. et HATZ.
disent, plus largement, « union de ceux qui professent la même croyance ». — Le
Dictionnaire de l’Académie (1932) : « Union de plusieurs personnes dans une même
foi. Par extension, on dit aussi : être en communion d'idées, de sentiments, avec
quelqu'un, partager les mêmes idées, les mêmes sentiments. » |
Sur Communisme. Je ne trouve pas très exact de faire intervenir l’État,
pour l’organisation du crédit, du travail, de l’éducation, dans la définition du
communisme. L'idéal communiste, chez Marx et chez Lénine, est anarchiste, Si
important que soit le rôle qu’ait à jouer l’appareil étatique dans la période de
&ansition, proprement socialiste. « Le socialisme n’est autre chose que le stade
. immédiatement consécutif au monopole d'État capitaliste. En d’autres termes,
le socialisme n’est que l’État capitaliste monopolisateur, mis au service de tout
le peuple et cessant par là même, d’être monopole capitaliste. » — « Le commu-
sisme est le plus haut degré de développement du socialisme, car alors les hommes
travaillent parce qu’ils comprennent la nécessité de travailler pour le bien de tous.»
— «Ce qu’on appelle habituellement socialisme, Marx l'a appelé la première phase,
. @u phase inférieure, de la société communiste. Dans la mesure où les moyens de
production deviennent propriété commune, on peut appeler cela communisme, à
condition de ne pas oublier que c’est là un communisme incomplet. » Texte de
| Lénine, cités dans ZinoviEv, Le léninisme, p. 205, 245. (M. Marsal.)
* Mais dans quelle mesure a-t-on le droit de parler d’un « idéal communiste »
Comme d’un régime à atteindre ? Marx a fait remarquer que le socialisme scienti-
. fique, tel qu'il l'entend, est la constatation d’une transformation, et la prévision
‘Sa prochaine phase, non l'effort vers une société idéale, et que toute spéculation
sur celle-ci est une illusion réactionnaire, car elle emprunte ses matériaux à l’image
sociétés antérieures. (A. L.) Cf. Collectivisme*, Observations.
Sur Commutative (justice). — De là résulte que parler d’un idéal de justice est
quivoque. Ou bien l’autorité est posée d’abord, comme fait naturel et échappant
toute appréciation : l'idéal sera alors celui de la justice distributive. Ou bien,
Per un individualisme contractuel, on envisage d’abord des rapports entre les
à Personnes, l'autorité étant mandatée et attachée aux fonctions sociales, non aux
Personnes : l'idéal est alors celui de la justice commutative. (M. Marsal.)
die.
COMMUTATIVE
154
latin, saint THomas v'AqQuin substitue
dans le commentaire Justitia commuta-
tiva (tiré du mot commutatio, par lequel
est traduit ovvéAaayua) : a Subdividit
[Aristoteles] justitiam commutativam
secundum differentiam commutatio-
num... quaedam enim sunt voluntariae,
quaedam involuntariae. » (Saint THo-
MAS D’AQUIN, Œuvres, édition d’An-
vers, 1612, tome V, 62, D. E.)
ARISTOTE et saint THomas ne consi-
dèrent donc ici que la justice rendue
par une autorité, et non la justice en
tant que principe moral présidant aux
rapports des hommes. La justice com-
mutative telle que nousl'avons définie,
au sens moderne, se retrouverait plutôt
dans ce qu’ARISTOTE appelle, d’après
les Pythagoriciens, l'AvrirérovBoc (Mic.
v, 8), impliqué, dit-il, dans toute
xotvovia et en particulier dans les
xowvovior ŒAAaxtixai. (Cf. TRENDELEN-
BURG, Historische Beiträge, III, 399.)
Le sens étymologique du mot Com-
mutativa a dû faire oublier par degrés
le sens accidentel qui lui avait été
donné dans ce passage, et engendrer
l’acception usuelle; et ceci d’autant
plus facilement que la justice commu-
tative (au sens moderne) est en même
temps le principe qui préside à la partie
civile du &topBwrixév. On peut voir
dans CHAUVIN, Lexicon philosophicum
(1713), un usage intermédiaire de
l'expression Justitia Commutativa, em-
ployée concurremment avec Justitia
Distributiva et Justitia Correctrix (pa-
ge 340b et suiv.).
2. COMMUTATIVE (loi), ou mieux
propriété, D. Kommutationsgesetz ; E.
Commutative law ; I. Legge (ou pro-
prietà) commutativa.
Propriété d’une opération ou relation
quelconque R consistant en ce fait que
le résultat de cette opération est le
———
même quel que soit l’ordre des termes.
[à Rbé—bR a]
Cette propriété appartient, par exem.
ple, à l’addition et à la multiplication
logiques, à l'addition et à la multipji.
cation arithmétiques, etc.
Rad. int. : Komutativ.
COMPARAISON, D. Vergleichune .
E. Comparison ; 1. Comparazione.
Opération par laquelle on réunit deux
ou plusieurs objets dans un même acte
de pensée pour en dégager les ressem.
blances ou les différences.
Terme fréquemment employé par
ConpiLLac et par son école. « Comme
nous donnons notre attention à un
objet, nous pouvons le donner à deux
à la fois. Alors, au lieu d’une seule
sensation exclusive, nous en éprouvons
deux et nous disons que nous les com.
parons, parce que nous ne les éprou-
vons exclusivement que pour les obser-
ver l’une à côté de l’autre, sans être
distraits par d’autres sensations : or,
c’est proprement œæ que signifie le mot
comparer. La comparaison n’est donc
qu’une double attention. » CoNpiLLat,
Logique, partie I, ch. vu.
Rad. int. : Kompar.
COMPARATIVE (Proposition). D.
Vergleichend ; E. Comparative ; 1. Com-
paraliva.
Proposition énonçant qu'un sujet
possède tel ou tel caractère à un plus
haut ou à un moindre degré qu’un
autre sujet. Cf. Composé*, Exponible*.
Analysée dans la Logique de Port-
Rovyaz, 2e partie, ch. x, $ 3.
Comparative (Méthode). Mêmes équi-
valents étrangers. |
Celle qui procède par des comparal-
sons entre des formes diverses d’une
Sur Comparaison. — 11 y a lieu de remarquer que la double attention définie
par Condillac ne suffit pas à produire la comparaison, mais qu’il faut de plus
l’intention d’en considérer, comme il est dit ci-dessus, les ressemblances et les
différences. (M. Bernès.)
A
même classe de phénomènes, d’une
gmême espèce d'êtres, d’un même or-
ne, d’une même fonction, etc. « La
méthode comparative est l'instrument
ar excellence de la méthode sociolo-
que. L'histoire, au sens usuel du mot,
est à la sociologie ce que la grammaire
grecque, ou la grammaire latine, ou la
grammaire française, traitées séparé-
ment les unes des autres, sont à la
science nouvelle qui a pris le nom de
grammaire comparée. » E. DURKHE1M,
s Sociologie et sciences sociales », dans
4£a méthode dans les sciences, tome I,
282 (2e édition, 329).
* COMPARÉ, D. Vergleichend (com-
iparant) ; E. Comparative; |. Comparato.
“ Se dit des sciences dont la méthode est
#omparative*, au sens défini ci-dessus.
“« Anatomie comparée. » — « Psycho-
logie comparée. » (Voir Psychologie*.)
#t CRITIQUE
: L'emploi de ce mot paraît d’abord
‘assez impropre en ce sens. On atten-
drait plutôt comparative où compurante.
Comparée s'explique par le double
emploi des noms de sciences, qui finis-
sent par désigner aussi leur objet :
« L’anatomie des mammifères », par
exemple, se dit aussi des structures
anatomiques qui leur sont propres.
© COMPENSATION (loi ou principe de). :
i. À, Autre nom, plus rare, de la loi dite
+* des grands nombres ». — « {Les An-
tiens] ne paraissent pas avoir soup-
%onné l'existence d'un principe de com-
Pensation qui finit toujours par mani-
“ester l'influence des causes régulières
et permanentes, en atténuant de plus
Æn plus celle des causes irrégulières et
dortuites ». COURNOT, Théorie des chan-
%es et des probabilités, ch. 1x, $ 103.
B. Nom donné par M. LAvELLE à la
Volidarité de toutes les actions parti-
êulières au sein de l'Être total : « Il
tgne dans le monde une loi merveil-
use d’universelle compensation, qui
trouve une double expression dans le
COMPLEXE
déterminisme des phénomènes et dans
l’harmonie du monde moral. » L. La-
VELLE, La présence totale, 217.
« Compensations (théorie des).» Doc-
trine soutenue par le philosophe fran-
çais Azaïs et suivant laquelle la somme
totale du bonheur et du malheur est
nécessairement la même pour chaque
individu, et même pour chaque société.
(Les compensations dans les destinées,
1808 ; etc.)
« COMPLET. » Une notion,chez LE18-
x1z est dite complète, lorsqu'elle repré-
sente entiérement et exactement son
objet individuel. Une notion incomplète
est toujours abstraite (S).
1. COMPLEXE, adj., D. Zusammen-
gesetzt, complex ; E. Complex ; I. Com-
plesso.
A. Qui comprend plusieurs éléments,
et mème en général un grand nombre
d'éléments.
B. Locrque. Un terme est dit com-
plexe si le mot principal qui le cons-
titue est accompagné soit d’une expli-
cation, soit d’une détermination (Ex. :
1. L’homine, qui est un animal raison-
nable.. ?. Ün corps qui est transpa-
rent...). Logique de Port-Royal, I, 8.
: Ed. Charles, p. 81.
Une proposition est dite complexe
si le sujet ou lattribut sont complexes
{voir Modal*). Jbid., 11, 5, p. 158.
Un syllogisme est dit complexe
quand un des termes au moins de la
conclusion étant complexe, les parties
composant ce terme se trouvent sépa-
rées dans les prémisses (Ex. : La loi
divine commande d’honorer les rois ;
Louis XIV est roi; donc la loi divine
commande d’honorer Louis XIV)./bid.,
III, 9, p. 269.
Port-Royal, dans tous ces cas, em-
ploie comme substantif complerion et
non complexité.
2. COMPLEXE, subst. D. Komplez ;
E. Complex ; 1. Complesso.
A. Système physique ou logique
COMPLEXE
composé d'éléments distincts, organi-
sés par des relations définies.
B. Spécialement, dans la terminologie
de la Psychanalyse*, terme créé par le
D: Juxc, de Zurich : «eine Gruppe von
zusammen gehôürigen, mit Affekt be-
setzten Vorstellung selementen! » qui,
par le refoulement, prend une sorte
d'autonomie et détermine des rêves,
des névroses, etc. S. FreuD, Über Psy-
cho-analyse, p. 30.
Nombre complexe. On appelle ainsi,
au sens général, un nombre composé
(par une opération que l’on assimile à
l’addition arithmétique) de x» nombres
dont chacun est relatif à une unité
spéciale (hétérogène) qu'il est censé
multiplier. Si l’on met en évidence ces
unités, le nombre complexe à n unités
principales prend la forme générale :
Gil + QU Tee TT An Un
Gy, gs @n étant des nombres ordi-
naires, et u,, u, … u, les symboles des
n unités.
En un sens plus spécial, les nombres
complexes de l’algèbre ordinaire (ap-
1. Un groupe d'éléments de représentation associés en
ua tout et pourvus d'une puissance affective.
156
+
pelés aussi : nombres imaginaires*) sont
des nombres complexes à 2 unité,
principales, 1 et i, caractérisés par la
loi multiplicative suivante :
=
(d’où la forme — 1 attribuée autre.
fois à l’unité « imaginaire » à).
Rad. int. : Kompleks.
COMPORTEMENT, D. Verhalten.
E. Behaviour ; 1. Comportamento. ‘
Terme nouvellement introduit dans
la langue philosophique pour désigner
l’objet de la « psychologie de réaction;
(appelée souvent, d’un terme impropre,
« psychologie objective ». Voir objectifs
et psychologie*). Le comportement d’un
être est l’ensemble des réactions glo.
bales de son organisme, tant communes
à l'espèce que particulières à l’indi-
vidu.
Ed. CLAPARÈDE a proposé de réser-
ver le nom de conduite aux réactions
non stéréotypées dans l’espèce, mais y
compris celles qui sont stéréotypées
chez l'individu par l'habitude. (Not
sur la 3 édition du Vocabulaire.) Cette
distinction paraît être entrée actuelle.
ment dans l'usage.
Rad. int. : Komport.
Sur Comportement. — Le sens donné par Claparède à conduite n'est-il pas un
peu trop étroit ? Il y a des conduites qui ne sont pas exclusivement individuelles.
(C. Parodi.)
Comportement s'étend plus loin que conduite ; il peut se dire du mouvement
des insectes attirés par la lumière, du mouvement circulaire des chenilles proces-
sionnaires, etc. C’est surtout un terme technique, ce qui fait que l’emploi large
du mot conduite n’a rien de choquant. C’est celui qui convient le mieux au point
de vue des distinctions fondées sur la prédominance de certaines actions parti-
culières :
triomphe, etc. (Pierre Janet.)
c'est ainsi qu'il y aura des conduites de l'attente, des conduites du
M. Daniel Lagache, dans son cours sur La conduite humaine, à la Sorbonne
(1948-1949) a critiqué toutes les distinctions faites entre conduite et comportement,
et n’a retenu que le premier de ces deux mots. Voir Bulletin du groupe d'études de
psychologie, 3° année, n° 1.
Dans conduite, au sens usuel, il y a toujours une nuance venant du sens primitif
de conduire : gouverner, diriger. Cf. « conducteur », « la conduite d’une affaire
d’une démonstration ». — « Avoir de la conduite », c’est se gouverner, ne pas 5
laisser aller à ses instincts ou ses impulsions ; l’ « inconduite » est proprement
l’absence de cette direction de soi-même. (A.L.)
COMPRÉHENSION
ÿ COMPOSÉ, D. Zusammengesetzt ; E.
Gompound ; 1. Composto.
-_ A. Formé de plusieurs parties. (S’em-
ploie aussi substantivement.)
* B. Locique. Un terme est dit com-
sé s’il est formé de plusieurs termes
-gnis par et ou par ou. Une proposition
t dite composée : 1°) quand le sujet,
f'attribut ou tous deux ensemble sont
“composés ; 20) quand le verbe est com-
posé, P. ex. : « Amicitia pares aut
accipit, aut facit » ; 3°) quand elle est
conditionnelle, causale, relative, discré-
ive, exclusive, exceptive, comparative,
‘inceptive ou désitive, Logique de Port-
Royal, II, 9 et 10.
Rad. int. : Komposit.
+ Sens composé. Celui où deux parties
‘d'une même expression doivent être
“éatendues comme s’appliquant ensem-
ble au même sujet : s'oppose au sens
divisé, dans lequel elles s’y appliquent
‘æéparément. P. ex. dans « Les aveu-
gles n’y voient pas », la phrase est
prise au sens composé ; dans le passage
de l'Évangile : « Les aveugles voient,
ls sourds entendent, etc. », la phrase
est prise au sens divisé.
Le passage du sens composé au sens
divisé, ainsi entendu (ou réciproque-
ment), est un des sophismes distingués
par Aristote, qui parle des ambiguités
napà tv datpeorv (secundum divisio-
nem) et qui ajoute : « 6 ya&p aûrèc À6Yoc
Bypnuévos xai auyueiuevos oùx dei radrd
omualverv &v SéEerev » Sophismes,
466235. La Logique de Port-Royal le
définit par des exemples : « Ceux-là
faisonneraient mal qui se promettraient
ke ciel en demeurant dans leurs crimes
Parce que Jésus-Christ est venu pour
sauver les pécheurs et qu’il dit dans
PÉvangile que les femmes de mauvaise
vie précéderont les Pharisiens dans le
——
royaume de Dieu; ou qui, au contraire,
ayant mal vécu, désespéreraient de leur
salut. parce qu’il est dit que la colère
de Dieu est réservée à tous ceux qui
vivent mal. Les premiers passeraient
du sens divisé au sens composé en se
promettant, quoique toujours pécheurs,
ce qui n’est promis qu’à ceux qui
cessent de l’être ; et les derniers passe-
raient du sens composé au sens divisé,
en appliquant à ceux qui ont été pé-
cheurs, et qui ont cessé de l'être... ce
qui ne regarde que les pécheurs qui
demeurent dans leurs péchés. » (3° par-
tie, ch. x1x, $ 6.)
« COMPOSSIBLE. » Terme relatif,
employé particulièrement dans le sys-
tème de LeiBniz. Tous les possibles* ne
sont pas compossibles*, c’est-à-dire tels
qu’ilspuissent êtreréalisésà la fois (dans
le même monde). Compossibilitas et com-
possibilis (auSvvxréc) sont indiqués par
GocLENius comme des termes de sco-
lastique barbares, à éviter. Verbo, 425.
1. COMPRÉHENSION, L. Compre-
hensio ; D. Comprehension, Inhalt; E.
Comprehension, quelquefois Significa-
tion (recommandé par BALDWIN) ; —
IL. Comprensione. — Cf. Erxtension*,
Intension*.
Ensemble des caractères qui appar-
tiennent à un concept; ce qui peut
s’entendre en divers sens :
A. Ensemble de tous les caractères
communs à tous les individus appar-
tenant à une classe* donnée : Compré-
hension totale. — On peut aussi la
définir comme l’ensemble des prédicats
de toutes les propositions vraies ayant
un terme donné pour sujet.
B. Ensemble des caractères consti-
tuant la définition* du concept : com-
préhension décisoire.
Sur Composé (sens). — Remarquer que la formule d’Aristote couvre un sens
Plus large que les exemples de Port-Royal.
Sur Compossible. — M. Léon Robin pense que ce mot peut avoir été créé sur
le modèle de confatal* (ovvetuxpuévov, CHRYSIPPE).
di:
COMPRÉHENSION
158
<<
2. COMPRÉHENSION, D. Verstüng
nis ; E. Comprehension ; 1. Compre,
C. Ensemble des caractères compris
dans la définition et de ceux qui en
découlent logiquement : compréhension
l’emploi d’un terme donné : compréhen-
sion subjective.
E. Ensemble formé non seulement
par les caractères qui sont communs à
tous les individus de la classe, mais par
les groupes de caractères qui appar-
tiennent d’une manière alternative à : COMPRENDRE, D. Versthen; E y,
ceux-ci : comme par exemple, pour un ; comprehend, to understand; 1.
triangle, d’être nécessairement soitacu- P'endere. nes
tangle, soit rectangle, soit obtusangle ; En parlant de l'esprit :
pour un vertébré, d’être soit mammi- A. Poser un objet de pensée comme
fère, soit oiseau, soit reptile, soit batra- : défini, et notamment penser un signe
cien, soit poisson. Voir HameLin, Es- €n tant que présentant une significa-
sai, ch. 1v, $ 1, et, d’une manière indé- | tion. On voit les caractères d’une langue
pendante de toute théorie, Gogzor, : inConnue, mais on ne les comprend pas.
Logique, ch. 11, $ 71. Nous pensons B. Reconnaître qu’un fait ou une
que pour éviter toute équivoque, il proposition sont logiquement contenus
serait bon d'adopter ici encore un , dans une formule générale déjà admise.
adjectif distinctif, et de dire : compré- C. Au sens le plus fort, reconnaître
hension éminente. que ce que l’on déclare « comprendre;
Rad. int. : Kontenaj (total, deci- | est tel qu’il ne pourrait être autrement
dal, etc.) ! et que son contradictoire serait absurde.
sione.
rmplicite. A. Acte de comprendre* dans ty,
D. Ensemble des caractères qu’évo- | les sens. $
que dans un esprit déterminé, ou chez | B. Faculté de comprendre* dans {ou
la plupart des membres d’un groupe, | Jes sens. |
|
Î
Ce terme est équivoque, en raison de
ces divers sens, et de plus en raison de
l'usage logique du mot. Il n’est done
pas recommandable.
Com-
Sur Compréhension. — Voici, in extenso, le texte d’'Edmond (o8Lor mentionné
ci-dessus :
« Un vertébré n’est pas un animal qui n’a ni poils, ni plumes, ni écailles : c’est
un animal dont les appendices tégumentaires peuvent avoir les formes poils,
plumes, ecailles. Un mammifére n’est pas un animal qui n’a ni ongles, ni doigts,
mais un animal dont les doigts et les ongles sont, ou séparés, et doués de mouve-
ments plus ou moins indépendants, ou diversement rassemblés en deux groupes
ou en un seui. La généralité ne résulte pas de l'absence d’un caractère dans le
concept, mais de son indétermination. Et cette indétermination, que réserve le
silence de la définition, est, dans la compréhension du concept, la possibilité de
telles et. telles déterminations, et leur possibilité conditionnelle, c’est-à-dire les
conditions positives et définies de chacune de ces déterminations possibles. »
GoBcort, Trate de Logique, ch. 111, $ 71. — Il propose de réserver à ce sens le
terme compréhension (des idées), et de dire au sens A, B, C, connotation (des
concepts). Mais ces mots sont déjà pris dans tant de sens qu’il paraît impossible
de faire accepter dans l'usage commun cette spécialisation ; et bien qu’elle date
de vingt-cinq ans, la proposition semble être restée sans effet. L'emploi d’adjectifs
ajoutés au mot compréhension est donc bien préférable.
L. Couturat avait proposé, dans le fascicule 4 du présent vocabulaire, publié
en 1903, d'appeler compréhension d’une proposition l’ensemble des propositions
dont l’assertion est impliquée dans l’assertion de celle-ci, autrement dit l’ensemble
CONATION
“pour ces trois premiers sens, cf.
pliquer*. |
"in. À l'égard des sentiments ou de la
mquite d'autrui : se mettre à sa place,
ati sympathiquement ce qu'il y aen
| de justifiable. Ce sens appartient
| gntôt à la langue courante qu’à celle
: gela philosophie. Voir cependant les
ervations ci-dessous. 2
àr£n parlant des choses, ou des idées :
; sg. Contenir comme parties.
\ gRad. int. : À. Kompren ; B, C. Inte-
pkt; — E. Inklus.
Le:
CONATION, D. Streben [Équivalence
imparfaite cf. BazDwinN, sub vw];
E. Conation ; I. Conato.
Mot rare en français. Il est à peu
près synonyme d'effort* ou de ten-
dance* ; mais effort appartient plutôt
au vocabulaire des philosophies de l’ac-
tion* (voir texte et Appendice à la fin
de cet ouvrage), et tendance s'applique
! plus spécialement aux inclinations et
passions. Conation présente plutôt l’idée
‘: de Peffort comme un fait qui peut
. recevoir, soit une interprétation volon-
TT.
Héme auteur L'Algèbre de la logique,
dsens nouveau ne serait pas sans inconv
& ses conséquences logiques. Ce sens, disait-il, doit être adopté au même titre que
; Jesens À, en vertu de l'analogie complète des concepts et des propositions (cf. du
2). — J. Lachelier avait répondu que
énient, les conséquences logiques pouvant
ge tirées, soit de la compréhension de l’attribut (Pierre est homme, donc raison-
düble), soit de l'extension du sujet (t
out homme est raisonnable, donc Pierre
i à p is ns le
st). — Le sens en question n'ayant obtenu depuis lors aucune place da
hngage philosophique contemporain, il a semblé qu'il y avait lieu d’en alléger
#corps du vocabulaire et de le mentionner ici seulement.
\ .f
Sur Comprendre. — On nous a signalé comme ne rentrant pas dans ces diverses
définitions le fait de comprendre l’action d’un homme en sachant quel est ie but
ï (3. Lachelier) et celui de rattacher un fait à un autre considéré comme cause
{P. Lapie). — Mais la cause finale est bien contenue dans la formule B, car si Je
gain explique et fait comprendre l’acte de lavare, c'est en tant que nous .
i gons déjà par une généralisation antérieure l’attrait de la richesse, et quan “
ha cause efficiente, ou bien elle se ramène à l’identité et rentre alors dans le cas ;
ou bien elle est une généralisation empirique et elle n’est comprise alors que sous
ja forme B. (A. L.)
& Une distinction, et mème une opposition, a été faite entre les termes comprendre
gt expliquer, sous l'influence des théories de l’Einfühlung et de l’existentialisme.
| Rickert distingue « l'explication, qui cherche à déterminer les conditions d’un
. phénomène, et la compréhension, par laquelle l’esprit connaissant réussit à s iden-
: #ifier aux significations intentionnelles, essentielles al activité historique, concrète,
{d’un homme. » LE SENNE, Caractérologie, 21. x Si quelqu un n'avait jamais êLe
capable de la moindre méchanceté, ilne saurait pas ce que C est que la méchanceté;
et s'il ne savait pas ce que c'est que la méchanceté, il serait incapable, tout en
quer un délire n’est pas encore le compre
donc rejoindre celle de l'intuition sympa
d'abstrait rationnel et du concret existentiel. (M. Marsal.) Cf. É. BRÉHIER, Trans-
&ontinuant d’être sensiblement incommodé par les effets de la méchanceté, comme
À l’est, par exemple, par des piqûres deg
des querelleurs, des intrigants insidieux € J ) à
haine, le moindre mépris. » KLAGEs, Les principes de la caractérologie, 31. — Expli-
ù ndre et inversement. L'opposition semble
uëpe, d’éprouver à l'égard des malicieux,
t des empoisonneurs perfides, la moindre
thique et de l’entendement discursif, de
formation de la philosophie française, p. 150. — Mais il faut remarquer qu’en
bllemand erklären a un sens moins fort que le français expliquer, et veut dire aussi
exposer ou déclarer.
|
CONATION
tariste, soit une interprétation intellec-
tualiste — peut-être par suite de sa
parenté avec conatus, employé dans ce
sens par SPINOzA : « Conatus, quo una-
quaeque res in suo esse perseverare co-
natur, nihil est praeter ipsius rei actua-
lem essentiam. » Éthique, III, prop. 7.
CRITIQUE
Il serait bon de conserver ce mot
pour désigner l'effort, la tendance ou
la volonté, en convenant de l’employer
comme un terme commun et neutre, ne
préjugeant en aucune façon la théorie
métaphysique par laquelle on inter-
prète les faits psychologiques d'activité.
Rad. int. : Pen.
« CONCATÉNATION », (S).
CONCEPT, D. Begriff, plus large que
concept ; E. Conception ; I. Concetto.
L'idée, au sens B, en tant qu’abs-
traite* et générale*, ou du moins sus-
ceptible de généralisation. Les diverses
écoles diffèrent sur la manière de con-
Sur Conation. — Conation est
|
=
cevoir et d’expliquer la formation
concepts. On distingue à cet égai ï
1° Des concepts a Priori, ou “
(Reine Begriffe, Kawr), c'est-à-dire
concepts que l’on considère ne
n'étant pas tirés de l'expérience -
exemple, chez KanrT, les COoe
d'unité, de pluralité, etc. Pts
.2° Des concepts a Posteriori, où &
piriques, c'est-à-dire des notions É
rales définissant des classes d'objets
données ou construites, et CONVenant
d’une manière identique et totale ;
chacun des individus formant ces dus.
ses, qu’on puisse ou non les en isoler
Par exemple, le concept de vertébré
le concept de plaisir, etc. :
Selon les empiristes, il n’y a pas de
concepts a priori ; selon quelques Phi-
losophes (par exemple M. Dunan, Es.
sas de philosophie générale, chapi.
tre VIII), les concepts a priori sont
au contraire les seuls rigoureux ; tout
concept a posteriori ne reposerait que
sur la ressemblance et non sur l'iden-
tité. Voir Pseudo*-concepts.
plus étroit qu’action, car le mot action désigne
aussi bien ce qui est spontané que ce qui est laborieux. Conation semble désigner
l'action en tant qu'elle a à triom
pher d’une résistance ou réaction pour se poser
elle-même progressivement et in Jieri. (M. Blondel.)
Sur Concept. — C’
d'éléments donnés tels
fait d'éliminer une par
quant à moi, que les
un fragment d'image, mais un
est une question de savoir s’il y a des généraux composés
quels par la sensation, la généralisation résultant du seul
tie des éléments qui forment le concret sensible, Je crois,
concepts empiriques ont
Pour contenu non une image ou
schème. Voir Kanr, Critique de la Raison pure :
« Von dem Schematismus der reinen Verstandesbegriffe ». Ce chapitre traite essen-
tiellement du schématisme de
question de schèmes des conce
(J. Lachelier.)
H me semble
à l'initiative de
identité, liberté,
(couleur, chaleur,
PoSteriori ont le to
S concepts rationnels purs, mais il y est aussi
pts empiriques, par exemple le schème d’un chien.
1 qu’une distinction, plus i
l'a priori et de l’a posteriori, c’est cle SR a
notre activité, exercée spontanément ou
force, etc.) et des concepts extraits de l'expérience objective
etc.). Au regard de cette distinction, les mots a priori et a
ë rt d’arrêter la recherche à l'idéologie abstrai i
produits de l’entendement, sans montrer le p de de
expérience subjective,
délibérément (unité,
roblème idéogénique, qui découvre
€ processus de l’action productrice des concepts. Au fond tout concept est à la
fois a priori et a Posteriori, parce
n'est que le champ d
que dans tout concept l'élément représentatif
e rencontre d’une action et d’une réaction. (M. Blondel.)
| Tout concept possède une extension*,
vi peut être nulle; inversement, à
ute classe définie d’objets correspond
in concept, car on ne peut définir une
e classe sans indiquer un ensemble
e caractères* qui appartiennent aux
biets de cette classe et à eux seuls, et
Qui permettent de les distinguer de
s les autres.
Rad. int. : Koncept.
%, CONCEPTION, D. Konzeption, Be-
griffsbildung dans les trois sens, « Be-
oi » étant plus large en allemand que
fgoncept en français; E. Conception;
| 4 Concezione.
149 En tant qu'’opération :
A. Tout acte de pensée s’appliquant
à un objet.
° ; B. Plus spécialement, opération de
! “fentendement, opposée à celles de
| Pimagination, soit reproductrice, soit
! æéatrice (conception d’une différence ;
conception du monde).
+ C. Plus spécialement encore, opéra-
tion consistant à saisir ou à former un
* concept*.
20 D. E. F. Résultat respectif de
chacune de ces opérations.
CRITIQUE
Conception et concevoir se disent dans
le langage courant de toute opération
de pensée déterminant un objet, et
Port-Roy az l’entend ainsi : « On ap-
pelle concevoir la simple vue que nous
avons des choses qui se présentent à
notre esprit, comme lorsque nous nous
représentons un soleil, une terre, un
arbre, un rond, un carré, une pensée,
l'être, sans former aucun jugement
exprès. » Logique, Introduction (Ed.
Charles, p. 38). Elle comprend l’ima-
gination comme une de ses subdivisions
(Tbid., 1, 1).
Ce sens tend à se restreindre. TAINE
_____ CONCEPTION _.
parle encore de la conception d’un
corps particulier, par exemple, de tel
arbre, mais parce que, dans la percep-
tion, l’image est complétée par une
opération logique. « En quoi consiste
ce fantôme interne (d’un corps perçu) ?
Entre autres éléments, il est manifeste
qu’il renferme une conception affirma-
tive. Je conçois et j’affirme qu’à dix
pas de moi il y a un être doué de telles
propriétés, etc. » De l'intelligence, II,
76. — « Il reste alors pour constituer
la perception d’un corps, d’abord une
sensation actuelle et un groupe associé
d'images, ensuite la conception, c’est-à-
| dire l'extraction et la notation au
moyen d’un signe, d’un caractère com-
! mun à toutes les sensations représen-
| tées par ces images. » Jbid., II, 121.
Dans ce cas, conception implique déjà
essentiellement l’idée de généralité.
Bazpwin, tout en reconnaissant de
même la grande extension du terme
anglais conception, propose de le res-
treindre au sens C et de le définir : « La
connaissance du général en tant que
distinct des objets particuliers auxquels
il s'applique. En tant que distinct est
une restriction nécessaire, car sans cela
toute connaissance serait une concep-
tion. » Sub v°, 2080. (Cf. plus haut le
texte de Taine.) W. JAMES entend de
même par conception la pensée de
l'identique. (Text Book, ch. x1v : Con-
ceplion.)
Il serait souhaitable, sans aller si
loin, de prendre ce mot au sens B, et
d'employer concevoir au même sens.
On remarquera, en effet, que le mot
entendre* étant tombé en désuétude
dans le sens que lui donnent les carté-
siens (voir notamment sur l’opposition
d'entendre et d'imaginer, BossuET, Con-
naissance de Dieu, I, 9), il serait utile
de posséder un terme pour le remplacer
dans cet usage très précis. La Concep-
tion serait alors, par opposition à la
mémoire ou à l’imagination, l'opération
Sur Conception. — Le mot s'emploie aussi en allemand au sens artistique :
«Conception einer Idee. (R. Eucken.)
dé
CONCEPTION
de l’entendement ; et concevoir
vrait le sens correspondant.
Rad. int. 19 Konceptad (acte);
2° Konceptur (ce qui est conçu).
CONCEPTUALISME, D. Conceptua-
Uüsmus ; E. Conceptualism ; I. Concet-
tualismo.
À. Doctrine suivant laquelle les uni-
versaux* n’existent pas en eux-mêmes
(ni antérieurement aux choses, ni dans
les essences qui constituent celles-ci),
mais ne sont que des constructions de
l'esprit. S’oppose en ce sens à Réa-
lisme*, au sens À ou au sens B.
B. Doctrine concernant la nature des
idées générales*, en tant que concep-
tions de l'esprit, et suivant laquelle ces
idées sont des formes ou des opérations
rece-
propres de la pensée et non de simples !
signes s’appliquant également à plu-
sieurs individus.
REMARQUE
Une erreur répandue, et qui résulte
de la confusion de ces deux sens, est
de considérer le conceptualisme comme
une doctrine de juste milieu, intermé-
diaire entre le réalisme et le nomina-
lisme. En réalité, il s'oppose soit à l’un,
soit à l’autre, mais en tant que réponse
a des questions bien différentes.
Rad. int. : Konceptualism.
CONCEVABLE, C. Begreiflich ; E.
Conceivable : 1. Concepibile.
Qui peut être conçu, à l’un quel-
conque des trois sens indiqués à l’ar-
ticle Conception. Le mot surtout est
intéressant dans son usage négatif, en
raison de la théorie de HAMILTON, ac-
ceptée par J. S. Mie et suivant la-
quelle « l’inconcevabilité d’une chose
ne prouve pas sa fausseté ». Philosophie
de Hamilton, chap. vi. Cf. Inconce-
vable*.
Concevoir, voir Conception.
CONCLUSION, L. Conclusio,; D.
Schluss, Schlussatz, Conclusion; E.
Conclusion ; I. Conclusione.
A. Proposition dont la vérité résulte
—
de la vérité d’autres propositions (dites
prémisses), de telle sorte que les pre.
misses ne peuvent pas être vraies sans
que la conclusion le soit.
B. En particulier, conclusion d'y,
syllogisme*.
C. Partie d’un ouvrage, d’une argu.
mentation, etc. exposant l’essentiel qe
ce qu’on estime avoir prouvé (ou, plus
rarement, de ce dont on se propose de
faire la preuve).
D. Action de conclure, de passer
logiquement des prémisses aux congé.
quences. « Une conclusion incorrecte »
(que la conclusion, au sens A, à laquelle
elle aboutit, soit vraie ou fausse en
elle-même). Ce sens est peu usité.
Rad. int. : A. B. C. Konkluzur;
D. Konkluz.
CONCOMITANCE, D. Konkomitanz ;
! E. Concomitance ; I. Concomitanza.
Caractère de deux faits qui présen-
| tent un rapport régulier, soit (A) de
simultanéité, soit (B) de variation en
fonction l’un de l’autre. (On emploie
encore en allemand dans ce second
sens, le terme Functionsverhältniss.)
CRITIQUE
Ce second sens paraît provenir de la
méthode décrite par J. S. Mill, sous le
nom de méthode des variations concomi-
tantes ; il n’est donc que le résultat
d'une ellipse. Comme il peut faire équi-
voque avec le premier, nous proposons
de l’éviter et de remplacer en ce sens
concomitant et concomitance par fonc-
tion et fonctionnalité.
Rad. int. : À. Konkomitant ; B. Fun-
cion.
« CONCORDANCE (Méthode de) »,
D. Methode der Uebereinstimmune ; Ë
Method of agreement ; 1. Metodo di con-
cordanza.
L'une des méthodes d’induction Pr0-
posées par J. S. Mie dans sa Logique.
« If two or more instances of the phe-
nomenon under investigation have only
one circumstance in common, the CI”
| cumstance in which alone all the in-
|
'
ances agree is the cause (or effect)
the given phenomenont'. » System of
gic, 111, ch. 8, $ 1.
Cette méthode n’est pas identique à
Tabula praesentiae de BACON, comme
le dit ordinairement (p.ex. FOWLER,
Notesau Nocum Organum ; ADAMSON,
ns BALDWIN, V0 Agreement), Voir sur
tte distinction A. LALANDE, Les théo-
unies de l'induction et de l'expérimenta-
gen, Ch. III et IX.
,
A « Concordance (Méthode réunie de
“goncordance et de différence). »
& J.S. Mic appelle ainsi (Joint method
se agreement and difference) la méthode
jai a pour règle : « If two or more
mstances in which the phenomenon
æccurs have only one circumstance in
&ommon, while two or more instances
i# which it does not occur have nothing
gn common save the absence of that
ä@rcumstance, the circumstance In
‘which alone the two sets of instances
#iffer is the effect, or the cause, or a
necessary part of the cause of the phe-
nomenon?. » System of Logic, III, ch. 8,
#2.
#
# CONCORDISME, D. Æonkordismus ;
+. Concordism ; I. Concordismo.
* « On appelle ainsi en théologie, la
£ _e
3
#44, « Si deux ou plusieurs cas d u phénomène qu'on étu-
dis ont une seule circonstance commune, cette Circons-
ce unique par laquelle tous les cas sont semblables
dt la cause (ou l'effet) du phénomène donné ». --
M « Si doux ou plusieurs cas dans lesquels le phé-
ène se produit ont seulement une circonstance
Mons tandis que deux ou plusieurs cas dans lesquels
&nese produit pas n'ont rien de commun que l absence
la même circonstance, cette circonstance unique, par
Quelle diffèrent les deux groupes de cas, est l'effet, la
muse ou une part nécessaire de la cause du phénomène. »
+
CONCRÉTION
théorie selon laquelle la foi et la science,
étant toutes deux divines à leur ma-
nière, ne sauraient être en désaccord. »
G. BELoT, La valeur morale de la
science, Revue de métaph., juillet 1914,
433.
Concours : V. Concurrence.
« CONCOURS ordinaire de Dieu. » On
appelle ainsi, dans la scolastique et dans
l’école cartésienne, l’opération par la-
quelle Dieu conserve le monde dans
l'existence ; l'indépendance admise par
ces écoles entre les moments du temps,
ayant cette conséquence que l'univers
cesserait d’exister aussitôt que Dieu
cesserait de vouloir actuellement en
maintenir la réalité. (Discours de la
méthode*, ve partie, $ 3.) Voir création
continuée, et causes occasionnelles*.
CONCRET, D. h'onkret ; E. Concrete ;
L Concreto. — Voir Abstrait*.
U'niversel concret, Voir Universel*.
« Fonctions concrètes. » En mathé-
matiques, celles qui résultent d'un mé-
canisme cinématique. RExOUvIER, Lo-
gique, 3e édit., 1, 174. II Y comprend les
fonctions circulaires, géométriquement
considérées ; mais ces fonctions devien-
nent « abstraites » si on les exprime par
un développement en série.
« CONCRÉTION » {sans équivalents
étrangers; cependant IIErBaRT s’est
servi, au sens À, du mot Complication,
qui a été adopté par WuxprT).
A. Chez AuPÈRE, processus par le-
quel l’image (souvenir) d’un objet fu-
sionne avec la sensation actuelle que
_ Sur Concordance (Méthode de), etc. — 11 serait désirable d’indiquer en quelques
mots la différence entre les tables de Bacox ct les méthodes de Mizz. (P. Lapie.) =
Elle consiste en ceci : les tables de Bacox 19° sont des recueils ordonnés de faits
bservables, sur lesquels doit ensuite s’exercer l'induction ; et 2° celle-ci a pour
%bjet de déterminer la forme ou cause formelle, c'est-à-dire l'essence d’un phéno-
ène, ce qui le constitue en soi
(in ordine ad universum, non in ordine ad
hominem), au sens où les physiciens disent que ce qui est un son pour nos sens
st en réalité une vibration de l'air. Il s’agit donc de déterminer le caractere
objectif commun à tous les cas observés, et non la cause efficiente, qui est
CONCR ÉTION
nous donne cet objet, quand il tombe
de nouveau sous nos sens. Ce fusionne-
ment explique pour lui : 1° la recon-
naissance ; 2° l’incorporation des ima-
ges à la perception actuelle, par exem-
ple ce fait, observé déjà par Laplace,
qu’en regardant le livret d’un opéra,
on entend distinctement les paroles
d'un chanteur, qui n’étaient aupara-
vant qu'un son confus. Philos. des
sciences, Introd., p. LIXx-LX.
| B. Pour Victor EGcERr, qui a particu-
lièrement employé ce terme : « Opéra-
tion par laquelle l’esprit à ses débuts
et d’une manière généralement incons-
ciente a construit le tout dit concret
que l’Abstraction* A et l’Analyse* B
décomposeront plus tard. » Définition
communiquée par l'auteur. S'applique
pagne toujours les qualités qui, prése
tement, pour mon esprit, sont l'homme
. je l'incorpore au groupe qu’ell,;
forment sous le nom d’homme Fe
V.Eccer, Compréhension et contiguits
Revue philos., oct. 1894. Mn
CRITIQUE
Terme utile et précis, surtout ay
sens A. On remarquera que la générà.
lisation proposée en B correspond asse,
exactement à ce que Whewell appelait
colligation*.
« CONCUPISCENCE », L. Concupis.
centia et surtout libido : les « trois
concupiscences » sont libido sciendi
libido sentiendi, libido dominandi ;
D. Begierde ; E. Concupiscence ; 1. Con-
16
soit aux objets individuels, soit aux
idées générales spontanément formées,
par exemple au type de l’homme. Un
jugement de concrétion est un jugement
synthétique augmentant la compréhen-
sion d’un concept ; par exemple : « Dé-
couvrant que la qualité mortel accom-
cupiscenza.
Désir égoïste vif. Voir ci-dessus l’u-
sage du mot dans le langage de la
théologie morale. — Le mot se dit
spécialement des appétits*.
Rad. int. : Konkupiscenc. (Au sens
ordinaire, avid.)
seulement vehiculum formæ. Pour J. S. Mie, au i
ï à . S. ; contraire, 1° les « canons » sont
des règles logiques ; 2° ces règles ont pour objet de déterminer la cause efficiente
es l’antécédent invariable, inconditionnel, etc. Voir plus haut Cause*,
e là vient que les deux méthodes ne coïncident pas non plus dans l'application
l’une considérant les phénomènes Ï
par groupes successifs, et l’aut Ï
dans leurs rapports de simultanéité. (A. L.) Phone
Sur Concrétion. — Cela suppose une antériorité au moi i i
et particulièrement des qualités sensibles d’une chose EE CE ose
même. Mais cette antériorité me paraît bien contestable. (J. Lachelier.) — II ne
s’agit pas ici d’une antériorité logique, qui serait en effet très douteuse, mais d’une
antériorité psychologique, qui ne peut faire doute : on voit en effet par l'observation
des troubles de la perception, par celle des enfants, des aveugles-nés opérés, etc.
que les sensations et les images existent d’abord à l’état séparé avant dese grouper
td MR : fe Rois
: ie ainsi des objets définis, appelés choses ou individus. (V. Egger. —
Sur Concrétion (critique). — Le mot concrétion i i i Ï
Je). ne désigne-t-il pas aussi parfois
un assemblage plus ou moins hétérogène d'idées ou d’habitudes, dont les éléments,
PR à des origines historiques diverses, sont juxtaposés sans unité réelle ?
(M. Blondel.) — C'est là une métaphore très expressive, et sans doute parfaitement
admissible ; mais elle ne me semble pas bien a ri
A P ien uswelle, et en tout cas elle n’a rien
CONDILLACISME
| « CONCUPISCIBLE », L. Concupis-
“ils (classique, mais au Sens de qui
être convoité) et non, comme chez
scolastiques, qui est le principe du
ir (St Tomas p’AQUIN). D. sans
ivalent. E. Concupiscible ; I. Con-
piscibile. — (L'expression appétit
M upiscible a été traduite en alle-
“mand par Begehrungstrieb.)
4 Dans le langage de l’École, adopté
ru BossueT, les passions (au sens
fapcien du mot, c’est-à-dire les senti-
ments) se rapportent soit à l'appétit
RE nscible, soit à l’appétit concupiscible.
# Les six premières passions (amour,
Haine, désir, aversion, joie, tristesse)
avi ne présupposent dans leurs objets
‘que la présence ou l'absence sont rap-
laortées par les anciens philosophes à
Jappétit qu'ils appellent concupisCi-
“ble... » BossuET, Connaissance de Dieu
et de soi-même, I, 6. — Cf. Irascible*.
. Cette distinction se rattache à celle
‘de PLaron, entre Gus et érbuuto.
CONCURRENCE, D. Mitbewerbung,
Konkurrenz ; E. Competuon ; I. Con-
-correnza.
Socrou. État de deux êtres, ou de
deux fonctions qui tendent à se sup-
planter réciproquement.
Le terme est surtout économique et
se dit essentiellement du rapport de
deux producteurs ou de deux commer-
çants qui se disputent une clientèle.
(ils se la partageaient d’une façon
fixe, il n’y aurait plus concurrence.) —
Le mot s'étend de là au rapport de
candidats briguant simultanément une
même fonction ou un même titre, de
procédés divers s'offrant l’un et l’autre
pour arriver au même résultat, de sen-
timents opposés qui tendent chacun de
son côté à conquérir l'esprit entier, etc.
On appelle spécialement Concurrence
vitale l'effort de tous les êtres pour se
maintenir et se développer, en tant que
cet effort les rend antagonistes, et pro-
voque entre eux une lutte pour la vie
et pour la supériorité dans la vie.
CRITIQUE
Il est à remarquer que le caractère
de lutte, qui est très accentué dans le
mot concurrence, n'existe pas toujours
dans le mot concourir (p. ex. concourir
à un même but), ni même dans les mots
concours, concurremment, qui marquent
au contraire le plus souvent une action
convergente, dirigée vers un même
résultat.
Concours, au sens où il implique
l'idée de compétition, diffère de con-
currence en ce qu’il désigne la compé-
tition organisée suivant des conditions
et des formes régulières, en vue de
choisir ou de classer les concurrents
suivant leur mérite. Le régime de la
libre concurrence s'oppose en ce sens à
celui du concours.
Rad. int. : Konkurenc.
CONDILLACISME. -— Doctrine de
Condillac, caractérisée par les thèses
suivantes : L'âme est une substance
simple, différemment modifiée à l’occa-
sion des impressions qui se font dans les
parties du corps ; tous les phénomènes
et touteslesfacultés de l'esprit résultent
d’un seul phénomène élémentaire, à la
fois affectif et représentatif, la sensa-
tion ; la réalité qu'une idée générale a
dans l'intelligence ne consiste qu’en un
nom ; toute science est une langue bien
faite; l'analyse en est l'instrument
essentiel. — Voir Sensualisme*.
Sur Concurrence et Concours. — Concours implique opposition si l’on a égard
surtout à l’objet extérieur, matériel, dont les concurrents recherchent tous la
possession ; mais il implique accord, au moins possible, si on a égard non à l’objet
lui-même, mais à la tendance commune, à la direction, l’objet n’étant plus que la
limite idéale d'efforts de mérne sens. D'où les applications diverses de ce mot se
tirent facilement. (M. Bernès.)
CONDILLACISME
CRITIQUE
Ce terme nous paraît de peu d’uti-
lité ; il y a un intérêt médiocre, et un
réel danger à spéculer sur la doctrine
d’un philosophe comme sur un tout
indivisible. Cet inconvénient est parti-
culièrement sensible pour la philosophie
de Condillac, dont l’unité logique est
loin d’être évidente.
1. CONDITION, L. scol.
D. au sens A, Voraussetzung ; aux
sens B et C, Bedingung ; E. Condition ;
I. Condizione.
A. En un sens très général, antécé-
dent d’une relation hypothétique telle
que si a est vrai, b l’est aussi; et si b
est faux, a est faux.
B. Assertion de laquelle une autre
dépend de telle sorte que si la première |
est fausse, la seconde l’est aussi. Voir
Cause B* et Conditionnel. — On dit
encore Condition nécessaire, où conditio
sine qua non (ZABARELLA, dans Gocle-
nius, k35b), Le sens B est une abrévia-
tion de ces formules.
Condition nécessaire et suffisante :
celle qui entraîne toujours une consé-
quence, quand elle est posée, et qui
lexclut toujours, quand elle fait dé-
faut.
C. Au sens réel : circonstance dont
une autre dépend de telle sorte que si :
|
|
!” De mundi sensibilis, etc.,
Conditio; |
> 16
: la première est absente ou SuPPrimée
la seconde l’est aussi.
D. En particulier : Le temps et l'es.
pace sont appelés par KanT conditions
de l'expérience, Bedingungen aller E,.
fahrung.«Tempus non est objectivum.
sed subjectiva conditio per naturam
| mentis humanae necessaria quaelibet
sensibilia certa lege sibi coordinandi. ,
III, 14, 85,
E. (Toujours au pluriel en ce sens.)
Circonstances dans lesquelles une chose
se fait, en tant qu’elles agissent sur sa
production, en tant par exemple qu’el.
les la facilitent, qu’elles l’entravent, ou
| qu’elles en modifient le caractère. —
Domaine dans lequel un terme est
défini, ou dans lequel une thèse est
affirmée (sans exclure que cette défi-
nition ou cette thèse puissent être
ultérieurement étendues à d’autres do-
maines).
F. Dans le langage des mathématiques,
les conditions d’un problème sont « tout
ce qui particularise une solution géné-
rale. Toutes les fois qu’on emploie le
mot condition, on suppose donc que,
le problème restant le même dans son
essence, on pourrait en restreindre les
solutions par d’autres propositions li-
mitatives ». —- Voir Observations.
Une condition est dite nécessaire par
rapport à une solution déterminée si
en est une conséquence logique,
g'est-à-dire si elle ne peut être rempla-
me par aucune autre hypothèse, cette
lution restant la même ; elle est dite
guffisante si elle entraîne nécessaire-
ment cette solution.
s
CRITIQUE
« - Le mot condition, au sens C, s'oppose
grdinairement au mot cause. Cette
#pposition ne représente aucunement
@ne distinction de fait, mais une dis-
tinction de point de vue. (Voir la cri-
tique de Cause*.) Ainsi, par exemple,
dans la chute d’un objet qui se brise,
on appellera « cause », ad libitum, et
suivant l'intérêt pratique dominant
sit la pesanteur, soit le fait que cet
objet est en plâtre et non en bronze,
goit la maladresse de celui qui l’a ren-
versé, soit la position anormale qu'il
occupait, etc. On voit en effet que,
#elon le point de vue adopté, telle ou
telle circonstance différente sera mise
en cause; et les autres phénomènes
ayant concouru à l'effet total, seront
alors des conditions. (Voir J. S. Mi,
Logique, III, ch. v, section 3.) — Il n°v
a donc rien d’explicatif* dans la dis-
tinction des conditions et des causes.
C’est le jugement appréciatif* (concer-
dm
:FONDITIONNE
nant l'importance des choses ou la
responsabilité des personnes) qui déter-
mine actuellement l’emploi de l’un ou
lPautre mot dans l’usage courant. Cf.
Occasion*, es
Rad. int. : Kondicion.
2. CONDITION, D. Zustand ; E. Con-
dition ; I. Condizione.
Manière d’être d’une chose ou d’une
personne ; et, en particulier, situation
sociale. Terme vague, auquel l'usage
donne cependant dans certaines ex-
pressions un sens très précis. Ex. : La
condition des esclaves à Rome (en-
semble des droits et devoirs apparte-
nant aux esclaves à Rome selon les lois
et les mœurs). — Un homme de condi-
tion (c’est-à-dire d’un rang social qui
le met hors de la foule), etc.
1. « CONDITIONNÉ (LE) », D. Das
Bedingte ; E. The Conditioned; I. Il
Condizionato.
Le Conditionné, selon HamiILTon et
son école, est « that which depends on
something else for its being! ». VEITCH,
Memoir of Sir W. Hamilton, App. A,
409. — Ce terme est traduit de KaAxT,
Le Ce qui qui dépend de quelque chose d'autre, quant à
son être. »
Sur Condition (CriTiQuE). — Il semble que dans l'usage on appelle surtout
Sur Condition, À et B. — Remarquer l’usage très étendu qu'a fait KanT de ce
mot dans la discussion des antinomies. Est condition le terme duquel l'esprit passe
à un autre dans une synthèse progressive, ou auquel il remonte à partir d’un autre
dans une synthèse régressive. (J. Lachelier.) — Voir ci-dessous Conditionné*.
Sur Condition, C. — L'usage juridique distingue la condition, qui peutne jamais
se présenter, et le terme qui se présentera nécessairement, fût-ce à une date
indéterminée (par exemple le décès d’un tel). PLAN1OL, Traité élém. de droit civil, I,
$ 310). Cf. Code civil, 1168, 1184 ; et voir Contingent*, observations.
Sur Condition, F. -— Ce passage de l’article a été modifié pour répondre aux
objections de H. Bouasse. La partie du texte qui est entre guillemets est extraite
de sa lettre. Il est à remarquer que M. PEANO donne au mot italien Condizione
un sens plus étendu : « Condizione — proposizione contenente variabili.! » Ainsi
soit a une classe, la proposition « x est un a » est une « condition en x ». Dizionario
di Matematica, p. 7.
1. Proposition contenant des variables.
conditions certaines circonstances très générales qui concourent plutôt passivement
qu'activement à la production d'un phénomène, ou dont l'action, tout au moins,
est considérée comme secondaire (comme tel temps, tel lieu, telle température,
telle pression atmosphérique). Un phénomène est produit par des causes sous des
conditions. (J. Lachelier.)
M. D. Parodi signale dans ReEnouvier, Essais, Logique générale, 3° partie,
ch. xxxvi, Obs. A, une tentative importante pour distinguer les causes et les
conditions d’un phénomène. Les conditions ne sont pas expressément définies ;
ais il semble résulter du contexte, et notamment de la référence à J. S. Mill, que
Renouvier entend par là tous les antécédents ou concomitants intervenant d’une
manière quelconque dans la production d’un phénomène ; la cause « est une
Condition 1° nécessaire, c’est-à-dire sans laquelle un phénomène n’aurait pas lieu,
toutes choses égales d’ailleurs : 2° suffisante, c’est-à-dire qui, alors étant donnée
(sic), donne lieu à ce phénomène ; 3° effectivement déterminante. Cette idée ajoutée
à celle de ce qui suffit et est nécessaire, fixe la pensée sur le moment et l’acte
même où l'effet se détermine en réalité par l'intervention de quelque chose qui
Provoque des changements dans un état déjà connu. » Jbid., 3€ édition, p. 78-79.
Sur le rapport de cette idée et de celle de force, voir même chapitre, p. 56.
|
À
|
CONDITIONNÉ
pour qui le principe de toutes les anti-
nomies* est la position suivante de la
Raison : « Wenn das Bedingte gegeben
ist, so ist auch die ganze Summe der
Bedingungen, mithin das schlechthin
U'nbedingte gegeben, wodurch jenes
allein müglich war!. » Critique Rais.
pure, Dialect. transce., livre II, ch. 2,
p. 322.
La « Loi du Conditionné », qui est un
des principes fondamentaux de la pen-
sée chez HaniLTox, s’énonce ainsi :
« To think is to condition’. » Elle
signifie : « that all that is conceivable
in thought lies between two extremes,
which as contradictory of each other,
cannot both be true, but of which, as
mutual contradictories, one must? ».
Lectures, 11, 369. — « The law of mind
that the conceivable is in every relation
bounded by the inconceivable, I call
the Law of the Conditionedt. » Jbid.,
373.
En tant que ce principe est appliqué :
à légitimer la croyance, il est le fonde-
ment de la « Philosophie du condi-
tionné ». (Cf. la défense de HAMILTON |
et de sa philosophie religieuse contre
Mie dans ManseL : The philosophy of
the Conditioned) — La philosophie de
l’Inconditionné désigne, au contraire,
dans la même école la doctrine de
Cousin suivant laquelle il y a un « Ab-
solu-Infini » accessible à la raison et
a la philosophie. HamrLTon, On the !
philosophy of the Unconditioned, Discus-
sions, 1-38.
1. Poser un conditionné comme donné, c'est poser
aussi comme donnée toute la somme des conditions
et par conséquent l'absolument inconditionné par qui
seul il était possible. » — 2, « Penser, c'est condition-
ner. » — 3. « Tout ce qui est concevable dans la pensée
se trouve entre deux extrêmes inconcovables qui ne |
peuvent être vrais à la fois, puisqu'ils sont contradic-
toires entre eux, mais dont l'un doit nécessairement
l'être, en vertu de leur mutuelle contradiction. » —
4. « Cette loi de l'esprit, que le concevable est À tous
égards borné par l'inc je l' i
nn DOPR P oncevable, je l'appelle la loi du
168
—_"S8
2. Conditionné (réflexe), voir Réflezex
CONDITIONNEL ({adj.). D. Bed;
RCE Code ME
À. Qui dépend d’une condition a
sens À : par exemple la lexis qui tone
le conséquent d’un jugement hypothé.
tique quelconque. °
B. Qui dépend d’une condition, à
sens B (condition sine qua non). La
négation de l’antécédent entraîne, dan
ce cas, contrairement au précédent l
négation du conséquent. è
C. Synonyme d’hypothétique, B, 1°-
caractère d’une proposition hypothé.
tique* dans laquelle l’antécédent signi.
fie Toutes les fois que. et non S'il est
vrai que.
CRITIQUE
L’équivoque entre les sens A et B
| donne souvent lieu à des sophismes :
de ce qui est condition nécessaire, on
passe à ce qui est condition suffisante,
ou inversement.
CONDITIONNEMENT, (S).
« Conduite », voir Comportement*. —
« Conduite de l’attente*, du triom-
phe* », voir ces mots.
« CONFATAL », G. ouvetuapuévov :
nécessaire en même temps qu’un autre
terme. « L’hésitation, dès qu’elle est,
comme diraient les Stoïciens, confatale
à la résolution, ne se comprend plus. »
HAMELIN, Essai, ch. v, $ 2, À, b
(2e édition, p. 423).
Configuration, Configurationism, voir
Forme*, Observations.
CONFLIT, L. Conflictus [legum)], juri-
dique; D. Widerstreit; E. Conflict;
I. Conflitto.
Rapport de deux pouvoirs ou de
deux principes dont les applications
exigent dans un même objet des déter-
cn Sn — Texte signalé par M. Léon Robin, qui y ajoute la référence à
N, De fato, 13 (39) : « Haec ut dixi, confatalia Chrysippus appellat. » Cf.
Stoïc. vet. fragm. 1, no 5, 957, 958.
De parait à la fois légitime et illégi-
me suivant la règle à laquelle on le
apporte. 11 peut y avoir conflit d’une
“hefforce de trouver, dans les phéno-
bations contradictoires. Il y a, en
ticulier, conflit de devoirs, quand,
15 la morale appliquée, un même
le autorité avec elle-même, si elle ne
ut s’appliquer à un objet donné sans
aboutir à une contradiction. « Le
nflit de la Raison avec elle-même »
AnT) est l’ensemble des contradic-
tons où s'engage la raison lorsqu'elle
mènes, un inconditionnel d’où dépen-
graient tous les conditionnés. Crit. de
Raison pure, Dialect.
:8 L'expression « conflit de Lendances »
transcend., :
hap. II, 341 et suiv. Cf. Antinomie*. :
CONFUS
qu’un, malgré sa résistance, qu'il est
dans l'erreur, ou de mauvaise foi. « Il
s’agit de le tenter (de le mettre à
l'épreuve), et non pas de le confondre. »
LeEiBniz, Nouveaux Essais, IV, vu, ii
(en parlant du « répondant », dans une
soutenance de doctorat).
E. Jeter le désordre dans une entre-
prise (particulièrement dans une entre-
prise trop ambitieuse, ou malfaisante)
et la faire ainsi échouer. — Se disait
surtout autrefois de Dieu, ou des
Dieux. (Confounded, en anglais, veut
encore dire maudit. Cf. les idées grec-
ques d'ô6ets et de véuzorc!.|
REMARQUES
Après avoir été fréquent au xv11® siè-
wt usuelle en psychologie et en psy-
Whanalyse, spécialement en ce qui con-
‘erne les conflits entre le conscient et
finconscient dans les phénomènes de ;
efoulement*.
Rad. int. : Konflikt.
CONFONDRE, D. A, Vermengen ;
Ferwirren (toujours péjoratif) ; B. Ver-
wechseln ; C. D. E. sans équivalents
généraux Verwirren dans certains
cas ; — E. To confound (dans tous les
sens, et même avec des acceptions dis-
parues en français) , — I. Confondere.
A. Réunir deux ou plusieurs choses :
de telle manière qu’elles ne soient plus
discernables (comme deux rivières qui
« confondent leurs eaux »}, ou même
qu’elles soient identifiées : « Pour Spi-
noza, volonté et intelligence se con-
fondent. »
B. (En un sens péjoratif) : ne pas .
distinguer ce qui devrait l'être : prendre
l'un pour l’autre, par erreur, deux
objets de pensée réellement distincts.
C. Étonner au plus haut point par
son caractère inattendu.
D. Prouver publiquement à quel-
Sur Confondre, confus, confusion :
remarques critiques de M. M. Marsal.
! cle, en particulier chez les poètes, ce
terme ne s'emploie plus guère actuelle-
ment, à l'exception du sens B, que
dans certaines expressions consacrées.
Les définitions ci-dessus doivent être
\ entendues sous cette réserve.
Lirrré indique encore plusieurs au-
tres sens de « confondre » (gâter, ruiner)
ou « se confondre » (tomber dans le
désordre ; s’humilier ; se tromper ; « se
confondre en excuses », etc.) Mais,
| sauf cette dernière expression, ces sens
: paraissent avoir été rares, et n'être plus
usités de nos jours.
Rad. int. : A. Kunfuz ; B. Konfund ;
C. Astoneg ; D. Konfuzig ; E. Perturb.
CONFUS, D. Verworren ; E. A. Con-
| fused ; B. C. Ashamed ; — 1. Confuso.
| A. Brouillé, dont les éléments sont
mêlés sans ordre et difficiles ou impos-
sibles à discerner. « On en a fait (de
l’Algèbre) un art confus et obscur qui
embarrasse l'esprit, au lieu d’une
science qui le cultive. » DESCARTES,
1. Excès par lequel un homme dépasse ce qui convient
à la nature humaine ; réaction de la puissance divine,
gardienne des lois de la nature physique et morale.
articles ajoutés ou refondus d’après des
CONFUS
Méthode, 11, 6. — Par suite, plus large-
ment, vague, incertain, mal défini :
« Une pensée, une explication con-
fuses. » — « Ces questions confuses
et indéterminées : si le feu est chaud,
si l’herbe est verte, si le sucre est
doux, etc. » MALEBRANCHE, Rech. de
la Vérité, VI, n.
B. Qui éprouve un sentiment de
trouble, de mécontentement de soi-
même et d’inhibition, parce qu'il a été
confondu, au sens D.
C. Troublé par quelque chose qui
choque sa modestie, sa discrétion, ou
sa pudeur.
D. (Dans la langue juridique, ce mot
s'emploie aussi pour confondu*, au
sens À.)
CRITIQUE
Confus, au sens A, est presque tou-
jours nettement péjoratif. Cependant
LEIBxiz, qui en fait un terme tech-
nique, opposé à distinct*, le prend
quelquefois en un sens de pure consta-
tation, qui marque sans doute un degré
inférieur de connaissance, mais sans y
attacher aucune réprobation : « Quand
je puis reconnaître une chose parmi les
autres, sans pouvoir dire en quoi con-
sistent ses différences ou propriétés,
la connaissance est confuse. » (Exemple :
la beauté d’un poème ou d’un tableau.)
« Quand mon esprit comprend à la fois
et distinctement les ingrédients primi-
tifs d’une notion, il en a une connais-
sance intuitive, qui est bien rare, la
plupart des connaissances humaines,
n'étant que confuses ou suppositives. »
Discours de Métaphysique, xx1v.
À notre époque, on a souvent relevé
l'intérêt des idées confuses, comme
étape préparatoire à l'acquisition d’i-
dées nouvelles, ou comme instrument
d'actions qui ne souffrent pas de délai.
Mais il faut prendre garde que cet
usage favorable ne tourne pas au profit
de la paresse intellectuelle, qui veut
éviter la peine de préciser ses idées, ou
de la mauvaise foi, qui en exploite
lindétermination.
Rad. int. : A. Konfus ; B. C. Shamoz.
CONFUSION, D. 1° Verworrenpe,,
Schamgefühl ; 2° Vermengung, y.
wechselung, Verwirrung ; — E. 10 Con.
fusion, Confusedness ; Shame ; 2° Con.
fusion, blending; mistake, bewilder.
ment ; — I. Confusione.
10 État de ce qui est confus*, ou de
celui qui est confus, dans tous les sens
de ce mot (y compris le sens juridique .
voir Code civil, 1300).
20 Acte de confondre*, ou caractère
de ce qui est confondu (aux sens A, R
ou E) ; état de celui qui est confondu
{aux sens C et D).
Rad. int. : voir ci-dessus.
Confusion mentale, état pathologi-
que, soit accidentel, soit chronique,
dans lequel le sujet ne forme que des
pensées troubles, inachevées et inal
définies. Considéré par quelques alié-
nistes comme formant une maladie
spéciale (CHasLin). Cf. JANET, Obses-
sions et psychasthénies, 661 et suiv.
CONGÉNITAL, D. Angeboren; E.
Congenital ; 1. Congenito.
Est congénital tout caractère possédé
par un individu dès sa naissance, et
non acquis au cours de son développe-
ment. Un caractère peut être congénital
bien qu’il ne devienne visible qu’à une
époque avancée du développement.
Aussi a-t-on proposé d'employer en an-
glais le mot connate pour désigner ceux
des caractères congénitaux qui sont
apparents dès la naissance. LLovp
MorGan, Habit and Instinct, et Bazvo-
WIN, 90.
CRITIQUE
Ce mot nous semble peu utile : le
mot français inné* présente un sens
analogue, qui a précisément fait aban-
donner l'expression idées innées.
Rad. int. : Kunnaskit.
Congruence, voir Égalité*.
1. CONJONCTIF, D. Æonjunktiv ; E-
Conjunctive ; I. Coniuntivo.
Les syllogismes conjonctifs sont
« ceux dont la majeure est tellement
mais des raisonnements où ce qu'on
“pppelle la majeure est un jugement
“sieurs propositions.
CONNAISSANCE
mposée qu’elle enferme toute la con-
sion » (Logique de Port-Royal, 111,
ar), comme sont les syllogismes hypo-
ahétiques*, disjonctifs* et copulatifs*.
sens À et B (acte ou faculté), conos-
cenza, surtout aux sens C et D {chose
connue).
Ce mot désigne d’une part : 1° l’acte
de connaître : 2° la chose connue ; —
et d’autre part il spoeee la
| is syllogismes, : simple présentation* d’un objet ; 2) au
, Ce ne sont pas de vrais syllog | Aa comprendre*. D'où quatre
sens fondamentaux : |
A. Acte Le la pensée qui pose légiti-
mement un objet en tant qu'objet, soit
qu'on admette, soit qu’on n’admette
pas une part de passivité dans cette
connaissance (— mentem ab objecto
pati, SPiNozA, Éthique, 11, déf. 3). —
Voir plus loin Réalisme*, texte et Ob-
servations.
La théorie de la connaissance est l’é-
, tude des problèmes que soulève le rap-
CONNAISSANCE, D. Erkenninis aux : port du sujet* et de l’objet* ; voir plus
sens À et B, Kenntnis aux sens C | loin l'analyse de cette expression à la
et D; E. Cognition au sens À, Know- | suite de l’article Théorie*.
edge dans tous les sens, et même plus | B. Acte de la pensée qui pénètre et
largement qu'en français! ; — 1. Co- définit l'objet de sa connaissance. La
gnizione; conoscimento, Surtout aux | connaissance parfaite d une chose, en
; ce sens, est celle qui, subjectivement
| considérée, ne laisse rien d’obscur ou
! de confus dans la chose connue; ou
| qui, objectivement considérée, ne laisse
CRITIQUE
jcomposé* portant sur deux ou plu-
ÿ 2. Conjonetif et Disjonctif. Épithètes
applicables à l’addition* logique, sui- !
.xant que l’on considère les termes !
tajoutés comme pouvant avoir des élé-
«ments communs, ou au contraire com-
me devant s’exclure.
4 1. Sur Knowledge et Knowledge about voir GROTE cité
:par W. James, The meaningof truth. (Le sens dec vérité»),
p. 11, et l'observation sur Savoir*, où ce texte est
analysé.
DR RE CRE
ee ———————
Sur Connaissance. — Je distingucrais : Î* l'acte üe connaitre, subjecLif ; 2° le
fait de connaître (rapport du sujet à l'objet) ; 3° le résultat, détaché par on
(objet connu). (M. Blondel.) — il ne nous semble pas que le mot tonnaines emploie
jamais en un sens purement subjectif : il paraît au contraire implique toujours
le rapport du sujet à l'objet, sinon même une certaine subordination du premier
au second. Restent donc seulement les sens 29 et 3° «qui correspondent respecti-
vement à A-B et C-D. — (L. Couturat. — A. L.) :
Le sens C parait même complètement inusité. (J. Lachelier.) " :
Savoir, ou plutôt pouvoir affirmer le guod, sans aucun quid IPENSRERES d que
chose sans aucune détermination, aucun attribut), serait-ce connaitre ? Et d sun
part, dès qu'il est question de pénétrer, c’est déjà plutôt comprendre que connaître |
c’est tout au moins commencer à comprendre. (J. Lachelier.) — Il me semble qu’on
peut distinguer connaître, au sens de savoir ce qui est. de comprendre, au .
de s'expliquer pourquoi cela est ainsi. Par exemple, on connaît, sans la compren re
encore, l’anatomie d’un animal, tant qu'on ne s'explique pas le rapport et Lusase
des différentes parties qui la constituent. Mais d’ailleurs, ainsi que nous l'av 2
fait remarquer dans le texte, connaître s'oppose surtout à comprendre comme le
genre à l’espèce. (A. L.) :
Connaître et connaissance diffèrent surtout de croire el croyance en Ce que ces
derniers termes impliquent que le motif de l'adhésion ne réside pas dans la clarté
directe et intrinsèque de l'objet considéré. (M. Blondel.)
CONNAISSANCE
rien en dehors d’elle de ce qui existe
dans la réalité à laquelle elle s'applique.
Voir adéquat*.
C’est en ce sens que les choses en
soi sont dites par SPENCER inconnais- |
sables (unknowable), quoiqu’on puisse
les connaître au premier sens (= en
connaître l’existence), et même en défi-
nir le domaine.
C. Contenu de la connaissance au
sens À (peu usité).
D. Contenu de la connaissance au
sens B. Très fréquent, surtout au plu-
riel : les connaissances humaines, etc.
Rad. int. : À. Nosk. — B. Konosk.
— C. Noskat. — D. Konoskat.
CONNAÎTRE, D. Kennen; E. to
Know ; 1. Conoscere.
A. Avoir présent à l'esprit un certain
objet de pensée vrai ou réel. Cet objet
peut être soit autre que l’esprit, soit
l'esprit lui-même (ou l’une de ses pro-
priétés, ou l’un de ses actes), mais à la
condition que cet objet de pensée soit
considéré, en tant que connu, comme
se distinguant au moins formellement
de la pensée qui le connaüt. Cf. OBsET*.
B. (Plus rare en français, mais très
fréquent pour le mot anglais to know,
qui veut dire à la fois connaître et sa-
voir) : Avoir dans l'esprit un certain
objet de pensée non seulement en tant
que donné, mais en tant que bien saisi
dans sa nature et ses propriétés. — Ce
sens est plus fréquent dans le substantif
connaissance*.
C. Reconnaître. (Sens plutôt littéraire
que philosophique, et un peu vieilli.)
CRITIQUE
I] serait utile de convenir que le mot
employé seul et sans autre détermina-
tion marquera toujours la simple pré-
sentation légitime d’un objet à la pen-
sée, sans impliquer nécessairement
qu’on en pénètre la nature et les lois,
mais, naturellement, sans exclure cette
pénétration. C’est en ce sens qu’on
traduit par connaître et connaissance
les mots percipere et perceptio (ou co-
gnitio) de Spinoza, qu’il applique à
tous les degrés de la pensée, depuis la
122
perceplio ex auditu jusqu’à la percepri,
per solam essentiam (cognitio tertii gene.
ris). (De emendatione, Van Vloten,
2 éd., I, 16. Cf. Éthique, II, 40 sqq.
Mais, quel que soit le degré de con.
naissance que nous avons d’un objet,
le mot implique toujours que cet objet
est pensé tel qu’il doit l’être (soit par
rapport à une réalité extérieure, soit
intrinsèquement), d’une façon qui peut
être partielle, mais qui, en tout cas, est
véridique.
Connaître et connaissance désignent
donc un genre dont les espèces sont
constater, comprendre*, percevoir, con-
cevoir*, etc. Ils s’opposent à croire et
croyance, non par la force de l’adhésion,
mais par le fait que ces deux derniers
termes n’impliquent pas nécessairement
l’idée de vérité.
Rad. int. : À. Nosk : B. Konosk.
CONNATUREL et CONNATURALI-
TÉ, (S).
« CONNOTATION », E. Connotation.
Chez J. S. Mie, un terme est dit
connotatif s’il désigne (en extension)
un ou plusieurs êtres, mais en les faisant
connaître par certains caractères, et
par conséquent en nous apprenant
quelque chose sur leurs propriétés.
« The word white denotes all white
things, as snow, paper, the foam the
sea, etc.; and implies, or as it was
termed by the schoolmen, connotes the
attribute whiteness!. » Logic, I, 11, $ 5.
Au contraire, un simple nom propre,
ou un attribut abstrait (blancheur)
sont dits « non connotatifs ».
Par suite, la connotation d’un terme
est pour lui son sens ou sa compréhen-
sion subjective la plus répandue, et il
insiste sur la nécessité pour les philo-
sophes de substituer à cette connota-
tion lâche « a fixed connotation » qu!
sera exprimée par une définition (Ibid. ;
Cf. I, ch. vin, $ 1).
1. « Le mot blanc dénote toutes les choses blsnohef:
telles que neige, papier, écume des es, ete. ; ©
implique, ou comme disaient les scolastiques, il sonnot®
l'attribut blancheur. »
1473
Pour J. N. KeYNEs (Formal Logic,
‘ J, ch. 11, 4e éd., p. 26-27), la compré-
‘ pension décisoire (conventional inten-
. sion) est ce qu’il conviendrait de dési-
gner par connotation, soit que l’on s’en
rapporte à une définition communé-
: ment, acceptée ou sous-entendue, soit
ue l’on ait donné une définition expli-
cite du terme en vue d’un usage déter-
miné. Le terme s’opposerait à celui de
« comprehension », qui désignerait la
compréhension totale, qui est plutôt la
propriété de la classe que celle du nom
qui la désigne.
Mais il fait remarquer que Stanley
JEvons (Pure Logic, p. 6) et E. C. Be-
nECKE (Mind, 1881, p. 532) ont pris
Connotation au sens de compréhension
totale.
Pour Ed. GoBLoT, connotation et com-
préhension sont d’abord pris en un sens
très général et comme synonymes :
c’est ainsi qu'il parle de « la connota-
tion (ou compréhension subjective)
d’un nom ». Logique, p. 105. Mais, plus
tard, en vue de distinguer nettement
ce que nous avons appelé plus haut
« compréhension* éminente », des sens
CONSCIENCE
purement logiques de « compréhen-
sion », il propose de réserver ce terme
à la première, et de réunir le définissant
et la compréhension totale sous le nom
de connotation : « Nous dirons donc,
conclut-il, la connotation des concepts,
et la compréhension des idées. » Ibid.,
p. 115.
Ces usages si divers rendent bien
difficile l'adoption d’une définition
unique. Voir les expressions sans am-
biguité à l’article Compréhension*
totale, décisoire, etc.
1. CONSCIENCE psychologique,
D. Bewusstsein, Selbstbewusstsein ;
E. Consciousness ; 1. Coscienza.
A. Intuition (plus ou moins com-
plète, plus ou moins claire) qu’a l'esprit
de ses états et de ses actes. — Cette
définition ne peut être qu’approxima-
tive, le fait de la conscience étant,
comme le fait justement remarquer
HAMILTON, une des données fondamen-
tales de la pensée, qu’on ne peut ré-
soudre en éléments plus simples.
« Consciousness cannot be defined :
| we may be ourselves fully aware what
Sur Connotation. — Ce mot, étymologiquement, s’appliquait aux termes attri-
butifs dans leur rapport avec les substantifs. Ainsi l’on disait que le mot « juste »
connotait (avec et outre l’attribut qu’il désigne directement) le sujet « homme »
ou « Dieu », auquel cet attribut est inhérent. Ce sens étymologique a exercé sur
Mizz une influence malheureuse en le conduisant à nier que les noms propres
eussent une connotation, puisqu'ils ne désignent rien d’autre que le sujet auquel
ls s’appliquent : « Sophronisque », par exemple, ne contenant pas l’idée de « père
de Socrate ». (C. Webb.)
Sur Conscience. — Bewusstsein (conscience psychologique) et Gewissen (cons-
cience morale), correspondant à l’anglais consciousness et conscience, ont été pour
la première fois distingués en allemand par Wozrr. Sur l’histoire de ces mots, on
Peut consulter avec fruit SiEBEck, Geschichte der Psychologie, t. I. (R. Eucken.)
Sur Conscience (pychologique). — Article complété d’après des indications
de M. Daude.
L'emploi large du mot conscience n’est pas équivoque. On peut fort bien dire
une conscience pour un sujet percevant (une monade leibnizienne). (J. Lachelier.)
— En réalité, le mot conscience, au sens À, désigne la pensée même, antérieure à
distinction du connaissant et du connu ; comme telle, elle est la donnée première
Que la réflexion analyse en sujet et en objet. (M. Blondel ; M. Bernès.)
Est-il certain que le mot conscience emporte avec lui l’idée de certitude ? Si
LALANDE. — VOCAB. PHIL.
8
CONSCIENCE
consciousness is, but we cannot wi-
thout confusion convey to others a
definition of what we ourselves clearly
apprehend. The reason is plain : cons-
ciousness lies at the root of all know-
ledgeï. » Lectures, Metaphysics, I, 191.
« What we are less and less as we
sink gradually down into dreamless
sleep. and what we are more and
more, as the noise tardily arouses us,
that is consciousness. » BALDwIN,
d’après LanD, Psychology. Vo 216b.
Ces définitions laissent intacte la
question de savoir si l'esprit humain a
conscience de tout ce qui le constitue
1. « La conscience ne peut pas être définie; nous
pouvons bien nous-mêmes savoir parfaitement ce qu'est
la conscience, mais nous ne pouvons pas sans confusion
communiquer aux autres une définition de ce que nous
saisissons clairement nous-mêmes. La raison en est
simple : la conscience est à la racine de toute connais-
sance. » — 2. « Ce que nous sommes de moins en moins
quand nous tombons graduellement dans un sommeil
sans rêves. Ce que nous sommes de plus en plus, quand
le bruit nous éveille peu à peu, — c'estlà ce qu'on appelle
conscience. »
1%
Ts
ou s’il y a pour le moi individuel d
l’homme des phénomènes PSYchiques
inconscients. Elles réservent également
la question de savoir si la COnScience
contient ou ne contient pas Paffirma.
tion du sujet en tant que substance
A. Si cette connaissance* de l'esprit
s’entend au sens A, et si le fait Cons.
cient n’est pas considéré comme diffé.
rent du fait qu’il est conscient, JA
conscience est dite conscience SPORta-
née.
B. Si cette connaissance* s’enteng
au sens B (c’est-à-dire suppose une
opposition nette de ce qui connaît et
de ce qui est connu, et une analyse de
l’objet de cette connaissance) la cons-
cience est dite conscience réfléchie*.
C. Ce que saisit la conscience, au
sens À : l’ensemble des faits psycholo.
giques appartenant à un individu ou à
un ensemble d'individus, en tant qu'ils
ont un caractère commun. « La cons-
cience de l'enfant. » — « La conscience
cette association existe, elle n'est qu'un préjugé, à combattre plutôt qu'à respecter :
et ce préjugé d’ailleurs n’est pas universel. (P. Lapie.) — Ce qu’implique cons-
cience, c’est plutôt l’idée de positivité, de donnée de fait, que celle de certiturte.
(M. Bernès.)
Malgréles divergences de ces remarques (auxquelles il convient d’ajouter une
note de Victor Eccer, approuvant la Critique telle qu’elle est énoncée dans le
texte du vocabulaire), il y a lieu de remarquer qu’elles s'appliquent en réalité à
deux usages différents du mot conscience, que ne caractérisent pas suffisamment
les termes classiques conscience spontanée et conscience réfléchie. 1° La conscience
en tant que donnée, primitive, indifférenciée, servant de matière à toute vie
psychique, et par conséquent placée, à certains égards, au delà de toute discussion ;
— 2° la conscience en tant que construite par l'opposition de l’objet et du sujet, et
se réduisant alors à ce dernier par opposition à l’objet. Mais ici même le mot prend
encore deux significations très différentes : a) on considère ce qui reste encore
dans le sujet après cette différenciation, on s’attache à son activité propre, aux
virtualités d'œuvres nouvelles qu’il pourra produire encore, aux lois suivant
lesquelles il se développe, aux réserves de puissance pensante qui pourront
amener des progrès ou même des révolutions dans la connaissance ; — b) on
considère au contraire là connaissance actuelle de l’objet, dans œ qu’elle a gagné
par cette différenciation en netteté et en distinction, dans la possession plus
complète que nous en avons prise par notre travail d'opposition et d'analyse (par
exemple dans la clarté de nos perceptions, dans la précision des principes de nos
raisonnements) et c’est en ce dernier sens surtout, dans le langage ordinaire, qu’on
juge un esprit plus ou moins conscient ou inconscient. Il y aurait donc lieu de
distinguer conscience primitive et conscience réfléchie, conscience subjective et
conscience objective. (A. L.)
CONSCIENCE
hs, classe » (au point de vue social).
L'expression « une conscience », pour
un état où un acte conscient », a été
mployée quelquefois dans ces dernières
nées, surtout en vue d'éviter que
“, la conscience » ne soit représentée
pomme un cadre ou un contenant dans
quel les phénomènes psychologiques
seraient placés.
D. Un être conscient.
E. Connaissance immédiate (non seu-
“fegment de soi-même, mais d’autres
‘ghoses). « Conscience de. » est em-
‘ployé par KanT, HAMILTON, ScHo-
"pPRNHAUER, etc. « Bewusstsein von an-
‘deren Dingen'; Consciousness of the
external reality. »
# CRITIQUE
La légitimité de cette dernière accep-
tion est contestée. Conscience n’est pas
un terme neutre : il évoque, peut-être
à tort, une impression de certitude et
‘d'autorité ; son homonymie avec cons-
‘cience-2 ajoute encore à cet import lau-
datif, et les auteurs qui l’emploient
ainsi veulent bien marquer par là que
&e à quoi ils l’appliquent n’a pas moins
de réalité que notre propre pensée.
“Qu'ils aient raison ou non, il est d’une
1. Avoir conscience des autres choses. — 2. La cons-
cience d’une réalité extérieure.
mauvaise méthode de postuler ainsi
implicitement ce qui devrait être dit
expressément.
Il y a lieu d’éviter, en sens inverse,
le sens trop restreint que donnent à ce
mot les premiers Ecossais et les Éclec-
tiques, en établissant une opposition
superficielle entre les sens et la cons-
cience, considérés comme deux facultés
parallèles adaptées à des objets diffé-
rents.
Rad. int. : Konscies.
Conscience collective, voir ce mot.
Conscience malheureuse, mauvaise
conscience, voir le Supplément.
Lol de prise de conscience. « L’indi-
vidu prend conscience d’une relation
d'autant plus tard et plus difficilement
que sa conduite a impliqué plus tôt,
plus longtemps ou plus fréquemment
l'usage automatique de cette relation. »
Loi formulée par Ed. CLAPARÈDE dans
les Archives de Psychologie, en 1918,
t. XVII, p. 71. Voir ci-dessous Men-
talisation.
2. CONSCIENCE morale, D. Gewis-
sen ; E. Conscience ; I. Coscienza.
A. Propriété qu’a l'esprit humain de
porter des jugements normatifs spon-
tanés et immédiats sur la valeur morale
EEE G
Sur Conscience (morale). — La question de savoir si le jugement est antérieur
ou postérieur au sentiment, dans la conscience morale, est controversée
: selon
J, Lachelier, « le propre de la conscience est d'approuver ou de blämer, la joie et
la douleur ne venant qu'après le jugement moral » ; selon M. Bernès, il faudrait au
contraire la définir : « propriété qu'a l'esprit humain de senur la valeur morale,
et de rendre ce sentiment explicite au moyen de jugements normatifs ».
M. Bernès ajoute que l'expression classique « la voix de la conscience » est
une image qui n’a rien d’essentiel. Elle n’exprime que le caractère immédiat et
spontané de la conscience ; mais elle en fait disparaître l’intériorité. Elle se rattache
à la conception théologique d’un Dieu étranger qui se fait entendre dans l'âme,
non à la donnée psychologique d’une vie intérieure qui est nous-mêmes.
On peut remarquer d’autre part, en faveur de cette image, qu’elle correspond à
un fait réel d’objectivation souvent observé en psychologie ; par exemple dans les
dédoublements de la conscience, l'inspiration artistique, etc. (A. L.)
CONSCIENCE
de certains actes individuels détermi-
nés. Quand cette conscience s’applique
à des actes futurs de l’agent, elle revêt
la forme d’une « voix » qui commande
ou défend ; quand elle s’applique aux
actes passés, elle se traduit par des
sentiments de joie (satisfaction) ou de
douleur (remords). Cette conscience est
dite, suivant les cas, claire, obscure,
douteuse, erronée, etc.
Cette définition convient également
aux doctrines qui jugent cette faculté
primitive, et à celles qui la croient
dérivée.
.Bonne* conscience, mauvaise* cons-
cience, voir res mots.
B. « Une conscience » : se dit d’une
personne dont la conscience morale est
particulièrement ferme, et qui la suit
sans compromis. — L’adjectif corres-
pondant est consciencieux (S).
Rad. int. : Konscienc.
.CONSCIENT, D. Bewusst ; E. Cons-
cious ; Cosciente.
Se dit soit d’un être qui a conscien-
ce*, au sens À ou au sens B, soit d’un
état ou d’un acte dont le sujet à cons-
cience.
REMARQUE
Conscient se dit souvent de faits
extérieurs dont on a, à proprement
parler, la connaissance ou la percep-
tion : on veut alors marquer par ce
terme qu'on a pris conscience, au
sens B, de la connaissance ou de la
perception dont il s’agit : « Conscient
du péril ; conscient de ses succès. »
Rad. int. : Kousci.
« CONSÉCUTION. » Outre son sens
usuel et général (succession immédiate),
ce mot est employé quelquefois pour
désigner les habitudes empiriques de |
essgis =. A6
—n
l'intelligence et de l’activité, Cet usa
paraît avoir pour origine un passage es
LEIBNIZ : « La mémoire fournit une
espèce de consécution aux âmes, qui
imite la raison, mais qui en doit être
distinguée Par exemple, quand on
montre le bâton aux chiens, ils se soy-
viennent de la douleur qu’il leur a
causée, et crient, et fuient. » {Monado.
logie, 26.)
CONSÉCUTIVE (Image), D. !Vach.
empfindung, Nachbild; E. After-image
after-sensation ; |. Imagine consecutiva.
Ce terme est appliqué : 1° à la per.
sistance hallucinatoire d’une sensation*
après l'arrêt de l’excitant* qui l’a pro-
voquée, soit qu'il y ait, soit qu'il n'y
ait pas entre les deux états une lacune
appréciable. Ce sens est rare. — 20 Spé.
cialement, et c’est le sens usuel, à
certains phénomènes de la vue, consé-
cutifs à la disparition d’une sensation,
et qui présentent le caractère d'un
négatif (les blancs étant remplacés par
des noirs et les couleurs par leurs com-
plémentaires).
On désigne en allemand le second
sens par Vachbild. Il serait utile de
spécialiser de même image consécutive
en ce sens ; on dirait dans le premier
Cas : sensation consécutive.
Rad. int. : Post... (image ou sensa-
tion).
1. CONSENSUS. Terme un peu vague,
qu’on applique d'ordinaire à la coopé-
ration et à l’interdépendance* des par-
ties de l'organisme.
2. Consensus (Consensus omnium,
CicéRON, Tusculanes, 1, 15 : Consensus
nationum, Zbid., 1, 16), ou consentement
universel. L'accord de tous les hommes
sur certaines propositions, en tant
Sur Consécutive (image). — Même quand elle est négative, la représentation
consécutive devrait encore être appelée sensation, et non image, car elle reste
sous la dépendance étroite et directe de la modification de l’organe, et sans doute
des processus de régénération dont il est le siège. (M. Marsal.) |
1
!
CONSISTANCE
“ qu’on le considère comme preuve de
Jeur vérité. "A yœp nüor doxet tabr’elvat
Lrgduev; 8 d'évarpov ratrmv Tv mloriv où
à ravo miotôtepe Épeï. ARISTOTE, Éth.
Nicom., X, 2, 11938.
, Rad. int. : Konsent.
L CONSENTEMENT, D. A. B. Zustim-
.mung ; C. Einwilligung ; — E. Assent,
® Consent ; — 1. Consentimento.
A. (Sens ancien.) Assentiment ac-
‘cordé à une assertion. « On ne doit
.jamais donner de consentement entier
qu'aux propositions qui paraissent si
évidemment vraies qu’on ne puisse le
Jeur refuser sans sentir une peine inté-
fieure et des reproches secrets de la
“raison. » MazEBrRANCHE, Recherche de
‘La Vérité, livre I, ch. 1, $ 4.
… B. Consensus*, accord : « Le consen-
tement universel. » (Il se peut que,
dans cette expression, l’idée de com-
munauté ait été d’abord tout entière
“comprise dans « universel » et que
‘consentement » y fût entendu à l’ori-
‘gine au sens d’assentiment, comme
en A. Mais LiTrréÉ accorde au mot
consentement le sens « d’uniformité
“d'opinion ».)
. C. Acte de volonté par lequel on
décide ou même on déclare expressé-
ment qu’on ne s'oppose pas à une
action déterminée dont l'initiative est
prise par autrui. « Donner son consen-
tement à un mariage. »
Ce dernier sens est le seul qui soit
couramment usité dans la langue con-
temporaine. Consentement est plus fai-
ble qu’approbation. « Consentir » mar-
que, dans l’ordre de la pensée comme
-dans celui de l’action, une nuance de
réserve, ou du moins une tendance
primitive à refuser.
4
CONSÉQUENCE, A. (D. Folgerich-
tigkeit ; E. Consistency ; 1. sans équiva-
lent.) Qualité d’un raisonnement con-
forme aux règles de la logique.
B. (L. Consequentia ; D. Folgerung,
Konsequenz; E. Inference, Consequence ;
I. Conseguenza). Terme absolu, surtout
en L. et en E. : la relation logique qui
unit les principes à la proposition qui
en résulte.
C. (L. Consequentia ; D. Folge ; E.
Consequence ; I. Conseguenza). Terme
relatif : une proposition A est la consé-
quence d’une proposition (ou système
de propositions) B, si, B étant vrai,
À peut être démontré vrai en vertu
des lois logiques. S’oppose à principe
(au sens relatif).
Rad. int. : À. Konseques ; B. Kon-
sequ ;, C. Konsequent.
CONSÉQUENT, A. (substantif), L.
Consequens ; D. Konsequent ; E. Conse-
quent ; L Consequente. Sens relatif, cor-
rélatif du terme ANTÉCÉDENT.
B. (adjectif). Sens absolu (D. Folge-
recht ; E. Consistent ; 1. sans équiva-
lent). Un raisonnement conséquent est
un raisonnement conforme aux règles
de la logique.
Rad. int. : Konsequant{o) ou —{(a).
Conservation de la masse (Principe
de la) et Conservation de l’énergie
(Principe de la).
Voir Masse* et Énergie*.
Conservation de la connaissance, voir
Élaboration*.
CONSISTANCE, D. A. Zusammen-
hang, Widerspruchsfreiheit ; B. Konsis-
tenz, Festigkeit, Gewicht ; — KE. A.
Coherence, coherency ; B. Consistency,
Firmness ; — I. Consistenza.
A. Loc. Caractère d’une pensée qui
n’est ni fuyante et insaisissable, ni
contradictoire ; fermeté logique d’une
doctrine ou d’un argument. D'une
manière plus spéciale, un système
d’axiomes est dit consistant s’il est
non-contradictoire.
B. Caractère de ce qui est solide, et
ne dépend pas de l'arbitraire, ou de
circonstances accidentelles, mais pos-
Sur Consistance, A. — Le mot anglais consistency au sens logique, vise unique-
[ ment l’accord de la pensée avec elle-même (to consist, s’accorder). Le mot français
CONSISTANCE
sède des qualités de permanence et
d’objectivité.
Rad. int. : A. Koheres ; B. Fermes.
CONSISTANT, (S).
CONSOMMATION des richesses, D.
Konsumption, Verzehrung; E. Con-
sumption ; I. Consumo.
La consommation des richesses est
le fait qui les détruit en tant que
richesses*. Elle n’en est pas seulement
l’utilisation, mais aussi la perte.
Rad. int. : Konsum.
« CONSTATIF. » Constater s’opposant
à apprécier, l'expression « jugementcons-
tatif », pourrait s'opposer à « jugement
appréciatif », pour désigner très claire-
ment ce qu’on a appelé, par un calque
inexact d’une expression de Wundt,
« jugements explicatifs » (erklärende
Urteile : exactement jugements décla-
ratifs). Voir Ezxplicatif*.
On a quelquefois dit « constatatif » ;
mais le verbe latin étant constare (cons-
tat, il est constant que. ; d’où : faire
un constat, constater), la forme d’ad-
jectif verbal, si elle avait existé, aurait
été constativus, comme stativus, de stare.
CONSTITUANT, (S).
« Constitutif », D. Constituti
Voir Régulateur*. RACE
Construction, Constructif, voir (S) et
CORRE" — Constructive, voir Défi-
nition*, Critique. — Constructlvité, (S).
178
CONSTRUIRE, D. Æonstrui
E. to construct ; I. Construire, D
A. Au sens métaphorique es
engendrer un objet de pensée ul
synthèse de ses éléments. « Dém La
trer, c’est construire... Pour dénon
qu’une hypothèse entraîne une Cons
quence, on construit la conséquen È
avec l’hypothèsel. » GOBLOT, Logi
ch. x1, p. 272. F4
Ile i :
us Pin d’opposer construi
B. Plus spécialement, déduire tout
un ensemble donné d’un principe ou
d’un petit nombre de principes. O
appelle en ce sens « construction jui
dique », par exemple, l'opération par
laquelle toutes les règles du droit ro-
main relatives à l'héritage sont rame-
nées à la seule formule : « Haeres
| sustinet personam defuncti » (l'héritier
joue le rôle du défunt).
C. Se dit, plus spécialement encore,
de l’opération dialectique (au sens E)
par laquelle tout le système des idées,
! 1. Mais dans l'usage de ce mot chez Edmon i
s'ajoute quelque chose du sens kantien D. pas ET
remarquer que, pour lui, la construction n’est pas seule-
ment ooastruction de syllogismes, mais construction de
l'objet auquel s'appliquent ceux-ci. « Ce que l'on cons-
truit, o est la conséquence même que l’on veut démon-
trer ; o'est par exemple la somme des angles d'un
triangle. Cette somme n’est pas un assemblage de syllo-
gone un assemblage d'angles. En arithmétique et
: algèbre, ce que l'on combine, ce sont les nombres, où
es symboles qui les représentent, et des relations entre
es nombres et ces symb, ÿ 5 :
sement, p. 22. ymboles. » Traité de Logique, Avertis-
ne Lie plus ee d’un contenu de pensée bien déterminé, d’une thèse qui
ed ogie avec le sens physique du mot consistance, qui est le plus
due de LA Re ue même l’idée de simple cohérence
€ roduite qu’à l’imitation des mots to consist, const
R. B. Perry, qui nous a signalé l'absence de cet article dans la en di
du Voca 1 ,
Fe ee us que consistency est moins fort en anglais que coherence Où
y (qui veulent dire aussi cohésion en physique). Voir cohérence* et cohésion*.
Sur i
Consommation des richesses. — Le sens technique défini ci-dessus peut
donner li i
. pa CVs : les mots consommer et consommation, au sens usuel,
q idée d'utilisation, de destruction par emploi normal; le verbe
consumer et l'adjectif | j ;
inutilement. (M ss Li au contraire, se disent plutôt de ce qui périt
même des faits, sortirait par une
essité intelligible de principes eux-
Lames intelligibles. « Il faudrait des
Lrherches beaucoup plus profondes
à être en état de construire d’une
Lanière quelque peu plausible. la
alité concrète la plus simple. »
LIN, Essai, Ch. 111, P. 123-124.
D. Chez Kanr, construire signifie
résenter dans une intuition a priori
que chose d’abstrait (un concept,
: « Die philosophische
Lenntnis ist die Vernunfterkenntnis
Begriffen, die mathematische aus
Construction der Begriffe. Einen
riff aber construiren heisst die ihm
001 espondirende Anschauung a priori
éthodologie, 17° partie, 1'e section.
. 713 ; B. 741. Ce sens n'est usité en
nçais qu’en parlant de la doctrine
Kant.
# rod! » Krit. der reinen Vern.,
‘Rad. int. : Konstrukt.
#
. CONTACT, Berührung, Kontakt ; E.
Contact, Touch ; I. Contatto.
; À. Position relative de deux corps
qui se touchent.
« B. PsycxoL. Dans l’ensemble des
gnsations du toucher, au sens général
de ce mot, on appelle spécialement
gensations de contact celles qui ne sont ni
jausculaires, ni thermiques, niaffectives.
: CRITIQUE
© Le toucher lui-même étant surtout
défini par l'exclusion des sens spéciaux
(vue, ouie, goût, odorat), la sensation
de contact paraît être proprement la
sensation indifférenciée, en tant qu’elle
sæ présente seulement comme sensa-
1. « La connaissance philosophique est la connaissance
rationnelle par concepts : la connaissance mathématique,
celle qui procède par congruction de concepts. Construire
CONTAMINATION
tion, ou plus exactement comme per-
ception rapportée à un objet en général.
Rad. int. : Kontakt.
CONTAGION mentale, D. Gemüts-
ansteckung ; E. Mental contagion ;
I. Contagione mentale.
A. Sens large : toute transmission
d'états ou de tendances psychologiques,
d’individu à individu, sans que cette
transmission soit un résultat d’actes
volontaires faits par le contagionnant
ou le contagionné. « On peut expliquer
cette aptitude à partager les émotions
des autres en la rattachant au phéno-
mène très général de l’imitation ou
plutôt de la contagion. Tout le monde
sait combien le rire, le bâillement, la
toux, l'accent, les tics sont conta-
gieux. » D. RousTAN, Psychologie,
p. 179.
B. Sens spécial : « La plupart des
aliénistes et neurologistes qui ont traité
de la contagion mentale ou nerveuse...
l'ont conçue.comme la contamination
(psychologique) d’un sujet sain, ou
réputé tel jusque-là, par un sujet
malade. L'idée de maladie, ou tout au
moins de trouble mental, d'accident
nerveux, tout à fait absente dans la
conception précédente, est au premier
plan dans celle-ci. » G. Dumas, Traité
de Psychologie, tome II, p. 760. Voir
toutes les pages 759-762, consacrées à
la comparaison de ces deux sens, et à
l'indication des auteurs qui les ont
employés. La conclusion est en faveur
de l'usage de contagion au sens A et de
contamination au sens B.
CONTAMINATION (au sens A), D.
Ansteckung ; E. Contamination; I.
Contaminazione.
‘A. Communication d’une souillure
wa concept veut dire présenter l'intuition a priori qui
ÿ correspond. »
et particulièrement d’une maladie con-
Pl den
Sur Contamination. — Le verbe latin contaminare paraît avoir eu primitivement
le sens B : « Contaminare fabulas » (TÉRENCE,
Andrienne, 16) veut dire
fondre ensemble plusieurs comédies. A l’époque classique, il a pris nettement le
sens péjoratif, et le substantif contaminatio ne se dit plus qu’en parlant d’une
CONTAMINATION
tagieuse. Ce sens est seul classique en
français. — Cf. ci-dessus Contagion*.
B. (sens très récent). Contaminer et
contamination se disent de tout contact
par lequel des natures diverses se
mêlent en réagissant l’une sur l’autre.
« Au lieu de les contaminer où il le faut
(la détermination et l’indétermination),
Kant les a juxtaposées. » R. LE SENNE,
Obstacle et valeur, 112. « Des idées
considérées indépendamment de leur
contamination avec l’existence. » Jbid.,
89. « Une certaine contamination qui
s'établit en moi entre deux perspec-
tives différentes. » L. LAvELLE, L'expé-
rience psychologique du temps, Rev.
de Métaph., avril 1941, 87.
Rad. int. : A. Kontamin ; B. Junt.
CONTEMPLATION, D. XÆontempla-
tion ; E. Contemplation ; 1. Contempla-
zione.
A. À d’abord servi à traduire +
Gewpetv d’Aristote, opposé à rè rpétrev
souillure ou d’une in'pureté. De même
anglais.
Le sens primitif est redevenu usuel,
180
et à rè roeiv. Il s'applique alors à la
pensée en général, en tant qu’oPPosée
à l’activité-B : la vie contemplative
la vie active. ï
B. État de l'esprit qui s’absorbe dans
l’objet de sa pensée au point d'oublier
les autres choses et sa propre indi vi.
dualité.
Rad. int. : Kontempl.
CONTENU, D. Inhalt; E. Contens .
I. Contenuto. |
A. Psycn. Ce qui est dans autre
chose. Le contenu de la conscience, à
un moment donné, est l’ensemble des
faits de conscience qui la remplissent
où la constituent.
C. TH. DE LA CONNAISSANCE. On peut
distinguer dans la plupart des opéra-
tions de la pensée une forme, c’est-à.
dire un cadre général d'organisation ;
et un contenu (ou matière*), c'est-à-dire
certaines déterminations particulières
qui donnent à cette forme une appli-
Pour contamination, to contaminate en
d’abord en philologie (précisément en
parlant des fabulae contaminatae), puis est passé de là à l’usage philosophique.
Cependant contaminer garde toujours son sens péjoratif quand on dit qu’une chose
ou un étre en contamine un autre ; mais non quand on dit qu’un auteur contamine
deux thèses ou deux doctrines pour les réunir en une seule, ce qui change les
rapports des termes contenus dans ce qui est ainsi contaminé. (R. Le £enne.)
M. Jean GuiTron a récemment donné à ce mot un autre sens, mais également
péjoratif : « Il existe deux attitudes mentales qui déforment chez l’homme la
structure de l’être. L'une consiste à confondre là où il faudrait unir sans violenter
et sans mêler ; l’autre consiste à dissocier là où il faudrait se contenter de discerner.
Nous appelons la première tendance contamination et nous la rattachons à la vie ;
l’autre, qui est de dissociation, caractérise ce que nous appellerons désormais,
faute d’un meilleur mot, l'esprit. » L'existence temporelle (1949), p. 75. Tout le
chapitre IV est consacré à étudier le jeu de ces deux tendances dans la philosophie,
la politique et la religion.
Sur Contemplation. — Chez les mystiques du moyen âge, notamment Hucues
DE SaNT-VICTOR, la contemplatio est le troisième degré de l'exercice spirituel ; les
deux premiers sont la cogitatio et la meditatio. (R. Eucken.)
Sur Contenu. = Inhalt SR à Gegenstand, objet. Voir MEINONG, Über
Annahmen (Leipzig, 1902) et Über Gegenstände hôherer Ordnung, Zeitschr. für
Psych. und Phys. der Sinnesorganen, t. XXI. Ce sens est à mon avis le plus
important. (B. Russe.) Cf. Assomption*, remarque 2.
481
CONTINGENCE
É e—
% cation concrète. Ainsi, dans le juge-
#%.ment : Tous les hommes sont mortels,
>. Ja forme est le schéma de l’universelle
“ affirmative :
: contenu est formé par les idées d'homme
: et de mortalité.
Tous les À sont B; le
B. Locique. Le contenu d’un concept
est sa compréhension*. Ce sens est
surtout usuel pour le mot allemand
Inhalt.
Rad. int. : Konten.
CONTEXTE, D. Aontezxt ; E. Context ;
IL Contesto.
A. Primitivement, dans la langue
juridique, ensemble ininterrompu des
dispositions d’un acte : « Unité de
contexte. »
B. Enchaînement d'idées que pré-
sente un texte; et spécialement, en-
semble du texte qui entoure une phrase
citée, et d’où dépend la vraie significa-
tion de celle-ci. — Ce sens est le plus
usuel ; il est technique en méthodologie.
«Une expression change de sens suivant
le passage où elle se trouve : on doit
donc interpréter chaque mot et chaque
phrase non pas isolément, mais en
tenant compte du sens général du mor-
ceau (le conterte). C'est la règle du
contexte, règle fondamentale de l’inter-
prétation. » LanGLois et SEIGNoBos,
Introd. aux études historiques, p. 124.
C. Par métaphore, et très générale-
ment : ensemble des circonstances,
liées entre elles, dans lesquelles s’insère
un fait donné. Cette expression se ren-
contre déjà chez KANT (Ærit. der reinen
Vern., Antinomie, 6e section, A. 493;
B. 521). Elle est fréquente chez les
philosophes américains, notamment
chez W. James.
Rad. int. : Kuntext.
CONTIGUITÉ (Association par ou de)
D. Berührungsassoziation ; E. Asso-
ciation by contiguity ; I. Associazione
di contiguita.
Une des trois formes de l’association
des idées distinguées par ARISTOTE (&rd
Toù ovveyyuc, De memoria, II, 451020).
Elle consiste dans le fait que les états
de conscience se rappellent l’un l’autre
quand ils ont été simultanément pré-
sents ou immédiatement successifs ;
elle est divisée pour cette raison par
les Écossais et les Éclectiques en « con-
tiguité dans le temps » et « contiguité
dans l’espace ». Elle a été souvent
considérée comme le type unique d’où
dérivaient les autres formes d’associa-
tion : voir Rédintégration*.
Rad. int. : Kontigu.
CONTINGENCE, D. KÆontingenz, Zu-
fälligkeit ; E. Contingency ; I. Contin-
genza.
Le mot s’oppose dans tous les sens
à nécessité.
A. Sens général (évôeyouevov, ARIsS-
TOTE) : est contingent tout ce qui est
conçu comme pouvant être ou ne pas
être, à quelque égard et sous quelque
réserve que ce soit. « Res singulares
vOco contingentes quatenus dum ad
earum solam essentiam attendimus,
nihil invenimus quod earum existen-
tiam necessario ponat, vel quod ipsam
Sur Contingence. — Les expressions concrètes « une contingence », « les contin-
&ence », sont encore très individuelles et nullement consacrées, même dans le
langage contemporain. Elles nous semblent inutiles et d’un mauvais style.
(M. Bernès. — L. Couturat. — A. L.)
Les mots anglais contingent, contingency ont d’abord les mêmes sens qu’en
français, et surtout le sens B : contingence et contingency s’emploient couramment
Au sensconcret, pour désigner un fait contingent. — Les termes anglais s'appliquent
en outre à ce qui est conditionnel (à ce qui n’arrivera que sous une certaine condi-
tion). Ce sens serait même le meilleur à retenir, selon Bazpwin. Mais il n’est pas
Usité en français, où il ferait double emploi.
L'usage anglais du mot contingent pour conditionnel est à regretter. Il paraît
CONTINGENCE
_1 82
necessario secludat. » SPINOZA, Éthique,
IV, Défin. 3.
B. Sens absolu. Un événement futur,
ou, par abréviation, un futur est contin-
gent si, toutes choses étant ce qu’elles
sont, ce futur peut se produire ou ne
pas se produire ; autrement dit, si sa
réalisation ou sa non-réalisation sont
également « compossibles » à cet état
présent des choses. Voir futur*.
C. Sens relatif. Un fait est contingent
par rapport à une certaine loi générale,
ou à un certain type, lorsqu'il consiste
non dans l’application de cette loi, ou
de ce type, mais dans quelque circons-
tance particulière à tel ou tel objet
individuel auquel ils s'appliquent. Plus
généralement, est contingente toute
coïncidence qui n’est ni constante, ni
même générale. Cf. Hasard*. — Ce
sens vient de ce qu’en pareil cas on se
représente que cette coincidence aurait
pu ne pas avoir lieu, ou que le fait
aurait pu différer en quelque chose, la
loi ou l’idée principale restant la même ;
mais il n'exclut pas l’idée d’un déter-
minisme régissant « les contingences ».
D. Locique. Une proposition est
dite contingente si la vérité ou la faus-
seté du rapport qu’elle énonce est
_
connue par l'expérience seule, et non
par la raison. (Car, à l’égard des seules
données de la raison, ce rapport est
conçu comme pouvant être vrai ou
faux.) Cf. Modalité*,
CRITIQUE
Le mot contingence, et les mots né.
cessité Où impossibilité en tant qu'ils
s'opposent à contingence, n’ont donc
un sens précis que par rapport à cer-
taines données : l’objet considéré (fait
ou proposition) est dit nécessaire s’il est
le seul qui soit conciliable avec ces
données, s’il est par conséquent la
seule solution possible du problème
qu’elles énoncent ; et dans le cas con-
traire, il est dit contingent. Un objet de
pensée isolé n’est donc en soi ni contin-
gent ni nécessaire ; il ne devient l’un
eu l’autre que dans son rapport avec
d’autres objets de pensée, parmi les-
quels peut se trouver la nature de la
pensée, en tant qu’exprimée par une
ou plusieurs lois. Mais si ces lois elles-
mêmes peuvent être dites nécessaires,
c'est en un sens différent, et syno-
nyme d’invariable ou d’universellement
donné.
Rad. int. : Kontingent.
dériver d’une confusion. « À contingent remainder », en langue juridique, est le
droit d’hériter d’un bien dans le cas d’un événement qui peut ne pas avoir lieu
(qui, par conséquent, est contingent, au sens propre du mot) — par exemple dans
le cas de la mort du propriétaire sans postérité. Une telle succession est à la fois
contingente (c’est-à-dire incertaine) et conditionnelle (c’est-à-dire dépendante de
tel événement particulier) ; et de là les deux sens ont été confondus. (C. Webb.)
On nous a signalé, dans l’article ci-dessus, l'absence du sens donné par Émile
Bourroux à ce mot dans son célèbre petit ouvrage De la contingence des lois de
la nature (1874). Ce sens nous paraît double ; il vise à la fois : 1° la thèse d’après
laquelle les lois ne sont pas nécessaires et pourraient être autres qu’elles ne sont
sans qu’il y eût en cela rien de contraire à la nature de la pensée humaine ; 2° la
thèse que ces lois ne sont pas rigoureusement déterminantes, et le sont de moins en
moins, à mesure qu’on va de l’ordre purement physique à l’ordre biologique et à
l’ordre humain, en sorte que leur application laisse place de plus en plus à la fina-
lité, et à la liberté, qui en est la condition. Ce double sens s’explique par le refus
d'admettre la notion de loi naturelle courante à cette époque, et qui la considérait
à la fois comme nécessaire et nécessitante, comme exprimant un ordre de la =ature
qui ne pouvait être autre qu'il n’est, tant dans ses formes générales que dans chaque
fait singulier. Ainsi que Ravaisson, il assimile les régularités observables à des
habitudes contractées par les êtres. (A. L.)
485
Ge
È
Ai
CONTRADICTION
Contingent, voir ci-dessus Contin-
ë gence*.
Contingentia (Preuve de l’existence
de Dieu a ou e contingentia mundi).
Elle repose sur l’idée que le monde
empiriquement donné n’étant pas né-
cessaire, il doit avoir une raison d’être
extérieure à lui. — Cf. Cosmologique*.
CONTINU, -ITÉ, L. Continuurmn, -itas ;
D. Stetig, -keit ; E. Continuous, -ity ;
J. Continuo, -ita.
.. À. Sens vulgaire :
rompu, sans lacunes.
B. Philosophiquement, est continue
toute grandeur qui n’est pas actuelle-
meni* composée d'éléments distincts,
c’est-à-dire qui n’est pas présentée à
l'esprit par l'intermédiaire de ses élé-
ments, mais qui peut en recevoir par
une opération de l'esprit.
C. Par suite, au point de vue de l’ana-
«lyse mathématique, un ensemble ordonné
à une dimension E est dit continu
Jorsque : 1° il est parfait (c'est-à-dire
identique à son dérivé) ; 29 il contient
une suite dénombrable $ telle qu’il y
ait toujours un élément de S entre deux
élémentsdeE.(G.GanTor,Math.Anna-
len, t. XLVI). D'où, en particulier :
19 Une grandeur extensive est conti-
aue quand elle appartient à un en-
semble de grandeurs, continu au sens C,
et comprenant toutes les grandeurs
plus petites de la même espèce. Toute
grandeur extensive continue est divi-
sible à l'infini, mais la réciproque n’est
pas vraie.
2° Une étendue est continue quand
elle constitue un ensemble de points
Continu au sens C.
83° Une durée est continue quand
‘lle constitue un ensemble d’instants
continu au sens C.
incessant, ininter-
D. Une fonction* f(x) est continue
(pour la valeur a de la variable x)
quand à chaque nombre positif € cor-
respond un nombre positif n tel que,
si x diffère de a de moins de 7, on ait :
| f(æ) —f{a) | <e
en d’autres termes, quand f(x) a pour
limite f(a) lorsque la variable x tend
vers la valeur a (s’en rapproche indé-
finiment).
Voir l'analyse des notions de continu
mathématique et de continu physique
dans Poincaré, La Science et l'hypo-
thèse, ch. II.
Rad. int. : Kontinu.
Continuée (Création). Voir CRrÉA-
TIoN* et ConNcours*.
CONTRADICTION, G. &vripaoic ; L.
Contradictio ; D. Widerspruch, Kontra-
diction ; E. Contradiction ; I. Contrad-
dizione.
A. Relation qui existe entre l’affir-
mation et la négation d’un même élé-
ment de connaissance ; en particulier :
1° Entre deux termes, dont l’un est
la négation de l’autre, comme A et
non-À ;
29 Entre deux propositions, comme :
« A est vrai » et « À n’est pas vrai »
{ou « A est faux »}. Plus spécialement,
espèce d'opposition qui existe entre
l’universelle affirmative et la particu-
lière négative, et entre l’universelle
négative et la particulière affirmative
(ayant les mêmes termes).
B. Caractère d’un terme ou d’une
proposition qui réunit des éléments
incompatibles (contraires ou contradic-
toires).
C. État de l’esprit qui affirme une
contradiction, au sens B.
Sur Contingent. — « {Absolute] necessaria propositio est quae resolvi potest
in identicas, seu cujus oppositum contradictionem involvit.. Quod tali necessitate
Caret voco contingens ; quod vero implicat contradictionem, seu cujus oppositum
est necessarium, id impossibile appellatur. » LEIBNIZ, inédits publiés par Couturat,
p.17.
CONTRADICTION
D. Acte de contredire. « L'esprit de
contradiction. »
Voir Principe* de contradiction.
Rad. int. : Kontradik.
Contradictio in adjecto. Contradic-
tion qui a lieu entre un terme et ce
qu’on lui ajoute (entre un substantif
et son adjectif, par exemple).
Contradictio in terminis. Contradic-
tion qui se manifeste par la forme
même des termes entre lesquels elle
existe ou qui la renferment.
CONTRADICTOIRE, G. ävruparixôc ;
L. Contradictorius; D. Widersprechend,
kontradiktorisch; E. Contradictory; I.
Contradditorio.
A. Caractère (relatif) de deux élé-
ments entre lesquels il existe une con-
tradiction-A.
B. Caractère (absolu) d’un élément
qui présente une contradiction-B.
C. (Jugement ou examen) contradic-
toire : celui dans lequel chacune des
deux thèses opposées a fait valoir ses
raisons.
CONTRAINTE, D. Zwang ; E. Cons-
traint ; 1. Coercizione.
A. En général, tout ce qui entrave
la liberté d’action d’un être, soit du
dehors, soit même du dedans.
B. Spécialement, la contrainte-A que
184
nn
ce cas, soit organisée (lois, règle.
ments, etc.) ; soit diffuse (mœurs, cou.
tumes, situation matérielle et mora]
opinion, etc.).
Rad. int. : Koakt.
e,
CONTRAIRE, G. évavrioc ; L. Con.
trarius ; D. Konträr; E. Contrary; I.
Contrario. Terme relatif indiquant une
espèce d’opposition* ; se dit :
A. De deux concepts qui font partie
d’un même genre, et qui diffèrent Je
plus entre eux (ARISTOTE, Catégories,
vi ; 618) ; ou qui, présentant un carac.
tère spécifique susceptible de degrés,
en possèdent respectivement le maxi-
mum ou le minimum; ou qui corres-
pondent à deux mouvements en sens
opposés; enfin de deux concepts qua-
litativement différents, dont l'opposi-
tion est intuitivement sentie comme
telle (chaud, froid ; sucré, saïié ; etc.).
B. De deux propositions qui ne peu-
vent être vraies toutes les deux, mais
qui peuvent être fausses l’une et
l'autre ; en particulier, de deux propo-
sitions universelles* qui ont les mêmes
termes, et dont l’une est affirmative et
l’autre négative. Ex. :
Tout S est P ; nul S n'est P.
Voir Contradictoire*.
C. De deux changements dont cha-
cun a pour point d’arrivée, ou de direc-
tion, ce qui pour l’autre est point de
h:4e cas :
2: de :
(@: 2e cas
L contraposition, L. Contrapositio ; D.
kntraposition ; E. Contraposition ; 1.
pntraposizione.
spèce de déduction* immédiate,
; consiste à permuter les termes
une proposition ou d’une inférence,
les niant, suivant la formule :
a2b.3.b 2
De « Tout A est B », on
duit : « Tout non-B est non-A. »
De « Si A est vrai, B est
drai », on déduit : « Si B est faux, A
st faux. »
3 * Rad. int. : Kontrapoz.
CONTRASTE, D. Æontrast ; E. Con-
gast ; I. Contrasto.
#. État de deux objets de pensée simul-
‘@anés ou successifs qui s'opposent et
iqui prennent plus de relief dans la
Ronscience par cette opposition. Ex. :
“Æontraste simultané ou successif des
æouleurs complémentaires.
K L’association* par contraste est un
‘des trois cas fondamentaux d’associa-
tion des idées distingués par ARISTOTE. |
| t. III, 5e partie.
«Cf. Contiguité*.
&._ Rad. int. : Kontrast.
CONTRAT
CONTRAT, D. Vertrag, Kontrakt ;
E. Contract ; I. Contratto.
À. « Le contrat est une convention
par laquelle une ou plusieurs personnes
s'engagent envers une ou plusieurs
autres à donner, à faire, ou à ne pas
faire quelque chose. » Code civil, ti-
tre III, 1101.
B. On appelle plus spécialement Con-
trat en philosophie celui qui est bila-
téral, ou multilatéral, c’est-à-dire qui
contient des engagements réciproques.
Le Contrat social ou Pacte social (se-
lon J.-J. Rousseau) est l’ensemble des
conventions fondamentales qui, « bien
qu’elles n’aient peut-être jamais été
formellement énoncées », sont cepen-
dant impliquées par la vie en société,
et dont la formule est la suivante :
« Chacun de nous met en commun sa
personne et toute sa puissance sous la
suprême direction de la volonté géné-
rale ; et nous recevons en corps chaque
membre comme partie indivisible du
tout. » Contrat social, I, 6.
Le contrat, type idéal de toutes les
relations sociales. SPENCER : Sociologie,
Le contraire du contrat est le status
F
a
de deux propositions entre lesquelles il n’y a pas de milieu. (Métaphysique,
subit tout individu par le fait de vivre
départ ou origine (réelle ou virtuelle).
en société. Cette contrainte est, dans
Rad. int. : Kontrari.
Sur Contraire et Contradictoire. — Article complété d’après des indications de
M. Bréhier et M. R. Daude.
Il serait préférable de définir la contradiction comme le rapport de deux asser-
tions telles que l’une étant posée comme fausse, l’autre soit nécessairement
conçue comme vraie. On pourrait éviter ainsi tous les paralogismes qui naissent
de ce qu’on prend les unes pour les autres les idées de contraire, subcontraire
et contradictoire. Ce dernier mot paraît devoir être réservé à la logique formelle.
Dans contraire, inversement, on devrait distinguer deux sens : le sens formel
(deux universelles opposées), et le sens matériel (les extrêmes d’un même genre).
(M. Blondel.)
La distinction du contraire et du contradictoire a été faite par Aristote d’une
manière très nette et décisive. (R. Eucken.) — Pour lui, l’évtipaoux (contra-
dictio), prise en général, est l’opposition entre l'affirmation et la négation d'une
même lexis (Ilepi ‘Epunvelas, 17233) ou, ce qui revient au même, l'opposition
1057234.) Quand il considère la proposition en tant qu'analysée, il la définit
Popposition entre l’universelle et la particulière de mêmes termes, et de qualité
différente, ou entre deux singulières dont l’une affirme et l’autre nie du sujet le
même prédicat. (Ilept ‘Epunvelag, 17016 et suiv.)
L'expression la plus philosophique de la contradiction paraît être celle qui se
tire immédiatement des idées logiques fondamentales, le vrai et le faux : sont
contradictoires deux propositions qui ne peuvent être ni vraies ni fausses en
même temps ; contraires, deux propositions qui ne peuvent être vraies toutes les
deux, mais telles que l’une et l’autre peuvent être fausses. (A. L.)
Sur Contrat. — Contrat, au sens À, n'est-il pas seulement un synonyme fort de
promesse ? S’engager signifie littéralement se donner en gage ou donner quelque
‘those de soi en gage, et alors la promesse devient bilatérale. (V. Egger.) — Il y a
‘dans le mot engagement l’idée d’une garantie que la promesse n'implique pas.
Cette garantie est d’ailleurs chose indépendante de l'acceptation ou de la réci-
.procité, qui confèrent au contrat le caractère bilatéral. (A. L.)
= — RENouvier s’est beaucoup servi du mot contrat en un sens voisin de celui
Que Poincaré a donné plus tard à convention*. Voir p. ex. Psychologie rationnelle,
3° éd., I, 193-203.
dé.
CONTRAT
> 1
ou statut social, c’est-à-dire les rapports
légaux qui s’établissent entre les hom-
mes par le seul fait qu’ils appartiennent
à telle classe sociale, ou qu’ils se trou-
vent dans telle situation (homme ou
femme, majeur ou mineur, père ou
fils, etc.), à laquelle leur volonté ne
peut rien changer.
Rad. int. : Kontrakt.
CONTRE-HABITUDE a été employé
par V. EGGcer dans son enseignement
pour désigner le fait que certaines im-
pressions, au lieu de s’atténuer en se ré-
pétant, deviennent au contraire de plus
en plus douloureuses ouirritantes. Voir
ses observations sur le mot Habitude*.
CONTRÔLER, sans équivalents étran-
gers; approximativement D. Prüfen,
Untersuchen ; E. To check, to control
(dans un des sens de ce mot) ; I. Veri-
ficare, criticare.
Proprement collationner, vérifier.
Le contrôle (contre-rôle) est primitive-
ment un second registre, tenu à part
pour la vérification du premier. — D'où,
par extension, s'assurer qu’une asser-
tion est exacte, ou qu’un travail a été
exécuté comme il devait l’être.
CRITIQUE
Ce sens est le seul correct en français,
où il reste très vivant. Mais souvent la
difficulté de rendre l’anglais to controli,
ou même l'ignorance du sens exact de
cette expression, ont conduit des tra-
ducteurs français à se servir de contrôler
et même de contrôle, dans des phrases qui
ne comportaient pasl’emploide ce mot.
Cette méprise s’est généralisée dans
la langue des affaires, de l’administra-
tion, du journalisme («le contrôle d’une
entreprise industrielle », « le contrôle
des changes », etc.), en sorte que,
lorsque ce mot est employé dans un
contexte philosophique, il y a lieu
1. Qui veut dire non seulement contrôler, mais
commander à. diriger, avoir la haute main sur une
affaire ; contenir, réprimer, maîtriser. Cf. les expres-
sions self-control, maîtrise de soi ; birth-control, limi-
tation volontaire des naissances, etc.
186
—_—
d'examiner s’il est pris au sens français
au sens anglais, ou si l’auteur a profité
(volontairement ou non) de l’'ambiguitg
du mot pour ne pas préciser Sa pensée
Rad. int. : Kontrol. °
CONTROUVÉ, D. Erdichtet; E, por.
ged ; L Controvato.
Inventé de toutes pièces, forgé (en
parlant d’une histoire fausse, d'un
texte apocryphe, etc.). — Le verbe
« controuver » est à peu près inusité
du moins aux modes personnels, et
même assez rare à l’infinitif ; il figure
cependant dans Littré qui le définit :
« Inventer une chose fausse. »
REMARQUE
Le sens primitif du mot est : inventer
quelque chose en en combinant entre
eux les éléments. Il se disait en parlant
d'objets matériels : « … surtout quand
ces instruments sont simples et ingé-
nieusement controuvés ». LEIBNIZ, Dis-.
cours de Métaphysique, xx11; mais il
l’emploie aussi en parlant d'idées :
« Afin de vous faire juger que ce ne
sont pas des faux-fuyants controuvés
pour éluder vos objections. » Lettre à
Arnauld, Gerh., 11, 56.
On commet souvent sur ce mot un
contresens causé par des associations
verbales : ce qui a été trouvé faux, ce
dont le contraire a été prouvé.
CONTUITION, (S).
CONVENANCE, D. A. Übereinstim-
mung; B. Angemessenheit, Konvenienz;
— E. A. Agreement (Locke); B. Pro-
priety ; — I. À. Convenenza ; B. Con-
venienza.
A. Accord, harmonie, adaptation
entre deux ou plusieurs termes.
« Raisonnement par convenance com-
pleze » : Ed. GoBLoT appelle ainsi
(Logique, ch. xvi) celui par lequel on
prouve qu’un effet n’est pas seulement
un résultat, mais une fin : par exemple,
largument classique sur les lettres
jetées du hasard, qui n’auraient pu
former le texte de l’Jliade.
ne
‘a Convenance et convenir ont été em-
ployés d’une manière très vague, no-
CONVENTION
B. Caractère de ce qui est convenable,
est-à-dire de ce qui convient en vertu
“une règle ou d’un idéal. « Nécessité
convenance » (opposée à la nécessité
physique ou logique).
CRITIQUE
famment en ce qui concerne la défini-
don du jugement (Logique de PorT-
RoyaL, III, ch. 1; Locke, Essai, IV,
&h. v). — LeiBniz a critiqué cette
expression : « La convenance ou la
disconvenance n’est pas proprement ce
qu’on exprime par la proposition. Deux
œufs ont de la convenance et deux
ennemis ont de la disconvenance. Il
s'agit ici d’une manière de convenir et
de disconvenir toute particulière. »
Nouv. Essais, IV, v.
.: Rad. int. : Konven.
#. CONVENTION, D. Vortrag, Überein-
kommen, -kunft, Konvention ; E. Con-
vention ; I. Convenzione.
: Terme employé par Henri POoINCARÉ
et à sa suite par un grand nombre de
philosophes contemporains pour dési-
gner les principes des sciences qui ne
‘sont ni des évidences, ni des générali-
#ations expérimentales, ni des hypo-
thèses posées par conjecture en vue
d’en faire la vérification. « Les axiomes
géométriques ne sont donc ni des juge-
ments synthétiques a priori, ni des
faits expérimentaux. Ce sont des con-
ventions ; notre choix parmi toutes les
conventions possibles, est guidé par
des faits expérimentaux ; mais il reste
libre et n’est limité que par la nécessité
d'éviter toute contradiction. » La
science et l'hypothèse, 2° partie, ch. 111.
Il exprime encore cette idée en disant
que la géométrie euclidienne n’est pas
la plus vraie, mais la plus commode
(Ibid., ch. 1v, ad. finem. Cf. ch. v, ad.
fin. ; ch. vi-vn, passim, etc.). Mais il
insiste aussi sur ce fait que les conven-
tions dont il s’agit ne sont pas « arbi-
traires », et qu’elles ont « une origine
expérimentale » (Jbid., 134). — Voir
Hypothèse*.
CRITIQUE
Les mots convention, conventionnel,
pris en ce sens, ont de graves inconvé-
nients : 19 ils désignent déjà dans la
langue courante, et dans celle de la
science, une décision réfléchie prise en
commun, comme a été, par exemple,
la « Convention du mètre » (1875) ; or,
un seul individu peut très bien prendre,
et prend effectivement dans bien des
cas, pour son usage personnel, des déci-
sions logiques de ce genre; si bien
:__ Sur Convenance. — La définition du jugement, citée comme exemple, est en
effet un très mauvais emploi du mot; mais le sens propre et général d'accord,
d'adaptation réciproque de plusieurs choses, me paraît très net et très français.
-(J. Lachelier.)
Sur Convention. — David Hume fait allusion à des moralistes antérieurs à
lui qui ont dit « that justice arises from Human ConvenTIoNs (sic, en petites
Capitales) and proceeds from the voluntary choice, consent, or combination of
Mankind!. » Et il répond : « If by convention be here meant a promise (which is the
most usual sense of the word) nothing can be more absurd than the position...
Ut if by convention be meant a sense of common interest, which sense each man
ne. ns ne a, =)
1. Quela justice résulte de CONVENTIONS HUMAINES, et procède du choix volontaire, du consentement, ou d’un
Sontrat de l'humanité. » — Le texte visé est peut-être HomBes, De Homine, ch. xv : « Atque in hac lege (praestanda
"ne pacta) consistit natura justitiæ, Ubi enim non praecessit pactum, ibi jus nullum, sed omnis omnium suut : nihil
rg0 estinjustum. » Le texte anglais dit : « … that men perform their counants made » (quo les hommes exéoutent les
6onventions qu'ils ont faites).
CONVENTION
qu’on a été amené, pour conserver le
mot, à parler assez bizarrement, de
« conventions avec soi-même »; —
2° même lorsqu'il s'agit de plusieurs
individus, il arrive souvent qu'il n’y
ait eu aucune entente volontaire entre
eux, mais que les décisions concor-
dantes se sont trouvées prises par les
uns et les autres parce que, sans être
nécessaires, elles étaient raisonnables
et naturelles; — 30 enfin ces mots
impliquent l'idée, souvent péjorative,
d’une règle accidentelle, arbitraire, qui
n’a point de fondement dans la nature
des choses : ce qu’on nomme « conven-
tionnel », c’est d'ordinaire ce qui n’en
impose qu’aux esprits sans personna-
lité, sans critique, et au fond, ne mérite
pas d’être respecté. — Or, il est bien
évident que d’après les explications et
les exemples de Porxcaré lui-même,
ce n’est pas là ce qu'il veut suggérer ;
et il a protesté, en diverses circons-
tances, notamment dans La valeur de
la science (3€ partie : « La valeur objec-
tive de la science ») contre les philo-
sophes dont les expressions lui parais-
sent en exagérer le caractère artificiel.
I n’y a aucune raison de déprécier la
part de choix libre, mais non purement
arbitraire, qui entre dans la constitu-
ie. _._ 188
Tu
science parce qu’elle contient néCessa;
rement une intervention active LÉ
l'esprit. Voir en particulier E. D.
PRÉEL, Convention et raison, Revye de
Métaphysique, juillet 1995. ‘
Il serait donc bien préférable de ne
pas retenir pour exprimer cette idée le
mot convention, et de parler plutôt de
décision volontaire ou de choix déci.
soire*.
CONVENTIONNALISME, D. Æonven.
tionalismus ; E. Conventionalism : ]
Convenzionalismo. ‘
Doctrine qui considère tous les prin-
cipes* comme des conventions*.
CONVERGENCE, D. Konvergenz, Zu-
sammenlaufen, -strahlen, etc. ; E. Con-
vergency ; |. Convergenza.
Caractère de deux ou plusieurs tra-
jectoires se réunissant en un point :
p. ex., en optique, convergence de
rayons. — D'où, au figuré, le fait
d'aboutir au même résultat : « La
convergence des résultats expérimen-
taux obtenus par des méthodes diffé.
rentes. »
En mathématiques :
— Une série convergente est celle
dont la somme tend vers une limite
tion de la science, ni de déprécier la | finie quand le nombre de ses termes
feels in his own breast, which he observes in his fellows, and which carries him,
in concurrence with others, into a general plan or system of actions which tend
to public utility, it must be owned that, in this sense, justice arises from human
corfventions. Thus two men pull the oars of a boat, by common convention, for
common interest, without any promise or contract. thus speech and words and
language are fixed by human convention and agreementi. » An enquiry concerning
the principles of morals, Appendix II, dans Essays and Treatises on several Subjects,
p. 474.
Sur Convergence. — On peut dire mieux encore : « Une série est convergente
quand il existe un nombre N tel que la somme des n premiers termes de la série
quel que soit n, soit plus petit que x.» (B. Russell.)
1. « Si par convention o a entoud ici une promesse (ce qui est 1e sens le plus usuel du mot), ri de que
cette thèse. Mais si par convention l'on entend un Sentiment de te edtitqunt ph Mine So roues
son oœur, qu'il co nstate chez ses semblables, et quille fait entrer, concurrementavecd'autres, dans an plan &énéral ou
_ système d actions tendant à l'utilité publique, il faut accorder qu'en ce sens, la Justice résulte do conventions
umaines… C'est ainsi que deux hommes rament ensemble sur un bateau, par uue convention commune, dans U°
intérêt commun, sans nulle promesse ni contrat... C'est ainsi bé une
convention et nn accord bons .. si que la parole. les mots, la langue sont fixés par
CES
Enun sens biologique ou sociologique :
* __ Un ensemble de transformations
‘it dit convergent lorsqu'il a pour effet
%e produire une ressemblance crois-
Ante des éléments qui se transforment.
Convergence, en ce sens, s'oppose à dif-
renciation*. Voir Assimilation-A.
* — Plusieurs séries de transforma-
ions indépendantes et parallèles sont
dites convergentes quand elles tendent
yers le même résultat.
. Rad. int. : Konverg.
:. CONVERSE, adj. ou subst. — D.
«bmgekehrt ; der Umgekehrte (Satz) ;
Æ. Converse ; I. Conversa.
;. À, En parlant des propositions, celle
qui est inférée d’une autre par conver-
gon*.
= B. Plus généralement, en parlant des
relations*, la converse (À ou R°) d’une
relation R est la relation telle que si
aRb est vrai, bR° a le soit aussi. Elle
peut être ou n’être pas identique à R :
elle l’est pour a = b ; elle ne l’est pas
pour a > b.— Voir Réciproque*.
Le « domaine converse » d’une re-
lation est le codomaine* de celle-ci.
Voir champ*.
Rad. int. : Konvertat.
1.« CONVERSION* » Ertorpopn, D.
Bekehrung ; E. Conversion ; I. Conver-
sione.
Dans la doctrine néo-platonicienne,
mouvement inverse de celui de la pro-
Cession (rpéoSoc, xtOo8oçc). La « proces-
sion » est l’'émanation par laquelle l’'Un
ou le Bien produit l’Intelligence, puis
l’Ame, puis le Monde et les êtres indi- |
CONV ERSION
viduels ; la « conversion » est le retour-
nement de ceux-ci vers leur principe
originel.
2. CONVERSION, D. Bekehrung ; E.
Conversion ; I. Conversione.
Changement radical dans la conduite
et la disposition morale du caractère.
Se dit surtout, mais non pas exclusi-
vement, de l’adhésion donnée à une
religion.
Rad. int. : Konvert.
3. CONVERSION, G. ävr:0-50@n ; L.
Conversio ; D. Umkehrung ; E. Conver-
sion ; I. Conversione.
Espèce de déduction* immédiate qui
consiste à inférer d’une proposition une
autre proposition où les termes de la
première soient permutés. On admet
deux sortes de conversions :
A. La Conversion simple, qui s’appli-
que à l’universelle négative et à la par-
ticulière affirmative :
Nul S n’est P ; nul P n’ests.
Quelque S est P ; quelque P est S.
B. La Conversion partielle ou par
accident, qui déduit de l’universelle af-
firmative une particulière affirmative :
Tout S est P ; quelque P est S.
Cette conversion est dite « par acci-
dent », parce que S n’est pas compris
dans l'essence de P. — Cf. Accident*.
Cf. CONTRAPOSITION.
Rad. int. : Konvert.
REMARQUE
La conversion par accident n’est pas
légitime si l’on accorde aux proposi-
tions particulières une valeur existen-
tielle* que n'ont pas les universelles
(SP' = 0).
Sur Conversion, 1. — M. Bréhier fait remarquer que, chez PLOTIN, la conversion
n’est que l’acte, pour une hypostase, de se retourner vers l’hypostase d’où elle
vient pour en recevoir l'illumination ; ce n’est pas un retour effectif (&voBoc) ;
2° que cette métaphore est probablement dérivée de l’allégorie platonicienne de
a caverne.
CONVICTION
190
—
CONVICTION, D. Überzeugung, Ü ber-
führung au sens A; Überredung au
sens B; — E. Conviction ; I. Convin-
zione.
A. En principe, terme juridique :
nécessité où l’on met quelqu'un par des
preuves ou des témoignages (Zeugen)
de reconnaître quelque chose pour vrai.
B. En général, certitude ferme et
suffisante pour l’action, mais non tout
à fait rigoureuse (soit qu’elle repose
seulement sur une très grande proba-
bilité ; soit qu’elle repose sur un mé-
lange de raisons et de sentiments forts.
Cette dernière nuance est surtout celle
du pluriel : des convictions). — On dit
souvent, en ce sens, conviction intime.
C. Sens fort (rare) : Certitude logi-
que. C’est le sens donné par KANT au
mot Überzeugung au début du cha-
pitre : « Meinen, Wissen, Glauben » :
« Wenn es für jedermann gültig ist,
sofern er nur Vernunft hat, so ist der
Grund desselben objectiv hinreichend,
und das Fürwahrhalten heiszt alsdann
Überzeugung!. » Reine Vern., Metho-
dologie, Kehrb., 620 ; mais il emploie
un peu plus loin le même mot au
sens B (/bid., 622) et appelle la convic-
üion-C Gewissheit).
D. Sens faible : Opinion probable.
CRITIQUE
11 faut distinguer dans ce mot deux
significations : l’une marquant un chan-
gement, l’autre un résultat. La pre-
mière est plus classique : c'est le fait
de convaincre ou de se convaincre. La
seconde est plus moderne : c’est le
1. « Quand l'adhésion est valable pour tout être, à
condition seulemeat qu'il ait une raison, le fondement
de cette adhésion est objectivement suffisant, et elle 8e
nomme conviction. »
jugement même dont on est convaincy
La première accentue surtout le ca.
ractère intellectuel et logique ; la se.
conde laisse place à l'intervention 4
la croyance* ffid).
En tenant compte de l'opposition
usuelle entre convaincre (par des raisons
et en général au profit de la vérité), et
persuader (par l’imagination ou l’émo.
tion, et quelquefois au profit de l’er.
reur), nous proposons de désigner par
conviction l’adhésion de l'esprit suffi.
sante pour déterminer et décider l’ac-
tion, mais différant : 1° de la certitude*
en ce qu’elle admet une part de proba-
bilité, et par conséquent une possi-
bilité d’erreur, pratiquement négligea-
ble, mais non théoriquement nulle;
20 de la croyance* f/id), en ce que
celui qui est convaincu l’est par des
raisons intellectuelles et non par des
motifs pratiques et personnels.
Conviction équivaudrait ainsi à ce
que Leibniz appelle certitudo moralis.
Voir CERTITUDE*.
Rad. int. : B. Konvinkes.
COORDINATION, D. Beiordnung,
Nebenordnung, Koordination ; E. Co-
ordination ; I. Coordinazione.
Relation de deux ou plusieurs con-
cepts qui se trouvent sur le même rang
dans une classification ; tels sont en
particulier, dans une classification par
ordre de généralité, deux espèces d’un
même genre.
Deux concepts qui sont dans ce
rapport sont dits coordonnés. Cf. Subor-
dination*.
COPROLALIE, D. Æoprolalie,; E.
Coprolalia ; I. Coprolalia.
Usage momentané de termes ordu-
Sur Conviction. — Le sens B est usité, mais impropre ; le sens D est encore
moins correct ; le véritable sens est le sens C qui enveloppe le sens À : conviction
s'oppose à persuasion, comme la raison au sentiment. Le fait d’y impliquer unê
possibilité d’erreur ou un degré de probabilité inférieur à celui de la certitude
est consacré par l'usage : mais c’est un élargissement un peu abusif du sens propre
(J. Lachelier.)
La croyance n’est pas sans raisons, et il serait faux de dire qu’elle se fonde sur
CORPS
rs chez des personnes qui parlent
“grdinairement d’une façon décente ; se
“eroduisant sous l’influence de certaines
maladies nerveuses.
#
CRITIQUE
;: Le terme est trop étroit. Certains
sévropathes usent dans leurs crises ou
dans leurs périodes d’état morbide d’un
jngage spécial : quelquefois ordurier,
elquefois injurieux, particulièrement
à l'égard des choses ou des gens habi-
tuellement considérés comme respec-
tsbles, quelquefois seulement péjoratif
mploi de mots et de terminaisons
éépréciatives). Il serait utile de réunir
toutes ces manifestations dans un
terme commun qui pourrait être Caco-
lolie.
, Rad. int. : Koprolali, kakolali.
:: COPULATIF, D. Kopulauv; E. Co-
pulative ; L Copulativo.
‘: Jugement catégorique qui a plu-
seurs sujets et un seul prédicat, de
sorte qu’il affirme ou nie ce prédicat
de chacun de ses sujets.
COPULE, L. Copula; D. Kopula;
Ë. Copula ; 1. Copula.
A. Sens spécial : Le verbe étre*,
dans un jugement de prédication*, en
tant qu’il exprime la relation particu-
Bère que ce jugement affirme entre le
prédicat et le sujet.
B. Sens général (DE Morcan) : Le
verbe, dans un jugement quelconque,
en tant qu’il exprime la relation que ce
jugement affirmeentre ses divers ter-
mes. Exemple : « Pierre a acheté à
Paul un couteau pour un franc. » Les
4 termes sont : Pierre, Paul, un cou-
teau, un franc ; la copule est : a acheté.
C’est dans la copule que réside l’asser-
tion* qui constitue proprement le ju-
gement.
CRITIQUE
Le sens B est nouveau, mais il se
justifie comme une généralisation in-
dispensable du sens classique A.
Rad. int. : Kopul.
COROLLAIRE, L. Corollarium ; D.
Korollar ; E. Corollary; 1. Corollario.
Proposition qui dérive immédiate-
ment d’une autre en vertu des seules
lois de la Logique (en d’autres termes,
conséquence formelle). S'oppose à THÉo-
RÈME*.
S'applique également aux proposi-
tions de moindre importance ou de
moindre extension qu’on déduit d’une
proposition principale.
Rad. int. : Korolari.
Corporalisme, voir
Obs.
CORPS, D. Xürper ; E. Body; I.
Corpo.
A. Tout objet matériel constitué par
notre perception, c’est-à-dire tout grou-
pe de qualités que nous nous représen-
tons comme stable, indépendant de
nous et situé dans l’espace. L’étendue
à trois dimensions et la masse en sont
les propriétés fondamentales.
B. Spécialement, le corps humain,
par opposition à l'esprit.
Matérialisme*,
des sentiments comme la persuasion. Le mot conviction semble indiquer l'aspect
üuellectuel d'une croyance forte, c’est-à-dire le côté lumineux d’une adhésion
ferme sans doute, mais dont la justification n’est pas tout entière rationnelle, Par
même, conviction désigne une synthèse de raisons théoriques et impersonnelles
suffisantes avec des raisons pratiques et personnelles décisives. (M. Blondel.)
Sur Corps. — Il faut distinguer, avec le langage et la pensée spontanée, les
Phénomènes perçus des corps proprement dits. Le corps est conçu, à cet égard,
fomme un groupe naturel de phénomènes solidaires (M. Blondel) ; — comme un
semble lié, ou du moins stable, un complexus d'objets fournis par la perception.
4M. Bernès.)
CORPS
192
Corps de nombres, voir plus loin, en
note à l’article Nombre réel*.
Rad. int. : Korp.
CORPUSCULE, D. Korpuskel ; Cor-
pusculum, Kôürperlein [Worr];E. Cor-
puscle ; I. Corpusculo.
Terme vague petits corps*, au
sens À. S'est dit surtout aux xviie et
xviie siècles des molécules* et des
atomes (voir ATOMISME*, ATOMIQUE*);
s'applique aujourd’hui à de petits élé-
ments corporels, mais d’ordre supé-
rieur, voire même visibles (par exemple
en anatomie les corpuscules du tact).
On appelle philosophie corpusculaire
(vieilli) D. Corpuskularphilosophie,
Corpuskulartheorie ; E. Corpuscular phi-
losophy) la théorie qui consiste en
physique à expliquer les phénomènes
d'ensemble par certains groupements
ou certaines positions de particules
invisibles par leur petitesse. (BAcoN,
DESCARTES, BoYLE, etc.)
Rad. int. : Korpuskul.
CORRÉLAT, voir Végat*.
CORRÉLATIF, D. Entsprechend, kor-
relativ ; E. Correlative ; 1. Correlativo.
Qui est en corrélation* avec autre
chose. — On appelle spécialement
ainsi, en parlant de la théorie des rela-
tifs (rà npos 71) chez ARISTOTE, Île
terme opposé à un relatif donné : « Un
relatif n’est ce qu'il est que par rapport
à son corrélatif… Le double est le
double de la moitié; la connaissance
est la connaissance du connaïissable ;
le connaissable est connaissable pour
la connaissance. » HAMELIN, Système
d’Aristote, p. 132. — Chez HAMELIN
lui-même, ce terme estsouvent employé
pour désigner les termes opposés qu’il
substitue, dans sa « méthode synthé-
tique », aux contraires de Hegel. Voir
Essai sur les éléments principaux de la
représentation, Ch. 1, $ 1.
CORRÉLATION, D. Korrelation ; E.
Correlation ; 1. Correlazione.
A. Dans la doctrine d’ARISTOTE,
— "©
opposition de deux termes relatifs lun
à l’autre. Voir ci-dessus Corrélatif*,
B. En biologie, psychologie, sociolo.
gie, etc., caractère de deux choses qui
varient simultanément avec une plus
ou moins grande régularité : « La corré.
lation de la taille et du poids, de Ja
division du travail et de la densité de
la population, etc. » On dit alors que
les deux termes considérés sont « en
corrélation ».
Le coefficient (ou indice) de corréla.
tion est un nombre variable de —
à + 1 qui représente conventionnelle.
ment la liaison (directe ou inverse), et
plus ou moins étroite, entre les varia-
tions de deux données empiriques. Sur
les différentes formules usitées pour
représenter numériquement les corré-
lations, voir le Supplément à la fin de
cet ouvrage.
C. Liaison de deux phénomènes tels
que l’un varie en fonction de l’autre
parce qu’il existe un lien de causalité
réel entre quelques-uns de leurs élé-
ments, ou parce qu'ils dépendent de
causes communes.
CRITIQUE
On pourrait distinguer par le mot
covariation le sens B (liaison numérique
empiriquement constatée) en réservant
corrélation au sens C, qui suppose un
lien intrinsèque, établi par ailleurs
entre les deux faits observés.
Rad. int. : Korelat.
CORRESPONDANCE*, D. Enitspre-
chen, Korrespondenz ; E. Correspon-
dence ; 1. Corrispondenza.
Rapport logique fondamental, con-
sistant en ce qu’un terme étant donné,
un ou plusieurs autres termes définis
sont par là même assignés, en vertu
soit d’un tableau préexistant, soit d’une
formule générale qui constitue leur Loi
de correspondance.
La correspondance est dite univoque*
si à chaque antécédent ne correspond
qu'un seul conséquent ; réciproque* Sl
chaque conséquent, pris pour antécé-
dent, a pour conséquent à son tour le
TE
Se
germe qui était son antécédent, etc. —
gf. Relation*.
Rad. int. : Korespond.
« Correspondances (Théorie des) »,
L. Correspondentia ; D. Entsprechung,
Ubereinstimmung, Korrespondenz; E.
Correspondence ; I. Corrispondenza.
Doctrine suivant laquelle l’univers se
compose d’un certain nombre de règnes
analogues*, dont les éléments respec-
tifs se correspondent chacun à chacun,
et par suite peuvent réciproquement se
servir de symboles, révéler leurs pro-
priétés, ou même agir l’un sur l’autre
par « sympathie ». Ce mot a été parti-
culièrement employé par SWEDENBORG
(Clavis hieroglyphica arcanorum per
viam representationum et corresponden-
tiarum, 1784). Il est entré dans la
langue littéraire (Barzac, BAUDELAIRE,
VERLAINE, etc.).
Rad. int. : Korespond.
« CORRUPTION », G. pBopa; L. Cor-
ruptio ; D. Vergehen ; E. Corruption ;
L. Corruzione.
Ce terme s'emploie en philosophie
{outre ses différents sens usuels) pour
désigner le concept grec de la pBopa,
opposée à la yéveoic (génération, pro-
duction) : événement par lequel une
chose cesse d’être telle qu’on puisse
encore la désigner par le même nom.
CRITIQUE
Une traduction plus exacte serait
destruction.
CEE
COSMOLOGIQUE
COSMIQUE, D. Æosmisch ; E. Cos-
mic ; I. Cosmico.
Adjectif : Qui concerne l’univers dans
son ensemble, et spécialement dans sa
structure sidérale. Sens analogue à
celui du même radical dans le mot
cosmographie.
Rad. int. : Kosm.
« COSMODICÉE », voir Observations.
COSMOGONIE, D. Æosmogonie,; E.
Cosmogony ; 1. Cosmogonia.
Exposition (le plus souvent légen-
daire ou mythique) des origines et de
la formation du monde.
Rad. int. : Kosmogoni.
COSMOLOGIE, D. Kosmologie ; E.
Cosmology ; |. Cosmologia.
A. Chez Worrr, étude des lois géné-
rales de l’univers et de sa constitution
d’ensemble tant au point de vue expé-
rimental, qu’au point de vue métaph}y-
sique. Ce sens :’est conservé chez cer-
tains philosophes contemporains. (D.
Mercier, École de Louvain.)
B. Partant de là, KanrT appelle cos-
mologie rationnelle l’ensemble des pro-
blèmes concernant l’origine et la nature
du monde, considéré comme une réa-
lité. Ce sont ces problèmes qui engen-
drent les antinomies.
Rad. int. : Kosmologi.
1. COSMOLOGIQUE (preuve) de
l'existence de Dieu. D. Æosmologischer
Beweis; E. Cosmological argument ;
1. Argomento cosmologico.
Argument tiré de l'existence du
Sur Cosmodicée. — Terme créé par Renouvier, et qu'il explique ainsi : « Le
Problème que se pose toute philosophie théiste sous le nom de théodicée revêt
Pour la raison, indépendamment de la croyance à la personnalité divine, une
généralité irrécusable :
car le monde a besoin d’être justifié logiquement par un
accord entre ses phénomènes, leurs lois d'ordre naturel, et les lois de l'esprit, du
désir et de la volonté, qui comptent aussi parmi ses phénomènes, à telles enseignes
Que l’anéantissement des derniers ferait évanouir les autres. Il y a pour ainsi
dire une cosmodicée, problème logique et moral, avant la théodicée, problème
théologique. » La Nouvelle monadologie, art. CX XVIII, p. 454. Cf. CXXIX.
D» +
COSMOLOGIQUE
monde et prouvant l’existence de Dieu
(on l’appelle encore preuve a contin-
gentia mundi). KanT l'oppose à la
preuve ontologique et à la preuve phy-
sico-théologique (Critique de la R. P.,
Idéal de la R. P., 4e, 5e et 6e sections).
2. « Cosmologiques » (sciences). Chez
AMPÈRE (Essai sur la philosophie des
sciences), l’ensemble des sciences est
divisé en deux groupes : les sciences
cosmologiques, qui concernent le monde,
et les sciences noologiques, qui concer-
nent l'esprit. — Chez Cournor, ce mot
désigne les sciences qu’A. Comte ap-
pelait « concrètes ». Voir Abstraites*
(sciences).
COSMOS (quelquefois, mais très rare-
ment, Cosme [RENoOUvIER]; G. xéouoc;
usité dans les quatre langues;.
L'univers considéré comme un sys-
tème bien ordonné (xéouoc signifie pri-
mitivement ordre); il a été appliqué à
lPunivers par les pythagoriciens (RE-
NOUVIER, Manuel de phil. anc., 1, 200),
mais n’était pas encore usuel en ce sens
au temps de XÉNoPpHon, qui le cite
comme une expression technique
«.… ÔTUG d xXAOÛLEVOS DT d TO V SoOpLOTOV
xéouoc Éxet ». (Mémorables, I, 1.)
« COSMOTHÉTIQUE (Idéalisme) »,
E. « Cosmothetic idealism ».
Terme créé par HAMILTON pour dési-
gner la doctrine qui refuse d’admettre
une conscience immédiate du non-moi.
a We may style those dualists who deny
the evidence of consciousness to our
immediate knowledge of aught beyond
the sphere of mind Hypothetical Dua-
1%
lists or Cosmothetic Idealists!. » (Lee
tures, 1, 295.) — Ces derniers se divisent
eux-mêmes en deux classes : 1° Ceux
qui admettent « a representative entit
present to the mind, but not a mere
mental modification? » (Démocrite
les Scolastiques, Malebranche, Clarke
Newton, Abraham Tucker) ; — et ceux
qui ne reconnaissent d’autre objet im.
médiat de la perception qu’un état de
l'esprit (Leibniz, Arnauld, Condillac
Kant, et Descartes sous certaines ré.
serves). Zbid., 296. Cf. Discussions, 7
et suiv. ; John S. Mic, Philosophie de
Hamilton, chap. X.
COURAGE, G. ’Avôpeiaæ; L. Forti
tudo ; D. Mut,; E. Courage; I. Co.
raggio.
La seconde des quatre vertus cardi-
nales* chez PLATON.
Rad. int. : Kuraij.
CRÉATION, D. Sc'ôpfung, Schaf-
fen ; E. Creation ; I. Creazione. (S’em-
ploient également au sens général, au
sens artistique, au sens théologique.)
A. Production d’une chose quelcon-
que, en particulier si elle est nouvelle
dans sa forme, mais au moyen d’élé-
ments préexistants : création d’une
œuvre d’art, création d’une route;
imagination créatrice.
C'est en ce sens, mais aussi par une
sorte de critique à l'égard du sens B,
1. « Les dualistes qui nient le témoignage de la cons-
cience en faveur d’une connaissance immédiate de quelque
chose en dehors de l'esprit, nous pouvons les appeler
Dualistes hypothétiques ou Idéalistes cosmothétiques. »
— 2. « Une entité représentative présente à l'esprit,
mais non une simple modification mentale. »
Sur Création. — Création ne pourrait pas se dire, ce me semble, d’un commen-
cement sans créateur ; et, en revanche, il n'implique pas nécessairement l’idée de
commencement. (J. Lachelier.) — L'idée de commencement dans le temps n’est
liée qu’à une forme de l’idée de création ex nihdo. Plus généralement, en ce Sens;
le mot création désigne une dépendance radicale, non seulement d’essence, mais
d'existence, non seulement de forme, mais de matière, de quelque façon qu’on
se représente cette dépendance, et même en dehors du temps. (M. Bernès.)
CRISTALLISATION
e HÆCKkEL a intitulé son ouvrage :
aturliche Schôpfungsgeschichte. I] ex-
iplique (5° éd., pages 7 à 9) qu’on peut
antendre par Schôp/ung soit la produc-
“fon de la matière, die Entstehung der
“aterie (ce qui est tout à fait en dehors
‘de l'expérience et par conséquent de la
gcience), soit die Entstehung der Form
‘dee qui est l’objet de son traité}. « So
#ird es in Zukunft wohl besser sein
#enselben durch die strengere Bezeich-
aung der Entwickelung zu ersetzent. »
Jbid., 9.
4.B. Spécialement et absolument : Si
Yon admet que le monde n’est pas |
éternel, mais qu’il a commencé dans
$ temps, on appelle création ou création
ez nihilo le fait par lequel il a acquis
l'existence. « Creatio est factio alicujus
de nihilo. nihil aliud est quam relatio
quædam rationis quae est in creatura
‘x hoc quod incepit esse post nihil. » |
ALBERT LE GRAND, Summa de Crea-
turis, 1, quaest. 1, art. 2. (Op. XVII,
p. 2-3.)
#. C. La création continuée, chez les
solastiques et les cartésiens, est l’ac-
tion par laquelle Dieu conserve le :
monde dans l’existence, action qui est
la même que celle par laquelle il l’a
primitivement produit. Discours de la
méthode, VE partie, $ 3. — « Que Dieu
æe veuille plus qu'il y ait de monde :
le voilà donc anéanti..
subsiste, c’est donc que Dieu continue
de vouloir que le monde soit. La con-
servation des créatures n'est donc, de
la part de Dieu, que leur création conti-
nuée. » MALEBRANCHE, Entretiens méta-
Physiques, vu, 7 (Ed. Fontana, 1, 150).
Cf. Concours*.
Rad. int. : Kre.
CRÉDIBILITÉ, D. Glaubhaftigkeit ;
E. Credibility, Credibleness ; 1. Credi-
bilita, Credulita. (Veut dire aussi cré-
duclité.)
‘À. Caractère de ce qui est croyable,
——_—_———
L« Aussi vaudra-t-il beaucoup mieux à l'avenir dési-
Ever celle-ci (la produotion des formes) par l'expression
Préoise d'évolution. »
>»
{
Si le monde :
au sens faible du mot Croire*. (Voir
Croyance* A.)
B. En un sens fort, caractère de ce
qui mérite d’être cru, ou de celui qui
mérite d’être cru.
Rad. int. : À. Kredebles ; B. Kre-
dindes.
CRIME, D. l’erbrechen ; E. Crime;
I. Delitto et plus rarement crimine.
A. Tout acte considéré comme un
manquement grave aux règles de mo-
rale admises par une société. Si l’acte
est moins grave, il ne constitue qu’une
faute.
B. Au sens légal, plus restreint : acte
qui est : 1° poursuivi au nom de la
société tout entière, et non pas seule-
ment au nom d’un particulier qui a été
lésé par cet acte; 20 passible d’une
peine afflictive ou infamante et non
pas seulement correctionnelle. (L’acte
passible d’une peine correctionnelle est
un délit} Code Pénal, art. 1.
L'énumération des peines afflictives
ou infamantes est donnée par le même
Code, articles 7 et 8: celle des peines
correctionnelles constitue l’article 9. I]
n’est donné ni des unes ni des autres
une définition générale.
Rad. int. : Krimin.
CRIMINALITÉ,D. X'riminalität( Ver-
brecherische A nlage au sens À]; E. Cri-
minality ; 1. Criminalita.
A. (Peu usité.) Caractère d’un acte
ou d’un individu criminel.
B. Fréquence et nature des crimes
relativement à un temps, un pays, une
classe d'hommes, etc.
CRIMINOLOGIE, D. ÆAriminologie
[rare]; E. Criminology ; I. Crimino-
logia.
Science de la criminalité, dans les
deux sens : caractères communs pré-
sentés par les crimes, psychologie des
criminels, etc.
Rad. int. : Kriminologi.
CRISTALLISATION, terme adopté
par STENDHAL et devenu courant dans
CRISTALLISATION
196
la psychologie contemporaine pour re-
présenter le phénomène de transfigu-
ration de « l’objet aimé » sous l'in-
fluence de la passion, tel qu’il est décrit
par Mouière, d’après Lucrèce, dans le
Misanthrope, acte II, scène v (155-174).
— Le passage de Lucrèce est d’ailleurs
inspiré lui-même visiblement de PLa-
TON, République, livre V, 474, D-E.
Sur l’origine et le sens métaphorique
de Cristallisation, voir STENDHAL, De
l'Amour, ch. n et suivants, et Appen-
dice {Le rameau de Salzbourg).
« CRITÉRIOLOGIE. » Partie de la
Logique qui concerne les critères. Néo-
logisme, particulièrement dans l’École
de Louvain.
Rad. int. : Kriteriologi.
CRITERIUM ou Critère, G. xperrptoy ;
D. Xrierium, Merkmal,; E. Cruite-
rion ; I. Criterio.
A. Signe apparent qui permet de
reconnaître une chose ou une notion.
B. Caractère ou propriété d’un objet
(personne ou chose) d’après lequel on
porte sur lui un jugement d’apprécia-
tion*. En particulier, on appelle Crite-
rium de la vérité un signe extrinsèque
on un caractère intrinsèque permet-
tant de reconnaître la vérité et de la
distinguer sûrement de l’erreur (Sroi-
CIENS, DESCARTES, etc.).
Rad. int. : Kriteri.
CRITICISME, D. Âritizismus, R
Criticism [très large, signifie aussi cr!
tique] ; I. Criticismo.
A. Doctrine de Kant.
B. Au sens large, on appelle criti.
cisme toute doctrine, suivant laquelle
l'esprit constitue la connaissance en
vertu de formes* ou de catégories* qui
lui sont propres et qui, par conséquent
sont à la fois infaillibles dans les limites
de l'expérience, et sans valeur en dehors
d'elle. « Æriticismus, dit plus généra.
lement encore M. Eisier, heisst seit
Kant jede philosophische Richtung,
welche die Theorie des Erkennens zur
Grundlage alles Philosophirens macht,
— im besonderen aber die Kant’sche
Lehre selbsti, » Vo, 422. Voir Cri-
TIQUE*.
Rad. int. : Kriticism.
1. CRITIQUE, subst. fém., D. Xruik ;
E. Crütique, et surtout au sens B, Cri-
ticism ; I. Critica.
Primitivement {de xpivw, juger)
la partie de la logique qui traite du
jugement. « Critica, pars dialecticae de
judicio, quasi judiciaria. » GOoCLENIUs,
4923. (Il n'indique que ce sens et celui
de critirus dies, terme médical, « in quo
L « Hriticismus, depuis KANT, se dit de toute tendance
philosophique qui cossiste à faire de la théorie de ls
connaissance la base de toute recherche philosophique ; —
mais surtout, en particulier, la doctrine de Kanr lui-
même. »
Sur Criterium. — Kpurmpiov est postérieur à ARISTOTE. (R. Eucken.) Il est
d'usage courant chez les Stoïciens. DiocèNe LAËRCE, VII], 54.
— M. R. BB. Perry nous signale que ce mot, en anglais, est souvent employé
au sens de « standard », ou de principe de mesurage.
Sur Criticisme. — Au sens large B, criticisme désigne
: 1° une disposition
méthodique de l'esprit, et pour ainsi dire un état (au sens comtiste du mot) :
— 2° une doctrine philosophique caractérisée par des théories qui peuvent être
communes à divers systèmes. En premier lieu, le criticisme consiste dans cette
attitude systématique :
au lieu de considérer directement les objets connus, &æ
poser d’abord (et quelle que soit la réponse ultérieure qu’on y donnera) la question
de savoir comment nous connaissons ce que nous pouvons connaître. En second
lieu, criticisme désigne les doctrines qui donnent de la question précédente unt
solution idéaliste ou subjectiviste, mais sans que peut-être le problème criticisté
comporte exclusivement de telles solutions. (M. Blondel.)
.morbi Judicium seu crisis ») — Le
mot n’est plus employé dans cette
igcception.
4 À, Examen d’un principe ou d’un
fait, en vue de porter à son sujet un
jugement d'appréciation*. Il y a spécia-
Jement une critique d’art (esthétique)
et une critique de la vérité (logique).
-£lle est définie par KANT en ce sens
Jerge : « un libre et public examen »
{eine freie und ôffentliche Prüfung).
(Crit. Rais. pure, Préface, 1re éd., note.)
_— On appelle en ce sens esprit critique
celui qui n'accepte aucune assertion
&ans s'interroger d’abord sur la valeur
de cette assertion, soit au point de vue
de son contenu (critique interne), soit
au point de vue de son origine (critique
externe). Applications particulières
Critique historique, critique verbale.
B. En restreignant ce sens au juge-
ment défavorable, on appelle critique,
soit une objection ou une désapproba-
tion portant sur un point spécial, soit
‘une étude d'ensemble visant à réfuter
ou à condamner un ouvrage. Ce sens,
bien qu’ilappartiennesurtout àlalangue
courante, se rencontre en philosophie :
s Jouffroy n’adresse à la doctrine écos-
aise que deux critiques » (elle est trop
‘circonspecte en métaphysique ; elle se
satisfait trop aisément en invoquant des
«croyances naturelles »). E. BouTroux,
Études d'histoire de la philosophie,
P. 431.
Ce sens est le plus fréquent pour le
verbe critiquer.
‘ Rad. int. : Kritik.
* 2. Critique, adj. D. Xritisch; E.
Critical ; I. Critico.
Ê
à À. Comme le sens A du substantif.
a
se
CROYANCE
Esprit critique (en bonne part) : celui
qui n'accepte aucune assertion sans
s'interroger d’abord sur la valeur de
cette assertion, tant au point de vue de
son contenu (critique interne), qu’au
point de vue de son origine (critique
externe) ; — beaucoup plus rarement
(en mauvaise part) : celui qui est plus
enclin à relever les défauts que les
qualités, ou qu’à produire lui-même
quelque chose de positif.
B. Qui constitue une crise (voir ci-
dessus, Critique* 1, Étymologie) ou qui
se rapporte à une crise. C’est ainsi que
SAINT-SIMON et Auguste CouTE ont
opposé la période critique aux périodes
organiques entre lesquelles elle s’insère.
Par suite, en parlant d’une situation,
matérielle ou intellectuelle : dangereuse,
ou du moins instable, dans laquelle on
ne peut se maintenir. « Rien n’est plus
curieux que la situation critique où
M. Renouvier se trouve réduit. »
FouiréE, La liberté et le déterminisme,
p. 146.
Rad. int. : A. Kritikem,; B. Kritik,
Kritikal.
CROYANCE, D. G'auben : E. Beliej ;
I. Credenza.
A. Au sens faible et large, il est
l'équivalent d’opinion, et désigne un
assentiment imparfait, qui, comme
l'opinion, comporte tous les degrés de
probabilité.
B. « Au sens étroit, littéral et scolas-
tique du mot, c’est faire crédit à un
témoin {credere), se fier sans vue di-
recte, à celui qui sait, et se fier à lui
par des raisons extrinsèques à ce qui
est affirmé. »
Depuis KANT, et sous son influence,
‘. Sur Croyance. — Article remanié à la suite de la discussion en séance du
28 mai 1903 et ultérieurement, d’après des remarques de M. René Daude (addition
: u sens D, devenu fréquent dans la psychologie contemporaine). Les sens B et C
imitivement réunis en une seule rubrique, ont été distingués l’un de l’autre ;
le sens C a été divisé suivant une indication du texte même de K ANT. Quelques
odiications corrélatives ont été apportées à la rédaction, mais non aux conclu-
ons de la Critique. La définition du sens B et le commentaire du sens C, b, sont
dus à M. BLonpez. Il y a joint la définition d’un cinquième sens, qui a été jugée
CROYANCE
198
le mot se prend encore en deux autres
sens :
C. « Ist das Fürwahrhalten nür sub-
jektiv züreichend und wird zügleich
für objektiv Unzüreichend gehalten,
so heisst es Glaubent. » Critique de la
Raison pure, Méthod. transc., ch. II,
sect.111 (Von Meinen, Wissen, Glauben).
Le mot désigne donc alors un assenti-
ment parfait en ce sens qu’il exclurait
le doute, sans cependant avoir le carac-
tère intellectuel et logiquement com-
municable du savoir:
a) en tant que cette adhésion a pour
base des motifs individuels de senti-
ment, d'intérêt pratique utilitaire, etc. ;
b) en tant qu’elle a pour base un
principe auquel on reconnait une va-
leur universelle (p. ex. : la moralité)
et en tant qu’elle est tenue par consé-
quent pour légitime. « L’affirmation
repose alors sur un acte de volonté qui
n’est pas sans motifs valables, ni même
sans motifs communicables, mais dont
les motifs sont hétérogènes au contenu
de la chose affirmée. (P. ex. : les postu-
1. « Lorsque l'assentiment n'est suffisant qu'au point
de vue subjectif, et qu'il est tenu pour insuffisant au
point de vue objectif, on l'appelle Croyance » (Glauben ;
ce mot peut aussi 8e traduire par f0i).
Ée- "
lats de la Raison pratique.) » (M. BLox.
DEL.)
D. Assentiment, en tant qu’opposé
soit à la simple représentation*, soit 4
la lexis*. « Les jugements virtuels
sont des jugements complets : ils ont
leur sujet, leur attribut, leur copule,
tous leurs caractères formels : il ne leur
manque que la croyance. » Ed. Go.
BLOT, Logique, ch. II, $ 50. Cf. DrLa.
CROIX, La croyance dans le Nouveau
Traité de Psychologie.
CRITIQUE
Dans ses diverses acceptions le terme
croyance a une portée plus psycholo-
gique que logique, désignant même ay
sens C, plutôt un fait subjectif, un état
d'âme individuel qu’une affirmation
dont on puisse donner des raisons logi-
ques adéquates et communicables.
Si l’on considère l’affirmation comme
simple fait psychologique, ce fait peut
évidemment avoir des causes en dehors
des raisons et l’on concevra qu’une
affirmation sans réserves puisse se pro-
duire en dehors des cas où elle se carac-
tériserait comme certitude* ou savoir.
Si l'on admet que parmi ces causes
d’affirmation, quelques-unes possèdent
trop sujette à discussion pour être insérée dans le corps même de l’article, mais
que la Société a entendue avec grand intérêt et a unanimement décidé de citer
dans les Observations :
« Croire, en un sens plus récent et plus fort, c'est joindre à des motifs qui
paraissent suffisants pour justifier un assentiment intellectuel, cette part de
conviction qui va non plus d'un sujet connaissant à un objet connu, mais d’un
être à un autre étre ; qui, par conséquent, procède d’autres puissances que l’enten-
dement et s'attache moins à l’intelligibilité qu’à l’activité ou à la bonté de ce en
quoi l’on met sa creyance. Ainsi entendue, la croyance est le consentement effectif
et pratique qui complète l’assentiment raisonnable donné à des vérités, à des êtres
dont la connaissance n’épuise pas la plénitude intérieure ; elle est donc intrinsèque,
et non pas extrinsèque et ultérieure à la vision même de l'esprit : car, dans l’acte
de la connaissance, la connaissance n’est pas le tout de l’acte ; et dans l'objet
connu, s’il n’est pas un pur abstrait, le connu n’est pas la mesure actuelle du
réel. En cette acception, le mot croyance désigne tout ce qui, dans nos affirmations
pratiquement ou même spéculativement certaines, implique chez le sujet comme
chez l’objet un élément complémentaire et solidaire de la représentation intel-
lectuelle, mais qui n°’ est pas immédiatement réductible. » (M. Blondel.)
D :
CULTURE
ô gne valeur propre, comme l’admettent
tes partisans de la « foi morale », il y
-aura alors des croyances (C) légitimes,
et cependant subjectives et incommu-
#icables logiquement qui, par consé-
quent, ne seront pas des certitudes*.
Si l’on admet avec HAMILTON que,
toute certitude reposant sur des affir-
mations indémontrables, la croyance
est à la base de la certitude logique*
même, elle s’en distingue encore.
Si enfin on admet avec M. RENoc-
VIER qu'aucune affirmation ne peut se
produire sans motifs affectifs et volon-
taires, la croyance sera toujours mêlée
à la certitude*, la certitude* pure sera
impossible en fait, mais pourra cepen-
dant être considérée comme la limite
idéale vers laquelle tend l’assentiment
parfait au fur et à mesure que la
raison y prend plus de part.
On voit donc que, dans tousles cas :
{o La croyance est toujours distinguée
de la certitude ou du savoir, au moins
au point de vue de la définition nomi-
nale.
20 Les acceptions B et C du terme
croyance ont une suffisante parenté
pour que ce double emploi du terme
soit maintenu.
Voir la critique de CERTITUDE*.
Rad. int. : 1° Au sens A, Opini. —
2° Ausens B, Fid.— 39° Au sens C, Æred.
« CRUCIALE (expérience), instantia
crucis », BACON, Nov. Org., II, 36.
Bacon met au quatorzième rang des
« faits privilégiés » les exemples de la
croix ; leur nom est emprunté aux
Poteaux indicateurs des carrefours
(cruces). Ils consistent, lorsque l'esprit
est en suspens entre deux causes, à
trouver un cas qui élimine ou qui
désigne nettement l’une d’entre elles.
Par généralisation, toute expérience
décisive pour ou contre une hypothèse :
expérience de Pascaz sur le Puy de
Dôme ; expérience de FRESNEL et
ARaGo prouvant que la vibration lu-
mineuse est transversale par le fait
que les rayons polarisés à angle droit
N'interfèrent pas, etc.
« Cryptologique, cryptoristique »,
chez AMPÈRE. — Voir Autoptique*.
« CRYPTOPSYCHIE, phénomènes
cryptopsychiques », termes proposés par
Boïrac pour remplacer les mots « in-
conscient » (subst.), « phénomènes psy-
chiques inconscients ». Voir La Cryp-
topsychie, Revue philos., août 1907.
CULTURE, D. Kultur, dans tous les
sens ; À. B. Bildung ; — E. Culture,
dans tous les sens; A. /mprocement ;
— Ï. Coltura, Cultura.
A. Au sens le plus étroit, et le plus
voisin du sens matériel, développement
(ou résultat du développement) de
certaines facultés, de l'esprit ou du
corps, par un exercice approprié. « La
culture physique. » — « Une culture
exclusivement mathématique. »
B. Plus généralement, et d’ordi-
naire : 1° caractère d’une personne
instruite, et qui a développé par cette
instruction son goût, son sens critique
et son jugement ; 2° éducation qui a
pour effet de produire ce caractère.
« Le savoir est la condition nécessaire
de la culture, il n’en est pas la condition
suffisante. C’est surtout à la qualité de
l'esprit que l’on songe quand on pro-
nonce le mot culture, à la qualité du
jugement et du sentiment. » D. Rovs-
TAN, La culture au cours dela vie, p. 15.
On dit souvent, en ce sens, culture
générale.
C. (Beaucoup plus rarement, et par
transposition en français d’un sens
acquis par le mot sous sa forme alle-
mande.) Synonyme de civilisation*, au
sens B.
REMARQUES
1. Le mot culture, au sens B, a tou-
jours un import élogieux. Il l’a le plus
souvent aussi au sens À : on sous-
entend alors que la culture dont il
s'agit ne va pas jusqu’à produire une
hypertrophie. L’entraînement spécia-
lisé d’un cycliste n’est pas de la «culture
physique ». Cependant la culture, en ce
sens, peut être considérée quelquefois
CULTURE 200
comme trop partielle, et, comme telle, CYCLOTHYMIE, D. Zyclothymie ; E.
ne pas échapper à un jugement défa- | Cyclothymia ; I. Ciclotimia. — Forme
vorable :
vresque. »
2. Culture, suivi d’un complément
(culture de la mémoire, culture de
l'esprit) et le verbe cultiver, pris au
même sens, se rencontrent dès le
xvis siècle; mais le mot, employé
séparément aux sens À ou B, ne paraît
pas avoir été usuel avant la fin du
xvue siècle. Vauvenargues l’emploie
ainsi (Réflexions et Maximes, éd. Didot,
585 et 586), mais de Fortia, dans l’édi-
tion qu’il a donnée de ses œuvres
en 1797, a senti le besoin d’ajouter en
note : « Ce mot de culture désigne,
comme on le voit, dans cette pensée et
la suivante, l’état d'un esprit cultivé par
l'instruction. »
Sur le passage du mot culture à la
forme allemande Æultur, sur l’histoire
du mot en Allemagne, et notamment
sur l’emploi qui en a été fait comme
synonyme d’Aufklärung (cf. Kultur-
kampf}, voir TONNELAT, Aultur, dans
Civilisation, le mot et l’idée, Publica-
tions du « Centre international de
Synthèse », fascicule Il.
Rad. int. : Kultur.
atténuée de la « folie circulaire » (Far.
RET) OU « psychose périodique » (G. Du.
MAS, Traité de psychologie, 11, 946 et
suiv. ; voir particulièrement 966) ; elle
consiste dans l'alternance de périodes
d’excitation pouvant aller, à l’état aigu,
jusqu’à l’accès maniaque, et de périodes
de dépression ou de mélancolie mor-
bide. — Ce terme paraît avoir été em.
ployé d’abord par Kraepelin, sous la
forme « constitution cyclothymique »,
Ibid., 960. — Cf. l’article de M. Rey
sur L'Invention, Ibid., 456, et Kann,
La cyclothymie (1909).
Rad. int. : Ciclotimi.
« Une culture purement li-
CYNISME, D. Zynismus ; E. Cynism,
C'ynicism ; I. Cinismo.
A. Histoire. La doctrine de l’École
d’Antisthènes, ou école Cynique, ainsi
nommée du gymnase où il donnait son
enseignement (Le Cynosarge), et de ce
fait qu’il se qualifiait d'&rAvxbwv (Dioc.
LAËRT., VI, 13). ARISTOTE (Métaph,
VIII, 3, 10430, 24) ne désigne encore
cette école que du nom d’Avrtofléveuo.
Il semble cependant que de bonne
heure le terme de cynique lui ait été
appliqué et ait visé le genre de vie de
ces philosophes. Diogène s'appelait lui-
Curie (Principe de}, voir Symétrie*.
Sur Cynique. — Il est probable que l’École d'ANTISTHÈNE a été appelée cynique
moins à cause du Cynosarge qu’en souvenir de Atoyévnc à xvœv, et après lui; car
CraTËs, disciple et successeur « du chien » (Dioc. LAERT., VI, 85) était appelé
à xvwxés par le poëte comique Ménandre, son contemporain. (Dioc. L., VI, 93)
— Cf. la liste I, 15 : *AvrtoBévre, où Aoyévns 6 xdwv, 05 Kparnç 8 nbaioc, etc.,
où l'on voit que cette épithète servait à le distinguer des autres Diogène. Il est
constamment ainsi désigné dans DioGèNe, et, à mon avis, dans son prototype
Sorion (ue siècle avant J.-C.). (V. Egger.)
Il faut prendre garde que Cynic, subt., l'adjectif cynical et les mots cynism,
cynicism, désignent souvent en anglais tout autre chose que ce que nous entendons
par les mots correspondants. Le dictionnaire de Murray défmit Cynic, subst. :
« Une personne disposée à railler les autres, ou à les prendre en défaut ; quelqu'un
qui montre une tendance à se défier de la sincérité ou de la valeur des motifs et
des actions des hommes, et qui a l'habitude de l’exprimer par des moqueries €t
des sarcasmes. » Sceptique serait souvent la traduction exacte, et cynique donnerait
lieu à un grave contre-sens.
{
Æ 201
même et était couramment appelé
Broyévrne 6 xüwv. (Dioc. LAËRT., VI,
60, 61.)
B. ÉTHiQue. Mépris des conventions
sociales, de l'opinion publique, et même
de la morale communément admise,
soit dans les actes, soit dans l’expres-
sion des opinions. Cette acception du
D. Cette lettre, placée au commence-
ment d’un nom de syllogisme marque
qu’il peut se ramener à Darü.
DABITIS. Nom de Dinwris* vonsi-
déré comme un mode indirect de la
première figure, résultant de Darii*
par conversion de la conclusion :
Tout M est l
Quelque S est M
Donc quelque P est S.
DALTONISME, D. Daltonismus ; E.
Daltonism ; I. Daltonismo.
Anomalie de la vision, consistant dans
la confusion de deux couleurs, le plus
sou vent du rouge et du v'ert. (Du nom de
J. DazTow, qui fit connaître ce phéno-
mène par une communication à la
Société littéraire et philosophique de
Manchester, Comptes rendus, tome I,
octobre 1794.)
DARWINISME
terme résulte de ce fait que les philo-
sophes cyniques établissaient une oppo-
sition radicale entre la loi ou la conven-
tion (vôuoc) et la nature (obaic) à la.
quelle ils prétendaient revenir, et qu'ils
conformaient leur conduite pratique à
ce principe. Le terme a en ce sens une
acception presque toujours péjorative.
DARAPTI. Moie de la 3° figure, se
ramenant à Daru* par la conversion
partielle de la mineure :
Tout M est P
Tout M est à
+
Donc quelque $ est P.
DARII. 3e mode de la 1re figure :
Tout M est P
Quelque S est M
Donc quelque S est P.
DARWINISME, D. Darwinismus ; E.
Darwinism ; 1. Darwinismo.
Système biologique et philosophique
de Darwiv. Ce mot s'emploie, autre ce
sens général, en deux sens particuliers :
1° Par opposition à l’évolutionnisme*
en général, il désigne la doctrine trans-
formiste*, d'après laquelle les espèces
sortent les unes des autres, et d’après
laquelle, en particulier, l'espèce hu-
Rat. int. : Daltonism. maine descend d’espèces animales, —
Sur Daltonisme. — Le sens de ce mot n'est pas bien fixé. On l’étend quelquefois
à toutes les formes de dyschromatopsie*, et c’est ce que nous avions fait nous-
mêmes dans la première rédaction de cet article. Il a été modifié sur les observa-
tions de M. le D' Pierre Janer et de M. C. Rawzoui. Ce dernier restreint même
Plus encore le sens de ce terme, et l’applique seulement « à la cécité pour le rouge,
à la difficulté de le percevoir, ou à la difficulté de le distinguer du vert ». Mais
A y a là un double phénomène : et dans le premiercas, ce mot ferait double emploi
AVEC anérythropsie. C'est pourquoi nous nous en sommes tenus à la formule
Proposée par M. Pierre JANET. (A. L.)
Sur Darwinisme. — Darwin considérait la sélection naturelle comme le facteur
Sssentiel du transformisme, mais non comme le facteur exclusif. En particulier
dl était loin de nier l’hérédité des qualités acquises. Les adhérents de WEISMANN,
Pour tenir compte de ce fait, se désignent comme Néo-Darwinistes. Et ce nom
di
DARWINISME
202
———————————————— ———————— ——————————
mais sans hypothèse sur l’origine de la
vie ou le sens général de son développe-
ment.
29 Par opposition à la théorie de
Lamarcx et de SPENCER sur l’adapta-
tion par l'exercice et l'hérédité (Principes
de Biologie, 2 partie, chap. vint) il dé-
signe la théorie d’après laquelle la
transformation des espèces est due
essentiellement à la sélection naturelle.
CRITIQUE
Ce second sens est le seul utile,
puisque le premier est déjà très bien
représenté par le mot transformisme. Il
est d’ailleurs recommandé par Bazn-
WIN, vo, 2532,
Rad. int. : Darvinism.
DATISI. Mode de la 3° figure se
ramenant à Darii par la conversion
simple de la mineure :
Tout M est P
Quelque M est S
Donc quelque S est P.
DÉCADENCE, D. Verfall ; E. Deca-
dence ; decay, decline, plus usités; I.
Decadenza, decadimento.
Suite de transformations de sens
inverse à celles qui constituent le pro-
grès ; état qui en résulte. — Pour une
analyse approfondie et critique de cette
idée, voir H. 1. Marrou, Culture, ciyi.
lisation, décadence, dans la Revue de
Synthèse, décembre 1938.
DÉCISION, D. Entscheidung ; E. De.
cision ; I. Decisione.
À. Terminaison normale de la délibé.
ration*, dans un acte volontaire (Soit
que cette fin se constitue simplement
par la conclusion logique de la délibé.
ration consciente, soit qu’il y inter.
vienne quelque chose de plus.)
Nous disons « terminaison normale,
1° par opposition aux terminaisons
anormales telles que la cessation de la
délibération inachevée ou l’interrup-
tion par un acte impulsif ; — 2° par
opposition aux volitions bien arrêtées,
mais qui ne sont que l’expression d’une
tendance forte fixée sans délibération.
Nous admettons donc que le mot déci-
sion est impropre partout où l’acte à
faire n’a pas été d’abord mis en ques-
tion et délibéré.
B. Qualité du caractère consistant
à ne pas prolonger inutilement la déli-
bération, et à ne pas changer sans rai-
son sérieuse ce qu’on a résolu.
Rad. int. : Decid {Boirac).
« DÉCISOIRE ». Ce terme, usité dans
la langue du Droit, peut rendre de
même leur a été contesté par un propagateur du darwinisme aussi renommé et
populaire que HaEckEeL. (F. Tônnies.)
Nous avons là un exemple de plus des inconvénients que présentent les
noms de doctrine.
Sur Décision. — T'erminaison normale n’est pas proprement une définition. Ne
pourrait-on pas dire : « Choix réfléchi de l’un des actes possibles », — c’est-à-dire
élimination de l’une des tendances et consentement à l’autre ? (C. Mélinand.) —
Je reconnais que T'erminaison normale est une définition indirecte et «accidentelle»
de l’acte dont il s’agit. Mais d’autre part le mot choix n’est guère dans ce Cas
qu’un synonyme indéfinissable du terme à définir; et c’est pourquoi j'ai cru
préférable d’expliquer le mot par rapport à l’ensemble psychologique total dont
la décision fait partie et dont elle ne peut se séparer. Cf. la Critique du mot
Délibération*. (A. L.)
Sur Décisolre. — J’ai adopté ce mot dans mon enseignement, depuis 1906
au sens indiqué ci-dessus, et j'en ai souvent éprouvé l’utilité ; on le rencontre
aujourd’hui assez fréquemment. 11 est difficile, en effet, d'accepter en ce sens
ands services, en Logique et en
+ Méthodologie, pour caractériser les ac-
î4es de l'esprit posant une définition,
:gne proposition, une règle qui ne s’im-
ose pas nécessairement, mais qu’il est
# raisonnable d’admettre, par une déci-
+ gion de l'esprit, en vue du travail ulté-
rieur de la pensée.
+. Rad. int. : Decidal.
. Déeisoire (compréhension). — Voir
sompréhension*.
Déclaratif, voir Explicatif*.
DÉCLENCHER (ou déclancher : voir
les observations sur le texte de BERG-
#on cité au mot Animalité*). D. Aus-
klinken ; E. To unclench ; I. Scoccare ;
au figuré, scatenare.
+ A, Au sens propre, supprimer un
arrêt qui empêchait une force de pro-
äuire son effet : déclanchement de la
sonnerie dans une horloge (I. Scocco),
du chien dans un fusil armé.
B. Plus généralement : déterminer,
par une dépense d’énergie minime rela-
fivement à l’effet causé, la production
d’un phénomène (physique, psycholo-
#ique, social) dont toutes les autres
vonditions étaient réunies.
Rad. int. : Klenk.
. DÉCLINAISON, D. Abweichung ; E.
Declination ; I. Declinazione.
Ce mot est usité pour traduire : 10 les
mots Éyraou, mapéyxaoi, declinatio
tlinamen, en parlant de la déviation
#pontanée des atomes dans la philoso-
phie épicurienne ; voir Clinamen*.
20 Declinatio, dans le nom de la
DÉDUCTIF
Découverte, découvrir, voir Jnven-
tion* et cf. Rolin Wavre, L'imagina-
tion du réel (1948).
« DÉDIFFÉRENCIATION. » — Ter-
me employé par certains physiologistes
contemporains pour désigner le retour
de tissus différenciés à l’état homogène :
p. ex. dans la métamorphose des in-
sectes, dans la régénération après am-
putation, dans la culture in vitro de
fragments séparés du corps, etc. Voir
C. PÉREZ, La dédifférenciation des cel-
lules, communication au Congrès de
l'Association pour l'avancement des
sciences, juillet 1920.
Dédoublement de la personnalité,
voir Personnalité*.
DÉDUCTIF, D. Deduktiv ; E. Deduc-
tive ; I. Deduttivo.
Qui constitue une déduction*, aux
différents sens de ce mot. En parti-
culier :
A. En parlant d’un raisonnement élé-
mentaire : celui qui présente un carac-
tère rigoureux et donne une conclusion
nécessaire.
B. En parlant d’une conduite géné-
rale de pensée : celle qui n’emploie que
le raisonnement (comme en mathéma-
tiques, pures) sans faire appel à l’expé-
rience au cours de son développement.
« La méthode déductive. »
Cette méthode est dite catégorico-
déductive, si elle part de propositions
posées comme vraies , hypothético*-dé-
ductive, si ces propositions initiales sont
seulement supposées à titre provisoire,
ou considérées comme de simples lexis.
tabula declinationis de Bacon. Voir
C. Synonyme de discursif*.
“Tables*.
D. En parlant des esprits : enclin à
EEE
@rbitraire, qui, sauf en mathématiques, a toujours un import très péjoratif ; ni
arbitral, employé quelquefois à cet usage, mais qui ressemble trop au précédent.
:— Convention*, dont H. Poincaré s’est beaucoup servi en ce sens, a le double
défaut de supposer l’entente de plusieurs personnes pour prendre la décision
dont il s’agit, et de plus, d’avoir souvent, lui aussi, une nuance de désapprobation
“Ou de dépréciation. (Cf. conventionnel.) (A. L.)
DÉDUCTIF
204
penser d’une manière déductive, sur-
tout au sens B.
Rad. int. : A. Deduktiv ; B. Deduk-
tal; C. Diskursiv ; D. Dedukten.
DÉDUCTION, D. Deduktion, A blei-
tung ; E. Deduction ; I. Deduzione.
A. Loc. Opération par laquelle on
conclut rigoureusement, d’une ou de
plusieurs propositions prises pour pré-
misses, à une proposition qui en est la
conséquence nécessaire, en vertu des
règles logiques. Cf. Implication*, Dé-
monstration*, Raisonnement*.
B. Synonyme de méthode déductive.
Voir ci-dessus déductif, B.
C. Ensemble de propositions liées
déductivement.
CRITIQUE
1. La déduction, au sens À, a été
souvent identifiée au syllogisme (au
sens classique de ce mot) : il n’en est |
qu’une des formes, la plus usuelle.
2. Il n’est pas exact de définir la
déduction comme le raisonnement (ui
va « du général au particulier », soit
qu’on entende par cette formule équi.
voque et courante : « De l’universel ay
particulier » soit qu’on entende : « By
plus général au plus spécial. » (Voir
Général*). Cela est évident au premier
sens : Barbara, Celarent, Cesare, etc.
ne sont formés que d’universelles ; de
plus la déduction peut consister à
conclure de la fausseté d’une parti.
culière à la fausseté de l’universelle
correspondante, ou de la vérité d’une
particulière à la fausseté de l’univer-
selle contradictoire ; enfin dans les opé-
rations logiques élémentaires autres que
le syllogisme (telles, par exemple, que
a2ba3c.3.a3 bc) iln’y a au-
cune particularité, au sens précis qu'a
ce mot en logique; et il en est de
même de tous les calculs arithmétiques
ou algébriques.
On peut aussi remarquer que cette
conception de la déduction n’a pas de
sens dans la logique propositionnelle
| 205
proprement dite, qui prend les juge-
ments en bloc (p, q, r.….) et ne considère
que leur valeur de vérité ou de fausseté,
non leur quantité ; par exemple dans
un Syllogisme hypothétique p 2 q.
g2r.23-Par.
S'il s’agit de passer du plus général
au plus spécial, on remarquera que la
méthode mathématique, type indiscuté
de déduction, soit dans ses opérations
élémentaires, soit dans sa marche géné-
rale, s'élève souvent du plus spécial au
plus général, par exemple quand on
« généralise » une propriété, ou une dé-
monstration, établie d’abord pour un
cas privilégié, c’est-à-dire quand on en
tire, par un raisonnement rigoureux la
formule générale dont il était un cas
spécial. Il est bien connu que les pro-
grès d’une science déductive consistent
souvent à construire des concepts de
plus en plus généraux conservant les
propriétés de classes plus spéciales par
lesquelles on a commencé (p. ex. les
nombres entiers, fractionnaires, qua-
DÉDUCTION TRANSCENDENTALE
lifiés, irrationnels, etc.). L'idée vraie
contenue confusément dans la formule
contraire est sans doute que le passage
d’une règle à ses applications, d’une
variable à ses valeurs, est une des opé-
rations les plus fondamentales du rai-
sonnement déductif.
3. La définition précédente étant
écartée, il ne reste plus de raison pour
faire de la déduction et de l’induction
deux espèces antithétiques entre les-
quelles se diviserait d’une manière
exhaustive le genre raisonnement. Voir
observations.
Rad. int. : Dedukt.
« Déduction transcendentale. » D.
Transcendentale Deduction, KANT.
KanT appelle ainsi, par une méta-
phore empruntée à la langue du droit,
la justification de ce fait que des
concepts a priori sont appliqués aux
objets de l’expérience (Æritik der reinen
Vernunft, B. 117). Cette déduction
s'appelle transcendentale* par opposi-
Sur Déduction. — Nouvelle rédaction, avec une addition de M. Ch. Serrus,
et des corrections indiquées par M. René Daude.
Je ne sais quand s’est introduit cet usage du mot déduction, en tant qu'opposé
à induction, pour désigner le passage du général au particulier. Il est maintenant
usuel dans les traités anglais (p. ex. BaIN, FOwLER, JEVONS) ; mais il me paraît
propre à causer des erreurs et, comme vous le dites justement, il ne se justifie pas
par la tradition. (C. Webb.)
Il] y a sans doute un contraste entre la déduction, au sens de méthode
déductive, telle qu’elle se présente, par exemple, dans un ouvrage de mathéma-
tiques, et la méthode expérimentale, qu’on appelle avec raison méthode inductive,
ou induction, en tant qu’elle s’élève des faits aux lois. C’est ce qu’on a aussi
représenté par la distinction entre les « sciences d’observation » et les « sciences
de raisonnement » (DunaAmEL). Voir Rousran, Déduction et induction, Revue de
Métaphysique, janvier 1911; LALANDE, Les théories de l’induction et de l’expéri-
mentation, Ch. 1.
Mais d’abord ce contraste n’est que partiel : on passe de l’une à l’autre
par le simple développement des connaissances : des enchaînements d'idées
déductifs s’incorporent de plus en plus à la conduite de l’expérimentation et au
«raisonnement expérimental ». Voir Claude BERNARD, Introd. à la médecine expé-
rimentale, 4"e partie, ch. 11, $ 5. — De plus, pour autant qu’elle existe, cette opp0-
sition est loin d’être dichotomique : à côté de ces deux types de conduite intel-
lectuelle, il y a encore la méthode reconstructive* (histoire, géologie, enquêtes
judiciaires) et la méthode polémique*. La division du raisonnement en déduction
et induction recouvre donc des idées confuses.
La forme des mots a probablement contribué à la suggérer ; mais elle €
l’implique aucunement : déclinaison n’est pas le contraire d’inclinaison, ni dévolu-
tion d’involution, ni déformation d’information, etc. Il n’y a donc point de nécessité
analogique à ce que déduction soit le contraire d’induction.
John S. Miie parle de l’antithèse entre le raisonnement du particulier au
général, et le raisonnement du général au particulier comme d’une idée répandue,
mais inexacte. (Logic, 2e partie, ch. 1, $ 3) ; et lui-même oppose en principe à
l’Induction, non ia Déduction mais la Ratiocination ou Syllogisme, la première
étant le passage à une généralité plus grande (car il en exclut l'induction complète),
la seconde le passage à une généralité égale ou moindre. Pour lui la Déduction, ou
méthode déductive, consiste dans l'emploi de chaînes de raisonnement {trains of
reasoning) : « The opposition is no! between the terms Deductive and Inductive,
but between Deductive and Experimental. » Logic, 1, 11, ch. 1v, $ 5. Cf. Ibid.,
8 %, et ch. 1, $ 3. C’est donc le second sens défini ci-dessus. Il admet cependant
ailleurs (p. ex. ch. 111, $ 7, ad finem) qu’on peut appeler Induction la formation
d’une formule générale, et Déduction l'opération par laquelle on interprète cette
formule en la supposant admise et en l’appliquant à un cas donné.
Cette antithèse, en tant que division générale de la Logique, se retrouve
dans l'ouvrage de Bain, Logic, deductive and inductive (1870) dont la traduction
française par Compayré (1875) paraît avoir beaucoup contribué à la répandre
dans l’enseignement. (A. L.)
La déduction est bien la même chose que le ouvVoyiou6s défini par
ARISTOTE (Anal. priora, I, 1, 2418 sqq.), mais nous donnons au mot syllogisme
1. « L'opposition n'est pas entre les termes déducti{ et induclif, mais entre déductif et expérimental. »
LALANDE. — VOCAB. PHIL. 9
DÉDUCTION TRANSCENDENTALE
tion à la déduction empirique qui
consisterait à découvrir ces concepts
par une réflexion faite sur l'expérience
elle-même (et non sur son principe).
DÉFAUT, D. Mangel ; au sens péjo-
ratif, Fehler ; E. Defect (C. Fauli) ;
L Difetto.
A. Différence en moins d’une quan-
tité par rapport à une autre quantité
servant de repère. « Valeur approchée
par défaut. »
B. Absence de ce dont la présence est
attendue ou souhaitable. « Faire dé-
faut. » — « A défaut de. »
C. Détail irrégulier, point sur lequel
une chose n’est pas telle qu’elle devrait
être : « Un défaut de perspective. »
— « Un défaut de raisonnement, de
composition. » — « Le défaut d’une
théorie. »
206
ES
devenu le plus usuel : trait de carac.
tère, manière d'agir ou de penser habi-
tuelle qu'il serait souhaitable de corri.
ger. Ce mot ne s'emploie, même quand
il est question de « graves défauts », que
pour des imperfections moins condam-
nables que des vices*, et surtout plus
extérieures, pénétrant moins profon-
dément la personnalité : « Les vices
partent d’une dépravation du cœur ;
les défauts d’un vice du tempérament.
La BRuYÈRE, Caractères, ch. XII.
Rad. int.: Mank; (au sens péjoratif)
Defekt.
DÉFICIENTE (Cause), L. Scol. Causa
deficiens. Celle qui agit par son absence
ou son abstention. « Cette région (la
région des vérités éternelles, dans l’en-
tendement divin) est la cause idéale du
mal, pour ainsi dire, aussi bien que du
Par litote, mais en un sens qui est | bien ; mais à proprement parler, le
un sens plus étroit (J. Lachelier.) — Ce que nous appelons déduction est encore
plus large que le ovAñoytouoe même d’ARisToTE, car d’après lui le ouAAoytouéc
a toujours deux prémisses, ni plus ni moins (Anal. priora, 1, 23 ; 40b, etc.) et la
déduction moderne, par exemple en mathématiques, peut prendre des formes
beaucoup plus variées. (L. Couturat.)
Je trouve juste cette observation (que la déduction ne va pas nécessairement
du général au particulier) ; mais il faudrait alors distinguer deux espèces de
déduction : analytique, qui pose des prémisses complexes, et en montre la dépen-
dance à l’égard d’un ou de plusieurs éléments qui y sont contenus ; synthétique,
qui part au contraire de principes simples, et constitue par leur combinaison des
conséquences complexes. (C. Ranzoli.) — Cf. Wunopr, Logik, II, 29.
Cependant, même dans le cas où la déduction ne va pas du général au
particulier quant à ses résultats, il semble qu’elle implique toujours un passage au
moins virtuel et enveloppé par le général. L’universalité, la nécessité, le caractère
analytique et formel paraissent être les traits spécifiques de ce raisonnement.
(M. Blondel.)
Sur Défaut. — L'opposition de l'excès (brepoyr, qui veut aussi dire supériorité ;
ou ÜnepBoan, plus souvent péjoratif) et du défaut (£Akeuic), au sens À, a été
un thème important dans la philosophie pythagoricienne ; elle se retrouvait,
selon cette école, dans un grand nombre d’antithèses plus spéciales, formant
une double série analogique.
Sur Déficiente (cause). — L'idée d’une « cause qui agit par son absence » est-
elle fondée sur le canon : « Sublata causa tollitur effectus » ? Un moderne dirait que
la déficience de la cause est cause de la privation de l'effet. Pour les scolastiques,
la cause semble être un sujet réel, émettant ou non des effets selon son libre-
arbitre ; pour les modernes, la cause est un phénomène inséré dans un détermi-
207
formel du mal n’en a point d’efficiente,
car il consiste dans la privation, c’est-
à-dire dans ce que la cause efficiente
ne fait point. C’est pourquoi les Scolas-
tiques ont coutume d’appeler la cause
du mal déficiente. » LEIBNI1Z, Théodicée,
re partie, $ 20.
DÉFINISSANT, voir Définition B
et C.
Le mot définition s'appliquant pres-
que toujours, depuis Wolff, à l’énoncé
d’une équivalence entre un terme défini
et un ensemble de termes qui en cons-
tituent la définition* (au sens B), nous
proposons d’adopter, pour ce sens B,
le terme définissant. P. ex. : « Un
nombre pair (défini) est un nombre
divisible par deux (définissant). »
Rad. int. : Definant.
DÉFINITION
DÉFINITION, G. “Opoc, éptouéc, em-
ployés à peu près indifféremment par
ARISTOTE, selon BoniTz; L. Finis,
definitio; D. Dcfinition, Begriffsbe-
stimmung ; E. Definition ; Definizione.
LociQuE GÉNÉRALE. À. La définition,
considérée comme opération de l’esprit,
consiste à déterminer la compréhension
caractérisant un concept. « Definition
and division are severally the resolution
of the comprehension and of the ex-
tension of notions into their parts!. »
HAMILTON, Lect. on Logic, VIII, 26.
LoGiQuE FORMELLE. Par suite, défi-
nition désigne, au point de vue formel :
B. L’ensemble des termes connus
dont la combinaison détermine le con-
1. « La définition et la division sont respectivement
la résolution de l'extension et de la compréhension d'un
concept en leurs parties. »
nisme. — Dire qu’en m’abstenant de la bienfaisance, je suis la cause déficiente de
la misère de celui que je n’ai pas secouru, et que sa misère n’est que la privation
de l’aisance, on ne voit pas en quoi cela me justifie. L'avocat qui plaide non
coupable en montrant que son client n’a agi que par omission, luilancele pavé de
l'ours. (Maurice Marsal.)
Sur le sens de la notion de cause, ses variations et ses équivoques, voir ci-dessus
Cause*, Critique et Observations. — Quant à l’adage : « Sublata causa, tollitur
effectus », il ne saurait être admis comme universellement valable : ilest solidaire de
l’idée non critique que tout effet a sa cause, une cause unique et toujours la même,
alors qu’en fait un résultat donné peut provenir de plusieurs systèmes différents
d’antécédents, de même que 60 peut résulter de 50 + 10, de 45 + 15, de 33 +
+ 27, etc. Et de plus, dans ce qu’on appelle communément cause et effet, il arrive
que le second persiste alors que le premier a disparu : par exemple le trou produit
par une balle dans la cible, la forme donnée au métal par un moule qui a ensuite
été détruit, etc. (A. L.)
Sur Définition. — La rédaction de cet article a été profondément modifiée
quant à sa forme et complétée quant à son fond dans les séances du 26 mai et
du 16 juin 1904.
A la séance du 26 mai, J. Lacheller a fait observer que la Logique de PorT-
Roya est loin de représenter la Logique classique. Elle est bien plutôt une critique
de la logique scolastique et traditionnelle, faite du point de vue de Descartes
et de Pascal ; cette critique est souvent décevante, en ce qu’elle est implicite : les
termes scolastiques y sont pris dans une acception nouvelle, qui fausse ou qui
laisse dans l'ombre le sens vrai des problèmes scolastiques. Au fond, Port-Royal
®e croyait pas à la vieille Logique, et l’a défigurée plus ou moins volontairement.
— Lacheller invitait en conséquence les auteurs de la rédaction à rechercher
les sens antérieurs des distinctions mentionnées, et leur signalait en particulier
DÉFINITION
cept défini, et est représentée par un
terme unique. Ex. : « Prouver tout, en
substituant mentalement les définitions
à la place des définis. » PascaL, Esprit
géométrique, II. Ed. Brunschvicg, 191.
— Cet usage est courant dans la sco-
lastique, où le mot parait même avoir
eu fondamentalement ce sens plutôt
que le suivant. — On dirait mieux,
aujourd’hui, le définissant*.
C. L’expression énonçant l’équiva-
lence d’un défini et de son définissant
(Aembrum definitum, membrum defi-
niens. HAMILTON, Logic, X XIV, 82);
c’est-à-dire, dans le cas où cette expres-
sion est rigoureusement formulée, une
identité dont le premier membre est le
terme à définir, et dont le second mem-
bre se compose uniquement de termes
et de signes connus.
D. Par extension, mais impropre-
ment, on applique le nom de Définition
à toute proposition réciproque, univer-
selle ou singulière. Ex. : « La Lune est
le satellite de la Terre. »
E. On admet en outre, dans la Lo-
gique algorithmique et dans les Ma-
thématiques, sous le nom de définitions
indirectes, deux espèces d’opérations
qui ne sont pas des définitions au sens
208
propre du mot, mais qui en tiennent
lieu par le rôle qu’elles jouent dans la
science :
19 La définition par abstraction d'une
fonction logique, soit F (x), consiste à
indiquer à quelles conditions on à
l'égalité (logique ou mathématique) :
F{x) = F{y)
x et y étant des valeurs appartenant
à une certaine classe, relativement à
laquelle la fonction F est définie. Par
exemple, on « définit par abstraction »
la masse, la température, le potentiel
électrique, etc., en indiquant les condi-
tions d'égalité de ces grandeurs.
20 La définition par postulats consiste
à « définir » un ensemble de notions en
énonçant, comme axiomes ou postulats,
les relations fondamentales que ces
termes vérifient et qui constituent les
fondements nécessaires et suffisants de
leur théorie. Par exemple, on peut
constituer la Géométrie tout entière au
moyen d’un certain nombre d’axiomes
ou postulats contenant les notions pre-
mières de point et de segment, ou de
point et de mouvement. Ces notions indé-
finissables sont considérées comme dé-
finies par l’ensemble des postulats.
HAMILTON comme ayant conservé dans ses Leçons de logique une terminologie
plus conforme à l’usage ancien.
Ce travail a été fait, et lecture en a été donnée par M. Lalande à la séance du
16 juin. On le trouvera plus loin, en Appendice, augmenté de quelques documents
nouveaux. On y voit combien de sens différents, et parfois tout opposés, ont été
donnés, au cours de l’histoire de la philosophie, à l'opposition entre les « définitions
de mots » et les « définitions de choses ».
Sur le meilleur usage à suivre dans l’emploi actuel de ces expressions, une
longue discussion a eu lieu, à laquelle ont pris part M. Bernès, G. Belot, Brunschvicg
Couturat, Delbos, E. Halévy, J. Lacheller, A. Lalande et Malapert, dans la séance
du 26 mai 1904 ; Chartier, Couturat, E. Halévy, A. Lalande, Le Roy et Rauh
dans la séance du 16 juin. Cette discussion s'était engagée sur l’idée, démontrée
depuis lors beaucoup trop simple, que les deux emplois distingués ci-dessous
étaient seuls en jeu. Elle a porté sur les deux questions suivantes :
. 1° Dans l’usage contemporain, les exprersions définition de choses et défini-
tion de mots sont-elles prises au sens scolastique (énonciation de l'essence, dési-
gnation suffisante par quelques propriétés}, où au sens de Port-Royal (analyse
d’un concept préexistant, création d’un concept nouveau) ? — Il a été constaté que
l'usage était très divers sur ce point de chez les professeurs philosophie, et qu’on
donnait même quelquefois à ces mots d’autres sens encore. Ainsi F. Rauh considère
DÉFINITION
Les mathématiciens s'efforcent de
remplacer autant que possible ces défi-
nitions indirectes par des définitions C,
qui permettent seules d'établir l’exis-
tence et l’unicité de la notion définie
(Cf. BuraLi-FonTi, Sur les différentes
méthodes logiques pour la définition du
nombre réel, Congrès de philosophie,
4900, III, 289).
CRITIQUE
L'origine historique du sens que nous
attribuons au mot Définition et des dis-
tinctions que nous y faisons remonte à
ARISTOTE. La définition est pour lui la
formule qui exprime l'essence d’une
chose. « "Eorr S'époc LEv A6Yos Tù Ti hv
elvat onuæivov. » Topiques, I, 4, 1012.
« ‘Opiouds pèv yap Tob Ti Éatt xal
odolac. » 28 Analyt. II, 3, 90b. Cette
essence se compose du genre et des
différences*, il en sera donc de même
de la définition (Topiques, I, 6, 1038).
D'où la règle scolastique que la défi-
nition se fait per genus prorimum et
differentiam specificam.
D'autre part, comme l’objet qu’on se
propose de définir peut être la significa-
tion d’un mot, il s'ensuit que certaines
définitions auront pour objet le rapport
d’un terme à ce qu'il désigne. « Davepdv
Br à uèv ri Éorar A6yog Tob ti onpaivet
ru bvoua….. olov rè ti onualver, ti att ÿ
rplywvov. » 2e8 Analyt., II, 10, 948.
Celui qui définit peut donc avoir en
vue soit un mot, soit une chose : « ‘O
éptbépevos Belevvatv À Ti éonv À Ti
omualver voëvouæ. » Jbid., II, 7, 92.
Cette remarque a donné lieu dans la
scolastique à la distinction des defini-
tiones quid rei et des definitiones quid
nominis (définitions de choses ou réelles,
et définitions de mots ou nominales).
Sur les sens très divers donnés à cette
distinction, voir au Supplément à la fin
du présent ouvrage.
Pour le cartésianisme, particulière-
ment représenté à cet égard par l’Es-
prit géométrique de PascaL et par la
Logique de Port-RoyaL, la définition
est surtout considérée comme « un
remède à la confusion qui naît dans nos
pensées et dans nos discours de la con-
fusion des mots. » PorT-RoyaL,1f€ par-
tie, ch. xu1. Elle a donc une valeur, non
plus métaphysique, mais essentielle-
ment psychologique et méthodologique.
La distinction la plus importante à cel
égard est donc, pour ses auteurs, celle
des cas où l’on définit un terme nou-
les définitions de choses comme des propositions augmentant l'idée que nous
avons d’un sujet et qui peuvent être par conséquent vraies ou fausses ; les défini-
tions de mots ne consistent que dans l'imposition d’un nom désignation) et leur
seule condition est que ce nom restetoujoursle même en vue d’un objet scientifique
à poursuivre. M. Chartier entend par définition de mots celle qui ne considérerait
que les signes et leur rapport, en faisant abstraction totale de ce qu'ils représentent,
non seulement dans le défini, mais même dans le définissant. Il considère par suite
cette sorte de définition comme une limite vers laquelle tend la définition de
choses à inesure qu’elle s'éloigne du réel, mais qu’elle ne pourrait jamais atteindre
sans tomber dans un pur non-sens. |
20 Doit-on appeler définition toute proposition dont l’attribut convient
uni defunito et toti ? P. ex. : « L'homme est un bipède sans plumes; l'horloge est
l’objet que voici sur le mur entreles deux fenêtres, etc. » — L'accord n'a pu s'établir
sur ce point, par suite du fait même que plusieurs membres de la Société voyaient
Précisément là des exemples de définitions nominales. On a donc maintenu les
deux sens dans le texte ci-dessus, en les distinguant par les épithètes essentielle
et accidentelle. Ù
Nous ajoutons ci-dessous quelques autres chservations qui nous sont trans-
mises par des membres ou des correspondants de la Société : =
Le terme « définition empirique » est en effet courant ; mais ne vaudrait-il
DÉFINITION
210
veau (ou un terme ancien, destitué de
tout autre sens que celui qu’on lui
assigne) et des cas où l’on prétend, par
la définition expliquer sans y rien chan-
ger unesignification préexistante. (Voir
au Supplément.)
HAMILTON admet, à lasuite de KruG,
trois sortes de définitions : nominales,
réelles et génétiques (Lectures on Logic,
XXIV, 83). Pour les deux premières,
voir également au Supplément; la troi-
sième consiste à considérer le défini
dans son progrès et son devenir, à en
faire connaître la génération. L’origi-
nalité de cette classe de définitions est
généralement reconnue ; mais elle peut
elle-même se subdiviser, et recevoir des
sens assez différents.
Pour CourTe, les définitions sont
« simplement caractéristiques » quand
elles indiquent « une propriété qui,
quoique vraiment exclusive, ne fait pas
connaître la génération de l’objet » ou
« réellement explicatives, c’est-à-dire
caractérisant l’objet par une propriété
qui exprime un de ses modes de géné-
ration. » Cours, x11° leçon, éd. Schlei-
cher, p. 248.
Enfin L. Liarp a distingué d’une
part les définitions géométriques, qui
servent à constituer la matière d’une
science et en forment par conséquent Je
début ; — et d’autre part les définitions
empiriques qui résument les connais.
sances acquises inductivement et qui
par suite ont leur place à la fin d’une
science. Les premières, dit-il, peuvent
encore être appelées formelles, synthé.
tiques, où par génération ; les secondes
matérielles, analytiques où par composi.
tion. (Des définitions géométriques et des
définitions empiriques, p. 205-206.)
On voit par ce qui précède combien
l'usage de ces divisions a été variable
dans la philosophie moderne. Il en est
résulté que dans le langage et l’enseigne-
ment contemporain, les mêmes formules
(en particulier les expressions défini-
tions de mots et définitions de choses)
sont prises dans des sens tout à fait
différents, entre lesquels il s’établit
d’inextricables confusions. (Voir les Ob-
servations ci-dessous, et le Supplément à
la fin du présent ouvrage.) Nous pro-
posons donc de les laisser entièrement
de côté, et de retenir seulement les
distinctions suivantes, qui ont semblé
les plus utiles au point de vue des
problèmes qui se posent actuellement
FF 911
dans la logique et la méthodologie :
4° Pour la distinction entre la défini-
tion des concepts donnés d’avance (p.
ex. par la connaissance de leur exten-
sion) et celle des concepts créés par
Pacte même de la définition : définitions
explicatives et définitions constructives.
2° Pour la distinction entre les défini-
tions qui expriment l’essentiel d’un con-
cept, et celles qui donnent seulement le
moyen de reconnaître à quoi il s’ap-
plique : définitions essentielles et défini-
tions accidentelles. (Terines déja propo-
sés en ce sens par J. S. Mic (Logic,
livre I, ch. vint, $ 3-4) et par E. GoBLor.)
3° L'expression : définition par géné-
ration, qui est claire et usuelle, nous
paraît également devoir être retenue.
Elle serait une espèce du genre défini-
tion essentielle. — 4° On peut également
retenir les termes définitions empiriques
et définitions géométriques en tant qu’ils
s'appliquent aux deux rôles de la défi-
nition distingués plus haut; mais il
n’en est pas de même des autres termes
indiqués par M. Lianp comme leur
étant équivalents, et qui sont au con-
traire de nature à créer des confusions.
En logique formelle rigoureuse, il ne
saurait y avoir que des définitions cons-
DÉGÉNÉR ESCENCE
tructives, au sens ci-dessus expliqué, et
les définitions y sont toujours essen-
tielles, attendu que les concepts n’y ont
point d’autre existence que celle qui
leur est conférée par leur définition.
Qu'ils préexistent ou non à cette opéra-
tion, cela constitue une distinction très
importante au point de vue psycholo-
gique, mais dont on n’a jamais à tenir
compte au point de vue de la logique for-
melie. KANT reconnaït en ce sens, qu’à
parler rigoureusement « bleiben keine
anderen Begriffe übrig, die zum defini-
ren taugen, als solche, die eine willkür-
liche Synthesis enthalten, welche a prio-
ri construirt werden kann : mithin hat
nur Mathematik Definitionen! ». Raison
pure, À. 730, B. 757.
Rat. int. : A. Defin; B. Definant ;
C. Definaij.
DÉGÉNÉRESCENCE. D. Entartung ;
E. Degeneration ; 1. Degenerazione.
Au sens général, altération d’un or-
| ganisme ou d’un organe qui l’amène
| à une forme jugée inférieure. (Cette
1. « 11 ne reste pas d’autres concepts au moyen des-
quels on puisse vraiment définir que ceux qui contiennent
une synthèse décisoire, qui peut être construite a priori :
aussi la mathématique seule a-t-elle des définitions. »
pas mieux dire « définition expérimentale », comme on dit « sciences expérimen-
tales », pour éviter l'import péjoratif du mot « empirique », et écarter l’idée que
de telles définitions sont parfaitement expliquées par la théorie « empiriste » de
la connaissance ? (R. Daude.) — Certainement, si l’on pouvait changer un usage
aussi général. Peut-être dans ce cas vaudrait-il encore mieux dire « définition
expérientielle », pour éviter un autre faux-sens. (A. L.)
En fait, toute définition explicite et suffisante implique : 4° une détermi-
nation du concept pour la pensée (soit que les éléments de cette détermination
soient empruntés à des notions empiriques, ou à des intuitions rationnelles pré-
existantes, soit qu'ils résultent de simples positions (postulats) préalables ; et
29 l’application d’un signe à cet ensemble d’éléments ; la mise en forme de la
définition, par une équation entre le signe choisi et les concepts élémentaires qui
en constituent la signification.
De là une double tendance dans l'interprétation des définitions 10 la
tendance psychologique, qui intègre la définition dans la vie de l'esprit, et insiste
sur les opérations qui constituent la genèse de la définition ; elle peut conduire à
appeler définition toute attribution d’un sens, même mal délimité et vague, à un
concept ; à cette tendance se rattachent les diverses conceptions courantes du mot.
29 La tendance logique pure ou formelle (C), qui ne garde de l’opération que sa
forme l’équation de deux membres, abstraction faite de leur origine, et qui n’est
soumise à d’autres conditions que celles-ci : 1) absence supposée de tout flottement
dans les termes employés ; 2) distinction formelle des deux membres de l’équation.
C’est en quelque sorte une notion limite de la définition qui suppose la possibilité
radicale de séparer le résultat de l’opération de l’opération elle-même (par abstrac-
tion), et c’est là le point contestable de la thèse. En poursuivant l’absolue rigueur
logique, inaccessible tant qu’il reste une donnée, on ne laisse plus subsister que le
cadre verbal, arbitraire ; et si une simple description empirique n’est pas encore
(faute de rigueur) une définition, une égalité logique arbitraire n’est plus une
définition, si rigoureuse qu’elle soit, faute de contenu.
Aussi, dans l’application, même les mathématiques pures n’atteignent pas à
cette rigueur, et se donnent une matière, qu’elles adaptent à la forme pure,
autant que possible, en la posant par voie de postulats. » (M. Bernès.)
Dans toutes les sciences, la définition per generationem tend à se substituer
à la définition essentielle ou réelle ; car c’est le fieri qui éclaire l’esse, en faisant
comprendre « ce qui est » par la loi du développement qui permet d’en voir la
possibilité, d’en reconstituer la réalité, et d’en reproduire ou d’en accroître la
fécondité. » (M. Blondel.) — L’assertion de M. Blondel: « c’est le fieri qui explique
l'esse », sans contre-partie, n’est-elle pas récurrente ? S’appliquerait-elle à la
définition même du fieri, à l'identité, aux concepts purs a priori, à Dieu?
(M. Marsal.)
DÉGÉNÉRESCENCE
infériorité consiste le plus souvent en
ce que l'organisme ou l'organe en ques-
tion ne peuvent plus accomplir tout
ou partie des fonctions auxquelles ils
étaient adaptés. Elle consiste aussi,
mais exceptionnellement, dans le re-
tour du sujet considéré à un stade d’évo-
lution antérieur.)
On appelle spécialement Dégénérés
(MorEL, 1857; terme popularisé par
MacNanw, 1890), des individus caracté-
risés par un certain nombre d’anoma-
lies anatomiques ou fonctionnelles : asy-
métrie notable de la face, déformation
de l'oreille, irrégularité de la dentition,
rachitisme, troubles sexuels ; instabi-
lité mentale, caractère impulsif et porté
aux excès, défauts du langage, folie
morale, criminalité, ete.
Rad. int. : Degeneres (état) ; — ad
(processus).
DÉGRADATION de l'énergie. (Voir,
pour les équivalents étrangers, la cri-
tique ci-dessous.)
Propriété qu'a l’énergic*, tout en res-
tant constante en quantité, de se ré-
partir entre les corps d'une manière de
plus en plus uniforme, et par là de
devenir de moins en moins manifeste
pour les sens, de moins en moins utili.
sable pour l’action.
CRITIQUE
Cette locution est d’introduction ré-
cente dans le langage des physiciens.
On la trouve notamment chez Jour.
FRET, Introduction à la théorie de l’éner-
gie (1883) et chez Bernard BRUNKHES,
La dégradation de l'énergie (1899). Sir
W. Tuomusox (lord KELvIN) avait créé
pour désigner cette propriété l’ex-
pression dissipation of energy, qui vise
particulièrement le cas d’un gaz, dont
les molécules se répandent par diffu-
sion, ou celui d’un système non isolé
qui perd son énergie par rayonnement
au fur et à mesure que les réactions
intérieures la transforment en chaleur.
Mais comme la propriété en question
ne subsiste pas moins dans un système
entièrement isolé, il est préférable d'em-
ployer l'expression plus générale indi-
quée ci-dessus.
Rad. int. : Degradad.
213
——
DÉISME, D. Deismus ; E. Deism ;
1. Deismo.
Ce mot a été pris en des sens très
variables : il a été créé au xvi® siècle
par les Sociniens pour se distinguer des
athées. Pascar l’oppose à la fois au
christianisme et à l’athéisme, mais con-
clut qu’athéisme et déisme « sont deux
choses que la religion chrétienne abhorre
presque également », Pensées, pet. éd.
Brunschvicg, p. 579-580 et 581. —
CLARKE, qui en a distingué méthodi-
quement les différentes formes, l’ap-
plique à toutes les conceptions philo-
sophiques de Dieu, quelles qu'elles
soient (Traité de l'Existence et des attri-
buts de Dieu, t. IT, chap. 11). KANT
oppose au contraire le déisme au théisme.
« Der erstere ( Deist) gibt zu, dass wir
allenfalls das Dasein eines Urwesens
durch blosse Vernunft erkennen kôn-
nen, aber unser Begriff von ihm bloss
transcendental sei, nämlich nur als von
einem Wesen, das alle Realität hat,
die man aber nicht näâher bestimmen
kann ; der zweite {Theist) behauptet,
die Vernunft sei im Stande, den Ge-
DÉISME L
genstand nach der Analogie mit der
Natur näher zu bestimmen, nàmlich
als ein Wesen, das durch Verstand
und Freiheit den Urgrund aller ande.
ren Dinge in sich enthalte!. » Raison
pure, « Critique de toute théologie ».
À 631, B 659.
Déisme, en français, a gardé de son
origine une nuance souvent péjorative;
il a été employé comme un terme de
réprobation, par les orthodoxes, à l’é-
gard de ceux qui se bornent à croire en
Dieu, sans accepter les dogmes et les
pratiques d’une religion déterminée. Il
est au contraire pris en bonne part chez
les Éclectiques, et s’y applique à la
« religion naturelle », c'est-à-dire à la
doctrine des philosophes qui « n’ad-
1. « Le premier {déiste) accorde bien que nous pouvons
acquérir par la raison seule la connaissance de l'ezistmee
d'un être primitif, mais que le concept que nous en avons
reste simplement transcendental, c'est-à-dire est celui
d'un être qui a toute réalité, mais qu'on ne peut pas
déterminer plus étroitement ; le second (UÜéiste) prétend
que la raison est capable de déterminer plus étroitement
cet objet de pensée par analogie avec la nature, c'est-à-
dire de le concevoir comme un être qui contient en 8oi,
par son entendement et sa liberté, le principe prernier
de toutes choses."
Sur Déisme. — Pascal, dans l’article des Pensées cité ci-dessus, suivait d’ailleurs
Sur Dégénérescence. —— « Déviation maladive d'un type primitif. Cette dévialion
renferme des éléments de transmissibilité d’une telle nature que celui qui en
porte le germe devient de plus en plus incapable de remplir sa fonction dans
l'humanité et que le progrès intellectuel, déjà enrayé dans sa personne, se trouve
encore menacé dans celle de ses descendants. » MorEL, Traité des dégénérescences
physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, p. 5. Texte communiqué
par Georges Sorel, qui ajoute ceci : « Morel oppose sa conception à celle des natu-
ralistes qui ont emplové le mot dégénération pour indiquer le retour des variétés,
obtenues par sélection, au type ancien. L’aboutissement de la dégénérescence est
l'être qui ne peut plus se reproduire (p. 15 et p. 34.) »
Il est intéressant de remarquer, car cela montre l’inexactitude du terme que,
les idiots et les imbéciles ne sont pas compris dans les dégénérés, au sens propre
du mot dans l'école de MaGnan. Ce mot est surtout appliqué aux obsédés et aux
impulsifs, c'est-à-dire aux psychasthéniques. (Pierre Janet.)
Sur Dégradation de l’énergie. — Cette expression est encore évitée par les phy-
siciens qui s’attachent à des formes précises de langage et ne correspond pas
jusqu'à présent à une conception claire et distincte. (P. Tannery.)
Cette critique paraît trop sévère. J’ai consulté sur ce point Henri Pellat, qui
considère au contraire ce terme comme très utile et la notion qu’il représente
comme bien définie. (A. L.)
l’usage de son temps. En 1624 le P. Mersenne publia un livre intitulé L’Impiété
des déistes, athées et libertins du temps. Il y combattait un poème intitulé L’Anti-
bigot ou les Quatrains du déiste, qui courait le monde vers 1622-23 et dont l’auteur
opposait le « Déiste » à la fois à l’ « Athée » et au « Bigot » : le Déiste croit à l’exis-
tence d’un Dieu, mais qui n'intervient pas dans les affaires humaines. (Voir
STROWSKI, Pascal et son temps, 1, p. 205-207.) » (E. Leroux.)
Déisme se trouve déjà chez VireT, dans l'Épitre dédicatoire de la seconde
partie de son Znstruction chrétienne (parue en 1564) : « Il y en a plusieurs qui confes-
sent bien qu'ils croyent qu’il y a quelque Dieu et quelque Divinité, comme les
Turcs et les Juifs. J’ai entendu qu'il y en a de cette bande qui s’appellent Déistes,
d’un mot tout nouveau, lequel ils veulent opposer à Athéisme. »
Théiste est d'origine anglaise. Voir BayLe, Réponse aux questions d’un
provincial, III, 13 : « Je me sers de ce mot à l’imitation des Anglais pour signifier
en général la foi à l'existence divine. » Parmi les Anglais, il semble que ce,mot
ait été mis en usage notamment par CunworTH. (Textes et renseignements commu-
niqués par Eucken. Voir du même auteur une étude sur le mot Déisme dans les
Beiträge zur Geschichte der neueren Philosophie, 1886, p. 171.)
« C'était un athée de profession et d'effet, s’il peut y en avoir, au moins un
franc déiste. » SAINT-SIMON, Mémoires, année 1708. Ed. de Boislile, XV, p. 417.
— Texte communiqué par L. Brunschvicg.
La distinction faite par Kant est empruntée à Hume, et était déjà usuelle à
son époque. Voir UEBERWEG, Die Neue Zeit, I, 153 (Ed. de 1896). (F. Rauh.)
DÉISME
214
mettant que l’existence de Dieu, l’im-
mortalité de l’âme et la règle du devoir,
rejettent les dogmes révélés et le prin-
cipe même de l'autorité en matière
religieuse. » FRANck, Sub. Ve.
CRITIQUE
Ce terme prête à la confusion et ne
nous paraît pas utile à conserver en
dehors de ses applications historiques.
Rad. int. : Deism.
DÉLIBÉRATION, D. Überlegung
(plus général); E. Deliberation; 1.
Deliberazione.
État psychologique dans lequel on
se trouve, lorsque, ayant conçu un acte
volontaire comme possible, on en sus-
pend l’exécution jusqu’à nouvel ordre
pour examiner d’une façon consciente
et réfléchie, s’il faut ou non l’accom-
plir. S’oppose à impulsion.
CRITIQUE
On définit plus ordinairement la déli-
bération comme une comparaison des
motifs pour ou contre un acte donné.
Mais cette définition, même si l’on joint
aux motifs intellectuels les mobiles
affectifs, a le défaut de présenter le moi
qui délibère comme un spectateur con-
templant des forces ou des raisons qui
a,
lui sont extérieures, tandis qu’il ne s’en
distingue en réalité que par abstraction
Rad. int. : Deliber.
DÉLIRE, D. Delirium ; E. Delirium .
I. Delirio. .
État mental temporaire, caractérisé
par la confusion des états de cons-
cience, leur désordre, l'intensité des
images, qui deviennent le plus souvent
hallucinatoires et déterminent parfois
des actes violents et anormaux.
Rad. int. : Delir.
DÉMENCE, D. Blôdsinn, Schwach-
sinn ; E. Dementia ; I. Demenza.
On dit proprement d’un aliéné qu'il
est dément lorsque après avoir présenté
pendant un temps plus ou moins long
des troubles mentaux caractérisés, il
est tombé dans un état de faiblesse
d'esprit et d’incohérence mentale.
Rad. int. : Dement (adjectif).
Démérite, voir Mérite*.
tisan, ouvrier.
Terme par lequel PLATON, dans le
Timée, désigne le dieu fabricateur de
l’univers. Le même mot avait déjà été
| DÉMIURGE, G. Amuoweyéc, litt. ar-
pris comme terme de comparaison par
Sur Délibération. — On aurait tort de joindre aux motifs intellectuels les
215
DÉNOMBRABLE
SocRATE en parlant de la fabrication du
corps humain. (D’après XÉNOPHON,
Mémorables, 1, 1v, 7.) PLATON toutefois
(Timée, 41, A) distingue le démiurge ou
fabricateur suprême, qui fait lui-même
l'Ame du monde, des dieux inférieurs
créés par lui, et chargés de la création
des êtres mortels. (Cf. une distinction
analogue chez XÉNoPHoN, Mém., IV,
ut, 13.)
PzorTin emploie également les termes
Snuroupyeiv, Onproupyéc, en parlant de
l'Ame du monde (Enn., II, 9). Quel-
ques gnostiques font aussi du Démiurge
un créateur ou un organisateur du
monde distinct du Dieu suprême, et
dont l’acte est même considéré par cer-
tains d’entre eux comme une faute.
DÉMOCRATIE, G. Anuoxpatia; D.
Demokratie ; E. Democracy ; 1. Demo-
crazia.
A. État politique dans lequel la sou-
veraineté appartient à la totalité des
citoyens, sans distinction de naissance,
de fortune ou de capacité.
B. Parti politique soutenant la démo-
cratie au sens A.
Rad. int. : Demokrati.
DÉMON, G. Salpwv, +ù Sœuéviov,
puissance spirituelle inférieure à un
dieu, mais supérieure aux hommes;
D. Dämon,; E. Demon ; 1. Demonio.
A. Au sens du mot grec défini ci-
dessus. Se dit en particulier du « démon
Le mot est également pris en bonne
part dans Bazzac, Séraphita, II et III.
(Éd. Calmann-Lévy, p.83 et 107).
B. « Le Démon », principe actif du
mal, considéré comme un être personnel
dans l’Ancien etle Nouveau Testament ;
il est aussi appelé « le Mauvais »,
Iovnpés (ce que l’on traduit souvent
par « le Malin », au sens ancien de ce
mot).
C. Mauvais esprit; être malfaisant
qui, agissant sur l’homme ou pénétrant
en lui, est cause de vice, de trouble
mental, ou de maladie. En ce sens +è
Sawuéviov est pris au propre dans les
Évangiles (p. ex. Matthieu, XII, 37;
XVII, 17; Luc, IV, 33; VIII, 27-38;
etc.) Mais « démon » est fréquent au
figuré chez les moralistes : le démon
du jeu, le démon de l’ambition, etc.
(LiTTRé fait remarquer que « diable »,
synonyme de démon ausens propre, ne
s’emploie jamais dans les expressions
figurées de ce genre).
Rad. int. : Démon.
DÉMONSTRATION, D. Demonstra-
tion, Beweis ; E. Demonstration ; 1. Di-
mostrazione.
Une démonstration est une déduc-
tion destinée à prouver la vérité de sa
conclusion en s'appuyant sur des pré-
misses reconnues ou admises comme
vraies. Cf. PREUVE*.
Démonstration par l'absurde, voir A b-
surde*.
mobiles affectifs, en grande partie inconscients ou tout au plus demi-conscients,
et qui n’entrent en aucun cas dans la délibération proprement dite (bien qu'ils
puissent exercer sur elle une influence occulte et très grande). (J. Lachelier.) — On
entendrait dans ce cas par mobiles les causes d’action qui reposent sur un état
affectif actuel, et par motifs celles qui reposent sur une idée ou sur un état lointain,
plutôt connu que représenté. Les unes et les autres peuvent entrer dans la délibé-
ration : on peut délibérer entre le désir actuel du repos et l’idée d’un devoir à
accomplir. (A. L.)
Sur Démence. — On dit surtout qu’il y a démence quand cette faiblesse d’esprit
est considérée comme incurable, quand il ne s’agit pas d’un affaiblissement fonc-
tionnel, mais d'une destruction organique et définitive de l'intelligence. De là la
difficulté du diagnostic de la démence. (Pierre Janet.)
Nous avons supprimé dans la rédaction définitive de cet article un paragraphe
sur la démence précoce, dont la définition soulève des discussions encore pendantes
entre les aliénistes. M. RanzoL: nous signale d'autre part la démence sénile comme
contre-partie de la démence précoce. (A. L.)
de Socrate » (Socratis genius). Voir
dans LÉLUT, Le démon de Socrate
(1re édition, 1836 ; 2e éd., augmentée,
1856) les textes de PLATON, de XÉNo-
Paon et de PLUTARQUE relatifs à cette
question.
Rad. int. : Demonstr.
DÉNOMBRABLE, D. Abzählbar ; E.
Countable ; I. Numerabile.
A. Qui peut être compté et repré-
senté par un nombre entier.
Sur Démonstration. — 11 me semble que la démonstration suppose la vérité déjà
connue, tandis que la déduction fait trouver ou retrouver la vérité en s'appuyant
sur les raisons en vertu desquelles nous la connaissons, ou même en vertu desquelles
elle existe. (J. Lachelier.) — Déjà connue au point de vue psychologique, sans
doute, mais non reconnue comme vérité au point de vue logique ; en sorte qu’à
cet égard la différence spécifique de la démonstration, dans le genre déduction,
consiste seulement dans le fait de prouver que sa conclusion est vraie, et non pas
seulement qu’elle est impliquée par telles autres propositions, vraies ou fausses.
(L. Couturat.)
DÉNOMBRABLE
216
PIS
B. Qui a la même puissance que la
suite des nombres entiers positifs.
Rad. int. ; Kontebl.
DÉONTOLOGIE, D. Deontologie
Pjlichtenlehre ; E. Deontology ; 1. Deon.
tologia.
ÉrH. (Terme créé par BENTHAM .
Deontology or the science of morality
1834, posthume) : Théorie des devoirs. Ce
mot ne s’applique pas à la science du de.
voir en général, au sens kantien : il Porte
au contraire avec lui l’idée d’une étude
empirique de différents devoirs, relative
à telle ou telle situationsociale. Il est par-
DÉNOMINATION, L. Denominatio. ticulièrement employé en français dans
Dans la Scolastique, toute détermi- | l'expression Déontologie médicale (théorie
nation* d’un objet, qui permet de lui | des devoirs professionnels du médecin)
attribuer un nom (substantif ou adjec- Rad. int. : Devoscienc. !
tif). On distinguait les dénominations
intrinsèques, c'est-à-dire les qualités
(essentielles) inhérentes au sujet, et les
dénominations extrinsèques, c’est-à-dire
les relations qu’il soutient avec d’autres
sujets. C’est en ce sens que LEIRNiz
soutient qu’il n°y a pas de dénomina-
tions purement extrinsèques, c’est-à-
dire irréductibles à des dénominations
intrinsèques.
Cf. SpiNoza, Éthique, II, déf. 4; et
Logique de Port-Royaz, 1, ch. 11.
DÉNOMBREMENT Imparfait. — So-
phisme consistant en ce que, dans un
raisonnement où figure une alternative*
qui est supposée épuiser tous les cas
possibles, un ou plusieurs de ces cas
sont omis.
DÉPASSEMENT, (S).
« DÉPERSONNALISATION. » Sans
équivalents étrangers.
On a désigné par ce terme une illu-
sion sui generis, distincte de ce qu’on
nomme d'ordinaire dédoublement de la
personnalité, et consistant surtout à per-
cevoir ses propres paroles et ses pro-
pres actes comme on percevrait quelque
chose d’anormal et d’étranger. Ce phé-
nomène est également distinct de la
paramnésie, bien qu’il l’accompagne
quelquefois (Ducas, Un cas de déper-
sonnalisation, Revue philos., mai 1898 ;
BErRNARD-LEROY, Sur l'illusion dite dé-
personnalisation, Zbid., août 1898).
« DÉNOTATION », E. Denotation.
Voir Connotation*. La dénotation
d’un terme est ce qui correspond à l'ex-
tension* d’un concept. John Stuart
Mricr, Logique, I, chap. 11, 8 5.
| Sur Dénombrement imparfait. — On appelle aussi de ce nom le raisonnement
vicieux qui consiste à se figurer qu’on a prouvé une loi parce qu’on a énuméré
plus ou moins de cas favorables, sans établir qu’il n’y a pas de cas défavorables.
(C. Mélinand.) — Ce serait plutôt l’inductio per enumerationem simplicem, signalée
par Bacon comme un mode insuffisant de démonstration. Dans l'induction
expérimentale, à proprement parler, le dénombrement ne saurait être parfait,
même en tenant compte des négatives. (A. L.)
Sur Dépersonnalisation. — On trouverait probablement Entpersônlichung chez
les écrivains qui s’occupent de psychiatrie. (F. Tônnies.)
— La dépersonnalisation, à l'inverse du dédoublement vrai de la personnalité,
se présente surtout sous la forme de sentiments anormaux que le sujet éprouve à
propos de lui-même : sentiments d’étrangeté, d'irréalité, d'absence totale de la
personne, Voir Obsessions et Psychasthénies, p. 305. Le second cas rentre dans le
même groupe que les précédents en ce qu’il est aussi caractérisé surtout par le
sentiment d’incomplétude, sur lequel vient se greffer une obsession de possession.
(P. Janet.)
Ÿ rentrer dans la même classe un cas
947
DÉSAGR ÉGATION
MM. Pierre JANET et RAymonp font
plus complexe : un obsédé a l’impres-
sion de se perdre lui-même, de sentir
son moi s’éclipser, d’être dominé par
une personnalité différente, dont il mi-
me le caractère et les attitudes. Déper-
sonnalisation et possession chez un psy-
chasthénique, Journ. de psychol., 1, 28.
Rad. int. : Depersonig.
DÉRÉISTIQUE, adj. (assez rare en
français), D. Dereistisch. — En parlant
de la pensée : détachée du réel, autis-
tique* (BLEULER, PIÉRON).
‘ « DÉRÉLICTION », du L. Derelic-
tio, abandon ; D. Geworfenheil.
État de l’homme jeté dans le monde,
qui se sent abandonné à ses propres
forces, sans lumière ni secours à
attendre d’une puissance supérieure, à
l'action ou même à l’existence de
laquelle il ne croit plus.
REMARQUE
L'usage courant de ce terme est
récent ; il a surtout été employé par les
existentialistes ; mais le sentiment qu’il
désigne est déjà souvent exprimé dans
le romantisme; voir notamment Vi-
GNY, « Le Mont des Oliviers », dans
DÉRIVATION, D. Ableitung ; E. De-
rivation ; I. Derivazione.
Aux sens de ce mot dans la langue
courante, en mathématiques, en phi-
lologie, il y a lieu d’ajouter :
A. Substitution d'actes ou de réac-
tions faciles, mais inutiles ou mal ap-
propriés, à un acte adapté aux circons-
tances, mais qui exigerait une tension*
psychologique plus élevée, que le sujet
n'arrive pas à réaliser.
B. Chez PAaRETo, pseudo-raisonne-
ment donnant naissance à une idéologie
superficielle, qui dissimule les vraies
raisons d’être d’une doctrine. Voir les
observations.
C. On a appelé quelquefois le trans-
formisme « théorie de la dérivation des
formes organiques ». Mais bien que
dériver de... soit très usuel en ce sens,
l'expression est peu employée.
Rad. int. : A. Deturn.
DÉSAGRÉGATION psychologique. —
Ce terme, créé par M. Pierre JANET, est
entré dans le langage psychologique
contemporain. L'auteur énonce ainsi
qu’il suit son hypothèse de la désagréga-
tion psychologique, servant à expliquer
les anesthésies, les amnésies, les para-
lysies et les personnalités multiples des
Les Destinées. hystériques : « Les choses se passent
Sur Dérivation, au sens À : « Quand cette dépression se produit (l’abaissement
de la tension psychologique}, les phénomènes inférieurs, action et perception
désintéressées, raisonnement, rêverie, agitation motrice et viscérale subsistent
parfaitement, et même se développent à la place des supérieurs... C’est pourquoi
je suis disposé à considérer cette agitation comme une substitution, une dérivation,
qui remplace les phénomènes supérieurs supprimés. » Pierre JANET, Les névroses,
2e partie, ch. ‘1v, $ 4. — Au sens B : ce sens fait partie, chez-V. Pareto, d’un jeu
systématique d'expressions : résidu, dérivation, dérivée. C'est ce qui, dans les
sciences qui n’ont pas atteint la précision « logico-expérimentale », correspond
respectivement aux principes, aux raisonnements et aux conséquences des sciences
bien constituées. Voir V. PARETO, Traité de sociologie générale, ch. vi à x1. Ainsi
les résidus sont de pseudo-principes mal définis et dictés par des sentiments
(l’auteur prend même quelquefois ce mot pour les sentiments eux-mêmes d’où
naissent ces formules, p. ex. au ch. 1x) ; les dérivations sont les soi-disant arguments
qu’on en tire (et par suite aussi les constructions logiques superficielles qui mas-
quent des tendances ou des sentiments plus profonds, voire même inconscients) ;
enfin les dérivées sont les affirmations qu’on se croit en droit d’en tirer. — Ces
termes ont été adoptés par quelques auteurs de langue française.
j
|
DÉSAGRÉGATION
comme si les phénomènes psychiques
élémentaires étaient aussi réels et aussi
nombreux que chez les individus les
plus normaux, mais ne pouvaient pas,
à cause d’une faiblesse particulière de
la synthèse, se réunir en une seule per-
ception, en une seule conscience per-
sonnelle... et donnaient naissance à
deux ou plusieurs groupes de phéno-
mènes conscients, groupes simultanés,
mais incomplets, et se ravissant les uns
aux autres les sensations, les images,
et par conséquent les mouvements qui
doivent être réunis normalement dans
une même conscience et un même pou-
voir. » Automatisme psychologique, 364.
Rad. int. : Desagreges, — ad.
DESCRIPTION, D. Beschreibung ; E.
Description ; I. Descrizione.
Loc. Parmi les « définitions* de
choses » PorT-RoyaL en distingue de
deux sortes : « l’une, plus exacte, qui
retient le nom de définition ; l’autre,
moins exacte, qu’on appelle descrip-
tion ». Cette dernière « est celle qui
donne quelque connaissance d’une chose
par les accidents qui lui sont propres,
et qui la déterminent assez pour en
214
donner quelque idée qui la discerne
autres. » Logique de Port-Royal, 2e
tie, chap. xvi, Ed. Charles, 215.
Rad. int. : Deskript.
des
Par.
DÉSINTÉGRATION, D. Disintegra.
tion ; E. Disintegration ; 1. Disintegra.
3ione.
Transformation de sens inverse à
celle qui constitue l’intégration*. Voir
ce mot.
Rad. int. : Desintegrad.
DÉSIR, D. Begehren, Begehrung. Ces
mots n’ont pas dans le langage philoso.
phique le sens péjoratif qu’ils reçoivent
d'ordinaire dans le langage courant
CF. Tônnies]; E. Desire ; 1. Desiderio.
Tendance spontanée et consciente
vers une fin connue ou imaginée.
Le désir repose donc sur la tendance*
dont il est un cas particulier et plus
complexe. Il s'oppose d’autre part à la
volonté* (ou à la volition*) en ce que
celle-ci suppose de plus : 1° la coordi-
nation au moins momentanée des ten-
dances ; 2° l'opposition du sujet et de
l’objet ; 30 la conscience de sa propre
efficacité ; 4° la pensée des moyens par
Sur Description. — Sur l'explication, l'exposition et la description, cf. Hau1L-
TON, Lectures on Logic, leçon X XIV, pp. 12 et 20. (J. Lachelier.)
Ce sens du mot description est très voisin des Définitions nominales telles
qu’elles sont entendues par Leibniz. (A. L.)
Sur Désir, — Cet article a été entièrement remanié conformément aux observa-
tions de M. Bernès, Chartier, V. Egger, J. Lachelier, F. Pécaut et Rauh.
La définition du désir « au sens faible » a été éliminée. Ce sens appartient au
langage usuel, mais il est d’une mauvaise langue philosophique, de l'avis de tous
ceux qui ont pris part à la discussion. On doit dire en ce sens velléité : le désir
proprement dit est une tendance qui peut avoir tous les degrés d’
les plus faibles jusqu'aux plus irrésistibles.
le désir sous la volonté. (J. Lachelier.
— La tendance est sous le désir, et
E. Chartier.)
« Le désir est la tendance à se
C'est la volonté naturelle d’
appliquée,
d’un acte ou d’
représentation
,
intensité depuis
procurer une émotion déjà éprouvée ou imaginée.
un plaisir. » Raux et REVAULT D'ALLONNES, Psychologie
43. — Cette définition nous paraît trop étroite, en ce qu’elle ne tient
Pas assez de compte de l'antériorité de certaines tendan
émotions correspondantes. Le désir nous semble être ess
ces par rapport aux
entiellement le désir
un état, sans qu'il y ait nécessairement et dans tous les cas la
du caractère affectif de cette fin. (F. Pécaut. — A. L.)
quels se réalisera la fin voulue. Enfin,
selon certains philosophes, il y a encore
dans la volonté un fiat* d’une nature
‘ gpéciale, irréductible aux tendances,
: et qui constitue la liberté*.
Le contraire du Désir est l’Aversion.
Rad. int. : Dezir.
DÉSITIF (Port-RoyaL, II, x, $ 4).
Les propositions désitives s'opposent
aux inceptives ; elles ont pour caractère
d'indiquer qu’une chose ou un état a
cessé d’être : « Le latin n’est plus la
langue vulgaire de l’Italie ». Elles con-
tiennent par conséquent deux proposi-
tions, l’une concernant l’état antérieur,
l'autre l’état postérieur, qui peuvent
être contestées séparément. (Zbid.)
Désordre. — Cf. Ordre* et voir BERG-
son, Évolution créatrice, ch. 111, $ 3 :
« Esquisse d’une théorie de la connais-
sance fondée sur l’idée de désordre. »
(Ce sous-titre ne figure qu’à la table des
matières.)
DESTIN, D. Moïpa, eluapuévn, rexpo-
uévn; L. Fatum; D. Geschick, Schick-
sal ; E. Fate, Destiny ; I. Destino, Fato.
A. Proprement, puissance par la-
quelle certains événementsseraient fixés
d'avance quoi qu'il pôt arriver, et quoi
que les êtres doués d'intelligence et de
volonté pussent faire en vue de les évi-
ter. « Mon destin me suit partout.» VoL-
TAIRE, Lettre à Mme Denis, 24 août1750.
Cf. Fatalisme*,.
B. Sort d’un être. « Le destin d’un
livre.» — Ensemble de la vie d’un être
personnel, en tant que les événements
qui la composent, contingents ou non,
sont considérés comme résultant de
forces extérieures et distinctes de sa
volonté.
DESTINÉE
CRITIQUE
Ce terme est plus poétique que phi-
losophique. Il constitue une sorte de
personnification de la fatalité ou des
événements fatals* (aux divers sens du
mot). Il nous paraît inutile de lui attri-
buer pour l’usage philosophique un
Rad. int. particulier. Voir FATALITÉ*.
DESTINATION, D. Bestimmung ; E.
Destination ; I. Destinazione.
Finalité d’un être ; ce pour quoi il est
fait. Se dit le plus souvent d’un instru-
ment, d’un édifice, etc. ; le mot est
même technique en ce sens dans la
langue juridique. Dans la langue théo-
logique et philosophique, on l’applique
aussi aux personnes, considérées non
pas individuellement (on parle en ce
sens de vocation*) mais en tant qu’elles
appartiennent à une espèce, à une classe
générale. C'est le terme consacré pour
traduire des expressions telles que Die
Bestimmung des Menschen, Die Bestim-
mung des Gelehrten (FicuTE : La destina-
tion del’homme, la destination du savant).
Rad. int. : Destin.
DESTINÉE. Aux sens A et B, comme
Destin*. Au sens C : D. Bestimmung ;
E. Destination, Destiny; 1. Destinazione.
A. Même sens que Destin-A : « Accu-
ser la destinée. »
B. Même sens que Destin-B. Dans
cette acception, s’emploie aussi au plu-
riel : « Les destinées de Rome. »
C. Même sens que destination*, mais
en parlant des êtres personnels seule-
ment. MAETERLINCK a opposé ce sens
et le précédent sous les noms respectifs
de « destinée morale » et de « destinée
extérieure ».
Rad. int. : A. Fat; B. Destinaj; C.
Destin.
Sur Destinée. — Au sens C, Destination est meilleur et doit même être exclusi-
vement employé si l’on suppose cette finalité connue et voulue par une intelli-
gence. D'un autre côté, destination réveille ordinairement l’idée d’une finalité
externe, en vue d’autre chose. C’est surtout un instrument qui a une destination.
Peut-être est-ce pour cette raison que Jourrroy a employé destinée dans le
Passage cité. (J. Lachelier.)
DESTINÉE
CRITIQUE
Ce mot appartient surtout à la philo-
sophie du xvitre siècle et à l’école éclec-
tique. Il est à remarquer que Jour-
FROY, dans sOn célèbre article Du pro-
blème de la Destinée humaine (Mélanges
philosophiques, Morale, III) l’emploie
à la fois dans le sens B et dans le sens C.
1° Au sens B : « C’est le privilège des
peuples qui marchent à la tête de la
civilisation que rien de grand ne puisse
se passer dans leur sein qui n’influe sur
les destinées de l’espèce elle-même. »
Éd. Hachette, 298. — 90 Au sens C :
« C’est parce que l’homme est capable
de comprendre que toute chose a été
créée pour une fin. que l’homme s’in-
quiète de sa propre destinée et de ses
rapports avec celle du monde. » Ibid.,
308. Voir également l’article très déve-
loppé de Franck dans le Düict. des
Sciences philos., Vo.
Rad. int. : Destin.
DÉTERMINANT, subst. — Outre son
sens mathématique, trop spécial pour
être exposé ici, ce mot estemployé quel-
quefois pour désigner chacun des élé-
ments qui « déterminent » un faitouun
résultat : « Le but que se proposent les
savants est double : trouver les détermi-
nants des phénomènes, trouver les lois
invariables de succession. » RAB1ER, Lo-
gique, p. 119.
Déterminant, adj. — Le Jugement
déterminant (D. bestinmende Urteils-
kraft, KanT) est la faculté de subsumer
sous un universel donné le singulier ou
___ 226
ET
le particulier (das Besondere) auquel j
convient. II s'oppose au Jugement réflé.
chissant (voir ce mot). Ærit. der Urteils.
kraft, Introd., $ 4 — Cf. ci-dessous
déterminer*.
DÉTERMINATIF, D. Bestimmend .
E. Determinative ; 1. Determinativo. |
Une proposition incidente est déter.
minative ou explicative selon qu'elle
restreint ou qu’elle ne restreint pas Je
terme auquel elle se rapporte. (Port.
RoyaL, II, chap. vi). Ex. : « L'eau qui
bout garde une température constante
(déterminative). — L'eau, quiest liquide
au-dessus de 99, est le dissolvant le plus
employé (explicative). »
Rad. int. : Déterminant.
DÉTERMINATION, D. A. Bestim.
men, -ung ; B. Entschluss ; C. Bestim-
mung ; D. Bestimmtheit ; — E. Deter-
mination ; I. Determinazione.
Au sens actif :
A. Acte de déterminer, au sens A;
rarement aux autres sens.
Au sens neutre ou passif :
B. Résultat psychologique de la dé-
cision ; ce à quoi l’on s’est décidé.
C. Ce qui constitue un moyen de dé-
termination, au sens A, comme par
exemple un caractère* ou un attribut*.
D. Relation entre deux éléments de
connaissance telle que si le premier est
posé, le second l’est aussi. Il y a au
contraire Indétermination si, le premier
étant posé, le second peut être de dif-
férentes manières ou même ne pas être.
Sur Détermination. — Ce mot, par application du sens À, 1° de déterminer,
s'oppose à abstraction et se traduit par la multiplication logique. Cf. KEyNES,
Formal Logic, qui se sert des termes alternation et détermination au lieu d’addition
logique et de multiplication logique. (L. Couturat.)
Mrs Ladd-Franklin recommande beaucoup l'emploi de Détermination au lieu
de Multiplication logique.
.Le sens décision, donné quelquefois à ce mot, est d’un mauvais style
philosophique. I1 paraît être une extension illégitime de l'expression : se déterminer
à...» (Œ. Chartier.) — Et de plus il y aurait avantage à éviter la synonymie de
détermination et de décision. (Th. Ruyssen.)
CRITIQUE
Il est à remarquer qu’on peut définir
la détermination, au sens D, sans faire
appel à la notion de loi. Rien n’impose
“épu ne rejette a priori l'hypothèse d’après
“ Jaquelle il peut y avoir un lien de néces-
sité entre des essences particulières,
sans que cette détermination résulte
d’une proposition générale (comme dans
“la connaissance du quatrième genre,
chez SPINOZA). nn.
Rad. int. : A. Determin ; B. Decidaj ;
C. Determinaj ; D. Determines.
DÉTERMINÉ, D. Bestimmt ; E. Da-
-terminate ; I. Determinato.
Outre l’usage de ce mot en tant que
participe de déterminer*, il présente
deux sens spéciaux.
A. Donné, défini : « Dans des cir-
constances déterminées. »
B. Soumis au déterminisme*.
DÉTERMINER, D. A, B, Bestimmen
(veut dire aussi : destiner à...) ; C. Er-
zugen ; D. Veranlassen ; — E. To
determine ; 1. Determinare.
(Au sens primitif, qui n’est plus en
usage, délimiter, fixer les bornes ; d’où
éliminer toute ambiguïté, soit absolu-
ment, soit à certains égards.)
A. Fixer précisément la naturv ou les
limites d’un objet de pensée. Parti-
culièrement :
1° Pour un concept : spécifier les
caractères qui le distinguent d’un autre
concept du même genre ; restreindre un
concept donné par addition d’un ou de
plusieurs caractères nouveaux. Cf. Mul-
tiplication* logique.
20 Pour un objet donné : assigner la
classe à laquelle il appartient. Ce terme,
DÉTERMINISME
en ce sens, est d’un usage technique
dans les sciences de la nature, surtout
en botanique : reconnaître le genre et
l'espèce d’une plante qu’on a sous les
yeux.
3° Pour un objet ou un agent incon-
nu : l'identifier par des conditions aux-
quelles il doit satisfaire. « Déterminer
les racines d’une équation. — Détermi-
ner l’auteur d’un texte. »
B. Psycu. Entraîner la décision de la
volonté. « Un motif déterminant. »
Cf. les expressions : « Se déterminer
à... », « déterminé » (au sens de résolu).
C. En parlant de phénomènes phy-
siques : causer, au sens fort ; produire,
et non pas seulement conditionner, ou
précéder d’une façon constante. « Cette
simplification » (réduire l’idée de cau-
salité à l’idée de loi) dépouille la notion
de cause, en tant qu’elle intervient
dans les sciences positives, « de toute
idée de détermination, d’efficacité, reste
et témoin de son origine psycholo-
gique, pour la réduire à cela seul qui
peut être constaté par l'observation, à
savoir les simples rapports de succes-
sion. » RaABIiER, Logique, p. 117. —
Voir les articles Cause* et Causalité*.
D. Provoquer, déclencher*. « Déter-
miner une avalanche. » — « Déterminer
| un accès de colère. »
Rad. int. : A. Determin ; B. Decid ;
C. Efektigo ; D. Desklenk.
DÉTERMINISME, D. Determinis-
mus ; E. Determinism ; 1. Determinismo.
A. Sens concret : ensemble des con-
ditions nécessaires à la détermination
(au sens D) d’un phénomène donné.
« Le médecin expérimentateur exercera
successivement son influence sur les
Sur Déterminisme. — Histoire. Le mot Déterminisme se trouve dans un passage
de Kanr, La Religion dans les limites de la seule raison, 17° division, ad finem. Il le
cite comme un terme nouveau, et propre à faire illusion : car, dit-il, la question
difficile n’est pas dans l'opposition entre une indétermination des actes et une
application du principe de raison suffisante, qu'on représente par ce mot déter-
minisme (sans doute chez les Wolffiens) ; mais dans l'opposition entre ce fait
que l'acte doit être, au moment de l’action, aussi bien que son contraire, au
Pouvoir du sujet, tandis que d’autre part en tant que phénomène, il a ses raisons
DÉTERMINISME
maladies dès qu'il en connaîtra expéri-
mentalement le déterminisme exact,
c’est-à-dire la cause prochaine. » Claude
BERNarp, Introd. à la médecine expéri-
mentale, 376.
B. Sens abstrait : caractère d’un
ordre de faits dans lequel chaque élé-
ment dépend de certains autres d’une
façon telle qu'il peut être prévu, pro-
duit, ou empêché à coup sûr suivant
que l’on connaît, que l’on produit ou
que l’on empêche ceux-ci. « La cri-
tique expérimentale met tout en doute,
excepté le principe du déterminisme
scientifique. » Zbid., 303.
« Déterminismestatistique», voir Sta-
tistique*.
C. Doctrine philosophique suivant
laquelle tous les événements de l’uni-
vers, et en particulier les actions hu-
maines, sont liés d’une façon telle que
les choses étant ce qu’elles sont à un
moment quelconque du temps, il n’y
ait pour chacun des moments antérieurs
ou ultérieurs, qu’un état et un seul qui
soit compatible avec le premier.
D. Improprement, fatalisme : doc-
trine suivant laquelle certains événe-
ments sont fixés d’avance par une
puissance extérieure et supérieure à la
___ 222
ne
volonté, en sorte que, quoi qu'on fasse
ils se produiront infailliblement. On dit
parfois en ce sens « déterminisme ex.
terne », et on l’oppose alors au « déter.
minisme interne », ou liaison des Causes
et des effets constituant la volonté.
CRITIQUE
Histoire. — Le terme détermin isme
est récent. Il ne se trouve pas dans
LeiBniz, bien que tous les critiques
s'accordent à l’employer pour désigner
sa doctrine de la nécessité, et bien que
lui-même se serve souvent en ce sens
des mots détermination et raison déter.
minante (Théodicée, I, 44, 52, 288.
Nouveaux Essais, Il, 21, etc.}. M. H. La.
CHELIER a fait remarquer que s'il eût
donné lui-même un nom à son système,
il l’eût sans doute appelé, plus correc-
tement, déterminationisme.
Ce mot a été emprunté vers 1830-
1840 à la philosophie allemande, dans
laquelle il était également d’usage nou-
veau. (Il semble avoir été d’abord
; une abréviation de praedeterminismus,
plus ancien. On trouve, dans Leis-
NIZ, praedelincatio.) — 1] figure dans
l'Encyclopédie de Erscn et GRUBER
(Leipzig, 1832), et dans la table alpha-
nécessaires dans le temps précédent ; ce qui est, dit-il, le Praedeterminism (Rosen-
kranz, 57. — Hart. VI, 144).
Le mot se rencontre aussi chez HEGEL
(R. Eucken.)
Outre le passage de Kaxr (cité ci-dessus) je trouve, quelques années plus tard
(1799-1800), les mots Determinismus et Deterministen dans un ouvrage sur la phi-
losophie du droit : Revision der Grundsätze und Grundbegriffe des positiven pein-
lichen Rechtes', par P. J. Anselm FEuErBAcH, notamment II, 134, note « Determi-
nisten ». Le mot y est présenté comme connu et courant. (F. Tônnies.)
Li FoviLiée prend déterminisme en un sens large : « Dans le mécanisme et la
finalité, ces deux grands domaines du déterminisme.. » La liberté et Le détermi-
nisme, p. 261. (M. Marsal.) — Dans le Fondement de l'induction, ch. vi1, LACHELIER
appelle déterminisme tout ce qui n’est pas la « liberté » telle qu’il l'entend. Le mot
est donc, pour lui aussi, plus large que « mécanisme », qui n’en représente qu’une
des espèces. (A. L.)
: p. ex. Œuvres complètes, V, 183.
Sur la Critique. I me semble que déterminisme serait impropre en parlant du
système de Spinoza : ce mot réveille l’idée d’une détermination par un antécédent
1. Révision des principes et des concepts fondamentaux du äroit pénal posilil,
Î
‘
|
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i
7 223
DÉTERMINISME
bétique de l'édition de Leibniz par
Ê ERDMANN (1840), où il est d’ailleurs
énoncé sous la forme française Déter-
minisme. En France, on le rencontre
d'abord dans des citations d'ouvrages
allemands, et chez les auteurs qui li-
gaient habituellement cette langue. Il
est mentionné à son rang alphabétique
dans la 1re édition du Dictionnaire de
Franck (publiée par souscription et en
fascicules, 1844), mais avec un simple
renvoi au mot Fatalisme ; on nele ren-
contre cependant ni dans l’article Fata-
lisme (JourDain), ni dans l’art. Néces-
sité(VAPEREAU), ni dans les articles Des-
tinée et Leibniz (FRANcCKk). Il figure seu-
Jement dans l’article Liberté (Em. Sais-
ser), où il est ainsi défini : «les deux
systèmes du déterminisme et de la
liberté d’indifférence, systèmes contra-
dictoires, dont le dernier suppose que
l’homme peut se déterminer sans mo-
tifs, l’autre que les motifs déterminent
invinciblement la volonté ; deux excès
également déraisonnables. » — En 1865
a paru l’Introduction de Cl. BERNARD
et en 1873 La Libertéetle Déterminisme,
de M. Fouizée. Le terme est devenu
dès lors usuel et est entré dans le Dic-
tionnaire de l’Académie en 1878.
(Résumé de Recherches sur l’origine
du mot Déterminisme, communiquées
par M. Eccer.) — Cf. Prédétermi-
nisme*.
Usage contemporain. — Il faut d’a-
bord éliminer le sens D, qui est devenu
rare, et à juste titre. Le fait qu'il re-
présente s'appelle déjà, sans équivoque,
fatalité ; et la doctrine qui admet la
toute-puissance, ou du moins la grande
prépondérance de la fatalité sur la vo-
lonté s’appellera naturellement fata-
lisme. (Cet usage du mot est d’ailleurs
le plus général dans la langue.) I] laisse
place à la question de savoir si le déter-
minisme n’aboutit pas au fatalisme,
mais cette question ne doit pas être
tranchée d'avance par un usage indis-
tinct des deux termes. Cf. Fatalisme*.
On peut se demander jusqu’à quel
point diffèrent les deux sens B et C :
Claude BERNARD a non seulement dis-
tingué sa doctrine scientifique de la doc-
trine philosophique de LEIBN1z, maisil
les a même opposées, et non sans dé-
précier celle-ci. (Leçons sur les phéno-
mènes de la vie communs aux animaux
et aux végétaux, 1, pp. 55-56 et 60.) —
11 semble qu’en réalité il ait mal com-
pris la portée du système leibnizien, et
et par conséquent toujours relative. Le système de Spinoza est celui de la nécessité
absolue, et il ne faut peut-être pas d’autre nom pour le désigner. (J. Lachelier.)
La distinction entre la détermination dans le sens du présent à l'avenir, sans
réciprocité ; dans le sens du présent au passé, sans réciprocité, ou dans les deux
sens, est intéressante. Je ne la crois pas nouvelle ; et j’use couramment d’une dis-
tinction de cette sorte, en soutenant que pratiquement la détermination peut tou-
jours âtre considérée comme complète du présent (ou plutôt du passé immédia-
tement écoulé) au passé antérieur, parce que, par hypothèse, ce passé est pour la
pensée totalisé et, par suite, fini; tandis que je ne puis jamais la regarder que
comme partielle du présent à l’avenir (ou dans le présent même, de son point de
départ à son terme) parce qu’il s’agit ici d’une opération non achevée, et qui
s'effectue. (M. Bernès.)
1 me semble au contraire que la détermination physique et objective ne peut
aller que de l’avant à l’après. Mais peut-on, de l'après, remonter logiquement et
subjectivement à l’avant ? Peut-être, et c’est bien ainsi que nous concluons de la
cendre au feu. Mais il me semble que cela ne pourrait se faire d’une manière
rigoureuse et complète que par un calcul d’une complication infinie, montrant
que toute hypothèse sur le passé, autre que la vraie, conduirait à un autre présent.
La régression ne serait donc qu'’indirecte et consisterait à éliminer toutes les
progressions possibles, sauf une. (J. Lachelier.)
DÉTERMINISME
224
que B soit une conséquence particulière
de C : LEIBN1Z tirait lui-même de son
déterminisme cette application qu’on
est maître des phénomènes quand on
sait comment ils se produisent, et il
l’opposait au sophisme paresseux : « La
liaison des effets et des causes, bien
loin d’établir la doctrine d’une néces-
sité préjudiciable à la pratique, sert à
la détruire. » (Théodicce, Préface.) Mais
comme il est possible, en sens inverse,
d'admettre la thèse de Claude BERNARD
sans celle de LEiBniz (que cette dis-
jonction soit ou non justiciable logi-
quement), il nous semble que les deux
sens doivent rester séparés.
Le sens C lui-même doit encore rece-
voir des subdivisions. Nous en avons
donné la formule la plus usuelle, qui
convient à SPiNozA, LEIBNiz, KANT,
SCHOPENHAUER, J. S. Mie, etc. Mais
on peut admettre :
1° Que le monde ainsi déterminé et
solidaire est le seul monde possible
(SPINozA) ; — ou qu’il est contingent
dans son ensemble malgré le détermi-
nisme qui en relie toutes les parties
(LeiBniz, Kanr). On s’est servi, pour
opposer ces deux conceptions, des mots
fatalisme et déterminisme : « Il ne faut
pas confondre le fatalisme logique de
Spinoza avec le déterminisme moral de
Leibniz. » JANET et SÉAILLES, Histoire
de la philosophie, 350. Cet emploi du
mot fatalisme nous paraît impropre :
il y a sans doute du fatalisme dans Spi-
noza, mais il consiste dans « l'esclavage
de l’homme » à l’égard des passions, et
non dans la détermination générale des
actes, qui permet d’échapper à cet
esclavage.
20 Qu'il y a détermination dans le
sens du présent à l’avenir, sans réci-
procité ; — ou qu’il y a détermination
dans le sens du présent au passé, sans
réciprocité — ou enfin qu’il y a déter-
mination dans les deux sens.
En prenant l’exemple célèbre de
Du Bois-Raymond, on pourrait con-
clure de l’état actuel du monde soit « à
quel moment l'Angleterre brülera son
dernier morceau de houille », soët « qui
— "1
était le Masque de fer », soit enfin les
deux à la fois.
Ces distinctions ne sont pas usuelles.
cependant la première opinion Paraït
suggérée par certains faits physiques
(V. Cournor, Essai, $ 302), et la se.
conde par cette thèse de M. BEercsox
que le temps passé peut seul « se repré.
senter adéquatement par de l’espace ».
On pourrait les désigner par les expres-
sions suivantes déterminisme pro-
gressif, déterminisme régressif, déter-
minisme réciproque. Cf. A. LALANDE,
Note sur l’indétermination, Revue de
métaph., 1900, p. 94.
Nous proposons donc de retenir le
mot dans ce dernier sens C ; de rejeter
complètement le sens D ; d'éviter le
sens concret À, d’ailleurs peu usuel chez
les philosophes ; et, pour écarter toute
équivoque, de n’employer le mot au
sens B qu'avec l’adjonction : « déter-
minisme expérimental », comme l’a fait
souvent Claude BERNARD lui-même.
Rad. int. : A. Determinaj. — B. De-
termines. — C. Determinism.
Développement, voir Genèse*.
DEVENIR (subst.) L. Fieri (s'emploie
encore dans les langues modernes, par-
ticulièrement dans l’expression in fieri ;
D. Werden ; E. Becoming ; I. Divenire.
A. (Par opposition à l’étre, en tant
qu’'immuable) : la série des change-
ments.
B. (Par opposition aux états statiques
qui servent de points de repère dans le
devenir, au sens A) : le changement
considéré en tant que changement,
c’est-à-dire en tant que passage d’un
état à un autre état. — Jn fieri, en
devenir, en état de changement.
Rad. int. : À. Fiad ; B. Fiac.
1. DEVOIR (verbe), D. A. Müssen ;
B. Sollen ; E. Ought; I. Dovere.
A. Marque une nécessité : ce qui doit
arriver, en ce sens qu’il ne se peut pas
(absolument ou relativement à cer-
taines données) que cela n’arrive Pas-
B. Marque une convenance : ce qui
:225
DIALECTIQUE
: doit avoir lieu (en ce sens qu’il vaut
mieux que cela soit que de ne pas être).
% {1 s'oppose en ce sens soit à ce qui est,
soit à ce qui doit ne pas être : p. ex. le
bien au mal, le vrai au faux, le beau
£gau laid, lutile au nuisible, le légal à
à l'ilégal. Ce concept ne peut être autre-
ment défini. Il constitue une idée fon-
damentale, liée à celle d'activité. Cf.
- Appréciation* et Droit*.
C. Spécialement, s'applique à l’obli-
gation morale : « Tu dois, donc tu
peux. »
Rad. int. : À. Must ; B. C. Dev.
2. DEVOIR (subst.), D. Pflich ; E.
Duty ; IT. Dovere.
A. Sens abstrait : le devoir est l'obli
gation morale considérée en elle-même
et, en général, indépendamment «le telle
règle d’action particulière. Se dit sur-
tout, mais non uniquement, de l’ « im-
pératif catégorique » kantien.
B. Sens particulier et concret : un
devoir est une règle d’action détermi-
née, une obligation définie (soit géné-
rale, soit spéciale à la fonction, la profes-
gion, etc.).
CRITIQUE
Au sens À, l'expression le Devoir,
quoiqu’on puisse en rattacher l’idée à
une catégorie plus générale de l’action,
au devoir-faire (cf. FouiLzéEe, Rev. de
Métaph., mars 1904, p. 259), n’a guère
usuellement qu’une signification éthi-
que. Ctte signification est d’ailleurs
indépendante de toute interprétation
philosophique du fait moral ainsi dési-
gné.
DÉVOUEMENT, D. A. Aufopferung ;
B. Ergebenheit ; — E. À. Self-sacrifice,
Self-immolation ; B. Devotion ; — I.
À. Abnegazione, B. Devozione.
(Étymologiquement, dévouer signifie
Consacrer ou sacrifier un être à une
puissance surnaturelle ; d’où, particu-
lièrement dans le latin devovere, le
sens de vouer à la mort, de soumettre
à une puissance magique, ou simple-
ment de maudire.)
A. Au sens le plus fort, acte de sa-
crifier sa vie, ou ses intérêts les plus
urgents, à une personne, une collecti-
vité ou une cause jugées de haute
valeur. Cf. Abnégation*, Sacrifice*.
B. Au sens le plus faible, disposition
à prendre de la peine pour rendre ser-
vice, ou même simple bienveillance.
Le mot est employé avec tous les
degrés de valeur entre ces deux ex-
trêmes.
Rad. int. : À. Sakrifik ; B. Devotes.
Df., abréviation usuelle pour Défini-
tion*.
1 DIALECTIQUE (subst.), G. Ata-
Aexrixh [réxvn] ; D. Dialektik ; F. Dia-
lectic au sens général, Dialectics au sens
pédagogique d'enseignement par la dis-
cussion [BazpwiN]; I. Dialettica.
A. Primitivement, art du dialogue et
de la discussion ; et par suite :
1° Habileté à discuter par demandes
et réponses : « Tù d’épuräv xal aroxpi-
veoat Émotapevov &AXo rt où xaœEÏc À
Buxhextixév » ; PLATON, Cratyle, 390 C.
20 Art de diviser les choses en genres
et en espèces (autrement dit de classer
des concepts), pour pouvoir les exami-
ner et les discuter : dtxkéyetv, GtaAéye-
côx présentent le double sens de con-
versation et de division logique. « “Epn
dE Kai Td Gta AÉyES Dar dvouaovar Ex Toù
ouviovrac xouvÿ BouAevecôat daAËyovtac
Hat YÉVN TX TpXyuaxta. » XÉNOPHON,
Mémor., IV, 5. 12. — « To xara yévn
Btatpetoar xat pre radrdv eldos Étepov
hyoaoar, UP Étepov ôv taurdv, u@v
OÙ TAG DLAAEXTIXNG POOUEV ÉTLOTAUNG
elvar ; — Dhoouev. » PLATON, Sophiste,
253, CD. Cf. Phèdre, 266, BC.
La Dialectique ayant pour effet, selon
PLATON, de remonter de concepts en
concepts, de propositions en proposi-
tions jusqu’aux concepts les plus géné-
raux et aux principes premiers, qui ont
pour lui une valeur ontologique (Rép.
533 E-534 B; Philébe, 57-58), le mot
a été employé par des critiques mo-
dernes, en parlant de sa doctrine, pour
désigner d’une façon générale le mouve-
DIALECTIQUE
ment de l'esprit qui s’élève des sensa-
tions aux idées, de la beauté concrète
au principe du Beau (comme dans le
Banquet, 211), des fins individuelles à
la justice universelle : Dialectique des
pensées, dialectique des sentiments, dia-
lectique des actions. FouILLÉE, Histoire
de la Philosophie, 85-86; Philosophie
de Platon, liv. VI, chap. 1 : « De la Dia-
lectique » ; particulièrement 1, 288.
B. ARISTOTE distingue la Dialectique
de l’Analytique* : tandis que celle-ci a
pour objet la démonstration, c’est-à-
dire la déduction qui part de prémisses
vraies, la Dialectique a pour objet les
raisonnements qui portent sur des opi-
nions probables. (Cf. Analytiques, 1, IV,
46%; Métaphysique, II, 1, 995, etc.)
C’est un art, intermédiaire entre la
Rhétorique et l’Analytique, et auquel
ARISTOTE a consacré son traité des
Topiques. — Ce sens dérive de celui de
SocraTE et de PLATON : car les pré-
misses sur lesquelles ceux-ci raison-
naient étaient les opinions courantes,
suscitées et précisées par la méthode
de dialogue et d'interrogation. (Analy-
tiques, I, v, 773.)
Le mot a eu par suite, dès l’époque
grecque classique, deux sens qu'il a
retenus chez les modernes : 1° un sens
élogieux : logique, force de raisonne-
ment ; « une dialectique serrée ». PLA-
TON, dans le passage du Sophiste cité
ci-dessus, assimile le dialecticien au
philosophe ; — 2° un sens péjoratif :
subtilités, distinctions ingénieuses et
inutiles. « AtahexTixGc wa xev@c. »
ARISTOTE, De l’âme, 1, 1, 4032, — Cette
Sur Dialectique.
226
RES
nuance a été renforcée chez les mo.
dernes par le sens kantien D.
C. Au Moyen Age (usage emprunté
à certains Stoïciens), Dialectique désigne
la Logique formelle et s'oppose à la
Rhétorique. Elle forme avec celle-ci et
avec la grammaire les trois branches
du Trivium*. — Le souvenir de cette
signification se confond dans le lan-
gage moderne avec le sens A,
D. Par une imitation du sens B
(d’Aristote), Kanr appelle dialectiques
tous les raisonnementsillusoires, et défi.
nit la Dialectique en général une « Jo.
gique de l’apparence ». Les apparences
sont : ou logiques flogischer Schein),
p. ex. le sophisme de pétition de
principe, ou empiriques (empirischer
Schein), p. ex. le grossissement de Ja
lune à l’horizon ; ou enfin transcenden-
tales (transcendentaler Schein), c’est-
à-dire résultant de la nature même de
notre esprit, en tant qu’il croit pouvoir
dépasser par ses principes les limites de
toute expérience possible, et détermi-
ner par ses raisonnements théoriques
la nature de l’âme, du monde et de
Dieu. L'étude de cette « illusion natu-
relle et inévitable », quoique possible
à reconnaître pour une illusion, forme
la « Dialectique transcendentale », se-
conde partie de la Logique transcenden-
tale. (Kritik der rein. Vernunft, Trans-
cend. Logik, 11e Abtheilung. A, 293 sqq.;
B, 349 sqq.) — Par suite ce mot est
employé par Kant, non seulement pour
désigner l'illusion elle-même, mais aussi
pour désigner l'étude et la critique de
cette illusion. (/bid., Dernier alinéa,
ZÉNON D’ÉLÉE est appelé par ARISTOTE edpétrns Ts
Btxextixfc (d’après Dioc. LAERT., Arist. Fragm., 1484026), sans doute à cause
de sa discussion des difficultés comprises dans les notions de mouvement et de
multiplicité. (C. Webb.)
L'usage de PLaron est sans doute l’origine de l'usage du mot Dialectique en un
sens favorable; mais chez lui-même, il s’applique surtout à la véritable distinc-
tion des genres et des espèces, la véritable explication des choses par les Idées ;
et de même chez ArisTore, le sens péjoratif n’est pas d’abord celui de vaine subti-
lité, mais plutôt celui d’argumentation fondée s
superficielles et non tirées de la natu
dont il s’agit. (J. Lacheller.)
ur des raisons trop générales,
re propre, de l'essence même de la chose
1827
i 263-264.) 11 finit même par le prendre
au sens simplement péjoratif de so-
hisme ou d’ergoterie : « Hieraus ent-
‘ springt aber eine natürliche Dialektik,
à. i. ein Hang, wider jene strengen
Gesetze der Pflicht zu vernünfteln, und
ihre Gülligkeit, wenigstens ihre Rei-
nigkeit und Strenge m Zweifel zu
giehen’.… » KanT, Grundleg. zur Metaph
der Sitten, 1, ad finem. — Le mot est
resté surtout usuel dans la première de
ces significations.
E. 11£6EL, reprenant le mot Dialec-
tique en un sens favorable, la définit :
«Die wissenschaftliche Anwendung der
in der Natur des Denkens liegenden Ge-
setzmässigkeit?. » Encycl., $ 10. Mais
cette marche de la pensée suivant ses
propres lois est aussi conforme au dé-
veloppement mème de l'être ; en sorte
que le mouvement dialectique est, d’une
façon générale, « die eigene wahrhafte
Natur der Versiandesbestimmungen,
der Dinge, und des Endlichen über-
hauptÿ ». Zbid., $ 81. Elle consiste essen-
tiellement à reconnaître l’inséparabilité
(Einheit) des contradictoires, ct à dé-
couvrir le principe de cette union dans
une catégorie supérieure. Cf. Moment*.
De là l'usage très large de « dialec-
tique » après Hegel, d’abord en alle-
mand, puis plus récemment en fran-
çais, pour désigner tous les enchaîne-
ments de pensée dans lesquels l'esprit
est entraîné de proche en proche, sans
pouvoir s’arrêter à rien de satisfaisant
avant la dernière étape. Cette idée, par
suite, se lie souvent à celle d’inquié-
tude*, au sens B, voir p. ex. J. WauxL,
Études Kirkegaardiennes, ch. IV, 140-
148.
F. Plus largement encore, toute suite
de pensées ou même de faits qui
dépendent logiquement l’un de l’autre.
1. e Mais de là résulte une dialectique naturelle, o'est-à-
dire un penchant à sophistiquer contre ces règles strictes
du devoir, à mettre en doute leur validité, tout au moins
leur pureté et leur rigueur, eto. » Fondemwnts de la méta-
&ique des mœurs, trad. de V. Delbos, p. 109. —
2. « L'application scientifique de la conformité à des
Li, inhérente à ia nature de la pensée. — 3. « La
vraie nature propre des déterminations de l'entende-
ment, des choses et d'une manière générale du fini. »
DIALECTIQUE
« A l'inverse de la dialectique de la
contradiction, la dialectique de la par-
ticipation, au lieu de chercher à con-
quérir le monde par une série de vic-
toires remportées contre les résistances
successives, nous apprend à le pénétrer
en faisant jaillir en nous une pluralité
de puissances auxquelles le réel ne
cesse de répondre. » L. LAvVELLE, De
l'acte, 48.
J. J. Gourp a désigné par Dialec-
tique la suite des étapes parcourues par
l'esprit qui, s’éloignant par degrés de la
conscience primitive, construit progres-
sivement le monde de la science, celui
de la morale et celui de la religion. (Les
trois dialectiques, Revue de métaphy-
sique, 1897, pp. 1-9.)
CRITIQUE
Ce mot a reçu des acceptions si di-
verses qu'il ne peut être utilement
employé qu’en indiquant avec précision
en quel sens il est pris. Encore y a-t-il
lieu de se défier, même sous cette ré-
ser ve, des associations impropres qu’on
risque d’éveiller ainsi.
Rad. int. : Dialektik.
2. DIALECTIQUE {adj.) G. Atañexrt-
xôç; D. Dialektisch ; E. Dialectic ; 1.
Dialettico.
S’emploie dans tous les sens définis à
l'article précédent, et particulièrement :
Au sens À : Attributs dialectiques,
au nombre de quatre : la définition, le
genre, le propre et l'accident {Topiques,
101, 103b). Cette théorie a été altéréeen
celle des cinq prédicables de PORPHYRE.
(Cf. VaILATI, La teoria Aristotelica della
definizione, Rivista de Filosofia, nov.-
déc. 1903.)
Au sens B : Syllogisme dialectique,
opposé par ARISTOTE au syllogisme
apodictique, en tant que ses prémisses
ne sont que probables. « Atarextixds GÈ
ouAAoytoudc Ô EE ÉvSÉEwv ouAAoyiQéuE vos. »
Topiques, 1, 1, 100b.
Au sens E : HEGEL appelle « moment
dialectique » (dialektisches Moment) le
passage d’un terme au terme qui lui est
antithétique, et l’impulsion que donne
DIALECTIQUE
à l’esprit le besoin de surmonter cette
contradiction.
F. En outre, par extension de cette
idée de marche en avant, dialectique a
pris dans le néo-hégélianisme et parti-
culièrement dans le marxisme, le sens
de mouvant, progressif, en évolution*
(au sens C de ce mot). — Voir ci-
dessous Matérialisme* dialectique, texte
et appendice. Dans ce cas, il est souvent
opposé à « métaphysique », pris au sens
d’immuable.
Cet usage a même donné naissance
au mot « dialectiser » : assouplir (un
concept}, passer du point de vue du
permanent à celui du changeant, rem-
placer une notion fixe et bien définie
par une notion moins arrêtée et en
devenir.
DIALLÈLE. C. AuxAkmhoc (Aéyoc,
tpértoc) ; — D. Diallele ; E. Diallelon,
diallelus ; 1. Diallelo.
A. Nom grec du cercle vicieur*.
B. Par suite, et plus spécialement,
l’un des cing tropes* d’AGRIPPA, qui
consiste à dire que toutes nos connais-
sances se prouvent les unes par les
autres (2 &AAmwv) de sorte que notre
connaissance entière repose sur un cer-
cle vicieux, SExTus Emupiricus, Hyp.
pyrrh., livre I.
DIAMÉTRALEMENT opposées se
dit en logique de deux propositions
contradictoires*, considérées comme
occupant, dans le tableau des proposi-
tions opposées, deux sommets placés
aux extrémités d’une même diagonale
(dtauetpoc).
Le terme se trouve chez Aristote :
« TAG XATA DauerTpov (TpoTRGELG) ».
Tept épunv., x; 19235; mais elle s’y
applique à des contraires* et à des
subcontraires* ; ce qui donne lieu de
croire que la figure qui accompagnait
son texte n’était pas disposée comme
228
SÈeS
celle qu'ont adoptée presque tous Je
logiciens ultérieurs. .
Cette expression a passé dans le Lan
gage courant, où elle se dit plutôt des
contraires que des contradictoires ; mais
on ne dy applique jamais à des sub
contraires. |
DIBATIS, Diratis, autres noms de
Dimaris*, mais inexacts, car un syllo.
gisme de ce mode ne peut se ramener à
Darii sans transposition des prémisses
DICHOTOMIE (G. Atxotouix).
A. Division logique d’un concept
en _deux concepts (généralement con-
traires*), et tels en tout cas qu'ils épui-
sent l'extension du premier.
B. Un des arguments de ZÉNON D’É-
LÉE (cf. Achille). « Térrapes d'eiot Adyor
reel XLVAGEWG Znvovos… Ilp&ros uèv &
mepi Toù Un xtveïoôar, à Tù rpétepoy
is rù muou deiv dpixéo Bar Td pepouevou
ñ mpèç Tù Tehoç. » ARISTOTE, Phy-
sique, vi, 9. Un mobile pour aller de
A à B, doit d’abord arriver au milieu
de la ligne AB, soit en C ; puis pour la
même raison, au milieu de AC, soit
en D ; et ainsi de suite indéfiniment. Il
aurait donc pour se mouvoir à épuiser
un nombre infini de positions.
DICTUM, L. Scol. ; D. E. I. /dem.
— A. Bref énoncé d’une thèse ou d’une
règle. Voir ci-dessous, Dictum de omni
et nullo.
B. Spécialement, dans la théorie des
modales*, on appelle dictum la propo-
sition {lexis) dont le mode affirme que
ce qu’elle énonce est possible ou impos-
sible, nécessaire ou contingent.
Dictum « de omni et nullo ». — Les
scolastiques désignent sous ce nom le
principe du syllogisme, tel qu’il est for-
mulé par ARISTOTE : « Aéyouev dE Td
xata mavtèc xatnyopetofat, Grav HNÔÈV
Sur Dibatis. — Dibatis î ir été créé
: paraît avoir été créé par les auteurs de la Logique de
D AL (3€ partie, ch. vin) en transposant les deux premières Siabe de
abitis. Cf. Hauicrox, Logic, 1, 240. (L. Couturat. — J. Lacheller.)
929
Rafeïv Tüv Tob Üroxetuévou xa@” où
Ÿ » , % A
@érepov où AcxOnoETat xat Tù xata
pnevés, Hoxbtwc. » Premiers Analy-
tiques, 1, 1 ; 24? 28-30. Cf. Catégories,
: 19 10. 11 s’applique au syllogisme
dans lequel le moyen terme représente
pour l'esprit une classe considérée dans
son extension, et s'oppose à la formule :
vs
€ Nota notae est nota rei ipsius », où le
: moyen est considéré comme un carac-
tère inhérent au sujet que désigne le
mineur.
DIDACTIQUE (Substantif). D. Di-
daktik ; E. Didactics ; I. Didattica.
Partie de la pédagogie qui a pour
objet l’enseignement.
Rad. int. : Didaktik.
DIEU
DIEU, G. Oéoç ; L. Deus ; D. Gott ;
E. God ; I. Dio.
I. Considéré comme un principe d’ex-
plication.
A. Au point de vue ontologique. Prin-
cipe unique et suprême de l'existence
et de l’activité universelles :
1° Soit comme substance immanente
des êtres. « Per Deum intelligo ens
absolute infinitum, hoc est substantiam
constantem infinitis attributis, etc. »
SPINOZA, Éthique. 1, déf. 6. « Quicquid
est, in Deo est, et nihil sine Deo esse
neque concipi potest. » {bid., prop. 15.
20 Soit comme cause transcendante
créant le monde hors de lui. « Credo
in unum Deum, Patrem omnipotentem,
factorem cœli et terrae, visibilium om-
Sur Dieu. — La rédaction primitive des paragraphes C et D était ainsi conçue :
« C. Comme concept social. Être personnel, supérieur à l'humanité. allié et
protecteur d’un groupe social qui lui rend un culte, et en particulier lui adresse
des prières. Secondairement, ancêtre, législateur, éducateur, etc., de te groupe
social. « Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et
« des savants. » Pascar, Papier (Pensées, Ed. Brunschvicg, p. 142).
« D. Comme concept éthique. Être personnel tel qu'il soit par son intelligence et sa
volonté le principe suprême et la garantie de la moralité : cet être pouvant être
considéré, soit comme cause, soit comme fin de l'ordre moral, mais plus ordi-
nairement comme l’un et l’autre à la fois... »
Ce texte a été modifié pour les raisons qui suivent f Séance du 16 juin 1904):
« À. Lalande. J'ai reçu des remarques trés intéressantes de I. BLOXDEL sur
Je texte de Pasca cité à l’article Dieu. paragraphe C. « Le sens de ce texte, dit-il,
cest bien plus complexe qu'on ne l’insinue ici. Et il me semble que pour ne pas
« laisser échapper le principal de la notion de Dieu. il faudrait ajouter aux accep-
«tions À, B, C, D, ces indications, qui seraient le commentaire de ce passage
«des Pensées :
« Le Dieu des philosophes et des sivants, c'est l'être de raison, atteint ou sup-
« posé par une méthode intellectuelle, considéré comme un principe d'explication
chose de ses insondables perfections,
naturelles, et vis-à-vis de qui le com
que crainte et humilité : mais en mê
ou d'existence, que l’homme a la présomption de définir ou même d'influencer,
comme un objet qu'il posséderait dans la représentation qu’il s’en donne. Le
Dieu d’ Abraham, c'est l'être mystérieux et bon qui révèle librement quelque
qu’on n'’atteint pas par l'esprit seul, en
qui l’on reconnaît pratiquement une intune Réalité inaccessible à nos prises
mencement de la sagesse ne saurait être
me temps c'est le Dieu qui en révélant
à l’homme les secrets de sa vie le convie à sa divinité même, l’appelle à changer
sa condition naturellement servile de créature en une amitié, en une adoption
surnaturellement filiale, lui commande de l’aimer et ne se donne qu’à qui se
donne à Lui. L'idée fondamentale, qu’il importe de ne pas négliger parce qu’elle
est, au regard même du philosophe, l’âme de la vie religieuse (vraie ou fausse,
mais historiquement et psychologiquement certaine), c'est donc celle-ci : on
TT
DIEU
nium et invisibilium. » Symbole du con-
cile de Nicée.
30 Soit comme fin de l'univers. Le
moteur immobile d'ARsToTE. (Métaph.,
XI, 7, 10722.) « Deus est summum bo-
num simpliciter, et non solum in aliquo
genere vel ordine rerum. Sic enim bo-
num Deo attribuitur in quantum omnes
perfectiones desideratae effluunt ab eo,
sicut a prima causa. » St THomas D’A-
QUIX, Summa theol., |, qu. 6, art. 2.
Les trois idées ci-dessus sont résu-
mées ainsi par VACHEROT : « Dieu est
l'être des êtres, la cause des causes, la
Fin des fins : voilà comment il est le
véritable Absolu. » Le Nouveau Spiri-
tualisme, p. 389.
B. Au point de vue logique. Principe
suprême de l’ordre dans le monde, de la !
raison dans l’homme et de la correspon- :
dance entre la pensée et les choses. « Je
suis obligé d'avouer un être où la |
230
TS
vérité est éternellement subsistante et
où elle est toujours entendue... Cet objet
éternel c’est Dieu éternellement sup.
sistant, éternellement véritable, éter
nellement la vérité même. » Bossurr
Conn. de Dieu d soi-même, IV, 5. :
II. Considéré comme un être actif
C. Au point de vue physique. Être per.
sonnel, supérieur à l'humanité, qui
donne des ordres et fait des promesses
auquel on adresse des prières et qui les
exauce s’il le juge bon. Il est générale.
ment conçu comme l’allié et le protec-
teur d’un groupe social, auquel il se
manifeste et qui lui rend un culte. (An-
cêtre, chef guerrier, législateur, juge,
libérateur, etc.). Dans l’antiquité, ce
groupe est ethnique ou familial. Ex. :
Dieux grecs et dieux troyens ; Dieux
Lares ; Dieu d’Israël (voir particulière-
ment Deutéronome, ch. v, vi, vi). En
ce sens du mot, les dieux peuvent donc
Lgtre multiples, et en lutte les uns avec
jes autres ; il peut y avoir des dieux et
des déesses, etc. Voir Hénothéisme*, Po-
Liythéisme*, Manichéisme* (mais remar-
quer que dans celui-ci, seul le bon
rincipe est Dieu, et que son adversaire
n’est pas appelé ainsi).
Dans les temps modernes, et avec
Ja généralisation du monothéisme*, le
groupe allié à Dieu (pris en ce sens)
est plutôt électif et constitue une
: Église. « Qu'est-ce que l'Église ? C'est
l'assemblée des enfants de Dieu, l’armée
du Dieu vivant, son royaume, sa cité,
«son temple. » Bossuer, Pensées chré-
“tiennes, V (Éd. Didot, IV, 762).
; D. Au point de vue moral. Être per-
«sonnel tel qu’il soit, par son intelligence
et sa volonté, le principe suprême et la
| «garantie de la moralité. « L'ordre moral,
: de monde moral, que pourrait-il être,
«s’il n’avait son fondement, son appui,
DIEU
et enfin sa réalisation même, la seule
vivante et la souveraine, dans la Per-
sonne, dans celle qui est Dieu ? » Re-
Nouvier et PRAT, Vouv. monadologie,
460. Cf. Personnalisme*.
CRITIQUE
Les définitions ci-dessus ne doivent
pas être considérées comme représen-
tant tous les sens donnés au mot Dieu,
mais comme caractérisant, autant que
possible, deux idées fondamentales dont
les divers usages philosophiques de ce
terme peuvent être considérés comme
des combinaisons. Plus que tout autre,
un tel mot est actif par tout ce qu'il
éveille dans l'esprit, et l’on ne peut
qu’essayer de choisir, dans le nombre
presque indéfini de ses aspects, quelques
points de vue typiques par rapport
auxquels on puisse ordonner les autres.
On remarquera que les sens À et B
« traite Dieu comme une idole si on se borne à en faire un otjet de connaissance
«et si l'on ne réserve pas son action originale dans la réciprocité des rapports
« qui nous unissent à Lui. Le Dieu d'Abraham, c'est à la fois le mystère vivant qui
« se manifeste par la Révélation, qui se communique par la tradition, qui se
< rapproche de l’homme par l'Alliance, qui lui promet et lui demande l'Amour
« dans l’Adoption déifiante. »
| J’ai à peine besoin de dire que M. Blondel s’est mépris en voyant dans le fait de
citer ce texte une « insinuation » défavorable. Je considérais au contraire le sens
C comme le sens le plus important et le plus réel du mot Dieu historiquement
socialement et psychologiquement ; et je ne crois pas que ce soit atténuer la
valeur du texte de PascaL que de le prendre pour exemple de ce sens. Au reste, le
commentaire de M. Blondel me paraît être d’un grand intérêt, et je propose de le
faire figurer aux Observations. ( Assentiment.) |
L. Brunschvicg. Je suis tout à fait de cet avis, mais le sens C me paraît mal
nommé. Si on entend ce passage comme l'explique M. BLonpeL (et avec raison
selon moi) que reste-t-il là de social ou d’ethnique ? C’est seulement le Dieu per-
sonnel et moral opposé au Dieu logique. Le croyant entre sans doute en relation
avec lui par une action directe : mais cela ne suffit pas à constituer une société,
: A. Lalande. Il y a quelque chose de plus que cette relation individuelle. Ce
n’est pas sans raison qu’il est appelé le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob. Ces
formules rappellent que le Dieu de Pascal est le même que le Dieu de la Genèse
et du Deutéronome, Dieu du peuple élu, qui a fait alliance avec Abraham et sa
postérité. En invoquant ces noms, Pascal revendique cette adoption, se déclare
un héritier de cette alliance, continuée par les chrétiens après que le peuple juif
l’a méconnue.
| Ed. Le Roy. Cela est vrai, et il ne faut pas oublier quelle est dans le christia-
nisme l'importance de la notion d’Église, c'est-à-dire d’une société sans laquelle
l’homme ne peut entrer en communication avec Dieu. Je ne trouve pas que Ce
terme « concept social » soit inexact, surtout en le complétant par « concept
moral » qui montre un autre aspect de l'idée.
J. Lachelier. Il me semble que le sens C doit être mis tout à fait à part, comme
appartenant au passé ou à des formes inférieures de l’humanité ; quoiqu'il soit
. fort possible qu’historiquement, ce soit Le Dieu d'Israël qui soit devenu Dieu.
Encore faudrait-il rechercher si dans la pensée du peuple dont il était Le Dieu,
il n’était pas Dieu, au moins virtuellement.
E. Chartier. Le sens C ne serait-il pas une concession aux théories à la mode,
d’après lesquelles la seule réunion des hommes en société produirait des phéno-
mènes nouveaux, des idées nouvelles, tout à fait étrangères à chacun des individus
qui la composent ? Pour ma part, c’est une hypothèse que je trouve ingénieuse,
mais sans fondement sérieux. Il est visible que plusieurs mythes anciens, par
exemple celui de Saturne qui dévore ses enfants, témoignent au contraire d'idées
philosophiques antérieures, déformées par la tradition populaire.
A. Lalande, Il n’y a point ici de sacrifice à l'actualité. Et sans discuter la
théorie de M. Durkheim à laquelle on fait allusion, je ferai remarquer qu’il ne
s’agit pas en ce moment des origines. Le caractère social et ethnique des Dieux
anciens peut être expliqué par cette méthode, ou par l'évhémérisme, ou encore
autrement. Peu importe. Son existence est un fait, manifeste dans la Bible, dans
la religion grecque et romaine, etc.
E. Halévy. Je ne vois pas de raison sérieuse pour établir une séparation aussi
radicale entre le sens C et le sens D. Entre un Dieu dont les attributs sont« sociaux »
et un Dieu dont les attributs sont « moraux », quelle différence ? Si Abraham,
Isaac et Jacob avaient été capables de définir philosophiquement leur Dieu, ils
l’auraient sans doute défini‘au sens D, comme « un être personnel tel qu’il soit
par son intelligence et sa volonté, le principe et la garantie de la moralité ». La
différence, c’est qu’au sens D, Dieu est la conclusion d’un raisonnement philo-
sophique ; au sens C, un être qui se révèle directement. Mais alors, si l’on veut
DIEU
232
d’une part, C et D de l’autre, ont entre
eux une étroite parenté. D’une part, en
effet, chercher la substance ou la cause
suprême de l’univers, c’est chercher à
satisfaire un besoin résultant des lois
de la raison, et l’ordre ontologique
apparaît alors comme une transposi-
tion de l’ordre logique. Telle est l’idée
générale de la critique des preuves de
l'existence de Dieu chez KANT, Critique
de la raison pure, Dial. transc., ch. ini :
« Idéal de la Raison pure. » — D'autre
part, si le sens éthique ne dérive pas
entièrement du sens social, comme on
l’a souvent soutenu, il est du moins
certain qu'il s’y rattache historique-
ment d’une façon très étroite; et il
suffit d’ailleurs de considérer le groupe
social défini en C comme s’étendant à
l'Humanité tout entière pour aboutir
au principe « de la paternité divine et
de la fraternité humaine » (Congrès des
religions, 1893), qui est la forme la plus
générale de l’idée de Dieu comme prin-
cipe moral.
L'existence de ces deux ordres fon-
— ©
damentaux de concepts, l’un tout do.
miné par les idées de logique et de rai.
son, l’autre par les idées d’action et
de volonté, explique pourquoi le pro.
blème de l’Idée de Dieu, chez les con-
temporains, a pris la forme de cette
question : « Dieu est-il personnel? ,
C'est-à-dire : Ÿ a-t-il une identification
possible entre ces deux sens d’origine
différente ?
On peut considérer la plupart des
doctrines théistes présentées par l’his-
toire de la philosophie comme un effort
vers la synthèse de ces deux ordres de
concepts, soit qu’on atténue autant que
possible le sens social, et que l’on rap-
proche B et D par une conception ra-
tionaliste de la morale (Srotcrens, Spi-
Noza), soit au contraire qu’on insiste
sur la personnalité divine, et qu’on en-
visage les lois logiques et morales
comme l'effet de son libre arbitre abso-
lu (Duns ScoT, DESCARTES, SECRÉ-
TAN). La définition de DESscarTes,
« Dieu est l'être parfait », a pour trait
le plus remarquable une identification
introduire le sens C de la notion « Dieu » pourquoi ne pas introduire encore, par-
dessus le marché, un autre sens, qu’on appellerait le sens mythologique, et qu
serait au sens À ce que le sens C est au sens D ?
A. Lalande, Nous ne prenons les sens anciens que dans la mesure où ils sont
nécessaires à l'explication des sens actuels d’un mot (voir Avertissement, règle IV).
Le Dieu social est encore vivant, les Dieux de la nature ne le sont plus. D’ailleurs
les Dieux mythologiques ne sont-ils pas eux-mêmes conçus comme un peuple
ayant des relations presque légales avec les hommes (Nôpoc, véueaic) ?
E. Chartier. Mais les divisions proposées ne sont pas homogènes : le Dieu
logique est le Dieu admis par les logiciens ; le Dieu ontologique est celui des
métaphysiciens ; le Dieu social est-il au même sens le Dieu des sociologues ? Évi-
demment non. C’est comme si l’on divisait la géométrie en géométrie plane,
géométrie dans l’espace et géométrie euclidienne.
A. Lalande. Nous disons concept social, et non concept sociologique. Le
« Dieu social » n’est pas en effet le Dieu des sociologues, mais il est le Dieu des
hommes vivant en société, qui se le représentent comme participant à cette
société, présidant à ses destinées, et la gouvernant. Si le mot social crée une équi-
voque, on peut chercher une autre formule. Mais en tout cas le sens C serait très
inexactement interprété, si l’on y voyait, comme je crains que ce n’ait été aussi
le cas de M. BLONDEL, un sens historico-critique, et par conséquent négatif de
l’idée de Dieu. L'idée de Dieu, et la croyance en Dieu ainsi conçu me semblent
au contraire les plus vivantes de toutes. C’est à ce titre que l’on prie Dieu comme
un chef et un père, qu’on lui demande la santé, le succès, la satisfaction des
besoins, la défense contre l'injustice, une intervention analogue à celle du médecin
DIFFÉRENCE
: l'ordre moral et de l’ordre ontolo-
‘gique, à la faveur du terme équivoque
erfection, qui peut s'appliquer soit
toute réalité, soit seulement à ce qui
“présente une valeur éthique. — Mais on
peut prendre pour type d'effort le plus
complet vers cette conciliation la Mo-
aadologie de LEïBniz, où les quatre
gens définis plus haut sont nettement
osés et cumulés en un même être :
A. « Et c’est ainsi que la dernière raison
des choses doit être dans une Substance
nécessaire, dans laquelle le détail des
changements ne soit qu’éminemment,
comme dans sa source ; et c’est ce que
aous appelons Dieu. » Monad., 38.
B. « Dieu est non seulement la source
des existences, mais encore celle des
essences, en tant que réelles, ou de ce
‘il y a de réel dans la possibilité.
C’est parce que l’entendement de Dieu
est la région des vérités éternelles, etc. »
Jbid., 3. C. « C’est ce qui fait que les
æsprits sont capables d’entrer dans une
manière de société avec Dieu, et qu’il
est à leur égard non seulement ce qu’un
inventeur est à sa machine, mais en-
core ce qu’un Prince est à ses sujets, et
même un Père à ses enfants. » Ibid., 84.
D. « Enfin sous ce gouvernement par-
fait il n'y aurait point de bonne action
sans récompense, point de mauvaise
sans châtiment ; et tout doit réussir au
bien des bons, c’est-à-dire de ceux... qui
aiment et imitent comme il faut l’au-
teur de tout bien. » — « .… si nous
sommes attachés comme il faut à l’au-
teur du Tout, non seulement comme à
l’architecte et à la cause efficiente de
notre être, mais encore comme à notre
Maître et à la cause finale qui doit faire
tout le but de notre volonté, et peut
seule faire notre bonheur. » Jbid., 90.
Rad. int. : De.
DIFFÉRENCE, G. Atapopé ; L. Dif-
ferentia ; D. Differenz, Unterschied ;
E. Difference ; 1. Differenza.
A. Relation d’altérité* (ëteporn)
entre des choses qui sont identiques à
un autre égard. « Atapopk XAÉYETat
Gg'Ëtepa ÉoTt T* aÙTO TL ÜVTA HN HÔVOV
ou du magistrat. Ce n’est pas là, comme on le prétend quelquefois, un état d’esprit
dépassé. Il continue à exister de nos jours, même chez des philosophes, qu’ils
æ préoccupent ou non de concilier ce sentiment et cette pratique avec le reste
de leurs idées. Voyez l’ouvrage de W. James sur l’ Expérience religieuse. Le Monist
a publié de même il y a trois ans une enquête des plus instructives sur la croyance
religieuse, qui montre combien cette attitude est générale. M. J. H. LeuBa la
rsumait en disant : « Dieu n’est pas connu, il est utilisé : he is used. »
F. Rauh. Je me rappelle cette enquête, qui m'a frappé. Je crois en effet que ce
sens est le plus vivant de tous : au fond, c’est le vrai sens du mot Dieu. Cependant,
au point de vue logique, il serait mieux de le subordonner au sens D.
A. Lalande. J’en ai noté la parenté dans la Critique. Mais il ne faut pas d’ail-
leurs chercher à établir une exacte symétrie, ni même une division trop systéma-
tique, entre les sens indiqués. 11 s’agit seulement de dégager de l’usage actuel
tendances typiques, qui peuvent ne pas avoir une unité parfaite.
Sur Dieu, Critique. Tout cela, d’une manière générale, me paraît vrai. Il est
certain que le concept cartésien de l’être parfait n’est pas suffisamment défini :
€ar en quoi consiste la perfection divine ? Le seul concept adéquat de Dieu n’est-il
Pas celui de liberté absolue (de négation de toute nature, concept par conséquent
surtout négatif et bien près d’être vide), entrevu par PLorTin et DESCARTES et
æettement formulé par M. SecréTAN ? Ou plutôt, ne faudrait-il pas combiner, avec
d'idée du vide de tout ce qui est pour nous être ou nature, celle d’une plénitude
infinie, mais d’un autre ordre, et pour nous, par conséquent, totalement incom-
Préhensible ? (J. Lacheiier.)
DIFFÉRENCE
dpôu& GA À Elder, n yéver À dvæhoyix.
ARISTOTE, Métaph., IV, 9, 10183. D'où
la distinction scolastique des choses
numériquement différentes (numero dif-
ferentia), c’est-à-dire qui ne diffèrent
par aucun caractère intrinsèque, mais
seulement par le fait d’être plusieurs ;
et des choses spécifiquement diffé-
rentes (specie differentia), c’est-à-dire
qui diffèrent par leur essence même ou
leur définition.
B. Caractère qui distingue une espèce
des autres espèces d’un même genre.
«Ex yäp Toù yévouc xal tüv Gtapopov
+à etôn. » ARISTOTE, Métaphysique, IX,
7, 1057b, — Les scolastiques disent en
ce sens Differentia specifica (BOETHIUS);
eidonouc est en effet employé par ARis-
TOTE avec cette signification, quoique
rarement (Topiques, IV, 6, 143b 8 ; Eth.
Nic., X, 3, 1174 5). — Cf. Distinction*.
C. Chez les modernes, tout caractère
qui distingue un concept d’un autre,
ou une chose d’une autre.
CRITIQUE
1. On voit par ce qui précède que le
mot a deux sens fondamentaux, l’un
désignant un rapport entre objets de
pensée différents, l’autre désignant le
ou les caractères qui constituent cette
différence. Ces deux sens doivent être
distingués par la forme de la phrase :
{° différence entre... ; 20 différence pro-
pre à. Où caractéristique de. ; diffé-
rence intrinsèque quand c’est le cas.
— En langue internationale, les deux
sens doivent être distingués par leurs
suffixes : 1° es ; 29 aj.
2. Il est utile de conserver la distinc-
tion de la différence numero et specie,
mais à titre provisoire, et sous réserve
d'examiner cette thèse de LEIBNIz que
deux êtres réels ne peuvent différer nu-
mériquement sans différer aussi intrin-
234
sèquement (Principe des indiscerna-
bles). Il fait observer à ce propos, et
avec raison, que l’expression différence
spécifique est trop étroite pour ce secong
sens, car la différence des individus de
la même espèce est qualitative et in.
trinsèque, tout en n’étant pas à pro-
prement parler spécifique (Nouveaux
Essais, ch. 1}. Nous proposons donc,
en ce sens, l'usage des termes opposés
numérique et intrinsèque. Cf. Dustinc-
tion*.
« Différence (méthode de) », E. Me-
thod of difference.
J. S. Mize appelle ainsi la seconde
des méthodes d’induction qu’il formule
dans son System of Logic : « If an
instance in which the phenomenon oc-
curs, and an instance in which it does
not occur, have every circumstance in
common, save one, that one occurring
only in the former : the circumstance
in which alone the two instances differ
is the effect, or the cause, or an indis-
pensable part of the cause of the phe-
nomenon! » {Livre III, ch. vin, 8 2).
— Cf. Concordance*, Variations*, etc.
Différences perceptibles (Méthode des
plus petites), D. Methode der ebenmer-
klichen Unterschiede ou der Minimalän-
derungen ; E. Method of least noticeable
difference, où of just perceptible diffe-
rence ; l. Metodo delle differenze (ou
variazioni) minime.
L'une des quatre méthodes fonda-
mentales de la psychophysique*. Elle
consiste à faire varier une excitation E
à partir de E, et à noter les accroisse-
1. « Si un cas où le phénomène se produit et un cas où
il ne se produit pas ont toutes leurs circonstances com-
munes sauf une, cette circonstance ne 8e rencontrant
que dans le premier : la circonstance unique par laquelle
les deux cas diffèrent est l'effet, ou la cause, ou une
partie indispensable de la cause du phénomène. »
Sur Différence. — Critique, 2. — La distinction de la différence numero et de la
différence specie n’est pas seulement provisoire. Si je dis deux pommes, ce n’est pas
parce qu’elles sont différentes, mais quoique elles soient différentes. L’altérité
qualitative ou intrinsèque est un obstacle à la numération. On atteint l'idéal en
mathématiques : deux points, deux droites. (V. Egger.)
‘
l
#
'
4
ee =
235
ments minima nécessaires pour que le
sujet reconnaisse une différence entre
les excitations E, E;, Ei E:..,E,E,.:.
Admettant alors que les passages suc-
cessifs de la sensation S, à la sensa-
tion S:, de la sensation S, à la sensa-
tion Ss, etc., constituent par défini-
tion des « accroissements égaux de la
sensation », on cherche quelle fonction
mathématique peut représenter les ac-
croissements E1 — Eo, E> — E,... qui
sont fournis par l'expérience. — Fechner
pensait que ces accroissements étaient
proportionnels à E , d’où, en retour-
nant la formule, que la sensation va-
riait comme le logarithme de l’excita-
tion. Voir Psychophysique (loi).
Rad. int. : Difer. A. Diferes; B.
Diferaj.
DIFFÉRENCIATION, D. Differenzie-
rung ; E. Differentiation ; 1. Differen-
ziamento. — (Ne pas confondre avec
l'opération mathématique appelée diffé- |
rentiation, par un t.)
A. « Passage de l’homogène à l'hété-
rogène. » SPENCER, Premiers principes,
ch. xv. Transformation d'éléments
semblables en éléments différents, ou
d'éléments moins différents en éléments
plus différents. En particulier division*
du travail entre des cellules, des or-
ganes, des individus, des groupes so-
ciaux. — La différenciation peut por-
ter sur les structures {différenciation
morphologique) ou sur les fonctions
(diff. fonctionnelle).
B. Résultat de cette opération. On dit
parfois en cesens Différenciation acquise.
Rad. int. À. Diferencig; B. Diferencaij.
DIFFLUENTE
DIFFÉRENCIER, D. Differenzsieren ;
E. To differentiate ; 1. Differen:iare.
Rendre différent ce qui était sem-
blable ; produire ou accroître la diver-
sité entre les parties d'un même tout.
« Si loin qu'on remonte vers les ori-
gines (de la vie). toujours on la ren-
contre déjà très différenciée, donc très
ancienne. » Éd. Le Roy, L'exigence
idéaliste et le fait de l’évolution. 92.
CRITIQUE
1. Différencier n'équivaut à distin-
guer* que dans les cas où ce mot veut
dire rendre distinct ce qui était aupa-
ravant indivis ou indiscernable. Il est
d'une mauvaise langue de l’employer,
comme on le fait quelquefois par re-
cherche de style, en parlant de diffé-
rences statiques, préexistantes. — « Se
différencier » veut dire devenir diffé-
rent, et non différer par tel ou tel
caractère.
2. Par suite de la confusion courante
entre l’idée spencérienne d’«évolution*»
et celle de progrès, « différencié » est
pris aussi quelquefois pour supérieur,
plus perfectionné, dans des cas où il
n’y a dans ce perfectionnement aucun
accroissement de spécialisation. C’est
également un faux sens à éviter. (Voir
Observations.)
Rad. int. : Diferenci.
« DIFFLUENTE (Imagination). »
Th. Rigor a désigné ainsi, par opposi-
tion aux autres formes d’imagination
créatrice, et particulièrement à l’imagi-
nation plastique, celle qui emploie des
images à contours vagues, indécis, mo-
Sur Différencier. — Différencié a même été pris pour perfectionné en parlant
de ce qui est au contraire supérieur en tant que moins spécialisé. Voir p. ex. le
texte cité par Lévy-BrunL (qui lui-même n’en paraît pas choqué) dans Les
fonctions mentales chez les sociétés inférieures, p. 228 : « Dans les langues indiennes
nous ne saurions trouver un mot aussi différencié que « placer » :
nous trouvons
une série de mots avec des verbes ou des adverbes indifférenciés signifiant «placer
«d’une certaine manière »; p. ex. je place sur.…., je place le long de..., etc. » POWELL,
The evolution of language, E. B. Reports, I, p. xxr. Il y a là un curieux exemple
de la suggestion causée par ce préjugé que tout progrès est « passage de l’homogène
à l’hétérogène. » (A. L.)
DIFFLUENTE
biles, consistant dans la plupart des
cas en « abstraits émotionnels », et les
associant d’une manière surtout sub-
jective et affective. Elle peut se ren-
contrer dans toutes les formes d'art,
mais domine surtout dans la musique.
(L'imagination créatrice, 3° partie,
chap. 11.)
Rad. int. : Difluant.
DIGNITÉ humaine (Principe de la),
D. Würde et mieux Menschenwürde ;
E Dignuy; 1. Dignita.
On désigne sous ce nom le principe
moral énonçant que la personne hu-
maine ne doit jamais être traitée seu-
lement comme un moyen, mais comme
une fin en soi, autrement dit que
l’homme ne doit jamais être employé
comme moyen sans tenir compte de
ce qu'il est en même temps une fin
en soi (KANT, Fond. de la Métaph. des
mœurs, 2e section).
Rad. int. : Dignes.
DILEMME, G. Aümuua; D. Dilem-
ma ; E. Dilemma ; I. Dilemma.
A. Raisonnement dont une prémisse
contient une alternative à deux termes,
et dont les autres prémisses montrent
que les deux cas de l'alternative im-
pliquent la même conséquence. L’alter-
native peut être catégorique ou hypo-
thétique. Dans le premier cas, le di-
lemme a la forme :
« À ou B est vraie;
Si À est vraie, K est vraie ;
Si B est vraie, K est vraie ;
Donc K est vraie. »
Dans le second cas, la première pré-
misse et la conclusion sont hypothéti-
ques, et prennent respectivement les
formes suivantes :
« Si A est vraie, B ou C est vraie.
Si B est vraie, K est vraie ;
Si C est vraie, K est vraie ;
Donc, si A est vraie, K est vraie. »
Plus généralement, on appelle di-
lemme tout raisonnement du même
type où l'alternative comprend plus de
236
deux cas. (N. B. L’alternative n’est Pas
nécessairement disjonctive*, au sens p
B. Système de deux propositions
contradictoires entre lesquelles on est
mis en demeure de choisir.
C. Chez RENoOUvIER : « Le terme y}.
lemme, par une extension que l’étymo.
logie permet du sens habituel du mot
est applicable à l'opposition mutuelle
de deux thèses philosophiques telles
que l'acceptation ou la répudiation de
l’une, avec ses corollaires, entraîne Ja
négation ou l'affirmation de l’autre :
sans qu'aucune des deux puisse être
réfutée à l’aide des principes avoués par
les deux partis qui les soutiennent. »
Les Dilemmes de la Métaphysique,
p. 11 : « Définition du dilemme méta-
physique. »
Rad. int.. Dilermn.
DIMARIS (ou Dimatis). Mode de la
quatrième figure, se ramenant à Darii
par la transposition des prémisses et
la conversion simple de la conclusion :
Quelque P est M
Tout M est S
Donc quelque S est P.
DIMENSION, D. Dimension ; E. Di-
mension ; I. Dimensione.
A. En Arithmétique générale, nom-
bre réel* qui est un des éléments consti-
tuants d’un nombre complexe (à nr uni-
tés ou dimensions).
B. En Géométrie, grandeur réelle,
qui, soit seule, soit avec d’autres, dé-
termine la position d’un point (sur une
ligne, sur une surface, dans un espace).
On dit, par suite, qu’un espace a n di-
mensions, lorsqu'il faut n dimensions
pour déterminer chacun de ses points
C. En Géométrie et en Physique,
grandeur réelle* qui, soit seule, soit
avec d’autres, détermine la grandeur
d’une figure mesurable (longueur, aire,
volume, etc.). Ex. : « Les dimensions
d’un corps. »
D. En Mécanique et en Physique,
espèce de grandeur dont dépend la me-
sure d’une autre grandeur, avec l’in-
dication de la relation algébrique qui
DISCOURS
l gnit ces deux grandeurs. Par exemple,
‘gne vitesse est le rapport [le quotient)
“d'une longueur et d’un temps. On écrit
: & L , ,
symboliquement :V = T' C’est ce qu’on
appelle une formule de dimensions.
|
2
CRITIQUE
* Le sens primitif est le sens C, d’où
sont dérivés les sens B et A d’une part,
p d'autre part.
; Rad. int. : Dimens.
‘ DIPLOPIE, D. Doppelsehen ; E. Di-
: plopia; L. Diplopia.
Fait de percevoir une double image
visuelle d’un objet qui est normalement
, perçu comme une image unique. Di-
plopie monoculaire, perception d’une
‘image double par un seul œil. Diplopie
. binoculaire (la plus étudiée, ordinaire- |
ment appelée deplopie sans épithète),
"perception séparée et simultanée des
deux images dues aux deux yeux,
images qui fusionnent normalement.
! Rad. int. : Diplopi.
DIRIGÉ, D. A. Gerichtet; B. Gelei-
s te; — E. Directed; I. Diretto.
À. Qui possède une direction définie.
« Un segment dirigé. »
' B. Gouverné par un être doué de
prévoyance et de volonté (même si
cette volonté ne s'exerce pas constam-
* ment vers le même but ou dans le
même sens).
REMARQUE
Au sens précis et technique, on dis-
tingue la direction et le sens (voir sens,
8) : un mouvement dirigé suivant le
méridien peut avoir deux sens contrai-
res : sud-nord ou nord-sud. Maisle mot
dirigé s'emploie très souvent pour mar-
quer le mouvement ou la conduite
orientés en un sens déterminé.
Rad. int. : A. Direcionat ; B. Direkt.
DISAMIS. Mode de la troisièmefigure
se ramenant à Darii par la transposition
des prémisses et la conversion simple
de la majeure et de la conclusion :
Quelque M est P
Tout M est S
Donc quelque S est P.
DISCONTINU, D. Unstetig ; E. Dis-
continuous ; I. Discontinuo.
A. Au point de vue philosophique,
une grandeur est discontinue si elle
est composée d’éléments donnés (et non
arbitrairement définis) par l’intermé-
diaire desquels elle est construite dans
la pensée.
B. Au point de vue de l'analyse
mathématique, discontinu est la néga-
tion de continu dans tous les sens.
V. ce mot.
Rad. int. : Nekontinu.
DISCOURS, I. Discursus ; D. (sans
équivalent général) ; B. Rede; — E.
Discourse ; B. Speech ; 1. Discorso.
A. Opération intellectuelle qui s’ef-
fectue par une suite d'opérations élé-
mentairespartielles etsuccessives. « Dis-
cursus est transitus cogitantis a senten-
tia ad sententiam ordine quadam, sive
consequentiarum, sive alio, ut in me-
thodo. » LeïBniz, Opuscules et frag-
Sur Diplopie. — Chacun des deux yeux peut donner soit une image simple, soit
, une image double ; et les images des deux yeux peuvent fusionner ou ne pas
fusionner. Il peut donc se présenter les quatre cas suivants :
A. Monopie pour chaque œil et monopie pour les deux.
‘ B. Monopie pour chaque œil, diplopie pour les deux.
binoculaire, déplopie ou triplopie.
C. Monopie pour un œil, diplopie pour l’autre ; ce qui produira dans la vision
, D. Diplopie des deux yeux ; ce qui produira, dans la vision binoculaire, diplopie,
triplopie, ou tétraplopie. (Paul Tannery.)
Le cas B est ce qu’on appelle le plus ordinairement diplopie. (A. L.)
LALANDR. — VOCAB. PHIL.
10
DISCOURS
238
ments inédits, éd. Couturat, 495. —
Cf. Discursif* et Intuition*.
B. Spécialement, expression et dé-
veloppement de la pensée par une suite
de mots ou de propositions qui s’en-
chaînent.
Univers du discours, voir Univers*.
Rad. int. : À. Diskurs ; B. Parolad.
DISCRET, D. Diskret ; E. Discrete ;
I. Discreto.
Discontinu*, au sens A. Voir plus
haut.
Discrétionnaire
Arbitraire*.
(Pouvoir! — Voir
DISCRÉTIVE (Ponrt-Rovaz, II, 9).
On appelle proposition discrétive une
proposition composée* dont les diffé-
rentes parties sont affirmées à la fois, |
mais en même temps opposées entre
elles par l'esprit (notamment quand
l’une est affirmative et l’autre néga-
tive). Exemple :
Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud.
DISCRIMINATION, D. Unterschei-
dung ; E. Discrimination ; 1. Discrimi-
nazione.
Acte de distinguer l’un de l’autre
deux objets de pensée concrets, soit psy-
chologiques soit sensibles. — Cf. Dis-
tinction*.
Rad. int. : Dicern.
DISCURSIF, D. Discursiv; E. Ds.
cursive ; 1]. Discorsivo.
Une opération de pensée est dite dis.
cursive quand elle atteint le but où
elle tend par une série d'opérations Par.
tielles intermédiaires. (P. ex. et Sur-
tout, le raisonnement.) Discursif s'op-
pose à intuitif.
L'ensemble des opérations de cette
nature constitue la pensée discursive
ou quelquefois la faculté discursive (sur.
tout usuel en I., facolià discorsiva), Ces
expressions se prennent par suite comme
synonyme d’entendement.
Chez KaANT, discursif s'oppose à in-
tuitif comme la connaissance du géné-
ral à la connaissance du particulier
(Logik, $ 1).
Rad. int. : Diskurs.
DISJONCTIF, D. Disjunktiv; E. Dis-
junctive ; |. Disgiuntivo. Voir Conjonc-
uif*.
A. Se dit généralement d’un juge-
ment qui affirme une alternative*. Cette
alternative peut, en particulier, exister
entre plusieurs jugements de même
sujet, auquel cas elle se réduit (gram-
maticalement) à l’alternative des pré.
dicats*, au sens A.
B. Se dit aussi plus spécialement
d'un jugement affirmant une alterna-
tive exclusive, c’est-à-dire dont un des
membres est nécessairement vrai et
dont tous les membres s’excluent mu-
tuellement (ne peuvent coexister deux
Sur Discrimination. — Terme d’origine anglaise, mais que nous croyons suffi-
samment entré dans le langage philosophique français. (L. C. — A. L.)
Sur Discursif. — Le rapprochement du discursif et du général, de l’intuitif et
du particulier est beaucoup plus ancien que Kanr. Il est déjà très usuel chez
Wozrr, et remonte à la scolastique. Kanr ne fait là que suivre un vieil usage
classique. (R. Eucken.)
Sur Disjonctif. — Pour avoir un vrai jugement disjonctif, il ne suffit pas que les
termes de l'alternative s'excluent réciproquement, mais il est nécessaire de plus
qu'il n’y ait pas d'autre possibilité que celle exprimée dans la disjonction ; en
d’autres termes, que la division de l’extension soit complète. A défaut de quoi
on n’a plus un jugement disjonctif, mais.un jugement simplement partitif.
(C. Ranzoli.)
89
DISPONIBLE
pe
1 à deux). La disjonctive est dite alors
& exclusive.
%. C.Se dit d’un raisonnement dont une
rémisse est disjonctive. En particulier,
n appelle syllogismes disjonctifs les
: raisonnements des deux types suivants :
Modus tollendo-ponens :
Ou A est vrai, ou B est vrai;
Or A n’est pas vrai;
Donc B est vrai;
Modus ponendo-tollens :
Ou A est vrai, ou B est vrai;
Or A est vrai;
Donc B n'est pas vrai.
Cette seconde forme exige que la
majeure soit exclusive.
Une autre forme de raisonnement
disjonctif, au sens C, est le dilemme*,
où l’on montre que les deux termes
d’une alternative aboutissent à une
même conséquence.
Rad. int. : Disjunktiv.
DISJONCTION, D. Disjunktion ; E.
Disjunction ; 1. Disgiunzione.
A. Caractère des jugements disjonc-
tifs* soit au sens À, soit au sens B. —
On dit quelquefois dans le second de
ces cas : disjonction complète ou mieux
exclusive.
B. Jugement disjonctif, soit au sens
A, soit au sens B.
Rad. int. : A. Disjunktes ; B. — ai.
DISPARATE, L. Disparatus ; D.Dis-
parat ; E. Disparate ; I. Disparato.
Terme relatif : A. Chez Boëce, des
termes disparates sont des termes divers
non contraires : « disparata... quæ tan-
tum a se diversa sunt, nulla contrarie-
tate pugnantia... » (Dans PRANTL, I,
686.)
B. Chez LE1BN1z, se dit de deux con-
cepts dont aucun ne contient l’autre,
c'est-à-dire qui ne sont pas dans la
relation de genre à espèce. LEIBNIZ,
Inédits, éd. Couturat, p. 53 : « Sineuter
terminorum in altero continetur, appel-
lantur Disparata », et p. 62 : « … in
disparatis, seu quorum neutrum est
genus vel species. »
C. On appelle plus généralement dis-
parates deux concepts qui ne sont ni
dans le rapport de genre à espèce, ni
dans le rapport d’une espèce à une
autre espèce d’un même genre.
Kircuner, sub v°, y ajoute de plus
cette condition que les deux concepts
considérés soient des caractères d’un
même sujet. Mais cette dernière condi-
tion ne paraît pas conforme à l'usage ;
et le second exemple qu’il donne dans
le même article porte sur des termes
qui ne la remplissent pas.
CRITIQUE
Bon à conserver au sens C.
Rad. int. : Disparat.
« Disponible », terme récemment
introduit dans le langage philosophique
pour marquer l’état de l'esprit dont les
sentiments, l’action ou le jugement ne
sont restreints par aucun engagement
antérieur, « Sois disponible de toute ta
ferveur à toutes les choses... Sois dis-
ponible : refuse ton cœur à la fixité, ne
t’attache à rien, ni à personne, ni à toi-
même. Sois infidèle et toujours amou-
reux. Désencombre-toi du passé. Que
tes passions soient excessives, mais
Sur Disparate. — Y a-t-il là trois sens réellement différents ? LEIBNIz, en
particulier, a-t-il voulu faire autre chose que définir avec une précision nouvelle,
et éclaircir (par la distinction des cas où le genre est plus ou moins prochain) le
sens d’un terme scolastique ? (J. Lacheller.)
Peut-être ; mais la définition de Leibniz est beaucoup plus rigoureuse que celle
des Scolastiques ; et surtout elle admet entre disparates la relation de contrariété
qu’exclut celle-ci. D’où la nécessité de la formule C, qui précise davantage encore
le sens fondamental. (L. C. — A. L.)
DISPONIBLE
240
exclusives, jamais. » C.-L. ESsTÈve
(résumant André GiDE), Études philo-
sophiques sur l'expression littéraire
(1939), p. 31.
DISSOCIATION, D. Dissoziation ; E.
Dissociation ; 1. Dissociazione.
A. Plusieurs psychologues modernes
appellent ainsi l'opération de l'esprit
isolant les uns des autres des éléments
qui lui ont été donnés primitivement
comme un tout. « What is associated
now with one thing and now with ano-
ther, tendsto be dissociated from either
and to grow into an object of abstract
contemplation by the mind. One might
call this the law of dissociation by !
varying concomitants!. » VW. James,
Principes of Psychol., I, 506.
B. Au sens concret, séparation effec-
tive d’éléments qui étaient unis. Spé-
cialement, en chimie, on appelle dis-
sociation une décomposition limitée,
c'est-à-dire aboutissant à un état d’équi-
libre qui est la limite commune de cette
réaction et de la réaction inverse.
Rad. int. : A. Disociad ; B. Disociig.
1. « Ce qui est associé tantôt à une ohose, tantôt à une
autre, tend à se dissooier de l’une et de l'autre et à deve-
nir un objet de contemplation abstraite pour l'esprit.
On pourrait appeler ceci : loi de dissociation par la Varis-
tion des concomitants. »
RE
DISSOLUTION, D. Auflüsung ; p
Dissolution ; I. Dissoluzione. é
A. Décomposition d’un agrégat, et
spécialement retour à l’état indépen.
dant d'éléments individuels groupés en
un organisme.
B. D’après l'usage de H. SPENCER, Ja
dissolution est le processus inverse de
celui qui constitue l’évolution (caracté.
risée chez lui par le progrès de la diffé.
renciation et de l’intégration). Elle est
donc non seulement le retour à l’indé-
pendance des éléments agrégés, mais
le retour à la ressemblance des élé-
ments différenciés. Premiers Principes,
ch. xxr1.
CRITIQUE
Ce mot présente le plus souvent un
sens péjoratif (ruine, décadence, corrup-
tion) : 1° à cause de ce fait que l’exemple
le plus frappant de dissolution, au sens
A, est la dissolution qui suit la mort ;
2° à cause de l’usage qu’on fait en fran-
çais et en anglais de l’adjectif dissolu
(dissolute) : débauché, contraire aux
bonnes mœurs ; 3° à cause de l’associa-
tion très générale qui existe entre évo-
lution et progrès. — Cependant le mot
a été pris aussi en un sens favorable, en
considérant que la plupart des progrès
moraux s’accomplissent par l’assimila-
Sur Dissociation. — Il y aurait intérêt à distinguer nettement la dissociation de
l’abstraction : W. Jauwes fait rentrer la « loi de dissociation » dans le Process of
abstraction. I] faudrait bien distinguer l’abstraction, opération logique par laquelle
l'esprit considère l’attribut en l’opposant au sujet ; — et la dissociation, analyse
psychologique opérée en vertu de la fonction discriminative propre à l’attention.
C'est d’ailleurs cette simplification du réel par l’attention qui rend possible l’asso-
ciation ; et l’on se rend compte ainsi du lien étroit qui unit les deux processus :
dissociation-association. (Th. Ruyssen.) |
Sur Dissolution. — Le terme est malheureux, et je regrette de l’avoir employé,
à la suite de SPENCER, pour désigner le processus contraire à l’évolution telle
qu’il l'entend. Cet usage a donné et donne naissance à de nombreux malentendus,
dont j’ai eu souvent à constater les graves inconvénients. Étant donné que l’évo-
lution*, au sens spencérien, est surtout caractérisée par la différenciation, le
meilleur terme à opposer à celui-ci me paraît être assimilation*, ou, pour corres-
pondre à 1° « évolution », en tant que caractérisée à la fois par la différenciation
et l'intégration, involution. Voir Les Illusions évolutionnistes. (A. L.)
241
tion* des individus et par l’assouplis-
sement ou même par la destruction des
structures sociales rigides qui tendent
à les transformer en organes invaria-
blement différenciés*. A. LALANDE, La
dissolution opposée à l'évolution, ch. I.
Rat. int. : A. Dissolv ; B. Dissolvad.
DISSYMÉTRIE, voir Symétrie et
(8) Antisymétrie.
DISTANCE, D. Abstand; E. Dis-
tance ; 1. Distanza.
Voir Espace*, Étendue* Nativisme*.
Rad. int. : Distanc.
DISTINCT, D. Verschieden, deutlich ;
E. Distinet ; 1. Distinto. — Le terme
opposé est confondu pour A et B; confus
Cet D.
4 En tant que terme relatif, portant
sur plusieurs objets comparés entre eux :
À. Au sens subjectif : distingué, qui
est tenu pour autre par un esprit
donné. Ex. : « Pour Bacon, la philoso-
phie n’est pas distincte de la science. »
B. Au sens objectif : différent, qui
doit être tenu pour autre. Ex. : « Vous
confondez deux problèmes distincts. »
20 En tant que terme absolu, s’ap-
pliquant à un seul objet :
C. Extrinsèquement, et par une ellipse :
distinct, au sens À, de toute autre chose ;
distingué par l’esprit et posé par lui
t
DISTINCT
comme univoque. Ne se dit en ce sens
que de la connaissance elle-même, ou
d’un objet de connaissance, en tant
qu'idée. |
Spécialement chez DeEscarTES, le cri-
térium de la vérité est dans la con-
naissance claire et distincte : « J'appelle
[connaissance] distincte celle qui est
tellement précise et différente de toutes
les autres qu’elle ne comprend en soi
que ce qui paraît manifestement à celui
qui la considère comme il faut1. » Prin-
cipes, I, 45.
Une idée peut être claire* sans être
distincte, p. ex. celle d’une douleur;
mais non réciproquement (DESCARTES,
Principes, I, 46). Cette affirmation de
DEscarTEs est reproduite par PorT-
Royaz, mais avec des réserves (Lo-
gique, première partie, ch. 1x).
D. Intrinsèquement, ce dont l'esprit
voit nettement tous les éléments cons-
titutifs.
Pour LeïBniz, la connaissance dis-
tincte est celle qui non seulement suffit
à faire reconnaître son objet, mais dans
laquelle on peut expliquer « les marques
qu'on en a ». Disc. de Métaph., $ xx1v.
Une idée peut être claire si elle suffit
à faire reconnaître son objet, mais néan-
1. Le mot précise est pris ioi aveo son sens anoien :
C£. Porr-Rovaz, Logique, I, oh. 5, « Où il est parlé de la
manière de connaître par abstraction ou ,.
Sur Distance, — Terme omis dans la première rédaction de ce travail. A été
rétabli pour ordre à son rang alphabétique sur les observations de M. Ranzoll,
qui fait remarquer avec justesse que la perception de distance est un des problèmes
importants de la théorie de la vision. Elle a été le champ de bataille des théories
Empiristes et Nativistes, qui seront définies en leur place. (A. L.)
Sur Distinct. — Verschieden s'emploie aux sens À et B, Deutlich au sens C.
Unterschieden, comme adjectif, n’est pas rare chez les auteurs classiques, parti-
culièrement dans le sens A (subjectif). (F. Tônnies.) | L .
Distincet se dit proprement de la vision et des images visuelles ; mais il se dit
métaphoriquement de la vue de l'esprit et des choses que l'esprit voit avec une
parfaite netteté; et c’est ce sens métaphorique qui est devenu, ce me semble,
chez Descanres et LeiBniz, le sens philosophique (plutôt que le sens de distingué,
de non-confondu, bien que la netteté d’une image visuelle tienne à ce qu’elle ne
se confond pas avec d’autres et à ce que les traits ne s’en confondent pas entre
eux). (J. Lachelier.)
DISTINCT
moins confuse si on le reconnait par
«un je ne sais quoi ». Jbid.
Cf. Adéquat*.
Rad. int. : Disting ( Boirac) ; A, C, D.
Distingat ; B. Distingind.
DISTINCTION, D. Unterscheidung au
sens À, Unterschied au sens B, Ver-
schiedenheit au sens C ; E. Distinction ;
L Distinzione.
A. Acte de distinguer, c’est-à-dire
de reconnaitre pour autre. — Spéciale-
ment, acte de séparer, dans une asser-
tion que l’on discute, ce que l’on
admet de ce que l’on n’admet pas. Voir
Distinguo*.
B. Caractère qui distingue un objet
de pensée, c’est-à-dire qui permet de le
reconnaître pour autre. Spécialement,
au sens laudatif : ce qui met un homme
au-dessus du commun (supériorité d’in-
telligence ou d’éducation : titre honori-
fique ; etc.).
C. Propriété qu’ont deux ou plusieurs
objets de pensée d’être distincts.
REMARQUES
1. La distinction est dite numérique
(numero) si elle consiste seulement dans
la répétition d’une présentation, jugée
identique quant à son contenu ; elle est
dite spécifique (specie), ou mieux in-
trinsèque dans le cas contraire. Cf. Dif-
férence*.
2. Distinction réelle, celle qui est
entre deux êtres qui peuvent être effec-
tivement séparés, ou du moins qu’on
peut concevoir comme pouvant être
effectivement séparés par une puissance
supérieure à la nôtre ; distinction for-
melle, celle qui ne peut être faite qu’en
pensée, comme l’abstraction. Voir AR-
NAULD, Quatrièmes objections contre
Descartes, section I.
3. Distinction, en Loc., s'applique
en principe aux individus ; différence,
aux espèces ; diversité, aux genres. Mais
l'usage courant, même dans les ou-
vrages philosophiques, passe par-dessus
ces spécifications, d’autant plus que la
règle française de style qui désapprouve
la répétition d’un même terme conduit
. 242
fréquemment à substituer l’un à l’autre.
Rad. int. : À. Disting (Boirac) ; B,
Distingaj ; C. Distinges.
DISTINGUER, D. A, B. Auszeichnen ;
C. Unterscheiden ; D. Erkennen ; — E,.
To distinguish,; to discriminate; I].
Distinguere.
(Étymologiquement, teindre de cou-
leur différente ; opposer par des teintes
diverses.)
A. Établir ou marquer une diffé.
rence; rendre distinct* au sens A,
« Descartes a distingué les inconnues
par les lettres x, y, z.»
B. Constituer le caractère distinctif
d’une chose ou d’un objet de pensée,
ce qui permet de les reconnaître. —
Quand il s’agit d’une personne ou de
ses actes, le mot a presque toujours un
import laudatif ; d’où le sens de « dis-
tingué », pris absolument.
C. Reconnaître une chose pour dis-
tincte d’une autre.
D. Percevoir ou penser d’une manière
distincte*, au sens C.
Rad. int. : À. B. Disting ; C. D. Di-
cern.
« Distinguo ». Dans la discussion (pri-
mitivement dans la discussion scolas-
tique), formule servant à répondre à
une objection par une distinction*. Par
suite, substantivement, et souvent avec
une nuance péjorative, la distinction
elle-même.
DISTRACTION, D. Zerstreutheit ; E.
Distraction ; 1. Distrazione.
A. Division de la pensée entre plu-
sieurs objets divers, de telle sorte
qu'elle n’est attentive à aucun d’eux.
B. Absence de perception d’une sen-
sation qui devrait être normalement
perçue, ou manque d’adaptation aux
circonstances présentes, provenant de
ce que l'attention est concentrée sur un
point particulier (en général sur une
pensée intérieure).
Ce mot s'applique dans les deux sens
soit à une disposition générale de l’es-
prit, soit à un état momentané ; de plus,
6
243
DIVERS
us
au sens B, il s'emploie également d’une
manière concrète : acte ou omission
causés par la distraction.
CRITIQUE
Les deux sens du mot sont moins dif-
férents qu'ils ne paraissent d’aboré,
VPinattention à certains phénomènes
étant le trait commun qui les réunit.
Cependant il serait bon d'appeler plutôt
le premier cas dispersion, et le second
distraction.
Rad. int. : A. Dipsers ; B. Distrakt.
DISTRIB UÉ, L. Distributus ; D. Ver-
teilt ; E. Distributed ; I. Distributo.
Locique. Se disait autrefois des ter-
mes pris universellement. GocLENIus,
s. ve : « Distribui est accipi universa-
liter. » Voir ci-dessous Distributif et Ex-
tension, obs.
DISTRIBUTIF, L. Distributivus; Dis-
tributiv ; E. Distributive; I. Distribu-
tivo.
Se dit d’un terme général qui est
entendu comme désignant individuel-
lement et à volonté chacun des objets
de son extension (Relation 3). S’oppose
à collectif* ou à indivis* (Relation €).
1. DISTRIBUTIVE (loi, ou plus exac-
tement propriété), D. Distributionsge-
setz; E. Distributive law ; 1. Legge
[ou propriéta] distributiva.
Une opération ou relation R,, est dis-
tributive par rapport à une autre opé-
ration ou relation R; quand on a tou-
jours.
(aRs b) Rec = (ai b) Ra (bRi ci.
Par exemple, l’addition et la multi-
plication logiques sont distributives
l’une par rapport à l’autre; la multi-
plication arithmétique est distributive
par rapport à l'addition arithmétique,
mais non celle-ci par rapport à celle-là.
Rad. int. : Distributiv.
2. Distributive (justice). — Voir Com-
mutative*.
DIVERS, CG. ’Exepoc ; L. Diversus ; D.
Verschieden ; E. Divers; I. Diverso.
A. Les mots diversus, divers, ont été
souvent employés pour traduire le ter-
me aristotélicien Étepoc. Est divers, en
| ce sens, tout ce qui étant réel, n’est pas
identique. « ITäv yàp à Erepov À radré,
8 rt àv } dv. » Métaph., IX, 3. 1054.
Cette diversité admet plusieurs degrés
(Ibid., IV, 10.1018b) parmi lesquels
ARISTOTF distingue Étepa T@ yéver et
Étepa Tà eldet.
; LeiBniz, de même, définit partout
diversa comme la négation de eadem.
B. Dans le langage moderne, les mots
divers et diversité impliquent toujours
: que les termes ou les objets ont une
différence intrinsèque et qualitative
(opposée à la simple multiplicité nu-
mérique).
Sur Distraction. — Distrakhi, ètre tiraillé en divers sens; c’est en ce sens étymo-
logique que Le1Bniz se disait distractissimus, par suite de ses nombreuses occupa-
tions. La distinction A et B est très juste : nous avons deux mots pour À, distraction,
dispersion, aucun pour B, à moins de dire étre absorbé, se concentrer ; mais ce ne
sont pas des substantifs. En réalité, je crois que distraction s'oppose dans le sens
commun à présence d'esprit. Celle-ci est un état moyen entre la dissipation et la
concentration ; distraction, étant péjoratif, confond les deux excès. Cela revient
à dire que ce terme est d’origine familiale, pédagogique et sociale. Est appelé
distrait l'enfant ou l’adulte qui, trop léger ou trop réfléchi, ne fait pas attention
à ce à quoi il devrait faire attention selon le point de vue pratique des éducateurs
ou du bon sens vulgaire. (V. Egger.)
Sur Distribué, Distributif. — Distributed se dit toujours en anglais des propo-
sitions universelles ; undistributed, s'applique soit aux particulières, soit aux
indivises.
DIVERS
CRITIQUE
Ce dernier usage, par suite du prin-
cipe des indiscernables, ne diffère de
celui de LEIBNIZ qu’en ce qui concerne
les êtres abstraits. (Cf. Différence*.)
Pour éviter toute équivoque il serait
bon d’employer, au sens général A,
autre* et altérité* ; au sens qualitatif B,
divers et diversité.
Rad. int. : A. Altr. ; B. Divers.
DIVINITÉ, D. Géttlichkeit au sens A,
Gottheit au sens B; E. Godhead, Divi-
nity, Deity ; I. Divinita.
A. Au sens abstrait, caractère de ce
qui est divin.
B. Au sens concret : Une Divinité,
La Divinité, synonymes de Dieu, soit
au sens païen, soit au sens chrétien.
C. Spécialement : on a distingué quel-
quefois la Divinité ou essence divine,
et Dieu, en tant qu'être personnel (p.
ex. chez EcrkHART). On peut rapprocher
de cet usage le passage suivant de
LeiBniz : « Ainsi Dieu seul est l’unité
primitive. dont toutes les monades
créées ou dérivatives sont des produc-
tions ;, et naissent pour ainsi dire par
des Fulgurations continuelles de la
Divinité. » Monadologie, 47.
Rad. int. : À. Dees ; B, C. Deal.
Divisé (sens), voir sens composé*.
DIVISIBILITÉ, D. Teilbarkeit ; E.
Divisibility ; I. Divisibilità.
Propriété qu’a un tout d’être décom-
posable soit matériellement, soit idéa-
lement, en un certain nombre de par-
ties.
Rad. int. : Dividebles.
DIVISION, G. Avaipeorc ; L. Divi-
sio ; D. Einteilung ; E. Division ; IL. Di-
visione.
Locique. Opération par laquelle on
partage l’extension d’un concept (dit
genre) en plusieurs classes qui sont les
extensions respectives d’autres con-
cepts (appelés espèces). Voir le texte de
HAMILTON, cité plus haut, vo Défini-
24%
tion*, et toute la 25e leçon de sa Lo-
gique (II, 22, sqq.). — Cf. Classifica-
tion et Partition*.
DIVISION DU TRAVAIL, D. 47.
beitsteilung ; E. Division of labour ; I.
Divisione del lavore.
A. Primitivement (Adam SmirTx, Ri-
chesse des Nations, 1, 1) organisation
économique consistant dans ce fait que
le travail total à effectuer est réparti
entre les coopérateurs de telle sorte que
chacun accomplisse toujours un même
genre de travail, pour lequel il acquiert
ainsi une habileté et une facilité parti-
culières.
B. Par analogie, on a appelé division
du travail physiologique la spécialisa-
tion des fonctions entre les différents
organes d’un corps vivant.
Rad. int. : Labordivid.
DOCTRINE, D. Lehre ; E. Doctrine ;
IL. Dottrina.
A. Sens primitif : enseignement. « Il
y a deux sortes de méthodes; l’une
pour découvrir la vérité, qu’on appelle
analyse. et qu'on peut aussi appeler
méthode d'invention ; l’autre, pour la
faire entendre aux autres quand on l’a
trouvée, qu’on appelle synthèse. et
qu'on peut appeler aussi méthode de
doctrine. » Logique de PorT-Roya,
&e partie, ch. 1.
B. Ce qu’on enseigne ; et, par géné-
ralisation, ce qu’on affirme être vrai en
matière théologique, philosophique, ou
scientifique : ce terme impliquant tou-
jours l’idée d’un corps de vérités orga-
nisées, solidaires, et même le plus sou-
vent liées à l’action, non d’une asser-
tion isolée ou de pure théorie. « Science
et doctrine ont des fins différentes :
l’une constate et explique, l’autre juge
et prescrit. La doctrine a besoin de
lignes simples et de partis pris tran-
chés.… » G. Prrou, Les doctrines écono-
miques en France depuis 1870. Voir
aussi l'opposition entre « doctrine ar-
tistique » et « système esthétique » dans
Histoire de l’Esthétique française par
! 945
me
DOGMATISME
T. M. Mustoxidi, pages 2-7, et cf.
Dogme*, Théorie*.
C. Spécialement, dans la méthodolo-
gie du droit : 1° l'expression La doctrine
désigne l’ensemble de l’enseignement
du droit, par opposition, d’une part au
texte de la loi ; de l’autre, à la jurispru-
dence; — 2° on appelle doctrine la
thèse soutenue par un juriste en renom
sur un point controversé ; par exemple :
« La doctrine de Blondeau » (d’après la-
quelle, en cas d’insuffisance de la loi,
on ne doit pas faire appel à l'équité,
mais débouter le demandeur).
REMARQUE
Du sens À est dérivé, dans une autre
direction, l’usage ancien de doctrine
pour instruction acquise, connaissances
possédées. Mais cette acception est
aujourd’hui tombée entièrement en dé-
suétude.
Rad. int. : Doktrin.
DOGMATIQUE, adj. et subst. — Qui
présente le caractère du dogmatisme*,
aux divers sens de ce mot. Sous la
forme du substantif, s'emploie souvent
au pluriel : « Les Dogmatiques. »
Dans le langage scolaire on appelle
souvent « philosophie dogmatique »
tout ce qui, dans l’enseignement, n’est
pas histoire de la philosophie : c’est
un usage impropre du mot, à éviter.
DOGMATISME, D. Dogmatismus; E.
Dogmatism ; I. Dogmatismo.
A. Primitivement, toute philosophie
qui affirme certaines vérités et s’op-
pose ainsi au scepticisme. A6yuara et
Soyuatix&s sont employés en ce sens
Sur Dogmatisme. — On emploie souvent l'expression dogmatisme négatif pour
désigner le scepticisme, par opposition au dogmatisme positif défini en A. Ces
expressions paraissent utiles à conserver dans leur opposition : 1° parce qu’elles
marquent bien les deux aspects contraires d’une méme disposition d'esprit, qui est
dogmatique aussi bien en niant la science qu’en l’affirmant ; 2° parce qu’elles
s’opposent toutes deux au criticisme, en tant qu'il représente une attitude inter-
médiaire entre l’affirmation absolue et la négation absolue de la valeur objective
de notre connaissance. (C. Ranzoli.) — Mais le véritable scepticisme n'est-il pas
précisément celui qui est éphectique, et qui doute de son doute même ? En ce sens
le dogmatisme négatif pourrait être opposé au scepticisme lui-même. (A. L.)
Le dogmatisme moral s'oppose au dogmatisme intellectuel B, dont il prétend
montrer le caractère illégitime et illusoire, aussi bien qu’au criticisme. Il consiste
en ces trois thèses liées : 1° Toutes nos connaissances spontanées sont l’expression
solidaire de ce que nous désirons, de ce que nous faisons, de ce que nous sommes
déjà, dans notre adaptation à la réalité où nous plongeons. 2° Les connaissances
issues de cette assimilation naturelle servent à proposer à notre activité morale
des problèmes qui, selon la solution volontairement choisie, déterminent de
nouveaux états, une nouvelle attitude intellectuelle. 3° La valeur métaphysique
ou réaliste de notre connaissance est donc liée à la manière normale, morale, dont
nous nous comportons à l'égard des êtres que, loin de subordonner à notre égoïsme,
nous traitons comme des fins en soi, ou des moyens moraux. Spéculativement, le
dogmatisme moral, c’est l'explication de la certitude par l’action : pour connaître
l'être et pour y croire, il faut coopérer à se donner l’être à soi-même. Pratiquement,
c’est la mise en œuvre de la méthode critique et de la méthode ascétique pour se
dépouiller de toute relativité dans sa manière d’être et dans sa manière de penser.
Il se distingue nettement du scepticisme, d’après lequel nous sommes invinci-
blement enfoncés dans le relatif, et du dogmatismeillusoire d’après lequel il suffit
de penser et d’avoir des idées pour être dans l’absolu. Cf. LABERTHONNIÈRE,
Le Dogmatisme moral, p. 76, dans Essais de philosophie religieuse. (M. Blondel.)
DOGMATISME
par DioGÈNE LAËRCE, 74. — « Dog-
matici sunt qui veritates universales
defendunt, seu qui affirmant vel negant
in universali. » WoLr, Psych. rat., $ 40.
B. Secondairement, et depuis KANr,
le mot est pris souvent dans un sens
péjoratif. Il ne s’oppose plus alors au
scepticisme, mais à la critique B* et au
criticisme*. « Der Dogmatism der Meta-
physik, d. i. das Vorurtheil, in ihr ohne
Kritik der reinen Vernunft fortzukom-
menti...» KanT, Raison pure, préface à
la 2e édition, B. 30. — Il oppose à cet
égard le procédé dogmatique au dogma-
tisme : « Die Kritik ist nicht dem dogma-
tischen Verfahren der Vernunft in ihrem
reinen Erkenntnis, als Wissenschaft,
entgegengesetzt... sondern dem Dogma-
tism, d. i. der Anmassung, mit einer
reinen Erkenntnis aus Begriffen (der
philosophischen), nach Principien, so
wie sie die Vernunft längst im Ge-
brauche hat, ohne Erkundigung der
Art und des Rechtes, wodurch sie dazu
gelanget ist, allein fortzukomment. »
Ibid., B. 35.
C. On a donné le nom de dogmatisme
moral à la philosophie qui explique et
légitime la certitude par l’ « action »
(au sens E).
D. Tournure d’esprit qui consiste à
affirmer ses doctrines avec autorité, et
1. « Le dogmatisme dela métaphysique, c'est-à-dire le
préjugé de s’y avancer sans une critique de la raison
jure... » — 2. « La critique n'est pas opposée au procédé
ogmatique de la raison dans la connaissance pure en
tant que science..., mais au Dogmatisme, c'est-à-dire à
la prétention de procéder à l'aide d’une connaissance
pure tirée de simples concepts (la connaissance philo-
sophique), en s'appuyant sur des principes tels que la
raison les emploie depuis longtemps, sans rechercher de
quelle manière et de quel droitelle est arrivée à les affir-
mer. » — Cf. dans la Préface de la première édition :
« Der alte, wurmstichige Dogmatism,le vieux dogmatisme
vermoulu. »
246
ne
sans admettre qu’elles puissent avoi,
quelque chose d’imparfait ou d’erroné.
Rad. int. : Dogmatism.
Dogmatiste, comme Dogmatique* (op.
posé à Sceptique). « Je m'arrête à
l'unique fort des dogmatistes, qui est
qu’en parlant de bonne foi et sincère.
ment, on ne peut douter des principes
naturels. » PascaL, Pensées, pet. éd.
Brunschvicg, n° 434, p. 530. Cette
forme est devenue rare.
DOGME, CG. Aôyua; D. Dogma; E.
Dogma ; 1. Dogma.
À. Opinion philosophique reçue dans
une école. (Cf. Soxeïv, S6Ëx). Encore
employé dans ce sens chez Baccw
« Gilbertus, qui Philolaï dogmata re-
posuit... » De dignitate, III, 4.
B. Doctrine reconnue et établie par
l'autorité d'une Église (généralement
de l’une des églises chrétiennes) et à
laquelle les membres de cette église
sont tenus d’adhérer. Ce sens est usuel
depuis les premiers siècles du christia-
nisme.
C. Sens particulier à KanT : « Ich
theile alle apodiktischen Sätze.… in
Dogmata und Mathemata ein. Ein direct
synthetischer Satz aus Begriffen ist ein
Dogma, dagegen ein dergleichen Satz
durch Construction der Begriffe ist ein
Mathemal. » Raison pure, Method. I,
1. À. 736, B. 746. Cf. Dogmatisme*.
Rad. int. : Dogm.
1. « Je divise toutes les propositions apodiotiques en
Dogmala et M. Un Dogma est une proposition
directement synthétique par concepts; un M
est une proposition synthétique par construr’ion de
concepts. » (C'est-à-dire par l'intuition qui peut être
donnée a priori comme correspondant aux concepts. »
Ibid, À. 713, B. 741.
Sur Dogme. — La signification primitive du mot grec S6yua semble avoir été
celle de décision politique d’un souverain ou d’une assemblée. Cf. A. SABATIER,
Esquisse d’une philosophie de la religion, p. 274 (1898). La signification d’ « opinion
philosophique » serait donc dérivée, et due probablement à ce fait que les écoles
philosophiques anciennes avaient souvent un caractère de secte religieuse, et
donnaient à leurs doctrines, à l’égard de leurs adeptes, la même autorité impérative
qu'avait un décret politique pour les citoyens d’un État. Voir en particulier
SÉNÈQUE, Epistola, 95, et CIcÉRON, Académiques, IV, 9. (C. Ranzoll.)
a
247
DONNÉ
« DOLORISME », terme créé par Paul
SoupaAY, avec un import péjoratif,
dans un article du Temps sur La
possession du monde de Georges Duha-
mel (6 mars 1919) : « Il donne en plein
dans ce que j’appellerai le dolorisme,
c'est-à-dire la théorie de l'utilité, de la
nécessité, de l'excellence de la douleur.»
Le mot a été repris, en un sens favo-
rable, par M. Julien TEPPE, qui a beau-
coup contribué à le rendre usuel ; il le
définit : « Doctrine qui attribue une
haute valeur morale, esthétique, et
surtout intellectuelle à la douleur —
principalement à la douleur physique,
nonseulement en ce qu’elle rend l’hom-
me sensible aux souffrances d’autrui,
mais en ce qu’elle arrête les impulsions
de la vie animale et permet ainsi à
l'esprit d'acquérir une hégémonie parti-
culièrement efficace pour la création
artistique et littéraire. » Voir Apologie
pour l’anormal, manifeste du dolorisme
(1935) ; Dictature de la douleur, ou pré-
cisions sur le dolorisme (1936) M. J.
Teppe y relève aussi le rôle de la mala-
die, et l'utilité spirituelle de l’inhi-
bition qu’elle produit.
L’adjectif doloriste est également en
usage : on le trouve notamment dans
le titre de la Revue doloriste, fondée
en 1936 par le même auteur.
DOMAINE, D. Bereich, Gebiet (quel-
quefois Umfang) ; E. Domain; I. Do-
minio.
Partie de l’Univers* du discours à
laquelle s'appliquent une idée, une re-
lation, une fonction, une faculté.
Spécialement : 1° en parlant d’une
relation* logique binaire aRb, on ap-
pelle domaine de cette relation l’en-
semble des termes antécédents a, a,
&s.. et domaine converse où codomaine
l’ensemble des termes conséquents b;,
b:, b,... Cf. Champ*.
20 En Psycu., on appelle « domaine
de la volonté » l’ensemble des actions
qui dépendent de celle-ci. Voir Pau-
LHAN, La Volonté, ch. vitt : « Le do-
maine de la volonté », et 1x : « L’ex-
tension du domaine de la volonté. »
Dominateur ou dominant (caractère).
— Voir Subordonné*,.
DONC, D. so, folglich, demnach, etc.;
E. Then, Therefore ; 1. Dunque.
Conjonction marquant que ce qui
suit est la conséquence logique des pro-
positions admises qui viennent d’être
énoncées ou sous-entendues. Équivaut
par conséquent au signe 2, maissurtout
dans les expressions logistiques où les
antécédents sont affirmés et non pas
simplement posés à titre de lexis* ou
d'hypothèse*. Cf. Impliquer*, Infé-
rence*.
REMARQUE
On dit aussi : par conséquent, par
suite, en conséquence, il en résulte, etc.
Mais donc est d’un usage plus technique :
il sert d’une manière classique à mar-
quer la conclusion d’un syllogisme.
« D'où... » a un sens plus large; il
se place bien devant un substantif pour
indiquer que ce qu'il désigne est l'effet
ou la conséquence de ce dont on vient
de parler : « Science, d’où prévoyance. »
« Alors, » « ainsi » marquent un rap-
port d’implication du même genre,
mais plus vague.
DONNÉ, D. Gegeben; E. Given ; I.
Dato (s'emploie adjectivement et sub-
stantivement).
À. Sens relatif : Ce qui est immédia-
tement présenté à l'esprit avant que
celui-ci y applique ses procédés d’éla-
boration. Une idée peut être donnéerela-
tivement à un certain ordre de recher-
ches ou à un certain état de l'esprit,
et cependant être construite* si l’on
considère un ordre ou un état différents.
Ainsi l’idée de couleur rouge est donnée
Sur Dolorisme. — La définition qui se trouve entre guillemets a été revue et
Partiellemeut refaite par M. Julien Teppe.
DOUTE
quelque chose en ma créance qui fût
entièrement indubitable. » Discours de
la méthode, IV, 1. — Cf. Premniêre médi-
tation : « Des choses qu'on peut révo-
quer en doute. »
CRITIQUE
Le mot doute, et surtout le mot dou-
teur, dans leur usage ordinaire, ont sou-
vent le sens « hyperbolique » et négatif
qu’ils reçoivent dans le doute cartésien.
Aussi leursubstitue-t-on volontiers l’ex-
pression plus précise : « Suspendre son
jugement. » Il est à souhaiter que le mot
conserve dans l’usage philosophique son
sens propre À, et c'est en ce sens que
nous définissons le radical ci-dessous.
Rad. int : Dub.
DOUTE (Folle du], D. Zweifelsucht ;
E. Doubting mania; I. Follia del dub-
bio.
Trouble mental caractérisé par la dif-
ficulté, ou même l'impossibilité d’a-
boutir à des assertions* ou à des déci-
sions* fermes, dans les cas où normale-
ment ces fonctions du jugement et de a
volonté s’accomplissent sans résistance.
On applique ce nom à la rumination
anormale de problèmes métaphysiques,
à la recherche indéfinie du pourquoi
dans les choses insignifiantes, à la
crainte des accidents ou des microbes,
à la maladie du scrupule, etc.
250
DOXIQUE, (S).
DOXOLOGIE ou practicologie (Lets-
N1z, Discours de métaphysique, $ xxvii):
manière de parler adaptée à l'apparence,
à l'opinion ou à la pratique.
DOXOMÉTRIE, D. Doxométrie; E.
Doxometry ; I. Doxometria. Étymolo-
giquement, mesure des opinions (86Ëat).
Méthode de détermination des opi-
nions publiques au moyen de sondages
statistiques, dont « l’Institut Gallup »
s’est fait une spécialité. — « Opinions »
est pris ici au sens le plus large : il est
presque synonyme de « caractères », au
sens où les statisticiens emploient ce
terme (p. ex. le pourcentage des élec-
teurs favorables à telle candidature,
celui des individus qui fument habituel-
lement, ou même de ceux dont le revenu
est supérieur à une certaine somme).
1. DROIT (un), les droits, D. Recht ;
E. Right; I. Diritto.
Ce mot présente différents sens sui-
vant la ferme des expressions où il est
employé. On peut les ramener à deux
idées fondamentales :
A. Un droit, ou encore « ce qui est
de droit » est ce qui est conforme à
une règle précise, et que par suite il est
légitime d'exiger. On dit en général dans
ce sens : avoir droit à, avoir un droit sur.
Sur Doute. — Pourrait se définir d’une façon plus générale : État de l’esprit qui,
sollicité par des données (sensations ou propositions) où par des possibilités
d’action non concordantes, oscille entre elles sans parvenir à fixer son attention
sur l’une d’elles d’une façon définitive. (Th. Ruyssen.)
Cette définition est intéressante en ce qu’elle montre le doute sous une forme
très concrète. Mais elle me paraît avoir l'inconvénient : 1° de représenter l’esprit
comme passif en face d’alternatives qui lui viennent du dehors ; 2° d’impliquer
une théorie particulière sur la réduction de la volonté à l’attention. (A. L.)
Sur Folle du doute. — Il y a là deux formes psychologiquement bien distinctes
du syndrome : 1° Le sujet est incapable d’affirmer; c’est une forme de l’aboulie ;
2° Le sujet a de l’agitation mentale, qui se présente comme une dérivation à la
place de l'affirmation absente, et qui détermine toutes les manies mentales de
l'oscillation, de la recherche de l’au-delà, de la réparation ; il arrive même quel-
quefois aux obsessions particulières. Cf. Obsessions et Psychasthénie, ch. 1 et 111.
(P. Janet.)
, 251
DROIT
1° Exigible parce que les lois ou rè-
glements le prescrivent, ou parce que
cela résulte des contrats établis en con-
formité de ces lois. Ex. : « Le droit
de réponse » et, même par dérivation,
« les droits de douane ».
2° Exigible parce que cela est con-
forme à l'opinion en matière morale.
Ex. : « Tous les citoyens ont droit de
concourir personnellement ou par leurs
représentants à la formation de la Loi. »
Déclaration des droits de l’homme, 1789,
art. VI.
B. Un droit est ce qui est permis. On
dit en général, dans ce sens, avoir le
droit de.
1° Permis par les lois écrites ou les
règles concernant les actes considérés,
soit en vertu d’une déclaration ex-
presse, soit en vertu de ce principe que
ce qui n’est pas défendu est permis.
Ex. : « Le droit de tester ; le droit de
roquer (aux échecs). »
20 Permis moralement, l’acte en ques-
tion étant, ou bon, ou moralement in-
différent. Ex. : « La libre communica-
tion des pensées et des opinions est un
des droits les plus précieux de l’homme. »
Déclaration de 1789, art. XI.
CRITIQUE
Droit est une métaphore géométrique
qui se retrouve en grec (èp86c), en la-
tin, et dans les langues dérivant du la-
tin, dans les langues germaniques et
même dans les langues sémitiques. (RE-
NAN, Langues sémitiques, p. 23.) — Le
contraire est T'ort : cf. tordre, tors ; et
de même faux, fausser.
Le sens fondamental paraît donc
être celui de conformité à une règle
(remarquer l'identité de racine entre
rectum et regula). « Être dans son droit »,
c'est ne pas être en désaccord avec la
règle, « être en règle ». Le droit, à cet
égard, est donc, d’une façon générale,
ce qui doit être, ou ce qui peut être lé-
gitimement, par opposition à ce qui ne
doit pas être. L’adjectif anglais right
conserve ce sens dans toute son éten-
Sur Droit. — Kanr définit le mot droit (Recht) : À. En tant qu’adjectif et au
sens large :
« Recht oder Unrecht (rectum aut minus rectum) überhaupt ist eine
That, sofern sie pflichtmassig oder pflichtwidrig ist (licitum aut illicitum }. »
Metaphysik der Sitten, Einleitung, 1v. — B. (Substantivement) : « Das Recht ist der
Inbegriff der Bedingungen, unter denen die Willkür des Einen mit der Willkür des
Andern nach einem allgemeinen Gesetze der Freiheit zusammen vereinigt werden
kann?. » 1bid., Einleitung in die Rechislehre, $ B. .
On trouve un recueil d’un grand nombre de définitions classiques du droit, et
une discussion de ces formules dans LÉVY-ULLMANN, La définition du droit, 1917.
Sur les ambiguités du mot anglais Right et des expressions qu’on en tire, parti-
culièrement to have a right to do a thing (avoir le droit de faire telle chose) — ambi-
guïtés qui se rencontrent aussi en français, — voir J. S. Mic, Logic, livre V,
ch. vu, $ 1.
Au sens À, « ce qui est de droit » est sans doute légitime, c’est-à-dire permis,
mais avec, peut-être, en plus, une certaine invitation à user de la permission, qui
résulte de la précision de la règle et de ses motifs implicites. (V. Egger.)
F. Tônnies aurait été d’avis de conserver droit naturel, dont le sens lui paraît
suffisamment fixé par l'usage.
Au lieu de Droit naturel, dans les deux applications de ce terme (désignées
dans le texte du Vocabulaire sous les n°® 2 et 3), il serait préférable de dire Droit
idéal où Droit humain. » (L. Couturat.)
1. « Un acte est recht ou unrechi (= on a le droit, on n’a pas le droit de faire un acte) selon qu'il est conforme on
contraire au devoir. » Métaphy
sique des mœurs, Introduction. — 2. « Le Droit est l’ensemble des conditions sous
lesquelles la volonté individuelle de l'un peut s'unir et s’assvcier à la volonté individuelle de l’autre conformément
à une loi universelle de liberté. » Zbid.. Introduction à ln Théorie du Droit.
DROIT
due {ligne droite, action juste, pensée
vraie, bons principes artistiques ; —
the right man in the right place, etc.). —
Cf. en allemand Recht, gerecht, ri-
chtig, etc. — En français ce sens est plus
rare ; on le trouve cependant dans
quelques expressions toutes faites : les
sciences de droit ou normatives lo-
gique, éthique, esthétique) s’opposent
aux sciences de fait ou constatives
(physique, psychologie, etc.). D’où les
formules : « en droit comme en fait,
en droit sinon en fait, etc. », dans les-
quelles en droit peut devenir presque
exactement synonyme de logiquement
ou moralement. I] v a lieu cependant
de remarquer que ces différentes ex-
pressions subissent l'influence d’une
distinction voisine, mais différente
quid juris, quid facti, s'appliquant dans
la discussion d’une affaire juridique au
point de droit et au point de fait (p. ex.
les deux parties du Pro Milone). —
Voir ci-dessous Droit-2 : Le Droit*.
D'autre part, l’idée du droit revient
à celle du bien par une autre voie. Les
droits sont ce que permet la loi. Or il
arrive ordinairement que la loi est en
désaccord sur quelques points avec
l'opinion morale qui lui est contempo-
raine : elle énonce des orohibitions ou
sanctionne des inégalités que la morale
n’admet plus. D’où la revendication
des libertés ou des droits naturels, c’est-
à-dire des pouvoirs d’agir ou de n’être
pas contraint qui devraient être lé-
gaux et ne le sont pas encore. Par
exemple, en France à la fin du xviri® siè-
cle : « Ces droits sont la liberté, la pro-
priété, la sûreté, la résistance à l’op-
pression. » Déclaration des droits, 1789,
art. II. « L'égalité, la liberté, la sdreté,
la propriété. » Déclaration, 1793, art. II.
— Le mot reprend ainsi une significa-
tion positive. Lorsqu'une « tyrannie »
injuste a longtemps prohibé des actes
ou des garanties que l'opinion morale
juge légitimes, ces libertés, même in-
différentes en soi (ni bien ni mal),
prennent par opposition une haute va-
1. « L'homme qu'il faut à la place qu'il faut. »
252
| leur morale, et le droit d’en jouir ap-
paraît comme un bien. En quoi il n'y
a pas seulement une illusion et une
association d'idées, mais un fait réel :
la mise en accord de la loi et de la
morale étant un bien positif.
Rad. int. : Yur. (L'objet du droit
dont on parle marque suffisamment
s’il s’agit d’une permission ou d’une
exigibilité.)
2. DROIT (le), D. Recht ; E. Right,
law ; 1. Diruitto.
A. Le Droit, par opposition au Fait,
est, dans tout ordre de choses, le légi-
time par opposition au réel, en tant
que celui-ci peut être illégitime. (Xe
pas confondre cette distinction avec
celle du point de droit et du point de
fait ; voir ci-dessus Droi-1, CRITIQUE.)
B. Le droit est l’ensemble des Droits-
1, À et B, qui régissent les rapports
des hommes entre eux.
19 Droit positif, celui qui résulte des
lois écrites ou des coutumes passées en
force de loi. Ex. : « Droit civil ; Droit
romain. Science du Droit et, par abré-
viation, le Droit. »
29 Droit naturel, celui qui est consi-
déré comme résultant de la nature des
hommes et de leurs rapports, indépen-
damment de toute convention ou légis-
lation.
3° Droit des gens (jus gentium) a
désigné d’abord à Rome le droit fondé
sur l’équité* et applicable aux étran-
gers qui n'étaient pas soumis au droit
romain. Il se confondait par suite avec
le droit naturel. « Quod vero naturalis
ratio inter omnes homines constituit,
id apud omnes populos peraeque cus-
toditur, vocaturque jus gentium. » Jns-
titutes, livre I, titre II, $ 1. — Cette
expression a pris chez les modernes un
sens différent depuis PurFENDoRr, De
jure naturae et gentium, 1672 : elle dési-
gne l’ensemble des droits régissant les
rapports des États entre eux ou des
individus appartenant à des États dif-
férents (parce que ces droits sont pri-
mitivement dépourvus de toute légis-
lation écrite).
8 +25
258
CRITIQUE
Nous avons éliminé, dans cet article
et dans le précédent, toutes les défini-
tions qui prétendent à donner, non le
sens du mot, mais l’explication de la
nature du droit, et son origine méta-
physique, p. ex. la formule de Kanr,
définissant le droit par les conditions
nécessaires à l’accord des volontés sui-
vant une loi de liberté. A cette concep-
tion s’oppose la conception de la liberté
comme résultant au contraire du rap-
port des droits : « La liberté est le
pouvoir qui appartient à l’homme de
faire tout ce qui ne nuit pas au droit
d’autrui. » Déclaration des Droits, 1793,
art. VI. Ce sont là des théories expli-
catives ou justificatives que nous
n'avons pas à discuter ici.
Il en est de même des systèmes qui
ont défini le droit naturel par la force,
entendant par là qu’en l’absence d’une
législation positive il n’existe ni bien
ni mal, et par conséquent. tout ce qui
est possible est permis. « Per jus natu-
rae intelligo ipsas naturae leges… hoc
est ipsam naturae potentiam. » Spi-
NOZA, Tractatus politicus, II, 4.
Cette manière de parler, qui prête à
beaucoup de confusions et de sophismes
{voir J.-J. RoussEeAu, Contrat Social,
I, 3), repose sur le triple sens du mot
nature* : 19 l’univers, sans exception ;
29 l’ordre normal, par opposition aux
déviations et monstruosités ; 30 la vie
spontanée et inconsciente, par opposi-
tion à ce qui est artificiel, réfléchi et
voulu. — Aussi l’expression « droit na-
turel » nous paraît-elle captieuse, et
bonne à éviter. On peut la remplacer,
suivant le sens, soit par le terme loi
DUALISME
(biologique, psychologique, sociale), soit
par l’expression droit moral (c’est-à-
dire résultant de l'opinion morale et
non de la législation).
Rad. int. : Yur. (Science du droit :
Yuro-Scienco.)
DUALISME, D. Dualismus ; E. Dua-
lism ; I. Dualismo.
A. Dualité, rapport de termes qui se
correspondent chacun à chacun. —
« Tels sont les trois dualismes dont la
succession nécessaire constitue... la théo-
rie fondamentale de l’évolution hu-
maine. » Aug. ComTE, Polit. posit.,
t. 111, 67. (11 s’agit de la liaison entre
les caractères de la pensée et ceux de
l’action dans les trois périodes de la vie
sociale : théologique et militaire ; méta-
physique et féodale ; positive et indus-
trielle. Zbid., p. 63). — Avec une idée
plus marquée d'opposition : « Le dua-
lisme logique », titre du ch. 1 de GoBLor,
Essai sur la classification des sciences.
Il s’agit de « l’opposition radicale » que
paraissent présenter les sciences de rai-
sonnement et les sciences d’observa-
tion, et qu’on peut rapprocher des
« autres dualismes : la raison et l’expé-
rience, l’idéal et le réel, le possible et
l’être, le droit et le fait, l'esprit et la
matière. » Ibid., p. 22. Cf. Réalisme*.
B. Doctrine qui, dans un domaine
déterminé, dans une question donnée,
quelle qu’elle soit, admet deux prin-
cipes essentiellement irréductibles (ex. :
Dualisme moral de la nature et de la
grâce, de la passion et de la liberté,
dualisme psychologique de la volonté
et de l’entendement, etc.).
C. Plus spécialement, MÉrTaPu. : La
Sur Dualisme. — Ce mot apparaît d’abord chez Thomas Hype, Historia
religionis veterum Persarum (1700), p. ex. ch. 1x, p.164. Il s’en sert pour désigner
la doctrine religieuse qui admet à côté du principe du bien un principe du mal qui
lui est coéternel. C’est ainsi que l’entendent aussi Baye (cf. Dictionnaire,
v° Zoroastre) et LeiBniz dans la Théodicée. Wozrr a transporté cette expression
au rapport de l’âme et du corps, et a opposé à cet égard le monisme au dualisme.
(R. Eucken.)
Mêmes observations communiquées par M. C. Webb. Cf. EucrEN, Geistige
Strômungen der Gegenwart, 3° éd. (1904), pp. 167 sqq.
DUALISME
doctrine qui admet deux principes pre-
miers irréductibles des choses (p. ex. :
l’Idée ou le Bien et la Matière chez
PLATON, Ahura-Mazda et Angra-May-
niu dans la doctrine de l’Avesta, etc.).
Rad. int. : Dualism.
DUALITÉ, D. Dualität ; E. Duality ;
I. Dualità.
Caractère de ce qui est double, ou
de ce qui contient deux éléments.
Spécialement, en Loc., on a appelé
loi de dualité : 1° le principe de contra-
diction sous la forme où il énonce
qu'aucun sujet ne peut être à la fois a
et non-a (Booze, Laws of thought,
ch. it, $ 16. Il le représente symboli-
quement par (x) X (1-x) — 0 ou x-r?—0,
cette formule étant elle-même justifiée
par x = x, autrement dit par le fait
que la multiplication logique d’un ca-
ractère ou d’une proposition par eux-
mêmes équivaut à l'affirmation pure et
simple de ce caractère ou de cette pro-
position) ;
20 le principe d’après lequel pour les
propositions primaires, c’est-à-dire qui
ne contiennent qu’une seule copule, on
peut toujours passer d’une formule rela-
tive à la multiplication à une formule
relative à l'addition, et réciproquement,
en permutant les signes + et x, Oet1,
eten changeant le sens de l'implication
(CouTurAT, L'algèbre de la logique, $ 14);
30 le fait que la plupart des formules
logistiques sont susceptibles de deux
interprétations dites « interprétation
conceptuelle » et « interprétation pro-
positionnelle » selon que l’on considère
254
—
les termes qu’elles contiennent comme
représentant des classes ou représen.
tant des propositions {Ibid.) (S).
Rad. int. : Duales.
DULIE, (S).
DUPLIQUE ou Duplication, D. Du-
plik; E. Duply ; I. Duplica.
Réponse à une réplique (ou réplica-
tion). — La forme en -tion marque plu-
tôt l'acte, et l’autre forme ce qui est
dit, mais ce n’est pas constant : « Il y
a des règles qui ont des exceptions,
surtout dans les questions où il entre
beaucoup de circonstances, comme dans
la jurisprudence... et alors il peut arri-
ver que l’exception ait elle-même ses
sous-exceptions c’est-à-dire ses répli-
cations, et que la réplication ait des du-
plications, etc. » LEIBNIZ, Nouv. essais,
livre IV, ch. var, 8 11. Voir Instance*.
On dit quelquefois « dupliquer »,
comme « répliquer », qui est resté dans
la langue courante.
DURÉE, D. Dauer; E. Duration ;
I. Durata.
A. Partie finie du Temps, considéré
dans son ensemble, Ex. : « La durée
d’un raisonnement ; une durée de 30 se-
condes. » (Le mot temps s'emploie aussi
dans ce sens, quoique moins correcte-
ment : Ex. : « Temps de réaction. »)
B. BERGsoN oppose également la
durée au temps, la première étant le
caractère même de la succession telle
qu’elle est immédiatement sentie dans
la vie de l'esprit, « durée pure, durée
Sur Dualité, — Le second sens de ce qu’on appelle en Logique loi de dualité
est formulé par Hilbert d’une manière plus immédiatement saisissable : « Quand
une expression ne contient que des conjonctions et des disjonctions, des affirma-
tions et des négations, on obtient automatiquement une expression contradictoire
de la précédente en remplaçant les conjonctions par des disjonctions, les affirma-
tions par des négations, et inversement. » (Ch. Serrus.)
Sur Durée. — « Le temps, que nous distinguons de la durée, prise en général,
et que nous disons être le nombre du mouvement, n’est rien qu’une certaine
façon dont nous pensons à cette durée. » DESCARTES Principes de la philos., 1, 52.
Le temps est la mesure de la durée « bien que ce que nous nommons ainsi ne
soit rien hors de la véritable durée des choses qu’une façon de penser ». — Cf.
255 DYNAMIQUE
concrète, durée réellement vécue », — | relations* logiques entre deux termes
le second l’idée mathématique que nous | (appelées aussi binaires), par opposition
nous en faisons pour raisonner et com- | aux relations triadiques, tétradiques, etc.
muniquer avec nos semblables, en le
Pal en images spatiales. Don- 1 DYNAMIQUE [subst.], D. Dyna-
nées imméd. de la conscience, Thet suiv. diké Es Dunamies ; I. Dinamica. .
A. Partie de la Mécanique qui traite
Rad. int. : Dur, — ad. | |
du mouvement physique et réel, avec
Dyade, Ave, SuéSoc (couple, dua- | toutes ses propriétés; notamment la
lité). force vive, et (pour les doctrines qui
N'est usité que pour traduire ce mot, | usent de ce concept) les forces dans
dans l’emploi qu’en ont fait les philo- | leur rapport avec les corps en mouve-
sophes grecs, pour désigner, soit l’Idée | ment. — Il est d'usage de diviser la
de dualité, soit certains couples de | Mécanique en trois parties : la sta-
contraires employés comme principes | tique, théorie de l'équilibre en repos;
d'explication : en particulier et dans | la cinématique*, théorie des Mmouves
la plupart des cas la « Dyade indéfinie » | ments, abstraction faite des causes qui
(Buèc épiatoc) ou « Dyade du Grand | les produisent ; et la dynamique.
et du Petit » (ueyéAou xal uexpo), B. Métaphoriquement : 1° Chez HE R-
c’est-à-dire la matière en tant que prin- | BART, la statique des états de conscience
cipe d’indétermination opposée à l’Un. (leurs rapports à l'état d'équilibre)
Voir L. Rogin, La théorie platonicienne | S'OPPOSe à la dynamique des états de
des Idées et des Nombres d’après Aris- | Conscience (leurs rapports à l’état de
tote, not. p. 282-286, et 635-660. transformation et de mouvement) : —
20 Chez Auguste ComTE et SPENCER, la
DYADIQUE, G. Svadtxéc ; D. Dyu- statique sociale (équilibre des sociétés)
disch ; E. Dyadic ; L. Diadico. s'oppose à la dynamique sociale (pro-
Qui se rapporte à un couple, à une | grès des sociétés) ; — etc.
dualité. N'est usité qu’en parlant des |! Rad. int. : Dinamik.
SPINOZA, Cog. metaph., I, 4 : De duratione et tempore, et Lettre à Louis Meyer, XII
(olim XXIX). (L. Brunschvicg.)
LeiBniz oppose le temps à la durée comme l’espace à l’étendue : la durée est
l’ordre de succession entre des perceptions réelles, comme la masse étendue est
ens per aggregationem, sed ex unitatibus infinitis. Le temps est au contraire un
continuum quoddam, sed ideale, dans lequel peuvent être prises fractiones pro
arbitrio. La genèse de la notion de durée et celle de la notion de temps sont
inverses : « In actualibus simplicia sunt anteriora aggregatis ; in idealibus totum
est prius parte. » Ed. Gerhardt, II, p. 379. (M. Blondel.)
Sur Dynamique. — La définition de ce terme a été modifiée et élargie pour
répondre aux observations faites dans la séance du 16 juin par M. Le Roy. Il a
fait remarquer que, malgré l’étymologie, on ne pouvait définir actuellement la
Dynamique par l'application des forces aux corps en mouvement, attendu que
plusieurs doctrines, notamment la mécanique de HERTz, n’emploient pas la
notion de force, et ont cependant une Dynamique.
Il en a été de même de l’article Dynamisme auquel a été ajouté le paragraphe B.
LeiBniz parle du mot Dynamique, au sens de Science des forces, comme s’il
l'avait créé : « Dicam interim notionem virium seu virtutis (quam Germani
vocant Kraft, Galli La force) cui ego explicandæ peculiarem Dynamices scientiam
destinavi, plurimum lucis afferre ad veram notionem substantiæ intelligendam. »
De primæ philosophiæ emendatione, $ 2 (Ed. Janet, I, 633).
DYNAMIQUE
2. DYNAMIQUE [adj.j, D. Dyna-
misch ; E. Dynamic; I. Dinamica.
A. Par opposition à statique : ce qui
implique une transformation ou un
devenir. — Fréquent chez Aug. COMTE.
B. Par opposition à mécanique : ce
qui implique non seulement des mou-
vements nécessairement liés suivant
des lois, mais une force active (au sens D
du mot Action*) et une finalité —
Cf. DYNAMISME*.
CRITIQUE
L'habitude d’opposer métaphorique-
ment statique et dynamique, sans terme
intermédiaire, provient de ce que le
mot cinématique* est récent et n'a été
introduit dans la science que par Am-
PÈèRE (1834). Mais elle est regrettahle,
car elle conduit à négliger le point de
vue de la simple transformation, qui se
place entre l’idée de repos, et celle de
force ou de finalité, qu’évoque le mot
dynamique dans son opposition à méca-
nique. Or, même s'il est vrai que tout
changement résulte d’une force et sup-
pose une finalité (ce qui serait à prou-
ver), il est en tout cas contraire à la
méthode de confondre a priori ces deux
idées sous un seul terme. Cette prudence
est d'autant plus nécessaire que lanotion
même de force est sujette à caution, et
donne lieu à de grandes difficultés dans
les principes de la mécanique.
Dynamique a été employé dans cer-
tains cas d’une façon juste et heureuse ;
il est séduisant par son aspect scienti-
fique ; mais il n’en reste pas moins
(surtout comme adjectif) une des pièces
de fausse monnaie les plus courantes
dans le langage philosophique des étu-
diants, et des écrivains à demi philo-
sophes.
Rad. int. : Dinamik.
DYNAMISME, D. Dynamismus ; E.
Dynamism ; I. Dinamismo.
S'oppose à Mécanisme*. A. On dé-
signe ainsi les systèmes philosophiques
qui admettent dans les principes des
choses l'existence de « forces », irréduc-
tibles à la masse et au mouvement.
256
Ge
C'est ainsi que la doctrine physique de
LEiBniz est appelée dynamisme, par
opposition au mécanisme cartésien.
B. On applique également ce terme
aux doctrines qui posent le mouvement
ou le devenir comme primitif, et qui
considèrent la matière comme définie
par certains caractères du mouvement
(Lord KeLvin) ; ou la chose comme une
étape du progrès (voir BERGSON, Les
données immédiates de la conscience).
CRITIQUE
L'idée du dynamisme est étroitement
liée à toutes celles qui s'opposent égale-
ment au mécanisme, et notamment à
celle de finalité.
Comme tous les noms de doctrine, ce
terme prête facilement au vague et à
l’équivoque.
Rad. int. : Dinamism.
DYNAMOGÈNE, DYNAMOGÉNI-
QUE, D. Dynamogenetisch ; E. Dyna-
mogenic ; I. Dinamogenico.
Se dit des sensations, sentiments ou
idées qui augmentent le tonus vital, et
spécialement le pouvoir moteur (p. ex.
la musique pour la plupart des indivi-
dus). — S’oppose à inhibitoire*.
On emploie, comme substantif cor-
respondant, dynamogénèse et dynamo-
génie. La forme la plus brève nous pa-
raît la meilleure dans les deux cas.
CRITIQUE
W.dJames et J. M. BaLzDwIN appli-
quent d’une façon plus générale le mot
dynamogenesis à ce « principe » que
« tout changement dans les conditions
de stimulation du système nerveux est
suivi par un changement correspondant
de la tension musculaire et du mouve-
ment ». Dynamogeny désigne alors l’ap-
plication dans un cas particulier du
principe de dynamogenesis. Les mêmes
auteurs appellent enfin dynamogenic le
phénomène nerveux afférent qui cause
la dynamogénie, et dynamogenetic le
phénomène moteur qui en est l'effet.
Voir Baldwin, sub Vis, I, 302.
Cet emploi des mots ne nous paraît
,257
ÉCHOLALIE
pas heureux. Il est contraire à leur éty-
# mologie qui désigne nettement une
| * augmentation de force, et non une va-
riation quelconque d'équilibre. De plus,
la généralité du « principe » en question
est niée par quelques-uns, notamment
ar Srumpr. Enfin la partie la plus in-
contestable des phénomènes auxquels
il s’appliquerait est déjà désignée en
français d’une façon claire et très
usuelle par les termes de force idéomo-
trice* et d’idée-force*.
Nous proposons donc de réserver dy-
namogène au premier sens ci-dessus
défini, qui est très utile et très précis.
Rad. int. : Dinamogen.
DYS..., transcription du préfixe grec
&uç.., marquant difficulté, défectuosi-
té, et d'ordinaire les deux à la fois. Il
s'emploie de même en français, avec
des radicaux grecs, pour former des
termes nouveaux. P. ex. : dysarthrie,
E. En Locique : 1° Symbole de la
proposition universelle négative. Voir A*.
20 Symbole de la proposition modale
où le mode* est affirmé et où le dictum
est nié.
ECCÉITÉ ou HAECCÉITÉ, G. réÿe
m, ARISTOTE; L. scol. : Ecceitas et
Hæcceitas ; D. Diesheit, Wozrr, E.
This-ness, BALDWIN ; I. Ecceita, RaAN-
ZOLI.
Terme créé par Duns ScorT. Ce qui
fait qu’un individu est lui-même et se
distingue de tout autre. « Barbari
Haecceitas dicunt ab Haec pro diffe-
difficulté et défectuosité de l'articula-
tion (de la parole articulée) ; dyschro-
matopsie, nom générique de toutes les
anomalies de la vision qui consistent
dans un discernement nul ou incom-
plet des différentes couleurs (voir achro-
matopsie*, daltonisme*), etc.
DYSTÉLÉOLOGIE, D. Dysteleologie ;
E. Dysteleologia ; I. Disteleologia.
A. Haeckel a désigné par ce mot
(Generelle Morphologie, 1866; cf. Die
Welträthsel (Les énigmes du monde),
ch. x1v, p. 106) la science des faits bio-
logiques qui contredisent la conception
d'une finalité intelligente dans la for-
mation des organismes : individus avor-
tés, atrophiés, monstrueux, etc.
B. Se dit objectivement, et en un sens
très large, de tout ce qui constitue une
imperfection de la finalité naturelle :
tératologie, instincts nuisibles, organes
inutiles, etc.
E
rentia individuante… Scotus Ecceita-
tem appellavit eam essentiam, quae est
individuorum propria, cujus merito
Ecce ipsum de omnibus dici potest. »
Goczenius, V9 Haecceitas, 6268. Il
indique encore comme synonyme p-
seilas.
Rad. int. : Ipses.
ÉCHOLALIE, D. Echolalie, Echo-
sprache; E. Echolalia, echochasia ; I.
Écolalia, Lalomimesi.
Phénomène qui consiste en ce qu’un
sujet atteint de certaines maladies men-
tales, ou en état de catalepsie, répète
1
Sur Eceéité. — Jpseitas est le plus heureux de ces trois termes. Il faut d’ail-
leurs ajouter que nous disons usuellement dans ce sens individualité. (V. Egger.)
— Il y a lieu toutefois de remarquer qu'individualité se prend aussi, fréquemment,
dans un sens moins restreint que la differentia individuans ; on entend alors par
là l’ensemble de toutes les propriétés, uniques ou non, qui caractérisent un indi-
vidu ; et même, par abus, on l’applique à l'individu concret lui-même. (A. L.)
ÉCHOLALIE
« comme un écho » les paroles qu’on
lui adresse, sans paraître les com-
prendre.
Terme créé par RoMBERG,
(Baldwin).
1853
ÉCLECTISME, D. Eklektizismus ; E.
Eclecticism ; I. Eclettismo.
Ce terme désigne soit une méthode,
soit une école.
19 En tant que méthode :
A. Réunion de thèses conciliables
empruntées à différents systèmes de
philosophie, et qui sont juxtaposées,
en négligeant purement et simplement
les parties non conciliables de ces sys-
tèmes.
B. Conciliation, par la découverte
d’un point de vue supérieur, de thèses
philosophiques présentées d’abord com-
me opposées par les auteurs qui les
soutenaient. « L’éclectisme créateur...
(celui) des hommes de génie, des Pla-
ton, des Aristote, des Leibniz... consiste
à recueillir toutes les grandes idées sus-
citées par le progrès des âges ; et à les
fondre pour les unir, au creuset d’une
idée nouvelle. » Em. SaisseT, leçon
d'ouverture du cours d’histoire de la
__ 258
TS
philosophie à la Sorbonne,
vier 1857.
2 En tant qu'école :
C. Appliqué quelquefois à l’École
d'Alexandrie. (Mais, seule, l’École de
Potamon d’Alexandrie est qualifiée
ainsi dans les sources grecques.)
D. L'École de Victor Cousin. En
France et dans la langue contempo.
raine, c’est presque toujours pour dési.
gner cette école que le mot est employé.
« Cette philosophie a reçu de lui (Cou-
sin) le nom d’éclectisme, sous lequel.
elle appartient désormais à l’histoire
des idées du xix® siècle. Un autre se
serait peut-être moins prêté aux inter-
prétations erronées... Ne s’est-on pas
imaginé que l’éclectisme consistait à
recueillir, dans tous les systèmes suc-
cessivement adoptés et abandonnés par
l'esprit humain, quelques lambeaux de
doctrine. qu’on ajustait ensuite tant
bien que mal. sans mesure précise de
la vérité et de l’erreur, dans une sorte
de mosaïque philosophique ?... [L'é-
clectisme de Cousin repose au contraire]
sur ce principe incontestable et incon-
testé... que les systèmes sont construits
avec des éléments préexistants dans
19 jan.
ÉCLECTISME
ssprit humain, comme les œuvres
l'industrie et de l’art avec des élé-
nents préexistants dans la nature.
Ml n’en était pas ainsi, un système
hilosophique ne pourrait jamais en
peler à l’autorité de la raison et de
‘ja conscience. » Franck, VO Cousin,
“944.
CRITIQUE
Éclectique se dit ordinairementenun
sens favorable ou du moins neutre,
plutôt qu’en un sens défavorable. Ce-
pendant, il a pris une nuance péjora-
tive en France dans la seconde moitié
du xix° siècle, les adversaires de l’école
éclectique (TAINE, RENOUVvIER) lui re-
prochant de procéder à un choix arbi-
traire et sans critérium précis. Cette
nuanre de mépris paraît regrettable,
étant donné qu'il existe déjà pour
l’exprimer les termes syncréisme* et
syncrétique, dont le caractère péjoratif
est universellement reconnu : « L’éclec-
tisme méprise l’art des combinaisons
et des rapprochements contre nature ;
il répudie tout ce qui, de près ou de
loin, ressemble à du syncrétisme. »
VACHEROT, leçon d'ouverture, 5 déc.
1838. — Le syncrétisme est défini :
« Rapprochement plus ou moins forcé
de doctrines entièrement différentes. »
Franck, vo, 1697, — « Vereinigung
ohne Verarbeitungt. » EISLER, vo, 751.
Unmethodische und kritiklose
Vermischung?. » KIRCHNER, V0, 504. —
« About the same as eclecticism, but
used, upon the whole, in a somewhat
more disparaging sensef. » J. DEWEY,
dans Bazpwin, Vo, I, 655b.
Il conviendrait donc de se servir du
mot éclectisme au sens général, en né-
gligeant le caractère défavorable qu’il
a pris d’une façon locale et acciden-
telle, et d’user toujours du mot syn-
crétisme pour désigner la juxtaposition
sans critique de doctrines incohérentes.
Si l’on voulait marquer la différence
des sens À et B, on pourrait appeler le
premier Éclectisme et le second Éclec-
ticisme. Cette dernière forme serait
d'autant mieux appropriée qu'elle a
prévalu dans les langues où des cir-
+. 4
1. « Réunion sans nouvelle élaboration. » — 2. « Mé-
lange sans méthode et sans critique. » — 3. « A peu
près le même sens qu’éclestisme, mais employé, tout
bien considéré, d'une manière sensiblement plus péjo-
rative. »
Sur Écholalie. — Dans le langage de la psychiatrie italienne et allemande, on
emploie également le terme Ecoprassia ( Echopraxia) pour désigner la répétition
automatique, par certains sujets, des actes qu'ils voient faire. (C. Ranzoli.) —
Ce terme n’est pas usuel en français ; et il ne semble pas qu'il soit bien formé,
le mot écho pouvant bien s'appliquer à la parole, mais non aux gestes. (A. L.)
Sur Éclectisme. — Article entièrement remanié à la suite de diverses obser-
vations, el notamment d'après les critiques formulées et les documents commu
niqués par V. Egger.
19 Sur l’origine du mot éclectisme.
« ’Exkextixk alpes, dans un texte attribué à GALIEN, désigne une secte
de’ médecins (Thesaurus d'H. EsTiENNE [Haase], Vo 4778), Le même mot est
appliqué à la philosophie dans un texte unique (Diocène La ERCE, Proæmium, 21)
qu'aucun autre texte ancien ne vient confirmer : « Récemment Potamon, d’Alexan-
drie, créa une nouvelle secte, dite éclectique, choisissant ce qui lui plaisait dans les
doctrines des autres sectes. » Suit un court exposé de cette doctrine, sans intérêt.
— Potamon est un contemporain d’Auguste, selon Suidas, qui ne l'appelle pas
éclectique. En revanche, il y a dans CLÉMENT d'Alexandrie (Stromata, 1, 288) une
définition de l’éclectisme, sans nom d’auteur. Éd
Le mot fut adopté par Cousin en 1817 et claironné par lui dans sa leçon d’ouver-
ture de son cours dit de 1818 (décembre 1817). Il l’avait probablement rencontré,
au cours de ses études d'histoire de la philosophie, chez des écrivains allemands
qui l’appliquaient, je suppose, aux Alexandrins, sous le prétexte de Potamon,
et sans doute aussi à Leibniz. » (V. Egger.)
M. Émile BRÉHIER, dans l’Introduction à son Histoire de la philosophie,
tome I, p. 18, cite un passage de Juste-Lipse, faisant l’éloge de « la secte éclectique,
celle qui lit avec application, et choisit avec jugement » ; il donne aussi les titres
de deux ouvrages de J. C. Sturm, Philosophia eclectica (1686) et Physica eclectica
(1697-1722). Il en rapproche la grande Historia critica philosophiæ de Brücker
(1742-1744), toute animée de cet esprit, et rappelle qu'il y a dans l'Encyclopédie
un article de Diderot, sous le titre même d’Éclectisme, et très favorable à cette
manière de penser.
REINHOLD a critiqué au contraire avec mépris les « Popular-philosophen » de
son temps quise disaient éclectiques. « Der Satz : Diesz sagt der gemeine Menschen-
serstand wurde nun der erste Grundsatz einer neuen angeblichen Philosophie die
vonihren Anhängern die eklektische genannt wird!. » A part ce principe, ajoute-t-il,
ses adeptes ne s’entendent sur rien, chacun se croyant le droit d’extraire de tous
les systèmes possibles ce qu’il déclare conforme au sens commun de l’humanité,
auquel il a vite fait de substituer le sien. Il en cite comme exemple d’une part
les professeurs d’Université, qui en tirent l’existence de Dieu, l’immortalité de
. Le La formule : c’est ce qu'affirme le ecns comvnun de l'humanité est devenue de nos jourale premier principe d'une
soi-disant philosophie nouvelle que ses adeptes appellent la philosophie éclectique. »
ÉCLECTISME
constances historiques particulières ne
sont pas venues affaiblir la valeur phi-
losophique du mot.
Rad. int. : A. Eklektism. B. Eklek-
ticism.
ÉCOLE, D. Schule ; E. School ; I.
Scuola.
A. Au sens strict, groupe de philo-
sophes ayant non seulement une doc-
trine commune, mais une organisation,
un lieu de réunion, un chef et même
le plus souvent une succession de chefs
(&ux8oxr) expressément désignés.
an 260
B. Au sens large, ensemble de Philo.
sophes professant une même doctrine
ou du moins admettant tous une cer!
taine thèse philosophique considérée
comme capitale.
C. L'expression abrégée « l’École ,
désigne spécialement la philosophie sco.
lastique. Très usuelle au xvr siècle
elle tend à tomber en désuétude. '
Rad. int. : Skol.
« Économie de pensée », D. Dent-
œkonomie, Œkonomie des Denkens
(E. Macu). Voir Parcimonie*.
l’âme et le libre arbitre, pendant que les esprits forts français {die franzôsischen
Starkgeister) s'en servent pour prouver les thèses diamétralement opposées.
Über das Fundament des philosophischen Wissens! (1791), p. 53-55. Cf. du même
auteur Fersuch einer Beantwortung der Frage : was hat die Metaphysik seit Leibniz
und Wolff gewonnen? ? où il parle de l’ « interrègne » entre Leibniz et Wolff d’une
part, Kant de l’autre, interrègne laissant la place libre pour l’éclectisme, d’autres
disent pour le syncrétisme. »
M. Léon Brunscavicc, dans Le Progrès de la Conscience (tome II, note des
pages 611-612) mentionne que le mot Æclectisme se trouve dans le Mémoire de
Maine de Biran Sur la décomposition de la pensée, encore inédit à l’époque où
Cousin a commencé à se servir de ce terme, mais dont il peut très bien avoir eu
connaissance. On y voit aussi qu’il prétendait, probablement à tort, n'avoir
emprunté à personne ni le mot ni la doctrine, mais les avoir tirés de son propre
fonds, à une époque où, dit-il, il connaissait peu Leibniz et ignorait qu'il y eût
en Allemagne des systèmes auxquels on l’accuserait de les avoir empruntés.
(Premiers essais de philosophie, 3° édition, note à la page 227.)
29 Sur les thèses primitives de l'éclectisme chez Victor Cousin, et sur l'usage
ultérieur de ce mot, voir une étude détaillée de Victor Egger dans le Supplément
à la fin du présent ouvrage.
Sur École. — Ce mot, dans son sens usuel et moderne, est vague et équivoque.
Il force à ranger sous la même rubrique des philosophes qui se sont combattus
plus qu’imités : combien de « Socratiques » ont combattu Socrate, et combien
de « Kantiens » ont combattu Kant ! Nous rangeons dans l’ « école cartésienne »
des philosophes comme Malebranche ou Leibniz qui se distinguaient formellement
des « cartésiens ». Ne serait-il pas nécessaire de faire remarquer qu’au sens propre
du terme, il n’y a pas d’écoles philosophiques ? (L. Lapie.)
Il n’y a guère eu d’Écoles au sens strict que dans l'antiquité. L'école positiviste
orthodoxe est une exception parmi les doctrines modernes. Cette différence vient
de la différence dans le mode d'enseignement. Le philosophe ancien enseigne
oralement ; le philosophe moderne agit par le livre sur un public disséminé. De là
deux catégories de disciples : les disciples fidèles, attachés à la lettre et les disciples
indépendants, attachés à l'esprit et à la méthode, distinction marquée quelquefois
dans le langage (Cartisans et Cartésiens). (F. Mentré.)
1. Sur le fondement du savoir philosophique. — 2. Essai de réponse à la queslion : qu'est-ce que la mélaphysique a
gagné drpuis Leibnis et Wolff?
ÉCONOMIE POLITIQUE, D. Volks-
© pwirtschaftslehre ; — Nationalôkonomie,
: Œkonomik, plus employés par les con-
temporains ; quelquefois aussi Poli-
tische Œkonomie ; — E. Political eco-
nomy, Economics ; 1. Economia politica.
Science ayant pour objet la connais-
sance des phénomènes, et (si la nature
de ces phénomènes le comporte, ce qui
est discuté) la détermination des lois
qui concernent la distribution des ri-
chesses, ainsi que leur production et
leur consommation, en tant que ces
phénomènes sont liés à celui de la dis-
tribution. On appelle richesses, au sens
technique de ce mot, tout ce qui est
susceptible d'utilisation.
CRITIQUE
La définition classique, datant de
J.-B. Say, est celle-ci : Science des lois
de la production, de la distribution, et
de la consommation des richesses. Pres-
ÉCONOMIE POLITIQUE
tique y ajoutent de plus une quatrième
partie : la circulation des richesses.
Mais :
a. Cette dernière adjonction est inu-
tile. La circulation est un cas particulier
de la distribution, qui peut être consi-
dérée soit dans son état, soit dans ses
changements. Il est vrai que la notion
d'échange a joué un rôle capital dans
la notion historique du domaine et de
l’objet de la science économique. Mais
cette importance est de plus en plus
contestée. (M. SimranD ne la croit pas
justifiée ; en revanche, M. Lanpery et
M. KarmiN en prennent la défense.
Voir ci-dessous.)
b. La production et la consommation
ne sont économiques que par un certain
côté. A les prendre dans leur totalité,
elles impliquent un grand nombre de
notions étrangères à l’économie poli-
tique, notions empruntées, pour ce qui
est de la production, à la technologie,
que tous les traités d'économie poli-
pour ce qui est de la consommation, à
Sur Économie politique. — Article rédigé par M. E. Halévy et modifié d’après
les observations de MM. Simiand, Landry, Tônnies, O. Karmin, Van Biéma.
19 Sur la définition de l’économie politique.
M. Halévy avait proposé d’abord de réduire cette définition à ceci : « Connais-
sance des phénomènes concernant la distribution des richesses. » Sur quoi les
observations suivantes ont été faites :
a. Le caractère plus nettement spécifique de l’étude en question ne suffit pas à
prouver que les autres parties de l’économie politique soient seulement acces-
soires. J’invoque, sans aller chercher autre chose, la considération suivante :
l'art, qui se fonde sur la science économique, et qui est resté si longtemps étroite-
ment uni à cette science, vise-t-il seulement à améliorer la distribution des
richesses ? Ne vise-t-il pas aussi à en augmenter la quantité ? (A. Landry.)
L'organisation de la production, considérée au point de vue uniquement écono-
mique, est un problème essentiel. D’autre part la consommation, étant la fin
que rendent possible la production et la distribution, doit avoir sa place dans la
définition. (Van Biéma.)
Il me paraît exact que, sinon tous les phénomènes de la production et de la
consommation, du moins beaucoup d’entre eux sont, par un côté, technologiques,
où juridiques, ou éthiques, ou phénomènes de « civilisation »; mais cela n’em-
pêche pas qu'ils soient en même temps économiques. Ou plutôt, dans une même
réalité concrète, plusieurs sciences sociales trouvent chacune un phénomène
qui lui ressortit : ainsi l’électrolyse est un phénomène physique en un sens, et
chimique en un autre. — Voir par exemple dans STAMMLER, Wirtschaft und
Recht (p. 247, 599), une distinction du phénomène économique et du phénomène
technologique dans la division du travail et autres exemples. L'économie politique
ne traite pas des phénoménes de production et de consommation en tant qu’ils
ÉCONOMIE POLITIQUE
la physiologie, à l’ethnographie et à la
science des mœurs. L'économie poli-
tique traité de la proauction et de la
consommation ; mais c’est dans la me-
sure où elles sont en rapport avec la
distribution, à titre de cause ou d'effet.
c. Nous avons dit « connaissance des
phénomènes ou détermination des lois »,
pour comprendre sous notre définition
les méthodes très différentes qui sont
préconisées, en économie politique, par
les écoles rivales. Une école conçoit
l’économie politique comme une science
déductive, qui permet de reconstruire,
à partir d’un nombre limité de notions
262
ane
simples, l’ensemble des phénomènes
considérés (les physiocrates français au
xvie siècle; Ricardo, l’école autri-
chienne : K. Menger, Bôühm-Bawerk.
Quelques-uns des économistes de cette
école ont essayé d’appliquer la méthode
proprement mathématique, l'analyse,
aux phénomènes qu'ils étudient : Cour.
not, Stanley Jevons, Walras, Pareto
Pantaleoni). — Une autre école, dans
l'étude des phénomènes qui se rappor-
tent à la distribution des richesses, ne
croit pas à la possibilité de déterminer
des relations nécessaires et universelles,
et se borne à la description de relations
sont en rapport avec la distribution à titre de cause ou d’effet : elle en traite
en tant qu'ils sont économiques.
En quoi un phénomène est-il économique ? Au lieu de définir ce caractère par
la considération des « richesses » (terme classique dans la tradition française,
mais qui n’en est pas meilleur), il me paraîtrait préférable de suivre les écono-
mistes récents qui prennent comme notion centrale l’idée de satisfaction des
besoins matériels. Par exemple, GIbE, Principes d'Économie politique, p. 7 de la
5e éd. : « L'Économie politique a pour objet les rapports des hommes vivant en
société en tant que ces rapports tendent à la satisfaction de leurs besoins matériels »,
et, ajoute M. Gipe (mais cette fin de phrase pourrait être retranchée comme
attribuant d'avance à la conduite économique humaine un caractère finaliste
qui demande à être établi a posteriori) « et au développement de leur bien-être ».
— Je ne dis pas d’ailleurs qu’une telle définition me paraîtrait avoir le caractère
exact d’une définition de cet ordre, et peut-être devra-t-on chercher à déterminer
ultérieurement d’autres caractères. (F. Simiand.)
b. Nous admettons entièrement la première partie de cette définition ; mais la
définition de la richesse ne nous paraît pas acceptable. Si par utilisation on entend,
comme on l'avait fait dans la première rédaction de cet article, « accumulation
et consommation », il nous semble que la définition n’est pas complète : 10 elle
omet le sol ; 20 elle ne tient pas compte des produits d’un genre unique (le Régent,
la Joconde, etc.). Ce qui nous semble caractéristique d’une richesse, c’est son
échangeabilité. Nous proposons donc de définir l’économie politique à peu
près ainsi : « Connaissance des phénomènes qui se rapportent à la distribution
des richesses. On appelle richesse tout ce qui possède une valeur d'échange. »
(0. Karmin.)
Les richesses sont des choses qui peuvent faire l'objet d'échanges (peu importe
d’ailleurs que ces échanges soient ou non permis par les lois. Je sais bien qu’il y
a une économie de l’homme isolé, de Robinson. Mais cette économie s'occupe de
Robinson en tant qu’il se procure des aliments, des vêtements, non pas en tant
qu'il acquiert la vertu ou la santé ; et le fondement de cette distinction est dans
l’idée d'échange que Robinson pourrait faire de ses aliments, de ses vêtements,
s’il venait à rencontrer d’autres hommes. (A. Landry.)
c. Le remplacement du mot « science » par le mot « connaissance » me sem-
blerait tout à fait fâcheux. Il est, je crois, nettement inexact de considérer que
l’école dite historique ne pense pas aboutir à des lois. (Voir la Préface du 2e volume
F 863
: allemands :
qui sont différentes selon les temps et
les lieux (historisme des économistes
Roscher, et de nos jours,
Schmoller).
2. L'expression « économie politique »
est mal faite. Employée, semble-t-il,
pour la première fois, par Antoine DE
MoNTCHRÉTIEN (Traicté de l'œconomie
politique, 1615), elle signifie primitive-
ment un art, non une science, l’art de
bien gérer les finances de l'État. C’est
encore en ce sens, ou dans un sens très
voisin de celui-là, qu’Adam SMITH
l’emploie dans sa Richesse des Nations
(livre IV, introduction) ; et c’est le sens
ÉCONOMIE POLITIQUE
qui convient étymologiquement aux
deux mots dont l’assemblage constitue
l'expression considérée. « Politique »
signifie « administratif ». « Économie »
signifie l’art de bien conduire une mai-
son, et par extension l’art de bien
disposer les diverses parties d’un tout
en vue d’une fin conçue à l’avance. Ce
sont les physiocrates français qui ont,
les premiers, employé cette expression
pour désigner une science théorique.
Ils y furent amenés probablement par
leur philosophie finaliste. Ils pensaient
que la Providence, ou la Nature, dispo-
sait les phénomènes du monde écono-
du Grundriss de SCHMOLLER, où il s’oppose lui-même autant aux historiens purs
qu’aux économistes orthodoxes ; et le chapitre méthodologique de ce même précis,
I, p. 99-111). Sans doute les lois auxquelles les économistes arrivent ou peuvent
arriver ne sont pas universelles en ce sens qu’elles exprimeraient la vie économique
de tous les temps et de tous les pays ; ce sont des lois d'évolution et des lois
relatives : mais apporter la notion d'évolution dans une matière à science expéri-
mentale n’est pas renoncer à la science de cette matière ; tout au contraire. La
distinction conforme à la division réelle des économistes serait plutôt une distinc-
tion entre la tendance à une science conceptuelle, idéologique d’une part, et la
tendance à une science positive, expérimentale, d'autre part. Mais du reste,
il est rare qu'aucune de ces deux tendances soit pure et soutenue jusqu’au bout
dans aucune des écoles passées. (F. Simiand.)
Mêmes observations de l'abbé Ackermann.
Que l’économie politique soit scientifique — prétention très légitime — n’en
fait pas pour cela une science : cf. ci-dessus, dans les observations sur Chrématis-
tique*, le texte de E. Halévy sur Sismondi. En fait, tous les économistes classiques,
mise à part l’économie pure, pèsent constamment des avantages et des inconvé-
aients. Adam Smith recherche les causes de la richesse des nations ; mais il discute
aussi des cas d'opportunité économique des droits de douane. L’adage : « Laissez
faire, laissez passer » est à l'impératif, non à l'indicatif, et devrait être mis au ban
de l’économie politique définie comme science. (M. Marsal.)
L'observation précédente appelle très justement l’attention sur le mélange des
propositions constatives et de propositions axiologiques qu’on rencontre dans la
plupart des ouvrages d'économie politique. Il est certainement sophistique de ne
pas distinguer les unes des autres. Mais la distinction faite, le caractère axiolo-
&ique des propositions, reconnu comme tel, ne me paraît pas les exclure d’un
traitement scientifique. Sur la légitimité et la méthode des sciences normatives,
voir La Raison et les Normes, ch. VI. (A. L.)
20 Sur l'histoire et l'usage du terme « Économie politique ».
a. L'origine de cette expression doit être cherchée dans les écrits de l’École qui
traitaient de l’ « Économie » au sens d’Aristote et en distinguaient l’ « Économie
Politique ». (F. Tônnies.)
« no e Sociale » est en effet assez vague dans l’acception actuelle. Peut-
y aurait-il intérêt à analyser davantage les notions réunies sous cette rubrique ;
dans l'opposition qui est quelquefois faite entre « économie politique » et «économie
ÉCONOMIE POLITIQUE
mique en vue de l’harmonie des inté-
rêts : l’ « économie politique » se trou-
vait donc étudier des rapports de cau-
salité, ou de nécessité, qui étaient en
même temps des rapports de finalité,
ou d’harmonie. C’est aux physiocrates,
peut-être par l'intermédiaire de Con-
dorcet, que J.-B. Say emprunte sa défi-
nition. La définition de J.-B. Say,
adoptée ensuite par James Mizz et
Mac Curcocn, disciples de Ricardo,
devint classique.
Il ne suffit pas, pour améliorer l’ex-
pression, soit de remplacer par un
autre adjectif, soit de supprimer pure-
ment et simplement, l'adjectif « poli-
tique ». Dira-t-on, par exemple, « éco-
nomie sociale » ? Aujourd’hui, cette
expression est assez couramment em-
ployée, en France et en Allemagne,
pour désigner un ensemble assez confus
de connaissances relatives à la condi-
tion matérielle et morale de la classe
ouvrière, et aux moyens les plus propres
à l'améliorer : ce n’est pas l’économie
politique, ce n’est pas même une caté-
gorie scientifique. Elle est prise en un
sens plus précis par WaLras, qui ap-
pelle économie politique l'étude des faits
économiques, et économie sociale cette
étude qui cherche à déterminer un
idéal pour l’ordre économique, ainsi
que les moyens propres à réaliser cet
idéal. Voir ses Éléments d'économie poli-
tique pure, Études d'économie politique
appliquée, Études d'économie sociale. Ces
définitions ont été adoptées par Ch. G1-
264
ne
DE dans son Traité d’'Économie sociale.
— Dira-t-on « économie » tout court ?
Ne discutons pas la racine du mot, mal
choisie, mais qui a passé dans l'usage.
Mais l’ « économie » signifie plutôt
l’objet de la science économique qu’il
ne signifie cette science elle-même,
plutôt Volkswirtschaft que Volkswirt-
schaftslehre. Le meilleur parti à prendre
est, en fin de compte, de dire la Science
économique, ou mieux encore l’Écono-
mique, par analogie avec la Physique
et la Mécanique, comme les Anglais
disent Economics, par analogie avec
Mathematics, Ethics ou Aesthetics.
Rad. int. : Ekonomik.
ÉCONOMIQUE, subst. — Voir ci-
dessus la Critique d’Économie* poli.
tique, et les observations sur ce mot.
ECTHÈSE. M. Ekthese ; E. Ecthesis ;
L Ectesi. « Les géomètres, dans leurs
démonstrations, mettent premièrement
la proposition qui doit être prouvée, et
pour venir à la démonstration, ils expo-
sent par quelque figure ce qui est
donné : c’est ce qu’on appelle ecthèse. »
LEiBniz, Nouv. Essais, livre IV,
ch. xvu, $ 1.
ECTYPE, D. Ektyp ; E. Ectype ; I.
Ectipo.
S'oppose à Archétype, en particulier
chez BERKELEY ; les choses, telles
qu’elles sont représentées aux divers
esprits : « J’admets... un double état
E —
| 265
ÉDUCATION
% de choses, l’un ectypal ou naturel,
+ l’autre archétypal et éternel. » Dialogues
” d'Hylas et de Philonoüs, trad. BEAU-
LAVON et Paropi, p. 270. 3e dialogue,
éd. Fraser, I, p. 351.
Edentuli, voir Amabimus*.
ÉDUCATION, D. Erziehung; E.
Education, culture ; |. Educazione.
A. Processus consistant en ce qu’une
ou plusieurs fonctions se développent
graduellement par l'exercice et se per-
fectionnent.
B. Résultat de ce processus.
L'éducation ainsi définie peut résul-
ter soit de l’action d’autrui (c’est l’ac-
ception primitive et la plus générale),
soit de l’action de l'être même qui
l’acquiert. On se sert quelquefois dans
ce dernier cas de l’expression anglaise :
| À. Edukad ; B. Edukitec.
self-education (GoBLoT).
Spécialement :
— Éducation des jeunes, ou Éduca-
tion (tout court). Suite d’opérations par
lesquelles les adultes (généralement les
parents) exercent les petits de leur
espèce et favorisent chez eux le déve-
loppement de certaines tendances et
de certaines habitudes. Quand le mot
est employé seul, il s'applique le plus
souvent à l'éducation des enfants dans
l'espèce humaine.
— Éducation des sens. On appelle
ainsi le processus par lequel les per-
ceptions construites au moyen des
sensations se transforment, se préci-
sent, se complètent et s'organisent avec
le reste des phénomènes psychiques
(par exemple chez l'enfant, ou chez
l’adulte qui éprouve un nouveau genre
de sensations). Cf. Acquis*.
Rad. int. : Sens général : Eduk. —
la langue grecque, n’y ont pris que très tard un sens philosophique. (J. Lachelier.)
KaANT oppose à un entendement archétype, c'est-à-dire qui produirait lui-même
l’objet de ses concepts, notre entendement ectype qui se contente de réfléchir sur
ce qui lui est donné : « unser discursive, der Bilder bedürftige Verstand (intel-
lectus ectypus)! », Æritik der Urtheilskraft, 11, $ 77. (L. Brunschvicg.)
Cette distinction explique sans doute l’usage, au premier abord assez singulier,
que fait Schopenhauer de cette expression, quand il reproche à Kant d'admettre
« dass die Reflexion der Ektypos aller Anschauung sei ». Die Welt als Wille
und Vorst., Ed. Grisebach, I, 578. (L. Lapie. — E. Van Biéma.)
Sur Éducation. — Nous avons en italien les mots autodidattica, et autodidatta,
qui sont d’un usage très commun. (C. Ranzoli.) — Autodidacte existe bien aussi
en français; mais il a un sens beaucoup plus restreint que self-education et ne
s’applique qu’à l'instruction. De plus il a quelquefois une nuance péjorative qui
d’ailleurs n’existe pas dans le grec adroëlôæxroc. (J.-C. Maeris.)
Le sens B me paraît inutilement distingué du sens A. Il semble suggéré par
sociale », on reconnaîtrait surtout, je crois, la distinction de deux faces des phéno-
mènes économiques (production et distribution) et non la distinction de deux
sciences. (F. Simland.)
b. Économique est acceptable. Ce serait d'ailleurs revenir à la langue d’Aristote,
quoique le mot paraisse désigner chez lui un art, une manière d’agir, plutôt
qu’une théorie ou une science. (J. Lachelier.)
Économique nous paraît très heureux. En suivant le conseil de M. Adrien
Naville, nous l’employons depuis une année dans notre cours à l’Université de
Genève. (0. Karmin.)
Sur Ectype. — BERKELEY parle ici en platonicien, entendant par état archétype
l'existence des choses dans l’entendement divin, et par état ectype l’existence de
ces mêmes choses dans les esprits créés. Ces deux mots, anciens l’un et l’autre dans
des expressions comme : « il a reçu une bonne éducation »; mais une expression
de ce genre vise moins le résultat que le processus ; elle équivaut à dire: «On a
bien dirigé le développement de ses facultés. » (L. Lapie.)
Ce sens est en effet peu philosophique. Mais il existe dans la langue, et il est
mentionné dans le Dictionnaire de LiTTRé ainsi que dans celui de DARMESTETER,
HaTzrELD et Tomas. (A. L.)
Sur Éducation des sens. — On devrait donc dire, logiquement, « éducation de
la perception ». La dénomination usuelle découle d’un préjugé sensationniste.
(M. Marsal.)
. À. e.. notre entendement discursif, qui a besoin d'images. + — 2. « … que la réflexion est l’ectype de toute
intuition. »
ÉDUCATIONNISME
« ÉDUCATIONNISME » se dit quel-
quefois des doctrines qui attribuent à
l'éducation la puissance de modeler
à son gré les nouvelles générations,
comme on le pensait communément au
xvuie siècle (HELVÉTIUS, CONDORCET,
etc.).
ÉDUCTION, Lat. scol., eductio.
A. Loc. Inférence* immédiate*.
(Rare.)
B. Action par laquelle une cause effi-
ciente, agissant sur une matière, y fait
apparaître une forme déterminée.
« L'opinion commune a été que les
formes étaient tirées de la puissance
de la matière, ce qu’on appelle éduc-
tion ; … on l’éclaircissait par la compa-
raison des figures, car celle d’une statue
n’est produite qu’en ôtant le marbre
superflu. » LEIBNIZ, Théodicée, I, $ 88.
Cf. $ 89.
CRITIQUE
Terme peu usité, au sens À comme
au sens B, mais qu’il nous a paru utile
de retenir par suite de ce fait que
certains physiciens contemporains re-
prennent la conception péripatéticienne
de la causalité, en opposition avec la
conception de la cause conçue comme
identité. Voir CausE, Critique*.
Rad. int. : Edukci.
EFFECTIF, D. Wirklich ; E. Actual ;
I. Effettuale.
Qui existe réellement, par opposition
à ce qui n’est que possible. Voir Ef-
Jet, B.
Rad. int. : Efektiv.
___ 266
EFFÉRENT, D. Centrifugal ; E, E.
ferent ; I. Efferente.
Se dit des nerfs qui vont du centre
à la périphérie, des actions nerveuses
qui se propagent dans ces nerfs, et, par
extension, des phénomènes psychiques
qui y sont liés. Mais on discute sur Ja
question de savoir si tous les phéno.
mènes psychiques ne sont pas liés à
des processus afférents, c’est-à-dire au
contraire allant de la périphérie au
centre.
Rad. int. : Elportant.
EFFET, D. Wirkung, Effekt ; E. Ef-
fect ; I. Effetto.
A. Tout phénomène en tant qu’il est
conçu comme produit par une cause*,
B. Fait réel (non seulement conçu,
mais actualisé par une cause). — En
effet veut dire en fait. Il est vieilli dans
cette acception.
CRITIQUE
L'emploi propre du mot suppose
qu'il s’agit d’une cause efficace* ou
efficiente*., Il s'applique moins exacte-
ment à une cause occasionnelle, ou à
une cause finale ; il n’est jamais corré-
latif des idées de cause matérielle ou
formelle.
Il désigne au propre ce qui a lieu
effectivement, ce qui est donné et ce
dont la pensée a pour tâche de trouver
la raison ou l'explication. « Vous le
devez juger avec moi ab effectu, puisque
Dieu a choisi ce monde tel qu'il est. »
LEIBNIZ, Théodicée. Première partie,
$ 10.
Rad. int. : Efekt.
Sur Efférent. — Terme à proscrire : inutile et barbare. Il faut un effort de voix
et de pensée pour distinguer a/fférent et efférent. (V. Egger.)
Sur Effet. — Le sens fondamental paraît bien être réalité ; ou mieux peut-être
réalisation (sans idée de cause) : — « L'effet est bien douteux de ces métamor-
phoses. » CoRNEILLE, Polyeucte, acte IV, sc. 6. — « L'effet des prédictions. »
Racine, Athalie, II, sc. 7. — Il semble qu’on dirait bien encore aujourd’hui :
« Attendre l'effet des promesses de quelqu'un. » (J. Lachelier.)
Cf. PascaL : « Quand un discours peint une passion ou un effet. » Pensées, I, 14.
— « Cet effet de nature », Ibid., III, 231, et le titre général : Raison des effets,
c.-à-d. des faits (Zbid., V, 328, 334; VII, 467). (L. Brunschvicg.)
; EFFICACE, A. D. Wirksam ; E. Effi-
tous, effective ; L. Efficace.
19 Adjectif :
A. Sens général : qui produit l'effet
quel il tend (par opposition à inef-
ficace). « Dieu a voulu que mon bras
‘ft remué… Sa volonté est efficace,
elle est immuable. » MALFBRANCHE,
ŒEntr. métaph., vI1, $ 13.
. B. Proprement, s'appliquant à cau-
se*, précise ce mot en le restreignant à
l’action d’un être qui modifie un autre
être sans rien perdre ou céder de sa
ropre nature, ou de sa puissance d'agir
ultérieurement. — Voir CausEe*, C,
Critique et Observations.
20 Substantif féminin
pour efficacité) :
C. La propriété d’être cause efficace,
ainsi qu’elle a été définie ci-dessus.
« Je veux bien... qu’un corps mû soit
la cause véritable du mouvement de
ceux qu’il rencontre. Mais cette ac-
tion, cette force mouvante n'appartient
nullement aux corps : c’est l’efficace
de la volonté de celui qui les crée ou
qui les conserve successivement en dif-
férents lieux. » MALEBRANCHE, Entre-
tiens sur la métaphysique, vit, $ 12. Cet
entretien a pour titre : « De l’inefficace
des causes naturelles, ou de l’impuis-
sance des créatures. » Il oppose l'effort
de l’homme à l’efficace de Dieu. Jbid.,
$ 14.
Rad. int. (au sens B) : Kreant.
(vieilli,
EFFICIENCE, D. Wirksamkeit ; E.
Efficience, -ency ; 1. Efficienza.
Caractère de ce qui est efficient.
Rad. int. : Efektigec.
EFFORT
EFFICIENTE (cause), D. Bewir-
kende ; E. Efficient ; 1. Efficiente.
Cette expression sert d’abord à tra-
duire le troisième des sens du mot
œitla distingués par ARISTOTE : « “OBev
À &pxh This xvhoewc. » Métaph., 1, 3,
9838. Par suite, elle s’est appliquée
d’une façon générale à toute i’extension
moderne du mot cause, qui s’est trouvée
pratiquement restreinte à ce troisième
sens. (Cf. Bazpwin, Vo Cause, I, 165? ;
même remarque dans GoBLor, 199.)
CRITIQUE
Efficace et efficiente, en parlant de
la cause sont pris parfois indistincte-
ment, et dans ce cas s’opposent le plus
souvent à finale; mais quelquefois
aussi à occasionnelle (MALEBRANCHE,
GEuLiNcx). Nous rappelons que nous
avons proposé ci-dessus d’en différen-
cier l'emploi en nommant efficace la
cause qui produit son effet sans rien
perdre ni dépenser d'elle-même ; effi-
ciente, la cause qui produit son effet
en se transformant en lui partielle-
ment ou totalement. Voir Efficace*,
et Cause* (particulièrement A et Cri-
tique).
Rad. int. (au sens ci-dessus défini) :
Efektig.
EFFORT, D. Streben, Anstrengung ;
E. Effort ; I. Sforzo.
L’effort est le mode d’activité d’un
être conscient qui cherche à surmonter
une résistance, soit extérieure, soit
intérieure. On en distingue d’ordinaire
deux formes (en accordant à cette dis-
tinction, suivant les auteurs, une va-
Sur Efficace (au sens B). — V. Egger, pour éviter toute ambiguïté, recomman-
dait en ce sens l'expression Cause active.
Sur Efficient. — Efficient, pour efficace au sens B, est très fréquent en anglais.
«To adopt a distinction familiar in the writings of the Scotch metaphysicians,
and especially of Reid, the causes with which I concern myself are not efficient, but
physical causes!. » J. S. Mie, Logic, III, v, $ 2
: et en divers autres passages.
4. « Pour adopter une distinction courante dans les ouvrages des métaphysioiens écossais et notamment de Reid,
je dirai que les causes dont je m'oecupe ici ne sont pas les causes efficaces, mais les causes physiques.»
EFFORT
leur plus ou moins métaphysique) :
l'effort musculaire et l'effort intellec-
tuel. Voir W. James, Le sentiment de
l'effort, Crit. phil, 1880, t. II; —
FouiLLée, Le sentiment de l'effort et
la conscience de l’action, Rev. Phülos.,
1889, II, 561; — Bercson, L’effort
intellectuel, Zbid., 1902, I, 1.
CRITIQUE
‘L’effort appartient essentiellement à
l’être conscient ; on ne peut appliquer
ce mot que par métaphore à la pression
268
ne
d’un gaz dans un récipient dont le
volume diminue, ou même « aux efforts
de la ternpête ». Il est vrai qu’on parle
avec raison d'efforts inconscients, mais
chez un être par ailleurs conscient, et
au même titre qu’on reconnaît en lui
des associations ou des jugements in.
conscients. On peut remarquer que,
dans tout effort, la résistance à vaincre
est surtout intérieure : la fatigue ou la
douleur, en particulier, tendent d’une
façon réflexe à arrêter l’action, qui,
par suite, ne peut être entretenue que
Sur Effort. — La définition de ce mot a été légèrement modifiée d’après les
1869
observations d’Edmond Goblot et Th. Ruyssen. Je ne puis toutefois tomber
d'accord avec M. Ruyssen sur cette affirmation que l'effort implique toujours la
représentation de la fin. Il me semble en effet que : 1° dans l’ordre musculaire, il
peut y avoir, par exemple, effort pour respirer, d’une façon toute instinctive et
sans autre représentation consciente que celle de la gêne éprouvée ; — 2° dans
l’ordre intellectuel, l'effort consiste précisément à poursuivre une représentation
qui ne se forme pas spontanément (un nom propre oublié, une solution de pro-
blème). — Ce que critiquait M. Goblot dans la première rédaction de cet article
était justement l’expression : « en vue de surmonter une résistance ». — « En vue de,
nous écrit-il, semble indiquer une finalité consciente. Est-il certain que l'effort ait
toujours une fin ? Même quand il en a une, est-ce toujours l’idée de cette fin qui le
détermine ? » — D'autre part M. F. Mentré, tout en admettant qu'il y a « des
pensées et des désirs inconscients », ne croit pas qu’il puisse y avoir des efforts
inconscients : « Qu'est-ce qu’un effort, dit-il, auquel la volonté ne participe pas ?
Et la volonté exige un certain degré de conscience. » — Cet argument ne me paraît
pas décisif : car on pourrait dire de la même façon qu’on ne peut penser sans
savoir ce qu’on pense et qu’ainsi tout phénomène intellectuel inconscient est une
contradiction. (A. L.)
Ce mot a une signification essentiellement interne et dynamique. L’effort est
l'agent du devenir ; et comme le devenir est une réalité exclusivement psycholo-
gique, il importe de retenir tout particulièrement la signification intime (et très
souvent morale) de cette notion. (L. Boisse.)
Ch. Ricner ayant publié dans la Revue Scientifique un article intitulé : l'Effort
vers la vie et la théorie des causes finales (Rev. sc., 1902, 1,522), SuLLY PRUDHOMME
a critiqué l'emploi de ce mot comme impliquant un caractère psychologique
qu’on n’a pas le droit, dit-il, d'étendre sans preuves aux formes inférieures de
la vie : « L’effort proprement dit procède du vouloir, et le vouloir implique indivi-
dualité psychique de l’agent. Nous ne connaissons le vouloir que par la conscience
que nous en avons dans nos actes, etc. » Le problème des causes finales, 22 lettre,
p. 45. — Ch. Richet a répondu en lui accordant que l'expression, dans ce cas, est
impropre. « Vous insistez avec raison sur le sens du mot effort, qui est un mot
anthropomorphique, comme tous les mots humains, sans doute. Mais ne m’accusez
pas d’avoir supposé par là une conscience analogue à la conscience humaine,
une volonté analogue à la volonté humaine, une idée préconçue antérieure à
Pacte. Votre analyse sur ce point est si judicieuse que j’ai maintenant quelque
remords de m'être servi d’un mot qui prête à cette confusion. » (Zbid., 132.)
ar un renouvellement continu de
l'acte volontaire.
Au point de vue psycho-physiolo-
ique, le « problème de l'effort » con-
siste à se demander si le sentiment
spécial que nous éprouvons dans ce cas
est lié seulement à des actions périphé-
riques (tactiles, musculaires, articu-
laires), ou s’il dépend surtout de l’in-
nervation centrale, ou enfin s’il cons-
titue un état spécial de l'esprit sans
correspondant nerveux.
Rad. int. : Esforc.
ÉGALITÉ, D. Gleichheit ; Gleichung
au sens concret ; E. Equaluty ; I. Egua-
glianza ou Uguaglianza.
MATHÉMATIQUE. Ce mot y est em-
ployé : 1° au sens abstrait (qualité de
ce qui est égal) ; 2° au sens concret
(formule exprimant l'égalité de deux
termes connus : a = b).
A. Deux objets de pensée ayant une
grandeur sont égaux quand ils sont
ÉGALITÉ
rien) au point de vue de cette grandeur.
Se marque par le signe =.
Les égalités, en ce sens, sont de trois
sortes : 1° les propositions qui énoncent
des relations existant par hypothèse
entre les éléments d’une figure, et
celles qui en découlent : par exemple,
un triangle rectangle tel que AB—2 AC;
— 20 les «identités » ou propositions
toujours vraies, quelle que soit la valeur
des variables qui y figurent, par exem-
ple (a + b}? — a + 2 ab + b3; —
3° les « équations », qui ne sont pas
des propositions, mais des fonctions
propositionnelles, définissant une con-
dition qui détermine une variable :
par exemple ax = b.
B. Par abus, on appelle Égalité géo-
métrique la propriété qu'ont deux fi-
gures d’être superposables (tandis que
le fait d’avoir même mesure est appelé
d'ordinaire équivalence ; mais on dit
néanmoins dans le même cas que leurs
surfaces sont égales). — Cet emploi du
équivalents* (quand ils ne diffèrent en | mot est impropre et l’on tend de plus
Sur Égalité. — Cet article a été entièrement remanié, dans sa partie morale et
politique, sur les observations de Rauh, Lachelier, Brunschvicg, Évellin, Parodi.
Extrait de la discussion dans la séance du 8 juin 1905 : « Rauh. La doctrine
qui repousse totalement l'égalité matérielle et qui prend pour règle de ne réaliser
que l'égalité formelle est le libéralisme pur. Mais il faut remarquer que beaucoup
de socialistes n’admettent pas comme idéal une égalisation matérielle aussi
grande que possible ; ils veulent seulement ajouter à l’égalité formelle la plus
complète le degré d'égalité matérielle nécessaire pour assurer à chacun l’indépen-
dance et un minimum de bien-être. La doctrine socialiste consiste dans ce cas,
non dans la tendance à rendre les individus aussi égaux que possible au point
de vue pécuniaire, sanitaire ou intellectuel, mais seulement à établir une garantie
contre l’oppression par le contrôle de la société tout entière sur la distribution
des richesses. » — Cf. Note sur l’idée de justice, 1er Congrès de philosophie, 1900,
tome II, 215.
« A. Lalande. Il ne me semble pas possible de tracer une ligne fixe de démar-
cation entre l'égalité formelle (que j'aimerais mieux appeler extérieure), et l’éga-
lité matérielle, ou réelle. Cette distinction dépend d’un jugement d’appréciation
moral et psychologique opposant ce qui constitue l’homme lui-même aux circons-
tances dans lesquelles il vit, et qui forment pour lui les conditions de la concur-
rence vitale. Or ce jugement devient de plus en plus exigeant à mesure que
l'égalité se réalise plus complètement dans les lois. Les inégalités qui semblent
d’abord constitutives des individus finissent par apparaître successivement
Comme des différences extérieures, appartenant aux conditions où ils sont placés
d’une manière accidentelle. La disparition des inégalités nobiliaires nous apparaît
clairement comme une conquête de l'égalité formelle, parce qu’elle est réalisée
LALANDE. — VOCAB. PHIL. 11
ÉGALITÉ
en plus à lui substituer en ce sens le
terme Congruence.
LociquEe. C. Par analogie avec le
sens À, on appelle égalité logique :
19 Pour deux propositions, le fait
qu’elles s’impliquent mutuellement.
2° Pour deux classes, le fait qu'elles
se contiennent mutuellement (ce qui
n'arrive que si elles sont identiques*).
3° Pour deux concepts, le fait qu’ils
ont la même extension“.
L'égalité logique se marque aussi par
le signe =.
ÉTuique et pouiriQue. D. Le prin-
cipe d’après lequel les prescriptions,
défenses et peines légales sont les mé-
mes pour tous les citoyens sans accep-
tion de naissance, de situation ou de ;
fortune. (Égalité juridique.}
E. Le principe d’après lequel les
droits politiques, et dans la mesure de
leurs capacités l'accession aux fonc-
tions, grades et dignités publiques ap-
partiennent à tous les citoyens sans
distinction de classe ou de fortune.
(Égalité politique.)
F. Le fait que deux ou plusieurs
hommes ont même fortune, même
instruction, même intelligence, même
santé, etc. (Égalité réelle, ou encore
égalité matérielle, par opposition aux
deux catégories précédentes considé-
rées comme constituant une égalité
formelle.)
CRITIQUE
Le concept d'égalité, dans son usage
moral et politique, est très mal déter.
miné. La Déclaration des droits %
l’homme le définit : « Art. 1. Les hom.
mes naissent et demeurent libres st
égaux en droits. Les distinctions so.
ciales ne peuvent être fondées que sur
l'utilité commune. Art. 6. [La Loi]
doit être la même pour tous, soit
qu'elle protège, soit qu’elle punisse,
Tous les citoyens étant égaux à ses
yeux sont également admissibles à
toutes dignités, places et emplois pu-
blics, selon leur capacité, et sans autre
distinction que celle de leurs vertus et
de leurs talents. » La première de ces
deux formules désigne évidemment,
sous la forme impropre d’une assertion
de fait, concernant la nature des choses,
un idéal que ne réalise aucune société :
la seconde doit être interprétée dans }e
sens que lui donnent les circonstances
où elle a été formulée (réaction contre
les « privilèges », et les autres abus
contre lesquels s’élevaient les Cahiers) :
mais le Code civil lui-même a admis
que la loi ne fût pas la même pour les
hommes que pour les femmes, pour l<
adultes que pour les enfants ; et l'éga-
| lité matérielle des peines représente,
suivant la fortune, la situation sociale,
la santé, le caractère, etc., une inégalité
relative qui peut ètre considérable. Il
en France depuis un siècle ; la disparition des inégalités pécuniaires nous semble
matérielle ou réelle, parce qu’elle n’est pas prochainement réalisable ; la dispari-
tion des mégalités sociales d'enseignement nous semble d’un caractère ambigu,
parce qu'elle est sans doute au moment de se réaliser. Il me semble donc que la
distinction de l'égalité matérielle et de l'évalité formelle est toujours fonction
d’un certain état de la société et de l'opinion. »
Th. Ruyssen mentionne, comme un élément de l'égalité politique, l'accession
des femmes au vote et aux fonctions électives.
M. Parodi fait remarquer, contrairement à ce qui avait été dit dans la première
rédaction de cet article, qu’il n’y a point d'opposition entre l’article 6 de la Décla-
ration des Droits et l'admission de tous au suffrage universel, sans distinction de
capacités. Cette admission, en effet, n’est ni une dignité ni même une fonction,
mais un droit primitif résultant de l’idée même du contrat social et de la « souve-
raineté », telle qu’elle est exposée, par exemple, chez J.-J. Rousseau.
a donc lieu dans tous les cas de ne
mais employer ce terme sans une
termination précise des idées qu’on
veut y attacher et en particulier de
distinguer avec précision : 10 l’état de
“ait d’une part, et de l’autre l'idéal
: qu'on se propose ; — 2° l'égalité exté-
: feure, d’une part, consistant dans les
: droits des individus, c’est-à-dire dans
les règles suivant lesquelles on les
taite, qu'ils soient en eux-mêmes
égaux ou inégaux,; et, d’autre part,
légalité réelle, consistant dans l’état
semblable de leur propriété et de leur
personnalité.
Rad. int. : Egal.
« ÉGO-ALTRUISTE », E. Ego-altruis-
tic (sentiments). SPENCER, Principles of
psychology, 8 partie, ch. vn. — Voir
Altruisme*, Observations.
« ÉGOCENTRISME », D. Egozentris-
mus. — À. Tendance à tout rapporter
àsoi-même ; par exemple, dansles expé-
riences sur l’association des idées, on
appelle « association égocentrique » le
fait que le sujet réagit au mot induc-
teur par une idée relative à sa propre
personne : on lui donne le mot «chien» ;
il répondra : « Je les aime. » (Forme
d'association particulièrement fréquen-
te chez les épileptiques.)
B. En un sens assez différent,
M. J. Pracer a appliqué ce terme au
caractère psychologique de l'enfant qui
consiste en ce qu’il n’éprouve pas le
besoin de communiquer sa pensée à
autrui, ni de se conformer à celle des
autres. « Nous avons appelé égocen-
trique la pensée de l'enfant, voulant
ÉGOÏSME
indiquer par là que cette pensée reste
encore autistique dans sa structure,
mais que ses intérêts ne visent plus
seulement à la satisfaction organique
ou ludique, comme l'autisme pur, mais
déjà à l’adaptation intellectuelle, com-
me la pensée adulte. » J. PIAGET, Le
Jugement et le raisonnement chezl'enfant,
p. 272.
Il ne faut donc pas confondre égo-
centrisme ni avec égoisme, ni avec
égotisme.
ÉGOIÏISME, D. A, D. Egoismus;
B. Selbstliebe ; C. Selbstsucht ; — E. À,
B, D. Egotism ou Egoism ; C. Selfish-
ness ; — I. Egoismo.
A. MÉTAPHYSIQUE. La doctrine qui
considère l’existence des autres êtres
comme illusoire ou douteuse. WoLrFr
divise les idéalistes en égoïstes et plura-
listes : cet usage étant tombé en désué-
tude, on ne se sert plus aujourd’hui du
terme, dans ce sens, qu’en disant
égoisme métaphysique ; et l’on tend
même à abandonner cette expression
pour celle de Solipsisme.
B. PsychoLociE. Amour de soi, ten-
dance naturelle à se défendre, à se
maintenir, à se développer. C’est en ce
sens que, parmi les sentiments, on a
opposé les inclinations ou les émotions
égoiïstes, aux inclinations ou aux émo-
tions altruistes, sans mettre dans ces
mots aucune intention appréciative
(COMTE, SPENCER).
Quelques psychologues évitent ce-
pendant cet usage du mot, à cause du
sens C, qui est le plus usuel, et disent
inclinations personnelles, ou indivi-
duelles.
Sur Égocentrisme. — Article dù à Éd. Claparède. — Sur la différence d’égo-
centrisme et d'égotisme, voir l'analyse comparée de ces deux mots dans M. DEBESSE,
Situation de l’Adolescence, Revue de métaphysique, avril 1941, p. 127 et suiv.
Sur Égoïisme. — Nous avons placé le sens À en première ligne sur les obser-
Yations de F. Tônnies, qui nous avait fait remarquer que l’égoïsme « pratique » a
d’abord tiré son nom de l’égoisme métaphysique. Ce mot apparaît en France
avec son sens moral, dans l'Encyclopédie. En 1777 il était encore considéré comme
on néologisme (DaRM., HATZ. et THOMAS).
Au sens D, on dit plutôt « morale de l’égoïsme ». (L. Lapie.)
ÉGOÏSME
272
C. MoraLe. Amour exclusif ou exces-
sif de soi ; caractère de celui qui subor-
donne l'intérêt d’autrui au sien propre
et juge toutes choses de ce point de vue.
D. ÉTuique. Théorie qui fait de l’in-
térêt individuel le principe explicatif
des idées morales et le principe direc-
teur de la conduite.
Rad. int. : B. Sunamad ; C. Egoism.
« ÉGOTISME », E. Egotism, s'emploie
aussi comme synonyme d’Égoisme,
selon BALDwIN.
A. Terme employé par STENDHAL
pour désigner, par opposition à l’égoïs-
me dans la conduite, l’étude détaillée
faite par un écrivain de sa propre indi-
vidualité physique et mentale. « Si ce
livre... n’ennuie pas, on verra que l’égo-
tisme, mais sincère, est une façon de
peindre ce cœur humain dans la con-
naissance duquel nous avons fait des
pas de géant depuis 1721, époque des
Lettres persanes de ce grand homme
que j’ai tant étudié, Montesquieu. »
STENDHAL, Souvenirs d'égotisme, 81.
B. Tendance à penser à son moi et à
y rapporter toute la vie mentale.
« L’égotisme juvénile. est cette inces-
a —_— © "t<
sante référence à soi qu’on observe à
ce moment dans l’amitié, dans l'amour
dans la rêverie, dans les rapports avec
l'entourage, dans l’aperception des va.
leurs, et jusque dans la dialectique en
apparence la plus impersonnelle. ,
M. Desesse, Situation de l’adolescence,
Rev. de métaphysique et de morale
avril 1941, p. 127. Suit un parallèle
de l’égotisme et de l’égocentrisme*.
C. Culte du moi; préoccupation
exclusive de sa culture personnelle,
érigée en but unique de la conduite.
Le mot, dans tous les sens, implique
une réflexion consciente sur soi-même,
Rad. int. : Egotism.
Égotiste s'emploie, comme adjectif,
dans tous les sens du mot égotisme ; et,
comme substantif, soit au sens A, soit
au sens C.
« À une époque plus tardive, et
peut-être chez l’homme seul, se mani-
festent les tendances égotistes fself-
feeling, Selbsigefühl, amor proprius) qui
expriment le moi, la personne comme
ayant conscience d’elle-même, et se
traduisent dans l’émotion de l’orgueil
(ou son contraire) et leurs variétés. »
Sur Égotisme. — D’après Anpison, le mot Égotisme viendrait de Port-Royal.
ÉLABORATION
Ÿ pRisor, La psychologie des sentiments,
2e partie, Introduction, II (1' éd.,
p. 195).
« EIDÉTIQUE », D. Eidetisch (ad)j.) ;
Eidetiker (subst.).
A. Termes créés, en 1920, par E. R.
Jaenscx (de Marburg) pour désigner
une disposition feidetische Anlage) à
voir à volonté des choses imaginaires,
en particulier des souvenirs récents, de
telle façon qu'ils se projettent au de-
hors, à la manière d’une image consé-
cutive. Jaensch appelle ces images spé-
ciales Anschauungsbilder, qu’on peut
traduire par « images eidétiques ». Elles
se rencontrent surtout chez les enfants
de dix à quinze ans.
B. HussErL appelle eidétique ce qui
concerne les etôn, les essences des cho-
ses, et non leur existence ou leur pré-
sence. La « réduction eidétique » est
pour lui la substitution de cette consi-
dération des essences à celle de l’expé-
rience au sens usuel. Il appelle eide-
tische ou Wesen-Wissenschaften les
sciences qui ont pour objet de considé-
rer les rapports entre des formesidéales,
comme le font la logique ou la géo-
métrie. Voir Gaston BERGER, Le Cogito
dans la philosophie de Husserl, noi.
p. 36-37 et 68.
quelques écrivains récents emploient
pour cet usage eidétique. L’étymologie
le permettrait ; mais c’est contraire, en
raison du sens antérieur de ce mot, aux
règles d’une bonne terminologie : voir
le rapport d’Ed. Claparède au VI® Con-
grès international de Psychologie (Ge-
nève, 1909), résumé dans le Mouveau
Traité de Psychologie, publié sous la
direction de G. Dumas, tome I, p. 414.
« EJECT », E. Eject ; I. Ejetto.
Terme créé par CLirrorp, et adopté
par Romanes, MorsELLI, BALDWIN,
pour désigner un objet de connaissance
en tant qu’il est projeté hors du moi et
conçu comme une réalité analogue à
la nôtre, et possible à décrire en termes
de conscience. L’eject est une essence
immatérielle, et s'oppose en cela à
l’object conçu comme matériel.
EK-STASE, (S).
ÉLABORATION (dela connaissance),
D. Verarbeitung ; E. Elaboration ; I.
Elaborazione.
On appelle ainsi, par opposition à
l’Acquisition et à la Conservation de la
connaissance, l’ensemble des opérations
par lesquelles nous transformons les
« The gentlemen of Port Royal, who were more eminent fort their learning and
for their humility than any other in France, banished the way of speaking in the
first person out of all their works, as rising from vainglory and self-conceit. To
show their particular aversion of it, they branded this form of writing with the
name of an egotism ; a figure not to be found among the ancient rhetoricians!. »
ADDISON, The Spectator, n° 562, 1714. Il prend lui-même le mot en un sens un
peu plus large, non comme une simple forme de style, mais comme la tendance
à parler de soi, de ses goûts, de son caractère ; et il en cite pour exemple Montaigne,
que les Messieurs de Port-Royal avaient sans doute en vue quand ils parlaient des
« égotismes ». Addison ne dit pas où le mot se trouve. Je l’ai cherché sans succès
dans la Grammaire de Port-Royal, dans la Logique (où cependant Montaigne
est vivement pris à partie sur le même point), et dans plusieurs des ouvrages de
Nicole. (A. L.)
Chez quelques écrivains d’aujourd’hui, le mot a un sens nettement péjoratif :
curiosité maladive, dilettantisme énervant, amoureuse et perverse culture de
notre individualité totale. (C. Hémon, L. Boisse.)
1..« Les Messieurs de Port-Royal, plus éminents que personne d'autre en France par leur savoir et leur humilité,
banaissaient entièrement de toutes leurs œuvres l'emploi de la première personne, qu'ils jugeaient être un effet de la
vanité et de la trop haute opinion de soi-même. Pour montrer leur particulière aversion de ce défaut, ils stigmatisèrent
eette manière d'écrire du nom d'égofisme figure de rhétorique qu'on ne trouve pas dans les traités des anciens. »
données immédiates qui sont considé-
rées comme formant la matière de
cette connaissance. Elle comprend l’as-
sociation des idées et l’imagination en
tant que créatrices (élaboration spon-
tanée) ; l’attention, la conception, le
jugement et le raisonnement (élabora-
REMARQUE
En l'absence d’un adjectif de même
racine et de même sens qu’image (car
imaginé, imagé, imaginaire, etc., ont
tous des sens plus ou moins différents),
Sur Élaboration de la connaissance.
Terme et classification évidemment artificiels, mais utiles. Il serait bon de
réserver cette expression aux opérations réfléchies de la pensée (attention, forma-
tion des concepts, jugement, raisonnement). (Th. Ruyssen.)
On pourrait peut-être dire, pour justifier l'emploi de ce mot en psychologie,
qu'il ne peut s'appliquer qu’à un travail conscient et réfléchi de l’esprit et que
Par conséquent il ne préjuge rien contre les modifications qu’ont pu déjà subir,
par l'effet d’un travail inconscient, les données qui se présentent comme simples
à l'élaboration proprement dite. (J. Lachelier.)
ÉLABORATION
tion réfléchie). On y joint même quel-
quefois la mémoire, en tant qu’elle
sélectionne et modifie les souvenirs.
CRITIQUE
Ces divisions sont usuelles et com-
modes pour l’enseignement (voir par
exemple Boirac, Cours de philosophie,
chap. 1v : il exclut des facultés d’élabo-
ration, la mémoire et l’association des
idées) ; mais elles peuvent faire illusion
en tendant à présenter certains états
psychiques comme des éléments simples
et adéquatement connus. Il n’est pas
douteux que les perceptions, chez un
homme adulte et normal, contiennent
une grande part d'interprétation et
d'élaboration, et que la plupart des
images et des souvenirs, malgré l’auto-
rité avec laquelle ils se présentent à
nous, sont altérés plus ou moins pro-
fondément. par le travail inconscient de
l'esprit. De même, le caractère de don-
née primitive et toute faite que les
Cartésiens accordaient à la raison, est
devenu insoutenable les principes
rationnels, tels que nous les posons
actuellement comme axiomes au point
de départ de nos raisonnements, résul-
tent, au moins en partie, d'opérations
antérieures où sont intervenus le juge-
ment, la mémoire, etc.
Il est donc nécessaire de n’employer
ce terme qu'avec circonspection, et uni-
quement dans son sens affirmatif, c’est-
à-dire en entendant bien qu’on ne pré-
juge jamais par là le caractère simple des
faits de conscience qu’on laisse momen-
tanément en dehors de cette rubrique.
Rad. int. : Ellaborad.
« Élan vital », voir Vatal*.
ÉLECTIF, D. Wahil—, wühlerisch .
E. Elective ; I. Elettivo.
On appelle Znclinations électives celles
qui ont pour objet non une classe
d'êtres, mais un individu en particu-
lier : amour* et amitié*.
Affinités électives, voir affinité*.
Rad. int. : Elekt.
ÉLÉMENT, D. Element; KE. Ele-
ment ; |. Elemento.
À. Sens générul : une des parties plus
simples dont est fait un composé. —
Spécialement :
B. En Locique, on appelle élément
d'une classe (ou ensemble) chaque indi-
vidu qui appartient à cette classe.
Par extension, certains logisticiens
appellent aussi élément (en abrégé,
« Elm »; PEANO) la classe qui ne con-
tient qu’un seul individu. « Par exem-
ple, puisque Napoléon Ier a eu un seul
fils, on peut exprimer ce fait en écri-
vant : « [Fils de Napoléon 1°] € Elm»,
ce qu’on peut lire : « Il n’v a eu qu’un
« [fils de Napoléon Ier]. » Papoa, La
logique déductive, p. 39. M. Peano em-
ploie aussi pour l'élément la notation
.[X]}, X étant le nom propre d’un indi-
vidu ; et réciproquement il représente
par 1 {x] l'individu lui-même, + étant
le nom de la classe dont il est le seul
représentant : « Rome — 1 [capitale de
l’Italie]. » C’est l’usage logique de l’ar-
ticle défini.
C. En ÉPiSTÉMOLOGIE, on appelle
éléments de connaissance les concepts
et jugements. Les éléments d’une science
Sur Électif. — L'expression « inclinations électives » est mal faite : elle semble
indiquer que ces inclinations sont librement choisies, alors qu’il n’en est peut-être
pas de plus fatales. (L. Boisse.)
Ce mot veut dire seulement que certains individus, objets de ces inclinations,
sont préférés dans l’ensemble des individus de même espèce. Le terme est pri-
mitivement chimique (BERGMANN, v. Affinité*) ; la même racine se retrouve dans
sélection. I1 semble donc bien qu’elle n’importe aucune idée de liberté. (A. L.)
Sur Élément. — Le premier sens d’Elementa en latin paraît bien avoir été les
lettres de l'alphabet. Lucrece l’emploie en ce sens :
11, 687, sqq. (J. Lachelier.)
7 27°
4% sont les principes et les premières pro-
positions d’une science, surtout d’une
science déductive, comme la Géométrie.
D. En Chimie, on appelle éléments les
corps simples dont les autres sont for-
més. Anciennement : « Les quatre élé-
ments » (le feu, la terre, l’air et l’eau).
Chez DeEscarres, le « premier élé-
ment » est « la raclure qui a dù être
séparée des autres parties de la matière
lorsqu'elles se sont arrondies », et qui
est divisée par le mouvement « en une
infinité de petites parties qui se font
de telle figure qu’elles remplissent tou-
jours exactement tous les recoins ou
petits intervalles qu'elles trouvent au-
tour [des] corps ». Le « second élément »
est le reste des morceaux primitifs,
arrondis par le mouvement. Le « troi-
sième élément » est constitué par des |
parties du premier qui se sont agglo-
mérées, en prenant des formes irrégu-
lières et variées, et de dimensions beau-
coup plus grandes que les « petites
boules » du srcond élément. Principes
de la l'hilosophie, 4° partie, $$ 52 et 86 ;
&e partie, $$ 5 à 9 [l ne faut pas
confondre le « premier élément » avec
ce qu'il appeile « la matiére suhtile* ».
Rad. int. : Element (Boirac).
ÉLÉMENT AIRE, D. £lementar ; F.
Elementary ; }. Elernentare.
A. Qui concerne les éléments, dans
tous les sens.
B. Spécialement, en Locique, la
Théorie élémentaire s'oppose à la Mé-
thodologie. Kart suit cette division
dans la Critique de la Raison pure.
C. Esprit élémentaire ou Élémentaire ;
sorte d’âme inférieure se manifestant !
ÊLIMINATION
dans les actions de la matière inorga-
nique suivant certains philosophes. (Al-
chimistes, PARACELSE, II. C. AGRippa,
occultistes modernes). Ce mot désigne
primitivement les esprits qui animent
les quatre éléments (d’où leur nom);
par extension les esprits qui animent
le sel, le soufre, le mercure ; quelquefois
aussi ceux des métaux.
Ne doit pas être confondu avec les
« Elementals », résidus des formes hu-
maines conservés après la mort dans
le fluide astral universel, suivant cer-
taines écoles spirites ou théosophiques
(BLAVATSKY).
Rad. int. : Element.
ELEN CHUS, du G. "Eeyyos (preuve,
réfutation).
Sujet d’une argumentation ou d’une
discussion. Le sophisme Zgnoratio elen-
chi consiste à démontrer ou à réfuter
autre chose que ce qui est en ques-
tion. (Logique de Port-Roval, FILE par-
tic, ch. x1x.)
ÉLICITE, (S).
ÉLIMINATION, LD). Æliminotion : L.
Elimination ; 1. Eliminazione.
A. Procédé d’Algëèbre qui consiste
à transformer un système d’équations
en un autre système équivalent, qui en
est une conséquence, et d’où ont dis-
paru une ou plusieurs inconnues du
premier. — En Logique algorithmique,
procédé analogue, relatif aux équations
logiques. BooLe faisait consister la
déduction en général (et le syllogisme
en particulier) dans l'élimination des
moyens termes.
Sur Élimination. -— Article complété sur les observations de C. Webb et
de C. Ranzoli qui ajoute ceci : « L’élimination [dans l’induction] consiste à multi-
plier les observations et les expériences dans les circonstances les plus diverses,
de façon à obtenir la séparation des antécédents qui sont causes et de ceux qui
ne le sont pas, des circonstances essentielles et des circonstances accessoires.
Elle a son fondement dans l’axiome de causalité qui dit, sous sa forme positive :
Est cause tout ce qui ne peut être éliminé sans élimination totale ou partielle
de l’effet ; sous sa forme négative : N’est pas cause ce qui peut être élimmé sans
que l'effet varie ou disparaisse. »
ÉLIMINATION
B. En méthodolegie, procédé de
recherche qui consiste à aboutir à la
vérité par la négation de toutes les
hypothèses que le raisonnement ou
l'expérience ne permettent pas d’ad-
mettre. Par exemple, la Tabula exclu-
sionis sive rejectionis de Bacon (Nov.
Org. 11, 18). — Voir Mir, Logique,
111,8, $3.—Taine, Intelligence, 11,320.
C. Dans le processus de la sélection
naturelle, disparition des êtres non
adaptés ou moins adaptés à leurs con-
ditions d’existence.
Rad. int. : Eliminad.
ÉMANATION, D. Emanation,; E.
Emanation ; |. Emana:ione.
Processus consistant en ce que, sui-
vant certaines doctrines, les êtres mul-
tiples qui forment le monde découlent
(emanant) de l’être un qui en est le
principe sans qu’il y ait de disconti-
nuité dans ce développement. Émana-
tion s'oppose à création*. « Effluxus rei
naturalis a causa procreante sine trans-
mutatione. » MiGREL, dans Eucken, 197.
Ce terme implique la réalité du devenir
et de la production successive des êtres
dans le temps; il ne convient donc
qu'à certaines formes de panthéisme.
On l’applique notamment au brahma-
nisme, au néoplatonisme, à la cabbale,
à la philosophie d’Eckhart et de Jacob
Boehme ; mais il serait impropre en
parlant du spinozisme.
Il a été pris quelquefois dans le sens
plus large de toute production divine :
« Emanatio in divinis duplex est, una...
generatio, altera per modum volunta-
tis. » Nicolas DE Cusa, dans Eucken,
197. De même chez LEIBNiz, Discours
de métaphysique, XIV (Gerh. IV, 439).
« Dieu les produit continuellement par
une sorte d’émanation, comme nous
produisons nos pensées. » Mais cet usage
ne semble pas avoir laissé de traces.
Rad. int. : Emanaci.
ÉMANATIONNISME ou Émanatisme,
D. Emanationslehre, Emanatismus ; E.
Emenatism ; |. Emanatismo.
Doctrine de l’émanation*.
« ÉMERGER, Émergence, un émer-
gent », E. To emerge ; emergence, an
emergent.
Termes employés depuis quelques
années en français, à l’exemple des
biologistes et des philosophes anglais
et américains, pour caractériser le fait
qu’une chose sort d’une autre, sans
que celle-ci la produise à la manière
dont une cause produit nécessairement
un effet, et suffise à en faire compren-
dre l'apparition (S).
CRITIQUE
Voir Observations ci-dessous.
ÉMINENT, D. L'berragend et mieux
Hervorragend ; E. Eminent; 1. Emi-
nente.
A. Au sens étymologique et usuel,
supérieur et distingué par cette supé-
riorité. « Eminenter est supra omnem
“ mensuram, super omnes gradus…;
Sur Émergence. — Selon une indication donnée par C. Loyd Morgan à
S. Alexander, cette acception du mot se rencontre déjà incidemment dans LEWES,
Problems of Life and Mind, tome II, p. 412 (1874). — S. ALEXANDER, qui a le
plus contribué à répandre cette expression, renvoie au dernier chapitre de
Lloyd MorGan, Instinct and Experience et à l’article de celui-ci : « Mind and
body in their relation to each other and to external things », Scientia, 1915. Lui-
même la définit ainsi : « The emergence of a new quality from any levelof existence
means that, at that level, there comes into being a certain constellation or collo-
cation of the motions belonging to that level, and possessing the quality appro-
priate to it ; and this collocation possesses a new quality distinctive of the higher
complex. The quality and the constellation to which it belongs are at once new,
and expressible without residue in terms of the process proper to the level from
which they emerge : just as mind is a new quality distinct from life, with its
ÉMINENT
les mêmis choses, ou d’autres plus excel-
lentes, qui sont dans la pierre... » Troi-
sième méditation, $ 17. — « Si la réalité
objective de quelqu’une de mes idées
« Oppositum ejus : certo modo et men- | est telle que je connaisse clairement
sura, item formaliter.. [Bonitas, Sa- | qu’elle n’est point en moi ni formelle-
pientia] sunt in Deo ut illarum causa ment, ni éminemment. il suit de là
ac principio eminenter vel formaliter ; | nécessairement que Je ne suis pas seul
multa, quæ rebus physicis tribuuntur, | dans le monde, mais qu'il y a encore
eminenter ac nobilissimo modo, perfec- | quelque autre chose qui existe et qui
tissime : Deus movet se non hoc nostro | est la cause de cette idée. » Zbid., $ 18.
modo, sed alio nobis incomperto. » C. On appelle domaine éminent (Lat.
GocLenius, Vo, 146 B, 147 A. scol. dominium eminens) le droit de
Chez Descartes, qui suit en cela | propriété générale et supérieure qu’au-
l'usage des scolastiques, éminent s’op- | r'ait en principe l'État (ou le souverain)
pose à la fois à formel et à objectif. Une | Sur tous les biens particuliers des ci-
«entité » peut exister de trois façons : | toyens (ou sujets). — L’existence de
objectivement dans l’idée que nous en | Ce droit est d’ailleurs niée par la plu-
avons: formellement dans l’être que | part des législations modernes, qui
représente cette idée ; éminemment dans | n’accordent en général à l'État que le
le principe d'où cet être tire sa réalité. | droit d’expropriation pour cause d’uti-
« Une pierre maintenant ne peut pas lité publique légalement constatée, et
commencer d’être. si elle n’est pro- | moyennant une juste et préalable in-
duite par une chose qui possède en soi | demnité (Déclaration des droits de
formellement ou éminemment tout ce | l’homme de 1788, art. 17. — Code civil,
qui entre dans la composition de la | art. 545).
pierre, c’est-à-dire qui contienne en soi D. Loc. Compréhension éminente,
Eminentia per metaphoram est excel-
lentia. » GocLenius, V9, 146, 1478.
B. Spécialement. S'oppose à formei.
own peculiar methods of behaviour not merely vital, but also vital!. » Time,
Space and Deity, pages 14 et 45-46.
Alexander, qui voit dans la Divinité le prochain émergent appelé à se produire
sur le niveau psychologique le plus élevé des êtres conscients, n’admet pas que
ce Dieu soit intervenu comme créateur de l’Espace-Temps primitif, ni des émer-
gents qui s’y sont ajoutés. Émergence, même chez lui, reste donc simplement le
nom d’un phénomène admis par induction, mais n’en constitue pas plus une
explication que le mot « la vie » n’explique la nutrition et la reproduction. Il est
donc important de ne pas voir dans cette dénomination une hypothèse explicative
ni même une promesse d’intelligibilité. (A. L.)
Sur Éminent. — « Per eminentiam esse dicitur ens quod proprie loquendo
non est, ubi tamen quid habet in se quod vicem ejus supplet quod proprie eidem
tribui repugnat. » Chr. Wozrr, Ontologia, 845. Les scholastiques, dit-il, ajoutent
qu’il faut en outre que l’être auquel on attribue cette qualité per eminentiam ait
le pouvoir de produire hors de lui-même ce qu’il possède éminemment ; mais
cette condition, selon lui, n’est pas toujours impliquée par l’emploi de ce terme.
1. « L'émergence d'une nouvelle qualité à un certain niveau de l'existence signifie qu'à ce niveau vient à
l'être une certaine constellation » (au sens allemand : ensemble de positions et de mouvements) « ou
collocation de mouvements appartenant à oe niveau et possédant la qualité qui lui est propre ; et cette
collocation possède une nouvelle qualité caractéristiqae d'un ocomplexus supérieur. Cette qualité et la
constellation à laquelle elle appartient sont à la fois quelque chose de nouveau et d'exprimable intégralement
en termes des processus propres au niveau dont elles émergent : o’est précisément ainsi que l'esprit est une
nouvelle qualité distincte de la vie aveo ses métbodes propres et particulières de comportement... non pas
Puremonl vital, mais aussi vital.
ÉMINENT
celle qui consiste en un groupe de
caractères appartenant au concept
d’une manière telle qu’il doit néces-
sairement posséder l’un d’eux : par
exemple, pour un nombre entier, le
caractère d’être pair ou impair; pour
une proposition, d’être soit indivise*,
soit particulière*, soit universelle*.
Voir Compréhension*.
CRITIQUE
Les sens B et C sont en réalité très
voisins, sinon même identiques ; car,
dans l’un et l’autre cas, on dit qu’une
chose existe éminemment dans une
autre, quand elle n’y est pas effective-
ment, mais que celle-ci possède quelque
puissance ou propriété par laquelle la
première peut étre engendrée. WoLrr,
Ontologia, $ 845, a voulu supprimer ce
dernier caractère et réduire l'existence
éminente à la présence d’un caractère |
tenant lieu de celui dont il s’agit. Mais |
ce n’est pas assez dire : éminent diffère !
278
de virtuel en ce que le virtuel a besoin
pour s’actualiser d’autre chose que ce
en quoi il est virtuel ; tandis que l’émi-
nent n’en a pas besoin. Le virtuel]
contient donc, au point de vue de
l'existence, quelque chose de moins que
le réel ; tandis que l’éminent contient
quelque chose de plus.
On a le droit de soutenir que le
concept d'existence éminente ne corres-
pond à rien de réel, non celui de changer
le sens traditionnel de ce terme en
retranchant de sa compréhension le
pouvoir de produire ce dont il s’agit.
Rad. int. : Eminent (Boirac).
ÉMOTION, D. Affekt, Gemütsbewe-
gung; E. Emotion, plus large qu’en
français ; L Emozione.
A. « J'entends par émotion un choc
brusque, souvent violent, intense, avec
augmentation ou arrêt des mouve-
ments : la peur, la colère, le coup de
foudre en amour, etc. En cela je me
ÉMOTION
! conforme à l’étymologie du mot émo-
tion, qui signifie surtout mouvement
(motus, Gemüthsbewegung, etc.). » Ri-
goT, Logique des sentiments, p. 67.
B. Tous les phénomènes précédents,
et en outre les états chroniques qui se
manifestent par un renouvellement con-
tinuel de petites émotions au sens A. (On
dit aussi, en ce sens, état d’émotivité.)
C. Plus généralement encore, et par
imitation de l’anglais qui étend ce terme
à tous les phénomènes affectifs* (cf.
AI. Bain, The emotions and the will),
on a aussi appliqué le mot émotion aux
états plus élémentaires et plus géné-
raux, tels que le plaisir et la douleur.
« Nous appellerons émotions les sensa-
tions considérées au point de vue affec-
tif, c’est-à-dire comme plaisir et dou-
leurs, et nous réserverons le nom de
sensations pour les phénomènes de
représentation. » Paul JANET, Traité de
philosophie, 4 édition, p. 42.
Voir sur les différentes définitions
des émotions, LANGE, Les Émotions,
« Remarques préliminaires » et « Ad-
denda ». (Trad. Dumas, p. 24-25, et
143 sqq.) — Lui-même distingue sur-
tout l’émotion de la passion par la plus
grande complexité de cette dernière.
CRITIQUE
Nous proposons d’adopter le sens B,
conformément à la classification pro-
posée à l’article Affection* :
plaisirs et dou-
affections leurs.
Sentiments émotions.
tendances ASE ONE
affectives { passions.
L’émotion ainsi entendue diffère des
affections simples :
19 En ce qu’elle est un état plus
complexe, différencié par les nuances
! de perceptions, de représentations et
Sur Émotion. — Ce terme est entendu dans les sens les plus divers :
Émotion signifie étymologiquement quelque chose de plus que le mouvement :
c’est le mouvement qui fait sortir quelque chose de sa place, ou tout au moins
de l’état où elle était auparavant : Emoti procumbunt cardine postes. Il n’y a, ce me
semble, émotion que là où il v a choc, secousse. On devrait, par suite, appeler
émotion l’action exercée sur la volonté (au sens large) par une représentation ou
une affection simple, action qui provoque ensuite la réaction de la volonté. Par
exemple, il y a : 1° représentation d’un danger, d’une attaque ; 2° choc produit
par cette représentation sur la volonté, crainte, colère ; 39 réaction de la volonté,
tendance à fuir ou à lutter. L’émotion serait, pour moi, le phénomène, le moment
n° 2. — Mais on confond toujours ce moment, soit avec le premier, soit avec
le troisième. Les mots même de crainte et de colère impliquent la tendance à
fuir ou à lutter. J’assimilerais le premier moment à l’état d’un corps élastique
qui entre en contact avec un autre ; le second serait celui où il se déforme sous la
pression ; le troisième celui où il reprend sa forme et repousse l’autre, ou recule
devant lui. (J. Lachelier.)
Voir, dans le même ordre d’idc:es, la classification proposée par F. Rauh dans
la Psychologie des sentiments. Il v distingue affections et tendances comme il a été
fait ci-dessus ; mais parmi les affections il reconnaît deux classes : les états indif-
férents, caractérisés par ieur nature égale et chronique ; les états aigus, auxquels
il applique le nom d'émotions. Cette dernière classe comprend ainsi le plaisir
et la douleur toutes les fois qu’ils possèdent ce caractère d’acuité.
P. Malapert propose au contraire d’effacer la distinction faite entre l’affection
simple et l'émotion par ce caractère que l'émotion est plus momentanée. D’autre
part, dit-il, « il y aurait lieu de tenir compte de la distinction entre les émotions-
chocs et les émotions-sentiments. Aussi bien dans l'espérance, l'abattement, la
tristesse, la joie, ne se montrent pas les éléments caractéristiques de l’émotion
au sens À. »
— Ne pourrait-on pas définir l'émotion par une formule comme celle-ci
« C’est l'élément de plaisir ou de douleur qui se dégage ou peut se dégager — soit
des phénomènes de sensation et de sentiment, tous deux réceptifs, parce que,
comme ils marquent une action du dehors sur le dedans, ils ont leur origine
hors de nous ; — soit des phénomènes de l’inclination à ses degrés divers (tendance,
penchant, passion), tous spontanés parce que, comme ils résultent d’une réaction
du dedans sur le dehors, ils ont leur origine en nous et dans notre activité propre. »
C'est donc l’émotion qui ferait l’unité des phénomènes sensibles. (F. Evellin.)
— Nous entendons par émotions, dans le texte visé ci-dessus, tous les phéno-
mènes affectifs statiques (c’est-à-dire qui ne sont pas des tendances vers un but,
qui sont des états et non des actions, ou des directions de l’action), en excluant
toutefois du mot, pris au sens le plus strict, les phénomènes de plaisir et de douleur,
quand ils sont bien localisés dans une région déterminée du corps, ou dans une
partie déterminée de l'esprit, sans provoquer une attitude ou une réaction d’en-
semble de tout l’être. (Cf. Bain, Théorie de la « diffusion » des émotions ; théorie
qui est moins détruite que retournée par l’hypothèse de W. James et de LANGE.)
L’émotion nous paraît donc être à l’affection élémentaire dans le même rapport
que la passion à l’inclination : toutes deux sont caractérisées avant tout par leur
nature générale et envahissante. Nous n'avons pas d’objection radicale à la
distinction de l’émotion-choc et de l’émotion-sentiment ; pratiquement, elles
8e distinguent bien. On peut cependant remarquer que l'émotion durable n’est
émotion qu’en tant qu’elle se manifeste à chaque instant par de petits troubles,
de petites émotions-chocs qui ébranlent légèrement, mais dans sa totalité, l’en-
semble de notre état de conscience. Il est donc utile de mentionner ces deux
formes extrêmes du phénomènes, sans les opposer autrement qu’en degré. (A. L.)
ÉMOTION
de tendances qui caractérisent la sur-
prise, l’espérance, l’abattement, etc.
20 En ce qu’elle est plus momen-
tanée.
30 En ce qu’elle réalise une unité
dans la vie de l’esprit, tous les états de
conscience actuels étant pénétrés par
l'émotion dominante.
Rad. int. : Emoc.
EMPIRIE, (S).
EMPIRIQUE, G. ’Eureipxoc, D.
Empirisch; E. Empirical ; 1. Empi-
rico. Sur l’étymologie, v. observations.
Ce mot s'emploie presque toujours
comme antithèse d’un autre terme; il
y a lieu de distinguer trois couples
d'opposition qu’il sert à exprimer.
A. Opposé à systématique. Ce qui est
un résultat immédiat de l’expérience,
et ne se déduit d'aucune autre loi ou
propriété connue : « Un procédé empi-
rique, une médication empirique. » —
Se dit également des personnes, en
tant que leurs connaissances et leurs
règles d’action sont empiriques au sens
280
qui vient d’être défini : « Un empi.
rique. » Ce sens paraît même être Je
plus ancien.
B. Opposé à rationnel. Ce qui exige
le concours actuel de l’expérience, com.
me la physique, par opposition à ce
qui ne l’exige pas, comme les mathé.
matiques. Cette opposition s'applique
à l’état présent des sciences, à leur
méthodologie, non à leur nature ni à
leur origine.
C. Opposé à pur (sens surtout kan-
tien). Ce qui, dans l’expérience totale,
ne vient pas des formes ou des lois de
l'esprit lui-même, mais lui est imposé
du dehors : l'intuition d’un triangle
géométrique est sensible, mais pure ;
celle d’un carton blanc triangulaire est
sensible et empirique.
CRITIQUE
Nous proposons de conserver à ce
mot le sens A; de dire, au sens B,
expérientiel et rationnel; au sens C,
a priori et a posteriori. Voir À priori*,
Critique.
Rad. int. : A. Empirik.
Sur Empirique. — Rédaction nouvelle, substituée à l’ancienne conformément
aux notes de Lachelier, Egger, Ruyssen, Hémon, Iwanowsky, et aux observations
de Rauh, Brunschvicg, Pécaut. Cette rédaction nouvelle, y compris les propositions
qui la terminent, a été lue et approuvée à la séance du 8 juin 1905.
— Étymologie. 1] y a eu aux n° et 11° siècles de l’ère chrétienne une école de
médecins qui se sont appelés Eumepucol, par opposition à d’autres, appelés
Aoyuxol ; c’est probablement là le premier emploi technique de ce mot, et c’est
de là que Sextus Empiricus a tiré son nom. Voyez SEXTUS, Hypotyposes pyrrho-
niennes, I, ch. 34; et Adversus Logicos, II, $ 191, 327. — LEe1Bniz rappelle et
généralise ce sens en plusieurs passages : Monadologie, 28 ; Nouveaux Essais,
préface (Gerhardt, t. V, p. 44) et Discours de la conformité, etc., en tête de la
Théodicée, $ 65. (J. Lachelier.)
— Équivalents. En allemand, on distingue, depuis Kanr, Empiriker (avant la
science ou hors de la science) et Empirist (à l’intérieur de la science). (R. Eucken.)
John Stuart Mize applique spécialement le mot Empirical à la méthode qui
procède « en essayant diverses combinaisons de causes opérées artificiellement ou
rencontrées dans la nature, et en tenant compte de ce qui se produit. Il en faut
exclure tout ce qui appartiendrait de quelque manière à la déduction. » Logique,
trad. Peisse, 5e éd., I, 505 sqq. (C. Hémon.)
— Critique. Il conviendrait de restreindre expérimental à n'être que l’adjectif
d’'experimentum, expérimentation. Sans cela on s'expose à des équivoques sans
nombre, justifiées d’ailleurs par l’usage d’expérimental au xvu® et au xvirie siècles.
Il est regrettable que M. Ribot ait intitulé son ouvrage bien connu : « Psychologie
ee
"
Se
281
EMPIRISME, D. Empirismus; E.
Empiricism ; 1. Empirismo.
Empirisme est le nom générique de
toutes les doctrines philosophiques qui
nient l’existence d’axiomes* en tant
que principes de connaissance logique-
ment distincts de l’expérience.
A. Au point de vue psychologique,
l’empirisme s'oppose au rationalisme
innéiste, qui admet l’existence, chez l’in-
dividu, de principes de connaissance évi-
dents. P. ex. Locre contre DESCARTES.
B. Au point de vue gnoséologique,
l’empirisme est la doctrine qui, recon-
naissant ou non l’existence de prin-
cipes innés chez l'individu, n’admet
pas que l'esprit ait des lois propres,
différant de celles des choses connues,
et par suite ne fait reposer la connais-
sance du vrai que sur l'expérience
seule, en dehors de laquelle elle n’ad-
met que des définitions ou des hypo-
thèses arbitraires. P. ex. SPENCER COn-
tre KANT.
EMPIRISTE
C. (Sens spécial, relatif au problème
de la perception visuelle.) On appelle
empiristes les psychologues qui consi-
dèrent les perceptions de forme et de
distance comme acquises par le sens
de la vue ; nativistes, ceux qui les consi-
dèrent comme innées.
CRITIQUE
L'innéité des principes dans l’indi-
vidu étant un point accordé (sous les
réserves déjà faites par LEiBniz) en
vertu de l’hérédité et de l’adaptation,
il conviendrait de réserver ce mot au
sens B.
Rad. int. : Empirism ; Empirik ( Boi-
rac).
EMPIRISTE, D. Empirist ; E. Em-
piricist ; 1. Empirista.
Ne se dit que des personnes, ou des
systèmes : celui qui admet l’empirisme.
Voir Empirique*, texte et observations.
anglaise : école expérimentale. » 11 serait temps d’avoir deux mots pour la psycho-
logie d'observation et celle de laboratoire. (V. Egger.)
On dira, en se sens, d’après les propositions ci-dessus, Psychologie expérientielle
et Psychologie expérimentale, sans préjudice de la Psychologie rationnelle, de la
Psychologie proprement empirique (au sens A) et de la Psychologie empiriste
(c’est-à-dire qui n’admet point de source primitive de la connaissance autre que
l'expérience, qui pense que tout jugement est a posteriori). (A. L.)
Sur Empirisme. — Empirisme représente très bien l’habitude ou la manière
de procéder d’un esprit qui se contente de l’expérience. La philosophie qui n’admet
rien en dehors de l’expérience devrait s'appeler empiricisme. (J. Lachelier.)
L’empirisme étant peut-être plus une méthode qu’une doctrine, on pourrait
aussi le définir au point de vue moral : on y verrait alors l'illustration la plus
parfaite de la tendance à reconstituer la vie psychologique ou morale tout entière
au moyen de quelques éléments simples ou crus tels : sensation, plaisir, intérêt,
et de faire sortir le plus du moins, ou, comme aimait à le dire Ravaisson, le supé-
rieur de l’inférieur. (L. Boisse.)
L'emploi du mot «empiriste » au sens C est courant, mais me paraît à déconseil-
ler. 11 me semble qu’il faut distinguer, sur le problème de la perception de l’espace :
des théories rationalistes (ex. celle de Kant), et des théories empiristes, en enten-
dant, par là, toutes celles qui font dériver la perception de l’espace, des sensations;
ces dernières théories peuvent être soit génétiques, si les sensations sont considérées
comme primitivement inextensives et ne pouvant donner la perception de l’espace
qu’en se combinant (école anglaise ou école allemande), soit nativistes, si les
sensations sont considérées comme primitivement extensives. Un nativiste, comme
James, n’est pas moins empiriste {au sens A) que Spencer. (R. Daude.)
ENANTIOSE
« ENANTIOSE », (S).
ENDOPHASIE, D. Endophasie ; E.
Endophasy ; 1. Endofasia.
Succession des images verbales qui
accompagnent l'exercice spontané de
la pensée. Ces images peuvent être
auditives, motrices d’articulation, vi-
suelles, motrices graphiques. On a pro-
posé d’appeler formule endophasique
d'un individu le type particulier que
présente son endophasie. Voir Eccezr,
La parole intérieure ; SAINT-PauL, Le
langage intérieur et les paraphasies (La
fonction endophasique).
Rad. int. : Endofasi.
ÉNERGÉTIQUE, D. Energetik ; E.
Energetics ; I. Energismo, RaNzoui.
A. Système de mécanique éliminant
des principes la notion de force et la
remplaçant par celle d'énergie. « Les
difficultés soulevées par la mécanique
classique ont conduit certains esprits
à lui préférer un système nouveau
qu’ils appellent énergétique. Le système
énergétique a pris naissance à la suite
de la découverte du principe de la
conservation de l'énergie. C'est Helm-
holtz qui lui a donné sa forme défini-
tive. » Poincaré, La science et l'hypo-
thèse, chap. vint, p. 148. (Suit la défi-
nition des deux quantités et l’énoncé
des deux principes sur lesquels se fonde
cette théorie.)
B. Système de cosmologie qui consi-
dère l’énergie et non plus la matière
comme la substance du monde physi-
que ; soutenu en particulier par OsrT-
WALD. On dit aussi énergétisme.
Rad. int. : Energetik.
1. ÉNERGIE, G. ’Evéoyeux, acte,
force, efficacité ; D. Energie ; E. Ener-
gy ; L. Energia.
Sens psychologique :
A. Capacité de faire effort*, carac-
tère*, D.
B. Volonté d'employer toute sa force.
282
Sens physique :
C. Capacité de produire du travail
mécanique, appartenant à un corps ou
à un système de corps :
En Mécanique, cette puissance ne
peut exister que sous deux formes :
l'énergie cinétique ou actuelle, Qui est
la moitié de la somme des forces vives
(
\
pend, Four chaque moment, que des
vitesses des différentes parties du sys-
tème ; et l'énergie potentielle, ou le po-
tentiel, qui est la « fonction des forces »
changée de signe, et qui ne dépend,
pour chaque moment, que des positions
occupées par ces parties. Leur somme
est l'énergie totale du système considéré.
20 En Physique, on admet, outre ces
deux espèces d'énergie mécanique, di-
verses formes de l'énergie (calorique,
électrique, magnétique, etc.}), définies
par leur équivalence, c’est-à-dire par
la possibilité de transformer une quan-
tité déterminée de l’une d’elles en une
quantité déterminée d’une autre (sur-
tout d'énergie mécanique).
— Principe de la conservation de
l'Énergie.
Principe de physique générale d’après
lequel un système qui ne se modifie que
par les mouvements de ses parties et
par les actions qu’elles exercent les
unes sur les autres conserve une quan-
tité d’énergie* constante (cette quan-
tité étant définie comme la somme des
énergies mécaniques et physiques énu-
mérées plus haut). Ce principe n’est
vrai que sous réserve des transforma-
tions possibles de l’énergic en masse
ou inversement.
On a dit d’abord en ce sens « conser-
vation de la force » (Erhaltung der
Kraft, HELMHOLTZ); OU persistanre de
la force (voir H. SPENCER, Premiers
principes, chap. vi, où il donne des
arguments contre l’emploi des mots
1 à :
È 9 ms? du système, et qui ne dé-
Sur Endophasie, — Terme omis en première rédaction ; l’article ci-dessus est
de M. Malapert.
L: Ra
| conservation et énergie dans cette ex-
pression). Mais ces manières de parler
sont impropres, étant donné l'usage qui
: est fait par ailleurs du terme Force* ;
et, du reste, elles sont aujourd’hui
: presque complètement abandonnées.
— Dégradation de l'Énergie. — Voir
Dégradation*.
Rad. int. : Energi.
2. ÉNERGIE SPÉCIFIQUE des sens,
D. Spezifische Sinnesenergie ; E. Spe-
cific energy ; 1. Energia specifica.
Expression employée par la plupart
des psychologues contemporains pour
désigner cette thèse de Johann Mit-
LER : « La sensation cst la transmission
à la conscience, non d’une qualité ou
d’un état de corps extérieurs, mais
d’une qualité ou d’un état de nos nerfs,
état auquel donne lieu une cause exté-
rieure. » Manuel de physiologie, trad.
Jourdan et Littré, I, 711. — J. Müller,
sous l’influence de la doctrine de KaAnT,
relative aux formes a priori de la sen-
sation, avait lui-même appelé « einge-
borene Energie! » cette propriété qu’ont
les organes des sens de provoquer dans
la conscience une certaine espèce déter-
minée de sensations, toujours de même
nature (p. ex. des couleurs), alors même
que l’excitant qui les met en action
varie (lumière, pression, électricité, etc.)
(Zur vergleichenden Physiologie des Ge-
sichtsinnes, 1826). — Cf. Eiscer, Vo,
1. « Energie innée ».
ENGAGEMENT
sur les précurseurs de cette théorie et
sur les objections qui y sont opposées,
notamment celles de Wunor.
Il est douteux si cette propriété dé-
pend essentiellement des organes péri-
phériques, ou des centres. Il convient
donc d'éviter l’expression souvent usi-
tée : énergie spécifique des nerfs, qui est
impropre.
Rad. int. : Specifik energi.
« ENGAGÉ, ENGAGEMENT » (E.
Commitment) termes du langage cou-
rant, devenus très usuels en philoso-
phie depuis quelques années, au sens
où l’on dit d’un homme qu'il est engagé
dans une affaire, dans une entreprise,
dans un parti.
Une « pensée engagée » est d’une
part celle qui prend au sérieux les
conséquences morales et sociales qu’elle
implique, de l’autre celle qui reconnaît
l'obligation d’être fidèle à un projet*
(le plus souvent collectif) dont elle a
précédemment adopté le principe. On
peut à cet égard rapprocher l’idée
d'engagement de celle de loyalisme*.
Mais cette expression s’applique
aussi au caractère qu’a la réflexion
philosophique de naître toujours au
milieu d’une situation donnée, qui en
détermine certaines conditions. Cf.
PascaL, Pensées, n° 233 (Ed. Brun-
schvicg).
Le premier aspect de l’engagement
est donc surtout prospectif, normatif ;
le second, rétrospectif et factuel.
Sur Énergie. — Ce terme a été créé par Thomas Younc selon RANKINE, à quiil
avait été attribué. (C. R. of the Philosophical Society of Glasgow, 23 janvier 1867.
— Voir Tair, Esquisse historique, trad. Moigno, p. 73.)
Sur la généralisation du sens de ce terme, voir OsrwaLp, Die Energie, 1908;
trad. fr. Philippi, 1910.
Sur Engagement. — Ce mot a été pris surtout au sens spécial indiqué
ci-dessus dans le groupe de la revue Espru, fondée en 1932. — Voir Emmanuel
Mounier, Révolution personnaliste et communautaire (1935), notamment p. 33,
70, 73, et 90-91, où l’ « engagement » est rapproché de la « fidélité ». « La parole
séparée de l’engagement glisse à l’éloquence ; et le pharisaïsme est, fût-ce impercep-
tiblement, au cœur de toute éloquence morale ». Ibid., 255. Mais il est devenu
très usuel dans la littérature philosophique contemporaine.
ENGAGEMENT
L 284
CRITIQUE
L’ « engagement » peut ainsi s’oppo-
ser, dans l’un et l’autre cas, soit à la
volonté de vivre intellectuellement
dans une tour d'ivoire; — soit à la
« disponibilité »* louée par André Gide ;
— soit à la prétention de commencer
la philosophie sans présupposition.
Il y a lieu, surtout en raison de la grande
vogue de ce terme, d'examiner de près,
chaque fois qu’il apparaît, ce que vise
l’auteur qui l’emploie.
ENGLOBANT, (S).
« ENGRAMME », terme créé pur
R. SEmMoN, Die Mneme* (1904) pour
désignerla modification du système ner-
veux correspondant à la fixation d’un
souvenir. L'évocation de celui-ci, dans
la même terminologie, est appelée ecpho-
rie. — Ces termes ne sont pas entrés en
français dans l’usage courant.
ÉNONCÉ ou Énonciation, L. Enun-
tiatio, Dictum ; D. Aussage ; E. Enun-
ciation ; I. Enunciazione.
Expression dans un langage quel-
conque d’un jugement (de fait ou de
droit), d'un problème, d’un ordre (au
—.
sens E), d’un conseil, etc. Certains
énoncés, bien que régulièrement for.
més, peuvent être néanmoins dépourvus
de sens.
CRITIQUE
Certains réservent le mot d’énoncée
aux énoncés déclaratifs par opposition
à ceux qu'AUSsTIN nomme énoncés
performatifs.
Rad. int. : Enunc.
ENSEMBLE, (S).
EN SOI, D. An sich; E. In üself ;
L In se.
Cette expression s'oppose d'ordinaire
à l’expression pour nous; elle désigne
ce qu'est une chose dans sa nature
propre et véritable, c’est-à-dire :
A. Indépendamment des erreurs, des
illusions, des applications individuelles,
et conformément à sa définition ou à
l’idée commune qu’en ont les hommes.
« Le raisonnement s'appuie sur les
principes absolus de la raison ; il est
donc en soi parfaitement légitime, et
nos fréquentes erreurs ne viennent pas
du procédé, etc. » Franck, V9 Erreur,
464 B.
Sur En soi. — Toute cette question est, même au point de vue historique,
hérissée de difficultés. 11 semble bien que KanT, particulièrement dans la discus-
sion des antinomies, soit préoccupé moins d’opposer des substances, au sens
vulgaire du mot, à des phénomènes, que d’opposer des choses données en elles-
mêmes (quelles qu’elles soient) à des représentations individuelles et actuelles.
Il est vrai que sa pensée est, je crois bien, au fond, que des phénomènes ne peuvent
être que la représentation actuelle d’une sensibilité individuelle, de sorte qu'il
n’y à pas de milieu pour lui entre ces représentations et l’extra-sensible absolu. —
Mize ne voit pas que la vraie question n’est pas entre l’état présent et un autre
état possible de notre sensibilité, mais entre la connaissance sensible en général
et l’évanouissement de toute sensibilité, qui fera évanouir du même coup tout
ce que nous appelons phénomènes ou objets quelconques. — KAnT a transformé
toute cette question, qui était mal posée par les cartésiens. Il a, le premier, placé
le principe de l'illusion, non dans l'exercice de la vue ou de tel autre sens, mais
dans l’intuition de l’espace et du temps eux-mêmes, qui étaient pour les cartésiens
des objets de l’entendement, et dont il a fait au contraire des « formes de la
sensibilité », entendant par là les formes que revêtent nécessairement mes repré-
sentations actuelles, et qui ne sont elles-mêmes rien en dehors de mes et de ces
représentations, supprimant ainsi tout milieu entre mon monde et point de monde
du tout. (J. Lachelier.)
285
Fe net — - ee
B. Indépendamment de l’apparence*
même universelle chez les hommes) et
conformément à la réalité ; ce qui ad-
met encore plusieurs sens, à savoir :
1° Indépendamment de la connais-
sance sensible, et conformément à l’en-
tendement pur ; absolument, el non pas
relativement : « Tâchons donc de ne
point suivre les impressions de nos
gens dans le jugement que nous portons
de la grandeur. Car rien n’est grand ni
petit en soi.» MALEBRANCHE, Recherche
de la vérité, 1, chap. vi : « Des erreurs
de la vue à l’égard de l’étendue en soi. »
2° Indépendamment de la connais-
sance humaine, telle qu’elle est consti-
tuée par les sensations et la raison, mais
non indépendamment de toute connais-
sance en général : « Ner Begriff eines
Noumenon, d. i. eines Dinges welches
gar nicht als Gegenstand der Sinne,
sondern als ein Ding an Sich selbst
gedacht werden soll, ist nicht wider-
sprechend : denn man kann von der
Sinnlichkeit nicht behaupten, dass sie
die einzig môgliche Art der Anschauung
sei. Am Ende aber ist doch die Müg-
lichkeit solcher Noumenorum gar nicht
einzusehen und der Umfang ausser der
Sphäre der Erscheinungen ist (für uns)
leer, d. i. wir haben einen Verstand,
der sich problematisch weiter erstreckt
als jene, aber keine Anschauung... wo-
durch uns ausser dem Felde der Sinn-
lichkeit Gegenstinde gegeben werden
kôünnent!. » KANT, Critique de la Raison
pure. De la distinction de tous les
objets en phénomènes et en noumènes,
À. 254-255 ; B. 310.
8° Indépendamment de toute con-
naissance. « In some future state of
existence it is conceivable that we may
1. « Le concept d’un noumène (c’est-à-dire d’une chose
Qui ne serait point du tout objet des sens, mais qui doit
être pensée comme une chose en soi-mêm:) n’est pas
tontradictoire : car on ne peut prétendre que la faculté
éprouver des sensations soit le seul mode possible d’in-
tuition.. Mais en définitive nous n'avoas absolument
aweun moyen de pénétrer la nature de oes Noumenes
Possibles, et tout oo qui entoure la sphère des phéno-
mènes est (pour nous) vide ; autrement dit, nous avons
Un entendement qui problématiquement s'étend plus
loin que oette sphère, mais aucune intuition. par laquelle
objets puissent nons être donnés bors du champ de
a connaiseance sensible. »
know more, and more may be known
by intelligences superior to us. But
all this additional knowledge would be,
like that which we now possess, merelv
phenomenal. We should not any more
than at present know things as they are
in themselves, but merely an increased
number of relations between them and
us!, » J. St. Mie, Examination of Sir
W. Hamulton’s philosophy, ch. 11, $ 10.
En soi opposé à pour sol*, voir (S).
CRITIQUE
Le sens A et le sens B, 1° ont une
étroite relation. En effet, la raison ou
l’entendement pur (particulièrement
chez les cartésiens) est ce qu’il y a de
commun entre les hommes, tandis que
le sensible est ce qui varie d’un homme
à l’autre, et chez le même homme, d’un
moment à l’autre.
Le sens B, 3° paraît être le plus usuel
chez les écrivains contemporains. On
pourrait même soutenir que les sens 1°
et 20 se ramènent à des cas particuliers
de celui-là : Une chose étant ce qu’elle
est en elle-même, indépendamment de
son rapport à toute autre chose, et par
conséquent à toute connaissance, il
arrive néanmoins que, par une sorte
d'harmonie, la nature de cette chose
est fidèlement reproduite par l’enten-
dement, ou pourrait être reproduite
par quelque autre faculté qui nous fait
accidentellement défaut. Cette possi-
bilité de connaissance n’ajoute ou ne
retranche rien à ce qu'est cette nature
en soi. — Mais, d’autre part, il est
obscur et peut-être même contradic-
toire de penser quelque chose comme
indépendant de la pensée en général.
Peut-être même ce dernier sens ne
s'est-il établi que par un passage à la
3. « Dans quelque état futur d'existence il est conce-
vable que nous puissions connaître plus; et pour des
intelligences supérieures aux nôtres, oe connaissable
peut être plus étendu... Mais toute cette connaissance
additionnelle serait, comme celle que nous possédons
maintenant, purement phénoménale. Nous ne pourrions
pas plus que nous ne pouvons maintenant connaître les
choses comme elles sont en elles-mémes ; nous ooanal-
trons seulement un plus grand nombre derelations entre
ces choses et nous. »
EN SOI
limite (dont la légitimité est contes-
table), en poussant à l'absolu la dis-
tinction usuelle de lillusoire et du réel ;
cette transposition a pu d’ailleurs être
facilitée par le rapport que nous avons
remarqué ci-dessus entre À et B, 10. Il
y a donc lieu de considérer cette expres-
sion comme suspecte, et de n’en point
user sans une critique préalable de ce
à quoi on l’applique.
Rad. int. : Ensu (en soi); ensuaj
(chose en soi).
ENTÉLÉCHIE, G. ’Evrehéycix; L.
Scol. Entelechia, Endelechia, identifié
souvent avec Actus et Forma ; D. En-
telechie ; E. Entelechy ; 1. Entelechia.
Terme créé par ARISTOTE. Il vient
d’èvreüc et de Éyetv, « et c’est pour
cela que le célèbre Hermolaüs Barba-
rus l’exprima en latin, mot à mot. par
perfectihabia ». LE1BNIZ, Théodicée, I,
$ 87. — Il désigne : 1° l’acte accompli
par opposition à l’acte en train de se
faire, et la perfection qui résulte de cet
accomplissement (cf. le sens laudatif
des mots achevé, accompli) : «’Evépyex…
ouvreiver mpôç TAv Évrehëyetav. » Méta-
physique, 1X, 8, 10508 ; — 29 la forme
(eldoc) ou la raison (A6Yoc) qui déter-
mine l’actualisation d’une puissance :
« ‘H pév ÜAn Obvauc, To O’eldos èvre-
Aéyeux. » De l’ime, II, 2, 4148, « "Erte
rod Ouvauer bvros A6Yoc h Évrehéyerx. »
Ibid., 11, 4, 4150. C’est ainsi que l’âme
est « ÉvreAËyELX à TPOTN GOUATOG puotxoù
Suvauet Cwnv Éyovros ». Ibid. II, 1,
4128. — Voir Acte*, D et note de
286
l’'Entéléchie n’est pas entièrement à
mépriser et qu’étant permanente, elle
porte avec elle non seulement une
simple faculté active, mais aussi ce
qu’on peut appeler force, effort, cona-
tus, dont l’action même doit suivre, si
rien ne l'empêche. » Théodicée, I, $ 87.
— « On pourrait donner le nom d’En-
téléchies à toutes les substances simples
ou monades créées, car elles ont en elles
une certaine perfection (ëyouot 7e
évreéc) ; il y a une suffisance (adtds-
xeta) qui les rend sources de leurs
actions internes, et pour ainsi dire des
automates incorporels. » Monadologie,
$ 18. — Cf. Ibid., $$ 48, 62, 63, 66,
70, 74.
Rad. int. : Enteleki ( Boirac).
ENTENDEMENT, D. Verstand , E.
Understanding ; 1. Intelletto ; Intendi-
mento.
A. Faculté de comprendre*, au sens
le plus général de ce mot : « The power
of thinking is called the Understanding
and the power of volition is called the
Will!. » Locke, Essays, livre Il, ch. vi.
Spécialement :
B. La faculté de comprendre par
opposition aux sensations. « Dans mon
sens, l’entendement répond à ce qui
chez les Latins est appelé intellectus,
et l'exercice de cette faculté s'appelle
intellection, qui est une perception dis-
tincte jointe à la faculté de réfléchir,
qui n’est pas dans les bêtes. » LEIBNIZ,
Nouveaux essais, 11, 21, $ 5. — « Par ce
mot, entendement pur, nous ne préten-
M. J. LACHELIER.
Cette expression a été reprise par
LerBniz, qui l’applique à la Monade.
« J'ai montré ailleurs que la notion de
dons désigner que la faculté qu'a l’es-
1. « Le pouvoir de penser est appelé l’Entendement,
et le pouvoir de vouloir est appelé volonté. »
Sur Entéléchie. Leibniz a bien un peu abusé du mot entéléchie. I1 a soin
du reste de faire remarquer, dans le $ cité de la Théodicée, que ce mot a, dans
Aristote, deux sens, et que celui qu’il emprunte est celui d’acte permanent
(l'évreAéyerx rpm, qui n’est au fond qu’une puissance prochaine, comme le fait
d’avoir des yeux capables de voir, tandis que le véritable acte de la vision est de
voir ceci ou cela). Aristote n'aurait pas admis, je crois, que l’kvreAéyetx, même
zp&tm, fàt principe d’effort et qu’il lui restât un effort à faire. Au fond, l’entéléchie
de Leibniz est dans le temps ; celle d’Aristote, au-dessus. (J. Lachelier.)
| 287
prit de connaître les objets de dehors
sans en former d'images corporelles
dans le cerveau pour se les représen-
ter. » MALEBRANCHE, Recherche de la
gérité, livre III : « De l’entendement ou
de l'esprit pur », chap. 1, $ 3. — « On
appelle sens ou imazsination l'esprit
lorsque son corps est cause naturelle
ou occasionnelle de ses pensées ; et on
l'appelle entendement lorsqu'il agit par
lui-même, ou plutôt lorsque Dieu agit
en lui. » Zbid., livre V, 1, 1.
C. Par opposition à la sensation
d’une part, et de l’autre à la raison
(Vernunft) :
a) Au sens kantien, l’entendement
est la fonction de l’esprit qui consiste à
relier les sensations en séries et en sys-
tèmes cohérents par le moyen des caté-
gories*. Mais « notre faculté de con-
naître éprouve un besoin beaucoup plus
élevé que celui d’épeler seulement des
phénomènes d’après une unité synthé-
tique, pour pouvoir les lire en tant
qu’expérience », et c’est à ce besoin
que répond la raison (Critique de la
Raison pure, Dial. transc. 1,1. Von den
Ideen überhaupt, A. 314 ; L. 371). L’en-
tendement est la « faculté des règles » ;
la raison est la « faculté dus principes »,
c'est-à-dire l'affirmation qu'il existe
pour toute connaissance conditionnelle
ENTENDEMENT
| un élément inconditionnel dont elle
dépend, et l’effort pour déterminer cet
élément (Zbid., Dialect. transc., Intro-
duction, II, $ A, B, C}). « Alle unsere
Erkenntniss hebt von den Sinnen an,
geht von da zum Verstande. und endigt
bei der Vernunftt. » Jbid., & A.
b) Ausens de SCHOPENHAUER : L’en-
tendement est la faculté de iier entre
elles les représentations intuitives con-
formément au principe de raison suffi-
sante ; la raison est la faculté de former
des concepts abstraits et de les combi-
ner en jugements et en raisonnements
(Die Welt, I, $4ket 8).
c) Mais, d’autre part, la distinction
kantienne a donné naissance à un usage
différent. Il consiste à attribuer à la
Raison la connaissance de l'éternel et
de l’absolu, tandis que l’entendement
s'exerce sur ce qui est empiriquement
donné. (Voir KiRcHNER, VO Vernun/ft.)
Il en résulte que l’entendement est
essentiellement l’ensemble des opéra-
tions discursives de l’esprit : concevoir,
juger, raisonner. « L'nderstanding is dis-
cursive and hence based on premises
and hypotheses, themselves not sub-
jected to reïlexion, while. Reason ap-
1. « Toute notre connsissance débute par les sens
passe de là à l'entendement. et finit par la raison.-
Sur Entendement. — L'histoire de l’antithèse entre Raison (Ratio, Vernunfjt,
Reason) et Entendement {Jntellectus, Verstand, Understanding) semble briève-
ment être celle-ci. L'opposition primitive est celle de l’intuition ou connaissance
directe à la connaissance discursive. La première (vobs, vénots, de Platon et
d’Aristote) s’applique aux objets supérieurs, comme le fait remarquer ARISTOTE
(p.ex. Eth. Nic., X, 7, 2) ; la seconde s'emploie pour construire la science (dtævotæ
de Platon, ériorqun d’Aristote), qui emploie le A6ÿoc, le raisonnement, le syllo-
gisme. Telle est la distinction ancienne de la raison et de l’entendement, l’une
supérieure, l’autre inférieure. Ce rapport est renversé dans la philosophie Kan-
tienne : 1° parce qu’il n’admet d’autre intuition, pour nous, que celle dont le
temps et l’espace sont les formes ; 2° parce que pour lui les objets supérieurs
(Dieu, etc.), ne sont pas saisis par intuition, mais suggérés par un raisonnement.
Le raisonnement devient ainsi la forme supérieure, l'intuition la forme inférieure
de la pensée. Ce changement a sans doute été facilité par la langue allemande :
Vernunft semble y avoir le sens de bon sens pratique (comme voüs en grec), ce
qui s’accorde bien avec cette vue de Kant que les idées de la Raison ne doivent
plus être considérées comme des problèmes de spéculation, mais comme des
principes pratiques, appartenant à la sphère de l’action. (C. Webb.)
ENTENDEMENT
288
prehends in one immediate act the
whole system, both premises and infe-
rence, and thus has complete or uncon-
ditioned validity!. » BaLDwIN, v° 725b,
L’entendement correspond ainsi à la
Stavoux, la raison à la vônaic de Platon.
CRITIQUE
Ce dernier usage nous semble actuel-
lement le plus répandu et le meilleur à
conserver, en tant qu'il correspond à
la distinction très utile qui existe (au
moins dans l’état actuel de nos con-
naissances) entre les formes intuitives
et les formes discursives de la pensée.
Rad. int. : Intelekt ( Boirac).
ENTHOUSIASME, E. Enthusiasm.
— Ce mot est pris dans un sens péjo-
ratif par Locke, Essay, livre IV,
ch. xvu et xix, et dans les chapitres
correspondants des Nouveaux Essais de
LeEiBniz : mysticisme qui prétend se
1. L'entendement est disoursif, et prend ainsi pour
poiat de départ des prémisses et des hypothèses, qui ne
sont pas elles-mêmes soumises à la réflexion, tandis que
la Raison saisit dans un seul sote immédiat un système
intégral qui comprend à la fois les prémisses et l'infé-
rence, en sorte qu'elle a une validité complète ou incon-
ditionnelle. »
passer de la raison et reconnaître sans
elle la vérité de la révélation, ou même
substituer à la révélation traditionnelle
une révélation individuelle et actuelle.
Mme DE STAËL s’en sert pour dési.
gner une vie morale intense. De l’ Alle.
magne, 5° partie, Ch. x, x1, Xl.
Ce terme ne s’emploie plus actuelle.
ment que pour marquer une vive admi-
ration, ou un grand élan moral vers la
réalisation d’une idée. Il a perdu tout
caractère technique en philosophie.
ENTHYMÈME, G. évôbunua ; D. En-
thymem ; E. Enthymeme ; 1. Entimema.
A. Selon ARISTOTE (Prem. Anal. II,
27, 70310), syllogisme fondé sur des
vraisemblances ou des signes.
B. Selon Boëce et les modernes,
syllogisme dont on sous-entend une
prémisse, ou bien la conclusion.
Rad. int. : Entimem.
ENTITATIF, (S).
ENTITÉ, L. scol. Entitas ; D. À. We-
senheit ; B. et C. Entität, quelquefois
Seiendes ; E. Entity ; I. Entitä.
A. Dans la doctrine réaliste, ce qui
constitue l’essence et l’unité d’un genre.
% p'où, par ironie, le sens péjoratif :
‘abstraction faussement prise pour une
éalité.
” B. Un objet concret, mais qui n’a
pas d'unité ou d'identité matérielles :
gne vague, un courant d’air, une mon-
tagne. Voir ci-dessous, observations.
© C. Un « quelque chose »; un objet
de pensée que l’on conçoit comme un
être dépourvu de toute détermination
particulière.
CRITIQUE
Ce terme est surtout employé au
sens C par les logiciens anglais, par
suite de ce fait que dans leur langue le
mot entity est d’un usage courant, et
possède un sens concret : « un être.
une chose ». Il y aurait lieu de ne pas
suivre cet usage qui manque de clarté,
et d'employer plutôt, suivant les cas,
les désignations plus précises de classe,
d'individu ou de relation.
Rad. int. : À. Entec ; B. Ent.
ENTOPTIQUES (Lueurs ou images).
— Se dit des sensations visuelles provo-
ENTROPIE
quées par un autre excitant que la
lumière (compression, choc, trauma-
tisme, inflammation, etc.). Voir Phos-
phène*,
ENTROPIE, D. Entropie; E. En-
tropy ; I. Entropia.
L’entropie est une fonction dont les
variations permettent de donner une
expression quantitative au second prin-
cipe de la thermodynamique (Principe
de CarnoT-CLausius). Elle peut être
définie ainsi qu’il suit :
1. On appelle variation de l’entropie
d’un système entre un état A et un
état B la fonction
L
dans laquelle T désigne la température
absolue des sources calorifiques et Q la
quantité de chaleur fournie par elles,
l'intégrale étant prise le long d’une
transformation réversible (c’est-à-dire
telle qu’on puisse ramener le système
de l’état B à l’état À en repassant à
très peu près par tous les mêmes états
Sur Enthymème. — La liaison des deux sens paraît être celle-ci : dans beaucoup
de cas (non dans tous) l’enthymème aristotélicien (simple « considération », de
EvBvuéoux) se trouvait être exprimé d’une façon elliptique, le fait de l’énoncer
d’une façon complète en faisant ressortir l’invalidité formelle. Avec la tendance
à traiter la logique d’une façon purement formelle, ce caractère en vint à être
regardé comme l'essentiel de l’enthymème, qui était, au contraire, pour Aristote,
son caractère € rhétorique » (voir Sec. Anal., II, 1) ; et l’on inventa alors, pour
justifier ce sens, la fausse étymologie &v 8uu& (une prémisse gardée dans l'esprit).
La note de Pacius aux Prem. Anal, 11, 27, dans Commentarius Analyticus in
Aristotelis Organum, 1605, rend compte très complètement des significations de ce
mot, y compris le sens particulier de Cicéron et de Quintilien, qui diffère à la
fois de celui d’Aristote et de celui des modernes. (C. Webb.) — Remarquer
cependant dans le texte cité d’ARISTOTE : « *Edv uèv o0v à ul Aex07 rpétuais
omusiov ylveroi pôvov, édv 8 xal } érépa mpooAnpô, auAloyiouéc » (7035), qui
semble bien l’amorce du sens scolastique. (A. L.)
Voir l’exposé des différents sens du mot dans QuiINTILIEN, Institution oratoire,
livre V, ch. X, $ 1. (C. Ranzoll.) — Quintilien reconnaît trois sens auxquels
se prend enthymema : 1° ce qu’on a dans l'esprit ; le mot en ce sens, n’a rien de
technique ; 2° une affirmation appuyée de la raison qui la justifie (e sententia,
cum ratione ») ; 3° un argument non rigoureux, tiré soit des conséquences, soit des
contraires (« vel ex consequentibus, vel ex repugnantibus »), et il ajoute que
certains auteurs ne lui donnent que ce dernier sens, « argument tiré des contraires ».
Il sait d’ailleurs qu’on l’appelle « syllogisme rhétorique », par opposition au
syllogisme proprement dit ; mais il ne paraît pas connaître l'origine aristotélicienne
de cette expression, ni la définition d’Aristote.
Le mot, en grec, appartenait au langage courant. Outre le premier sens rapporté
par QUINTILIEN, il voulait dire aussi raisonnement, réflexion, motif, conseil, etc.
Sur Entité. — D'après LE1BN1Z ( De principio individui, Gerh., IV, 18) ce prin-
cipe, selon certains scolastiques, — et c'est l’opinion qu’adopte Leibniz lui-
même, — était entitas tota, c’est-à-dire la réalité tout entière de l’être individuel,
par opposition à son existentia ou à son haecceitas. (J. Lachelier.)
CourNor a essayé de réhabiliter et de restaurer ce mot. Cf. Essai sur les fonde-
Ments de nos connaissances, ch. XI : « Des diverses sortes d’abstrautions et d’en-
tités. » Il y distingue des entités artificielles ou logiques et des entités rationnelles.
Ces dernières sont « fondées sur la nature et la raison des choses » ; elles ont une
valeur objective : ainsi les « constellations naturelles » de Herschel, les genres ou
les espèces de nos classifications, une onde liquide, un fleuve, une montagne.
Îl faudrait les définir, non par une communauté de substance ou d’essence, mais
Par l’idée d’une « solidarité des causes qui les ont produites ». Une entité est
Pationnelle ou naturelle quand elle constitue un groupe d’objets dont les ressem-
blances ne sont pas fortuites, mais résultent d’une même cause ou d’une même
espèce de causes. (D. Parodl.)
ENTROPIE
intermédiaires). Cette intégrale a la
même valeur pour toutes les transfor-
mations réversibles de À en B. Elle a
une valeur plus petite pour toute trans-
formation irréversible, ayant même état
initial et même état final, et par consé-
quent, dans ce cas, ne représente plus
la variation d’entropie entre ces deux
états.
2. En prenant arbitrairement comme
zéro l’entropie dans un état O bien
défini d’un système, on appellera en-
tropie d’un autre état A la variation
d’entropie entre O et A. D’après la
condition de réversibilité exprimée ci-
dessus, cette définition ne s'applique
qu’à un système dont toutes les parties
sont en équilibre calorifique, électrique,
mécanique, etc. Dans le cas contraire,
l’entropie d’un système est la somme
des entropies de ses parties, supposées
assez petites pour réaliser les condi-
tions de la réversibilité.
CRITIQUE
On démontre en partant des défini-
tions ci-dessus et comme conséquence
du principe de Carnot que, dans un
système thermiquement isolé (dont les
différentes parties agissent seules com-
me sources calorifiques les unes par
rapport aux autres), tout phénomène
qui se produit entraîne une augmenta-
tion d’entropie. Il s'ensuit donc de là
que « quand un changement est iso-
lable, le changement inverse ne l’est
pas » ou encore « qu’un système isolé
ne passe jamais deux fois par le même
état » (J. PERRIN, Le second principe de
la thermodynamique, Rev. Métaph.,
1903, 183). Il en résulte cette consé-
quence, importante au point de vue
philosophique, que tous les change-
ments physiques spontanés se font dans
un sens qui ne peut être renversé. (Voir
Évolution*, B et critique) C’est ce
qu’exprime le nom d’entropie (du grec
évrporn, in-volution), par lequel CLau.
sius a désigné cette fonction, avec cette
idée de plus que ce sens naturel dans
lequel se produisent les phénomènes
est une sorte de reploiement sur soi.
même et de diminution des inégalités
(Uber eine veränderte Form des zweiten
Hauptsatzes der mechanischen Wärme-
theoriel, Ann. de Pogg., 1854, p. 481).
Rad. int. : Entropi.
ÉNUMÉRATION, D. Aufzühlung ; E.
Enumeration ; 1. Enumerazione.
À. Définition pa: énumération : con-
siste à définir un concept par son
extension, en énumérant les individus
ou les espèces qui font partie de celle-ci.
B. Induction par énumération : con-
siste à énumérer les diverses espèces
d’un genre, pour conclure une proposi-
tion relative à ce genre. Si l’énuméra-
tion est complète, c’est-à-dire épuise
toutes les espèces du genre, l'induction
est complète, et a la valeur probante
d’une implication rigoureuse. V. /nduc-
tion* et Colligation*.
L'induction per enumerationem sim-
plicem (Nov. org., 1, $ 105) ou nudam
(voir ci-dessous), c’est-à-dire dans la-
quelle on ne fait pas de contre-épreuve),
est opposée par Bacon à la vraie
méthode expérimentale fexperientia lit-
terata) : « Inductionem solertius confi-
cere [oportet], quam quae describitur
a dialecticis : siquidem ex nuda enume-
ratione particularium, ut dialectici so-
1 Sur une forme modifiée du deuxième principe de la
théorie mécanique de la chaleur.
Sur Énumération. — Énumération, chez DESCARTES, a deux sens : 10 Opération
consistant à établir la continuité entre les principes premiers et les conséquences;
29 opération consistant à passer en revue tous les éléments simples, ou toutes les
propriétés irréductibles entre lesquelles peut se décomposer un tout complexe.
Voir Regulae, VII, et Discours de la méthode, II, Règle 1v ; notamment l’addition
faite dans la traduction latine : « Tum in quaerendis mediis, tum in difficultatum
partibus percurrendis. » (F. Rauh. — A. L.)
: tradictoria, vitiose concluditur ; neque
- aliud hujus modi inductio producit
quam conjecturam probabilem. » De
Dignitate, livre V, chap. 11. — Critiques
renouvelées par J. St. MiLL, Logique,
livre III, ch. 8, $ 2.
Rad. int. : Enumerad.
ÉON, G. œiwv, longue période de
temps, durée de la vie, époque, ère,
éternité; appliqué par les Stoiciens à
la Grande-Année. — Cf. L. aevum.
A. Chez certains néoplatoniciens et
chez les gnostiques, se dit des puis-
sances éternelles émanées de l’Être su-
prême et par lesquelles s'exerce son
action sur le monde.
B. Terme repris par M. Eugenio
D’Ors pour désigner les « systèmes su-
pra-temporaires » (types, constantes)
qui, contrairement à la doctrine de l’é-
volution universelle, reparaissent dans
l’histoire semblables à eux-mêmes, avec
leurstructure propre : p.ex. en matière
de formes politiques, la dictature, le
système féodal; en matière d’art, le
rationalisme classique, le baroque (en-
tendu en un sens large : panthéisme et
dynamisme), etc. Voir notamment Du
baroque, 2° partie, ch. II : « Les Éons »,
trad. Rouardt-Valéry, p. 88-96. « Les
relations entre l’éon classique et l’éon
baroque ne constituent rien d'’autre
qu'un chapitre, ou, si l’on veut, un
corollaire des rapports entre la Raison
et la Vie. » Zbid., p. 175.
ÉPICHÉRÈME
ÉPAGOGIQUE, du G. éraywyñ; D.
Epagogik ; E. Epagogic ; I. Epagogico.
Synonyme d’inductif (ëræywy" = in-
duction) ; mais s’applique surtout à
l'induction aristotélicienne ou formelle.
ÉPHECTIQUE, G. ‘Ewsxriwéc, qui
suspend son jugement, de éréxyeuw; D.
Ephektiker ; E. Ephectic ; I. Efettico.
« Les disciples de PyrRHoN furent
connus sous quatre noms principaux
qui nous présentent un abrégé de leur
doctrine. On les nomma philosophes
zététiques, sceptiques, éphectiques, et
aporétiques. Le premier nom nous les
fait connaître comme chercheurs : iis
poursuivent la science ; le second com-
me examinateurs : ils comparent, étu-
dient ; c’est le second état de la re-
cherche, celui où le chercheur s’aperçoit
qu'il n’a pas trouvé ; le troisième com-
me en suspens : c’est l’état d'équilibre
ou de suspension qui suit la recherche
infructueuse ; le quatrième enfin com-
me douteurs : c’est l’état final sous le
point de vue de savoir. » RENOUVIER,
Philosophie ancienne, Il, 314. — Cf.
DiocÈne LAERCE, Vie de Pyrrhon, IX,
69 et 70.
ÉPICHÉRÈME, GC. émyeipmua (signi-
fie aussi entreprise) ; D. Epicheirem ;
E. Epicheirema ; |. Epicherema.
À. Chez ARISTOTE ({T'opiques, 162%16),
syllogisme dialectique ou rhétorique,
c’est-à-dire portant sur le vraisembla-
ble, le communément admis ; il s'oppose
Sur Éphectique. — Ephektiker figure dans Eiscer ; mais M. Tônnies nous fait
savoir que ce mot est à peu près inusité.
M. J. Lachelier ne croit pas que la formule citée, de ReNouvIER, traduise
exactement l’ëroyn des sceptiques. « Cicéron, dit-il, définit formellement l’éroyf
assensionis retentio (Prem. Académ., livre 11, ch. xvint, $ 59). Exoxf est exactement
reproduit dans /nhibitio, qui en donne le sens. »
Sur Épichérème. — ’Emysæeiv veut dire entreprendre; mais, déjà chez
Platon, argumenter. Cf. l’expression « entreprendre quelqu'un ».
. La transition d’un sens à l’autre paraît résulter de ce que le syllogisme judi-
Claire, où les prémisses sont accompagnées de leurs preuves, est en même temps un
exemple de syllogisme dialectique, c’est-à-dire d’épichérème au sens A. (F. Mentré.)
Cf. une transformation analogue dans enthymème.
ÉPICHÉRÈME :
au syllogisme apodictique (philoso-
phème) et au syllogisme éristique (so-
phisme).
B. Chez les modernes, syllogisme dont
chaque prémisse est accompagnée de
sa démonstration.
Rad. int. : Epikerem.
ÉPICURIEN, D. Epikureer, subst. ;
epikurisch, adj.; — E. Epicurean,
subst. et adj. ; epicure, subst. ; — I.
Epicureo.
A. Partisan de la doctrine d'Épi-
cuRE : relatif à cette doctrine.
B. Dans le langage courant, celui
qui aime les plaisirs, le confort, la vie
agréable, la bonne chère ; en général,
avec l’idée accessoire d’un certain art
et d’une certaine délicatesse dans le
choix des jouissances.
La confusion de cette tournure de
caractère avec la sobre et sévère doc-
trine d'Épicure et des vrais épicuriens,
tels que LucrÈce, s’est produite dès
l’antiquité romaine, chez les partisans
comme chez les adversaires de ce qu’on
appelait ainsi. Voir Observations.
Rad. int. : Epikur.
ÉPICURISME (autrefois, au sens À,
Épicuréisme ; mais cette forme se ren-
contre de moins en moins) ; D. Epiku-
rism, Epikureism ; E. Epicurism, Epi-
cureanismo ; I. ÆEpicurismo, Epicu-
reismo.
A. Doctrine d'Éricure.
B. Caractère de
sens B.
Rad. int. : Epikurism.
l’épicurien, ay
ÉPIGÉNÉSE, D. Epigenese ; E. Epi.
genesis ; |. Epigenesi.
Si l’on admet que les différencia-
tions* d'organes et de caractères qui
apparaissent au cours du développe.
ment des êtres et particulièrement au
cours de leur embryogénie, se consti-
tuent par degrés et ne préexistaient pas
toutes formées dans le germe, on dit
qu’il y à épigénèse : dans le cas con-
traire, on dit qu’il y a préformation
(anciennement, évolution). — (Cette
préformation peut être soit absolue, en
ce sens que les organes préexistent tels
quels, mais à l’état de réduction prodi-
gieusement petite; c’est l’ancienne
théorie de l’emboîtement des germes ;
soit relative, en ce sens que les organes
adultes sont seulement représentés par
des différenciations préexistantes du
germe, qui ne leur ressemblent pas,
mais qui déterminent leur développe-
ment.)
Rad. int. : Epigenes.
Épiménide (L’}. — Nom donné, à
une date que nous n’avons pu déter-
miner, à une variante du sophisme Le
Menteur* : « Épiménide le Crétois dit
que les Crétois mentent toujours ; or,
il est Crétois : donc il ment. Donc les
Crétois ne sont pas menteurs. Mais si
Sur Épicurisme. — La confusion de l’épicurisme proprement dit avec l’hédo-
nisme*, ou avec des doctrines qui s’y rattachent de plus ou moins près se rencontre
déjà chez CicÉRON
: « Epicure noster, ex hara producte, non ex schola... » Jn
Pisonem, 37. De même chez Horace : « Me pinguem ac nitidum bene curata cute
vises cum ridere voles Epicuri de grege porcum. » (Épitres, I, 4, vers 15-16). Chez
Cicéron ce pourrait être un effet de son mépris pour la plebeia* philosophia ;
mais il semble plutôt, d’après la ressemblance de ce passage avec les vers d’Horace,
qu’il y ait là une plaisanterie traditionnelle, et peut-être beaucoup plus ancienne.
Sur Épigénèse. — L'épigénèse, au sens ci-dessus défini, a été en particulier
défendue par Gaspar Friedrich Wozrr contre les leibniziens. KANT se sert aussi de
ce mot. (R. Eucken.)
Sur Épiménide. — Article dû en grande partie aux indications de MM. Robin
et Bréhier.
293
les Crétois ne somt pas menteurs, Épi-
ménide dit vrai, etc. »
Ce terme est employé quelquefois de
nos jours en un sens plus général, pour
désigner l'argument du Menteur, même
sous sa forme primitive, et sans réfé-
rence à l’adage d'Épiménide. Voir p. ex.
Brunscavicc, Les Étapes de la philo-
sophie mathématique, ch. x1x, $ 252.
CRITIQUE
Aristote, qui parle en plusieurs pas-
sages d’Épiménide le Crétois, n’associe
nulle part son nom à l’argument du
Menteur. Il en est de même de ses
commentateurs, du moins à notre con-
naissance. D’autre part cet argument,
sous la forme rappelée ci-dessus (et il
yen a des variantes encore plusfaibles),
a tout le caractère d’un amusement
d’écolier, car il n’a point de rigueur
logique. 11 devrait conclure seulement :
« Donc il est faux que les Crétois
mentent toujours », ce qui laisse indé-
terminé si, en ce cas, Épiménide a dit
vrai ou faux; et le raisonnement
s'arrête là.
L’adage Koïñres dei Vebotou, etc., est
un vers proverbial d’Épiménide, em-
prunté probablement à l’Introduction
de sa Théogonie. Il est cité par saint
Pau, Épitre à Tite, 1, 12, ce qui peut
faire supposer que cette forme de l’ar-
gument date de l’époque chrétienne :
soit de la scolastique (mais nous ne
l'avons pas trouvé dans Prantl), soit
même d’une date plus récente.
ÉPIPHÉNOMÈNE, D. Begleiterschei-
nung ; E. Epiphenomenon ; 1. Epifeno-
meno.
D'une façon générale, phénomène
accessoire dont la présence ou l’absence
ÉPISTÉMOLOGIE L
n'importe pas à la production du phé-
nomène essentiel que l’on considère :
par exemple, le bruit ou la trépidation
d'un moteur. — On appelle spéciale-
ment théorie de la conscience épiphéno-
mène celle qui soutient que la cons-
cience est dans ce cas par rapport aux
processus nerveux, qu'elle est « aussi
incapable de réagir sureux que l'ombre
sur les pas du voyageur » (MAUDSLEY,
CzirrorD, HuxLEy, Hopcesox, etc.).
Voir Ri8oT, Maladies de la personna-
lité, Introduction ; et Maladies de la
mémoire, Chap. 1, 1.
Rad. int. : Epifenomen.
ÉPISTÉMOLOGIE, D. W’issenschafts-
lehre ; E. Epistemology ; 1. Epistemo-
logia.
Ce mot désigne la philosophie des
sciences, mais avec un sens plus précis.
Ce n’est pas proprement l'étude des
méthodes scientifiques, qui est l’objet
de la Méthodologie et fait partie de la
Logique. Ce n’est pas non plus une
synthèse ou une anticipation conjectu-
rale des lois scientifiques (à la manière
du positivisme et de l’évolutionnisme).
C’est essentiellement l'étude critique
des principes, des hypothèses et des
résultats des diverses sciences, destinée
à déterminer leur origine logique (non
psychologique}, leur valeur et leur por-
tée objective.
On doit donc distinguer l’épistémo-
logie de la théorie de la connaissance,
bien qu’elle en soit l'introduction et
l’auxiliaire indispensable, en ce qu’elle
étudie la connaissance en détail et a
posteriori, dans la diversité des sciences
et des objets plutôt que dans l’unité de
l'esprit.
Rad. int. : Epistemologi.
Sur Épistémologie*. — Le mot anglais epistemology est très fréquemment
employé (contrairement à l’étymologie) pour désigner ce que nous appelons
« théorie de la connaissance » ou « gnoséologie ». Voir ces mots. En français, il
ne devrait se dire correctement que de la philosophie des sciences, telle qu’elle
est définie dans l’article ci-dessus, et de l’histoire philosophique des sciences.
« Le présent ouvrage appartient, par la méthode, au domaine de la philosophie
des sciences, ou épistémologie, suivant un terme suffisamment approché et qui
ÉPISTÉMOLOGIQUE . 294
———
Épistémologique (Paradoxe), voir Pa-
radoxe*.
trouver les valeurs qui les vérifient. En
Géométrie analytique et en Mécanique,
les équations expriment des relations
ÉPISYLLOGISME, D. Episyllogis- | entre les variables : elles représentent
mus ; E. Episyllogism; I. Episillo- | alors des figures (équation d’une courbe,
gismo. d’une surface) ou des mouvements. En
Syllogisme dont une des prémisses | Physique, les équations représentent
est la conclusion d’un syllogisme pré- | les lois de variation concomitante des
cédent dans une chaine déductive. Cf. | variables qui y figurent.
PROSYLLOGISME. Il ne faut pas confondre le sens
Rad. int. : Episilogism. général de ce mot avec les sens spé-
ciaux qu’il a en Astronomie : équation
du temps, différence entre le temps vrai
et le temps moyen; équation person-
nelle, correction qu’on fait subir aux
observations de temps pour tenir comp-
te du retard (ou quelquefois de l’avan-
ce}, variable selon les individus, avec
lequel chaque observateur pointe un
phénomène observé.
EPOCHÉ, (S).
ÉQUATION, D. Gleichung plus géné-
ral, s'applique aussi à ce qu’on appelle,
en mathématiques, une égalité; E.
Equation ; 1. Equazione.
Égalité générale (à termes variables)
exprimant une condition que les varia-
bles doivent remplir (on dit alors
qu’elles la vérifient). Toute équation,
proprement dite est donc une fonc-
tion* propositionnelle déterminant une
grandeur (p. ex. : x tel que ax°+b--0). | verses déformations systématiques que
Ordinairement, une équation n’est | la tournure d’esprit, ou les idées pré-
vraie que pour quelques valeurs des | conçues font subir inconsciemment à
variables ; elle est dite impossible si | ce que perçoit un individu.
elle n’est vraie pour aucune ; indéter-
minée si elle est vraie pour une infinité
d'entre elles, formant une suite conti-
nue (v. Égalité*, Identité*).
En Logique algorithmique et en
Algèbre, les variables sont considérées
comme des inconnues par rapport aux- |
quelles on résout les équations, pour
Équation personnelle, à partir de ce
sens primitif, a été étendu par méta-
phore, d’une manière très large, à di-
CRITIQUE
Il est regrettable que le sens im-
propre du terme personnel* se trouve
renforcé par l’usage courant de cette
expression. Ce devrait être : « équation
individuelle ».
Rad. int. : Equacion.
tend à devenir courant. » E. MEYERSOoN, {denulé et réulité, Avant-propos, p. !.
— Cf. aussi GoBLoT, Systèmes des sciences, p. 214. — Mais l’influence de l’anglais
(et peut-être aussi la connaissance de moins en moins répandre du grec) font que
l’on trouve assez fréquemment ce mot au sens de l'allemand Erkenntnis theorie.
Il me semble qu'en distinguant l’Épistémologie de la Théorie de la connais-
sance, il serait bon d'élargir par un autre côté le sens du premier terme, de manière
à y comprendre même la psychologie des sciences : car l’étude de leur dévelop-
pement réel ne peut sans dommage être séparée de leur critique logique, surtout
en ce qui concerne les sciences ayant le plus de contenu concret ; et, même pour
les mathématiques, on est amené à en tenir compte dès qu’on sort de la pure
logistique. (A. L.)
La distinction que fait le français entre épistémologie et théorie de la connais-
sance (gnoséologie) serait sans doute très utile ; mais elle n’est pas usuelle en
italien, ni en anglais.
295
ÉQUILIBRE, D. Gleichgewicht, Ae-
quilibrium ; E. Equilibrium ; I. Equi-
dibrio.
A. En Mécanique, on dit qu’un sys-
tème est en équilibre sous l’action de
forces déterminées lorsqu'il est suscep-
tible de rester indéfiniment en repos
sous l’action de ces forces. — Par exten-
sion, on dit que plusieurs forces agissant
sur un même corps Ou sur un même
système de corps se font équilibre si
l'on peut supprimer à la fois toutes
ces forces sans que cette suppression
change l’état ni le mouvement du corps
ou du système considérés. Par exemple,
on peut dire qu’à chaque instant du
mouvement d’un point matériel, il y a
équilibre entre les forces qui lui sont
appliquées et la force d'inertie. Équi-
libre n’est donc nullement synonyme
de repos.
B. En Physique, on dit aussi qu’un
système est en équilibre dans un état et
sous des actions extérieures données
s’il peut rester indéfiniment dans cet
état en présence de ces actions.
Le mot s'emploie de même en Chi-
mie; mais il y désigne plus spéciale-
ment :
C. L'état d’un corps ou d’un système
de corps qui dépendent des conditions
de leur milieu (température, pres-
sion, etc.) d’une façon telle qu’à chaque
état défini de ces conditions, appelées
facteurs de l'équilibre, corresponde un
état déterminé et toujours le même du
corps ou du système considérés, quel
que soit le sens dans lequel s’est effec-
tuée la variation du milieu.
D. Par métaphore, on appelle en
psychologie équilibre des inclinations,
l’état dans lequel aucune de celles-ci
ÉQUITÉ
n’est assez intense pour diriger à elle
seule toute l’activité de l'esprit ; — vo-
lonté équilibrée, celle qui n’est ni impul-
sive, ni hésitante à l’excès. Au point de
vue intellectuel, les équilibrés (Pau-
LHAN, Esprits logiques et esprits faux,
2° part., chap. 1, $ 1) sont ceux « en
qui la logique est en quelque sorte
innée, naturelle et instinctive ; par là,
ils s'opposent non seulement aux inco-
hérents, mais aussi à un moindre
degré, aux raisonneurs et aux logi-
ciens ». — Plus généralement encore,
on appelle équilibre mental l’état d’har-
monie de toutes les facultés, dans
lequel aucune n’est prédominante au
détriment des autres.
Rad. int. : Equilibr.
ÉQUIPOLLENCE, D. Acquipollenz,
Gleichgeltung ; E. Aequipollency ; I.
Equipollenza.
Caractère de deux propositions qui
ont même signification ; autrement dit,
entre lesquelles il existe une égalité*
logique ; par exemple, en logique clas-
sique : SaP’, SeP, PeS, PaS'. — Cf. Con-
version*, Contraposition, Obversion*.
« Équipollents » se dit aussi, mais
plus rarement, des concepts qui ont
même extension.
ÉQUITÉ, L. Aequitas ; D. Billigkeit ;
E. Equity; I. Equita.
A. Sentiment sûr et spontané du
juste et de l’injuste ; en tant surtout
qu’il se manifeste dans l’appréciation
d’un cas concret et particulier.
B. Habitude de conformer sa con-
duite à ce sentiment.
C. Spécialement, dans le droit, l'équité
s’oppose à la lettre de la loi, ou à la
Sur Équilibre. — Article remanié pour la partie mécanique conformément aux
indications de M. J. Hadamard, et pour la partie physico-chimique conformé:-
ment aux indications de M. C. Matignon, qui ajoute l’observation suivante :
« L'usage de ce mot est flottant en chimie ; mais le sens C tend de plus en plus
à être reçu pour le sens propre et technique du mot ; le sens B est alors appelé
repos chimique (LE CHATELIER). Les physiciens emploient aussi le mot en ce sens,
par exemple en l’appliquant au rapport d’un liquide et de sa vapeur pour chaque
état défini de température et de pression. »
ÉQUITÉ
Li
17 297
296
jurisprudence. Ce sens existe déjà dans
le droit romain : sur son étymologie,
voir SUMNER MaAINE, Ancient Law,
ch. 111. L'appel à l'équité constitue en
plusieurs pays une procédure spéciale
(Baldwin, v°, 338).
Rad. int. : Equitat.
ÉQUIVALENCE, D. Aequivalen: ;
E. Equivalency ; I. Equivalenza.
Deux choses sont dites équivalentes
quand elles ne diffèrent en rien relati-
vement à l’ordre d'idées ou à la fin
pratique que l’on considère.
En particulier, on appelle équiva-
lents : en GÉOMÉTRIE, les figures qui
ont la même aire ou le même volume,
sans pour cela être nécessairement
égales* au sens géométrique, c’est-à-
dire congruentes ; — en Locique, les
termes ou les propositions entre lesquels
il y a égalité* logique.
La « substitution des équivalents »
est l'opération consistant à remplacer
dans une formule un terme par un
autre qui lui est logiquement égal.
Rad. int. Equival (Ekvivalent,
Boirac).
Équivalence (Principe d’).
Autre nom du principe de la conser-
vation de l’énergie* : vient de ce que ce
principe a été découvert et formulé pri-
mitivement sous cette forme : Il y a
équivalence entre le travail dépensé et
la chaleur dégagée dans une certaine
transformation d’un corps ou d’un sys-
tème. V. l’article suivant.
Équivalent mécanique de la chaleur
(ou mieux : de la calorie).
Nombre de kilogrammètres qu’il faut
dépenser dans un corps ou système
thermiquement isolé pour accroître sa
quantité de chaleur d’une calorie ; plus
généralement, rapport du travail dé-
pensé (mesuré en kilogrammètres), à
la chaleur dégagée, en calories.
Équivoelté, voir Équivoque, subst.
1. ÉQUIVOQUE, adij., D. Aequivok,
Zweideutig ; E. Equivocal ; I. Equivoco.
A. En parlant des mots ou des ex-
pressions : qui a plusieurs sens.
B. Qui peut être expliqué de plusieurs
manières différentes ; par suite, de na-
ture incertaine, qui ne peut être rangé
dans une espèce bien définie. D'où
l'expression « génération équivoque ».
Voir Génération*.
2. ÉQUIVOQUE, subst., D. Aequi-
vok, Zweideutigkeit ; E. Equivocation ;
I. Equivoco.
A. Mot, expression ou phrase prêtant
à plusieurs interprétations.
B. Caractère d’être équivoque, équi-
vocité.
Rad. int. : (Adj.) Dusenc ; (Subst.)
Dusencaj, -es.
ÉRISTIQUE, G. émonxn,; D. Eris-
ik ; EB. Eristic ; I. Eristica.
Art des discussions logiques subtiles ;
se prend surtout en mauvaise part,
comme art des raisonnements spécieux
et des arguties sophistiques.
L'École éristique est l’École de Mé-
gare.
Rad. int. : Eristik.
EROS, D. E. I., même forme. Trans-
cription du G. Épwc, primitivement et
Sur Équité. — Définition A modifiée conformément aux observations de
Goblot, de Lapie et de Ruyssen, qui propose aussi la formule : « Sûreté du jugement
dans l’appréciation de ce qui est dû à chacun. »
Sur Équivalence. — STANLEY JEvons a pensé que la « substitution des équi-
valents » (élargie de manière à comprendre aussi certaines équivalences partielles,
telle que celle de l’espèce et du genre) était le principe de tout raisonnement.
The substitution of similars, the true principle of reasoning!, 1869.
1. « La substitution de s équivalents (ou des similaires), vrai principe du raisonnement. »
+
principalement désir amoureux (opposé
à prix, amitié, à &yarn, caritas); puis
plus largement, vif désir quelconque,
passion, souhait ardent de quelque
chose ; comme nom propre, Eros, dieu
de l'amour.
Dans la terminologie freudienne et
chez certains psychologues qui s’en
inspirent, le mot est pris en un sens
très large et très variable, qui va de
Pacception proprement sexuelle au dé-
sir en général.
Voir Amour*, Critique, et Observa-
tions sur Charité*.
ERREMENT (de erre, train, allure,
vitesse acquise, aujourd’hui presque
inusité, sauf dans quelques expressions
techniques). Ce mot est presque tou-
jours employé au pluriel. — D. Sans
équivalent ; peut quelquefois se tra-
duire par Geleise (proprement ornière,
donc presque toujours en un sens péjo-
ratif) ; — E. Way (surtout employé au
pluriel en ce sens) ; — I. Sans équiva-
lent.
Procédure habituellement suivie en
matière d'administration, d’affaires, de
méthode scientifique; par exemple :
« Suivre les errements cartésiens en
matière d'explication scientifique ; -— |
justifier les errements usuels, par une
démonstration théorique », etc.
CRITIQUE
Il n’est peut-être pas inutile d’appe-
ler ici l’attention sur les contresens que
provoque fréquemment la ressemblance
des racines et qui font mettre dans
lPimport de ce terme une idée d'erreur
ou de détours faits au hasard.
ERREUR, D. /rrtum; E. Error;
Î. Errore.
A. Au sens actif, acte d’un esprit qui
juge vrai* ce qui est faux, ou inverse-
ment. « Commettre une erreur. »
B. Au sens passif, état d’un esprit
ÉSOTÉRIQUE
qui tient pour vrai ce qui est faux, ou
inversement. « Être dans l'erreur. »
C. Au sens impersonnel, assertion*
fausse.
REMARQUE
L'étymologie paraît indiquer que le
sens À est primitif : on considère l’er-
reur comme un faux mouvement, une
fausse direction prise par l’esprit dans
la suite de ses opérations.
BrocHaArRD, De l'erreur (1879). Cf.
A. LALANDE, La Raison et les normes
(1948), ch. vit, $ 50.
Rad. int. : À, B. Eror ; C. Neverai.
ESCHATOLOGIE, D. Eschatologie ;
E. Eschatology ; I. Escatologia.
Doctrine concernant les fins dernières
de l'univers et de l’humanité. Employé
spécialement par les théologiens pour
désigner le problème de la « fin du
monde », du « jugement dernier » et
de l’état définitif qu’il doit inaugurer.
Se rencontre cependant aussi chez les
philosophes : voir notamment RENou-
viER et PRAT, Nouvelle Monadologie,
7e partie, CXXXIX : « L’eschatologie
cosmique », et CXL : « L’eschatologie
morale. »
Rad. int. : Eskatologi.
ÉSOTÉRIQUE, G. ’Ecwreptxéc, inté-
rieur ; D. Esoterisch ; E. Esoteric; I.
Ésoterico.
A. Terme employé surtout en par-
lant des écoles antiques de la Grèce.
Est ésotérique l’enseignement qui ne se
donne qu’à l’intérieur de l’École, aux
disciples complètement instruits. Syno-
nyme : acroamatique*. — Est exoté-
rique* au contraire ce qui convient à
l'enseignement public et populaire. Voir
sur la distinction des ouvrages d’ARIs-
TOTE en ésotériques et exotériques, RE-
NOUVIER, Phil. ancienne, II, 39.
B. Par métaphore, se dit de tout
enseignement réservé à un cercle res-
Sur Erreur. — Ce mot a eu, en français, le sens d’errer matériellement. Exem-
ples dans Littré, dans Darm., Hatz. et Thomas, etc.
ÉSOTÉRIQUE
108
ESPACE, D. Raum; E. Space; I.
Spazio.
Milieu idéal, caractérisé par l’exté-
riorité de ses parties, dans lequel sont
localisées nos percepts*, et qui con.
tient par conséquent toutes les éten.
dues* finies.
L'espace tel que le considère l’intui-
tion communé est caractérisé par ce fait
qu’il est homogène (les éléments qu’on
peut y distinguer par la pensée sont
qualitativement indiscernables), iso-
trope (toutes les directions y ont les
mêmes propriétés), continu* et illimité,
Ce sont là des propriétés très géné-
rales; mais la géométrie usuelle y
ajoute les deux déterminations sui-
vantes : 10 il a trois dimensions, c’est-à-
dire que par un point on peut mener
trois droites perpendiculaires entre
elles, et on n’en peut mener que
trois ; 20 il est homaloïdal, c’est-à-dire
qu’on peut y construire des figures
semblables à toute échelle. La néga-
tion de ces deux dernières propriétés
correspond à ce qu’on appelle des hy-
perespaces et des espaces non eucli-
diens.
HÔrrDinc distingue l’espace psycho-
| logique relatif, tel qu’il est saisi dans
treint d’auditeurs. L’ésotérisme est la
doctrine suivant laquelle la science ne
doit pas être vulgarisée, mais commu-
niquée seulement à des adeptes connus
et choisis en raison de leur intelligence
et de leur moralité. Cf. Bacon, De
Augmentis, livre VI, ch. 11; — Valerius
Terminus, ch. x1, xvint, etc.
C. Chez les contemporains, synonyme
d’occulte : s'applique à la Cabale, à la
Magie, aux Sciences divinatoires, etc.
— On trouve également en ce sens
ésotérisme pour occultisme.
CRITIQUE
Ce mot ne paraît pas se trouver dans
ARISTOTE. Il est cité par E1isLErR avec
la référence suivante : Politique, VIII,
1, 13233, 22. Mais c’est sans doute par
erreur, car l’édition Bekker et l’édition
Didot donnent toutes deux dans ce
passage #Éwreptxoi A6yor. Il ne figure
pas non plus dans Bontrrz (cf. ibid.
1278 b, 32, Métaph., 1076 a, 29). — Il
apparaît seulement dans CLÈMENT
D'ALEXANDRIE, appliqué à certains ou-
vrages d’Aristote (Stromata, V, p. 681.
D'après H. EsTIENNE, Thesaurus, revu
par HaasEe et Dinporr).
Rad. int. : Esoterik.
Sur Espace. La propriété du mot idéal, en parlant de l’espace, est mise en
doute par MM. J. LaceLter, EccEr, RussELL ; nousl’avons cependant maintenu,
faute de trouver un terme plus exact qui pût le remplacer. Nous entendons par là
que, quelle que soit l’opinion professée quant à notre façon de connaître l'étendue
dans telle ou telle expérience particulière, l’espace, pris dans son ensemble et
comme milieu, n’est pas une chose ni une sensation, mais une production ou une
construction de l'esprit : par exemple une abstraction, pour Mach, Hoffding ; une
« forme a priori » pour un kantien, etc. (A. L.)
V. Egger préférerait la définition suivante : « Milieu où nous situons tous les
corps et tous les mouvements. »
La distinction de l’espace psychologique (ou physiologique) et de l’espace
géométrique a été complétée sur les indications de MM. Ranzoli et Iwanowsky. —
M. Ranzoli critique l’expression de Mach, à laquelle il préfère celle d’Hoffding;
il fait remarquer en outre que, pour beaucoup de psychologues, le seul espace
« que nous percevons réellement » est l’espace visuel (ottico). — W. Iwanowsky
pense au contraire qu'il y a trois formes fondamentales de la sensation d'espace :
l’espace visuel, l’espace tactile, l’espace musculaire. — L’un et l’autre admettent
que l’espace géométrique sort par abstraction de ces espaces primitifs, qui ne
sont ni homogènes, ni illimités, ni continus. — Voir la discussion de ces différents
points de vue dans le chapitre de la Psychologie de HôrFDina cité plus haut.
1990
la perception, et l’espace idéal absolu
eu mathématique, « abstraction à la-
elle rien ne se conforme dans l’in-
tuition » et qui, seul, est homogène,
continu, etc. (Esquisse d'une psycholo-
qie, V, C, 10). Ernst Macu fait de
même, quoique en termes un peu diffé-
rents (On physiological as distinguished
from geometrical space, Monist, Apr.
4901) : il distingue de l’espace géomé-
trique, qui présente toutes les proprié-
tés ci-dessus énumérées, « l’espace phy-
siologique », limité au champ de la
perception actuelle, différencié par les
gnsations de haut et de bas, de droite
et de gauche, plus étendu horizontale-
ment que verticalement, etc. Chaque
sens a ainsi un espace physiologique qui
lui est propre, plus homogène pour le
toucher que pour la vue, plus isotrope
pour la vue que pour le sens muscu-
laire, etc. — A rapprocher de cette
opinion de W. James que toutes les
sensations sont spatiales.
CRITIQUE
Il est bien entendu que lorsque le
mot est employé sans autre détermina-
tion, il s’applique à l’espace géomé-
trique euclidien.
Rad. int. : Spac.
« Espace-temps », dans la Théorie*
de la Relativité : système de quatre
variables f(x, y, z, t), solidairement
nécessaires pour repérer un phénomène
d’une manière complète, la position
qu'on doit lui assigner dans l’espace
(z, y, z) et celle qu’on doit lui assigner
dans le temps n'étant pas totalement
indépendantes l’une de l’autre, comme
dans la physique classique. L’équation
ESPÈCE
qui représente
temps est :
S2=c?(t- 0) (to) (ya y) (52-51)
l'intervalle d’espace-
dans laquelle c est la vitesse de la
lumière, t l'intervalle de temps mesuré
dans deux systèmes de référence diffé-
rents, x, y, z les coordonnées d’espace
dans ces deux systèmes : bien que t, x,
Y, z, pris à part, soient différents dans
les deux systèmes, $? a la même valeur
dans tous les cas.
L’espace-temps peut être considéré,
par suite, comme un milieu* à quatre
dimensions, de même que l’espace seul
est communément considéré comme un
milieu à trois dimensions, le temps
comme un milieu à une seule.
1. ESPÈCE, G. Elo: ; L. Species ;
D. Art; E. Species ; |. Spectie.
A. Locique. Une classe* 4, en tant
qu’elle est considérée comme formant
une partie de l’extension d’une autre
classe, B.— B est alors le genre dont À
est l’espèce.
B. Biorocie. Une espèce est un
groupe d'individus présentant un type
commun, héréditaire, bien défini et
généralement tel, dans l’état actuel des
choses, qu’on ne peut le mélanger par
croisement, d’une façon durable, avec
le type d’une autre espèce.
CRITIQUE
Il est impossible de donner une défi-
nition rigoureuse de l'espèce, surtout
en ce qui concerne les végétaux ; et les
difficultés qu’on a rencontrées en es-
sayant de le faire ont précisément
abouti à faire tomber en discrédit la
conception de la fixité des espèces et
de leur séparation radicale.
Rad. int. : Spec (Boirac).
Sur Espèce, Critique. — On doit pourtant remarquer que tandis que les genres,
ordres, classes, etc., d’une part, et d’autre part les variétés sont des groupements
arbitraires utiles seulement pour la conception claire et la désignation des êtres,
l'espèce biologique a un fondement dans la réalité. Discuter si un groupement
est, à une époque déterminée, une espèce ou une variété, c’est discuter un point
de fait. (E. Goblot.)
ESPÈCES
2. ESPÈCES (rare au singulier),
G. Etdwrs ; L. Species, simulacra, Lu-
CRÈCE ; species intentionales, ScoL. ; D.
Species ; E. Species ; I. Specie.
Sens général : objet immédiat de la
connaissance sensible, considéré comme
une réalité intermédiaire entre la con-
naissance et la réalité connue. « La plus
commune opinion est celle des péripa-
téticiens, qui prétendent que les objets
de dehors envoient des espèces qui leui
ressemblent, et que ces espèces sont
portées par les sens extérieurs jusqu’au
sens commun ,; ils appellent ces espèces-
là impresses, parce que les objets les
impriment dans les sens extérieurs. Ces
espèces impresses étant matérielles et
sensibles sont rendues intelligibles par
l'intellect agent, et sont propres pour
être reçues dans l’intellect patient. Ces
espèces ainsi spiritualisées sont appe-
lées espèces expresses, parce qu’elles
sont exprimées des impresses ; et c'est
par elles que l’intellect patient connaît
toutes les choses matérielles. » MALE-
BRANCHE, Recherche de la vérité, li-
vre III, 2€ partie, chapitre 11. —— Voir
E1SLER, v° Species.
Ce terme n’est guère resté usuel que
dans l'expression : « Sous les espèces
de. » employée par les théologiens
pour caractériser la transsubstantia-
tion, et qui est prise quelquefois par
métaphore dans le langage courant.
ESPRIT, G. zveüue et voüc; L. Spi-
ritus et mens; D. Geist; E. Spirit;
IL Spirito.
300
tion. Garde ce sens étymologique chez
Bacon : « Spiritus vitalis » et chez
DESCARTES et ses successeurs : « Leg
esprits animaux. » Voir Ame* sensible
B. Principe de la vie, et par suite
âme individuelle*. A conservé ce sens,
mais surtout dans le langage théolo-
gique ou mystique. « Les Esprits ou
âmes raisonnables » sont « des images
de la Divinité, ou de l’Auteur même de
la nature; c’est ce qui fait que les
Esprits sont capables d’entrer dans une
manière de Société avec Dieu, etc. ».
LE1ïBniz, Monadologie, 82, 83 et suiv.
— Dieu, les anges, les démons, les
âmes des hommes désincarnées après
la mort sont des esprits.
C. En un sens impersonnel, l'Esprit
est la réalité pensante en général, le
sujet de la représentation avec ses lois
et son activité propre, en tant qu’op-
posé à l’objet de la représentation. Voir
Ame (Critique et Observations ). Ce der-
nier sens est le plus général dans le
langage philosophique contemporain. I]
comprend plusieurs acceptions :
1° L'Esprit est opposé à la Matière* ;
l’antithèse est alors essentiellement celle
de la pensée et de l’objet de la pensée,
de l’unité intellectuelle et de la multi-
plicité des éléments qu’elle synthétise.
20 L'Esprit est npposé à la Nature* ;
lantithèse est alors, soit celle du prin-
cipe producteur et de la production,
soit celle de la liberté et de la néces-
sité, soit celle de la réflexion et de
l’activité spontanée.
30 L'Esprit est opposé à la Chair, en
tant que celle-ci représente l’ensemble
A. Souffle, gaz, produit de distilla-
Sur Espèces. — On dit aussi « payer en espèces ; des espèces sonnantes ».
De plus la langue juridique a prêté à la langue courante et à la langue philoso-
phique l’expression : « c’est un cas d’espèce », qui se rattache au même sens du
latin species, comme l’a fait remarquer CourNorT : « Pour se conformer à l’étymo-
logie, il faudrait appeler genre ce que les naturalistes nomment espèce, et espèces
les individualités, dont en général ils ne s'occupent guère. Il faudrait, comme
on le fait encore au barreau, par un reste de tradition scolastique, appeler du
nom d’espèces les cas individuels et particuliers ; il faudrait, comme le font les
philosophes et les moralistes, qualifier de genre humain ce que les naturalistes
appellent l'espèce humaine. » Traité de l’enchaînement…., livre I, ch. v, $& 47.
(M. Marsal.)
|
|
|
|
|
ARE PR SET
ESSENCE
des instincts de la vie animale ; primi-
gvement, dans le langage théologique :
«La chair a des désirs contraires à ceux
de l'esprit, et l'esprit en a de contraires
à ceux de la chair. » Saint Pau, Épitre
aux Galates, V, 17 (trad. Lemaistre de
Sacy) ; — et, par suite, dans le langage
hilosophique, par exemple lorsque
assendi et Descartes s’appelaient iro-
aiquement l’un l’autre : O mens, O caro
(Cinquièmes Objections et Réponses).
D. En un sens plus particulier,
pEsprit s'oppose à la sensibilité, et
devient synonyme d'intelligence. « L’es-
prit ne saurait jouer longtemps le per-
sonnage du cœur. » La ROCHEFOUCAULD,
Maxime 108.
Esprits faibles se dit : 1° de ceux qui
ne sont pas capables de raisonner avec
suite et avec justesse ; 29 (en un sens
assez différent) des esprits facilement
suggestibles.
Le mot se restreint même souvent
plus encore, en passant de la fonction
générale à l’une de se: qualités : l’esprit
philosophique ; l'esprit de finesse ; l’es-
prit de géométrie (l’opposition usuelle
de ces deux expressions vient de Pas-
cAL : voir les Pensées, pet. éd. Brun-
schvicg, sect. I, p. 317-319) ; l'esprit de
saillie (ou esprit tout court), etc.
E. Au sens figuré, idée centrale,
principe (d’une doctrine, d'une institu-
tion) : « L'Esprit des lois. » — L'esprit,
en ce sens, s’oppose souvent à la lettre.
Rad. int. : C. Spirit (Boirac).
Esprits forts, esprits étrangers ou
même hostiles aux croyancesreligieuses.
L'origine de cette expression est pro-
bablement chez CHARRON : « [La reli-
gion] est bien plus facile et aisée, de
plus grande monstre et parade, des
esprits simples et populaires ; [la pru-
d’homie] est d’exploit beaucoup plus
difficile et laborieux, qui a moins de
monstre, et est des esprits forts, géné-
reux. » De la Sagesse, II, ch. v, $ 27.
Cf. PascaL : « Athéisme, marque de
force d'esprit, mais jusqu’à un certain
point seulement. » Pensées, pet. éd.
Brunschvicg, sect. III, p. 431, et La
BRuYÈRE : « Les esprits forts savent-ils
qu'on les appelle ainsi par ironie ?.…
L'esprit fort, c’est l'esprit faible... », etc.
ESSENCE, G. Oùoix plus large ; rù
th éotuv, Td 7 fv elvar; L. Essentia ;
D. Wesen ; E. Essence ; I. Essenza.
A. Métaphysiquement, par opposi-
tion à accident* : ce qui est considéré
comme formant le fond de l’être, par
opposition aux modifications qui ne
lPatteignent que superficiellement ou
temporairement. Cf. Accident*. Cette
essence est placée par les uns dans
le général, par les autres dans l’indi-
viduel.
B. Par opposition à existence* (soit
au sens métaphysique, soit au sens
expérientiel) : ce qui constitue la nature
d’un être, par opposition au fait
d'être. — Cf. Eristentialisme*.
Sur Essence. — Oùoix a quatre sens chez ARISTOTE, distingués dans Métaphy-
sique, Z, ch. 3 (au début). Un seul s’applique à l’essence, odoia &veu An. Il est
vrai que sa pensée paraît bien être que le véritable étre d’une chose est ce que
nous appelons essence. La définition de Spinoza diffère de celle d’ARISTOTE :
animal, dans la pensée d’Aristote, « pertinet ad essentiam » de homme ; et cepen-
dant animal peut être et être conçu sans homme ; et d’autre part, animal étant
donné, homme n’est pas nécessairement posé. La définition de Spinoza nie impli-
Citement la réalité des genres. (J. Lachelier.)
M. M. Marsal nous signale ce passage de Cournor : « En économie forestière,
essence est restée jusqu’à nos jours comme synonyme d'espèce. Les vieux chimistes
désignaient par ce mot le produit de leurs distillations, de leurs rectifications,
ce qui reste d’une substance que ses propriétés rendent précieuse, après qu’on
l'a purifiée des substances étrangères qui s’y trouvent mélées et qui en affai-
blissent la vertu. » Considérations, livre I, ch. 1rv. (Ed. Boivin I, 57.)
LALANDE, — VOCAB. PHIL. 12
ESSENCE
C. Logiquement : 1° Au sens concep-
tualiste, l’ensemble des déterminations
qui définissent un objet de pensée.
a Tori Av elvar ÉaTtiv Gowv 6 Adyoc ÉdTiv
éptouôc. » ARISTOTE, Métaph., vI1, 4,
10302. « Ayo d'odoizv veu DAnç Td rl
Av elvat. » Ibid., 7, 1032b, — L’essence
s'oppose alors à l'existence comme le
rationnel aux données de l'expérience,
ou comme le possible à l'actuel. « Ad
essentiam alicujus rei id pertinere dico,
quo dato res necessario ponitur et quo
sublato res necessario tollitur ; vel id
sine quo res et vice versa quod sine re
nec esse nec concipi potest. » SPINOZA,
Éthique, un, def. 2. « Wesen ist das erste
innere Princip alles dessen was zur
Môglichkeit eines Dinges gehortl. »
KANwT, Principes métaph. de la science
de la nature, Préface, 3.
20 Au sens nominaliste, il n°y a pas
d'essence, mais ce que les réalistes et
les conceptualistes ont appelé de ce
nom n’est que l’ensemble des carac-
tères connotés par un mot. Exemple de
la glace qui, pilée, garde son essence,
mais qui la perd une fois fondue (Lo-
ckE). Mic, Logique, livre I, ch. vi, $ 2.
Voir Gizsox, L'étre et l'essence (1948).
Rad. int. : Esenc ( Boirac).
« ESSENTIALISME », (S).
ESSENTIEL, D. Wesentlich ; E. Es-
sential ; I. Essenziale.
A. Qui appartient à l'essence.
B. Par extension, se dit de ce qui est
principal, important ou indispensable.
« Définition essentielle », voir Défini-
tion*.
1. ESTHÉTIQUE, adj., D. Aesthe-
üsch ; E. Aesthetic ; I. Estetico.
A. Qui concerne le Beau*. On appelle
en particulier Émotion esthétique un
certain état sui generis, analogue au
plaisir, à l'agrément, au sentiment
moral, mais qui ne se confond avec
aucun de ceux-ci, et dont l’analyse est !
l'objet de l’Esthétique, en tant que
science. — On appelle de même Juge-
1. « L’essence est le premier principe intérieur de tout
ce qui appartient à la possibilité d'une chose. +
ment esthétique le jugement d’apprécia-
tion* en tant qu'il porte sur le Beau,
B. Qui présente un caractère de
beauté (en particulier de beauté artifi.
cielle et consciente). Cet emploi ne nous
semble pas d’une bonne langue.
2. ESTHÉTIQUE, subst., D. Aesthe.
ik ; E. Aesthetics ; I. Estetica.
Science ayant pour objet le jugement
d’appréciation* en tant qu’il s'applique
à la distinction du Beau* et du Laid.
— L'Esthétique est dite théorique ou
générale en tant qu’elle se propose de
déterminer quel caractère ou quel en-
semble de caractères communs se ren-
contrent dans la perception de tous les
objets qui provoquent l'émotion esthé-
tique* ; elle est dite pratique ou parti-
culière en tant qu’elle étudie les diffé-
rentes formes d’art. (L'étude des diffé-
rentes œuvres d’art, prises individuel-
lement, est la Critique* d’art.)
Sur la distinction entre « Esthétique »
et « Science de l’Art », voir Art*.
CRITIQUE
Terme tiré du grec œïoËnot, sensa-
tion, sentiment, et créé par BAUMGAR-
TEN, comme titre de son Aesthetica
(ouvrage inachevé ayant pour objet
l'analyse et la formation du goût,
Francfort, 1750 et 1759). Dans la Cri-
tique de la raison pure, KANT a pris le
mot en un autre sens : il a appelé
Transcendentale Aestheuk l'étude des
« formes a priori de la sensibilité (der
Sinnlichkeit) », c’est-à-dire le temps et
l’espace. Mais, dans la Critique du juge-
ment, il applique lui aussi ce mot au
jugement d'appréciation relatif au
beau, et cet usage est, depuis lors,
resté constant.
Rad. int. : Estetik.
« ESTHOPSYCHOLOGIE».— Science
des œuvres d’art considérées comme
documents psychologiques sur leurs
auteurs ou sur le public qui les à
admirées. HENNEQUIN, La critique
scientifique (1888). — Cette expression
ne paraît pas être entrée dans l’usage.
303
ESTIMATIVE, (S).
ÉTANT et EXISTANT, (S).
1. ÉTAT, D. Zustand,; E. State;
J. Stato.
A. Étymologiquement, station, par
opposition au mouvement, et par suite,
détermination consistant en une ma-
nière d’être momentanée, plus ou
moins durable, et non en une action ou
un devenir.
B. Spécialement, état de conscience
(D. Bewussiseinzustand ; E. State of
consciousness, feeling ; I. Stato di cos-
ciensa). — Cette expression s'applique,
dans le langage philosophique courant,
à n’importe quel fait psychique cons-
cient (Sensation, sentiment, volition).
Elle n’est pas heureuse en ce sens, car
elle semble impliquer que ces faits
n'ont qu'un caractère exclusivement
passif et statique. Ce que l’on appelle
ordinairement État de conscience serait
mieux désigné par le terme Fait de
ÉTAT DE NATURE
conscience
cient).
État de Nature, D. Naturzustand ;
E. State of nature ; I. Stato di natura.
A. État d’un groupe d'hommes non
civilisés.
B. État individuel d’un homme non
éduqué (soit totalement, soit partielle-
ment). — Cf. l'assimilation souvent
admise de l’enfant et du non-civilisé ;
p. ex. chez RENAN, Origine du langage,
2e édition, p. 68.
C. État hypothétique de l’homme
avant l’organisation sociale (Grotius,
Hobbes, J.-J. Rousseau, etc.), ou, plus
exactement, expression mythique de
ce que pourrait être l’état de la société
si les hommes (tels qu’ils sont actuelle-
ment) n'étaient ni préparés par l’éduca-
tion, ni régis par des lois et par un gou-
vernement. — Ce concept nous paraît
n’avoir plus qu’un intérêt historique.
Rad. int. : A. Stand; B. (fait de
conscience) : Konciaj ; — (état total) :
Koncial(a) stand(o).
(= Fait psychique cons-
Sur État. — Malgré l'étymologie, il ne me semble pas que l’idée d'arrêt, de
repos, soit impliquée à un degré quelconque dans ce mot français état. On peut
très bien dire un état de changement, d'écoulement, de renouvellement perpétuel.
Il suffit que cet état, de quelque nature qu’il soit, ait une certaine permanence.
(3. Lachelier.)
Mais cette application suppose justement que le devenir est considéré en bloc,
dans ce qu’il a de constant et par suite de stable. Le mot ne convient plus au
Changement considéré en tant que tel, dans la transformation même qui le cons-
titue, Si l’ « état de la conscience » est un état de renouvellement, de mouvement
continuel, il ne s’ensuit pas qu'il se compose d’éléments qui, pris un à un, soient
des « états de conscience ». — Il est d’ailleurs bien usuel, dans la langue philo-
80Phique contemporaine, d’opposer les états et les mouvements. (A. L.)
E. Goblot propose de réserver l'expression état de conscience pour désigner
« l’ensemble complexe des phénomènes simultanés existant à un moment
nné » dans une conscience. (Vocabulaire, v° Conscience.) Primitivement dans
e texte cette indication n’a pu y être maintenue faute d'accord général sur
ce point.
Sur État de Nature. — L'usage philosophique de cette expression paraît
Venir de HoBges : « … quam conditionem appellare liceat statum naturae. (Qu'on
Eee permette d'appeler cette condition état de nature.) » Du citoyen, Préface,
. Molesworth, 11, 148. Mais l’idée d’un état de nature, opposé à l'état de grâce,
ate des origines du christianisme, et Hobbes le rappelle lui-même.
>»
ÉTAT
2. ÉTAT, D. Staat; E. State; I.
Stato.
A. Une société organisée, ayant un
gouvernement autonome, et jouant le
rôle d’une personne morale distincte à
l'égard des autres sociétés analogues
avec lesquelles elle est en relation.
B. L'ensemble des services généraux
d'une nation. L'État s'oppose en ce
sens au département, à la province, à
la commune, etc. ; — l’industrie d’État
à l’industrie privée, etc.
CRITIQUE
Plus spécialement encore, et par
suite de ce fait que, dans l’organisation
actuelle des sociétés, les grandes fonc-
tions d’État dépendent en général
étroitement du pouvoir exécutif, ce mot
est souvent appliqué à ce pouvoir lui-
même. Mais c’est à tort, et il y a tou-
jours lieu de distinguer en principe
l'État et le gouvernement.
Rad. int. : Stat.
« ÉTATISME », néologisme dési-
gnant les doctrines qui tendent à
mettre toutes les fonctions sociales
sous la direction immédiate de l'État.
ÉTENDUE, D. Ausdehnung ; E. À,
B. : Extension ; B. : Extent ; — I. Es-
tensione.
A. Qualité des corps d’être situés
dans l’espace* et d’en occuper une
partie.
B. Cette partie elle-même.
C. Métaphoriquement, caractère de
ce qui s'étend plus ou moins loin :
« L’étendue de l'esprit, de la mémoi-
re. » — « L’étendue d’une influence. »
— Dans le temps : « Une étendue de
plusieurs siècles. »
CRITIQUE
Sur l’usage de ce mot chez DeEs-
CARTES, VOir Principes, II, 10-15, où
il distingue d’abord l’espace, l'étendue,
304
——
le lieu intérieur et le lieu extérieur. Mais
ces distinctions ne sont, pour lui, que
traditionnelles et provisoires. Il conclut
ainsi : « Nous ne distinguons jamais
l’espace d’avec l'étendue en longueur,
largeur et profondeur ; mais nous consi.
dérons quelquefois le lieu comme s’i
était en la chose qui est placée, et
quelquefois aussi comme s’il en était
dehors. L'intérieur ne diffère en aucune
façon de l’espace, mais nous prenons
quelquefois l'extérieur ou pour la su.
perficie qui environne immédiatement
la chose placée..., ou bien pour la super.
ficie en général, qui n’est point partie
d’un corps plutôt que d’un autre. ,
Tbid., I], 15.
Chez MALEBRANCHE, l'étendue intelli-
gible est la grandeur, conçue indépen-
damment de toute qualité sensible,
telle qu’elle est l’objet de l’Algèbre et
l'Analyse.
Dans le langage de la philosophie
contemporaine, étendue s’emploie le
plus souvent au sens B. « Une étendue »
est une ligne, une surface ou un volume
limités. L’étendue est ainsi par rapport
à l’espace, pris dans son ensemble, ce
que la durée*, au sens A, est par rap-
port au temps.
Au lieu d’étendue, au sens A, il serait
préférable de dire extension, comme le
faisait d’ailleurs DESCARTES : « L’ex-
tension de l’espace ou du lieu intérieur
n’est point différente de l’extension du
corps. » Principes, 11, 16.
Rad. int. : A. Extens; extenses;
B. Extensaj ;, C. Amples.
ÉTERNITÉ, D. Ewigkeit ; E. Eter-
nity ; |. Eternità.
A. Durée indéfinie. Ce sens, primitif,
est le moins usité en philosophie.
B. Caractère de ce qui est en dehors
du temps. « Sempiternitas et aeternitas
differunt : Nunc enim stans et perma-
nens æternitatem facit; Nunc currens
in tempore sempiternitatem. » Boe-
Sur Étendue. — Remarque remplacée par la Critique ci-dessus, sur les obser-
vations de F. Rauh et Th. Ruyssen.
!
gi
805
te
guius, De consolatione, 5. — « Non
- temporis sine fine successio sed nunc
stans. » Hogges, Leviathan, 46. —
« Absolute Zeitlosigkeit!. » HeGEL. Voir
Eisler, v°.
Rad. int. : Etern.
ÉTHIQUE, G. ’H&x; I. Ethica ;
D. Ethik ; E. Ethics ; I. Etica.
Science ayant pour objet le jugement
d’appréciation* en tant qu'il s'applique
à la distinction du bien* et du mal.
ÉTHIQUE
politique a deux objets principaux : la
culture de la nature intelligente, l’ins.
titution du peuple. » DinEROT, Opi-
nions des anciens philosophes, dans
LiTTRÉ, vo. — « Philosophia moralis
sive Ethica est scientia practica, docens
modum quo homo libere actiones suas
ad legem naturæ componere potest. »
Wozrr, Ethica, I, 1. Même significa-
tion dans le nom des Sociétés éthiques
(Ethical Societies) anglaises et améri-
caines. — AMPÈRE a appliqué ce mot,
au contraire, à la morale descriptive
(science des mœurs) par opposition à
la morale prescriptive (science de ce
qu’il faut vouloir), à laquelle il donnait
le nom de Thélésiologie. (Essai sur la
philosophie des sciences, 22 partie, sec-
| tion c, n°8 3 et 4.) H. SPENCER entend
: de même l'Éthique comme un fragment
CRITIQUE
Historiquement, le mot Éthique a été
appliqué à la Morale sous toutes ses
formes, soit comme science, soit comme
art de diriger la conduite. « L'Éthique
1. Intemporalité absolue.
Sur Éternité. — I] y a deux conceptions de l'éternité : temporelle et intempo-
relle. La seconde dérive indubitablement de la première, puisqu'elle est l’idée
d’une durée affranchie de tous les caractères spécifiques de la durée, « duratio
tota simul ». Cf. Ævum, durée, d’où ætas, et æternus (pour ævitas, æviternus),
BRÉAL, Dict. étym. latin, Vo. — Boëce définit l’une et l’autre : « Autre chose
est de parcourir successivement les parties d’une existence sans terme, ce que
Platon et Aristote attribuent au monde ; — autre chose d’embrasser une existence
infinie tout entière également présente, … ce qui est le propre de la Divinité. »
De Consolatione, V. Sa définition de l’éternité de Dieu a été adoptée et reproduite
par saint THomas, qui a été suivi par tous les métaphysiciens spiritualistes et
par SECRÉTAX ; mais l'éternité temporelle, qui est celle du monde pour les parti-
sans anciens et modernes d’un monde nécessaire et sans commencement, est
aussi celle du Dieu personnel pour Duns Scor, et pour J. LEeQuiER. Selon celui-ci
« la succession des choses porte son ombre jusque sur Dieu », sinon Dieu ne verrait
Pas son œuvre telle qu'il l’a faite. En préférant, pour un Dieu personnel, libre
et créateur, l'éternité intemporelle, Secrétan a été inconséquent, selon M. PiLLoN :
« Ilest contradictoire d’attribuer l'éternité simultanée à un Dieu qui a créé le
monde, qui le connaît et qui l’aime. » D’ailleurs l’éternité ainsi entendue est
l’idée de temps vidée de tout contenu, idée contradictoire et inintelligible. —
Voir Pizcon, La philosophie de Secrétan, 1898, pp. 155 à 165. (V. Egger.)
Sur Éthique. — Histoire. Le mot a dû avoir primitivement un sens restreint :
cf. Aristote, distinction de l'épern #@uxr, et de l’äperh Stuvonnxn. (Eth. Nicom.
Début du livre II, et V.) Voir Bonitz, partic. 316%., 19-30. (J. Lachelier.)
Les philosophes spéculatifs allemands qui suivent Kant ont une tendance à
séparer Éthique et Morale, et à mettre la première au-dessus de l’autre. SCHELLING :
« La morale en général pose un commandement qui ne s'adresse qu’à l’individu,
et n’exige que l’absolue personnalité { Selbstheit) de l'individu ; l’Éthique pose un
Commandement qui suppose une société d'êtres moraux et quiassurela personnalité
de tous les individus par ce qu’elle exige de chacun d'eux. » Œuvres, I, 252. —
ÉTHIQUE
d’un tout dont elle est inséparable et
qui est l’étude de la conduite univer-
selle (Data of Ethics, chap. 1). — Il en
résulte que, dans l’usage ordinaire, ce
mot est employé tantôt dans un sens,
tantôt dans l’autre, et le plus souvent
avec le même vague que le mot morale.
Il semble qu’il y a ici trois concepts
distincts à séparer :
1° La Morale, c’est-à-dire l’ensemble
des prescriptions admises à une époque
et dans une société déterminées, l'effort
pour se conformer à ces prescriptions,
l’exhortation à les suivre.
29 La science de fait ayant pour
objet la conduite des hommes (ou
même, selon la vue de SPENCER, des
êtres vivants en général), abstraction
faite des jugements d'appréciation que
portent les hommes sur cette conduite.
Nous proposons de la nommer Étho-
graphie* ou Éthologie*.
3° La science qui prend pour objet
immédiat les jugements d'appréciation
sur les actes qualifiés bons ou mauvais.
C'est ce que nous proposons d’appeler
Éthique. — En effet, quelque hypothèse
qu’on adopte sur l’origine et la nature
des principes de la morale, il n’est pas
douteux que les jugements de valeur
portant sur la conduite sont des faits
réels, dont il y a lieu de déterminer les
caractères, et que l'étude de la conduite
ne peut être substituée à l’étude directe
de ceux-ci, puisque la conduite des
hommes n’est pas toujours conforme à
306
leurs propres jugements sur la valeur
des actes. — Sans doute, il arrive
qu’en fait, les questions de Morale et
celles d’Éthique, ainsi définies, sont
souvent mêlées ; mais cela n’exclut pas
une distinction très nette de leurs défi-
nitions.
Rad. int. : Etik.
ETHNOGRAPHIE, D. Ethnogra-
phie; E. Ethnography; 1. Etnografia.
Description des divers peuples, de
leur genre de vie et de leurs institu-
tions.
Rad. int. : Etnografi.
ETHNOLOGIE, D. Ethnologie; E.
Ethnology ; 1. Etnologia.
Étude explicative des phénomènes
décrits par l’ethnographie.
Rad. int. : Etnologi.
ÉTHOGRAPHIE, D. Ethographia ;
E. Ethography ; 1. Etografia.
Ce terme est employé par les anthro-
pologistes* pour désigner l'étude des-
criptive des usages et coutumes. Il
serait bon de le généraliser en l’appli-
quant à l’étude descriptive de toute la
conduite humaine, en tant que cette
science est distincte de l’Éthique*,
Rad. int. : Etografi.
ÉTHOLOGIE, D. Ethologie ; E. Etho-
logy ; I. Etologia.
A. J. S. Mic a créé ce mot pour
——————— TT
Pour HEGEL, Morale désigne plutôt le domaine de l’intention subjective, Éthique
le règne de la moralité {Sutlichkeit). (R. Eucken.)
Sur la Critique. M. Hémon propose d'appeler « morale, toute doctrine qui
prétend fonder sur des principes théoriques une téléologie idéale, et une obligation ;
éthique, toute doctrine naturaliste sans principes spéculatifs ni obligation mys-
tique. » — La note qu’il a rédigée à ce sujet a été lue à la séance de la Société
de philosophie (8 juin 1905). La Société n’a pas approuvé ce sens ; elle a adopté
à l'unanimité la proposition contenue dans la critique ci-dessus, telle qu’elle a
été modifiée sur les observations de J. Lacheller et de V. Egger.
Sur Ethnologie. — M. P. River, dans le Nouveau Traité de Psychologie publié
sous la direction de G. Dumas, tome I, ch. n, fait remarquer qu’Ethnologie, en
allemand, et Ethnology, en anglais, s’emploient souvent pour désigner l’Anthropo-
logie*, au sens le plus large de ce mot
œ-——
307
ÊTRE
désigner la science déductive des lois
qui déterminent la formation du carac-
tère. Elle comprend selon lui deux
opérations inverses : 1° Déduire, des
lois psychologiques connues, les effets
généraux que les différentes conditions
d’existence doivent produire sur les
caracières individuels ou collectifs et
constituer ainsi « les aziomes moyens
de la science de l'esprit »; 20 Vérifier
les résultats obtenus, en rattachant à
leurs conditions d'existence les diffé-
rents types de caractères qu’on peut
observer expérientiellement. Par les
applications pratiques qui en résulte-
raient immédiatement, l’Éthologie don-
nerait, en outre, un fondement scien-
tifique à l’art de l’éducation (Logique,
livre VI, chap. v).
B. Wunor (Logique, I], 2, 369) en-
tend par l’Éthologie, à laquelle il con-
sacre un chapitre spécial, la science
qui a pour objet l’étude historique « der
Sitten und sittlichen Vorstellungen? ».
Elle forme, après la science des langues
et la mythologie, la 3e division des «phi-
lologisch-historischen Wissenschaften ».
Ce sens a été adopté par M. A. Bayet :
« L'éthologie est la science des
faits moraux. » La science des faits
moraux, P. 1.
C. Chez plusieurs psychologues con-
temporains, ce mot désigne la psycho-
logie de réaction, telle que la conçoit le
behaviorism*. Voir notamment Bulle-
tin de l'Institut psychologique, jan-
vier 1902 (Séance du 7 décembre 1903).
CRITIQUE
Nous pensons que le sens B est bon
à retenir, en l’opposant d’une part à la
Morale comme ensemble des prescrip-
tions qui s'imposent à la conscience
moyenne d’une société et d’une époque
déterminée, de l’autre à l’Éthique en
tant que science des jugements d’ap-
préciation sur les actes qualifiés bons
Où mauvais. L’Éthologie pourrait ainsi
être définie la science historique des
1. Expression empruntée à Bacon; voir Aziome*,
critique. — 2. « … des mœurs et des représentations
morales. »
mœurs, dont l’Éthographie est la des-
cription.
Quant à la science des caractères et
de leur génération, il semble qu'on
pourrait l’appeler comme Wundt Carac-
térologie. Le mot est lourd, mais correct
et sans équivoque.
Rad. int. : Etologi.
ÉTIOLOGIE, D. Aetiologie ; E. Etio-
logy; I. Etiologia. (Terme d'origine
médicale.)
A. Recherche ou théorie des causes
d'une classe déterminée d'effets: et
spécialement : 1° En biologie, étude de
la genèse des organes, fonctions, fa-
cultés ; — 29 En pathologie, étude des
causes d’une maladie, d’une anoma-
lie, etc.; — 3° En histoire, « analyse
et discussion des causes ou des enchaf-
nements de causes qui ont concouru à
amener les événements dont l’histoire
offre le tableau. » COURNOT, Considéra-
tions sur la marche des idées, livre I,
ch. 1 : « De l’étiologie historique et de
la philosophie de l’histoire. »
B. Par abus, et improprement, en-
semble des causes d’un phénomène.
Rad. int. : A. Etiologi; B. Kauzar.
1. ÊTRE, verbe, D. Sein ; E. To be;
I. Essere.
A. Au sens absolu, c’est-à-dire com-
me verbe prédicatif*, terme simple,
impossible à définir. « Sein ist offenbar
kein reales Predicat, d. i. ein Begriff
von irgend etwas, was zu dem Begriffe
eines Dinges hinzukommen kônne. Es
ist bloss die Position eines Dinges, oder
gewisser Bestimmungen ansich selbst!. »
KanrT, Crit. de la Raison pure, A. 598 ;
B. 626. On peut seulement distinguer
différents ordres d'idées relativement
auxquels on dit que quelque chose est :
1° Au sens substantiel. « Je pense,
donc je suis. »
20 Au sens phénoménal. Une chose
1. « Il est clair qu'être n’est pas un vrai prédicat, c’est-
â-dire le concept de quelque détermination qui puisse
venir s'ajouter au concept d’une chose. C'est seulement
le fait de poser une chose ou certaines déterminations en
elles-mêmes. »
ÊTRE
est quand elle est actuellement présen-
tée dans l'expérience.
3° Au sens objectif. Une chose est
quand elle est affirmée comme valable
pour l'expérience de tous les individus
(bien qu’elle ne soit pas actuellement
présentée dans l'expérience de chacun
d’eux, ou même bien qu’elle ne soit
actuellement présentée dans l’expé-
rience d’aucun d’eux).
B. Au sens relatif, ou comme copule*.
Signe de la relation entre le sujet et le
prédicat. Il peut alors avoir quatre sens
différents :
1° Inclusion d’un individu dans une
classe ou d’une classe (prise comme un
tout indivisible) dans une autre :z€ a.
2° Implication d’un caractère par un
caractère, ou inclusion d’une classe
dans une classe : a 2 b.
3° Copule des jugements réciproques
ou convertibles, dans lesquels le sujet
et le prédicat ont même extension. Il
se traduit alors (et alors seulement) par
le signe —.
4° Copule des jugements identiques,
dont les deux termes désignent un
même individu. Ex. : Auguste = Oc-
tave.
CRITIQUE
Cette quadruple équivoque, qui s’a-
joute à la confusion du sens relatif et
du sens absolu, ne peut être évitée que
par l'emploi des symboles de la Logis-
tique.
2. ÊTRE, substantif. D. Sein, Dasein
[au sens AT, Seiendes, Wesen [aux
sens B et C]; E. Being, dans tous les
sens, Entity [aux sens B et C]; I. Es-
sere {au sens A], Ente [aux sens B et C].
L Sens abstrait :
A. Le fait d’être, l’existence®*. « S'il
y avait quelques corps dans le monde,
ou bien quelques intelligences... leur
être devait dépendre de sa puissance en
telle sorte qu’elles ne pouvaient sub-
sister sans lui un seul moment. » Des.
CARTES, Disc. de la méthode, IV, 4.
II. Sens concret :
B. Ce qui est réellement, Ens reale.
: (Dans l’un des trois sens du mot Étre,
: 1, A.) « Tout ce qui est en nous de réel
et de vrai vient d’un Etre parfait et
infini. » Descartes, 1bid., 7.
C. Un objet existant dans la pensée,
: mais sans existence effective hors de
celle-ci. On dit encore, dans ce sens,
un « être de raison », un être fictif.
Voir ci-dessous.
REMARQUE
Spinoza a nié la légitimité de ces
expressions, et la valeur des idées
qu’elles représentent : « Chimaera, Ens
fictum et Ens rationis nullo modo ad
entia revocari possunt. Nam Chimaera
ex sua natura existere nequit ; Ens vero
fictum claram et distinctam perceptio-
nem secludit.… ; Ens denique rationis
nihil est praeter modum cogitandi qui
inservit ad res intellectas facilius reti-
nendas, explicandas, atque imaginan-
das. » Cogitata metaph., I, 1 : « De Ente
reali, ficto et rationis. » Il définit
l'Être : « Id omne quod, cum clare et
distincte percipitur, necessario existere
vel ad minimum posse existere, reperi-
mus. » C’est pourquoi il le divise en
deux classes : l’être nécessaire, et l’être
seulement possible (Zbid., 1, 1).
Rad. int. : À. Existad ; B. C. Ent.
Être de raison. — A. (Latin scolas-
tique : ens rationis). Objet de pensée
artificiellement créé par l'esprit pour
les besoins du discours, et sans exis-
tence en soi, ni dans la représentation
concrète. En ce sens, toutes les idées
Sur Être. — Y a-t-il là réellement quatre sens différents, et ne pourrait-on
pas soutenir, au contraire, que le sens de copule ne diffère même pas du sens
général d'existence ? Que signifie, en réalité, Pierre est bon, sinon que la bonté
est une des manières d'exister de Pierre, une des formes sous lesquelles son être
se rend perceptible et intelligible ? (J. Lacheller.)
308 | 4
æbstraites et générales ont été quelque-
fois appelées « êtres de raison »; mais
ce terme s'emploie surtout en un sens
péjoratif, pour insister sur le caractère
verbal ou irréel de ce qu’on appelle
ainsi. Voir Être* C, et la critique de
cette notion dans le texte cité de Spi-
nozi ; Raison*, À ; et Entité*. Cf. Bos-
suET, Logique, I, ch. x11 : « De ce
qu'on appelle être de raison, et quelle
idée on en a. »
B. Pour CourNorT, au contraire, la
véritable critique philosophique des
sciences consiste « à faire autant que
possible, le départ entre les entités
artificielles qui ne sont que des signes
logiques et les entités fondées sur la
nature et la raison des choses, les véri-
tables êtres de raison, pour employer
une expression vulgaire, mais d’un sens
vrai et profond, quand on l'entend
bien. » Essai sur les fondements de nos
connaissances, ch. x1, $ 159. Cette ac-
ception repose sur la distinction qu’il
établit entre la « logique » et la « rai-
son ». Jbid., ch. nu, particul. $ 16-17.
Mais elle n’est pas entrée dans la langue
usuelle, et lui-même ne paraît s'en être
servi que d’une manière accidentelle.
C. En un sens tout différent, être de
raison a été pris par RENOUVIER au
sens d’être gouverné par la raison. « Il
(l’aliéné) peut passer pour irresponsable
comme ne se dirigeant pas librement,
d’après les obligations mutuelles et con-
formément à la commune entente des
êtres de raison. » RENOUVIER et PRAT,
Nouvelle Monadologie, xCVv, p. 246.
Cette expression n’est guère usitée ;
Cependant, elle est conforme à l’ana-
logie d'expressions très courantes dans
la littérature contemporaine : « Un
EUDÉMONISME
être de désir ; un être d’instinct », etc.
— Cf. aussi l’expression « âge de rai-
son ».
EUCLIDIEN, D. Eukleidisch ; E. Eu-
clidean ; 1. Euclideo.
Qui se rapporte à EucLipe (d’A-
lexandrie). « Die eukleidische Demons-
trirmethode!:… » SCHOPENHAUER, Die
Welt, etc., I, 559. — Spécialement, on
appelle euclidien l’espace ordinaire à
3 dimensions, en tant qu'il véri-
fie l’axiome des parallèles (postulat*
d’Euclide) : « Si deux droites situées
dans un plan font avec une même
sécante des angles intérieurs du même
côté dont la somme soit plus petite que
deux droits. ces deux droites se ren-
contrent de ce côté. » Les espaces non
euclidiens sont caractérisés par la néga-
tion de cet axiome (soit qu'il existe
plusieurs parallèles, soit qu’il n’en
existe aucune). L'épithète d’euclidien
s'applique aussi à la droite, au plan de
l’espace euclidien. et à la Géométrie de
cet espace.
EUDÉMONISME, G. EbSayovouéc,
ARISTOTE ; D. Eudämonismus ; E. Eu-
daemonism ; |. Eudemonismo.
A. Sens d’ARISTOTE : le fait de juger
qu’un être est heureux, ce jugement
étant compris non seulement comme
l’énoncé d’un fait, mais comme un
jugement appréciatif impliquant la
valeur éthique du bonheur. S’oppose à
Éroxvocs, louange générale d’un carac-
tère ; éyxwwov, éloge d’un acte particu-
lier (Éthique à Eudème, II, 1, 1219). —
Ce sens serait conservé par quelques
1. « La méthode de démonstration euclédienne. »
Sur Être de raison. — On trouve chez Descartes le passage suivant : « Il ne
me semble pas aussi que vous prouviez rien contre moi en disant que « l’idée de
« Dieu qui est en nous n’est qu’un être de raison. » Car cela n’est pas vraisi par un
être de raison l’on entend une chose qui n’est point, mais seulement si toutes les
opérations de l’entendement sont prises pour des étres de raison, c’est-à-dire
Pour des êtres qui partent de la raison; auquel sens tout ce monde peut aussi
être appelé un être de raison divine, c'est-à-dire un être créé par un simple acte
€ l'entendement divin. » Réponses aux secondes objections, $ 10.
EUDÉMONISME
écrivains modernes, selon Baldwin, vo.
B. Doctrine morale ayant pour prin-
cipe que le but de l’action est le bonheur
(soit individuel, soit collectif). — Ce
sens est seul usuel.
CRITIQUE
KanT prend ce mot dans un sens
plus restreint, en l’appliquant aux
seules doctrines qui prennent pour fin
morale le bonheur individuel, die eigene
Glückseligkeit (Anthropologie, 1, $ 2).
Selon la morale kantienne, la fin de
l’action doit être, au contraire, quand
il s’agit de nous-mêmes, notre perfec-
tion ; et quand il s’agit d’un autre, son
bonheur (Métaphysique des mœurs, In-
troduction, $ IV). Cette restriction se
justifie par la supposition que, le
bonheur d’autrui ne pouvant déter-
miner directement notre volonté, celui
qui agit en vue de ce bonheur ne peut
le faire qu’au nom de sa raison, et par
suite implique une fin plus haute que
le bonheur lui-même. Mais cette as-
somption fondamentale est contestable,
car il se peut que la valeur normative
du bonheur soit reconnue directement,
comme celle de la beauté ou de la
vérité, sans qu'il soit fait aucune ac-
ception de l'individu qui les possède.
Il convient donc de conserver à ce mot
son sens le plus général.
Rad. int. : Eudemonism.
EUPHORIE, D. Euphorie ; E. Eu-
phoria, Euphory; I. Euforia.
Sentiment de bien-être et de joie
sans cause apparente, ou dispropor-
tionné à la circonstance qui semble le
produire. Terme surtout employé en
pathologie mentale, où l’euphorie appa-
raît comme symptôme de certains états
morbides : manie, anesthésie, intoxi-
cations, etc.
310
Euristique, voir Heuristique*.
ÉVÉNEMENT, D. Ereignis ; E.
Event ; I. Avoenimento, evento.
A. Ce qui advient à une date et en
un lieu déterminés, lorsque ce fait pré.
sente une certaine unité, et se distingue
du cours uniforme des phénomènes de
même nature.
B. Par abréviation : événement im.
portant, ou qui fait sensation.
Voir les Observations sur Fait*.
REMARQUE
Ce mot avait autrefois le sens latin
d’eventus : résultat, effet, issue. Mais il
ne l’a conservé que dans de rares ex-
pressions, telles que : « L'événement l’a
bien prouvé. » Encore est-ce un peu
académique.
Rad. int. : Event.
EVHÉMÉRISME, D. Evhemerismus ;
E. Euhemerism ; 1. Evemerismo.
Opinion suivant laquelle les dieux
sont tous des héros ayant réellement
vécu et dont la légende s’est graduelle-
ment amplifiée après leur mort. On
rapporte l’origine de cette opinion au
Cyrénaïque Evhémèére (environ 300 av.
J.-C.).
Rad. int. : Evhemerism.
ÉVIDENCE, D. Evidenz; E. Evi-
dence ; I. Evidenza. — [Le mot evidence
est beaucoup plus large en anglais que
dans les trois autres langues : il s'étend
à toute certitude, immédiate ou non
(p. ex. à la certitude historique), au
simple témoignage, et même au témoin.
— Voir Observations.]
Une proposition est évidente si tout
homme qui en a la signification pré-
sente à l'esprit, et qui se pose expres-
Sur Évidence. — Le substantif anglais seul a le sens très général signalé ci-
dessus. La définition de l’adjectif, donnée dans le corps de l’article, pourrait
s'appliquer au mot anglais. (B. Russell.)
er
—
#ment la question de savoir si elle est
paie OU fausse, ne peut aucunement
douter de sa vérité.
CRITIQUE
“4. Il est nécessaire de mentionner
on Seulement que la proposition est
comprise, mais que la question de sa-
voir si elle est vraie est posée ; car il
est certain que l'esprit, de quelque
manière qu’on explique cette absten-
tion, peut éviter indéfiniment de for-
muler en termes exprès cette alterna-
tive, et par là se refuser à l’évidence.
2. 11 ne suffirait pas de dire qu’une
proposition est évidente si un homme
qui la pense ne peut douter qu’elle soit
vraie ; car cette impossibilité de douter
peut être particulière à son état mental
(aliénation, passion, préjugé, éduca-
tion, etc.) ; et le langage usuel distingue
avec raison ce qui paraît évident (à un
individu) et ce qui l’est effectivement
(pour tout esprit).
Inversement, il serait excessif de
demander que l'intelligence à qui l’évi-
dence apparaît fût soustraite à toute
influence de l’habitude, du sentiment
ou de la volonté. Car cet isolement
n'est qu’une abstraction irréalisable,
peut-être même contradictoire, et la
force de l'évidence se manifeste préci-
sément par les répugnances dont elle
triomphe.
3. Rien ne prouve a priori qu’il
existe (au sens logique) des propositions
jouissant du caractère d’évidence ci-
dessus défini. Cette définition laisse
donc ouverte la question de savoir sous
quelles conditions pratiques l’apparence
interne et individuelle de l'évidence
Peut être légitimement tenue pour la
garantie d’une évidence réelle et uni-
versellement valable.
4. Elle laisse également de côté le
problème des causes psychologiques et
ÉVOLUTION
de la nature logique de l'évidence, et
notamment l’examen critique de la doc-
trine cartésienne d’après laquelle celle-
ci consiste dans la clarté* et la distinc-
tion* des idées. Voir Absolu*, — Il est
à remarquer à cet égard que les propo-
sitions les plus évidentes d’une science,
même mathématique, ne sont pas né-
cessairement les plus simples et les plus
générales (c’est-à-dire les propositions
constituant le système de principes le
moins nombreux d’où l’on peut déduire
cette science). L’évidence appartient
ordinairement à un étage de proposi-
tions qui ne sont pas premières au
point de vue logique. Voir Fondement*,
Critique.
Rad. int. : Evident, Evidentes.
ÉVOLUÉ, D. Entwickelt ; E. Dere-
loped ; I. Evoluto.
Proprement : modifié par suite d’une
évolution, en un des sens divers de ce
mot. — Il y a lieu de prendre garde
au contresens, souvent commis (par
suite de la confusion entre les idées
d’évolution* et de progrès*), qui con-
siste à employer ce mot comme un
simple synonyme de supérieur ou de
plus parfait. Cf. Différencier*.
ÉVOLUTION, D. Evolution, Entwi-
ckelung ; E. Evolution; I. Evoluzione.
A. Développement d’un principe in-
terne qui, d’abord latent, s’actualise
peu à peu, et finit par devenir mani-
feste. Voir le Supplément.
B. Transformation graduelle, et con-
çue en général comme assez lente, ou
comme formée de changements élé-
mentaires assez minimes pour n'être
pas remarqués. — S’oppose soit à per-
manence, Soit à révolution.
C. Suite de transformations en un
même sens : « Évolutionnisme implique
l’idée d’une Loi d'évolution... Personne
Sur la Critique. — Tout cela me paraît très vrai, mais il me semble en résulter
qu’il n’y a pas d’évidence à laquelle on puisse attribuer une valeur objective. Il
faut donc abandonner entièrement le criterium cartésien de l'évidence et y sub-
Stituer la méthode leibnizienne de l’analyse des notions. (J. Lacheller.)
ÉVOLUTION
n’appellera stades évolutifs les trans-
formations qu’on observe dans un ka-
léidoscope. » A. Gran, Bulletin de la
Société française de Philosophie, 6 avril
1905. — Transformations comportant
une série d'étapes dont on peut assigner
d’avance la succession : « L'évolution,
selon la doctrine stoïcienne, est une
évolution fermée. qui a des recom-
mencements indéfinis. » RENOUVIER,
Histoire et solutions des problèmes méta-
physiques, ch. x1v, p. 111.
D. Transformation faisant passer un
agrégat de l’homogène à l’hétérogène,
ou du moins hétérogène au plus hété-
rogène. (SPENCER.) S’oOppose à disso-
lution ou à involution.
E. Transformation (continue ou brus-
que) d’une espèce vivante en une autre
espèce.
CRITIQUE
Un des termes philosophiques qui
reçoivent les sens les plus vagues et
même les plus opposés. Il a d’abord été
synonyme de « préformation des orga-
nismes » (SWAMMERDAM, MaALPIGHI),
en tant qu’opposée à l’épigénèse*. On
le trouve aussi en ce sens chez BERKE-
312
LEY, Siris, $ 233. — Ce sens n’est pas
resté usuel, mais le sens À s’y rattache
visiblement. Voir Observations.
Chez les écrivains contemporains,
même philosophes, évolution est pris le
plus souvent dans un sens très indé-
terminé. « … La formation des mondes
expliquée par voie de développement
lent et graduel, ou, selon l’expression
moderne, d'évolution. » FOUILLÉE, L'’a-
venir des idées cartésiennes, Revue des
Deux-Mondes, 15 janvier 1898, p. 389.
On parle dans le mêmesens de l’évolu-
tion des mœurs, des idées, etc. « Le mot
évolution n’implique par lui-même au-
cune idée de progrès ou de régrès. Il dési-
gne toutes les transformations que subit
un organisme ou une société indépen-
damment de la question de savoir si ces
transformations sont favorables ou défa-
vorables. » DEMOOR, MassanT et Van-
DERVELDE, L’Évolution régressive, p. 17.
Le sens C, sous la forme stricte où il
est défini ci-dessus, est rare. Il convien-
drait alors proprement aux phéno-
mènes irréversibles, et c’est ainsi que
le prend M. PErriN en appelant le
second principe dela thermodynamique:
Principe d’Évolution (Revue de Méta-
Sur Évolution. — Le sens A a été ajouté d’après les observations d’Élie Halévy
qui cite le texte suivant de Philarète CHasLes : « La situation réelle des sociétés
n’est pas la révolution, c’est-à-dire la ruine ; c’est l’évolution, c’est-à-dire le dévelop-
pement de leurs principes, la mise dehors de ce qu’elles portent dans leur sein. »
Études, 1849, p. 260 : suit une antithèse entre la société conçue comme un méca-
nisme et la société conçue comme un organisme. — Ph. Chasles, ajoute-t-il, est
un angliciste qui, dans le volume même auquel nous empruntons cette citation
se rallie, en opposition aux idées de Bentham, aux thèses soutenues par le philo-
sophe métaphysicien Coleridge. De même H. Spencer, qui emprunte à Coleridge
l’idée première de sa théorie de l’évolution et de sa théorie de l’organisme social.
Cf. H. SPENCER, Autobiography, vol. I, pp. 350-351 ; — R. BERTHELOT, dans
Bulletin de la Soc. de phil., 1904, pp. 93-95. Dans la Statique sociale, où d’ailleurs
le mot évolution n’est employé qu’une fois (p. 142 : the er'olution of a new idea
in our mind), telle est bien la conception que se fait Spencer de ce qu'il appelle
encore le progrès : « À development of man’s latent capabilities under the action
of favourable circumstances ; which favourable circumstances, mark, were certain,
some time or other, to occur? » (p. 415). — De ce premier sens dérive naturellement
1. «.… l'évolution d'une nouvelle idée dans notre esprit. » — 2. « un développement des capacités latentes de
l'homme sous l'action de ciroonstances favorables : circonstances, remarquez-le, qui devaieot certainement 8e
prodaire un jour ou l'autre.»
?
313
physique, février 1903, p. 182; voir
également B. Brunues, L’évolution-
nisme et le principe de Carnot: ibid.,
janvier 1897, p. 35). — Mais, le plus
souvent, quand on appelle évolution
un Processus de sens déterminé, on
sous-entend plus ou moins clairement
la nature de cette détermination et l’on
confond alors l’évolution soit avec Le
progrès (évolution vers le mieux), —
soit avec la vie (naissance, nutrition,
développement, génération, décaden-
ce, etc.). Dans ce dernier cas, le mot
implique, par une association d’idées
très générale, le développement de
l'être grâce à une force intérieure et
spontanée qui en prédétermine les
formes successives, autrement dit une
sorte de principe vital ; et comme, d’un
autre côté, ce mot est également associé
à des idées physiques et mécaniques, il
joue le rôle d’un intermédiaire entre la
vie conçue comme une force directrice,
extérieure à la matière, et la vie conçue
comme un système de mouvements
physico-chimiques. (LALANDE, La Dis-
solution, ch. 1: Définitions. — R. BER-
THELOT, Les origines de la philosophie
de Spencer, dans le Bulletin de la So-
ÉVOLUTION
ciété de Philosophie, 1904 ; spéc. pp. 93,
95.
Le chez SPENCER lui-même, la
définition de ce mot est variable, et
sous la forme la plus expresse qu’il lui
ait donnée, elle contient des éléments
de caractère opposé : « Evolution is an
integration of matter and concomitant
dissipation of motion, during which
the matter passes from an indefinite
incoherent homogeneity to a definite
coherent heterogeneity and during
which the retained motion undergoes
a parallel transformation1. » Premiers
Principes, ch. xvir. (En italiques dans
le texte.) — Or, par sa première partie,
cette définition est mécanique et quan-
titative (voir plus bas la critique du
mot intégration*) ; par la seconde par-
tie, elle est biologique et qualitative.
Rien ne prouve a priori que ces deux
conceptions différentes puissent être
réunies pour former un concept unique.
En fait, l'effort fait pour rattacher la
1. « L'évolution est une intégration de matière et une
dissipation concomitante de mouvement, durant laquelle
la matière passe d'une homogénéité indéfinie et incohé-
rente à une hétérogénéité définie et cohérente, et durant
laquelle le mouvement retenu subit une transformation
parallèle. »
un second : développement insensible et continu. Il semble en effet naturel de
penser qu’une crise révolutionnaire, dans le développement d’un être individuel,
est due à l’action perturbatrice d’une cause extérieure ; le développement normal
de l'être lorsqu'il est soustrait à cette action perturbatrice devant être un déve-
oppement graduel et lent.
H. SPENCER commence à employer avec précision le mot évolution dans son
essai intitulé Genesis of science, juillet 1854. — (V. Essays, I, pp. 185, 227.) Mais
c’est seulement en 1857 (Progress, its Law and causes, avril 1857 ; Transcendental
Physiology, octobre 1857) que sa théorie se trouve constituée, en tant qu’elle
définit l’évolution par le passage de l’homogène à l’hétérogène.
En octobre 1859, Darwin publie son Origin of Species, où le mot évolution
n’est pas employé. Mais six mois plus tard, en mars 1860, H. SPENCER imprime
le prospectus de sa Philosophie synthétique qui contient une partie consacrée à la
Biologie. Les Principes de Biologie commencent à paraître en 1864. Le succès des
livres de H. Spencer explique que la terminologie du philosophe ait fini par
s’appliquer à la théorie du savant, et que le mot évolution ait pris un nouveau
sens, plus restreint que chez Spencer : la transformation d’une espèce vivante en
une autre. Cette transformation, chez Darwin et Spencer, est d’abord considérée
comme lente. Mais finalement on entend par « évolution » la transformation,
avec ou sans secousses brusques, d’une espèce vivante en une autre. (E. Halévy.)
nn
|
[ii
ÉVOLUTION
différenciation* à un processus de phy-
sique générale, et la formule quantita-
tive de l’évolution sont secondaires et,
pour ainsi dire, momentanés dans la
philosophie de Spencer : car ils n’appa-
raissent pas avant les Premiers Prin-
cipes, et disparaissent dans les ouvrages
postérieurs.
« In that Essay (Progress : its Law
and Cause, 1857), as also in the first
edition of this work, I fell into the
error of supposing that the transforma-
tion of the homogeneous into hetero-
geneous constitutes Evolution; whe-
reas, as we have seen, it constitutes
the secondary re-distribution accompa-
nying the primary redistribution in
that Evolution which we distinguish
as compound, — or, rather, as we shall
presently see, it constitutes the most
conspicuous part of this secondary re-
distribution, » First Principles, note
au & 419. L'évolution proprement dite
est alors définie de la manière suivante :
« Evolution, under its simplest and most
general aspect is the integration of
matter and concomitant dissipation of
movement; while dissolution is the
absorption of motion and concomitant
disintegration of matter®. » Jbhid., $ 97.
— D'autre part, dans les ouvrages pos-
térieurs (Principes de biologie, Prin-
cipes de psychologie, Principes de socio-
logie, Principes de morale), il est de
nouveau fait appel, presque exclusive-
ment, à la formule qualitative de l’évo-
lution. C’est aussi celle qu’accepte
HôrFpiNc, en en faisant honneur à
SPENCER et en y ajoutant seulement
une détermination plus précise, la ten-
dance au développement de l’individua-
1. « Dans cet Essai, comme ausei dans la première
édition des Premiers principes, je tombais dans l'erreur
de supposer que cette transformation d’homogène
en hétérogène constitue Evolution; tandis que,
comme nous l'avons vu, elle constitue la redistribution
secondaire accompagoant la redistributioa primaire dans
Evolution que nous appelons composée : ou plutôt,
comme nous allons le voirimmédistement, elle constitue
la partie la plus remarquable de cette redistribution
secondaire. » — 2. « L’ Evolution, sous son aspect le plus
simple et le plus général, est l'intégration de la matière
et la dissipation concomitante du mouvement; tandis
ge la disvlufon est l'absorption du mouvement et ia
ésintégration concomitante de la matière.»
lité : « Dans tous les domaines, l’évolu-
tion consiste dans le passage d’un état
incohérent, indéfini et homogène à un
état cohérent, bien défini, hétéro-
gène... Nous ferons seulement remar-
quer que l’individualisation progres-
sive peut être donnée comme la marque
commune de l’évolution sous toutes
ses formes. Partout dans la nature de
petits touts se forment dans le grand
tout infini, chacun ayant ses relations
particulières de solidarité avec le monde
qui l'entoure. » Psychologie (1e édi-
tion), ch. in, $ 12. Cf. &° édition, VII,
C. 3. (Trad. Poitevin, 461.)
Il nous semble que cette définition
qualitative (D) est celle qui correspond
le mieux à l’esprit réel et historique de
l’évolutionnisme et, par suite, nous
pensons qu’il y aurait intérêt à ne
prendre le mot évolution que dans
cette acception précise.
Sans doute le sens C doit aussi être
représenté, non dans les formes bâtar-
des que nous avons analysées ci-dessus,
mais 1° dans sa signification générale
et 2° dans l'application particulière
qu’en a faite M. PERRIN. — Pour la
signification générale, nous proposons
transformation dirigée, ou mieux vection
(par analogie avec vorcteur); et pour
l'application particulière au principe
de Carnot, involution. Deux raisons
militent en faveur de ce mot et contre
celui d'évolution : 19 L'usage déjà con-
sacré du mot entropie* (vrporn, mot à
mot énvolution), appliqué par CLau-
sius à la grandeur dont l'accroissement
mesure cette transformation ; — 2° Le
fait que les transformations physiques
irréversibles sont caractérisées par un
progrès de l’homogénéité ({égalisation
spontanée des pressions, des tempéra-
tures, des potentiels, etc.), et, par con-
séquent, s'opposent à l’évolution spen-
cérienne en tant que celle-ci est un
progrès vers l’hétérogénéité et l’indi-
vidualisation.
Rad. int. : À. Evolvig; B. Fiad;
C. Vekci ; D. Evoluci (et pour la trans-
formation inverse, Involuci) ; E. Trans-
formig.
ÉVOLUTIONISME ou Évolution-
pisme, D. Evolutionismus, Entwicke-
lungstheorie ; E. Evolutionism ; I. Evo-
luzionismo.
Système philosophique ou scientifi-
que reposant sur l’idée d’évolution dans
tous les sens du mot ; et en particulier :
A. Philosophie du devenir, par oppo-
sition à la philosophie de l'éternel et de
l'immuable.
B. Synonyme de transformisme : doc-
trine de Lamarcx, Darwin, etc.
d’après laquelle les espèces* dérivent
les unes des autres par transformation
naturelle,
C. Doctrine d’après laquelle la loi
générale du développement des êtres
est la différenciation* accompagnée
d'intégration (voir ci-dessus, Évolu-
tion-D), loi suivant laquelle se seraient
successivement formés le système so-
laire, les espèces chimiques, les êtres
vivants, les facultés intellectuelles, les
institutions sociales.
CRITIQUE
Le second sens étant déjà représenté
avec précision par le terme transfor-
misme, il convient de réserver évolu-
tionnisme au sens C, comme c’est d’ail-
leurs l'usage le plus général chez les
philosophes contemporains.
Rad. int. : A. Fiadism ; B. Transfor-
mism; C. Evolucionism.
EXACT, D. Exakt; E. Exact; I.
Esatto.
A. Une énonciation est exacte (exac-
tus, parfait, achevé) quand elle est
adéquate* à ce qu’elle est destinée à
énoncer.
L’exactitude (intellectuelle) consiste
donc : 1° à faire connaître sans ambi-
&uïté ce que l’on se propose ; 2° à don-
ner un critérium permettant de recon-
naître, également sans ambiguité, ce
Miest ou n’est pas conforme à cette
intention.
B. Plus spécialement, ce mot s’ap-
Plique aux énonciations concernant la
mesure, et dans ce cas :
19 Une mesure A est exacte, ou abso-
EXCEPTION
lument exacte, lorsqu'elle n'est ni supé.
rieure, ni inférieure, de si peu que ce
soit, à la grandeur mesurée. Ex. : « Le
côté de l’hexagone régulier inscrit est
exactement égal au rayon. » — Voir
Précis*.
20 Une mesure A est exacte à 1 n-ième
près, lorsque la grandeur mesurée est
: 1
comprise entre les deux valeurs A + -.
n
Les Sciences exactes sont celles qui
sont constituées par des propositions
exactes, au sens B, 1°.
Rad. int. : Exakt.
EXCEPTION, D. Ausnahme ; E. Ex-
ception ; |. Eccezione.
A. Acte par lequel on exclut un cas
d’une règle ou d’une formule générale
qui lui serait applicable, cette exclusion
résultant soit de l’usage (comme en
grammaire), soit des résultats de l’ob-
servation (comme dans les anomalies
biologiques), soit de la décision même
qui pose la règle (comme dans les lois),
soit d’une dérogation, volontaire ou
! non, à une norme reconnue et habi-
tuellement suivie.
B. Au sens concret : le cas lui-même
qui est exclu. « Une règle sans excep-
tion. »
C. Acte par lequel on excipe d’une
circonstance particulière, c’est-à-dire
par lequel on tire argument de cette
circonstance pour justifier une déro-
gation à la règle générale applicable
aux cas de cette sorte. (Ce sens est par-
ticulier à l’usage juridique.)
CRITIQUE
L'adage : « L’exception confirme la
règle », très souvent pris à contresens,
veut dire qu’en excipant d’une circons-
tance spéciale, on reconnaît par là
même le principe ou la formule géné-
rale à laquelle on se prétend en droit
de déroger « exceptionnellement ». La
forme complète de cet adage, d’origine
juridique, est : « Exceptio firmat regu-
lam in casibus non exceptis (l'exception
confirme la règle à l'égard des cas qui
ne sont pas exceptés). » Cf. cet autre
EXCEPTION
adage : « Exceptio strictissimi juris
est » (l'exception est un droit stricte-
ment limité ; elle ne peut s’étendre par
analogie).
Il est donc grossièrement sophistique
de faire appel à cette expression pro-
verbiale pour maintenir une générali-
sation inductive à laquelle un adver-
saire oppose un exemple contraire.
Rad. int. : Ecc.
EXCEPTIVE (proposition).
Ausnehmend ; K. Exceptive ; I.
tuatisra, eccelliou.
Proposition composée qui affirme un
prédicat d’un sujet général, en excep-
tant de cette affirmation un ou plu-
sieurs individus, une ou plusieurs es-
pèces.
Rad. int. : Ekceptant.
D.
Eccet-
EXCÈS, D. Übermass, Übermässig-
keit ; E. Excess ; I. Eccesso.
A. Ce qui dépasse une quantité don-
née prise comme point de repère. « Une
approximation par excès. » — « L’excès
de l'offre sur la demande. » Cf. Dé-
faut*, A.
B. Ce qui dépasse à tort la mesure
normale ou souhaitable. « Un excès de
confiance dans les abstractions » :
a commettre des excès ».
C. Quelquefois, mais improprement,
ce qui est extrême. « De l’excès des
maux sort le remède. »
CRITIQUE
1. L’excès, au sens B, n’est pas seu-
ement ce qui dépasse la mesure nor-
male, mais ce qui la dépasse à tort :
faire plus que son devoir n’est pas
appelé un excès. Parler d’un « excès de
zèle », c’est le désapprouver. Cf. 7h.
coordonnable*.
2. L'adjectif excessif et l’adverbe
excessivement ont toujours le sens B.
C'est par suite d’une confusion qu'ils
sont pris dans le langage populaire
pour extrême, extrémement, où même
comme de simples superlatifs. « Un
homme excessivement intelligent » veut
dire, si l’on parle correctement, un
homme dont l'intelligence est trop
développée par rapport à ses autres
facultés, et nuit à des qualités essen-
tielles.
Rad. int. : Eces.
EXCITANT, D. Reizmittel ; E. Su.
mulus ; I. Stimolo.
Ce qui produit l’excitation*. Voir
Stimulus*, et cf. les Observations ci-
dessous.
1. EXCITATION, D. Rezz, excitation
proprement dite; ÆErregung, change-
ment d'état produit par cette excita-
tion ; E. Excitation ; I. Eccitazione.
A. Action d’un stimulus sur une
extrémité nerveuse sensitive (point de
départ de l’impression*). On appelle
alors mesure de l'excitation la mesure
du phénomène physique pris pour sti-
mulus (son, éclairement, pression, etc.).
B. Moins proprement ; ensemble des
phénomènes physiques et physiologi-
ques nécessaires à la production d’une
sensation*, En ce sens l’excitation com-
prend la stimulation d’une extrémité
nerveuse, la transmission au cerveau,
l’action cérébrale concomitante de l’ap-
parition d’une sensation à la conscience.
Rad. int. : A. Stimul.
Sur Excitation. — Le sens propre de ce mot est physiologique ; il ne désigne
pas le stimulus lui-même, mais l’action du stimulus sur l’extrémité nerveuse.
C’est à tort que dans la formule célèbre de Fechner, on a traduit Reiz par exci-
tation : il désigne dans ce cas le stimulus lui-même, phénomène physique mesurable
et non son effet physiologique. (G. Dumas.)
On distingue en allemand der äussere Rezz, qui est le stimulus ; der innere Reiz,
qui correspond à l’action physiologique. Voir Eiscer, sub Vo.
Il vaudrait mieux dire l’excitant que le stimulus. (V. Egger.)
17
2. EXCITATION, D. Aufregung ; E.
EÉxcitement ; I. Eccitazione.
Suractivité mentale produite par des
causes extérieures (émotions, sensa-
tions dynamogènes*, intoxications, fo-
lie circulaire, manie, etc.).
Rad. int. : Ekcit.
EXCLUSION, D. Ausschliessung ; E.
Exclusion ; I. Esclusione.
Relation logique de deux classes qui
n’ont aucun élément commun, ou de
deux caractères qui ne peuvent appar-
tenir tous deux à la fois au même sujet.
Rad. int. : Exklus.
EXCLUSIVE (Proposition), D. Ezx-
clusiva (lat.) ; KE Exclusive ; I. Esclu-
siva.
A. Proposition énonçant qu’un pré-
dicat n’appartient qu’à des sujets d’une
classe donnée : « Les A seuls sont B. »
Logique de Port-Royal, 11, ch. x.
B. En parlant d’une particulière* :
celle qui affirme ou nie le prédicat
d’une partie seulement de l'extension
du sujet. Cf. Minimale*. On l'appelle
aussi limitative*.
C. En parlant d’une alternative* ou
d’une disjonctive* : celle dont tous les
membres sont incompatibles entre eux.
D. En parlant d’une conditionnelle* :
celle qui énonce une condition irrem-
plaçable (sine qua non).
Rad. int. : Exkludant.
Exclu (Principe du milieu) ou du
tiers exclu ; voir Milieu*.
EXÉCUTION. — Terme consacré dans
les traités de psychologie français pour
opposer l’accomplissement même d’un
aCte volontaire à la décision* (résolu-
Hon*, ou détermination*). « Il faut bien
distinguer l’acte volontaire proprement
dit... de ce qui le précède ou l’accom-
Pagne de ce qui le suit. Ce qui le pré-
cède, c’est la réflexion ou le désir: ce
Qui le suit, c’est l'exécution. » P. JANET,
Traité de philosophie, 4° éd. (1884),
P- 295. « Cependant, il faut reconnaître
que pour que l'acte volontaire soit
nn.
EXIGENCE
complet et entier, il faut qu'il y ait un
commencement d'exécution, c’est-à-
dire que de la résolution on ait com-
mencé à passer à l’action. ; la résolu-
tion elle-même pourrait n’être encore
qu’une intention et une simple vel-
léité. » Zbid., 277. — « Toute volition
comprend quatre moments principaux,
que l'observation interne peut analyser
facilement : A. Conception B. Déli-
bération.. C. Résolution. D. Exécu-
tion... » A. REY, Leçons élémentaires de
psychologie et de philosophie, nouvelle
édition (1908), p. 414 et suiv.
Rad. int. : Execut.
EXÉGÈSE, D. Auslegung ; E. Ere-
gesis ; I. Esegesi.
Interprétation philologique et doc-
trinale d’un texte, particulièrement
d’un texte qui fait autorité : la Bible,
les textes de loi. « L'erégèse des codes et
la nature du raisonnement juridique »,
titre d’un ouvrage de M. Mallieux
(1908).
EXEMPLAIRE (Cause), D. Mus-
ter... ; E. Exemplary ; I. Esemplare.
Modèle existant en soi, comme les
Idées platoniciennes, ou conçu par l’es-
prit, comme un idéal artistique, et
conformément auquel la cause efficiente
produit son effet. Terme ancien et peu
usité.
Rad. int. : Exemplari.
EXIGENCE, D. Fordern, Forderuneg ;
E. Demand (beaucoup plus fort qu’en
français), requirement ; 1. Esigenza.
Terme employé depuis quelques an-
nées assez fréquemment dans les ou-
vrages de philosophie français pour
représenter d’une manière plus large
le genre de liaison dont l'implication
est la forme logique. « Pour que la
pensée s’exerce, il faut que quelque
chose lui soit donné qui ne soit pas
elle. Cet il faut lui-même est une exi-
gence de la pensée. » C. BouGLÉ, « Sou-
venirs d’entretiens avec J. Lachelier »,
dans les Œuvres de J. Lachelier,
XXXIX. — « … J’ai marqué que j'envi-
EXIGENCE
sageais surtout le fait de l’évolution
dans ses rapports avec l'exigence idéa-
liste. Ce fait semble contredire cette
exigence, puisqu'il montre la pensée
émergeant de la matière, sortant de la
nuit. » Ed. Le Roy, L'exigence idéaliste
et le fait de l'évolution, p. 1. Voir
Supplément.
CRITIQUE
Exiger est plus fort qu'appeler* ;
mais il n’emporte pas, comme impli-
quer*, un caractère intellectuel et ri-
goureusement déterminé. Il appartient
surtout au vocabulaire de la philosophie
existentielle*. De plus, impliquer peut
se dire du rapport entre simples lexis,
notamment du rapport entre une ma-
jeure et une conclusion connue pour
fausse, qui sert à la réfuter ; exiger ne
se dit que de ce qui est considéré
comme une vérité de fait ou de droit.
Rad. int. : Postul.
« EXISTANT », subst. Se dit d’un être
possédant l’existence au sens C. « L’ef-
froi de l’existant devant son existence. »
J. Wanz, Études kierkegaardiennes,
p. 357. — Voir aussi Étant et existant (S).
: ______ 318
EXISTENCE, D. Existenz, Dasein .
E. Existence ; 1. Esistenza. À
Le fait d’étre*, dans toutes les accep.
tions où le mot s'emploie absolument
(Sens A).
A. Existence en soi*, c’est-à-dire 'e
fait d’être, indépendamment de la con.
naissance (soit de la connaissance ac-
tuelle, soit de toute connaissance pos-
sible).
B. Existence dans l’expérience*,
c’est-à-dire le fait d’être, soit actuelle-
ment présenté dans la perception ou
dans la conscience du moi, soit conçu
comme objet d’expérience nécessaire,
bien que non actuelle.
Le mot, dans ces deux sens, s'oppose
d’une part à essence*, comme le fait
d’être à la nature de l'être; — de
l’autre à néant, comme l'affirmation à
la négation.
C. En un sens fort : réalité vivante
ou réalité vécue, par opposition aux
abstractions et aux théories. Voir Exis-
tentialisme*.
D. Existence logique, c'est-à-dire le
fait que, étant donné l’ensemble d’idées
que l’on considère, une certaine classe
Sur Exigence. — M. Ed. Le Roy applique plus spécialement ce mot à ce qui
:a'est Pas vide (— nulle en extension).
jBx. : « Il n'existe pas de nombre carré
aqui soit double d’un autre. » — En ce
sens, l'existence n’est pas un attribut
des individus, mais de la classe.
‘: Postulats d'existence, ceux qui posent
existence (au sens D) d’un ou de
plusieurs individus répondant à une
définition donnée.
CRITIQUE
RussELL (The principles of mathe-
matics, $ 427) distingue l’être pur et
simple, being, de l'existence : l’être
appartient à toute chose concevable
(nombres, chimères, dieux d’Homè-
re, etc.), c'est l’être-C ; l'existence, au
contraire, est une propriété de certaines
classes d'individus.
Rad. int. : Exist.
EXISTENTIALISME, N. Existentia-
lismus, existentiale ou existentielle Philo-
sophie (employés pour distinguer diffé-
rentes doctrines, acceptant ou non la
qualification d’existentialistes) ;, — E.
Existentialism ; |. Esistentialismo.
À. Au sens le plus général : mise
EXISTENTIALISME
en relief de l'importance philosophique
qu’a l’existence individuelle, avec ses
caractères irréductibles. — « Retour
à l'existence comme elle nous est don-
née, sentiment croissant de la vanité
qui peut s’insinuer dans des doctrines
même sévères, mesure de la distance
entre les abstractions théoriques et
l'expérience concrète ; bref, besoin de
considérer l'existence en face, telle
qu'elle est vécue, et de penser sur elle
avec efficacité, voilà justement quel-
ques-uns des traits qui se rassemblent
dans l’existentialisme ou la philosophie
existentielle. » R. LE SENNE, Introduc-
tion à la philosophie, p. 228.
On applique ce nom aux idées phi-
losophiques de Kierkegaard, de Jas-
pers, de Heidegger, de Chestov, de
Berdiaeff, quelquefois de Nietzsche ou
de Unamuno. Il est devenu très courant
dans la philosophie, la littérature et
même le journalisme depuis 1945.
Mais voir les Observations ci-dessous.
Spécialement :
B. Doctrine philosophique de J..
P. SARTRE, exposée philosophiquement
dans L'Être et le néant (1943), mais
est affirmé par le seul fait qu’on affirme quelque chose, ou voulu par le seul fait
qu’on veut quelque chose. Voir au Supplément à la fin du présent ouvrage une
note qu’il a bien voulu nous donner à ce sujet.
Sur Existence. — Les scolastiques opposent essentia et existentia : l’essence
est la nature conceptuelle d’une chose ; elle est conçue comme un pouvoir d’être,
l'existence au contraire est la pleine actualité, ultima actualitas ; elle apparaît
ainsi comme s’ajoutant à l’essence. Chr. WozrFr suit encore cette distinction
dans sa définition bien connue : « Existentiam definio per complementum vossi-
bilitatis. » Ontol., 143. (R. Eucken.)
La notion d'existence n'implique-t-elle pas aussi l’idée d’une continuité de l’être
dans le temps ? Autrement dit ne semble-t-il pas que le mot existence emporte
l’idée de quelque chose de plus que l'actualité (au sens B), à savoir la permanence ?
Ceci serait confirmé par l’origine psychologique de cette notion, qui n’est que
l’abstraction et l’objectivation de la continuité de notre moi. (C. Ranzoli.)
La distinction de M. Russell signalée dans la critique ne me paraît pas accep-
table pour l’usage du mot français. (V. Egger.) — Il est vrai que, dans beaucoup
de cas, étre, surtout comme substantif, a un sens plus réaliste et plus plein qu’extis-
tence ; mais il faut remarquer qu’il est aussi employé dans beaucoup d’expressions
de pure logique ou mathématique ; par exemple : « Soit un triangle, etc. » (A. L.)
Cette distinction ne fait que reprendre la distinction scolastique de l’essence
et de l’existence. Il est exact de dire qu'être a souvent un sens plus réaliste et plus
plein qu’existence ; mais cette observation devrait conduire à la remarque que,
entre existence et les mots de même radical et de sens quasi identique, tels qu'étre,
essence, entité, il y a des nuances appréciatives, pouvant aller jusqu’à une oppo-
sition. Selon les auteurs, c’est l’être qui est réel, ou l’essence, les existants ne
possédant qu’une demi-réalité. Ou au contraire ce sont les existants qui seuls
possèdent et constituent la réalité au sens fort. La querelle des universaux est
éternelle, et les philosophies nouvelles, après le premier effet de surprise, la
retrouvent. Peut-être y a-t-il un balancement et un rythme dans la faveur dont
jouissent successivement ces doctrines opposées, dont l’éclipse ne serait jamais
une disparition définitive. (M. Marsal.)
Dans l’idée d'existence, M. L. LaveLLe distingue trois sens : 1° l’être en tant
que manifesté ; 29 « le fait même d’être posé, soit par moi-même, soit par autrui,
soit par le tout de l'être, dans la mesure où il accepte de me recevoir » ;
39 «l'acte même par lequel je me détache de l'être pur pour trouver en lui mon
essence. » De l” Acte, p. 97, 98, 101.
Sur Existentialisme. — Article complété d’après les indications de M. Jean
Wahl, qui ajoute ceci : « C’est Kierkegaard qui a été l’initiateur de la signification
nouvelle donnée à l’idée d’existence : non plus synonyme d’être, mais de subjecti-
vité. Voir sur ce point Étienne Gizson, L'Étre et l'Essence ; J. WawL, Études
ierkegaardiennes. Faisons observer que Heidegger veut être avant tout un phi-
EXISTENTIALISME
CS
répandue surtout par son théâtre,
ses romans, et par la revue Les Temps
modernes (1944 et suiv.). Elle tire son
nom de la thèse : « L'existence précède
l'essence », expression métaphysique
de la croyance à la liberté absolue,
suivant laquelle l'être vivant et pensant
se fait lui-même, pour autant que le
permettent certaines déterminations
déjà prises. — Cf. Angoisse*, Déré-
liction*, Engagement*, Projet*.
C. « Existentialisme chrétien ». Doc-
trine de Gabriel MaRcEL, exposée
notamment dans : Existence et objec-
tivité, Revue de Métaphysique et de
et Homo viator (1945). —.Voir L’exis-
tentialisme chrétien, Gabriel Marcel,
ouvrage collectif présenté par Étienne
Gizson (1947).
EXISTENTIEL, D. Existential ; E,
Existential ; 1. Esistenziale.
A. Locique. Se dit des jugements qui
affirment ou nient l’existence* d’une
classe simple ou composée ; comme :
A = 0 (iln'y a pas de A), AB +0 (il
y a des AB = Quelque A est B — Quel-
que B est A). La question de la portée
existentielle (E. Existential import) des
jugements est celle-ci : Les propositions
Morale, 1995 : Être et avoir (1935) | soit universelles, soit particulières, in-
losophe de l’être {qu’il pense pouvoir atteindre comme « ex-sistence », être-hors-
de-soi) ; que Jaspers est un « philosophe de l'existence » et que tous deux refuse-
raient qu’on leur appliquât le terme d’existentialiste. Voir sur ce point les lettres
que j'ai reproduites dans Existence et transcendance.
Il conviendrait donc de réserver le terme d’existentialisme à la philosophie
de Sartre, de Merleau-Ponty, et de Mme Simone de Beauvoir qui acceptent cette
désignation, et à celle de Gabriel Marcel, puisqu'il a souvent admis d’être appelé
« existentialiste chrétien ». Mais on ne peut comprendre Sartre sans remonter
à Heidegger, et de Heidegger à Kierkegaard. Sartre dit : « L'existence précède
l’essence ». Heidegger préfère dire : « l’essence de l’homme est dans son existence »,
c’est-à-dire dans son être-dans-le-monde. Voir sur cette différence la lettre de
Heïdegger à Jean Beaufret, dans Platons Lehre on der Wahrheit, mit einem
Brief über Humanismus (Berne, 1947). Suivant Sartre, l’existant se fait lui-même
en même temps qu'il est sa « situation », et cette situation dépend en dernier lieu
de lui-même. Il reprend la formule de Lequier : « Faire, et en faisant, se faire ».
La liberté n’est possible que parce que l’homme n’a pas d'essence qui le délimite.
Voir SARTRE, L’Erxistentialisme est un humanisme.
L’existant est défini comme sans cesse en devenir, dans un devenir continu
et passionné (Kierkegaard, Jaspers), ou comme Être-dans-le-monde (Heidegger),
en tout cas comme liberté (Jaspers, Sartre). Il juge en dernier ressort et dans l’an-
goisse. Îl est devant la transcendance (Kierkegaard, Jaspers) ; ou bien il se trans-
cende lui-même, dans un monde d’où Dieu semble être absent, vers l'avenir,
vers les autres, vers le monde, vers l'être (Heidegger, Sartre). — (J. Wahl).
— Existence, au sens fort et concret, existentiel, « un existant », au sens de
Kierkegaard, ont commencé à s’introduire dans la langue de la philosophie
française avec l’article de Gabriel MarceL, Existence et Objectivité (Revue de
métaphysique et de morale, 1925, p. 175-195). Voir aussi J. WauL, Catégories
kierkegaardiennes, dans les Recherches philosophiques, tome III (1933-1934 ; publié
en 1935), p. 171-202. Depuis lors, « existentiel » et surtout « existentialisme » sont
devenus si courants en France, dans la philosophie et dans la littérature, qu’on
les rencontre fréquemment même dans les journaux quotidiens (Qu'est-ce que
l’existentialisme ? Interview de M. BeaurrerT par M. H. Magnan, Le Monde,
11 et 15 décembre 1945). Mais le mot recouvre une grande variété de doctrines,
depuis la simple thèse que l'existence est irréductible à la pensée, et source d’ac-
quent-elles l’existence des classes qui
«en 8ont le sujet ou le prédicat ?
7. B. Relatif à l'existence au sens C.
Vs
” Philosophie existentielle, voir Exis-
4sntialisme*. — « La philosophie dite
.gtistentielle considère la réalité moins
comme un objet en face d’un sujet
connaissant que comme une existence
‘dont le contact nous transforme ; et
loin d'isoler en nous la faculté connais-
sante du reste de notre être, elle fait
participer à la recherche philosophique
l'individu tout entier, avec ses réactions
sentimentales et passionnelles devant
les choses. » E. BRÉHIER, Préface à
l'ouvrage de Masson-OurseL, La phi-
losophie en Orient, p. x.
Rad. int. : Exist.
EXISTER et EXISTENTIAL, (S).
EXOTÉRIQUE, G. 'Élwreptxoc, ex-
térieur ; D. Exoterisch ; E. Erxoteric ;
I. Essoterico.
Terme employé en plusieurs passages
par ArISTOTE. Le sens en est mal dé-
fini ; il a donné lieu à plusieurs in-
terprétations, analysées dans Bonirz,
EXPÉRIENCE
Index Aristotelicus, 104044 à 105249.
Dans le langage moderne, il s'oppose
à acroamatique* et à ésotérique* aux
sens A et B. Voir ces mots.
Rad. int. : Exoterik.
EXPÉRIENCE : 1° dans un sens
abstrait et général : « l’expérience »
(D. Erfahrung ; E. Experience ; 1. Espe-
rienza) ; — 2° dans un sens concret et
plus technique : acte d’expérimenter
(D. Experiment ; E. Experiment ; |. Es-
perimento). — Voir Empirique*, Expé-
rimental*.
1° L'expérience en général :
A. Le fait d’éprouver quelque chose,
en tant que ce fait est considéré non
seulement comme un phénomène tran-
sitoire, mais comme élargissant ou en-
richissant la pensée : « Faire une dure
expérience; avoir (ou avoir acquis)
l'expérience des assemblées publiques. »
— Cf. le titre de l’ouvrage de W. J4-
MES : The varieties of religious expe-
rience (Les formes diverses de l’expé-
rience religieuse), traduit en français
par Fr. ABauzir sous le titre : L'expé-
rience religieuse.
tivité créatrice, jusqu’au refus total de reconnaître aucun droit à la raison en face
de la vie affective et volontaire. Voir L’Existence (Éditions de la N. R. F., 1945)
ensemble d’articles par MM. A. Camus, B. Fondane, M. de Gandillac, Et. Gilson.
J. Grenier, L. Lavelle, R. Le Senne, B. Parain, A. de Waehlens. « Avertissement »
de M. Jean Grenier, directeur de la collection, qui vise au contraire « une
intégration de l’existentialisme à l'intelligence, sans retour pour cela à l’ancien
rationalisme ». Mais d’ailleurs les auteurs de ces articles, pour la plupart,
R'acceptent point pour leur doctrine le nom d’existentialisme.
Sur Expérience. — Article entièrement remanié sur les observations de
J. Lachelier, V. Egger, Rauh, Malapert, Brunschvicg, Mentré.
. V. Egger définit l'expérience C : « la connaissance directe, intuitive, immé-
diate que nous avons des faits ou phénomènes ». Voir Dictionnaire Encyclopédique
des Sciences médicales, où se trouve également une analyse détaillée de l'expé-
ence D, qui est définie « la production artificielle des phénomènes en vue de
leur observation précise, complète et méthodique ». Ibid. — Nous n’avons pas
Œu, après les discussions qui ont eu lieu en séance sur ce mot, pouvoir adopter
ces définitions : la première, parce qu’elle accorde à l’expérience un caractère de
Connaissance immédiate qui est psychologiquement et logiquement discutable ;
. Seconde, parce qu’elle définit plutôt l’expérimentation qu’une expérience prise
isolément. (A. L.)
- IwWanowsky propose de subdiviser ainsi qu’il suit Expérience C au point de
EXPÉRIENCE
B. Ensemble des modifications avan-
tageuses qu’apporte l'exercice à nos
facultés, des acquisitions que fait l’es-
prit par cet exercice, et, d’une façon
générale, de tous les progrès mentaux
résultant de la vie. On distingue une
expérience individuelle et une expérience
de l'espèce (on dit encore : expérience
ancestrale) ; celle-ci peut être elle-même
transmise soit par la tradition (éduca-
tion, langage, exemples) ; soit par l’hé-
rédité psycho-physiologique.
Il est à remarquer qu’on n’appelle
pas expérience toutes les modifications
produites par la vie (par ex. l’oubli,
lPindifférence, les compromissions mo-
rales, etc.), mais seulement celles qu’on
juge avantageuses. Le terme a donc
une valeur appréciative*.
C. THÉORIE DE LA CONNAISSANCE.
L'exercice des facultés intellectuelles,
considéré comme fournissant à l'esprit
des connaissances valables qui ne sont
pas impliquées par la nature seule de
l'esprit, en tant que pur sujet connais-
sant.
Il est usuel de distinguer en ce sens
l'expérience externe (perception*), et
l'expérience interne (conscience*) ; l’ex-
périence, dans son ensemble, est alors
opposée, soit à la mémaire*; soit à
_5
Pimagination créatrice. et aux autres
facultés dites d’élaboration* ; soit à la
raison.
CRITIQUE
Je dis que l'expérience fournit des
connaissances, et non pas seulement
une matière, parce que le propre de
l'expérience est d’avoir une valeur pro.
bante, et de présenter des liaisons régy.
lières, soit que l’on considère celles.
comme résultant de la nature seule des
choses connues (voir Empirisme*), soit
que l’on admette une communauté de
nature entre les choses connues et les
lois de l’esprit (rationalisme dogma-
tique), soit qu’on admette (criticisme)
que ces liaisons viennent de ce que l’in-
telligence introduit d’elle-même dans
la connaissance perceptive, « um sie als
Erfahrung lesen zu künnent » Kanr,
Raison pure, Dial. transc. A. 314; B. 371.
Voir DELBos, Notion de l'expérience dans
f
,
la philosophie de Kant, Congrès de 1900,
IV, 363.
29 Expérimentulion :
D. Une expérience est le fait de pro-
voquer, en partant de certaines condi-
1... pour pouvoir la lire comme expérience. »
vue de la valeur phénoménale ou transcendante de celle-ci (question que nous
avons éliminée à dessein du texte comme insuffisamment éclaircie) :
« 1. Objet phénoménal. 1° Tout est phénomène. L’expérience est soit externe,
soit interne, mais ne porte que sur des relations. (D. Hume et ses successeurs.)
— 20 Est phénoménale seulement l’expérience des sens externes. Et alors la
conscience interne est ou considérée comme extérieure à l'expérience et fournissant
une intuition immédiate, soit intellectuelle (le moi comme sujet pensant), soit
volitive (le moi comme cause de l’effort) ; — ou réduite à la combinaison passive
des données des sens externes (école matérialiste).
Il. — Objet supra-phénoménal. Expérience transcendante ou mystique. »
Il semble, si l’on entrait dans l’examen de cette question, qu’il y aurait lieu
également de faire place aux théories qui accordent une valeur supra-phénomé-
nale même à l’expérience externe (perceptionnisme). Le mot expérience présente
dans la philosophie moderne un sens honorable et laudatif ; d’où, par suite, de
la part de ceux qui admettent la possibilité d’une connaissance métaphysique, la
tendance à revendiquer pour celle-ci le caractère d'expérience. (A. L.)
Sur Expérience, au sens D. — La pensée de Claude Bernard sur le sens précis
à donner aux mots ‘observation » et « expérience » est restée très incertaine.
goos bien déterminées, une obser-
gtion telle que le résultat de cette
pservation, qui ne peut être assigné
davance, soit propre à faire connaître
nature ou la loi du phénomène étudié.
parle, en ce sens, non seulement
dexpérience physique ou psychologi-
, mais encore d'expérience morale
aux).
On discute sur la question de savoir
gi l'observation* doit être opposée à
pexpérience uniquement par l’interven-
ton active de l’expérimentateur dans
œtte dernière ou si, pour qu’il y ait
vraiment expérience au sens propre,
Pon doit y joindre l'intention, soit de
vérifier par son moyen une hypothèse
déjà formulée, soit de faire naître une
idée : « expérience pour voir ». Voir
sur cette question J. S. Mie, Logique,
livre III, ch. vis : « De l’observation et
de l’expérience », et Claude BERNARD,
Introd. à la médecine expérimentale,
qre partie, ch. 1 : « De l’observation et
de l'expérience », où le sens de ces mots
est discuté en grand détail. Il conclut
en définissant l’expérience une obser-
vation provoquée ou invoquée en vue
de contrôler ou de suggérer une idée
($ 5).
Expérience cruciale, voir CRUCIALE*.
Rad. int. : À, B. Expert, Expertad ;
C. Experienc ; D. Experiment.
Expériencer, voir Observations.
EXPÉRIMENTAL
« EXPÉRIENTIEL », E. Experiential
(proposé par Mie à la place de Positif,
comme exprimant la même idée plus
clairement). — Ezxpérientiel a été em-
ployé par G. CLEMENCEAU pour rendre
ce mot, dans sa traduction d’Auguste
Comte et la philosophie positive, p. 10.
Néologisme accepté à la séance du
8 juin 1905, pour éviter l’équivoque
d'empirique À et B, expérimental A
et B.
Ce qui se rapporte à l'expérience C,
ou ce qui repose sur elle, sans impliquer
nécessairement l’emploi de l’expérien-
ce D (experiment).
Rad. int. : Experienc.
EXPÉRIMENTAL, D. Experimen-
tell; E. Experimental ; 1. Esperimen-
tale.
A. Qui emploie l’expérience, au sens
C. Voir par ex. le titre de l’ouvrage de
R1B0T : « La psychologie anglaise, école
expérimentale. » — Il vaut mieux dire
en ce sens expérientiel.
B. Qui emploie l’expérience au sens
D. (experiment).
Spécialement :
Méthode expérimentale. Celle qui con-
siste dans l'observation, la classifica-
tion, l’hypothèse et la vérification par
des expériences appropriées.
Sciences expérimentales. Celles qui
usent de l’expérimentation. La méde-
cine expérimentale est opposée à la
Cela tient : 1° à ce que l'intervention du savant dans l’investigation des faits peut
avoir un grand nombre de degrés, dont précisément Claude Bernard donne
certains exemples ; 2° à ce que, pour l’un quelconque de ces cas, le savant peut
Prendre tour à tour l’attitude mentale de l’observateur qui « écoute parler la
uature » et veille à « ne pas répondre pour elle », et l'attitude du chercheur qui
veut dégager du fait une hypothèse ou une preuve. (R. Daude.)
Voir les remarques sur Observation*.
Sur « Expériencer., » — « Flournsy employait souvent ce terme dans ses cours,
AU sens anglais de to experience (D. Erleben) : éprouver, faire l'expérience d’un
&ntiment, d’une situation, etc. » (Ed. Claparède.) — Ce terme me paraîtrait
Aussi très utile ; cf. Expérientiel*, déjà proposé en ce sens dans la 1re édition du
nt vocabulaire, comme distinct à la fois d’empirique* et d’expérimental*.
le
.__
EXPÉRIMENTAL
médecine clinique, ou de simple obser-
vation. — La psychologie expérimentale
s'oppose, soit à la psychologie intros-
pective et spéculative (il s'agit alors de
deux méthodes différentes s'appliquant
à un même objet) ; soit à la psychologie
rationnelle ou à la théorie de la connais-
sance (il s’agit alors d’une division du
travail entre deux branches distinctes
de la psychologie).
Rad. int. : A. Experienc ; B. Experi-
ment.
EXPÉRIMENTATION, D. Experi-
mentation ; E. Experimentation ; 1. Es-
perimentazione.
Emploi systématique de l’expérien-
ce-D.
Rad. int. : Experimentad.
Expérimentation mentale, D. Gedan-
ken experiment, Mac. — « En dehors
de l’expérimentation physique, il en
est encore une autre, l’expérimentation
mentale, très abondamment employée
au degré supérieur du développement
intellectuel. Le faiseur de projets,
l'homme qui bâtit des châteaux en
Espagne, le romancier, l’inventeur d’u-
topies sociales ou techniques, font de
l’expérimentation mentale. Mais le né-
gociant à l’esprit solide, l’inventeur ou
le chercheur sérieux procèdent de
même. Tous se représentent des cir-
constances données, et rattachent à ces
circonstances l'attente, la prévision de
certaines conséquences : ils expérimen.
tent en pensée... La reproduction invo-
lontaire et plus ou moins exacte des
faits dans nos représentations est Je
phénomène fondamental qui rend pos-
sible notre expérimentation mentale.
Nos représentations, nous les avons
sous la main d’une manière bien plus
facile et plus commode que les faits
physiques ; nous expérimentons sur nos
pensées, si l’on peut ainsi parler, à
moins de frais. » E. Macu, Erkenntnis
und Irrtum (La connaissance et ler.
reur), ch. x1 : « L’expérimentation
mentale », $ 3 et 4.
Cette expression, et, plus encore,
l’analyse de l’opération qu'elle désigne
sont devenues extrêmement usuelles.
Voir en particulier RiGNANo, Psycho-
logie du raisonnement, ch. 1 ; GoBLor,
Traité de logique, ch. x1.
EXPIATION, D. Sühne,; E. Atone.
ment ; |. Espiazione.
Souffrance imposée ou acceptée à la
suite d’une faute et considérée comme
un remède ou une purification, la faute
étant assimilée à une maladie ou à une
souillure de l’âme. Voir PLATON, Gor-
gias, notamment 4782 à 4840 (ch. xxxiv
et xxxvi) et conclusion.
Rad. int. : Expiac.
Sur Expérimentation. — Quelques correspondants nous ont demandé pourquoi
ce mot est restreint à l'emploi systématique de l’expérience. Il est vrai qu’on dit
quelquefois « une expérimentation » pour une expérience au sens D. Mais cet
emploi du mot ne nous paraît pas d’une bonne langue. L’expérimentation est
une méthode qui consiste à faire une suite ou un ensemble d’expériences ou
experiments. (A. L.)
Sur Expiation. — L'idée de remède et celle de maladie doivent, ce semble, être
écartées du sens moderne de ce mot. Expiare, qui pouvait se dire soit de la souillure,
soit de la chose souillée, signifiait proprement rendre, de désagréable, agréable
aux Dieux. — Platon, en revanche, considère surtout dans le Gorgias la guérison
de l’âme. Mais ce sont deux conceptions différentes, la première purement reli-
gieuse, la seconde plutôt philosophique. (J. Lacheller.)
Même observation de M. Boisse, qui fait remarquer qu’on doit éviter de donner
au platonisme, par des assimilations de ce genre, une allure chrétienne et mys-
tique très propre à le fausser.
EXPLIQUER
EXPLICATIF, D. Erklärend, explica-
ne ; E. Explicatwe; EL Esplicativo.
A. Qui sert à expliquer*, dans tous
Jes sens.
Spécialement :
B. Opposé à constructif, en parlant
des définitions*, désigne celles dans
lesquelles le définissant a pour objet
deformuler la compréhension du défini,
qu'on suppose déjà implicitement déter-
EXPLICITE, D. Explicit, ausdriick-
lich ; E. Explicu ; 1. Esplicito.
À. En parlant des choses : est expli-
cite ce qui est expressément énoncé,
implicite ce qui est impliqué* par ce
que l’on énonce et qui, par conséquent,
y est compris, mais seulement d’une
façon virtuelle et non apparente.
B. En parlant des personnes : qui
s'explique clairement ; qui dit tout ce
minée. | qui est nécessaire pour être compris,
C. Opposé à normatif* ou apprécia- | sans équivoque et sans indétermina-
üf*, en parlant des propositions, dési- | tion.
gne celles qui énoncent seulement un Voir Implicite*.
fait ou une relation, par opposition à Rad. int. : Explicit.
celles qui énoncent un conseil, un ordre
ou un jugement de valeur.
Le mot s’applique dans le même
sens à la distinction des sciences nor- | explain, to explicate ; 1. Esplicare.
matives et des sciences explicatives. Voir Expliquer, dans tous les sens, c’est
WunpT, Ethik, Préface, II : « Die | faire comprendre* à l'un des trois pre-
Ethik als normative Wissenschaft. » miers sens de ce terine.
D. Voir déterminatif*. , Aussi le mot expliquer reçoit-il trois
degrés :
A. Au sens le plus large, développer
Le mot n’est pas heureux au sens C, | ou décrire, donner une détermination*
où il est fort détourné de son usage | précise à ce qui était inconnu, vague
ordinaire et de son étymologie. Le sens | ou obscur. Ex. : « Expliquer le sens
vague du mot allemand er/ilären paraît ! d'un mot, d’un texte; expliquer la
être l’origine de cette acception : « Die marche à suivre dans un problème. »
deutsche Sprache hat für die Aus- j B. Plus spécialement, expliquer un
drücke der Exposition, Explication, | objet de connaissance, c’est montrer
Declaration und Definition nichts mehr : qu’il est impliqué* par une ou plusieurs
als das eine Wort : Erklärung1.» KANT, | vérités déjà admises (à titre assertori-
Raison pure, À.730;B.°58.1lseraitpré- | que ou hypothétique). — Il n’est pas
férable de dire en ce sens : jugement | nécessaire que ce qui explique soit plus
{ou science) de constatation. Ce mot ne | général que ce qui est expliqué, l’ordre
possède pas encore d’adjectif verbal; |; des implications étant indépendant de
mais on pourrait employer constatif*. | la généralité des propositions qui s'im-
Rad. int. : A. Klarig, etc. (voir Expli- | pliquent. Voir Déduction*.
quer*) ; B. Explikant , C. Konstatant. |! C. Au sens fort, c’est montrer que ce
———————— que l’on explique est impliqué par des
1. « La langue allemande n'a rien qu'un seul mot, principes non seulement admis, mais
run g, pour rendre les idées qu’exprimentlestermes : PF, : { ; 3
, Explication, Déclaration et Définition. » : évidents* ; autrement dit, à faire voir
EXPLIQUER, D. Erkiären, plus gé-
néral; voir Ezxplicatif*, critique ; E. to
CRITIQUE
Sur Explicatif. — M. Parodi remplacerait volontiers ce mot par positif, en
tant qu’il s'oppose à normatif. Mais positif a déjà bien des sens, et l’on peut
soutenir que les sciences normatives, quand elles sont conçues par exemple comme
"Éthique ci-dessus définie (Critique, 3°), ne présentent pas un caractère moins
Positif que la grammaire ou même la biologie. Le néologisme constatives est ce
qui rend le mieux l’idée dont il s’agit. (A. L.)
B.._
LS
EXPLIQUER
qu’il dépend nécessairement de juge-
ments nécessaires.
CRITIQUE
On dit aussi quelquefois qu’on expli-
que un fait quand on montre qu'il n’a
rien d’extraordinaire ou de surnaturel,
et cela en faisant voir qu'il pourrait
être une application de telle loi connue,
ou se produire par tel mécanisme plau-
sible. — Ce n’est pas là à proprement
parler un sens du mot, mais une ellipse :
l'objet de pensée qu'on explique n’est
pas alors le fait, mais la possibilité de
ce fait suivant telles lois connues de la
nature, et l'explication consiste encore
ici à montrer que cette possibilité est
impliquée par les principes que nous
admettons.
Rad. int. : A. Klarig (Boirac) ; B.
Explik : C. Evidentig.
« EXPLOITER » {terme de la langue
courante, mais néclogisme dans son
usage philosophique) : utiliser des rela-
tions données, prises comme principes,
en développant par déduction un sys-
tème de propositions qui en résultent.
« Cette pensée (la déduction carté-
sienne) s’alimentait constamment d'’in-
tuitions intellectuelles. Elle exploitait
des synthèses primitives. » Charles
SERRUS, Essai sur la signification de
la logique (1939), 78. — Exploitation
s'emploie dans le même sens : « La
forme de la déduction n’est plus ensuite
qu’un instrument d'exploitation de la
relation fondamentale. » Jbid., 95.
EXPONIBLE, D. Exponibel ; E. Ex.
ponible ; 1. Esponibile.
Locique. On appelle ainsi des pro-
positions composées, mais où la com.
position n’est pas visible dans la forme,
de sorte qu’on est obligé de les « expli-
quer » ou « exposer » pour les analyser
logiquement. Ce sont les exclusives*,
les exceptives*, les comparatives*, les
inceptives* ou désitives*. (Port-Royal,
9e partie, ch. 1x et x.)
Rad. int. : Exponibl.
EXPOSITION, D. Exposition ; E. Ex-
position ; I. Exposizione.
Locique. Opération qui consiste à
faire connaître un concept en énumé-
| rant des exemples ou cas particuliers.
Le « syllogisme expositoire » est celui
dont le moyen terme est un individu
déterminé pris deux fois comme sujel.
Ce sens paraît tombé en désuétude.
Sur Expliquer. — £rxplicare, c’est développer, déplier ; le concis, l’en veloppé,
n’est pas clair pour l'esprit. Développer, le plus souvent, est nécessaire et suffit
pour faire comprendre. C'est là le sens fondamental, dont les autres sont des spé-
cialisations. (V. Egger.) — Mic (Logique, 111, ch. 12, $ 1) définit ainsi explication à
« Un fait particulier est expliqué quand on a indiqué la loi dont sa production
est un cas. Une loi de la nature est expliquée quand on indique une loi ou d’autres
lois, dont elle est une conséquence. » Il consacre tout ce chapitre et le suivant
aux différentes formes d'explication qu’il reconnaît. Mais sa définition est trop
restreinte à sa conception particulière des lois et de la causalité. — Cf. H. SPENCER
(Prem. Principes, ire partie, ch. 1v) : « On explique un fait en le ramenant à une
loi, celle-ci, à une autre loi plus générale, et ainsi de suite jusqu’à une première
loi qui ne peut être expliquée. » (Tout le $ 24 est consacré à la définition d’expli-
quer.) (A. L.)
Voir Mevyerson, De l'explication dans les sciences, tome 1.
Sur Exposition. Il est aussi d'usage de traduire par ce mot Erûürterung,
particulièrement dans les célèbres expressions de KawT: Metaphysische Erürterung,
Transcendentale Erürterung. Voir les définitions qu’il en donne dans la Critiqué
de la Raison pure, Ed. Kehrbach, pp. 51 et 53. (E. Van Biéma.)
;
927
EXTASE
TT ——————— © ———
+ Exposiltolre, voir Exposition*.
EXPRESSES (espèces), voir Espèces*.
EXPRESSION, D. Ausdruck ; E. Erx-
\ pression ; |. Expressione.
À. Au sens général, action d’expri-
-mer, C'est-à-dire de constituer une don-
née présente correspondant d’une ma-
nière analogique à une réalité éloignée
ou Cachée. « Exprimere aliquam rem
dicitur illud, in quo habentur habitudi-
nes quae habitudinibus rei exprimendae
respondent. » LEIBNIZ, Quid sit idea,
Gerh. vi, 263. Par exemple, dit-il, le
modèle d’une machine exprime cette
machine ; la projection d’un solide sur
un plan en est l’expression ; le discours
exprime les pensées et les vérités ; les
chiffres expriment les nombres; une
équation algébrique est l'expression
d'un cercle ou de quelque autre figure :
« Unde patet non esse necessarium ut
id quod exprimit simile sit rei expres-
sae, modo habitudinum quaedam ana-
logia servetur. » Ibid., 264.
B. Ensemble d'effets extérieurs (no-
tamment attitude et aspect du visage)
liés à certains états psychologiques.
« L'expression des émotions. » — « Une
expression attentive. »
C. Moyens par lesquels un esprit
communique à d’autres ses sentiments,
idées, ou volontés. — En particulier,
manière de parler, énoncé, notation :
« Une expression usuelle ; une expres-
sion locale. » — « Ramener une fraction
à sa plus simple expression. » — « Une
expression trigonométrique. »
D. Caractère que présente une œuvre
d'art d'évoquer avec force des senti-
ments ou une situation morale, soit par
la représentation directe de l’être hu-
Main, soit par une correspondance avec
d’autres images : « Une tête d’expres-
Sur Expression.
sion. » — « Un paysage peint peut être
expressif, non point sans doute de la
même manière qu’un portrait. Mais
peut-être l’artiste peut-il mettre à cette
expression plus d'originalité, plus de
finesse et d’indécise subtilité, et même
plus de grandeur. » PAULHAN, L'esthé-
tique du paysage, p. 85.
Rad. int. : A. Expres ; B. C. Expre-
saj ; D. Expresives.
EXTASE, D. Ekstase; E. Ecstasy ;
I. Estasi.
État caractérisé au point de vue
physique par une immobilité presque
complète, une diminution de toutes les
fonctions de relation, de la circulation
et de la respiration; au point de vue
affectif, par « un sentiment de bonheur,
de joie indicible qui se mêle à toutes
les opérations de l'esprit. et que l’on
peut considérer comme tout à fait ca-
ractéristique de cet état ». P. JANET,
Une extatique, Bull. Inst. psychol., 1901,
229-230. — Au point de vue intellec-
tuel « on appelle... extase un état dans
lequel toute communication étant rom-
pue avec le monde extérieur, l’âme a
le sentiment qu’elle communique avec
un objet interne qui est l'être parfait,
l’être infini, Dieu. L'’extase est la
réunion de l’âme à son objet. Plus
d’intermédiaire entre lui et elle : elle
le voit, elle le touche, elle le possède,
elle est en lui, elle est lui. Ce n’est plus
la fai qui croit sans voir, c’est plus que
la science même, laquelle ne saisit
l'être que dans son idée : c’est une
union parfaite, dans laquelle l’âme se
sent exister pleinement, par cela même
qu’elle se donne et se renonce, car celui
à qui elle se donne est l’être et la vie
elle-même ». Bourroux, Le mysticisme,
Bull. Inst. psychol., 1902, p. 15 et 17.
Rad. int. : Ekstaz.
La distinction des sens B et C a été remaniée d’après les
Marques de M. René Lacroze. Voir son livre La fonction de l'imagination, p. 72.
Signale également l'emploi, chez M. DALBIEZ, d’ « expression psychique », en
Pin du rêve, par élargissement analogique du sens B. (La méthode psychana-
Ytique, 1, 197.)
D...
EXTENSIF
EXTENSIF, D. Extensiw ; E. Exten-
sive ; I. Estensivo.
A. On appelle extensive une grandeur,
ou plutôt une espèce de grandeurs,
représentable par une étendue, c’est-à-
dire précisément telle que chaque gran-
deur peut être considérée comme la
somme de deux ou plusieurs grandeurs
de cette espèce ; pour cela, il faut évi-
demment qu'on ait défini l’addition
pour cette espèce de grandeurs. — On
appelle intensive toute grandeur qui ne
satisfait pas à cette condition, c’est-à-
dire : 19 psychologiquement, celle dont
les variations ne sont exprimées que
symboliquement par les termes de plus
et de moins, et n'ont pour la conscience
de signification réelle que par leur ca-
ractère qualitatif (BERGsoN) ; 2° logi-
quement, une espèce de grandeurs pour
laquelle l’addition n'est pas définie,
mais où l’on peut définir la relation
d'inégalité (plus grand que).
B. Selon KanT, une grandeur est
extensive quand la représentation des
parties rend possible la représentation
du tout (et par suite la précède néces-
sairement) (Raison pure, A. 162, B.
203). Une grandeur est intensive, quand
328
PS
elle n’est appréhendée que comme
unité, et que la quantité ne peut y être
représentée que par un plus ou moins
grand rapprochement de la négation
(Ibid., À. 168, B. 210).
C. Qui a le caractère spatial; qui
enveloppe une connaissance, au moins
confuse, de l’étendue sensible. « Des
sensations extensives. »
Rad. int. : Extensiv.
1. EXTENSION, D. Au sens À : Aus-
breitung ; au sens B : Ausdehnung ;
E. Extension ; I. Estensione.
A. Sens actif : Le fait d'étendre une
opération de pensée, ou une énoncia-
tion, à des objets auxquels elles ne
s’appliquaient pas précédemment.
En particulier, le fait d’étendre le
sens d’un mot.
B. Sens neutre : Le caractère d’être
étendu ; l'étendue au sens A. — Voir
ÉTENDuE*, Critique.
Rad. int. : À. Amplig; B. Extenses.
2. EXTENSION, L. Erztensio; D.
Umfang; E. Denotation, extension,
extent, application ; I. Estensione.
Locique. A. Ensemble des objets
Sur Extensif. — Article complété d’après une indication de M. R. Daude,
qui ajoute la remarque suivante :
« Certains auteurs (0. ex. Malapert, Roustan,
pes ou idéaux, concrets ou abstraits)
“yrquels s'applique un élément de
naissance ; c’est-à-dire : 1° pour un
gncePt : ensemble des objets qu’il
sut désigner (dont il est l’attribut) ;
æe 20 pour une proposition : ensemble
cas où elle est vraie (par suite,
semble des hypothèses dont elle
sut être la conséquence) ; — 3° pour
gse relation : ensemble des systèmes
de valeurs (attribuées aux termes géné-
aux) qui la vérifient.
. B. Ensemble d'objets ou d'individus
eonsidérés dans une opération logique,
comme lorsqu'on dit que l’extension
du prédicat, dans une proposition, peut
être qu’une partie de son extension
totale : « C’est proprement le sujet qui
détermine l’extension de l’attribut dans
la proposition affirmative. » Logique de
Port-Royal, 2° partie, ch. x vil.
C. Caractère qu'a une proposition
d’être singulière (soit singulière* pro-
prement dite, soit collective*), ou plu- |
rielle ; et si elle est collective ou plu-
rielle, d’être plus ou moins générale,
c’est-à-dire de porter sur un nombre
Observations.
Rad. int. : Extens.
EXTERNE
EXTÉRIEUR, EXTERNE, D. Aeus-
ser, Aeusserlich, Aussen.. ; E. Erxter-
nal ; 1 Esteriore, esterno.
A. Sens fondamental : l’intérieur et
l'extérieur sont une relation spatiale
intuitive qui s’exprime aussi par les
mots dedans et dehors.
Par extension :
B. On appelle extérieur, dans un
corps matériel, ce qui est superficiel
et visible du dehors, intérieur ce qui
est profond et caché.
C. En anatomie, on se sert des mots
externe et interne dans le sens précé-
dent. On distingue à cet égard les sens
externes, dont les terminaisons sont
superficielles ou du moins accessibles
aux excitants physiques (toucher, vue,
odorat, etc.), et les sens internes (sens
musculaire, articulaire, cœnesthésie),
dont les terminaisons sont placées dans
la profondeur des tissus et qui sont
excités seulement par les phénomènes
qui se passent dans ces tissus mêmes.
— Externe et interne sont donc à cet
| égard des subdivisions de l’intérieur-A
d'individus plus ou moins grand. Voir
(relativement au corps) ; tous deux
s'opposent alors à ce qui est extérieur
(au corps).
elles, et plus ou moins grandes. Mais le caractère en vertu duquel le sujet est pris
dans leurs manuels de psychologie) disent aussi dans le même sens que « sensations
extensives », « sensations étendues ». Il me semble qu’ « extensif » est meilleur :
c'est l’objet qui est étendu ; la sensation doit être dite ertensive ou inextensive,
selon la thèse admise. » Cette remarque me paraît aussi tout à fait juste. (A. L.)
Sur Extension*, — M. Goblot a très justement distingué l'extension des propo-
sitions, au sens C, de leur quantité*, avec laquelle elle est souvent confondue.
Dans Le vocabulaire philosophique (1901) il appelait ainsi le fait d’être générales,
spéciales, ou singulières. Dans sa Logique (1918) il la divise un peu différemment :
« On peut donner le nom d’erxtension des jugements à la propriété qu’ils ont d’être
singuliers, collectifs, ou généraux (plus ou moins généraux ou spéciaux). » Ch. vit,
p. 175. Par collectifs, dit-il, il faut entendre les termes tels que « le Conseil muni-
cipal » ou « les Conseillers municipaux » en tant que l’on considère le groupe comm£
formant un seul sujet, de telle sorte « que ce que l’on affirme ou nie concerne ΀
groupe et non les individus. » Jbid., p. 175-176.
Cette analyse met bien en relief ce caractère important que les jugements
au point de vue de leur généralité, ne sont point, absolument parlant, généraux
ou spéciaux, mais seulement plus ou moins généraux, plus ou moins spéciaux
les uns que les autres, selon que leurs sujets ont des extensions comparables entre
comme un tout indivis, dans son rapport avec l’attribut, est plutôt une forme de
la quantité : car le trait caractéristique de celle-ci est précisément de considérer
ce rapport. Ce sont les jugements indivis par opposition aux jugements divisés
ou distributifs, qui sont eux-mêmes soit universels, soit particuliers. — Ceci
n’empêcherait pas, d’ailleurs, de retenir aussi, au point de vue de l'extension du
jugement, qui ne dépend que du plus ou moins grand nombre d'individus compris
dans son sujet, la division en singuliers, pluriels, collectifs, avec cette remarque
que dans le cas des pluriels, et des collectifs, ils peuvent être plus ou moins généraux
Où spéciaux. Voir l’article : La Logique de M. Goblot, Revue philosophique, jan-
vier 1919. (A. L.)
Sur Extérieur et termes suivants, voir V. Eccer, La parole intérieure, note des
PP. 95-96, M. Egger préfère, à extérioriser et à ses dérivés, la forme externer
(= aliéner, déclarer non-moi).
M. Mentré définit ainsi ces termes, au sens D : « Est interne ce qui n'apparaît
qu une conscience, ce qui est propre à un individu ; est externe ce qui apparaît
OU qui est susceptible d’apparaître à la fois à plusieurs consciences. » — Je suis
U même avis, à condition de dire « est jugé externe », pour y comprendre une
illusion ou une hallucination collectives ; mais ceci me semble être une théorie
D
EXTERNE
330
REMARQUE
On appelle aussi en anatomie face
interne la partie des organes tournée
vers le centre du corps (ou plus exac-
tement vers le plan de symétrie du
corps chez les animaux symétriques) ;
la face externe est la face opposée.
Par métaphore :
D. En psychologie, on appelle inté-
rieur où interne tout ce qui n’existe
qu’en tant que connu par la conscience
ou ce qui est relatif à la conscience ;
extérieur, ou quelquefois, mais plus
rarement externe, Ce qui nous paraît
avoir une existence indépendante de la
connaissance que nous en avons. On
dit en ce sens que, dans la doctrine de
la Raison impersonnelle, cette raison
nous est extérieure.
E. On appelle plus spécialement
Monde extérieur (D. Aussenwelt; E.
External world ; I. Mondo esterno) l’en-
semble des objets sensibles que nous
présente la perception ou que nous
concevons comme objets de percep-
tion possible. Ces objets sont dits objets
extérieurs Où objets externes (Monde
externe n’est pas usuel en français) et
la perception de ces objets est appelée
perception extérieure OU perception erter-
ne (par opposition à la conscience-1,
appelée par certains psychologues per-
ception interne ou intérieure). Voir PER-
CEPTION*.
F. Passant de cette distinction psy-
chologique à une distinction métaphy-
sique, on appelle aussi extérieur (ou
hors de nous) ce qui existe en soi, au
sens B, 2° et 30.
CRITIQUE
Outre les sens indiqués ci-dessus, il
existe encore certains usages mixtes ou
complexes. Par exemple : « Je Com.
prends sous le nom de sensations ;}.
ternes » (et non sens) « toutes les sen.
sations qui arrivent à la conscience par
une autre voie que par les sens spg.
ciaux : vue, ouie, odorat, goût, tou.
cher... Elles se distinguent des sens.
tions externes parce qu’elles ont Pour
point de départ ordinaire les organes
internes, parce qu’elles sont rapportées
au moi sentant et non aux objets exts.
rieurs, et enfin parce qu'elles ont en
général un caractère de vague et d'in.
détermination qui n'existe pas dans
les sensations externes. Mais aucun de
|{ ces caractères n’est absolu, etc. ».
BEAUNIS, Les sensations internes, p. 1.
Il y a confusion fréquente entre les
différents sens des mots extérieur et
externe. On doit distinguer ici quatre
couples d'idées, pour chacun desquels
nous indiquons ci-dessous des radicaux
artificiels pouvant servir à les distin-
guer :
19 Ce qui est extérieur à quelque
chose (en particulier au corps humain)
et ce qui lui est intérieur (Ezxtern,
intern ).
20 Ce quiest superficiel, et ce qui est
profond ; soit au propre, soit au figuré
(Ne-profund, profund).
3° Ce qui, dans la conscience, est
présenté comme objectif, ce qui est
présenté comme subjectif (Objektis,
subjektiv).
4 Ce qui existe en soi, et ce qui
n'existe que dans la représentation
(Ensu(aj), prizentat).
EXTÉRIORISATION, D. Veräusser-
lichung ; E Erternalization ; |. Esterio-
rizzazione.
Opération par laquelle un phéno-
ou une hypothèse explicative qu’on ne peut faire entrer dans la définition même
du mot. (A. L.)
M. Marsal donne un exemple qui met bien en relief le chassé-croisé entre les
sens de ce mot : « La perception extérieure est un fait de la vie intérieure. L'un
des objets de cette perception extérieure est mon corps ; mais ici, aux donné®
intérieures des sens externes viennent s’ajouter les données intérieures des sens
internes. »
ne, considéré comme « intérieur »,
ns l’un quelconque des sens de ce mot,
‘end l'apparence d’être « extérieur ».
$En particulier, on appelle extériori-
ion de la sensibilité, la perception
Agroblématique) d’excitations n'’attei-
sant pas les organes connus des sens,
restant extérieures au corps du sujet.
j Rod. int. : Voir Erxtérieur*, Critique.
4
EXTÉRIORITÉ, D. Aeusserlichkeit ;
È Exteriority ; 1. Esteriorità.
: A. Caractère de ce qui est extérieur,
dsns tous les sens.
B. Spécialement (et c’est l’emploi le
plus ordinaire de ce mot), caractère
d'apparence objective présenté par ce
que nous percevons. Le problème de
l'extériorité est le problème posé par
GonpiLLac (Traitédes sensations, 3 par-
tie) : « Si l’on admet que les sensations
æ sont qüe des modifications de l’âme,
œmment se fait-il qu’elle les aperçoive
mme des objets indépendants d’elle
et placés hors d’elle ? »
: Rad. int. : Voir Extérieur*, Critique.
« EXTERMINER » a été employé par
RsNouvier, au sens étymologique,
pour éliminer : « … la métaphysique
exterminée par le criticisme ». Psycho-
letie rationnelle, Formulaire, B. — Ex-
t@mination est pris au même sens par
HameLin, Essai, 1re éd., p. 127. Cet
usage est classique, mais très vieilli.
Externe, voir Extérieur*, Extrin-
sèque*,
EXTRACÉSISME, (S).
* Extrasensible », voir Observations.
EXTRAVERSION, D. E. Ezxtraver-
n ; I. Estraversione.
RD £
ile
l'ex
.._
EXTRÊME
À. Sens général : Attitude d'esprit
tournée vers le dehors.
B. Plus spécialement : « Nous appel-
lerons extraversion la démarche émo-
tionnelle par laquelle le moi se porte
de l’atmosphère! vers le détail, intro-
version la démarche de sens opposé. En
tant que le moi comprend le détail, il
sera dit moi perceptif et expressif, moi
public ; l'atmosphère constitue au con-
traire l'intimité, le moi privé. » R. LE
SENNE, Obstacle et valeur, 197.
Extrêmal, voir Extremum*.
EXTRÊME, D. Aeusserste ; E. Ex-
treme ; |. Estremo.
A. Sens général : ce qui est placé à
la limite d’une région de l’espace.
B. Par métaphore, ce qui présente
une qualité ou un caractère au plus
haut degré.
C. Spécislement, quand il s’agit
d'une propriété sus-eptible de deux
déterminations opposées, « les extré-
mes » sont les choses qui présentent
chacune de ces déterminations au plus
haut degré.
D. Locique. On appelle extrêmes,
dans un syllogisme, les deux termes*
de la conclusion, par opposition au
moyen* terme : ce sont donc le grand
terme et le petit terme.
REMARQUE
Extrème, aux sens A, B, C, se dis-
tingue d’excessif*, et même peut s’y
opposer : ce dernier mot impliquant
l’idée d’une limite qui a été dépassée
et qui n'aurait pas dû l'être. Le propre
1. « Atmosphère » au sens où l'on parle de l'atmosphère
d'un paysage, ou, plus généralement, de l'atmosphère
d'une œuvre d'art.
Sur Extrasensible. — M. Ranzoli propose d’adopter ce terme au sens précis où
8t défini par Lewes, Problems of life and mind, 1"e série, Pr. I, ch. nt, vol. 1,
PP. 253-256. Il divise la sphère de la connaissance en deux parties
: le sensible,
Ctement connu ; et l’extrasensible, comprenant tout ce dont nous admettons
IStence dans le monde extérieur sans que cela soit objet de perception directe.
EXTREMUM
d’une théorie du « juste-milieu » est
d'identifier dans un certain ordre de
choses {à tort ou à raison) extrême et
ercessif.
Rad. int. : Extrem.
EXTREMUM. Maximum ou
mum. Cf. Maximum*.
mini-
EXTRINSÈQUE, D. Auesserlich ; E.
Extrinsic, extrinsical ; I. Estrinseco.
Qui n'est pas compris dans l’essen-
ce de l'être ou dans la définition de
F. Cette letire jlacée au commence-
ment du nom d'un «vllogisme, marque
qu'il peut se réduire à Ferio*.
FACTEUR, D. Faktor ; E. Factor ;
I. Fattore.
Primitivement, celui qui fait, ou ce
qui fait, telle ou telle chose.
A. Mara. Un des termes qui, multi-
pliés l’un par l’autre, constituent un
produit.
B. Par extension, ce qui concourt à
déterminer un effet, en particulier un
événement historique.
CRITIQUE
TARDE a fait remarquer l’ambiguité
de ce mot, dans son usage historique
et philosophique : « Il signifie, dit-il,
canal ou source. Ici (il s’agit des « fac-
teurs de la tradition ») il signifie canal,
car la conversation et l'éducation ne
font que transmettre les idées dont
l'opinion ou la tradition se composent.
Les sources sont toujours des initia-
tives individuelles, petites ou grandes
inventions. » L'opinion et la foule,
p. 66 (note).
« Facteur G », E. G factor.
SPEARMAN (The Nature of Intelli- |
gence, 1923) a appelé ainsi un facteur
339
ss
l'idée dont il s’agit. S’oppose à intrin.
sèque*.
Dénomination extrinsèque (on dit
aussi externe, Où extérieure) ; « [I] y à
des modes] qu’on peut nommer exte.
rieurs, parce qu’ils sont pris de quelque
chose qui n’est pas dans la substance
comme aimé, vu, désiré, qui sont des
noms pris des actions d’autrui ; et c’est
ce qu’on appelle dans l’École dénomi.
nation externe. » Logique de Port-Royal,
I, ch. u1.
Rad. int. : Extrinsek.
général de l'intelligence, capacité sui
generis, qu’il juge nécessaire d’ajouter,
dans le tableau psychologique de cha-
que individu, aux facteurs spéciaux
tels que les différentes sortes de mé-
moire ou d’imagination, l'étendue et
la finesse des sens, la capacité d’abs-
traction, la logique, etc.
FACTICE, L. Facutius ; D. Gemacht,
fingiert ; E. Factitious ; I. Fattizio.
Artificiellement construit ou fabri-
qué. Spécialement, chez DEscarTES, les
idées factices ou construites s'opposent
aux idées adventices* et aux idées in-
nées*. (Troisième méditation, $ 7.)
Dans la langue moderne, ce mot a
presque toujours un sens péjoratif.
Rad. int. : Fingit.
Facticité, voir le Supplément.
FACTUEL, D. Sachlich, tatsächlich ;
E. Factual ; I. Fattuale.
Qui concerne l’ordre des faits (par
opposition au droit, aux normes, aux
principes, etc.).
1. FACULTÉ, L. Facultas ; D.Féhig-
keit, Vermôgen ; E. Power, Faculty; l.
Facoltà.
A. Pouvoir ou liberté de faire quelque
chose.
B. Spécialement : on appelle Facultés
, l'âme l'intelligence, l’activité (ou,
“emme on disait autrefois, la volonté)
enfin la sensibilité, en tant qu’elles
anpt considérées comme constituant
Sacune un pouvoir spécial de faire ou
ge subir un certain genre d’action.
ke The two great and principal actions
#d the mind which are most frequently
.gsssidered.…. are these two : Perception,
æ thinking ; and volition or willing.
qe power of thinking is called the
A nde
FACULTÉ
powers or abilities in the mind are
denominated Faculties'.» Locre, Essay,
livre II, ch. vi. Il fait d’ailleurs remar-
quer que les facultés ne doivent être
prises que pour des abstractions et non
pour des êtres distincts (Zbid., II, xx1,
$ 6. Cf. LeiBniz, Nouveaux Essais,
ibid.).
1. «Les deux grandes et principales actions de l'esprit
qui sont le plus fréquemment considérées sont celles-ci :
l8 perception, on pensée, et la volition, ou volonté. Le
pouvoir de penser est appelé enfendsment et le pouvoir
rstanding and the power of voli-
tion is called the Will; and these two
—
de vouloir, volonté; et ces deux pouvoirs ou capacités
dans l'esprit sont appelés facultés. » Essai sur l'enten-
dement humain.
Sur Faculté. — Histoire. La doctrine des facultés de l’âme a certainement son
origine chez les Écossais. Jourrroy (Des facultés de l’âme humaine, 1828, dans les
Mélanges philosophiques ), n'admet pas à proprement parler des facultés multiples
et indépendantes. L'âme n’a d’après lui qu’une faculté proprement dite, le « pou-
Yoir personnel » et des « capacités » diverses, qui sont des facultés dans la mesure
‘où le pouvoir personnel s’en empare et les dirige ; ce pouvoir personnel est nous ;
«nous avons la conscience qu’il vit même dans son repos », tandis que nous ne
connaissons les autres facultés ou capacités qu’à la suite et en conséquence de
leurs manifestations phénoménales. L’une et les autres sont également appelées
par lui des causes ; d’ailleurs, il applique aussi ce terme aux propriétés des choses
matérielles (pesanteur, chaleur, etc.), et pour lui, les lois qui gouvernent l’exercice
des propriétés et des capacités sont le mode d’action qui s'impose aux causes.
La théorie des facultés trouve son expression à la fois rigoureuse et candide
dans le Traité des Facultés de l’ Ame d’Ad. GARNIER (1852) : « L'âme accomplit des
actes indépendants les uns des autres qui nous font connaître en elle des pouvoirs
indépendants... Comment le moi est-il un et divers, nous ne pouvons le dire ; mais
la conscience nous montre qu'il a ces deux qualités. Les facultés existent donc,
indépendantes les unes des autres, sans diviser l’âme et sans la multiplier. »
GaRNIER cite Bossuet, se croyant d’accord avec lui ; mais il se trompe. Les sco-
lastiques orthodoxes, suivis en cela par DESCARTES, par Bossuer et par les autres
tartésiens, ont pour doctrine que les facultés ne sont que divers noms donnés à
l’âme selon ses différentes opérations :
GuizLaume d'Auvergne (x11e siècle) : « Quoique l’on attribue la pensée à la
faculté de l'intelligence, la volonté et le désir à la faculté de désirer et de vouloir,
a cependant une seule âme qui veut, qui pense, qui désire... » Traité de l'âme,
CA, mt, G 7.
DESCARTES : « Una et eadem est vis, quae, si applicet se cum imaginatione ad
sensum communem, dicitur videre, tangere, etc. ; si ad imaginationem solam, ut
iversis figuris indutam, dicitur reminisci... Et eadem etiam idcirco juxta has
functiones diversas vocatur vel intellectus purus, vel imaginatio, vel memoria,
vel sensus ; proprie autem ingenium appellatur... » Regulae, xu, 79.
Bossuer : « L’entendement n’est autre chose que l’âme en tant qu’elle conçoit ;
la mémoire n’est autre chose que l’âme en tant qu’elle retient et se ressouvient ;
la volonté n’est autre chose que l’ârne en tant qu’elle veut. Toutes ces facultés
16 sont au fond que la même âme qui reçoit divers noms à cause de ses différentes
Pérations. » Connaissance de Dieu et de soi-même, chap. 1, ad finem.
LALANDE. —
» VOCAB. PHIL. 13
FACULTÉ
CRITIQUE
L'École Écossaise et l’École Éclec-
tique française ont énergiquement dé-
fendu la doctrine des facultés de l’âme,
mais le sens donné par eux à ce mot
n’est pas toujours le même : « Toutes
les fois que je suis témoin d’un phéno-
mène, écrivait Amédée Jacques dans
la première édition du Dictionnaire üe
FRancx, je ne puis m'empêcher de lui
supposer une cause. Je crois plus
encore : je crois que cette cause pre-
existait au phénomène et doit lui sur-
vivre. Mais inactive et comme en
repos, je n’en pense pas moins qu'elle
—_____ 34
—
persiste, capable de reproduire à l'in.
fini des effets pareils, que j'attends
avec confiance du retour des occasions
La cause ainsi conçue d’un phéno.
mène, presque toujours insaisissable en
elle-même et dénoncée seulement Par
ses effets, mais en tout cas considérée
comme indépendante d’eux, puisqu'elle
était avant et sera encore après, c’est
ce qu’on nomme en général une pro.
priété, une vertu, une puissance, une
force, une faculté. » (Ces mots ne sont
pas tout à fait synonymes, bien que le
langage ordinaire les confonde : la pro-
priété est purement passive, elle n’est
MaLEBRANcuE va plus loin, et nie que nous ayons en nous conscience de
pouvoirs : « Le sentiment intérieur que j’ai de moi-même m’apprend que je suis,
que je peux, que je veux, que je sens, etc. », mais « je ne puis, en me tournant
vers moi-même, reconnaître aucune de mes facultés ou de mes capacités. » Entre-
tiens sur la métaphysique, 3° entretien, $ 7.
Locke déclare de même que les facultés sont des noms, et non des « agents n,
Le1Bniz l'accorde : « Ce ne sont pas les facultés ou qualités qui agissent, mais les
substances par les facultés. » On pourrait cependant considérer ces dernières
comme « des êtres réels et distincts ». (Sans doute à titre d’essences non seulement
possibles, mais réalisées.)
Em. CHaRLes, dans le passage cité ci-dessus, revient donc à la tradition scolas-
tique et cartésienne, qui est nominaliste en ce qui concerne les divisions de l’âme.
Au prix de l’abandon de l’idée de substance, cette tradition conduisait directe-
ment au phénoménisme psychologique ; pour cette doctrine toutes les facultés de
l’âme, même la tvoloné, sont des classes de faits personnifiées ; il rie toute cons-
cience et toute inférence d’un pouvoir, c’est-à-dire d’une cause générale et perma-
nente d'effets variés et successifs.
(Résumé de recherches sur le mot Faculté, communiquées par V. Egger.)
— KanT (Anthropologie, $ 7), oppose, au sens fort, le concept de faculté (Ver-
môgen, facultas), à celui de réceptivité (Empfänglichkeit, receptivitas) : « Vermô-
gen zu handeln ; Empfänglichkeit zu leiden!. » Dans le Discours sur la Faculté de
connaître (Erkenntnisvermügen), il emploie au contraire le concept au sens plus
large : la sensibilité, qui est une « réceptivité » { Receptivität) constitue la « faculté
de connaître inférieure ».
1 faut remarquer que le concept d’une disposition psychique de chaque sujet
empirique particulier, concept compris dans celui de Faculté de l’âme, disparaît
complètement dans l'usage du mot Faculté { Vermügen) pour la critique de la
connaissance. Les théories de la philosophie critique sur la constitution et la
connexion des facultés (sensibilité, entendement, etc.) ne sont pas des théories
psychologiques sur les rapports mutuels de dispositions psychiques : elles impli-
quent, sous une forme mythique et incomplètement éclaircie, une doctrine
sur les relations de valeur nécessaires inhérentes à l’essence des différentes espèces
1. « Faculté d'agir : capacité réreptive de pâtir. +
ne
& une vraie cause; par exemple la
Lilité, la fusibilité.) « Au contraire,
-t-on que la cause supposée, au
d'être une aptitude passive, inca-
de se déterminer elle-même, pos-
une énergie propre, c’est déjà une
tu, une puissance, une faculté : par
mple, l’aimant a une puissance at-
tive, certaines plantes ont des ver-
tes médicales, l'estomac a la faculté de
rer À cette activité encore aveu-
et fatale, ajoutez dans l'être qui en
es doué, la conscience de son action...
a’il en ait l'initiative et le gouverne-
ment, le titre de faculté conviendra
FACULTÉ
mieux encore à cette puissance éclai-
rée et autonome. En ce sens l’âme
seule a de véritables facultés. » (Cette
distinction est traditionnelle, elle est
développée dans GocLenius, 565?, où
il distingue deux formes de la potentia :
habilitas ad agendum, et habilitas ad
patiendum ; la première seule est facul-
tas, qui a pour synonymes vis activa,
virtus, potestas.)
Dans la seconde édition du même ou-
vrage, Em. CHARLES a corrigé cette dé-
finition ainsi qu’il suit : « [L'auteur]
était visiblement sous l'influence de
cette opinion que la méthode appli-
ae
à phénomènes :
phénomènes de connaissance, phénomènes de volonté, etc.
(8. Husserl.)
:. Sur la Critique. Deux passages y ont été modifiés pour tenir compte des
observations suivantes de J. Lachelier et G. Belot :
— Je ne tiens nullement à l'emploi du mot faculté, et je le repousse même s’il
faut entendre par là des pouvoirs occultes. Je me contenterais parfaitement de
fonction et même de fait, pourvu que l’on voulûôt bien distinguer des faits perma-
nents et des faits passagers. Par exemple, juger du vrai et du faux me paraîtétre,
un fait qui a lieu en moi tout le temps que je pense, mais qui ne se répète pas,
qui persiste au contraire, absolument un et identique à lui-même, quoiqu'il porte
tantôt sur un objet, tantôt sur un autre. Je ne vois même pas de différence entre
ce fait et moi-même, en tant que je pense. Il me semble qu'il y a de même en
moi, ou plutôt que je suis moi-même un seul et même vouloir, qui se porte tantôt
versune fin, tantôt vers une autre ; une seule et même vie affective, ou conscience
affective de moi-même, qui est modifiée par les objets extérieurs, tantôt d’une
manière, tantôt d’une autre. — Si ce que j'appelle pensée, sentiment, volonté,
n’était qu’une ressemblance entre des faits radicalement différents les uns des
autres, comment se ferait-il d’abord que cette ressemblance fût si exacte qu’elle
me parût aller jusqu’à l'identité ? Ensuite, où prendrais-je l’idée de moi et du
rapport de ces faits à moc ? (J. Lacheller.)
Le mot Faculté me paraît avoir deux acceptions : les facultés-fonctions (par ex.
le langage, les mémoires spécifiques, etc.) et les facultés-modalités (intelligence,
affectivité, etc.}. L'erreur des anciennes psychologies est d’avoir traité des moda-
%8 comme des fonctions. Mais le psychologue contemporain peut réhabiliter
l'idée de faculté au sens de fonction, en montrant qu’il Y a des systèmes réels
€ pouvoirs (en un sens tout empirique, évidemment) correspondant à un système
.0fganes, et prédéterminant certains modes d'action. Par exemple, La mémoire
Rest qu’une modalité coextensive à toute la vie mentale, mais les différentes
Mémoires spéciales qui paraissent absolument corrélatives aux fonctions correspon-
dantes sont des systèmes susceptibles de maladies spéciales, etc. (G. Belot.)
Il est entendu que, si nous employons encore le mot facultés, si même il
ROUS arrive de parler des facultés de l'âme, nous ne songeons plus à des pouvoirs
lésidant en l’âme, et ayant en elle une existence distincte de celle des faits qu’on
lu attribue. Faculté n’est pourtant pas synonyme de fonction. La psychologie
nn.
FACULTÉ
336
cable à la psychologie doit se rappro-
cher le plus possible de celle des sciences
physiques ; qu'il faut, ici comme là,
observer des faits, les classer, puis les
rattacher à leur cause prochaine. On
admet plus généralement aujourd’hui
que les faits de conscience sont du pre-
mier coup perçus comme étant les
nôtres, c’est-à-dire en même temps que
leur cause et dans leur rapport avec le
moi ; on répugnerait donc à dire que les
facultés sont les causes qui les pro-
duisent et surtout que ces causes d’a-
bord ignorées sont affirmées à la suite
d'un raisonnement qui les conclut de
leurs effets. Ce pouvoir actif et réel
qui se sent et s'affirme et ne se conclut
pas de ses effets, c’est le moi lui-même
dans son essence, c’est une force vive.
La faculté est une abstraction. » JZbid.,
516-517.
Beaucoup de philosophes modernes,
notamment TaiNE (Cf. Les philosophes
français, ch. in) contestent que le moi
lui-même soit, en ce sens, une cause, ou
une puissance. Mais il semble bien que,
quelle que soit l'opinion adoptée à cet
——
groupe naturel de faits psychiques dont
les caractères et l'unité sont établis
a posteriori. Il ne diffère donc de Fonc-
tion* qu’en ce qu’il s'applique au men-
tal, et non au physiologique. Il serait
même plus simple et plus logique d’em-
ployer ce dernier mot dans les deux cas.
Rad. int. : B. Fakult. (Kapabl, Boi.
rac).
2. FACULTÉ, D. Facultät; E. Fa-
culty ; L Facoltà.
Corps des professeurs enseignant,
dans une même Université, une des
grandes divisions des connaissances hu-
maines. Les « Quatre facultés » tradi-
tionnelles sont les Facultés de Théo-
logie, de Droit, de Médecine et de Phi-
losophie ou des Arts*. (Cf. KAnNT, Der
Streit der Facultäten)'. Depuis 1808,
cette dernière est divisée, en France,
en Faculté des sciences et Faculté des
lettres.
Rad. int. : Fakultat.
FAIBLE (Loc.). — A. La proposition
337
« plus faible » de la proposition en A;
et de même O par rapport à E.
(ct. l'expression pejor pars pour dési-
gner les négatives et les particulières.)
Les syllogismes « à conclusion faible »
{ou « affaiblie ») sont ceux qui ne con-
cluent qu’à une particulière quand les
prémisses autoriseraient une univer-
selle. Ce sont Barbari*, Celaront*, Ce-
saro*, Camestros*, Camenos* (ou Ce-
lantos). Voir CouTunart, Logique de
Leibniz, Ch. 1.
B. Plusieurs physiciens contempo-
rains à l’exemple de Louis de BROGLIE,
emploient l'expression « Causalité fai-
ble » qu’il définit ainsi : « À l’ancienne
causalité forte qui liait nécessairement
et univoquement l'effet à la cause,
se substitue {dans la physique quanti-
que) une causalité faible où la cause
reste encore la condition nécessaire
de l'effet, mais où, la cause s’étant
produite, divers effets peuvent, en géné-
ral, en résulter avec diverses probabi-
FAIT
lités. » Louis de BRoGLIE, Au delà des
mouvantes limites de la Science, Revue
de Métaphysique et de Morale, juil-
let 1947, p. 288. — Voir ci-dessus,
cause*.
C. En un autre sens, on appelle « ar-
gument faible » ou « raisonnement
faible » celui qu’on juge peu concluant.
— « Esprits faibles », voir Esprit.
Rad. int. : Febl.
FAIT, L. Factum ; D. Tatsache ;
E. Fac; I. Fatto.
Ce qui est ou ce qui arrive, en tant
qu'on le tient pour une donnée réelle
de l'expérience, sur laquelle la pensée
peut faire fond.
« La notion de fait, quand on la pré-
cise, se ramène à un jugement d’affir-
mation sur la réalité extérieure. » SE1-
GNoBos et LANGLOIS, Introduction aux
études historiques, 156. Ce terme a donc
essentiellement une valeur apprécia-
tive. Voir A. LALANDE, La raison et les
en I est appelée quelquefois une forme
égard, le mot faculté lui-même ne peut | 2"
plus être reçu que pour désigner un 1. Le combat des Facultés.
moderne n’eût pas manqué d’exclure, s’il avait fait double emploi, un mot qui
prête à des méprises si graves. Elle l’a conservé parce qu’il est nécessaire. Fonction
éveille toujours l’idée d’une activité rapportée à un organe déterminé, tandis que
faculté ne fait pas nécessairement songer à un substratum organique. Par suite,
facultés de l'âme et fonctions psychiques désignent des groupements de faits très
différents. Les facultés sont des classes de faits psychiques, rapprochés d’après
leurs analogies, distingués d’après leurs différences ;, les fonctions psychiques,
comme les fonctions somatiques, sont des processus ou des complexes de phéno-
mènes de nature différente. Ce qu’on localise dans les diverses régions de l’écorce
cérébrale, ce n’est pas ici la sensation, là la mémoire, ailleurs le jugement. Au
centre de la vision, par exemple, se rattachent la sensation visuelle, la perception
visuelle (avec tous les jugements qu’elle comporte, discrimination, assimilation,
localisation, reconnaissance, etc.), la mémoire visuelle, l'imagination visuelle,
l’attention visuelle, etc. (voir Fonction). (E. Goblot.)
Sur Faculté-2. — Quelques correspondants ont proposé la suppression de cet
article, qui n’a pas, disent-ils, le caractère d’un terme technique de philosophie.
J'ai cru cependant devoir le maintenir, non seulement en raison de l’usage sym-
bolique qu’en a fait Kant dans l'ouvrage cité, mais en raison de ce fait que l’exis-
tence de la Faculté de philosophie est un des éléments qui ont déterminé le sens
du mot pzilosophie. (A. L.)
Sur Faible (causalité). — Dans ce qu’on appelle ainsi, est-ce la relation entre des
termes eux-mêmes rigoureusement déterminés qui est faible ? La causalité n’est-
elle pas tout ce qu’elle peut être, ni forte ni faible, mais entre des termes faiblement
déterminés, soit de par notre insuffisance à le faire, soit de par la nature même du
réel ? N'y a-t-il pas dans l’idée de causalité faible une confusion analogue à celle
qui s'établit entre la fonction y d’une variable x (sens A) et la fonction au sens de
relation fonctionnelle (sens B) reliant x à y? Autrement dit, en considérant la
causalité comme une norme de la pensée scientifique, l’expérience physique
récente nous conduit-elle à dépasser, ou à « adoucir » notre exigence de condi-
tionnement, ou bien seulement à reconnaître que dans certains cas nous ne pouvons
pas y satisfaire, l’identification maxima et la détermination maxima compatibles
avec les données actuelles de l’expérience restant les règles de l’activité intel-
lectuelle ? (M. Marsal.)
Sur Faible (syllogisme). — Les syllogismes à conclusion faible, de même que
les subalternations, et que Darapti et Felapton, sont considérés comme illégitimes
par les logiciens qui admettent la valeur existentielle* des particulières (quelques S
sont P = :! y a des SP) et non celle des Universelles (tout S est P — ü n’y a pas
de S qui ne soit pas un SP).
Sur Fait. — Rédaction discutée et adoptée dans la séance du 21 juin 1906.
Cet article a donné lieu, en outre, aux remarques suivantes, les unes communi-
quées par écrit, les autres formulées à la séance de la Société :
19 Fait, phénomène, événement : « Fait peut être considéré comme un simple
Synonyme de phénomène. Je définirais le fait ou phénomène : ce qui, constitué
essentiellement par un propre qualitatif, occupe une place limitée dans le temps
FAIT 338
Observations (suite)
et dans l’espace, ou dans le temps seul ;: — ou encore : un continu d’espace et de
temps, ou de temps seulement, de faihle grandeur, occupé par une seule et même
qualité. (Type de phénomène ou de fait : le passage d’une étoile filante dans une
région du ciel.) — On appelle événement le fait dont l'élément temporel a plus
d'importance que l'élément spatial, le fait qui apparaît surtout comme un chan.
gement. » (V. Egger.)
J. Lacheller, P. F. Pécaut, Bernès, Brunschvicg, Chartier, sont d’avis au
contraire qu’on doit distinguer nettement fait et phénomène : « Fait a un sens
plutôt descriptif et concret, phénomène un sens analytique et abstrait. Fait désigne
un complexus donné intuitivement dans l’expérience (un fait historique). Phéno-
mène s'applique, soit, tout à fait correctement, à un élément d'expérience {un
phénomène optique, les phénomènes chimiques, etc.) ; soit, par extension, à un
complexus, mais envisagé alors comme un tout composé d'éléments. » (M. Bernès.)
— « De plus, fait emporte une idée d’objectivité beaucoup plus forte que phé-
nomène. Le phénomène peut n’être qu’une apparence, une perception individuelle :
le fait au contraire est toujours tenu pour réel ; il fait partie des choses telles
qu’elles sont. L’ébullition de l’eau est un fait ; le spectacle d’une belle vallée n’est
pas un fait. Dire que mon existence est un phénomène, c’est en quelque façon la
contester ; dire qu’elle est un fait, c’est la reconnaître. » (J. Lachelier, F. Pécaut,
L. Brunschvicg, L. Couturat, E. Chartier.)
—e N'y a-t-il pas, de plus, dans l’idée de fait, la notion d’une répétilion, au
moins possible ? » (E. Chartier.)
— « Nous ne le croyons pas. César a été assassiné par Brutus, dira-t-on : c’est
un fait. On dit bien (à tort ou à raison quant au fond des choses, peu importe) :
« Les faits historiques ne se répètent pas. » De même dans lexpression juridique :
les faits de la cause, il s’agit de circonstances spéciales, le plus souvent uniques.
« D'autre part, le mot fait se distingue d'événement en ce que ce dernier ne
s'applique qu’à ce qui arrive en un temps et un lieu particuliers, non à ce qui
dure. Une institution est un fait, non un événement ; une bataille est à La fois un
événement et un fait : un événement, en tant qu’on la considère comme un
ensemble d’actions se passant en tel lieu et à telle date ; un fait, en tant qu’on la
considère comme un élément de la réalité, dont l'existence est incontestable pour
l’historien, qui peut servir de base à des raisonnements ou des hypothèses, etc. »
(J. Lacheller, Pécaut, Brunschvicg, Couturat, etc.)
29 Fait, chose : Par fait (fatto), en tant qu’opposé à chose (cosa), on entend une
réalité dynamique, qui se constate dans le temps, et constitue un moment de la
succession, tandis que la chose est une réalité statique, constituée par un système
supposé fixe de propriétés coexistantes dans l’espace : la pomme est une chose,
la chute d'une pomme est un fait. — Dans la conception commune de l'univers,
les choses constituent l’aspect statique, les faits l'aspect dynamique ; pour le phi-
losophe, les deux se confondent dans la réalité unique du devenir : la chose est
le fait, en tant que nous l’immobilisons en l’abstrayant des rapports de succes-
sion ; le fait est la chose, en tant que nous la pensons comme se transformant.
(C. Ranzoli.)
— En nommant Sachverhalt le corrélatif objectif d’un jugement valable, nous
appellerons fait (Tatsache) tout Sachverhalt dans lequel est impliquée une exis-
tence individuelle. Une chose n’est pas un fait ; ce qui en est un, C’est que cette
chose existe, qu'elle est de telle et telle nature, etc. Un Sachverhalt mathématique
n'est pas un « fait », parce qu’il n’y a rien là qui soit une existence individuelle.
L’existence individuelle est donnée dans la pereeption, les faits sont donnés dans
germes ch. vu : « Les normes et les
its”.
a: Le mot « fait » s'oppose :
,. 49 À ce qui est illusoire, fictif ou seu-
gement possible : « Ce sont les faits qui
agent l’idée... Les faits sont la seule
:séalité qui puisse donner la formule à
Yidée expérimentale, et lui servir en
même temps de contrôle, mais c’est à
condition que la raison les accepte »
c’est-à-dire reconnaisse qu'ils sont bien
déterminés et qu’ils ont été bien obser-
cl CL BERNARD, Introduction à la
médecine expérimentale, 92-93. Voir tout
le $ 7, consacré aux rapports de l’idée
et du fait.
20 A ce qui est nécessaire suivant les
FALLACIA
3° A ce qui est légitime ou obliga-
toire, logiquement, moralement (ou
même esthétiquement. Mais ce cas est
rare).
Cette opposition s'exprime souvent
par les formules : en fait et en droit.
Elles paraissent dériver primitivement
de l’usage juridique : quid juris, quid
facti (point de droit, point de fait). Mais
elles ne correspondent plus exactement
à cette distinction. Elles s’emploient
aussi pour l’opposition signalée sous
le n° 2, mais moins proprement.
Rad. int. : Fakt {Boirac).
FALLACIA, Synonyme latin de so-
phisme*. S'emploie dans les locutions
lois du raisonnement : « Les vérités de | traditionnelles suivantes, dont le sens a
raisonnement sont nécessaires et leur | d’ailleurs varié :
opposé est impossible, et celles de fait Fallacia accidentis. Sens primitif,
sont contingentes et leur opposé est | tombé en désuétude (ARISTOTE, Sophist.
possible, » LE1BNIZ, Monadologie, $ 33. ! Elench., ch. v, 166028 et suiv.; cf.
des jugements de perception ; ou encore quand il s’agit de re-représentation,
ils sont donnés par la mémoire, dans des jugements mnémoniques. Ils sont admis
avec fondement, mais d’une façon médiate, en vertu de raisonnements qui s’ap-
puient sur de tels jugements. Ces jugements et ces raisonnements constituent
ensemble « l'expérience ». On appelle donc fait tout Sachverhalt qui peut être
donné dans l’expérience ou fondé sur l’expérience. (E. Husserl.)
Sur la Critique : Ce serait une grave erreur de croire qu’un fait puisse être
«donné dans l'expérience ». Le fait est bien moins une constatation qu’une construc-
tion de l'esprit. À rigoureusement parler, les faits n’existent pas tout faits dans
la nature comme les vêtements dans une maison de confection, et le rôle du
savant ne se borne pas à les appeler tour à tour suivant les besoins de sa discipline,
Mais bien plutôt à les créer en quelque sorte en les isolant abstractivement du
tout complexe dont ils font partie. — Il faut d’ailleurs remarquer que cette
création n’est ni uruficielle ni arbitraire : on pourrait craindre qu'entre des mains
malhabiles ou intéressées la définition idéaliste du fait ne ruinât la valeur de la
science ; nous croyons qu’au contraire, justement comprise, elle la fonde. (Louis
Boisse.)
— Cette note suppose que, par expérience, nous entendons dans le texte de cet
article, la faculté purement passive et réceptive que l’on peut opposer, d’une
aÇon toute schématique, à l’activité de l'esprit. Mais il n’en est pas ainsi : en se
leportant à l’article expérience, C, on trouvera la définition suivante, commentée
d’ailleurs par les observations qui y sont jointes : « L'exercice des facultés intel-
lectuelles considéré comme fournissant à l’esprit des connaissances valables, qui
ne sont pas impliquées par la nature seule de l’esprit, en tant que pur sujet connais-
sant. » On voit, dans la note ci-dessus, que M. le prof. HusserL prend aussi le
Mot dans ce même sens. (A. L.)
nn.
FALLACIA
___ 340
ch. xxiv) : sophisme consistant à con-
fondre les choseselles-mêmes (rp&yuata)
et les manières d’être ou caractères
dont elles sont revêtues (à ouuBtênxev
adrois). Voir exemples aux observa-
tions. — Sens moderne : sophisme con-
sistant à conclure du particulier à l’u-
niversel, à traiter un caractère acci-
dentel comme un caractère essentiel.
Fallacia secundum quid, ou plus com-
plètement a dicto secundum quid ad dic-
tum simpliciter (ARISTOTE, ibid., 36 et
suiv.) : sophisme consistant à employer
dans la conclusion, au sens absolu, un
terme qui n’entre dans les prémisses
que sous certaines conditions ou dans
certaines relations.
(Ces deux sophismes sont voisins,
quoique déjà distingués par Aristote et
les noms en sont souvent pris l’un pour
l’autre. Em. CHARLES, dans son com-
mentaire de la Logique de Port-Royal,
p. 341, note « qu'ils ne se distinguent
guère ».)
Fallucia compositionis et fallacia di-
—————
visionis. Sens primitif (ARISTOTE, sbid.
166833 ; — cf. ch. xx) : sophisme con.
sistant à confondre l'affirmation qui
porte sur un terme composé* pris col-
lectivement, avec celle qui porte sur les
éléments de ce terme pris séparément :
et vice versa. — Sens de PorT-Roy a :
passage du sens composé au sens divisé,
entendant par sens divisé le cas où
l'attribut détruit ou altère l’un des élé.
ments essentiels composant l’idée pri.
mitive du sujet : « Les aveugles voient,
les sourds entendent » : le sens composé
étant au contraire celui où l’idée du
sujet n’est pas altérée par l’attribut
(3e partie, ch. x1x, $ 6).
FAMILLE, D. Famuilie ; E. Family ;
1. Famiglia.
Étymologiquement (L. familia), l’en-
semble des serviteurs. (Cf. inversement
l'emploi du mot « maison ».) D'où dif-
férents sens :
A. Groupe d'individus parents ou
alliés qui vivent ensemble. On a distin-
Sur Fallacia. — Fallacia accidentis, exemples données par ARISTOTE : Coriscos
D ——
est autre chose qu'homme (par exemple, il est savant) ; donc il est autre chose que
ce qu'il est, puisqu'il est homme. — Coriscos est autre chose que Socrate ; or
Socrate est un homme ; donc Coriscos n’en est pas un. On confond l’homme
{le pur concept d'homme) avec l’homme, en tant que réalisé dans tel ou tel individu
particulier, et par suite, possédant certains caractères accidentels. — Ce sophisme
est de même nature que le raisonnement éléatique, niant que de l'être on puisse
affirmer sans contradiction autre chose que ceci : il est.
Sur la fallacia compositionis et divisionis, ARISTOTE donne, sous une forme très
elliptique, les exemples suivants : 2 et 3 font 5 ; le pair et l’unité font l’impair,
donc 2 sont 5 et le pair est l’impair. Il est vraisemblable que par obuvôectx et
Statpeatc, Aristote entendait le simple fait de lier ou de détacher les mots dans la
prononciation : « Deux — et trois — font cinq », comme si deux (et aussi trois)
faisaient cinq, chacun de leur côté. Cette fallacia est en effet, pour lui, une des
six rapa rhv Aébiv. (J. Lachelier.)
Sur Famille. — Article omis dans la première rédaction, rétabli sur les observa-
tions de quelques correspondants, qui ont fait remarquer que nous avions déjà
les articles clan, économie, politique, etc.
— L. H. Morcan, Ancient Society (1877) avait distingué trois étapes dans le
développement de la famille : consanguine, punaluenne (mariage collectif, par
groupes), monogamique. Mais cette « loi » a été contestée, d’ailleurs sur des points
différents, par Starcke, Westermarck, Crawley, Andrew Lang, N. W. Thomas.
Voir l'exposé de cette discussion dans W. S. R. Rivers, Social organisation (1924),
Appendice, p. 175 et suiv. (G. Davy.)
FANTAISIE
-gué en ce sens plusieurs sortes de fa-
mille : monogamique, polygamique,
olyandrique, punaluenne, etc. ; — per-
pétuelle, temporaire ; etc. Voir Obser-
gations.
“” B. L'ensemble de tous les individus,
vivant à un moment donné, qui ont
entre eux des liens de parenté ou d’al-
liance définis.
C. La succession des individus qui
descendent les uns des autres, et de
ceux qui leur sont unis par alliance.
D. Plus spécialement, et surtout dans
les sociétés contemporaines, le groupe
formé par le père, la mère et les enfants.
E. Par analogie, dans les sciences
biologiques, groupe de genres réunis
par des caractères communs, et qu’on
peut considérer comme descendant d’un
type ancestral unique. Terme d’abord
employé en botanique, et qui s’est
étendu plus tard à la zoologie, où il est
devenu très usuel.
Rad. int. : Famili.
FANATIQUE, L. Fanaticus (de fu-
num : s’est dit primitivement des pré-
tres de certaines divinités, Isis, Cybèle,
Bellone, qui entraient dans une sorte
de délire sacré, pendant lequel ils se
blessaient et faisaient couler leur sang) ;
dans le cours des choses l’intervention
ordinaire de puissances occultes. « Au-
trement je ne vois pas comment on se
puisse empêcher de retomber dans la
philosophie fanatique, telle que la Phi-
losophie Mosaïque de Fludd, qui sauve
tous les phénomènes en les attribuant
à Dieu immédiatement et par mi-
racle.. » LEIBNIZ, Mouveaur Essais,
Avant-propos, ad finem.
B. Intolérant, passionné pour le
triomphe de sa propre foi, insensible
à toute autre chose, prêt à employer
la violence pour convertir ou pour dé-
truire ceux qui ne la partagent pas. Se
dit essentiellement et primitivement
de la foi religieuse, mais aussi, par
extension, de toute espèce de croyance.
Rad. int. : B. Fanatik.
FANTAISIE, D. Phantasie ; E. Fan-
cy ; I. Fantasia.
Ce mot a pour origine le G. pavraotx
qui signifie chez ARISTOTE « modo spe-
ciem rei objectae, sive veram, sive fal-
lacem.…, modo eam actionem qua re-
rum imagines animo informamus... » ;
quelquefois, surtout au pluriel, les ima-
ges mêmes qui apparaissent à l’esprit.
(Résumé de BonirTz, v°, 811 A sqq.).
Ces trois sens sont conservés au
D. Fanatisch ; E. Fanatic, Fanatical ;
L Fanatico.
A. (vieilli)
moyen âge d’après ScHÜTZz, Thomas-
Lexicon : « 1. Phantasia lactis, id est
Mystique, admettant | apparitio lactei circuli… » In Meteorol.,
Sur Fantaisie. Article remanié et complété sur les indications de V. Egger,
Eucken et L. Boisse.
M. V. Egger nous communique en outre les remarques suivantes : « Davraoix,
imago et imaginatio, de la même racine que xivôuevov, etc. Signifie chez ARISTOTE
et chez tous les auteurs qui l'ont suivi, image ou imagination, sans distinction
entre l’image-reproduction et l’image-innovation. Tant que la psychologie s’inté-
ressait seulement à distinguer les opérations sensitives et l’entendement, la distinc-
tion des images copies et des images neuves était d'importance minime. Elle se
faisait d’ailleurs, à l'exemple d’Aristote, en attribuant à la mémoire ce qui, dans
image, était reproduction. (Cf. le début du repl uvAuns.)
Il y a cependant, dès le xviie siècle, une tendance à spécialiser fantaisie :
© Una et eadem est vis quae, si se applicet cum imaginatione ad sensum com-
munem, dicitur videre, tangere, etc.; si ad imaginationem solam ut diversis
figuris indutam, dicitur reminisci ; si ad eamdem ut novas fingat, dicitur émaginarti
vel concipere. Proprie autem ingenium appellatur quum modo ideas in phantasia
NOVas format, modo jam factis incumbit, etc. » DEscarTEs, Regulae, XII. — Une
_)
FANTAISIE
1,3a —2et 3 :<«In nostra phantasia
est phantasia seu forma repraesentans
hunc hominem. » Zn Logicam, I, 1.
A. Au xvut siècle, imagination (re-
productrice ou novatrice). « Lorsque
nous parlons des idées, nous n’appelons
point de ce nom les images qui sont
peintes en la fantaisie. » Logique de
PorT-RoyaL, 1re partie, ch. 5. — « Ce
même entendement qui donne occasion
à la fantaisie de former ces assemblages
monstrueux (Chimères, Centaures) en
connaît la vanité. » BossueT, Conn. de
Dieu, ch. 1, $ 10.
B. Imagination créatrice qui se joue
capricieusement en suivant le cours na-
turel des associations.
CRITIQUE
En tant qu’expression philosophique,
ce mot a vieilli. Il appartient surtout
aujourd’hui au domaine de la critique
d'art et au langage de la vie courante,
où il devient synonyme de caprice, d’ir-
régularité, d’inexactitude ; — ou, dans
d’autres cas, avec un import favorable,
342
de liberté d’esprit, de création, d'origi.
nalité imprévisible.
Rad. int. : B. Fantazi.
«FANTASMATISME.» —Conception
psychologique et gnoséologique suivant
laquelle ce qui est perçu n’est que le
fantôme de la réalité. « On voit que la
doctrine de Démocrite était une espèce
de fantasmatisme assez analogue à celui
que certaines écoles modernes ont obte-
nu par le mélange de l’idéalisme et du
sensualisme. » RENOUVIER, Philosophie
ancienne, I, 252.
FAPESMO. Mode indirect de la pre-
mière figure (Logique de PorT-RoYaL,
3e partie, chap. vin) appelé Fesapo*,
quand il est considéré comme un mode
de la quatrième. Énoncé sous la forme
dite Fapesmo, il présente la disposition
suivante :
Tout M est P
Nul S n'est M
Donc quelque P n’est pas S.
853
CRITIQUE
Voir Figure*.
FATALISME, D. Fatalismus ; E. Fa-
galism ; |. Fatalismo.
A. Doctrine suivant laquelle la vo-
Jonté et l'intelligence humaines sont
impuissantes à diriger le cours des
événements ; en sorte que la destinée
de chacun est fixée d'avance, quoi qu'il
fasse.
B. Synonyme de déterminisme, au
gens C, en particulier lorsqu'il s’agit
de doctrines n’admettant qu’un seul
monde possible, comme celle de Spi-
noza. Voir ci-dessus Déterminisme, Cri-
tique.
CRITIQUE
1. Les deux sens de ce mot ont été
très souvent confondus ; cf. notamment
DiperoT, Jacques le Fataliste ; C. Jour-
DAIN, article Fatalisme dans le Dic-
tionnaire de Franck; A. BERTRAND,
Lexique de philosophie, vo Fatalis-
me, etc. BALDWIN n’a pas’ d’article
Fatalisme, et renvoie simplement à
Nécessité. — Paul JANET a nettement
FATALISME
distingué les deux sens ; mais il a sou-
tenu ensuite que le déterminisme avait,
sous quelques réserves, les mêmes con-
séquences que le fatalisme (Traité de
philosophie, 4° édition, $ 254-255). Cette
thèse peut être discutée, mais la dis-
tinction des deux doctrines, quant à
leur point de départ, reste toujours
nécessaire.
2. Le sens propre du mot est le
sens À, conforme à l’usage traditionnel
(théâtre grec, croyances musulmanes,
romantisme) ainsi qu'aux définitions
de GoBLoT, Eisier, KiRCHNER. Il y a
lieu, toutefois, dans ce sens lui-même,
de marquer plusieurs subdivisions :
a. Le fatalisme à l'égard de l’indi-
vidu, qui n’a jamais été soutenu à la
rigueur, puisqu'on ne saurait douter
que la volonté et l'intelligence influent
au moins sur les événements ordinaires
de la vie. Aussi, le fatalisme a-t-il été
presque toujours interprété comme
l'impuissance de ces facteurs à l’égard
des événements importants, comme le
succès, la santé, la fortune, l’amour, la
mort. Sur ces différentes applications,
voir ci-dessous : Fatalité*.
gravure du commencement du xvrie siècle, « le Palais des Facultés de l’Ame »,
représente cinq dames en costume Louis XIII : l’Entendement, assise au milieu
sur un trône, la Volonté, le Sens commun, la Mémoire, la Fantaisie. Chaque
Faculté a ses attributs et son quatrain. La Fantaisie tient d’une main une palette
et des pinceaux, elle élève de l’autre à la hauteur de son regard un petit quadrupède
ailé. Légende :
Mon art est incompréhensible
Puisque sans couleur ni pinceau
Je me forme et fais un tableau
De ce qui mesme est impossible.
On peut regretter que l’usage n’ait pas adopté fantaisie pour ce sens spécial,
puisque imagination est équivoque. » (V. Egger.)
— Bacon oppose de même la phantasia à la memoria dans sa classification des
facultés intellectuelles (mémoire, imagination, raison). De Dignitate, livre II, ch. 1.
(A. L.)
— Phantasie (au sens où ce mot s'applique à un acte isolé) désigne la repré-
sentation pure et simple de quelque chose d’individuel {le fait qu’on l’a purement
et simplement sous les yeux), mais en l’absence du sentiment conscient d’existence
(belief) qui le poserait comme objet de perception ou de souvenir. On l’a sous les
yeux, mais sans décider si l’on y croit, ou même en n’y croyant pas. (E. Husserl.)
Sur Fapesmo. — Voir dans l’Appendice, les observations générales sur le
sens du mot Figure et sur la légitimité de la 4° figure du syllogisme ; le rapport
de Fapesmo et de Fesapo y est spécialement discuté.
Sur Fatalisme. — Le sens B paraît avoir été mis notamment en usage par
Chr. Wozrr. Dans son ouvrage : De differentia nexus rerum sapientis et fatalis
necessitatis, il emploie l’expression : « Spinoza et fatalistae. » (p.17). (R. Eucken.)
Je verrais utilité à distinguer fatalisme et déterminisme en réservant le premier
terme pour l'usage métaphysique, c’est-à-dire en lui conservant le sens absolu,
et même ontologique qui s'attache en fait à l’idée de fatum ; et en attribuant le
second à l’usage scientifique, c’est-à-dire en y appliquant la signification toute
relative d’une idée directrice, d’une forme de pensée, que nous trouvons déjà
dans l’idée de détermination (opposée par le positivisme à l’idée de causation).
(M. Bernès.)
Fatalisme est souvent opposé à déterminisme dans la tradition didactique
Sous les rapports suivants : Fatalité désigne la nécessité métaphysique, soit définie
Comme ici en B, soit émanée de l’inéluctable décret d’une cause première agissant
directement sur le monde. Le Fatalisme serait une doctrine subordonnant les
événements à l’action immédiate et inévitable d’une cause première, scit soumise
elle-même à une nécessité invariable, soit libre, mais toute-puissante. — Le
déterminisme serait la doctrine scientifique qui ne tient compte que de l’enchat-
nement invariable des causes secondes, sans faire intervenir la cause première,
C’est-à-dire sans mélanger la théologie à la cosmologie. (C. Hémon.)
mot fatalisme devrait, selon moi, s'appliquer seulement à la doctrine
théologique d’après laquelle les actes humains et les événements du monde sont
nn.
FATALISME
b. Le Fatalisme social, doctrine
d’après laquelle les individus, soit iso-
lés, soit même associés, ne pourraient
rien sur le développement et les trans-
formations des faits sociaux, qui dé-
pendent uniquement de causes géné-
rales ou peut-être surnaturelles, échap-
pant à l’action volontaire des hommes
et même, au moins provisoirement, à
leur connaissance.
Mais ce ne sont là que deux applica-
tions, et par conséquent il convient, en
les distinguant par des épithètes, de
leur conserver un nom générique com-
mun.
Rad. int. : Fatalism.
FATALITÉ, L. Fatum ; D. Fatalität,
Fatum, Verhängnis ; E. Fate, fatality ;
1. Fatalità.
A. Caractère de ce qui est fatal,
c'est-à-dire tel que cela ne puisse man-
quer d'arriver, malgré tout désir et
tout effort contraire.
B. Puissance naturelle ou surnatu-
& 344
relle, mais supérieure à l’homme, dont
laction se manifeste par ce fait que
certains événements sont fatals.
Par extension :
C. Toute nécessité ou détermination.
D. Suite de coïncidences inexpli.
quées, quisemblent manifester une fina.
lité supérieure et inconnue ; et plus spé.
cialement, série persistante de malheurs.
E. Hasard* malheureux.
CRITIQUE
Ces deux derniers sens sont surtout
populaires, et n’appartiennent pas au
langage philosophique. Ils répondent à
un sentiment et à une croyance vagues
plutôt qu’à une idée, et l’on n’en peut
donner qu’une définition incomplète et
sans précision.
Le sens C a été employé par certains
philosophes, notamment par Jour-
FROY, qui est amené, par suite, à dis-
tinguer plusieurs espèces de fatalités
tout à fait différentes dans leur nature :
« Loin de compromettre la liberté de
#65
rindividu, dit-il, la Providence la sup-
pose et n’a lieu que par elle. Toute la
otalité du développement humain résulte
de cette circonstance que si mille
hommes ont la même idée du bien,
cette idée les gouvernera en dépit de
l'opposition et de la divergence de leurs
assions… Supprimez la liberté, l’em-
pire des idées est détruit, et à la fatalité
qui gouverne l’humanité » (= action
des idées et déterminisme moral) « en
succède une autre qui ne lui ressemble
pas, la fatalité des impulsions sensibles,
celle qui domine les animaux. — Ainsi,
la fatalité qui gouverne les affaires
humaines repose sur la liberté des indi-
vidus humains ». Mélanges philoso-
phiques, 111 : Réflexions sur la philoso-
phie de l’histoire, $ vil.
Le premier de ces emplois du mot
est impropre. La fatalité est une con-
trainte, au moins virtuelle (alors même
que celui qui en est l’objet n’en a pas
conscience). Elle se pose en face de la
volonté humaine comme une sorte de
FATUM
inefficace. Par exemple : fatalité d’une
situation, contre laquelle la volonté réa-
git, mais par laquelle elle finit par être
vaincue, fatalité physiologique d’une
maladie incurable ; fatalité de la mort,
etc., fatalité résultant de ce que le
conscient est gouverné par des ten-
dances inconscientes. — Sur ce concept
et son rapport exact avec celui de
liberté, voir A. LaAaALANDE, De Ja
Fatalité, Revue philosophique, septem-
bre 1896.
Rad. int. : À. Fatales ; B. Fatal.
FATUM (latin). Mot à mot chose dite,
destin irrévocable, « ce qui est écrit ».
Ce mot a été employé tel quel par
plusieurs écrivains modernes, aux dif-
férents sens définis ci-dessus pour le
mot fatalité*. Voir en particulier LE1B-
N1z, préface de la Théodicée, où il dis-
tingue : Fatum mahumetanum, fatum
stoicum, fatum christianum ; et le $ 55
du même ouvrage.
KanT entend par Fatum ce qui arri-
un produit de l’action divine, de la prédestination, de la grâce, de la providence.
(C. Ranzoli.)
— L'usage indiqué dans les observations ci-dessus de MM. Bernès, Hènmonet
Ranwzozt est en effet assez répandu dans l’enseignement. Mais il ne repose sur
aucune autorité philosophique et paraît n’avoir jamais eu qu’une commodité
scolaire. Il présente en outre le grand inconvénient d’enlever aux mots Fatalisme
et Fatalité le sens très précis qu'ils ont dans la vie réelle, pour les immobiliser
dans un ordre de conceptions presque étranger à la philosophie, et par suite, de
laisser sans désignation les idées très importantes et très concrètes de la fatalité
physiologique, de la fatalité, de situation, du fatalisme moral, du fatalisme his-
torique, etc., qui sont essentielles au vrai problème de la liberté.
Pour ces raisons, il a été décidé à l’unanimité, à la séance du 21 juin 1906,
de déconseiller l'usage spécialement métaphysique ou théologique des mots
fatalisme et fatalité. (A. L.)
La différence entre déterminisme et fatalisme me paraît la suivante : le
fatalisme n'implique pas la causalité ; le déterminisme implique la causalité.
(E. Chartier.)
Sur Fatalité. — La phrase placée entre parenthèses dans la Critique (« alors
même que celui qui en est l’objet, etc. »), a été ajoutée pour tenir compte de la
remarque suivante de J. Lachelier : « Il semble que l’idée de fatalité n’implique pas
nécessairement celle de contrainte. Voyez les deux exemples donnés par La
Fontaine dans la curieuse fable intitulée l'Horoscope (vint, 16) :
On rencontre sa destinée,
Souvent par des chemins qu'on prend pourl'éviter.
pression contraire, qui rend la première | verait en vertu d’une nécessité aveugle,
C'est donc notre volonté même qui est séduite, et nous ne subissons pas de
contrainte. » — Il est vrai que nous ne sentons point la contrainte, si ce n’est au
dernier moment. et pour ainsi dire quand elle se démasque ; jusque-là nous la
servons aveuglément ; mais il n’en reste pas moins que la volonté humaine fait
effort en un sens (échapper aux lions, à la chute d’une maison) et que ces efforts
sont inefficaces, puisqu'ils produisent, malgré leur direction, le contraire du
résultat auquel ils tendaient. Aussi La Fontaine conclut-il :
Je necroispoint que la Nature
Se suit lié les mains et noùs les lie encor
Jusqu'au point de marquer daus les cieux notre sort. (A. L.)
— Le vers proverbial : Ducunt volentem fata, nolentem trahunt (Sénèque,
Letres à Lucilius, cvn, 10) exprime très bien la part d’indétermination et la
COntrainte qu'implique le fatalisme à l'égard de l'individu. Celui-ci fait comme il
lui plaît ; peu importe : il est ou conduit ou traîné. On ne saurait affirmer plus
nettement l'indépendance de l'individu, et son impuissance. (V. Egger.)
— Le sens funeste des mots fatal et fatalité s'explique assez aisément, semble-
t-il, par cette croyance naturelle à l'humanité, et d'ailleurs fausse, qu’il faut
chercher l'explication du malheur dans une finalité, dans une volonté, c’est-à-dire
en somme dans une responsabilité. Le bonheur au contraire étant en quelque
sorte considéré comme un droit, il n’y a nulle raison, croit-on, d'en attribuer le
bienfait à un être conscient. En d’autres termes l'humanité cherche toujours à
expliquer ses malheurs (c’est une façon de protester contre eux) ; elle se borne
À constater ses joies et à les accueillir sans reconnaissance. (L. Boisse.)
FATUM
__ 346
par laquelle certains événements se-
raient fixés en eux-mêmes, indépen-
damment des causes qui les produi-
sent : « Daher ist der Satz : Nichts
geschiet durch ein blindes Ohngefähr
(in mundo non datur casus) ein Natur-
gesetz a priori; imgleichen keine Not-
wendigkeit in der Natur ist blinde,
sondern bedingte, mithin verständliche
Notwendigkeit fnon datur fatum)!. »
Ce principe est donc a priori, et se
rattache aux catégories de la modalité,
comme le précédent à celles de la rela-
tion. (Critique de la Raison pure, Pos-
tulats de la pensée empirique. A, 228,
B. 281. Kehrbach, 212.)
FAUTE, D. Fehler ; E. Fault; 1.
Fallo.
Manquement à une règle ou à une
norme qui aurait dù être respectée. Se
dit surtout du manquement aux règles
morales, esthétiques, logiques, mathé-
matiques, grammaticales ; mais aussi
d'un manque d’habileté, d’une manière
d'agir maladroite ou fâcheuse : « Une
faute diplomatique. » — « Personne
n'est sujet à plus de fautes que ceux
qui n’agissent que par réflexion. »
VAUVENARGUES, Réflexions et maximes,
131.
Cf. Péché*.
1. « C'est donc une loi a priori dela nature que rien
g'arrive par un hasard aveugle fin mundo non datur
casus….) et de même il n'y a pas dans la nature de néces-
sité aveugle, mais seulement une nécessité conditionnelle,
dovc intelligible {non datur fatum). »
—
REMARQUE
Le mot faute implique, dans l'esprit
de celui qui l’emploie, la croyance à Ja
valeur de la norme qui n’a pas été
suivie : une marche ou un accord inter-
dits par l’harmonie classique ne sont
pas des fautes pour celui qui rejette en
principe les règles de celle-ci. Ce carac-
tère désapprobatif est toujours compris
dans l’import de ce mot, même quand
il s’agit de fautes honorables, ou de
fautes heureuses par leurs conséquen-
ces, comme celles dont parle LEIBNIZ
(Théodicée, I, 10), en citant ce passage
d’une hymne qui se chantait le samedi
saint :
O felix culpa (la faute d'Adam) quæ talem ac tantum
Meruit habere Redemptorem.
Rad. int. : Kulp.
FAUX, D. Falsch ; E. False ; I. Fal-
so. Voir vrai*.
Rad. int. : (Non vrai) Ne-ver ; (qui
imite quelque chose pour faire illusion)
fals.
FECHNER (lol de) ou Loi psy-
chophysique, D. Fechners Gesetz ;
E. Fechner’s law ; I. Legge di Fechner.
« La sensation varie comme le loga-
rithme de l’excitation. » Cette loi peut
être exprimée par la formule :
S=C log E
où S représenterait l'intensité de la
sensation, E celle de l'excitation et C
Sur Loi de Fechner, — Il me paraîtrait plus exact de dire, pour critiquer
cette loi, que l'intensité d’une sensation est une grandeur sui generis, mais que
cette sorte de grandeur n’est pas mesurable. Il est très contestable que les sensa-
tions ne varient que qualitativement : dirons-nous qu’une couleur trop crue ou
trop bien éclairée est devenue une autre couleur que celle qu’elle était lorsqu'elle
était atténuée, un moment auparavant, par une cause quelconque ? (V. Egger.)
Cette loi résulte de ce qu'on a confondu des numéros d’ordre dans les expé-
riences avec des quantités en progression arithmétique. (E. Chartier.)
M. BEercGsox résout le plus souvent les prétendus changements d’intensité
non pas en variations qualitatives, mais en accroissement ou diminution de la
multiplicité des sensations (métaphore de l'orchestre). (F. Pécaut.) — Mais cette
multiplicité n’est pas formée d'unités nombrables. La variation est donc bien,
selon lui, essentiellement qualitative. (A. L.)
FÉTICHISME
e constante (variable suivant les dif- Nul M n'est P.
férentes classes de sensations, suivant Tout M est S.
des individus, suivant leur état, etc.).
ct. FoucauLT, La psychophysique.
! CRITIQUE
4° Il est douteux que l'intensité
‘d’une sensation soit une grandeur me-
gurable ; mathématiquement, elle ne
satisfait pas à la condition qui veut
‘que l’unité soit une partie de la gran-
deur qu’elle sert à mesurer : une sen-
sation ne peut pas être divisée en
« différences minima de sensation ».
— Psychologiquement une sensation
varie surtout qualitativement (et mè-
me, suivant quelques philosophes,
d'une façon purement qualitative)
quand nous disons que l'intensité en
augmente. Voir BERGSON, Données im-
médiates de la conscience, chap. 1.
20 On pourrait dire que si cette
grandeur n’est pas mesurable, elle est
du moins repérable. Mais, même en
‘accordant d'appeler conventionnelle-
ment intensité de la sensation la somme
des différences minima qu'il faut suc-
cessivement percevoir pour y parvenir,
l'énoncé ci-dessus reste encore une
approximation assez imparfaite des
mesures effectivement obtenues.
3° L’énoncé correct du fait réel indi-
Qué par la loi de Fechner serait celui-ci :
« Une excitation étant d'intensité
moyenne, la quantité dont il faut faire
croître cette excitation pour obtenir le
plus petit accroissement discernable de
la sensation est proportionnelle à la
grandeur de l'excitation primitive, »
Cette formule ainsi modifiée est appelée
Quelquefois aussi par abus Loi de Fech-
aer. Il serait plus juste de l’appeler loi de
Weber, car elle se rapproche davantage
de l’énoncé qu’en donnait celui-ci, et il a
été le premier à signaler cette relation.
FEED-BACK, (S).
FELAPTON. Mode de la 3° figure, se
Famenant à Ferio* par la conversion
Partielle de la mineure :
D.
Donc quelque S n’est pas P.
FERIO. # mode de la 1'e figure du
syllogisme :
Nul M n'est P.
Quelque S est M.
Donc quelque $ n’est pas P.
FERISON. Mode de la 3° figure se
ramenant à Ferio* par la conversion
simple de la mineure :
Nul M n'est P.
Quelque M est S.
Donc quelque S n’est pas P.
Ferme (affirmation ou négation), voir
les Observations sur Jugement*.
FESAPO. Mode de la 4e figure se
ramenant à Ferio* par la conversion
simple de la majeure et la conversion
partielle de la mineure.
Nul P n’est M.
Tout M est S.
Donc quelque S n’est pas P.
CRITIQUE
On appelle quelquefois ce mode Fes-
pamo (p. ex. Logique de PorT-RoyaL,
II, ch. vint), mais à tort; cariln’y a
pas lieu de transposer les prémisses (ce
qu'indique la lettre m).
FESTINO. Mode de la 2° figure se
ramenant à Ferio par la conversion
simple de la majeure :
Nul P n’est M.
Quelque S est M.
Donc quelque $S n’est pas P.
FÉTICHISME, D. Fetischismus ; E.
Fetichism ; 1. Feticismo.
Usage et culte des fétiches (D. Fe-
tisch ; E. Fetich; I. Feticcio), c'est-à-
dire de petits objets matériels considé-
rés comme l’incarnation ou du moins
comme la « correspondance* » d’un
esprit, et par suite comme possédant
un pouvoir magique. — Ce terme est
portugais ; il a d’abord été appliqué
FÉTICHISME
par les explorateurs de ce pays, aux
objets vénérés par certaines peuplades
d'Afrique.
Rad. int. : Fetichism.
FIAT. L. « Que cela soit », terme em-
prunté à la traduction latine de la
Genèse, 1, 3 : « Fiat lux, et lux facta
est. »
A. Acte créateur de Dieu.
B. Par analogie, un acte de volonté,
en tant qu’il est considéré comme l’ori-
gine de quelque chose de nouveau,
réalisant une fin déjà contenue, comme
idée, dans cet acte de volonté. Voir
spécialement W. Janues, Le sentiment
de l'Effort (Critique philosophique,
1880, II), et Principles of psychology,
I, ch. xxvr. Cf. Liprs, Leitfaden der
Psychologie, 2e éd. (1906), p. 21.
FICTION, D. Fiction; E. Fiction ;
L Finzione.
D'une façon générale, ce qui est feint
(fictum) ou fabriqué par l'esprit.
A. Construction logique ou artistique
à laquelle on sait que rien ne correspond
dans la réalité ; p. ex. en mathémati-
ques, dans le roman, etc. Hume, Traité
de la Nature humaine, II, 4.
B. (Representative fiction, BAIN) : hy.
pothèse utile pour représenter la loi ou
le mécanisme d’un phénomène, mais
dont on se sert sans en affirmer la réa.
lité objective. C’est ce qu’on appelle
souvent aujourd’hui un modèle ph,
sique.
C. Fiction légale, énonciation fausse
ou incertaine qui doit être légalement
tenue pour vraie (p. ex. : « nul n’est
censé ignorer la loi »; is pater est quem
nuptiae demonstrant, etc.).
Rad. int. : Fiktivai.
FIDÉISME, D. Glaubensphilosophie :
E. Faith-philosophy ; I. Filosofia della
fede, fideismo. — Ces équivalents ne
correspondent pas exactement au mot
français : ils s’appliquent surtout, his-
toriquement, à la philosophie de Herder
ou à ceile de Jacobi, que nous appelle.
rions plutôt sentimentalisme.
A. Terme primitivement théologique,
appliqué à la doctrine de Huer, de
l'abbé BAUTAIN et de LAMENNAIS : la
raison ne nous apprend rien sur la
nature vraie des choses, elle ne peut
que classer et formuler les apparences.
La vérité absolue s'obtient par une
faculté supérieure et spéciale, l’ « in-
telligence », qui nous donne l'intuition
e la réalité spirituelle, mais qui ne
-geut elle-même entrer en action qu’en
renant pour base la révélation, dont
elle nous permet de comprendre le sens
ésotérique.
cette doctrine ayant été condamnée
en 1838 par les autorités ecclésiastiques,
Je mot fidéisme a gardé dans le langage
des écrivains catholiques un sens nette-
ment péjoratif. — Cf. Traditionalisme*.
B. Par extension, dans le langage
philosophique moderne, s’oppose à ra-
tionalisme, et s'applique à toutes les
doctrines qui admettent des « vérités
de foi », et qui leur reconnaissent une
valeur égale ou supérieure à celle des
vérités qui constituent les principes et
les conclusions des sciences. « [Renou-
vier a soutenu] dans le Deuxième Essai
une sorte de fidéisme libertiste, étran-
ger, au fond, et même opposé au carac-
tère dogmatique que présentent, dans
le Premier Essai, les thèses finitistes
phénoménistes, etc. » PILLON, Année
philosophique, 1905, p. 106. — Cf. La-
PIE, Rationalisme et fidéisme, Comptes
rendus du Congrès de Philos. de 1900,
tome I.
Rad. int. : B. Fideism.
talité de l’âme ou l’existence de Dieu n'étaient susceptibles de preuves. mit la
plume aux mains de Mgr d’Hulst, qui accusa nettement Brunetière de fidéisme. »
FonseGrivE, L'évolution des idées dans la France contemporaine, p. 91.
Le sens B est employé à plusieurs reprises par FouiLLéEe, La pensée et les nou-
velles écoles anti-intellectualistes, Préface, p. 1v, v.
M. le pasteur Trial nous a signalé un autre sens encore de fidéisme, chez certains
théologiens protestants :
la doctrine qui fait consister la foi dans la confiance
en Dieu, par opposition à la croyance aux dogmes. Voir Foi*, observations.
(D'ailleurs, dans le protestantisme, l'opinion la plus générale est l’insuffisance de
la raison à démontrer les dogmes.)
— Je reconnais qu'il serait sans doute utile, à certains égards, d’avoir un mot
Sur Fétichisme, — « Fétiche vient de factitius, et veut dire d’abord objet
fabriqué de main d'homme. Il est probable qu’on entendait opposer par là le
culte des fétiches à celui du vrai Dieu, ou des objets naturels tels que les astres,
les animaux, etc. » (V. Egger.) — Cette idée paraît confirmée par le fait que fétiche
a été employé autrefois comme adjectif : « Du culte des Dieux fétiches, etc. », titre
d'un ouvrage du Président ne Brosses (1760). Feitiço, en portugais, s'emploie
comme adjectif (artificiel, faux, fabriqué, non naturel) et comme substantif
(sortilège, philtre ; magie}. » VierA, Grande Diccionario portuguez, sub v°. —
D'autre part, Li TRÉ définit le fétiche un « objet naturel... qu’adorent les nègres
des côtes occidentales de l’Afrique ». Il rattache aussi ce mot au mot portugais
(qu’il écrit fétisso). Mais il traduit celui-ci par « objet fée, enchanté », qu'il fait
venir, comme fée, de la racine latine fatum.
Sur Fidéisme. — Sur le sens toujours péjoratif de ce terme dans la langue
des écrivains catholiques, voir la préface d'OLLÉ-LAPRUNE à la seconde édition de
son livre De la Certitude morale, où il se défend contre cette qualification. Cf.
BRUNETIÈRE : « Le fidéisme et le rationalisme sont deux hérésies contradictoires ;
nous ne pouvons pas en triompher par les mêmes moyens. » Les raisons actuelles
de croire, p. 15. — Accusation d’ailleurs soulevée contre Brunetière lui-même :
« L’affirmation sans nuances que ni la divinité de Jésus-Christ, ni même l’immor-
Pour désigner les doctrines qui admettent que la raison seule ne suffit pas aux
besoins de l’homme et qu’elle doit être complétée par la foi. Pragmatisme désigne
surtout une théorie de la vérification, même rationnelle ; et super-rationalisme, qui
a été employé en ce sens par des théologiens, deviendrait difficilement d’un
usage philosophique. — D’autre part, aucune doctrine reconnaissant la nécessité de
la foi ne peut accepter pour elle-même le nom de fidéisme, qui a reçu dans l’histoire
de la théologie une détermination technique trop précise : elle se ferait le plus
grand tort par les malentendus inévitables que soulèverait cette expression. De
Plus, les doctrines contemporaines auxquelles on appliquerait ce mot ne sont pas
strictement fixées dans une formule ; elles sont plutôt en voie de constitution et
de développement ; et, à cet égard, il serait regrettable de leur donner une étiquette
comme à des choses finies et arrêtées. (Ed. Le Roy.)
Il me semble que, même au sens proprement philosophique, le mot fidéisms
ne désigne pas une doctrine qui admet des « vérités de foi » à côté ou au-dessue
des vérités de science, mais s’applique à toute doctrine qui tend à exclure des
vérités de foi le caractère rationnel, les preuves intellectuelles qu’elles compor-
tent. La définition proposée semble impliquer que le rationalisme se restreint à
ce qui est démontré scientifiquement et méconnaît toutes les autres formes de
8 connaissance et de l’action : ce qui paraîtrait vraiment trop justifier les repro-
Ches d’ « intellectualisme exclusif » qui lui ont été adressés. — A mon sens, le
isme consiste : ou à séparer, par une sorte de cloison étanche, le domaine de
Science et le domaine de la croyance ; ou à subordonner, d’une manière plus
9U moins oppressive, et même éliminatoire, l’activité proprement rationnelle aux
ne
FIDÉISME 350
+
Observations (suite)
besoins pratiques, aux raisons de sentiment, aux exigences morales et religieuses
Dès lors, le mot fidéisme, impliquant un abus ou une exagération du rôle de la
foi, a un sens toujours péjoratif. (M. Blondel.)
Discussion à la séance du 21 juin 1906 :
A. Lalande donne lecture de la note ci-dessus de M. BLonveL et ajoute :
« Je ne puis admettre le premier des deux sens définis par M. Blondel, au moins
dans les termes où il le caractérise. Personne ne songerait à appeler fidéisme les
systèmes agnosticistes, comme celui de SPENCER par exemple, qui séparent par
une sorte de cloison étanche le domaine de la science et celui de la croyance. Je
suppose même que M. Blondel a entendu parler, non pas précisément de la sépa-
ration des domaines de la raison et de la foi, mais plutôt de l’état d'esprit qui
consiste à admettre qu’il y a, sur un certain nombre de questions, deux attitudes
logiquement inconciliables, et qu’on a cependant le droit d'adopter à tour de
rôle, l’une rationaliste, l’autre croyante. — En tout cas, ni dans un sens ni dans
l’autre, le mot fidéisme ainsi entendu ne serait nécessairement péjoratif. Il le
serait évidemment, par définition même, dans la seconde acception distinguée
par M. Blondel, et qui consiste en « un abus ou une exagération du rôle de la
foi ». Mais c’est là le sens théologique du mot, défini au $ A, et non pas son sens
philosophique ».
J. Lachelier : « 1] y a eu là une infiltration regrettable d’un terme théologique
dans le langage philosophique. Mais le mot ayant cette origine très spéciale,
on ne peut lui enlever le caractère péjoratif qui s’y est attaché dans son premier
usage. Il n’y a proprement fidéisme que si la foi supplante la raison dans une
matière que l’on considère comme lui appartenant. »
L Brunschvicg : « Les écrivains contemporains qui se servent de ce mot
l'ont certainement forgé de toutes pièces, en ignorant les systèmes théologiques
de l’abbé Bautain ou de Lamennais. Leur but paraît même avoir été plutôt de
trouver, pour les doctrines qui font intervenir la foi religieuse dans la philosophie,
une désignation purement technique qui n’éveillât aucune des passions que
peuvent soulever des termes plus usuels. »
J. Lachelier : « Mais on ne peut pas faire qu’il n’éveille pas actuellement
une idée d’exagération et d'abus chez tous ceux qui en connaissent, même vague-
ment, l’histoire primitive. »
L. Couturat : « D’autre part, nous avons besoin d’un adjectif dérivé du mot
foi, et qui puisse être opposé à rationaliste dans le sens précis où l’on parle souvent
des rapports, ou des conflits « de la foi et de la raison ». Volontariste s'oppose à
intellectualiste. Pragmatste a tous les sens, depuis le rationalisme le plus scienti-
fique et le plus positif jusqu’à l’apologétique religieuse. Pour éviter le mot fidéiste,
qui était en discussion, on a été obligé de parler tout à l’heure de l’attitude ratio-
naliste et de l’attitude « croyante ». Il serait très utile d’avoir un terme technique
pour rendre cette idée, et pour désigner les doctrines philosophiques qui présentent
ce caractère. »
À. Lalande. « Je le crois aussi, et il me semble que le sens primitif du mot
fidéiste est aujourd’hui assez généralement oublié pour que le nouvel usage puisse
se maintenir, et lui faire perdre peu à peu la portée péjorative qu'il a eue d’abord.
— Cependant, en raison des divergences de vues qui se sont exprimées ici, je
pense qu’il convient de ne faire aucune proposition pour ou contre cet usage
dans le corps du Vocabulaire, et d'y reproduire seulement les observations qui
viennent d’être échangées. » ( Assentiment.)
FIN
Fleri, voir Devenir*.
" FIGURE. — Voir ci-dessous aux dif-
liférenis sens les équivalents étrangers.
î SA :
: Primitivement, au sens du L. figura,
#
ge que nous entendons aujourd’hui par
forme, au sens le plus général du mot.
&'est ainsi que l’on discutait au moyen
âge «sur la figure de la terre », c’est-à-
.dire sur la question de savoir si elle
était plate, sphérique, etc.
« À GÉOMÉTRIE (D. Figur ; E. Fi-
gure ; I. Figura).
:. On appelle figure tout ensemble de
points, plus particulièrement un en-
semble de lignes et de surfaces. (La
ssotion de figure géométrique n’im-
.plique ni que les éléments de la figure
soient finis ou limités, ni qu'ils soient
en nombre fini.)
B. Locique (G. Zyÿux, quelquefois
_#pômoc, ARISTOTE. — D. [Schluss]- fi-
gur ; E. Figure ; |. Figura).
Figure du syllogisme. On appelle }i-
gure chacune des formes que peut
prendre un syllogisme, suivant les po-
sitions que le moyen terme occupe,
comme sujet ou prédicat, dans la ma-
jeure et dans la mineure. Classe des
modes qui présentent chacune de ces
formes.
C. Figure de rhétorique (D. [ Rheto-
rische] Figur ; au sens spécial de sym-
bole, d’allégorie, Bild; E. Figure;
L Figura).
« On a restreint la signification du
mot figure, qui comprend toutes les
formes de l’élocution, aux mouvements
de pensée et aux tours d’expression qui
se font remarquer... On divise les figu-
res en figures de mots (ellipse, syllep-
se, etc.) et figures de pensée (interroga-
tion, ironie, litote, etc.) » GÉRUZEZ,
Cours de littérature, pp. 165-166.
Spécialement, expression symbolique
d’une pensée : substitution d’une image
concrète à une idée abstraite, ou corres-
pondance* d’un fait à un autre. « Dieu
n'ayant pas voulu découvrir ces choses
à ce peuple. les a exprimées en figures,
afin que ceux qui aimaient les choses
figurantes s’y arrêtassent, et que ceux
qui aimaient les figurées les y vissent. »
PascaL, Pensées, éd. Brunschvicg,
fragm. 670. Voir toute la section X.
Rad. int. : Figur.
FIN, G. +éAoc dans les deux sens ;
rù où Évexx au sens B ; — L. finis ; —
D. A. Ende ; B. Zweck, Endzuweck ; —
E. End, purpose ; — ]. Fine.
Finis signifie proprement en latin
borne ou limite : « Fines, les frontières. »
D'où la série des sens suivants : 1° la
cessation, le terme, le point où l’on
s'arrête ; — 2° l’achèvement, et par
Sur Figure. — On avait besoin, au moyen âge, du mot figure, au sens étymo-
logique, le mot forme étant encore pris dans son sens métaphysique et aristotélique.
L'abandon de la scolastique, en faisant perdre à ce dernier sa valeur technique,
lui a permis de se substituer à figure. La transition paraît avoir été faite par
l'usage du mot forme pour désigner la « figure » extérieure des êtres vivants,
considérée comme exprimant leur forme essentielle. « Je soutiens qu’il faut dire
la figure d'un chapeau, et non pas la forme ; d'autant qu’il y a cette différence
entre la forme et la figure, que la forme est la disposition extérieure des corps
quisont animés ; et la figure, la disposition extérieure des corps qui sont inanimés. »
Mouière, Le mariage forcé (1664), scène VI. (D’après des notes de J. Lachelier
“et L. Boisse.)
— « Figure » s'emploie encore, en anglais, pour désigner la forme d’objets
inanimés (B. Russell). — Cf. en français, configuration (d’un pays, d’un littoral).
— Sur Figure du Syllogisme, le sens de oxfua chez ARiSTOTE, et l’existence
e la « quatrième figure » voir le Supplément à la fin du présent ouvrage.
ns
FIN
suite la perfection de ce qu’on voulait
réaliser ; — 3° la chose même qu’on
veut réaliser, le but ; — 40 l’idée du
but, l'intention ; — 5° le sens dans
lequel une tendance est dirigée. — Et
(par rayonnement latéral à partir de
l'idée de but) ; — 60 la destinée* ou la
destination* d’un être.
Dans la continuité de ces sens, on
peut distinguer deux groupes princi-
paux, auxquels correspondent d’ailleurs
des termes différents dans plusieurs
langues :
À. (Opposé à commencement.) Cessa-
tion d’un phénomène dans le temps ;
limite d’un objet dans l’espace, mais
seulement quand on suppose cet objet
parcouru d’une façon telle que la limite
en question soit un dernier élément de
perception : « La fin d’un livre. »
B. {(Opposé à moyen.) Ce pourquoi
quelque chose existe ou se fait : but,
352
T———
intention, sens dans lequel une ten.
dance est dirigée.
« Fin en soi » (Zweck an sich, Kanr
s'oppose à la fois à fin subjective et à
fin relative : la fin en soi est fin objec.
tive, nécessaire, par opposition aux fins
subjectives ou individuelles qu’une vo.
lonté peut se proposer à elle-même sans
leur attribuer de valeur universelle.
elle est fin absolue, inconditionnelle,
par opposition aux fins relatives ou
intermédiaires qui empruntent leur
caractère de fin à ce qu’elles sont
moyens d’une autre fin plus élevée.
Ainsi l’homme, en tant qu'être concret,
peut être moyen de fins diverses, et se
proposer des fins variables; mais la
nature raisonnable, réalisée dans l’hom-
me, « existe comme fin en soi, c’est-à-
dire qu’elle possède cette valeur abso-
lue qu'il faut bien mettre quelque part,
Sur Fin, Final, Finalisme, Finalité. — Tous ces articles ont été entièrement
remaniés par suite des observations reçues et de la discussion en séance du
21 juin 1906. Les membres de la Société qui étaient présents, et plusieurs correspon-
dants ont exprimé le désir que tous ces articles fussent réunis en un seul. La
complexité des sens qu’ils expriment ne m’a pas permis de le faire; mais j'ai
réuni en une seule toutes les CRITIQUES, concernant les divers sens des mots Fin,
Cause finale, Finalité : on la trouvera à ce dernier article. (A. L.)
Sur Fin. — Le prof. Eucken nous a signalé l’existence d’une intéressante
analyse des différents sens du mot Finis chez saint THomas D’AQUIN, dans
SCHUTZ, Thomas-Lexikon, 2° édition, p. 311 et suiv. — En voici le résumé :
Finis : A. Limite ou terminaison : : Anima humana finem essendi non habet. »
Summa contra Gentiles, II, 83. — B. Définition : « Finis quantum ad essentiam. »
In lib. Sentent., I, 43, 1. — C. Perfection : « Quod est optimum in unoquoque est
finis ejus. » /n lib. de Somno, k e. — D. But, soit celui d’une action intelligente :
« Finis nihil aliud est quam illud cujus gratia alia fiunt. » {n Ethicam, 1, 9 a;
soit celui d’une tendance aveugle : « Hoc dicimus esse finem in quod tendit impetus
agentis. » S. c. Gentiles, III, 2. On peut distinguer, comme subdivisions de ce
dernier sens {au milieu de toutes les distinctions relevées par ScaurTz, et dont
beaucoup ne sont que des références accessoires, telles que finis bonus et finis
malus, finis communis et finis proprius) : Finis agentis, le but de l’être qui agit,
p. ex. le gain de l'architecte ; et Finis operis, le but de son acte, p. ex. la maison
qu’il construit; — Finis exterior et finis interior; — Finis ultimus et finis
proximus.
Cf. également dans Goczenius (Lexicon philos., 583 A) le résumé suivant des
différents sens du mot finis : « Finis : 1° est terminans rem : ita limes finis agri;
— 2° est interitus, id est ultima pars rei pene absumptae ; — 3° idem est quod
perfectio rei; 4° est finis intentionis, ad quem efficiens ordinatur, et qui movet
sr qu'il y ait un principe pratique
ame ». DELBOS, Philosophie prati-
‘us de Kant, p. 372.
.# Règne des fins.» D. Reich der
ke, opposé à régne de la nature
(Reich der Natur). KANT, Grundlegung
Met. der Sitten, deuxième section,
. $ 97-111.
* ganr entend par Règne (Reich) « la
bsison systématique des êtres raison-
ÿables par des lois objectives commu-
mes ». Or, les êtres raisonnables sont,
r leur raison, des êtres capables de
se poser des fins ; et, par le caractère
inconditionné de cette même raison,
des êtres fins en soi*. Ainsi peut être
dit « règne des fins » le système qui
comprend sous une même législation
les fins des êtres raisonnables, qui sont
eux-mêmes fins en soi, ainsi que les
fins que ces êtres peuvent se proposer
sous la condition de respecter en eux-
mêmes et dans leurs semblables la
dignité d'êtres fins en soi En cette
qualité de fin en soi, tout être raison-
nable doit se considérer aussi comme
l'auteur de la législation qui gouverne
le «règne des fins ». (Principe de l’auto-
FINAL
nomie.) — Cette formule s'applique
donc à trois objets : 1° les êtres raison-
nables comme fins en soi; 2° les fins
objectives que ces êtres doivent se pro-
poser, leurs devoirs ; 3° les fins que
tout être raisonnable peut se proposer
sous la condition de respecter la loi
morale.
Le règne des fins n’est qu’un idéal ;
mais il est un idéal pratique, c’est-à-
dire qu'il peut être réalisé par la liberté.
CRITIQUE
Pour la discussion des diverses ac-
ceptions du mot jin, au sens B, voir
la Critique de Finalité*.
Rad. int. : A. Fin, B. Cel (Boirac).
FINAL, D. A. Let:t, endlich (veut dire
également fini), — E. A. Last, final;
B. Final, rare, — I]. Finale.
A. Opposé à initial. Qui concerne
ou constitue une fin* au sens A : ultime,
dernier. — But final, celui qui n’est
moyen par rapport à aucune autre fin
ultérieure.
B. Opposé à efficient, quelquefois à
mécanique. — Qui présente une fina-
lité*.
efficientem ad agendum. Zabarella : Finis cujusque partis est operatio propria
et proprium munus. Albertus Magnus : Finis est cujus causa fit omne quod fit.
Thomas : Finis non est principium, nisi ut est in intentione moventis, etc. ; —
5° Finis xat’ é£oxñv dicitur, in quem reliqui fines destinantur.» — On remarquera
que tous ces sens sont restés en usage dans le mot fin, sauf le troisième, qui s’est
conservé seulement dans le mot fini. (A. L.)
— On a été amené à unir les sens A et B dans le mot fin parce que ce quiest
le but de l’action en est en même temps le terme. L'identification grecque des
idées de limitation et de perfection dans le mot réAoc paraît avoir pour origine la
doctrine pythagoricienne, essentiellement finitiste, pour qui la perfection consiste
à définir, dans l'infini, un xéouoc, un monde harmonique et limité. (R. Berthelot.)
Les deux sens de terme et de but sont psychologiquement liés l’un à l’autre ;
soit parce qu’en présence d’un tout achevé (d’une chose limitée dans l’espace ou
d’un processus terminé dans la durée) le dynamisme naturel de la conscience
trouve plus facilement à introduire sous une forme précise la notion d’un but de
cette chose ou de ce processus ; soit parce que cette notion de but, même appli-
Quée par l'imagination à ce qui n’est pas donné comme actuellement terminé,
J introduit l’idée d’une limite future. En tout cas, c’est bien la coexistence et la
Mutuelle pénétration dans la conscience de la représentation statique et du dyna-
Misme qui explique la coexistence et l’imparfaite séparation des deux sens du
Mot fin. (M. Bernès.)
ns.
FINALE (CAUSE)
354
Cause finale (L. Scol. Causa finalis ;
se trouve déjà chez ABÉLARD, not. Dia-
logus inter Philosophum Judaeum et
Christianum. — R. EuckrEN).
Ce qui explique un fait en le faisant
connaître comme moyen d’une fin. Ex. :
« La cause finale des impôts est la né-
cessité d’assurer les services publics. »
Ce mot s'emploie souvent comme syno-
nyme de fin*. Pour la critique de l’un
et de l’autre, voir Finalité*.
L'expression plurielle : les causes fi-
nales, s'applique ordinairement à un
plan de l'univers, révélant l'existence
d’une personnalité supérieure qui en
est l'architecte. « … Il faut observer les
phénomènes sans aucun dessein de les
faire entrer dans un plan conçu d’a-
vance et dont on fait témérairement
honneur à l’auteur de la nature, M;
lorsque les faits que nous avons ser
puleusement étudiés conspirent évi. ,
demment à un seul but, quand no
les voyons disposés avec ordre, ave
intelligence, avec prévoyance pour les
besoins et pour le bien de chaque ëtr,
comment nous refuser de croire à
l'existence d’une cause intelligente et
souverainement bonne ? » FRANCK,
Causes finales, Dict. des sciences ph.
losophiques, 254 B. — L'ouvrage de
Paul JANET, Les causes finales, dissocie
d’abord logiquement les deux concep.
tions, mais pour les réunir ensuite,
« L'existence des fins dans la nature
(démontrée dans le premier livre) équi-
vaut-elle à l’existence d’une cause su.
prême, extérieure à la nature et pour.
Sur Cause finale. — J’avais proposé dans la première rédaction de cet article
de réduire le sens de cause finale à ce que les scolastiques appelaient l’être inten.
tionnel de la cause finale, c’est-à-dire à son existence idéale dans la tendance,
le besoin ou l’idée. Mais cette proposition a été presque unanimement écartée,
par cette raison surtout que la cause finale ne différerait plus alors de la cause
efficiente (J. Lachelier, Pécaut, Goblot). Elle en différerait tout au moins, me
semble-t-il, comme l'espèce diffère du genre. Et c’est ce qui justifierait l'emploi
du mot cause dans cette formule (cause qui agit pour un but). Si on le prend
autrement, cause ne signifie plus rien, dans cette expression, de ce qu’il signifie
dans la langue philosophique moderne. Et comme on ne peut que très difficilement
effacer de l'esprit cette signification actuelle, cause finale, au sens de fin, est
une source constante de malentendus. (A. L.)
— Mais ne pourrait-on pas définir la cause finale indépendamment de toute
théorie : « La cause qui produit les moyens de sa propre réalisation ? » Si l’habi-
tation ou la location sont causes finales de la maison, la maison est moyen de
l’habitation ou de la location. Les concepts de cause finale et de cause de soi me
semblent très voisins, le second seulement un peu plus formel que le premier.
(F. Pécaut.)
— Comment ce qui n’est pas encore réalisé peut-il dès maintenant déterminer
des effets ? Une solution de ce problème est que la représentation du but est
contenue dans la cause efficiente ; maïs il ne faut pas pour cela confondre ki
cause efficiente avec la cause finale, et lui en donner le nom. Une autre solution
consiste à admettre l’existence d’un attrait, par exemple de l'idéal sur le rétl
ou, ce qui revient à peu près au même, une tendance du réel vers l'idéal, Un
sorte d’action à distance dans le temps. En ce sens, la cause finale est bien k
terme à venir; la finalité, c’est l'avenir capable de déterminer le passé. C’est
supprimer la finalité que de mettre la cause finale à l’origine de la série, car elle
n’est plus dès lors qu’une cause efficiente. (E. Goblot.)
— Il me semble que ces deux solutions enlèvent également le caractère de
« cause » au but en tant que but. Car dans les deux cas ce qui agit est la €P!
sentation du but, ou le désir de l’atteindre : cette représentation ou ce désir N
jsvant ces fins avec conscience et ré-
son ? » (Zbid., 425.) C'est l’objet du
nd livre de l'ouvrage, intitulé : La
première de la finalité.
% Par suite de l’anthropocentrisme pro-
hu par beaucoup de partisans des
à s finales, les deux sens de cette
pression ont été souvent confondus.
sy Rad. int. : A. Fin ; B. Cel (Boirac).
YyrINALISME, D. Finalismus ; E. Fi-
Ggism ; l. Finalismo.
Toute doctrine qui attribue un rôle
fportant à la finalité dans l’explica-
ton de l’univers, et spécialement :
&ig, Doctrine des causes finales*, pro-
videntialisme.
“B. Antériorité et supériorité de la
t#odance (besoin, désir, volonté) par
rapport à l’action mécanique. On dit
FINALITÉ
FINALITÉ, D. Zweckmässigkeit, Fi-
nalität ; E. Finality, rare; au
sens À, purposiveness ; — I. Finalita.
A. Fait de tendre à un but ; caractère
de ce qui tend à un but ; adaptation de
moyens à des fins.
B. Adaptation de parties à un tout, ou
des parties d’un tout les unes aux autres.
Finalité externe, celle qui a pour fin
un être autre que celui qui est (totale-
ment ou partiellement) un moyen de
réaliser cette fin. (Ex. l’homme et le
vêtement.) — Finalité interne, celle
qui a pour fin l'être même dont les
parties sont considérées comme moyen.
(Ex. Organisme animal, œuvre d'art.)
Finalité immanente, celle qui résulte
de la nature et du développement de
l'être même qui présente cette finalité
(Ex. Adaptation spontanée de l'être
vivant à son milieu.) — Finalité trans-
cendante, celle qui est réalisée dans un
être, par l’action qu’exerce sur lui un
autre être, en vue de la fin considérée.
(Ex. Sélection artificielle, élevage.)
ébuvent, en ce sens, Volontarisme*.
; CRITIQUE
‘Comme presque tous les noms de
doctrine, ce terme est mauvais et prête
filement à l’équivoque.
auraient pas moins agi, et selon un mode intentionnel, « finaliste » quand bien
même l’action aurait échoué, de sorte que le but n'aurait jamais été réalisé. En
quoi donc « l'avenir détermine-t-il le passé » ? Un homme tire à la cible, et manque
le blanc. Atteindre le blanc n’a-t-il pas été la cause finale de son attitude et
de ses mouvements ? Or le blanc atteint n’existe pas et n’existera jamais relati-
vement à l’acte de tirer cette seule balle. — Mais le blanc existe, et il a été la
Cause finale ? — Non, car la fin de l’action n’était pas l’existence du blanc, ou la
position du blanc, toutes choses déjà données antérieurement, et qui par suite
Ont pas à être réalisées. C'était le blanc atteint, le blanc percé d’une balle, lequel
nest ni ne sera, et par conséquent n’a pu être, en aucun sens, cause de sa propre
Mlisation. — Le concept de cause finale, s’il est ainsi défini comme causa sui,
enveloppe donc une confusion du but visé et du but atteint, et disparaît dès
Qon la dissipe. Il me semble que M. Goblot, lui aussi, conclut bien en ce sens,
Car il ajoute : « Telle est la conception commune de la cause finale. C’est préci-
ent parce qu’elle ne résiste pas à la critique que tant de savants, à l'exemple
e Bacon, s’efforcent de la bannir de la science. » Sur le sens acceptable qu’on
urrait donner, selon M. GoBLoT, au mot finalité, voir ci-dessous à l’article
talité, la « critique » et dans la Revue philosophique, l’article du même auteur
intitulé : Fonction et Finalité (1899, I, 495 et II, 632). (A. L.)
Sur Finalisme. — 11 conviendrait de ne jamais employer ce mot que sous sa
forme adjective « : finaliste », d’en faire toujours l’épithète d’un mot plus précis.
Boisse.) — Je crains que, même sous cette forme, il ne soit encore une
Bande source de malentendus, en raison de la multiplicité des sens des mots
fin et finalisé. (A. L.)
is.
FINALITÉ
CRITIQUE
Ce qu'on appelle finalité est d’abord,
au sens le plus usuel et le plus fonda-
mental, le processus dont nous avons
un exemple dans l’activité consciente
de l’homme qui conçoit une chose
future comme possible et dépendant
de lui, qui y tend par le désir et la
volonté, et s'efforce de la réaliser. Par
extension, on applique ce mot à tout
ce en quoi l’on pense trouver, soit dans
le temps, soit même en dehors du
temps, des caractères analogues à ceux
de ce processus :
I. En premier lieu, on l’applique à ce
qui comporte un but, c’est-à-dire :
19 À l'activité humaine elle-même,
quañd tout se passe comme dans les cas
où il y a désir conscient et anticipation
de l'avenir par des idées, mais sans que
ce désir ou ces idées soient clairement
présents à la conscience. Il arrive par
exemple que l'instinct, l'intérêt, la pas-
sion mettent en branle tout un système
de jugements et de raisonnements non
conscients, par lesquels ils arrivent à
leurs fins, quelquefois grâce à des dé-
tours d’une ingéniosité égale ou supé-
rieure à celle de l’action consciente.
20 Aux faits de la nature, quand nous
y apercevons des adaptations de faits
ui. | 356
présents à des conditions futures, des
adaptations d'organes à des conditions
qui ne peuvent les avoir produites elles.
mêmes à titre de causes efficientes. Et
dans ce cas, la finalité peut être conçue
de trois façons différentes :
a) D'une façon purement anthropo.
morphique et consciente, comme l'œu.
vre d’une intelligence divine ou dy
moins démiurgique, combinant et pré.
voyant les choses à la manière d’un
artiste ou d’un artisan.
b) D'une façon encore anthropomor-
phique, mais sur le modèle de notre
activité inconsciente, telle que nous
l'avons définie plus haut, c’est-à-dire
d’une volonté obscure cherchant à se
réaliser, à l’aide d’une intelligence plus
ou moins confuse de ses intérêts, sous
l'excitation d’une image qui en occa-
sionne l'exercice. Telle est la doctrine
des néo-vitalistes, par exemple de
J. REINKE (Die Welt als That; cf.
communication au congrès de Genève,
1904, et discussion). DaArwIN lui-même
paraît admettre, en certains cas, une
intelligence confuse qu’aurait l'espèce
de ses intérêts. — C’est en ces deux
premiers sens que la finalité peut être
définie la causalité de l’idée.
c) Mais il y a une autre notion de la
Sur Finalité. — (Voir plus haut, première observation sur l’article Fin*.)
La Critique qu'on lira ci-dessus est une rédaction entièrement refaite pour la
publication de cet article dans le Bulletin de la Société, en 1906, et dans laquelle
on a essayé de tenir compte de tout ce qui a été représenté au cours de la discussion.
Cette rédaction a pour base une communication assez étendue de F. Rauh, qui
aurait dû plus régulièrement figurer à cette place-ci
: mais la portée de cette
communication et la clarté qu’elle produit, par la distinction nette des différents
emplois du mot finalité, ont paru des raisons suffisantes de l’introduire dans le
texte même. Pour le faire, j’ai dû la modifier quelque peu dans sa forme, et la
compléter sur quelques points, comme l’auteur m’y avait autorisé. J’ai notamment
indiqué le rapport sémantique qui me paraît exister entre le sens A et le sens B,
dont Rauh considérait surtout l'opposition (point de vue dynamique, point de
vue statique). Il propose de n’employer fin, finalité, cause finale qu’au sens A,
«tout en insistant sur l’usage historique de ces termes dans la philosophie classique;
que le philosophe actuel doit avoir présent à l'esprit pour se souvenir qu’il peut
y avoir système sans qu’il y ait finalité au premier sens. »
Ce qui concerne le rapport de la finalité temporelle et de la finalité intempore le
chez Kant est extrait des observations de J. Lachelier. — (A. L.)
‘eains :
alité chez les biologistes contempo-
c'est l’idée d’une direction psy-
shique, sans plus. Il y a des tendances,
trement dit des besoins dirigés, puis-
qu'ils sont tels ou tels, mais qui n’ont
as les roueries de la passion ou du
« Génie de l’espèce ». Ils vont comme
des forces, puissantes ou faibles selon
es forces qui s’y opposent, mais sans
calcul. Telle est l’idée directrice de
Claude BERNARD, qui ne se crée pas
des organes selon ses besoins, mais qui
est posée une fois pour toutes, et dont
Ja réalisation lente ou rapide, complète
ou avortée, ne dépend que de condi-
tions physico-chimiques. Telle est aussi
la conception de certains néo-lamar-
ckiens comme EimEer. 1] y a alors
vraiment une volonté sans intelligence,
une direction psychique pure. — A ce
sens du mot appartient la définition
de la finalité qui en fait la causalité
du besoin, ou l’action du besoin sans
pensée. (E. GoBLoT, Fonction et Fi-
nalité, Revue philosophique, 1899,
1, 635. — Cf. du même auteur, La
finalité sans intelligence, Revue de
Métaphysique, 1900, 393; La finalité
en biologie, ibid., 1903, Il, 366, sur
la discussion entre SULLY PRUDHOMME
et Ch. Ricuer ; et la lettre de Ch. Ri-
cHeT qui fait suite à cet article, Zbid.,
379.)
Toutes ces conceptions sont, quoique
inégalement, formées sur le modèle de
l'activité humaine psychologiquement
observable : on remarquera cependant |
Que la dernière, au degré de simplifica-
tion où elle est amenée, ne diffère plus
en rien d’essentiel des notions dont use
la mécanique. Une force, en effet, est
Une grandeur dirigée, qui tend vers un
Point, qui produit ou ne produit pas
80n effet selon les obstacles qu’elle
rencontre, mais qui, d'elle-même, ne
&aurait faire le moindre détour pour
Conduire le mobile au but auquel il est
censé tendre.
On remarquera, dans cette première
série de sens, la liaison de l’idée de
finalité avec les idées d’appréciation*,
de norme* et de valeur*,
FINALITÉ
11. Mais la finalité proprement dite,
d'où nous sommes partis, présente un
autre caractère. La réalisation d’une
fin par l’activité humaine comporte,
dans presque tous les cas, la mise en
œuvre et la combinaison de plusieurs
éléments ou conditions simultanées en
vue d’un effet d'ensemble, par exemple
l’adaptation des parties les unes aux
autres dans la construction d’une mai-
son, ou le concours des différentes
pièces dans une machine, fût-elle aussi
simple qu’un arc ou un levier. Il s’en-
suit que toute adaptation de ce genre,
dépendance des parties à l’égard du
tout, convenance ou harmonie d’élé-
ments divers, nous apparaît comme
leffet d’une intelligence ordonnatrice,
signe de prévoyance et de finalité. D'où
la liaison de l'idée d’art* (cf. artisan,
artiste, artificiel) avec l'idée téléolo-
| gique. Cette conception statique de la
\ finalité est celle des métaphysiciens
! classiques.
C'est ainsi que LEtBNiz
‘ considère comme le type même de
l’action des causes finales le choix in-
temporel et qualitatif d’un monde
entre tous les systèmes logiquement ou
géométriquement possibles (voir la fin
de la Théodicée). Ce choix tient compte
à la fois de tous les éléments de ce
système et du système que forment
ensemble tous ces systèmes. De même,
dans le détail des choses, il Y a rause
| finale toutes les fois qu’on découvre
une harmonie, un rapport de conve-
nance entre des termes « disparates ».
La finalité du désir humain n’est, selon
LEIBNIz, qu'une expression approxima-
tive de ce mode de systématisation
supérieur. — On retrouve le même
point de vue chez KanT, qui a plus que
tout autre rapproché les idées d’art, de
beau, de finalité. Dans la Critique du
Jugement, il démontre avant tout l’uni-
té systématique des lois empiriques :
les êtres vivants sont seulement pour
lui un exemple de cette sorte d'unité,
et il les considère dans leur plan bien
plutôt que dans leur devenir. L’expli-
cation des choses par une finalité inten-
tionnelle « analogue à la nôtre » est
FINALITÉ
bien, selon lui, une sorte de fiction
commode pour nous représenter l’ordre
des êtres naturels (voir texte ci-dessous
à l’article Principe de finalité*) ; cela
tient à ce que notre entendement va
toujours, par sa nature, de ce qui est
avant dans le temps à ce qui est après,
et ne peut, par conséquent, expliquer
le moyen par la fin, mais seulement par
la représentation de la fin ; et c’est en
ce sens qu'il définit la cause finale « la
causalité d’un concept » ; mais un esprit
intuitif, qui verrait par-dessus le temps,
verrait la fin produire elle-même les
moyens, ou plutôt (car l’idée de pro-
duction est encore temporelle), aperce-
vrait entre le moyen et la fin un rapport
actuel et sui generis, dont « notre »
finalité est le symbole. — M. Lacxe-
LIER, dans le Fondement de l'induction,
entend la finalité dans ce sens tradi-
tionnel. « On pourrait très bien ad-
mettre en ce sens, écrit-il, la formule
qui définit la finalité, la causalité de
l’idée, en prenant idée dans un sens
purement objectif, celui de l’elôoc d’A-
ristote, conçu en dehors de toute cons-
cience et de toute représentation. » { An-
notation à l'épreuve du présent article.) —
Ce sens explique également la formule :
qui définit la finalité : la causalité de
l'avenir, formule qui, prise au pied de
la lettre, contredirait les principes de
notre entendement. (Cf. plus haut, les
Observations sur le mot Cause finale*.)
Elle suppose le caractère illusoire du
temps et la solidarité réelle des moments
successifs, ou du moins l’action d’une
intelligence qui ne soit pas soumise à
la durée et pour qui l’avenir soit présent.
Rad. int. : 1° Skopes ; 29 Skopag.
Finalité (Principe de). « La première
de ces vérités (celles sur lesquelles
repose la morale) c’est ce principe, que
tout être a une fin. Pareil au principe
de causalité, il en a toute l’évidence,
toute l’universalité, toute la néces-
sité, et notre raison ne conçoit pas
plus d'exception à l’un qu’à l’autre. »
JourFFroY, Cours de droit naturel,
Leçon XXIX, t. III, p. 118.
è
: universelle et nécessaire,
_358
—
CRITIQUE
Ce principe paraît être tiré du texte
suivant d'ARISTOTE : « .… Mmnbèv uérry
motel h puolç” ÉvVEXX tou Yap TävTa Ünép.
XEL TA QUOEL, À GUUTTOUXTA GTR Toy
évexa vou. » ITept quyñc, III, 12, 4344,
31. — Cf. Ilepi oùpævoÿ, I, 4, 271233 .
« ‘O Bedc at à puouc oùBÈv paTIv rotoù.
œuv. » — Mais il faut remarquer
qu’ARisTOTE n'entend pas le mot quote
dans le sens universel où les modernes
entendent le mot nature, et qu’il réserve
la réalité du hasard (rù œÿréuatov)
comme accident. ou coïncidence des
séries téléologiques. (Cf. MizHaun, Le
hasard chez Aristote et chez Cournot,
Revue de métaphysique, novem-
bre 1902.)
Il est très contesté que l'existence
de la finalité puisse donner lieu à un
principe, c'est-à-dire à une proposition
connue a
priori et pouvant servir de point de
départ au raisonnement. « Le principe
du déterminisme est universel : tout
est déterminé ; le principe téléologique
est particulier : & y a de la finalité.
C’est assurément une opinion peu ré-
fléchie que d’admettre un principe de
finalité aussi absolu et universel que
le principe de causalité. » (GonLor,
Fonction et finalité, Revue phil., 1899,
II, p. 505.) L'existence de la finalité,
en tant que distincte de la causalité
efficiente, paraît être une vérité d’expé-
rience et surtout d'expérience interne ;
l'étendue et le caractère de cette fina-
lité sont des problèmes qui ne peuvent
donner lieu qu’à des hypothèses direc-
trices. « Der Begriff eines Dinges, als an
sich Naturzwecks, ist also kein consti-
tutiver Begriff des Verstandes oder der
Vernunft, kann aber doch ein regula-
tiver Begriff für die reflectirende Ur-
teilskraft sein, nach einer entfernten
Analogie mit unserer Causalität nach
Zwecken überhaupt die Nachforschung
über Gegenstande dieser Artzuleiten!.”
1. « Le concept d'une chose considérée comme étant
en soi un but de la nature, n'est donc pas un concept
constitutif de l’entendement ou de la raison: mau il
peut servir de concept régulateur pour le jugement
FOI
an, Critique du jugement, Il, $ 65.
Cependant, J. LACHELIER a soutenu
e, sans avoir le caractère absolu du
principe de causalité, l'existence de
çauses finales dans le monde n’en est
pes moins un principe rationnel, c’est-à-
dire : 1°«un élément indispensable du
incipe de linduction »; 2° « une loi
i résulte, comme celle des causes
efficientes, du rapport des phénomènes
avec notre esprit. » J. LACHELIER, Du
fondement de l'induction, ch. vi.
FINI, D. Endlich [veut dire aussi
final] ; E. Finite ; I. Finito.
Terme contradictoire d’infini* : ce
qui a une borne.
A. Un nombre entier, plus grand
que 1, est dit fini, lorsqu'on peut
l'obtenir par l'addition de l'unité à
elle-même, soit unique, soit répétée un
nombre de fois tel que l’une de ces
répétitions soit la dernière.
D'une manière plus rigoureuse et
plus formelle : en supposant définis les
nombres cardinaux en général, les nom-
bres 0 et 1, et la somme d’un nombre
quelconque n et de 4 (n + 1), la classe
des nombres entiers finis est l’ensemble
des nombres cardinaux contenus dans
toute classe S qui contient zéro et qui
contient le nombre {n + 1) si elle
contient le nombre n (quelconque).
La propriété impliquée dans cet
énoncé est appelée principe de récur-
rence ou quelquefois principe d’induc-
tion ; eile caractérise les nombres finis
Par opposition aux nombres infinis, et
C’est elle que traduit la définition vul-
&aire que nous avons énoncée tout
d’abord.
. On peut encore définir le fini néga-
tivement, comme le non-infini. Voir
Infinix.
B. Un nombre réel est dit fini, s’il
A inférieur à quelque nombre entier
ni.
C. Une grandeur est dite finie, si elle
est mesurée, par rapport à une gran-
ne
échimant et, d'après une analogie éloignée avec notre
EF eausalité, dans sa tendance générale vers des buts,
T de guide à la recherche d'objets de ce genre. »
D.
deur de même espèce, par un nombre
réel fini.
Rad. int. : Finit.
FINITISME, D. Finitismus ; E. Fi-
nuism ; I. Finitismo.
A. Au sens général : doctrine d’après
laquelle il n’y a rien qui soit actuelle-
ment infini*, mais tout ce qui est
obéit à la « loi du nombre* ». (RENOU-
VIER, PILLON, EVELLIN, etc.) Voir no-
tamment CouTuraT, De l'infini mathé-
matique, livre III, où il met en scène
un dialogue entre le Finitiste et l’Infi-
nitiste.
B. Relativement à tel ordre parti-
culier de réalité, on appelle finitisme
la thèse qui soutient que cette réalité
est finie : par exemple, l'opinion de
ceux qui considèrent l’espace comme
fini.
Rad. int. : Finitism.
« FINITUDE », néologisme. Caractère
de ce qui est fini. « Passées les limites
de notre finitude, où c’est la matière
qui individualise et l’action qui éclai-
re. » G. Davy, Henri Bergson, Revue
Universitaire, 1941, p. 23.
FLÈCHE (Argument de la). — L'un
des arguments de ZÉNoN d’Élée dits
« contre le mouvement ». Il est ainsi
rapporté par ARISTOTE : si tout ce qui
occupe une étendue égale à la sienne
est en repos, et si une flèche qui vole
occupe toujours une étendue égale à la
sienne, à chaque instant (ou : dans le
moment présent, ëv r& vôv), une flèche
qui vole est immobile. Physique, VI,
9, 2390. — Cf. Achille*.
FOI, L. Fides ; D. 1° Pflicht, Treue ;
guter Glauben au sens juridique de
bonne foi; 2° Glaube, Glauben ; — E.
Faith ; — 1.19 Fede ; 2° Fede, Fiducia.
4° Sens objectif, le plus fréquent dans
le L. Fides : « Fides, id est dictorum
conventorumque constantia et veritas. »
Cicéron, De Officiis, I, vil.
A. Assurance valable et constituant
une garantie. « Faire foi ; la foi des trai-
FOI
360
tés ; ligne de foi (d’une boussole). »
B. Fidélité à un engagement ; sincé-
rité (bonne foi).
29 Sens subjectif.
C. Confiance absolue, soit en une per-
sonne, soit en une affirmation garantie
par un témoignage ou un document
sûr.
D. Adhésion ferme de l'esprit, sub-
jectivement aussi forte que celle qui
constitue la certitude, mais incommu-
nicable par la démonstration. Syno-
nyme de croyance* au sens C.
Ce sens est le plus fréquent. Ce mot
est alors opposé, d’une façon générale,
au savoir*. Quand il s’agit spéciale-
ment de foi religieuse, le terme usuelle-
ment opposé est raison*.
CRITIQUE
Voir Certitude et Croyance.
nn
Foi (Acte de), D. A. Glaube.
quelquefois, mais rarement Glaubens.
wille ; B. Glaubensbekenntnis ; — KE.
A. Will to believe ; B. Faith Confession .
I. Atto da fede. É
A. Volition par laquelle on adopte
comme vraie une proposition qui n’est
ni rationnellement démontrable, ni;
évidente.
B. Manifestation du fait qu’on a foi
(soit en une personne, soit en une
idée), et spécialement :
1° Expression verbale de la foi reli-
gieuse, exprimée usuellement sous for-
me de prière.
29 Acte public d'adhésion à une
croyance. — Au sens de « dé£laration
de principes », rare ; on dit plutôt pro-
fession de foi.
FOLIE, D. Wahn, Irrsinn, Narrheit :
Rad. int. : À. C. Fid; B. Fideles ;
E. Insanity ; 1. Pazzia, Follia.
D. Kred.
Terme général et très vague. Voir
Sur Foi*, — On distinguait fréquemment au xvrie siècle la foi divine (foi reli-
gieuse) et la foi humaine, c’est-à-dire le fait de croire sur le témoignage des
hommes) : : Lorsqu'on croit quelque chose sur le témoignage d'autrui, ou c’est
Dieu qu’on en croit, et alors c’est la foi divine : ou c’est l’homme, et alors c’est la
foi humaine. » BossuET, Connaissance de Dieu, I, x1v. Cf. sa Logique, III, ch. xxu
et xxini, et la Logique de PorT-RoYaL, 4° partie, ch. x11 : « De ce que nous connais-
sons par la foi, soit humaine, soit divine. »
Le mot foi est analysé et défini, ce me semble, en un sens trop exclusivement
« intellectualiste » ou « objectiviste », c’est-à-dire qu’on se place au point de vue
de la foi-croyance instructive, ni au point de vue de la foi-confiance affective
et unitive. Si la foi augmente notre connaissance ce n’est pas d’abord et princi-
palement en tant qu’elle nous apprend, par témoignage autorisé, certaines vérités
objectives, c’est en tant qu’elle nous fait sympathiser réellement et profondément
avec un être, en tant qu’elle nous unit à la vie d’un sujet, en tant qu’elle nous
initie, par la pensée aimante, à une autre pensée et à un autre amour. La croyance
(d'ordre déjà plus cognitif ou plus logique) n’est d'ordinaire qu’une forme dérivée
et partielle de la foi. Mais ce n’est pas à dire que la foi « s’oppose » au savoir ou
à la raison : la foi n’est ni anti-raisonnable ni a-raisonnable ; elle ne méconnaît
ni ne renie le savoir : elle se fonde sur des raisons qui sont telles que la raison,
une fois consultée, s’achève en une attestation de confiance dont il serait ridicule
et presque odieux d’établir les preuves par un raisonnement en forme. « On ne
prouve pas qu'on doit être aimé, en exposant d’ordre les causes de l’amour;
cela serait ridicule », comme l’a remarqué PascaL. (Pensées, art. vir, 19.) Mais
cet amour, fondé en raison, quoique non sur des raisonnements, peut seul réaliser
en nous la réalité concrète d’un être spirituel, d’un être capable lui-même de
connaître et d’aimer. Et voilà pourquoi la foi aboutit au plus réaliste des savoirs-
(M. Blondel.)
FONCTION
sénation* mentale. On l’emploie spé-
Doment dans les expressions sui-
esates :
À Folie des grandeurs, ou mégalomanie*.
g'aliéné éprouve un sentiment anormal
de puissance, de grandeur, d'absence
d'effort intellectuel et physique. Il in-
vente des faits imaginaires en harmonie
avec ces sentiments : il se croit déme-
surément riche, grand personnage, em-
ur, Dieu.
Folie de la persécution. L'aliéné se
croit tourmenté par des ennemis qui
inventent toutes sortes de moyens de
li nuire.
Folie circulaire ; caractérisée par une
alternance à période régulière entre
deux états antithétiques, généralement
l'exaltation et la mélancolie. Cf. G. Du-
mas, La tristesse et la joie.
Folie morale (« Moral insanity », PRi-
CHARD, Treatise of insanity, 1835).
Trouble d’esprit partiel et quelquefois
passager, consistant dans l'absence ou
dans une perversion profonde des sen-
timents normaux de moralité, l’intelli-
gence des faits restant intacte, et pou-
vant même être développée. Elle est
essentiellement caractérisée par le dé-
faut d’un sentiment personnel du bien
et du mal moral, dont l’idée ne pro-
voque aucune réaction et n’est connue
que par oui-dire. S’appelle aussi pour
cette raison cécité* morale (RiBor,
Psychologie des sentiments, p. 295). On
distingue la folie morale improprement
appelée « passive », qui peut exister
plus ou moins inaperçue dans la vie
ordinaire, et la folie morale active ou
impulsive, fréquente chez les criminels.
Folie du doute, voir Doute*.
Rad. int. : Alienac.
1. FONCTION, D. Funktion ; Amt au
sens social ; — E. Function ; office au
sens social, mais ce mot est beaucoup
plus large ; — I. Funzione.
Sens général :
Rôle propre et caractéristique joué
par un organe dans un ensemble dont
les parties sont interdépendantes. Cet
ensemble peut être mécanique, physio-
logique, psychique ou social. « Fonction
de l’arc-boutant; fonction du foie;
fonction de l’adjectif; fonction de la
monnaie. »
Spécialement :
19 En BioLoGie. — Grande classe de
propriétés actives chez un être vivant.
On reconnaît en général en ce sens trois
fonctions biologiques fondamentales :
nutrition, relation, reproduction.
29 En PsycHoLoGiE. — « Fonction
n’a pas en psychologie le même sens
qu'en physiologie. Une fonction psy-
chique se lie, non à un organe particu-
lier, mais à un système de causes cen-
trées sur les mêmes buts généraux. »
A. BurLoup, Le caractère, ].
3° En SocioLoGie. — Toute profes-
sion, en tant qu’elle est considérée
comme contribuant à la vie totale de
Sur Folie. — L'expression « folie morale passive » est très impropre ; on désigne
ainsi la folie morale de simple opinion ; le mot propre serait inactive. (V. Egger.)
Sur Fonction, au sens 1. — Ce mot, au sens 1, était défini seulement dans la
Première rédaction de cet article :
« Rôle joué par un organe, etc. »
« Le rôle joué par un organe, nous a écrit Goblot, n’est pas toujours la fonction
de cet organe. Un organe peut avoir des effets et des usages qui ne sont point sa
fonction. L’arc-boutant a pour fonction, de supporter des charges dont les résul-
tantes tombent en dehors des appuis verticaux ; il peut avoir pour effet d’assombrir
l'édifice ; il peut être utilisé pour accéder à la toiture ; on peut en tirer parti
ur la décoration. Les membres inférieurs de l’homme, qui ont pour fonction
OComotion terrestre, peuvent servir à la natation. Le langage qui a pour fonction
la communication de la pensée, peut servir à la déguiser. La monnaie, qui a pour
Onction la mesure de la valeur, peut être utilisée pour la parure, ou prendre le
De
FONCTION
la société, au sens le plus large de cette
expression. On peut distinguer : a) les
fonctions sociales privées, exercées par
des particuliers d’une façon autonome ;
b) les fonctions publiques, et spéciale-
ment les fonctions d’État* (dont les
représentants portent seuls, dans l’usa-
ge, le nom de fonctionnaires).
On distingue encore parmi celles-ci
les fonctions de police et les fonctions
d'administration ; les fonctions d'auto-
rité (celles qui impliquent une déléga-
tion partielle de la puissance publique :
magistrat, préfet, gendarme); et les
fonctions de gestion (celles qui sont assi-
milables en nature à un service privé,
mais qui sont exercées pour le compte
de l’État et sous sa direction : ingé-
nieurs de l’État, instituteurs, employés
des postes). Cette dernière distinction
est nouvelle, et les catégories qu’elle
comporte sont encore mal établies.
2. FONCTION, D. Funktion; E.
Function ; I. Funzione.
Max. A. LEIBniz appelle ainsi, tout
d’abord, les diverses lignes qui varient
avec la position d’un point (abscisse,
362
ordonnée, corde, tangente, etc.). Voir
Gerh. Math. Schr., V, 307 et 408.
Selon LAGRANGE, « on appelle fone.
tion d’une ou de plusieurs quantité
toute expression de calcul dans laquel]e
ces quantités entrent d’une manière
quelconque ». Théorie des fonctions
analytiques, ch. I.
Pour Caucy, une variable* y est
fonction d’une variable x, quant à
chacun des états de grandeur de x cor-
respond un état de grandeur parfaite.
ment déterminé de y. Si cette corres.
pondance est exprimée par une équa-
tion permettant de calculer y en con-
naissant x, la fonction est dite explicite.
Elle est dite implicite dans le cas
contraire.
Pour RIEMANN, y est fonction de x,
si à chaque valeur de x correspond
une valeur de y bien déterminée, quel
que soit le procédé qui permet d’éta-
blir cette correspondance. (LEBESGUE,
Leçons sur l'intégration, 1904). En par-
ticulier, toutes les fonctions ne sont
pas algébriques ; il y a des fonctions
transcendantes*.
Les définitions précédentes ne por-
nt proprement que sur les fonctions
siformes*, pour lesquelles une seule
Sleur de y correspond à chaque valeur
de z. Une fonction, au sens le plus
sénéral, peut avoir, pour chaque valeur
z, plusieurs valeurs, ou même une
fafinité {fonctions multiformes, infiniti-
ormes).
B. Relation fonctionnelle entre xety.
Yoir Observations ci-dessous.
REMARQUE
La notion de fonction, n’impliquant
as la nature quantitative des varia-
bles, a été étendue aux termes variables
de la Logique ; on a ainsi des fonctions
logiques. C’est là, non un nouveau sens,
mais une nouvelle application du mot
fonction.
Fonction propositionnelle, E. Propo-
#itional function (RUSSEL1).
On appelle ainsi les expressions logi-
ques contenant une ou plusieurs varia-
bles et telles que si l’on remplace
celles-ci par des constantes (des termes
déterminés), l'expression considérée de-
vient une proposition (vraie ou fausse,
suivant les constantes choisies). Par
FONCTIONNEL
exemple « x est homme », « le plomb
est y » sont des fonctions proposition-
nelles simples qui deviennent respec-
tivement des propositions vraies pour
x = Socrate, y = lourd, fausses pour
x = Pégase, y = rouge. — Une fonc-
tion propositionnelle double sera par
exemple, de la forme « x est homme 2
æ est mortel » — Voir Variable*.
Rad. int. : Funcion.
FONCTIONNALISME, (S).
FONCTIONNEL, D. Funktional : E.
Functional ; 1. Funzionale.
A. Qui concerne une fonction, au
sens À On a nommé psychologie fonc-
tionnelle celle qui étudie les processus
mentaux du point de vue dvnamique,
en tant que movens de certaines fins
(et même plus spécialement, suivant
quelques auteurs, en tant qu'agents de
satisfaction de certains besoins biolo-
giques). Cv terme a reçu d’ailleurs,
particulièrement en Amérique, des sens
assez différents les uns des autres. Voir
Ruckaic, The use ofthe term function
in english texl-bouks of psrchology,
rôle de document historique. La fonction d’un organe est l’activité à laquelle il
est adapté, celle qui est la raison d’être de sa structure, celle dont le besoin a
préexisté à l'organe, et a déterminé la formation ou la transformation de l’organe. »
— (Voir Gosor, Fonction et finalité, dans Rev. philosophique, 1899, II, 635.)
— Le texte a été légèrement modifié pour tenir compte de l’objection faite
ci-dessus par M. GosLor, dont l’observation servira d’ailleurs à préciser cette
définition. — Mais il ne me paraît pas possible, au sens général du mot, d’accepter
la formule proposée par l’auteur : elle est trop spécialement biologique. On ne
peut dire en effet que la fonction sociale d’un individu soit « la raison d’être de
sa structure » et il peut bien arriver qu’un fonctionnaire ne soit pas adapté à sa
fonction. — D'autre part, même en biologie, une théorie qui définit la fonction
par le besoin ne serait pas universellement acceptée. (A. L.)
Sur Fonction. — « On pourrait, en psychologie, classer ainsi par opposition
les sens de ce terme : 1° (opposé à phénomène) : capacité mentale, telle que la
sensibilité (opposée à la sensation), la mémoire (opposée au souvenir ou à l’image”;
l’affectivité (opposée au sentiment à l’émotion, etc.) ; 2° (opposée à structure) :
ensemble d’opérations mentales, processus considéré dans son caractère dyna
mique ; p. ex. le jugement, la comparaison, l’acte de parler ; — 3° (opposée à
description, analyse) ; rôle, utilité d’un phénomène ; signification biologique. »
(Ed. Claparède.)
— Il y aurait lieu de signaler, entre les sens 1 et 2 du mot fonction, des confu-
sions, qui ne sont peut-être pas très rares {dans la psycho-physiologie par exeni-
ple) ; le sens 2, d’origine mathématique, fournissant un moyen commode (quoique
suvent vague) d'exprimer l’idée de la variation simultanée ou dépendante de
deux termes réels : et la réalité de ces termes faisant ensuite glisser la pensée
a sens 1, qui établit un lien, non pas seulement de forme, mais de fond de l'un à
l'autre, à l’analogie du rapport biologique de la fonction à l'organe. (M. Bernès.)
Selon Cauchy et Riemann, dans l’expression y égale f (x), c'est y qui est la
fonction. C’est en ce sens qu'on étudie les variations d’une fonction. Mais l'usage
étend le nom de fonction à l’expression tout entière, et aussi à la relation fonc-
tionnelle qui lie les deux variables. En ce sens, la fonction ne varie pas, puisqu'elle
est au contraire la loi constante des variations des deux termes. — Il ya là une
source de confusion, qui rend peu intelligible telle page contemporaine qu’on
Pourrait citer. La distinction et la liaison des deux idées sont bien marquées dans
ce texte de Pierre Bourroux : « Concevoir une fonction d’une variable, — une
Correspondance entre deux variables mathématiques, — c'est en définitive
admettre qu'entre deux termes variant simultanément, il existe une relation
identique à elle-même ; c’est postuler que, sous le changement apparent de l’anté-
Cédent et du conséquent, il y a quelque chose de constant. Or ce postulat, nous le
Connaissons bien. C’est celui qui préside, du haut en bas de l’échelle, à toutes les
sciences physiques et naturelles. C’est le concept général de loi. » L'idéal scientifique
des mathématiciens, p. 206. (M. Marsal.)
FONCTIONNEL
American Journal of psychology, jan-
vier 1913. — S’oppose à structural*.
On appelle théorie fonctionnelle de
l'éducation celle qui fait reposer toute
la pédagogie sur l’idée que l'exercice
des fonctions est la condition de leur
développement; que l’ordre de ce
développement étant prédéterminé par
la nature, l'exercice d’une fonction est
une condition nécessaire à l’apparition
ultérieure de certaines autres fonc-
tions ; que, pour exercer utilement un
enfant, il faut le placer dans les condi-
tions propres à faire naître le besoin
qui sera satisfait par cet exercice;
enfin, que l'enfant n’est pas un être
imparfait au point de vue de ses fonc-
tions physiques et mentales, et qu’il
s'agirait d'amener le plus rapidement
possible à ressembler à l’homme adulte,
mais au contraire un être dont chaque
état a sa perfection propre, et dont
l’'éducateur doit favoriser la pleine réa-
lisation sans anticiper sur la suite du
développement. Voir Ed. CLAPARÈDE,
J.-J. Rousseau et la conception fonc-
tionnelle de l’enfance, Revue de méta-
physique, mai 1912. — L'expression
s'emploie aussi en un sens voisin de
celui qui a été défini ci-dessus en par-
lant de la psychologie fonctionnelle :
« Une pédagogie fonctionnelle, c’est
une pédagogie qui se propose de déve-
lopper les processus mentaux en tenant
compte de leur signification biologi-
que, qui regarde les processus et les
activités psychiques comme des ins-
truments destinés. au maintien de la
vie, comme des fonctions, et non comme
des processus avant leur raison d’être
en eux-mêmes. » Ed. CLAPARÈDE, Pré-
face à la traduction de DEwEY, L'école
et l'enfant, p. 17-18. — Les deux sens
sont d’ailleurs assez étroitement appa-
rentés.
B. Qui concerne ou qui constitue une
fonction, au sens mathématique B de ce
mot. Relation fonctionnelle, rapport
fonctionnel : celui qui existe entre deux
termes dont l’un peut être considéré
comme variable indépendante, et l’au-
tre comme fonction du premier (par
36
exemple la résistance d’un circuit et
l'intensité du courant qui le parcourt).
Rad. int. : Funcional.
FONDEMENT, D. Grund, Begrün.
dung, Grundlage ; (Grundlegung, action
de fonder) ; — E. Foundation ; — I,
Fondamento.
Métaphore tirée de l'architecture :
ce sur quoi repose un certain ordre où
un certain ensemble de connaissances.
Mais reposer, dans cette formule, peut
s'entendre en deux sens; d’où deux
sortes très différentes de fondement.
A. Ce qui donne à quelque chose son
existence ou sa raison d’être. « Le
monde intelligible est le fondement...
du monde sensible. » DELBos, Philoso-
phie pratique de Kant, p. 392. Par suite,
ce qui justifie une opinion, ce qui déter-
mine l’assentiment légitime de l'esprit
à une affirmation, ou à un ensemble
d’affirmations soit spéculatives, soit
pratiques. « Les Coperniciens parlent
avec les autres hommes du mouvement
du soleil, et avec fondement. » Leie-
Niz, Nouveaux Essais, 1, ch. 1, & 1.
« Les faits qui servent de fondement à
la morale sont les devoirs généralement
admis, ou du moins admis par ceux
avec qui l’on discute. » Paul Janer,
Traité élémentaire de philosophie, 4° édi-
tion, p. 552.
Ce mot, par suite, possède une valeur
d'approbation très caractéristique : ce
qui est « sans fondement » est illégitime
ou chimérique ; ce qui est « fondé » est
juste ou solide.
B. La proposition la plus générale
et la plus simple (ou, plus exactement,
le système formé par les idées et les
propositions les plus générales et les
moins nombreuses), d’où l’on peut
déduire tout un ensemble de connais-
sances ou de préceptes. — Le fondement
de l’induction est, en ce sens, un prin-
cipe tel qu’on en puisse déduire formel-
lement* le droit de passer des faits aux
lois, et de conclure du passé à l’avenir.
Par exemple, la perfection et la véracité
divines chez DESCARTES.
Fondement de la morale. Principe
FONDEMENT
roù se déduisent les vérités morales
iculières dans un système éthique
nné. Par exemple, la valeur unique
plaisir, selon Éricure; l'échelle
de la perfection, selon MALEBRANCHE,
Wozrr, etc. (Praktische Bestimmungs-
nde, praktische Grundsätze, KaAnT.)
Fondements de la métaphysique des
meurs. Traduction consacrée du titre
de l'ouvrage de KanT : Grundlegung
sur Metaphysik der Sitten ; plus exac-
tement : constitution d’un fondement
ur la moralité, étude ayant pour but
«de rechercher et d’établir exactement
le principe suprême de la moralité ».
(Préface, ad finem.)
CRITIQUE
Les deux sens de ce mot ont presque
toujours été confondus, sans doute par
suite de ce fait que dans la scolastique,
puis dans le cartésianisme, on considé-
rait que la seule manière légitime et
solide d’obtenir l’adhésion de l'esprit
était de déduire ce que l’on voulait
démontrer de propositions plus simples
et primitives, possédant par elles-
mêmes une valeur d’autorité ou d’évi-
dence. Mais ces deux idées ont été
dissociées par le développement de
trois ordres de sciences :
1° Les sciences expérimentales s’ap-
puient sur des observations et sur des
généralisations modestes, mais indubi-
tables, qui font la solidité de la science ;
au contraire, leurs principes les plus
simples, d’où de vastes ensembles peu-
vent se déduire, sont hypothétiques et
plus ou moins discutés. On ne les admet
que parce qu’ils contiennent implicite-
ment, sous une forme très générale, les
faits particuliers et les vérités plus spé-
ciales qu’il s’agit de systématiser, et
non de justifier. Fondements au sens
déductif, ils ne le sont donc pas au sens
démonstratif.
29 Il est arrivé de même que dans la
géométrie élémentaire les termes pre-
miers représentent des idées à la fois
simples et familières ; les axiomes et les
postulats, des vérités qu’il suffit de
comprendre pour ne pouvoir les révo-
quer en doute. Mais aussitôt que ce
stade de développement est dépassé,
Sur Fonder et Fondement. — L'article Fonder a été ajouté dans la 5e édition ;
l’article fondement avait été modifié dans la première conformément aux obser-
vations de J. Lachelier, A. Landry, E. Van Biéma. Ce dernier fait observer que
fondement ne désigne pas toujours les vérités premières, mais seulement les vérités
logiques antérieures à celles qu’il s’agit de fonder : « On dira, je crois, fondement
dernier lorsqu'on voudra exprimer avec rigueur le terme après lequel l'esprit ne
conçoit plus de régression possible. » Cela est vrai au sens À, et la formule a été
modifiée conformément à cette remarque ; maisil n’en est pas de même ausensB :
le « fondement de la morale », par exemple, ne peut être que le principe suprême
de la moralité.
La Critique et les propositions qui la terminent, approuvées par la plupart des
Correspondants, ont cependant soulevé les objections suivantes :
.. — 11 me semble que M. JANET a fait, dans le texte que vous citez, un emploi
impropre et équivoque de fondement. Les « devoirs généralement admis » ne peuvent
être le fondement objectif de la moralité; mais ils peuvent être, pour celui qui
discute sur la morale, un fondement subjectif : il peut s’y appuyer. en ce sens
Que l’adversaire est obligé d’en rendre compte. Aussi vaudrait-il mieux dire en ce
sens « un point d’appui psychologique ». — Dans la théorie morale que vous
tésumez à cette occasion, il n’y a pas, à proprement parler, de fondement : il n’y
à que des faits et des hypothèses explicatives, que les faits peuvent justifier, mais
qu'ils ne fondent pas. (J. Lachelier.)
— Le fondement de la morale est ce qui légitime pour la raison nôtre reconnais-
tance d’une vérité morale, ou en tout cas l’existence de nos appréciations morales.
LALANDE. — vOCAS. PHIL.
nn.
14
FONDEMENT
la dualité apparaît : c’est ainsi que dans
les mathématiques modernes, l’ensem-
ble des principes pris pour point de
départ se sépare nettement de l’étage
des vérités évidentes qui s'imposent à
l'adhésion ; et le choix des premiers a
pour fondement l'existence des secondes.
3° Enfin, en morale (et dans les
autres sciences normatives) le point de
départ ou principe, de la déduction et
le fondement de l’adhésion ont été
longtemps considérés comme ne faisant
qu'un. Telle est encore l'opinion de
plusieurs philosophes. Mais, selon d’au-
tres, la même dissociation doit y être
opérée : le principe suprême de la mora-
lité, d’où pourraient se déduire tous les
droits et les devoirs, n’est pas connu
directement ; il doit être induit des
droits et des devoirs plus spéciaux, qui
portent un caractère d’évidence morale.
Voir \Wunpr, Préface de l'Éthique ;
le texte ci-dessus de P. JANET, cité et
loué par E. DürkHEIM, Division du
travail social, Introduction. Voir aussi
le texte de LÉvy-BruHL cité ci-des-
sous, ‘au mot fonder, À.
Pour ces philosophes, l'esthétique ct
la logique, comme l'éthique, subsistent
par elles-mêmes dans la raison, le goût
ou la moralité des hommes ; et, par
suite, le « fondement » des sciences ou
des théories correspondantes est, en ce
sens, dans l’évidence de certains faits
(les jugements d'appréciation prati-
ques) et non dans une justification
déductive reposant sur un principe.
366
—
Les scolastiques admettaient déjà l’exis.
tence d’une logique spontanée (Logica
naturalis) distinguée de Logica docens
et de Logica utens. (UEBERWEG, System
der Logik, 5° éd., $ 4.)
Nous proposons donc d’employer
toujours principes dans le second cas
(points de départ logiques) et fonde.
ments dans le premier cas (points d’appui
de la croyance de l’assentiment). Il est
à remarquer que l'usage du mot prin-
cipe dans le sens B est déjà très
général : Russe, The principles of
mathematics ; COUTURAT, Les principes
des mathématiques ; MacH, Die Prinzi-
pien der Wärmelehre, etc.
Rad. int. : À. Fundament ; B. Prin-
cip.
FONDER, D. Begründen; E. To
ground, to found ; I. Fondare (fondato
a un sens beaucoup plus large que
fondé).
A. Établir sur une base solide : d’où,
par métaphore, appuyer une affirma-
tion, une règle de conduite, une exi-
gence, sur quelque chose qui la justifie.
— Se fonder sur .…, même sens.
Très usité au passif : « Une critique
fondée. » — « La morale n’a pas plus
besoin d’être fondée que la nature, au
sens physique du mot : toutes deux
ont une existence de fait, qui s'impose
à chaque sujet individuel. » LÉvry-
BruxL, La morale et la science des
mœurs, Ch. VII, p. 192.
. Fonder en raison » (expression très
jque, maintenant vieillie) : justi-
et faire comprendre, par des raisons
nes, ce qui n’était d’abord qu’une
groyance, une connaissance empirique,
js une opinion discutée. « La foi
ble et soumise de ceux qui se
padent à l’autorité... est fondée en
eison. » MALEBRANCHE, Entretiens sur
Je Métaphysique, XIV, an.
:: @ Fonder logiquement » : A. Rattacher
raisonnement une conclusion à des
principes ; déduire.
«B. Être le fondement (au sens A)
dont quelque autre chose tire son exis-
tence ou sa valeur. « On conçoit un
témps où la force fonde réellement le
règne de la raison. » RENAN, Dialogues
philosophiques, 3° partie, p. 113. — Cet
emploi du mot est plus rare.
REMARQUES
1. Sauf lorsqu'il est joint à un ad-
yerbe qui en change le sens, tel que
«logiquement », « formellement », etc.,
le mot fonder évoque toujours l’idée de
solidité, de stabilité, de certitude, ou
pour le moins de prétention sincère à
cette certitude chez celui dont il s’agit.
« Une réserve fondée » est une réserve
légitime ; « une objection fondée » est
une objection qui a de la force. « S'il
était fondé, l’optimisme dogmatique
dit. J'appelle :
FORCE
des systèmes de théodicée rendrait
inexplicable et inutile toute religion,
même rationnelle. » DELBos, Philos.
pratique de Kant, p. 607.
2. Dans le langage parlé, on emploie
souvent baser pour fonder. Ce n’est pas
un terme correct : il ne figure pas plus
dans la dernière édition du Dictionnaire
de l’Académie que dans les précédentes.
Littré le cite, mais comme un néolo-
gisme inutile, qui ne s'emploie qu’au
figuré, et ne dit rien de plus que fonder.
Il conseille d’en éviter l'usage.
Rad. int. : Fund.
FOR intérieur (du L. Forum; Vieux
français : for, mot tombé en désuétude
et signifiant juridiction) ; sans équiva-
lents étrangers.
Le tribunal intérieur de la conscience,
par opposition aux jugements exté-
rieurs de la loi ou de l’opinion publique.
On dit encore, par abréviation
« Dans son for; dans mon for, etc. »
FORCE, L. Vis ; D. Kraft (Gewalt ou
Zwang au sens B) ; E. Force; I. Forza.
A. Vigueur, puissance, intensité
« La force de la pensée. »
B. Contrainte physique et extérieure,
nécessité à laquelle la volonté résiste,
mais inutilement : « Céder à la force;
par force ; forcément. » Par suite, et
fondements les principes généraux sur lesquels peut reposer un
Des faits ne servent, me semble-t-il, de fondement à une morale que si l’on cherche
dans la généralisation de ces faits la légitimation de cette morale. Si l’on entend
au contraire désigner sous ce nom le point de départ de la discussion, l’objet sur
lequel porte la recherche, je crains qu’on n’use d’une expression amphibologique
et dangereuse. L’existence des « devoirs généralement admis » peut fonder la
recherche d’un principe moral, non la vérité morale. De même l'existence de
« vérités évidentes » en mathématiques peut fonder la recherche des principes
les plus satisfaisants pour l'esprit sans que cela empêche ces principes de fonder
logiquement l’existence de ces vérités évidentes. (E. Van Biéma.)
— Fondement a été si longtemps synonyme de contrefort abstrait, d’assise théo-
rique qu'il y a peut-être quelque danger à vouloir lui donner aujourd’hui et
presque soudainement un contenu concret. La distinction entre les fondements
et les principes nous paraît certes devoir subsister, mais pas aussi nette qu'on le
système du monde métaphysique ou religieux ; — principes, les principes spéciaur
sur lesquels repose une discipline particulière ; les fondements et les principes
étant d’ailleurs les uns et les autres d'ordre abstrait, théorique et logique.
J'aimerais mieux réserver aux faits particuliers, aux points d'appui esthétiques,
psychologiques ou sociologiques le nom des faits justificatifs. On éviterait ainsi
équivoques aussi graves que celle qui peut naître de la phrase de M. Lévy-
Bruhl : « La morale n’a pas plus besoin d’être fondée que la nature. » Une exis-
Œnce de fait ne saurait être un fondement au sens vrai du mot; tout au plus,
Peut-on dire, comme nous l’indiquons, qu’elle est un fait justificatif. Et encore,
temMarquons que le caractère justificatif d’un fait ne peut lui venir que de ce qui,
en lui, n’est pas réductible au pur fait. (Louis Boisse.)
Sur For intérieur. Forum interius est une expression scolastique : « Forum
thierius (ou penitentiae, ou confessionis), s’oppose à forum exterius, judiciale, ou
Publicum. » ScHëTz, Thomas-Lezxicon, 327. (R. Eucken.)
nn.
moins proprement, toute nécessité :
« Une conséquence forcée. »
C. Principe d’action, pouvoir moteur :
« Les idées-forces. — Les grandes forces
de la nature. » PoiNsoT (Éléments de
statique, p. 2) définit encore la force « une
cause quelconque de mouvement ».
D. En Mécanique, la définition
usuelle de la force est celle-ci : « Étant
admis que tout corps abandonné à lui-
même persiste indéfiniment dans un
mouvement rectiligne et uniforme (ou
dans le repos, qui peut en être consi-
déré comme un cas particulier), on
appelle force tout ce qui peut modifier
cet état de repos ou de mouvement
rectiligne et uniforine. »
La force est égale au produit de la
masse par laccélération (f = my).
La force-vive, qu’il ne faut pas con-
fondre avec la force, et qui est une
forme de l’énergie*, est le demi-produit
de la masse d’un corps par le carré de
sa vitesse ( ms).
CRITIQUE
1. On a souvent employé force pour
énergie, à l’origine de ce dernier con-
cept; notamment HELuHoLTz, Uebe
die Erhaltung der Kraft (Sur la COnser.
vation de la force), 1847. Cet emplo;
du mot est aujourd’hui abandonné par
les physiciens.
Certains philosophes l’ont employé
dans un sens voisin, mais plus Vague
SCHELLING, SCHOPENHAUER entendent
par force (Kraft) ce qui fait l'essence
de la matière, ce par quoi elle remplit
une partie de l’espace en y manifestant
certaines propriétés : « Kraft ist das
Nichtsinnliche an den Objecten, ,
SCHELLING, Natur philosophie, p. 308.
— « Weil also die Materie die Sichtbar.
keit des Willens, jede Kraft aber an
sich selbst Wille ist, kann keine Kraft
ohne materielles Substrat auftreten,
und umgekehrt kein Kärper ohne ihm
inwohnende Kräfte sein, die eben seine
Qualitat ausmachen. Kraft und Stoff
sind unzertrennlich weil sie im Grunde
Eines sind?. » SCHOPENHAUER, Die
1. « La force est ce qu'il y a de aon-sensible dans les
objets ». — 2. « La matière étant l'aspect visible de la
Volonté, et ohaque foree étant la Volonté même, il ne
peut y avoir de force sans substrat matériel, ni inver-
sement de corps sans des forces qui y résident et qui sont
précisément 0e qui le fait tel qu'il est... Foree et matière
sontinséparables, paroe qu'au fond elles ne font qu'uo.
Sur Force. — Au sens moral. La « force », chez RENou
sance d'exercice de la Raison pratique » est l’une des t
VIER, en tant que « puis-
rois vertus fondamentales
(les deux autres étant la sagesse et la tempérance). Science de la morale, ch. vu.
Ce sont les vertus cardinal
est insolite :
force n’a point d’im
es du platonisme, moins la justice. Mais cette expression
: courage Où force d'âme sont seuls usuels en ce sens. Non seulement
port moral, mais ce terme évoque presque universellement,
dans cet ordre d'idées, l’antithèse de la force et du droit.
Au sens physique. Dans la formule Î = my, qui est la vraie définition de la
force, il est à remarquer que la seule des trois qu
antités qui puisse être saisie dans
l'expérience et mesurée est l'accélération y. La force et la masse ne sont donc
FORMALISME
vel, Suppléments, ch. xx vi. La cause
yn phénomène est toujours un autre
énomène, mais ce qui donne son
Puficacité à cette cause est une force
uturelle (eine Naturkraft) qui est en
hors de la chaîne des causes et des
ets (Jbid., livre I, $ 26).
# Cette manière de voir est adoptée
foar SPENCER, qui considère la Force
jgomme « le Principe des Principes ». La
matière et le mouvement sont seule-
‘ment des « manifestations de la Force
“différemment conditionnées ». La Force
‘est l’idée finale à laquelle nous amène
J'analyse ; elle est en soi inconnaissable,
et ne peut être regardée que comme
un effet conditionné d’une cause in-
‘conditionnée, la réalité relative qui
‘nous indique une réalité absolue ». Pre-
miers principes, $ 50. Cette Force pré-
sente deux formes distinctes pour notre
perception : « la force intrinsèque par
Jaquelle un corps se montre à nous
comme occupant l’espace, et la force
ætrinsèque que l’on appelle énergie ».
Ibid, $ 60. C’est pourquoi Spencer
adopte la formule Persistance de la
Force, comme titre du chapitre vi, au
lieu de l'expression persistance (ou con-
servation) de l'énergie.
2. La notion de force physique, telle
qu’elle a été définie ci-dessus dans le
corps de cet article, est due à GALILÉE.
Mais elle présente ainsi l’apparence
d’une sorte de faculté ou de qualité
occulte que les physiciens cherchent
depuis longtemps à remplacer. On a
essayé de la définir matériellement : ce
qui peut faire équilibre à un poids par
l'intermédiaire d’un système mécanique
quelconque, comme un fil tendu, un
ressort, etc. Mais ce point de vue,
quoique très légitime pour la physique,
n’est pas satisfaisant pour l'analyse.
J. R. Mayer, HELMHOLTZ et surtout
HErTz ont essayé de constituer une
mécanique où la notion de force n’est
pas reçue parmi les notions fondamen-
tales, et n’a d’autre définition que my.
Voir Énergétique*, A.
Quelques auteurs, jusqu’à ces der-
niers temps, ont appliqué le nom de
force à l’intensité d’un champ (c’est-à-
dire au coefficient caractéristique de
chaque point d’un espace déterminé,
relativement à l’action subie par un
point matériel qui s’y trouve placé).
Cet usage présente l’inconvénient de
désigner par un même nom deux gran-
deurs qui ne sont pas de même nature
et dont l’une est facteur de l’autre. Par
exemple, la force (au sens ordinaire) à
laquelle est soumise un point chargé
d’une quantité d'électricité a est le
produit de l'intensité du champ élec-
trique hk par la charge de ce point,
soit ah. Aussi cette expression tend-elle
justement à disparaître (S).
Rad. int. : A, B. Fort; C. Ag; Pen
s'il y a effort ; D. Forc.
FORMALISER, (S).
FORMALISME, D. Formalismus ; E.
Formalism ; 1. Formalismo.
A. Doctrine qui consiste à soutenir
que les vérités de telle ou telle science
(mathématique, notamment) sont pu-
rement formelles*, et qu’elles reposent
jamais données que dans leur rapport. — Je crois d’ailleurs que la notion de
force est différente en mécanique et en physique, de même que le mécanisme, qui
est du domaine de la physique, est distinct de la mécanique. (E. Goblot.)
— En anglais, cis viva signifie mo?, tandis que Kinetic Energy s'emploie pour
j mv?. Cet usage est plus conforme à l'emploi primitif de l'expression force vive.
(B. Ft — Je crois avoir vu quelquefois, même en français, « demi-force
vive » pour 5 ms?. Mais c’est rare. (L. Couturat.)
Force, au sens C, est à éviter. C’est un’ des mots les pl lus
obscurs de la philosophie. (L. Bolsse.) D:
Sur Formalisme. — Les deux thèses réunies en A caractérisent bien le forma-
lisme, au sens ordinaire du mot ; mais elles ne sont pas logiquement solidaires :
On pourrait concevoir un formalisme qui serait l'expression d’une structure de la
cr comportant des normes non conventionnelles, exprimables en symboles.
A. L.)
Outre les divers emplois de ce mot mentionnés dans l’article ci-dessus, on peut
noter qu'HAMELIN l’applique à la doctrine qui croit pouvoir tout construire a
Priori par déduction. I] l'oppose d’une part à l’empirisme, de l’autre à sa méthode
Synthétique. Essai sur les éléments principaur, etc., p. 6-11.
Voir ci-dessous la critique qui suit l’article Forme*.
FORMALISME
————— ——_——— — ———— SN
uniquement sur des conventions ou sur
des définitions de symboles.
B. Considération exclusive du point
de vue formel, conduisant à nier l’exis-
tence ou l’importance de l’élément ma-
tériel dans un ordre de connaissances.
S’applique spécialement, en esthétique,
à la doctrine de l’art pour l’art et de
la difficulté vaincue ; souvent aussi, en
éthique, à la doctrine morale de Kanr.
Voir plus bas Forme*, B, 3.
Par extension, caractère méticuleux
et mécanique de la pensée : « Ein sich
genau, oft peinlich, nach bestimmten
konventionellen Regeln richtendes Be-
haltent. » KiRCHNER et MICHAELIS,
Wôrterbuch der philosophischen Grund-
begriffe, sub vo.
Rad. int. : Formalism.
FORME, D. Form (aussi Gestalt au
sens À) ; E. Form, très large (Shape au
sens À); I. Forma.
Ce terme est presque toujours opposé
à matière*.
Il a eu dans la scolastique un emploi
très étendu, dérivant de celui qu’en
avait fait ARISTOTE ; il a servi à tra-
1. « Une manière stricte, souvent pénible de se com-
porter, en s’astreignant à des règles déterminées et
conventionnelles. »
370
duire : elSoc, uopp, oùolx, RAPAÈEL Lo
Td ri fiv elva, rù ri éon. Cf. ci-dessus
Cause*, A. Les scolastiques y ajou.
taient, pour le déterminer, une grande
variété d’épithètes, notamment forma
substantialis (cf. DESCARTES, Méthode
I, $ 2), forma exemplaris, forma indivi.
dualis, etc. Voir GocLenius, Lexicon
vo Forma, 588-593; ScHÜTz, Thomas
Lezikon : « Forma est principium agendi
In unoquoque. » THOMAS D’AQUIN
Somme théologique, III, 13, 1 c; — et
Ch. S. PerRce, Matter and Form, dans
BazDwin, Il, p. 50 sqq.
Ce terme a été dépouillé de son sens
ancien par BACON qui a essayé, en lui
donnant une signification nouvelle, de
faire du concept ainsi désigné la base
d’une théorie de la nature : « Monen-
dum est quasi perpetuo ne, cum tantae
partes Formis videantur a nobis tribui,
trahantur ea quae dicimus ad Formas
eas quibus hominum cogitationes hac-
tenus assueverunt. » MVov. Organ., Il,
17. Il serait trop long de définir ici ce
sens, qui n’a plus qu’un intérêt histo-
rique. (Voir LALANDE, Quid de mathe-
matica senserit Verulamius, chap. 11;
Les théories de l'induction, ch. 11.)
Mais si cet emploi du terme a momen-
tanément facilité l’introduction de la
FORME
gectrine mécaniste, il n’en est pas moins
mbé en désuétude, et a contribué à
#iscréditer auprès des modernes l’idée
de Bacon. Le mot s’est trouvé restreint,
à partir de cette époque, au premier
#ns défini ci-dessous, c’est-à-dire à ce
ge l’on appelait auparavant la figure*
d'un corps. Il a cependant gardé dans
Yusage moderne quelques traces de son
sage scolastique, qui seront signalées
plus bas. ;
. À, Figure géométrique constituée par
Jes contours d’un objet. S’oppose à la
matière dont cet objet est fait. « La
üre prend la forme du cachet. »
B. Par métaphore, et par tradition
du sens très large donné dans l’École à
l'opposition de la forme et de la matière,
ces mots sont appliqués à toutes les
oppositions analogues ; et particulière-
ment :
‘40 La forme d’une opération de l’en-
tendement est la nature du rapport
qui existe entre les termes auxquels
elle s'applique, abstraction faite de ce
que sont ces termes en eux-mêmes ;
la matière (ou contenu*) est constituée
par ces termes, considérés dans leur
signification propre. Ex. : « Tous les
métaux sont solides ; le mercure est
un métal ; donc le mercure est solide. »
La forme de ce raisonnement est Bar-
bara : « Tous les À sont B ; or, Cest A ;
donc C est B. » La matière est fournie
par les concepts : métal, mercure, so-
lide. Un pareil raisonnement est bon
formellement (vi formae) ; la conclusion
en est fausse matériellement (vi ma-
teriae).
De même, en mathématiques, la
relation (a + b}? = a3 + b? + 2 ab est
formelle, en tant qu’elle reste vraie
pour tous les nombres réels.
20 Par application du sens précédent,
Kanr distingue dans la connaissance :
d’une part, une matière ( Stoff), donnée
propre et immédiate de la sensation,
dont la présence, imposée à l'esprit,
révèle qu’il y a quelque chose d’autre
que lui; et, de l’autre, une forme
(Form), constituée par les lois de la
pensée qui établissent, entre les dan-
nées multiples des sens, des rapports
permettant de les percevoir et de les
comprendre. Le temps est la forme du
sens interne ; l’espace est la forme du
sens externe ; tous deux sont les formes
a priori de la sensibilité (traduction
consacrée, mais malheureuse des ex-
pressions Formen a priori der Sinn-
lichkeit, Reine Formen der Sinnlichen
Anschauung). Les formes de l’entende-
Sur Formalisme et forme. — Critique. L'opposition forme-matière peut
donner lieu à des équivoques. Elle se trouve fréquemment associée à d’autres
couples, tels que intérieur-extérieur, l’esprit-la lettre, etc. Tantôt la forme, c’est
l’intérieur et c'est l'esprit : la cause formelle de la statue est l’idée de la statue;
la morale formelle de Kant est en même temps une morale de l'intention. Dans la
mesure où intervient ici un jugement de valeur, il est en faveur de la forme ; la
matière sert de refuge à l’empirique, à l'accident, à l’irrationnel. Tantôt au
contraire, la forme, c’est l'extérieur et c’est la lettre. L’appréciation en est péjo-
rative. Le formalisme religieux ou juridique, celui des Docteurs de la Loi ou de
Brid’oison, offusquent la foi intime ou l'équité spontanée. La « matière » devient
alors l'idée, comme dans les discours français jadis, où la matière était imposée :
il ne s'agissait plus que de la mettre en forme, de la « développer »!. Il me semble
qu’un peu de cette équivoque subsiste dans la rédaction de l’article Formalisme, B.
L'école de l’art pour l’art a toujours témoigné de l’indifférence pour le « sujet »
de la répulsion pour le sentiment et l'inspiration ; mais en revanche le plus grand
—— — —
1. Dans ce groupement terme à terme de cou ithéti i é iété :
à L l rme ples antithétiques, avec inférence spontanée des propriétés de l'u2
M où ra autres, il y a un procédé philosophique trés usité. Source d'invention, et souree dou Par exemple
Tee qotités compéhension-edension. Inférence spontanée : 1a mathématique traite de la quantité; dono les
Pts matbématiques se définissent par leur extension. + (Note de M. M. Marsai.}
intérêt pour les matériaux, le matériel verbal, le poème à forme fixe, les règles
astreignantes et rigides, toutes choses qu’un Lamartine eût volontiers négligées
comme trop matérielles. Si l’on y voit cependant un formalisme, c’est en un sens
bien différent de ce que Fouillée appelle le « formalisme esthétique » de Kant
(Critique des systèmes de morale contemporains, p. 223). (M. Marsal.)
Sur Forme. — Historique. Les mots forma et species correspondent tous deux
à l’elSos d’Aristote. On peut dire que finalement on a abouti à une division du
sens d’elSoc entre ces deux termes, forma représentant elôoç au sens de caractère
Commun, et species représentant el8oç au sens d’espèce ou de classe constituée par
la possession de ce caractère commun. Cependant cette division ne s'établit que
Peu à peu. Cicéron nous dit (Topiques, VII) que forma fournit le génitif et le datif
Pluriels qui manquent à species, et que par conséquent on doit le préférer à celui-ci
Pour traduire elôoc, puisqu'il est complètement déclinable. (C. C. J. Webb.)
Simplicius (in Phys. Aristot., 11, p. 276) donne les indications suivantes :
Hoppñ est proprement l'apparence extérieure, en tant qu’elle est une conséquence
de l'etSoc ; et oyïux la figure externe, non rapportée à la forme. Voir aussi HAME-
LIX, Commentaire sur le livre II dela Physique d'ARISTOTE, p. 48. (Ch. Serrus.),
— « Forma dat esse rei » est un principe scolastique. — Formalitas, qui se
——————— —,
FORME
ment sont les Catégories*, et celles de
la raison les Idées*.
39 La forme de la moralité est le
caractère impératif de la loi morale
(ou, dans les théories éthiques qui n’ad-
mettent pas l'obligation, le caractère
appréciatif* du jugement moral). La
matière de la moralité est constituée
par la manière d’agir qui est com-
mandée (ou par les faits objectifs qui
sont reconnus comme ayant we valeur
inorale).
Une morale purement formelle est
celle qui satisfait à la condition posée
par KawrT (Critique de la Raison pra-
tique, 1re partie, chap. 1, Théorème 111) :
« Wenn ein vernünftiges Wesen sich
seine Maximen als praktisch allgemeine
Gesetze denken soll, so kann es sich
dieselben nur als solche Principien
denken, die nicht der Materie, sondern
blos der Form nach, den Bestimmungs-
grund des Willens enthalten!. » Cette
condition est remplie par la loi morale
purement formelle : « Handle so, dass
die Maxime deines Willens jederzeit
zugleich als Princip einer allgemeinen
Gesetzgebung gelten kônne*. » Jbid..
$ 7.
&° En Droir, la forme, qui est l’en-
semble des règles à suivre dans la pro-
cédure, s'oppose au fond, qui est l’objet
particulier de l’affaire considérée. On
1. « Si un être raisonnable doit se représenter ses
maximes comme des lois pratiques universelles, il ne
peut se les représenter que comme des principes qui
contiennent, non dane leur matière, mais uniquement
dans leur forme, ce par quoi ils déterminent la volonté. »
— 2, « A gis de telle manière que la maxime de ton action
puisse toujours être valable en même temps comme prin-
cipe d’une législation universelle. »
379
dit encore dans le même sens Forma.
lités.
C. Par suite du sens large donné ay
mot allemand Gestalt dans la « théorie
de la forme* » : structure (même inté.
rieure), organisation — le mot forme
depuis quelques années, est aussi em.
ployé en français de la même manière
par les psychologues. Voir Paul Gui.
LAUME, La psychologie de la forme,
1937. Cf. plus haut Bonne* forme, et
ci-dessous Théorie de la forme. — Il ne
faut pas entendre cette idée de forme
en un sens finaliste, mais en un sens
physique, c’est-à-dire sur le modèle
d’un système où l’on ne peut enlever
ou ajouter une partie sans altérer les
autres ou sans déterminer un regrou-
pement général (par exemple, la répar-
tition de la charge électrique sur un
corps conducteur isolé). JZbid., p. 28.
Forme forte, celle qui relie étroite-
ment les parties d’un tout en une orga-
nisation présentant une unité et une
stabilité considérables. Dans le cas
contraire, la forme est dite faible.
« Théorie de la forme », D. Lehre von
der Gestalt, Gestalttheorie ; E. Gestaltism,
Configurationism ; I. Dottrina della
forma ; — « Psychologie de la forme »,
D. E. Gestaltpsychologie, -logy, est aussi
très usuel.
Théorie d’abord psychologique, mais
élargie ensuite en une conception phi-
losophique générale des faits biologi-
ques et physiques (KôHLEr, WER-
THEIMER, KoOFFKkA). « Elle consiste à
considérer les phénomènes non plus
comme une somme d'éléments qu'il
agit avant tout d'isoler, d’analyser,
, disséquer, mais comme des ensem-
as (Zusammenhänge) constituant des
jtés autonomes, manifestant une
solidarité interne, et ayant des lois
ropres. Il s'ensuit que la manière
d'être de chaque élément dépend de la
structure* de l’ensemble et des lois qui
Je régissent. Ni psychologiquement, ni
physiologiquement, l'élément ne pré-
existe à l’ensemble : il n’est ni plus
immédiat ni plus ancien ; la connais-
sance du tout et de ses lois ne saurait
être déduite de la connaissance séparée
des parties qu’on y rencontre. » (Voir
Observations.) De plus, selon cette théo-
rie, il y à pour chaque sorte de phéno-
mènes une hiérarchie des formes pos-
sibles, au sens C ; et dès que les condi-
tions extérieures le permettent, il se
fait une transformation spontanée al-
lant vers une forme « meilleure » (à
moins que la forme « la meilleure » ne
soit déjà réalisée). Voir Bonne* formeet
Prégnant* et, au Supplément, Isomor-
phisme. Paul GuiLLAUME, La théorie de
la forme, Journ. de Psychol., nov. 1925
et cf. ci-dessus, C.
Rad. int. : Form.
Forme* (En). — « Par des argu-
ments en forme, je n’entends pas seule-
FORMEL
ment cette manière de raisonner dont
on se sert dans les Collèges, mais tout
raisonnement qui conclut par la force
de la forme, et où l’on n’a besoin de
suppléer aucun article, de sorte qu’un
sorite. même un compte bien dressé,
un calcul d’algèbre.. me seront à peu
près des arguments en forme, parce
que leur forme de raisonner a été pré-
démontrée. » LE1BNIZ, Nouv. Essais,
IV, xvu, $ 4.
FORMEL, D. A. Fôrmlich ; B. For-
mal ; — E. Formal ; — I. Formale.
A. Sens ancien et scolastique : est
formel, ou existe formellement ce qui
possède une existence actuelle*, effec-
tive*, par opposition : d’une part à ce
qui existe objectivement* (au sens sco-
lastique du mot, c’est-à-dire seulement
à titre d’idée), — d’autre part à ce qui
existe éminemment, c’est-à-dire dans
quelque chose de supérieur qui le con-
tient en puissance et d’une façon im-
plicite, — enfin à ce qui existe virtuel-
lement et implicitement sans être ex-
pressément énoncé. Voir éminent*.
Ce sens est conservé dans quelques
expressions, telles que : « Ordre formel,
déclaration formelle, etc. » ; c’est-à-dire
énoncés expressément, et non pas seule-
ment d’une façon douteuse ou implicite.
Sur Théorie de la forme. — La partie de la définition placée entre guillemets
trouve déjà, mais rarement, chez Thomas d’Aquin, paraît avoir été mis en usage
par Duns Scot. (R. Eucken.)
— En quoi l'expression formes a priori de la sensibilité est-elle « malheureuse » ?
Elle est en tout cas très exacte. (J. Lachelier.) — Le mot sensibilité est équivoque
en français, comme presque tous les mots de même racine : il s'applique en général
aux sentiments, aux états affectifs ; mais i sert aussi à désigner ce qui concerne les
sens, en tant que moyens de perception. Il y aura lieu de le critiquer à son rang-
Sinnlich et Sinnlichkeit, en allemand, ont un défaut analogue iils signifient aussi
sensuel et sensualité), mais moindre cependant : les deux acceptions risquent
moins d’être confondues. (A. L.)
est due à Édouard Claparède, qui nous l’avait envoyée en 1926, en vue de la
8° édition du Vocabulaire ; elle y a paru à cette date. Il en marque l’origine dans
l’article de WERTHEIMER, Experimentelle Studien über das Sehen der Bewegung
(Études expérimentales sur la perception visuelle du mouvement), Zeitschrift für
Psychologie, 1912. — C’est Titchener qui a proposé pour traduire Gestalt le mot
Configuration ; d’où l’on a tiré l'expression E. Configurationism pour D. Gestal-
le. Voir Harry Hezson, The Psychology of « Gestalt », American Journal of
Psychology, juillet 1925, p. 342.
Sur Formel. — Le sens scolastique du mot est encore conservé, en allemand
Comme en français, dans certaines expressions du langage courant : « Ein form-
liches Complot ; ein formliches Kunstwerk ; formliche und ausdrückliche Erkla-
Fungi. » (F. Tônnies.)
. En allemand, Formale Logik a deux sens différents : a) Celui qui est indiqué
Gi-dessus pour l’expression française Logique formelle ; — b) Une logique qui
a
L. La dernière de ces expressions : « déclaration formelle et expresse » correspond seule à l'usage français. Le mot
D’aurait pas de sens dans notre langue appliqué à un complot ou à ane œuvre d'art.
D.
FORMEL
374
B. Relatif à la forme, particulière-
ment : morale formelle, voir Forme*
B, 3°.
Cause formelle. Voir Cause*, À, et
Forme*.
Logique formelle. Partie de la Logi-
que* qui traite des opérations de l’en-
tendement et des règles qui s’y appli-
quent, en tant que ces opérations sont
considérées uniquement dans leur for-
me, telle qu’elle est définie ci-dessus,
Vo Forme*, B, 1°.
Éducation formelle, celle qui a pour
objet de développer l’esprit d’une façon
générale, sans lui donner aucune pré-
paration spéciale aux objets particu-
liers dont il aura plus tard à s’occuper.
Terme usuel surtout en anglais (Formal
culture ; plus spécialement Disciplinary
Education, s’il s’agit d'employer essen-
tiellement les études classiques comme
moyen de formation). On dit plus fré-
quemment en français, pour rendre la
même idée : Culture générale.
Rad. int. : Form.
FORMULE, L. Formula (énoncé,
règle, principe, système); D. Formel;
E. Formula ; I. Formula.
A. Énoncé concis et rigoureux, per-
mettant la déduction et la discussion
(au sens mathématique et au sens vul-
gaire de ce mot).
B. Énoncé précis et général qui four-
nit sans ambiguïté la règle à suivre
pour un type déterminé d’opération.
(Cf. le mot Formulaire : « Formulaire
médical, Formulaire de l’électricien. »)
— « Wer.. weiss, was dem Mathema-
tiker eine Formel bedeutet, die das,
—_—<
was zu thun sei, um eine Aufgabe zy
befolgen, ganz genau bestimmt ung
nicht verfehlen lässt, wird eine Forme]
welche dieses in Ansehung aller Plicht
überhaupt thut, nicht für etwas unbe.
deutendes und entbehrliches haltent. ,
KanT, Raison pratique, note à la Pré.
face.
On appelle par analogie formule ar.
tistique un schéma général de compo.
sition propre à un artiste, à une épo.
que, etc.
C. Logistique. Plus étroitement,
ScarôDER définit la formule une rela.
tion algorithmique*, contenant des ter.
mes variables, et qui est vraie quelles
que soient les valeurs attribuées à ces
termes. Algebra, der Logik, t. 1, p. 487.
C’est donc ce que les mathématiciens
appellent (improprement) une identité*,
Cf. Équation*.
D. Par extension, l’un des membres
d’une formule C, considérée comme
l'expression de l’autre membre ; ou,
pratiquement, comme la règle à suivre
pour calculer cette expression. Ex. :
« Formule du binôme; formule de
Taylor. »
Rad. int. : Formul.
FORT, D. Stark, kräftig ; E. Strong ;
L. Forte. Proprement, qui a de la force*,
au sens À. Souvent employé au figuré,
1.«Sil'onsait quelle valeur a, pour le mathématicien,
une formule, qui détermine tout à fait exactement et
sans qu'on puisse s’égarer ce qu'ilfaut faire pour traiter
une question, on ne regardera pas comme quelque chose
d'insignifiant et de superflu la découverte d’une formule
qui joue le même rêle à l'égard de tout devoir, d'une
façon générale.
écarte toute considération sur les rapports de la pensée et de l'être, comme il
arrive par exemple chez Kant et Herbart. (R. Eucken.)
Éducation formelle. — Posséder une culture générale signifie plutôt savoir un
peu de tout, avoir des connaissances variées ; une culture ou éducation formelle
donne l’aptitude à apprendre, comprendre et agir dans tous les ordres de connais-
sance. (V. Egger.)
Je redoute le mot formel appliqué aux études classiques.: ce mot tend à faire
croire qu’elles n’ont pas de contenu, tandis qu’elles ont, au contraire, dans tout
ce qu’elles enseignent d’histoire et de philosohipe antique, un contenu très riche
et très solide. (J. Lachelier.)
FOULE PSYCHOLOGIQUE
‘…% des sens assez variés et souvent
&agues. Cf. Faible*, et voir les obser-
gations ci-dessous.
% rortuit, voir Hasard.
FOULE, D. Menge, Volksmasse : E.
Growd : I. Folla. (Primitivement, opé-
ration consistant à fouler le drap ou le
feutre ; lieu où l’on foule ; d’où pression
qui se produit par la réunion d’un
d nombre d'individus).
A, Masse d'individus réunis, mais
# intentionnellement, sur un point
où ils se trouvent serrés les uns contre
les autres : un groupe réuni sur convo-
cation n’est pas une foule. Voir Obser-
valions,
B. Le commun des hommes, en tant
qu’il s’oppose à l'élite intellectuelle,
aux esprits délicats, aux personnages
connus, etc.
Rad. in. : Turb.
« Foule psychologique. » Expression
proposée par le D' Le Bon pour dési-
gner une réunion d'individus capables
de réactions psychologiques communes.
a
Sur Fort. — Ce terme est souvent employé dans la psychologie empirique
concrète : croyance forte, volonté forte, personnalité forte. Expressions assez
confuses, par transfert à l’état de conscience de ce quicaractérise le comportement.
Hya là un behaviorisme qui s’ignore. — De plus, l’import implicite en est ordi-
naiïrement favorable, ce qui est gratuit. Les odeurs fortes peuvent être nauséa-
bondes, les « personnalités fortes : insupportables. Malebranche n’est pas tombé
dans ce travers en parlant des « imaginations fortes », dont il marque au contraire
le danger.
L'expression « sens fort », en parlant d’un terme ou d’une expression, est aussi
très sujette à caution. Elle n’est acceptable que si le contexte détermine nettement
quelle est l’acception visée. (M. Marsal. — A. L.)
Sur Foule. — 11 y a quelque flottement dans l'emploi de ce mot. Voir La Foule,
publications du « Centre international de Synthèse », 4 semaine, 1934. Pour
M. Georges LEFEBVRE, il y a lieu de distinguer la foule-agrégat, ou foule pure,
formée d'individus réunis par hasard (p. ex. dans une gare au moment du départ
d'un train) et la foule-rassemblement volontaire. Ibid., 83. — Pour M. DUuPRÉEL
«une foule est proprement un groupe social marqué de ce triple caractère : (10°) il
est constitué par des rapports sociaux caractérisés eux-mêmes par le contact
immédiat des individus qui en sont les termes ; ce groupe est éphémère, d’où il
suit que d’une part, (20) il vient de commencer, c’est un groupe à l’état naissant,
et (8°) il est sur le point de finir, soit par dislocation simple, soit par sa transfor-
mation en quelque chose de plus organique. » Zbid., 116. En outre, il est hétéro-
&ène, soutient avec d’autres groupes sociaux un rapport d’interpénétration. —
Pour M. Henri BERR, résumant la discussion, « ce qui constitue la foule, c’est la
communion momentanée, l’unanimité, d’ailleurs instable : c’est un état de crise
Où se produit le « décloisonnement », la fusion d'éléments plus ou moins hétérogènes,
Pa PProchement d’un nombre plus ou moins considérable d’êtres humains ».
1 137.
, M. Étienne Rabaud oppose la foule à la société par le fait que « la foule dépend
Une attraction extérieure aux individus : … c’est un rassemblement provoqué
Par un excitant externe ». Au contraire dans la Société il y a interattraction ;
8 le parasitisme, attraction d’un seul côté. Voir Essai sur les Sociétés animales,
+. Les origines de la société, 2° semaine de synthèse, 1931, p. 8. Cf. Foule et
poctété, du même auteur, dans Sciences, Revue de l’Association française pour
avancement des Sciences, juin 1943. Voir nterattraction*, texte et Obs.
DO.
FOULE PSYCHOLOGIQUE
396
« Au sens ordinaire, le mot foule repré-
sente une réunion d'individus quelcon-
ques, quels que soient leur nationalité,
leur profession ou leur sexe, et quels
que soient aussi les hasards qui les
rassemblent. Dans certaines circons-
tances, une agglomération d'hommes
possède des caractères nouveaux fort
différents de ceux des individus com-
posant cette agglomération. Les sen-
timents et les idées de toutes les unités
sont orientés dans une même direc-
tion. La collectivité est alors devenue
ce que, faute d’une expression meil-
leure, j’appellerai une foule organisée
ou, si l’on préfère, une foule psycholo-
gique. » Psychologie des foules, p. 12.
« FRAYAGE » ou « Frayement » (des
voies nerveuses). — Cette expression
pourrait être utile pour traduire le
terme Bahnung, souvent employé par
les psycho-physiologistes de langue
allemande, et pour lequel Ed. CLapa-
RÈDE nous a fait remarquer qu'il n’exis-
tait pas d’équivalent français. — La
forme frayage serait peut-être plus
expressive et plus conforme à la mor-
phologie contemporaine. Frayement n'a
pour lui que de figurer déjà dans Littré.
Le Dictionnaire de l’Académie n’a
admis jusqu’à présent ni l’un ni l’autre.
FRESISON. Mode de la 4e figure se
ramenant à Ferio* par la conversion
simple des deux prémisses :
Nul P n'est M
Quelque M est S
Donc quelque S n’est pas P.
CRITIQUE
ll ne faut pas appeler ce mode Fre-
sisom, comme PorT-RoYaL, car il n’y
a pas lieu d’intervertir les prémisses
pour le réduire à la 1fe figure (voir
Frisesomorum).
SL
FRISESOM (orum). Mode indirect de
la 1re figure, appelé Fresison quand ji
est considéré comme un mode de Ja
&e figure. Énoncé sous la forme dite
Frisesomorum, il présenterait la dispo.
sition suivante :
Quelque M est P
Nul S n'est M
Donc quelque P n'est pas S.
CRITIQUE
Voir Figure*. — Sur l'impossibilité
de tirer une conclusion des prémis.
ses I E dans quelque figure que ce soit,
voir COUTURAT, La Logique de Leibniz,
p. 6-7.
FRIVOLES (propositions) ; traduc-
tion de l'anglais « trifling propositions »,
Locre, Essay, IV, 8; Cf. LeiïBnr,
Nouveaux Essais, Ibid.
Locke nomme ainsi les propositions
qui n’ajoutent rien à notre connais-
sance, et qu'il appelle aussi des propo-
sitions purement verbales {barely ver-
bal, only verbal) : les propositions iden-
tiques, celles qui ont pour attribut une
partie de la définition du sujet, celles
qui ne font qu’énoncer une synony-
mie, etc. — LEeiBniz, dans le passage
cité, a montré le rôle logique que peu-
vent avoir dans certains cas les propo-
sitions de ce genre. — Cf. Tautologie*,
Truisme*.
« FRUSTRATION », proprement
acte ou événement privant quelqu'un
de ce qui lui est dû, de ce qu’il espère,
ou de ce à quoiils’attend; —situationde
celui qui est victime de cette privation.
Ce terme tend à entrer dans le lan-
gage technique de la psychologie,
etc.) de la sociologie, où il est appliqué
en un sens très large : « Frustration is
defined by Dollard and his associates
as « That condition which exists when
Sur Foule psychologique. — « L'idée est juste et importante ; mais l'expression
n’est pas heureuse. Ce n'est pas la foule qui est psychologique, c’est le point
de vue d’où on la considère. » (J. Laehelier. — E. Chartier.)
a goal-response suffers interference »,
whereas aggression is defined as « an
# act whose goal-response is injury to an
x organism, or organism-surrogate ».
Their thesis is that aggression is always
the consequence of frustration!. »
Y. J. McGze, « Social philosophy in
America », dans Marwin FARBER, Philo-
sophic Thought in France and the United
States, p. 697. (Il s’agit de l'ouvrage
de John Dollard, L. Doob, N. E. Mow-
rer, O. H. Mowrer et R. W. Sears,
Frustration and Aggression (1939), p.11.)
CRITIQUE
On remarquera dans ce mot l’équi-
voque entre ce qui prive un sujet de ce
qui lui est dû, et ce qui le prive seule-
ment de ce à quoi il s'attend. Sans
conséquence en psychologie ou socio-
logie purement descriptives, elle de-
vient grave dès qu’il s’agit de jugement
axiologique.
« FULGURATION ». Terme employé
par LEIBNIZ pour désigner le mode de
création des monades et leur rapport
avec la substance divine. « Dieu seul est
Punité primitive ou la substance simple
originaire, dont toutes les monades
créées ou dérivatives sont des produc-
tions et naissent, pour ainsi dire, par
des fulgurations continuelles de la Divi-
nité, de moment en moment, bornées
Par la réceptivité de la créature, à
laquelle il est essentiel d’être limitée. »
Monadologie, 47.
Rad. int. : Fulmig (Boirac).
1.« La frustration est définie par Dollari et ses coila-
teurs comme la condition créée » (chez un individu
Ca dans un groupe) « quand une réaction dirigée vers
We fin est contrariée » et l’agression comme « un acte
la réaction dirigée est de nuire à un organisme, ou
ju subetitut de cet organisme. » Leur thèse est. que
on est toujours la eonséquenee d’une frus-
FUTURS
FUTURIBLE, (S).
FUTURISME, D. Futurismus ; E.
Futurism ; I. Futurismo.
Doctrine principalement esthétique,
mais comportant aussi des applications
morales et politiques. Elle a été formu-
lée par F. T. MaRINETTI dans le Mani-
feste, publié par le Figaro du 20 fé-
vrier 1909, où sont glorifiés l'élan vers
l'avenir et vers le nouveau, la vie ar-
dente et fébrile, le progrès du machi-
nisme, la passion de la vitesse, de l’at-
taque, du danger, pour les peuples
comme pour les individus, la fécondité
de la révolte, de la violence et de la
guerre.
Sur le développement et les formes
de ce mouvement, voir l’article : Futu-
rismo, du même auteur dans l’Enciclo-
pedia Italiana.
FUTURS, c’est-à-dire événements fu-
turs. — Traduction des expressions
aristotéliques tt éoôueva et ta pué2.-
ñovta. La première s'applique à ce qui
doit arriver nécessairement ; la seconde
à ce qui est pensé sous la forme du fu-
tur (ô péAAwv est le nom technique du
futur chez les grammairiens). ARISTOTE,
passim et spécialement ITepl épunvelac,
chap. 1x.
Les scolastiques ont traduit ces deux
expressions par futura necessaria, fu-
tura contingentia. GocLENIus, Vo. L'ex-
pression futurs contingents est restée
plus usuelle. « Les philosophes convien-
nent aujourd’hui que la vérité des fu-
turs contingents est déterminée, c’est-à-
dire que les futurs contingents sont
futurs, ou bien qu’ils seront, qu'ils arri-
veront : Car il est aussi sûr que le futur
sera, qu’il est sûr que le passé a été... »
LeiBniz, Théodicée, 1, 36. Cf. Ibid., I,
2 et 45.
Voir Contingence*, B.
G, voir « Facteur G ».
GÈNE, du G. ….yevhc (— engendré
par). Suffixe terminant beaucoup de
mots usuels et librement employé, sur-
tout en physiologie et en psychologie,
pour former des termes techniques
nouveaux. Mais il y est pris en plu-
sieurs sens, qui peuvent même être
contraires.
A. Engendré par, ayant pour origine :
endogène (d’origine interne) ; allogène
(d’origine étrangère ; opposé à indigène);
autogène (produit par soi-même), etc.
B. De telle ou telle nature : homo-
gène*, hétérogène*, etc.
C. Qui engendre, qui produit : dyna-
mogène* ; pathogène (qui produit la
maladie) ; « une stimulation automati-
quement réflexogène ». M. PRADINES,
Traité de Psychologie générale, p. 9, etc.
CRITIQUE
En grec, ce suffixe a toujours le
sens À ou le sens B, qui s’y rattache
directement. Le sens C est exprimé Par
.…y6voc, qui peut avoir le sens actif ou
le sens passif. Un usage déjà long ne
permettrait pas en français de les spé.
cialiser, l’un dans le sens A ou B
l’autre dans le sens C ; mais il y a lieu,
quand on se sert de néologismes termi-
nés en gène, de ne les employer que
dans un contexte qui ne laisse aucun
doute sur le sens où ils sont pris.
GÉNÉRAL, D. Allgemein ; E. Gene-
ral ; I. Generale.
1° Sans détermination de minorité,
de majorité ni de totalité relativement
à une classe donnée :
À. Qui convient à plusieurs indivi.
GÉNÉRAL
(ou à plusieurs groupes considérés
un comme formant un tout indi-
le) :
oise Le terme opposé est
s individuel*, ou singulier*, ou
re particulier* (pris, surtout en
ais, au sens d’individuel). « Une
ss générale, une idée particulière. —
Snduction va de l'individuel au géné-
mt. » C'est le sens adopté par Mizz,
Bogique, IL, 1.
gb) Par comparaison. Il ÿ a plusieurs
s de généralité, suivant l’exten-
jen plus ou moins grande que reçoit
s dont il s’agit : « La nutrition est
ge fonction plus générale que la loco-
motion. » Ici, l'expression opposée se-
‘sit plus particulier, ou plus spécial.
2° Relativement à une classe donnée :
B. Qui convient à la majeure partie
des individus d’une classe. La généra-
lité, en ce cas, s'oppose d’une part à
l’universalité, de l’autre à l'exception.
C’est en ce sens qu’on entend d’ordi-
naire les expressions généralement, en
général*. Elles sous-entendent qu'il v
a des exceptions.
C. (Vieilli) : Qui convient à tous les
individus d’une classe. « Une loi géné-
rale, Une propriété générale. » Les sco-
lastiques et leurs disciples contempo-
rains prennent generaus et generaliter
en ce sens : « — Aut semel aut iterum
medius generaliter esto. » Universalia,
au contraire, désigne pour eux les idées
générales. Ils opposent singularis à uni-
ocomotion, on entend que tout être doué de locomotion l’est aussi de nutrition,
#ique, de plus, certains autres êtres le sont aussi, sans qu’on ait à savoir si les
_. les autres sont la majorité dans la classe des êtres, ou s'ils forment une
e entière (celle des vivants). (A. L.)
‘# __ Pour moi (et je crois bien que tel est le sens antique), le général est ce qui
Sur Général. — Le sens À se ramène au sens C ou au sens B. Car si général
est ce qui convient à plusieurs individus (ou à plusieurs groupes), ces individus
(ou ces groupes) forment dès lors une classe : si plusieurs corps se contractent
par la chaleur, ils sont la classe, innommée d’ailleurs, des corps qui se contrac-
tent par la chaleur ; c’est ainsi entendue que la proposition est générale ; mais
elle est particulière si l'esprit pense tout autant aux autres corps non compris
dans l’affirmation qu’à ceux visés par l’affirmation ; et le langage usuel fait cette
distinction ; si je dis : « Certains corps, etc. », ma proposition est générale ; si je
dis : « Il y a des corps qui, etc. », elle est particulière. Dans les deux cas, d’ailleurs,
elle est plus générale que : « L’argile se contracte par la chaleur. » (V. Egger.)
— Je ne vois pas grande différence entre A, b et B. Quand on dit que la nutri-
tion est plus générale que la locomotion, que veut-on dire, sinon qu'il y a plus
d'espèces d’êtres qui possèdent la nutrition (tous les vivants) qu'il n’y en a qui
possèdent la locomotion ? (G. Belot.)
— Îl ne suffit pas, pour former une classe, qu’une propriété convienne à plu-
sieurs individus ou à plusieurs groupes pris individuellement. Il faut qu'elle ne
convienne qu’à eux seuls. (Voir ci-dessus la définition du mot classe*.) — Sans
doute, si l’on pense en outre aux autres individus non compris dans l'affirmation,
la proposition devient particulière, et l’on passe au sens B ; mais l’idée change
alors. Et pourtant, même dans ce cas, le caractère dont il s’agit reste général au
sens À (quoique nous l’introduisions dans une proposition particulière). Si l'on
dit : « Il y a plusieurs métaux très denses », dense est posé par là même comme
un caractère général sans aucune référence à la classe des choses denses en général,
et sans qu’on sache si les métaux en sont la minorité, la majorité ou la totalité.
— De même, quand on dit que la nutrition est une fonction plus générale que la
œt tel qu’il peut étre en plusieurs tout en restant un et identique à soi-même ; la
paissance commune dont plusieurs individus, ou certains caractères de plusieurs
individus, peuvent être l’acte. (J. Lachelier.)
Sur l’usage actuel des mots général et universel (séance du 21 juin 1906) :
« M. A. Lalande, J’ai reçu plusieurs observations sur le meilleur sens à attribuer
au mot général. D'abord, de M. M. Bernès, qui écrit : « … Général signifie : « qui a
«ke caractère du genre (comme spécial signifie : qui a le caractère de l'espèce). Dès
« lors, pour s’en tenir à général, le mot peut avoir très légitimement deux sens :
« l’idée de genre se limitant sous deux rapports : par opposition à l’espèce, d’après
« le degré de généralité ; par opposition à l'individu, d’après le caractère même
« de généralité. Gäinéral indique de même ce qui est relatif à un degré supérieur
« de généralité, ou bien, absolument, la généralité ; le contexte doit suffire à
« déterminer le sens relatif ou absolu du terme. — Au contraire, général est de la
« langue courante, vague, mais non de la langue philosophique pour signifier
« oninaire, fréquent, c’est-à-dire quelque chose qui, étant de l’ordre de l'expérience
« seule, est encore individuel.
« En somme, le vrai sens fort de général répond à ce qu’on appelle souvent
«universel : mais le terme général est bien plus caractéristique que le terme uni-
« versel (relatif à l'Univers, c’est-à-dire encore à un ensemble qui a ses caractères
«individuels), et je ne vois aucune raison pour lui refuser précisèment cette
« signification. »
J'ai, contre ces objections, deux remarques à soumettre à la Société. 1° Général,
&u sens B, est certainement très usuel en dehors du langage philosophique ; mais
À appartient aussi à ce langage. KanT dit notamment que lorsque nous voulons
Que la loi morale soit une règle pour tout le monde, sauf pour nous, « il n’y a
Pas là de véritable contradiction, il y a seulement une opposition de l’inclination
GÉNÉRAL
versalis, et particularis à generalis. Voir
le P. HuGon, Logica, p. 38. — Dans la
Logique de Port-Royal, qui se sert en
ce sens ordinairement de la désignation
« propositions universelles », on les
trouve cependant encore en quelques
passages appelées « propositions géné-
rales », p. ex. 2° partie, ch. IV ; 3e par-
tie, ch. III (où les deux désignations
sont employées à quelques lignes de
distance), etc.
CRITIQUE
Ces équivoques ont appoiit 6t appui
tent encore beaucoup d’obscurité dans
les questions de logique et de métho-
dologie. Soit la proposition : « Plusieurs
corps se contractent par la chaleur. »
Cette proposition est « générale », car
380
elle convient à plusieurs corps ; elle est
cependant « particulière » par sa forme
(proposition en I) ; elle est « plus géne.
rale » que cette proposition : « L’argile
se contracte par la chaleur »; et, ce.
pendant, elle n’énonce pas une « pro.
priété générale » des corps, puisque la
plupart de ceux-ci ne présentent pas
cette propriété. Et inversement, si l’on
dit : « La plupart des corps se dilatent
par la chaleur », on énonce une propo.
sition « vraie pour la généralité des
cas »; on ne peut pas dire cependant
qu’on énonce « une propriété géné.
rale », ce qui, dans le langage usuel,
impliquerait l’universalité. Mais on dira
bien qu’on énonce une propriété « assez
générale », ou « très générale », le superla-
tif servant ici à marquer la relativité.
et de la raison (antagonismus), opposition par laquelle l’universalité du principe
(universalitas) se transforme en une simple généralité (generalitas). » (Fondement
de la métaphysique des mœurs, 2° section). — 2° L’étymologie et le sens qu’attribue
l'auteur au mot universel sont souvent donnés, mais ne me paraissent pas exacts.
Ce mot signifie, je crois, qui appartient à tous les individus d’une classe (ad
universos).
J. Lacheller. C'est le sens propre d’universus. Universa civitas, toute la ville.
Il faut certainement entendre universel de la même façon.
L. Couturat. D'autant plus que la logique en a fait un usage très précis et
consacré par une tradition invariable : « La proposition universelle. »
J. Lachelier. Ce sens est intangible.
A. Lalande. Je crois que nous devons écarter, pour la même raison, une propo-
sition de M. Chartier qui voudrait « opposer général et universel en définissant
le premier : ce qui est commun à plusieurs objets ; — et le second : ce qui est
commun à tous les esprits ».
L. Brunschvieg. Ce serait commode, mais tout à fait arbitraire et contraire à
l'usage. On peut bien appeler universel ce qui est commun à tous les esprits,
mais on ne peut pas restreindre le mot à ce seul emploi.
L. Couturat. Ce ne serait même pas souhaitable. Le mot général est nécessaire
aux logiciens modernes pour désigner un sens bien distinct d’universel. Tandis
que les propositions universelles s'opposent aux particulières, les propositions
générales s'opposent aux propositions spéciales ou déterminées. Une proposition est
générale quand elle contient un (ou plusieurs) terme variable ou indéterminé,
c’est-à-dire un terme qui peut prendre plusieurs valeurs ou plusieurs sens, de
sorte qu'elle a elle-même un sens variable. Exemple : « Charles VII fut sacré à
Reims » est une proposition singulière. « Tous les rois de France furent sacrés à
Reims » est une universelle. Toutes deux sont déterminées et ont un sens constant.
Mais si l’on dit : « Le roi de France fut sacré à Reims », on demandera : « Quel
roi de France ? » Le terme « roi de France » est une variable qui a autant de valeurs
différentes qu’il y a eu de rois de France : la proposition est vraie pour les unes
fausse pour les autres (tandis que la proposition universelle : « Tous les rois.
GÉNÉRALISATION
Ce mot est trop usuel pour pouvoir
e spécialisé. Mais il serait utile de le
placer, toutes les fois qu’il est pos-
ble, par des équivalents précis, et
tamment par universel où générique
sant des caractères communs entre plu-
sieurs objets singuliers, on réunit ceux-
ci sous un concept* unique dont ces
caractères forment la compréhension*.
B. Opération par laquelle on étend à
pre il a le sens de ces mots. toute une classe (généralement indé-
É . Rad. int. : À. General ; B. Oft. finie en extension), ce qui a été observé
ë sur un nombre limité d'individus ou de
# GÉNÉRALEMENT, EN GÉNÉRAL, | cas singuliers appartenant à cette
D. A. im allgemeinen ; B. insgemein ; | classe.
+ E. generally ; — 1. generalmente. C. Opération par laquelle on étend à
ÿ. À. En ne considérant que les carac- | une classe ce qui a été reconnu vrai
généraux, et abstraction faite des | d’une autre classe, présentant avec la
différences propres aux cas particu- | première un certain nombre de ressem-
rs. blances.
‘ B. Communément, dans la plupart |
CRITIQUE
des cas.
x“. Rad. int. : À. Generik ; B. Oft. Terme très équivoque. On peut le
: remplacer, aux sens A, par concep-
# GÉNÉRALISATION, D. Verallgemei- | tion* ; B, par induction* ; C, par ana-
merung ; E. Generalization ; i. Genera- | logie*.
liszazione. Rad. int. : À. Konceptad; B. In-
‘ A. Opération par laquelle, reconnais- | dukt ; C. Analogi.
si nt _—
est absolument vraie ou fausse). — C’est une proposition générale, ou ce que
M. RusseLL appelle une « fonction propositionnelle ». Elle représente et résume
ma ensemble, fini ou infini, de propositions spécialest.
Ed. Goblot (Communication reçue après la séance) : « Vous dites que ce mot est
trop usuel pour pouvoir être spécialisé. On peut pourtant, et très facilement,
s'abstenir, en parlant et en écrivant, d’opposer général à particulier, de confondre
une proposition universelle avec une proposition générale ; se souvenir qu'uni-
versel et son contraire, particulier, ne se disent que des propositions considérées
au point de vue de leur forme, que général et ses corrélatifs, spécial et singulier
(ou individuel) se disent, soit des termes, soit des propositions considérées au
point de vue de leur contenu. »
Pour général, c’est peut-être possible, et certainement souhaitable ; — pour
universel, il serait difficile de ne l'appliquer qu’à des propositions et par suite de
renoncer à des expressions comme : « Un sentiment universel (— universellement
éprouvé) ; l’universalité (chez tous les hommes) du principe de contradiction, » etc.
(A. L.)
Sur Généralisation. — Généralisation, au sens A, serait imparfaitement rem-
Placé par conception : ce mot ne réveillerait pas l’idée du mouvement de l'esprit
qui va des objets singuliers au concept. (J. Lachelier.) — En outre, conception est
blus large. Voyez les trois sens qui lui sont attribués par le Vocabulaire. Celui
dont on aurait besoin ici ne serait que le plus étroit, le sens C. (V. Egger.) —
inconvénients ne pourraient être complètement évités que par une langue
artificielle à suffixes bien définis. P. ex. : Koncept-uro, le concept (produit) ;
onceptado, l'acte de former un concept ; Konceptigo, le fait de transformer quelque
——————
L. Cf. ScrÜoeR, Algebra der Logik, $ 20.
GÉNÉRALITÉ
GÉNÉRALITÉ : caractère de ce qui
est général*, aux différents sens du mot.
S'emploie en outre, au sens concret et
avec une intention péjorative, pour
désigner une affirmation trop générale
{au sens A) et, par suite, sans utilité
ou sans intérêt. Cet emploi est fréquent
surtout au pluriel.
GÉNÉRATION, D. A. Erzeugung ;
B. C. D. Generation, Menschenalter ; —
E. Generation ; — I. Generazione.
A. Acte d’engendrer, soit au sens
biologique, soit au sens épistémolo-
gique.
Définition par génération, celle qui
expose le mode de production d’un
objet de pensée, notamment celle qui
construit une figure par un mouvement
___. 382
©
drée par un rectangle qui effectue une
révolution complète en tournant autour
d’un de ses côtés. » (La « figure » géné.
ratrice peut se réduire à un Point.)
Voir génétique*.
B. Dans une même famille, chacun
des degrés de filiation successifs : « Leg
fils sont la seconde génération, Jes
petits-fils la troisième génération, etc. ,
D'où, par suite, deux sens dérivés :
C. D'une part, ensemble des indi-
vidus ayant à peu près le même âge,
D. De l’autre, durée moyenne d’une
génération au sens B, évaluée ordinai.
rement à trente ans environ (Lir.
TRÉ, V0).
La « théorie des générations » est
celle qui admet que le mouvement des
idées philosophiques, des formes d’art,
des institutions sociales, etc., suit un
rythme d'ensemble dont la durée est
déterminé d’une autre figure déjà con-
nue : « Le cylindre est la figure engen-
chose (p. ex. une image) en concept ; Xoncepteso, la qualité abstraite d’être un
concept, etc. (A. L.)
— Les trois sens distingués dans l’emploi du mot ne se soutiennent qu’abstrai-
tement, et grâce à l'illusion courante que les classes auraient une sorte de réalité
intrinsèque. Mais au fond, toute généralisation est formation de concept, s’il est
exact qu’on ne saurait établir de délimitation absolue entre le concept et la loi.
Le sens B correspond effectivement, dans le plus grand nombre de cas, à celui
d’induction. Mais induction n’implique pas nécessairement généralisation au sens
exposé. (M. Dorolle.)
— Je reconnais qu’on peut souvent considérer ad libitum qu’on a affaire à une
généralisation du type À, B, ou C, suivant que l’on détermine dans son esprit
d’une manière ou d’une autre les classes que l’on a en vue: C’est ainsi qu’un syllo-
gisme réel peut être pensé soit en Cesare, soit en Celarent, etc., qu’un même
sophisme peut être rapporté à l’ambiguité des termes ou à la pétition de prin-
cipe, etc. Sans aller jusqu’à donner aux classes une réalité intrinsèque, il suffit
donc, pour légitimer ces trois types schématiques in abstracto, de considérer des
classes déjà constituées antérieurement dans l'esprit, soit par le langage spontané,
soit par la science de l’époque. P. ex. l’idée de Newton est une généralisation
par analogie si on se la représente comme passage de la classe des « graves » à
celle des « corps célestes », classes déjà constituées dans son esprit au moment
où il passe de l’une à l’autre. (A. L.)
Sur Génération. — Pour saisir l’équivoque de ce terme, il suffit de poser cette
question : combien y a-t-il de générations simultanément vivantes ? Ou celle-ci,
qui est sensiblement la même : combien de générations se succèdent dans un
même siècle ? Si par « du même âge » on entend de « la même année », la réponse
est : une centaine. Mais par « du même âge », on peut entendre « de la même décade”
(cf. les expressions : les moins de trente ans, les moins de quarante ans, etc.) ; la
réponse est alors : une dizaine. Enfin, du point de vue de la descendance, on €1
e à celle d’une génération (Ottokar
LorENz, Leopold von Ranke, die Gene-
jonenlehre, und der Geschichts-U nter-
ht, 1893).
REMARQUE
Génération est aussi le terme con-
Pacré pour traduire le mot yéveoic, qui
ue un grand rôle dans la terminologie
“dARISTOTE. Îl s'oppose à « corrup-
“don » (p8opa). Voir BoniTz, sub Ve.
js yéveats a un sens bien plus étendu
‘an grec que génération en français.
‘A Génération “équivoque (Théorie de
, — Celle qui fait sortir certaines
plantes ou animaux de la matière non
vivante. — Cette expression date du
Moyen âge. On la trouve chez saint
Thomas d'Aquin (ScHÜTz, Thomas-
dazikon ; V° Generatio). — « Generatio
aipitur.. pro productione viven-
fum.. ut muris, qui fit ex putri ma-
fria a sole. Hæc dicitur æquivoca. »
@oczenius, Lex. phil, Vo Generatio.
Voir Équivoque*.
.…Œlle est presque complètement tom-
bée en désuétude, et remplacée par
Yexpression génération spontanée. « The
doctrine of equivocal or spontaneous
generation » (la vieille doctrine de la
génération équivoque où spontanée).
Gb. LyeLr, Antiquity of man, etc., XX,
Rad. int. : À. Genit, Genitad ; B. C.
D. Generaci.
: GÉNÉRIQUE, D. Generisch ; E. Ge-
meric ; [. Gencrico.
Qui appartient à la cornpréhension
GENÈSE
du genre*, par opposition à ce qui n’ap-
partient qu’à celle de telle ou telle
espèce (= spécial ou spécifique).
Proposition générique (par opposition
à totalisante) celle qui énonce un carac-
tère inhérent au concept, et non pas
constaté chez tous les individus.
Rad. int. : Generik.
GENÈSE, D. Genese ; E. Genesis ; I.
Genesi.
Transcription du grec yéveoic, deve-
nir, production, très fréquent en parti-
culier dans la langue philosophique
d’ARISTOTE.
A. La genèse d’un objet d'étude (par
exemple d’un être, d’une fonction,
d’une institution) est la façon dont il
est devenu ce qu’il est au moment con-
sidéré, c’est-à-dire la suite des formes
successives qu’il a présentées, considé-
rées dans leur rapport avec les circons-
tances où s’est produit ce développe-
ment.
CRITIQUE
Genèse s'oppose d’une part à Ori-
gine*, en tant que toute genèse suppose
une réalité préexistante et un point de
départ qui en est l’origine; mais, en
d’autres Cas, origine s'entend en un
sens relatif qui en fait un synonyme de
genèse ; p. ex. DAaRwWIN, Origin of
Species.
L'étude de la genèse s’oppose aussi à
l’Explication (cf. Ezxpliquer*) en tant
que la première est proprement la cons-
tatation d’une série de faits (p. ex. la
suite des formes prises par un organe
compte trois. — Il y a aussi équivoque dans la manière de dénommer les géné-
tations. Dans l'armée, « la classe 22 », ce peut être les conscrits appelés en 1942,
où les hommes nés en 1922. Les enfants du siècle (« Ce siècle avait deux ans... »)
#0nt aussi « la génération de 1830 », date de leur naissance à la vie publique.
Cette idée encore flottante est pourtant séduisante : il y a un rythme et comme
es pulsations à peu près périodiques de l’histoire, que les générations en soient
Causes, ou les effets, ou les concomitants et les étiquettes. (M. Marsal.)
Sur Générique. — Général et spécial désignent ce qui a respectivement le
Suractère du genre ou de l’espèce ; générique et spécifique ce qui appartient au
Senre ou à l'espèce. (M. Bernès.) — Voir Critique et observations sur général*.
is.
GENÈSE
dans son développement embryogéni-
que), et ne contient pas nécessairement
la connaissance des causes qui déter-
minent cette succession. — Mais, en
un autre sens, il arrive que la simple
histoire des circonstances où ce déve-
loppement s’est produit contienne la
raison de toutes ou de quelques-unes
des particularités que présente l’objet
étudié à la fin de cette histoire ; et,
dans cette mesure, genèse équivaut à
explication.
Il y a donc lieu de distinguer avec
soin la genèse descriptive et la genèse
explicative.
Rad. int. : Genesi.
1. GÉNÉTIQUE, adj. D. Genetisch ;
E. Genetic ; I. Genetico.
Qui concerne la genèse* d’un être,
d’un phénomène, d’une institution.
Méthode génétique : celle qui consiste
à étudier les objets d’une science en
établissant quelle en a été la genèse.
Définition génétique : définition par
génération*. « Definitio genetica dici-
tur, quae rei genesin seu modum, quo
ea fieri potest, exponit. » Chr. WoLrr,
Logica, $ 195.
Classification génétique : celle qui
classe les objets suivant l’ordre de leur
production, ou encore suivant les diffé-
rentes causes qui les produisent.
Théorie génétique (p. ex. « théorie
génétique de l’espace ») : celle qui sou-
tient que l’idée, le sentiment, la fa-
culté, etc., auxquels elle s'applique
peuvent être engendrés par synthèse à
partir d'éléments qui ne la contiennent
pas déjà.
CRITIQUE
Ce terme s’appliquerait aussi, selon
Bazpwin, à la méthode pédagogique
qui consiste « à expliquer les choses,
dans l’enseignement, selon leur genèse,
ou leur manière de venir à l'être ». I,
409-410. Mais cette définition est équi-
voque : elle peut s'appliquer, soit à la
méthode d'enseignement qui suit l’or-
dre dans lequel Les choses se produisent
dans la nature, soit à la méthode d’en-
384
———
seignement qui suit l’ordre dans lequel
les idées ont été acquises par l’huma.
nité.
I1 faut remarquer, en outre, que Ja
méthode génétique n'est pas nécessaire.
ment explicative, par la raison indiquée
ci-dessus au mot genèse*,
2. GÉNÉTIQUE, subst., D. Genetik .
E. Genetics ; I. Genetica. .
A. Théorie de la production et de Ja
transformation des êtres vivants, con-
sidérés en tant qu’espèces.
B. Plus spécialement, étude expéri.
mentale de l’hérédité, par le croisement
de variétés bien définies. Voir M. CauL.
LERY, L'évolution, p. 326 et suiv.
GÉNIE, L. 1° Genius, divinité prési-
dant à la naissance ; 2° /ngenium, ce
qui vient de naissance, caractère indi.
viduel ; — D. Genie; E. Genius; I.
Genio, Ingegno.
A. Le fond du caractère ou de l'es.
prit, la nature propre d’un être (Cf. Ma-
tura, nasci Comme genius, ingenium,
generare) souvent considérée comme
une sorte d’esprit interne et tutélaire,
ou comme l'inspiration du moi profond.
Se dit des personnes ou des choses :
« Il sort hardiment des limites de son
génie. » La BRUYÈRE, Caractères,
ch. x. Vieilli en ce sens, sauf dans
quelques expressions spéciales, p. ex. :
« Le génie de la langue grecque. »
B. Dons de l'esprit naturels et émi-
nents, donnant à celui qui les possède
d’heureuses inspirations. Se dit soit
absolument : « Avoir du génie; un
homme de génie »; soit relativement :
« Le génie de la guerre, le génie des
affaires. » Souvent ironique dans œæ
dernier cas, ou confondu avec le
sens A : « Le génie de la maladresse. »
C. L'homme qui a du génie, au sens B.
D. Être mythique, Saluwv. Voir
Démon*. « Le malin génie », chez
DESCARTES : « Je supposerai donc.
qu’un certain mauvais génie, non moins
rusé et trompeur que puissant, a em-
ployé toute son industrie à me tromper,
etc. » Première Méditation, $ 10.
REMARQUE
1 existe beaucoup de « définitions »
jébres du génie, qui ne sont pas à
prement parler des définitions, mais
Bxpression sommaire d’une théorie sur
rs causes de cette supériorité : « Le
gaie n'est autre chose qu'une grande
titude à la patience..» Mot de Bur-
#on, attribué par LITTRÉ au Discours
d réception à l’Académie, mais qui ne
trouve pas. — « Facilitatem obser-
di rerum similitudines ingenium
gellamus. » Wozrr, Psychol. empi-
, $ 476, etc. Cf. de même Scuo-
#exAUER, Die Well, suppléments,
fvre III, ch. xxx1 : « Vom Genie. »
si Voir Observations.
: Rad. int. : B. Genio ; C. Geniulo.
GENRE, D. A. Genus ; B. Gattung,
Paemülie ; — E. Genus; I. Genere.
: À. LociQue. Quand deux classes*
sont dans un rapport tel que l’exten-
sion de l’une est une des parties entre
lsquelles peut être divisée l'extension
de l’autre, la première est appelée une
apèce* de la seconde, et la seconde est
appelée le genre auquel appartient la
première.
Dans le langage courant, ce mot
GÉOLOGIE
s'applique vaguement à toute classe
un peu large. Deux objets sont dits
être du même genre lorsqu'ils ont en
commun quelques caractères impor-
tants ; de la même espèce quand ils se
ressemblent davantage (pratiquement,
quand on les désigne usuellement par
le même nom).
B. Biozoc1e. Le genre est une subdi-
vision de la famille et se divise lui-
même en espèces. Ex. Genre : Canis ;
espèces : Loup, Chien, Chacal. — Voir
Espèce.
Rad. int. : Gener.
GÉOGRAPHIE, D. Erdkunde, Geo-
graphie ; E. Geography; 1. Geografia.
Description des différentes régions
de la surface terrestre ; étude et, dans
la mesure du possible, explication des
phénomènes physiques, politiques, éco-
nomiques qui sont fonction du lieu, et
des rapports que ces phénomènes ont
entre eux.
Rad. int. : Geografi.
GÉOLOGIE, D. Geologie, Erdbil-
dungskunde ; E. Geology ; I. Geologia.
Science ayant pour objet la structure
du globe terrestre, considérée dans sa
Sur Génie. — Le mot de Buffon cité par Littré se trouve, maïs sous une forme
Kgèrement différente, dans le Voyage à Montbard d'HÉRAULT DE SÉCHELLES :
« M. de Buffon me dit à ce sujet un mot bien frappant, un de ces mots capables
de produire un homme tout entier
: Le génie n’est qu’une plus grande aptitude
èla patience. Il suffit en effet d’avoir reçu cette qualité de la nature, etc. » Zbid.,
P. 15.
Le genius, à Rome, est une sorte d’ « ange gardien, qui, à ce qu’on croyait,
üaïssait avec chaque mortel et mourait avec lui, après avoir accompagné, avoir
irigé ses actions, et veillé à son bien-être pendant toute sa vie (Horace, Epütres,
» 2, 187 ; TisuLLe, IV, 5). » Ricu, Dictionnaire des Antiquités, trad. Chéruel,
sb Vo, Cf. l'expression indulgere ingenio, suivre ses penchants, prendre du bon
Ps, et le terme anglais congenial, conforme à la nature d’un être, qui est en
"Donie avec lui. Le génie, au sens B, semble donc avoir été entendu d’abord
Setame un être extérieur à l'homme, l'inspirant comme la Muse inspire le poète.
Sur Genre. — J. S. Mi définit ainsi le genre : « Une classe qui se distingue
des autres, non seulement par quelques propriétés définies, mais par une suite
nnue de propriétés en nombre indéfini dont les premières sont l'indice. »
ique, IV, ch. 6, $ 4. (A. L.)
GÉOLOGIE
genèse* ; c’est-à-dire essentiellement la
nature, l’origine et la disposition des
roches et terrains qui la composent et,
celle des fossiles qui s’y trouvent.
Rad. int. : Geologi.
GÉOMÉTRIE, D. Geometrie, ancien-
nement Messkunst ; E. Geometry; I.
Geometria.
Du grec Yeœuetpix, mesure de la
terre ; d’où, primitivement, arpentage.
Ce sens primitif subsiste à côté du sens
moderne à toutes les époques de la
littérature grecque.
Au xvue siècle, géométrie et surtout
géomètre sont pris au sens général de
mathématique et de mathématicien :
« La géométrie. ne peut définir ni le
mouvement, ni les nombres, ni l’es-
pace; et cependant ces trois choses
sont celles qu’elle considère particuliè-
rement et selon la recherche desquelles
elle prend ces trois différents noms de
mécanique, d’arithmétique, de géomé-
trie, ce dernier nom appartenant au
genre et à l’espèce. » PascaL, De l'esprit
géométrique, 17 fragment, section 1.
Ce sens a subsisté jusqu’à nos jours
chez quelques mathématiciens.
Chez les modernes, science de l’es-
pace*, c’est-à-dire :
1° Science des rapports de forme et
de position qui peuvent exister entre
choses perçues ; étude des propriétés
des figures en tant que ces propriétés
se déduisent formellement de leurs dé-
finitions.
20 « Science de toutes les espèces
possibles d'espace » (KanT, 1747, Ge-
danken von der wahren Schätzung der
lebendigen Krälte', $ 10), c’est-à-dire de
toutes les multiplicités de points (RiE-
MANN) analogues à l’espace actuel, mais
différant de lui par quelque propriété.
C’est ce qu’on appelle la Géométrie gé-
aérale où Pangéométrie (comprenant les
géométries non-euclidiennes),.
39 « Science des ensembles ordonnés
à plusieurs dimensions » (RussELL),
puisque les multiplicités de points se
a —_———
1. Pensées sur la vérilable estimation des forces vives.
réduisent, en dernière analyse, à de
tels ensembles. On peut, au mé
point de vue, considérer la géométrie
comme l'étude de certains B'oupes
(Poincaré) : groupe des déplacements
(Géom. métrique), groupe des collines.
tions (Géom. projective), etc.
CRITIQUE
Nous n’avons pas à choisir entre ces
divers sens, qui résument l’évolution
historique de la Géométrie, et qui sont
tous utiles et légitimes, suivant le point
de vue historique ou didactique où l’on
se place. D'ailleurs, l’idée d'espace
ayant subi une transformation para].
lèle, il est toujours vrai de dire que Ja
Géométrie est la science de l’espace (S),
Rad. int. : Geometri.
GESTALTISME, D. Gestalttheorie ;
E. Gestaltism ; I. Gestaltismo.
Voir Forme*.
GNOMIQUE, G. yvoutxéc, où Lou
ot; — D. Gnomisch (adjectif) ; Gno-
miker (substantif) ; — E. Gnomical (ad-
jectif, vieilli) ; Gnomic (adj. et subst.);
— I. Gnomico (adj. et subst.).
A. (Adjectif). Qui s'exprime par des
sentences morales : philosophie gno-
mique, poésie gnomique.
B. (Substantif). Les Gnomiques, ou
les poètes gnomiques (Solon, Phocy-
lide, Théognis, etc.).
Rad. int. : Gnomik.
GNOSE, du G. yvüoic, connaissance,
et plus tard science, sagesse (se trouve
avec ce sens dans le NouvEaAu-TEsTA-
MENT; Voir Observations) ; D. Gnosis;
E. Gnosis ; I. Gnosi.
Doctrine des Gnostiques* : éclectisme
théosophique prétendant à concilier
toutes les religions et à en expliquer
le sens profond par le moyen d’une
connaissance ésotérique et parfaite des
choses divines (yv&aic), communicable
par tradition et par initiation. L’ensel-
gnement des différents groupes gn0$
tiques n’était pas uniforme leurs
dogmes communs sont seulement l’éma’
386
on, la chute, la rédemption, la mé-
on exercée entre Dieu et l’homme
un grand nombre de « puissances
stes » ou d’ « éons » («l&vec) ; ces
Æ,., forment une hiérarchie d’esprits
Mondant du principe suprême, qui
É conçu comme l'Un des néo-platoni-
tandis que le Dieu créateur de la
se et le Christ sont considérés
e des « puissances » inférieures et
données à lui. — Cette doctrine
nrunte beaucoup à la Cabale*, no-
mment chez Basilide, et elle a été
Mpitement liée au néoplatonisme,
soique PLoTiN ait été hostile à la
Re, contre laquelle il a écrit le
e XI de la 2e Ennéade.
had. int. : Gnosi.
‘FGNOSÉOLOGIE ou Gnosiologie (selon
faournoy, dans Baldwin, I, #14 B).
:. Gnoseologie (BAUMGARTEN, mais
æ&tuellement inusité) ; E. Gnosiology ;
Gnoseologia (très usuel).
Théorie de la connaissance.
“6 CRITIQUE
M BazDwin (Dictionary, 414 B et
mavoi à 333 B et suiv.) propose d’en-
tendre par épistémologie la théorie de
lgtonnaissance au sens le plus général
da mot : « origine, nature et limites de
—
GNOSÉOLOGIE
la connaissance » et d’entendre par
gnosiologie « l'analyse systématique des
concepts employés par la pensée pour
interpréter le monde », y compris la
critique de l’acte de connaître, consi-
déré quant à sa valeur ontologique.
L'étymologie paraît défavorable à
cet usage. Épistémologie désigne pro-
prement l'étude des sciences, considérées
comme des réalités qu’on observe,
qu’on décrit et qu’on analyse. Si l’on
voulait fixer plus précisément le sens
de ce mot, il semble qu'il vaudrait
mieux s’en servir pour désigner l’étude
a posteriori des concepts, méthodes,
principes, hypothèses des sciences;
voire l’étude de leur développement
réel et historique, en un mot tout ce
que l’on réunit ordinairement sous la
désignation un peu vague de philoso-
phie des sciences. Cf. ci-dessus Épisté-
mologie*, et les Observations sur ce mot.
Gnoséologie, au contraire, s’applique-
rait bien par son étymologie à l’analyse
réflexive de l’acte ou de la faculté de
connaître, étudié en général et a priori
par une méthode logique analogue à
celle de Kant. D'ailleurs, ce sens est
aussi plus conforme à celui qu’attribue
M. Ranwzozi au terme italien : « Quella
parte importantissima della filosofia
che tratta della dottrina della conos-
… Sur Gnose. — l'vüouc se trouve dans St PauL, 1 Cor., VIII, 1, 7, 10 et 11,oùil
B&aît désigner l’état du chrétien éclairé qui distingue clairement sa croyance de
cle des païens, et se rend compte que leurs dieux sont pure fiction ; — dans
III, 19, où il sert à opposer la connaissance et la charité. Il n’a donc dans
C8 passages aucun sens occulte.
. Dans St Marrmieu, XIII, 11, on ne trouve pas à vrai dire le mot yvüoiç, mais il
est dit qu’il a été donné aux seuls disciples de connaître (ÿv&væ) le sens secret
Paraboles et les mystères du royaume des cieux. C’est plutôt de ce passage
Qu'on a pu s’autoriser pour mettre en avant l’idée d'une sorte de christianisme
térique et inaccessible à la foule. (J. Lacheller.)
-Sur Gnoséologie, — Ce mot aurait besoin d’être précisé d’un commun accord,
Car il se fait beaucoup de confusions, surtout d’une langue à l’autre, entre É pisté-
wlogie, Erkenntnislehre, Gnoseology, Dottrina della conoscenza, etc., pour désigner
Partie de ia philosophie qui étudie le fait de la connaissance dans ses condi-
et dans ses résultats, a priori et a posteriori. On pourrait la diviser en deux
Parties : 10 Méthodologie ou Épistémologie (Wissenschaftslehre), étude critique
des Principes, des lois, des postulats et des hypothèses scientifiques ; 2° Gnoséo-
Ai
GNOSÉOLOGIE
cenza, vale a dire dell’ origine, della
natura, del valore e dei limiti della
nostra facoltà di conosceret. » Düizio-
nario, 286.
Rad. int. : Gnosiologi, Noskoteori.
GNOSIE, (S).
GNOSTIQUES, G. Tvworixot; D.
Gnostiker ; E. Gnostics; I. Gnostici.
— Voir Gnose*.
On appelle ainsi plusieurs groupes
philosophico-religieux des deux pre-
miers siècles du christianisme, qui ont
été avec celui-ci tantôt dans un rapport
d’antagonisme, tantôt dans un rapport
de pénétration. MATTER distingue cinq
de ces groupes : palestinien (Simon,
Cérinthe) ; syriaque (Saturnin, Barde-
sane) ; alerandrin (Basilide, Valentin) ;
sporadique (carpocratiens, etc.) ; asia-
tique (Marcion). MATTER, Histoire cri-
tique du gnosticisme.
Rad. int. : Gnostik.
GOUT, D. Geschmack ; E. Taste ;
I. Gusto.
A. Sens par lequel on perçoit les
saveurs : sucré, salé, amer, acide.
B. Saveur.
C. Le fait qu’un individu aime ou
n'aime pas certaines sensations ou cer-
taines formes d’activité : « Avoir le
goût de la chasse. »
D. Caractère général des apprécia-
tions d’art chez un individu, tempéra-
1. « Cette partie très importante de la philosophie qui
traite de la théorie de la connaissance, c’est-à-dire de
l'origine, dela nature, de la valeur et deslimites de notre
faculté de connaître. »
ment esthétique. « Former le goût.
n'avoir pas le goût sûr. » — Le mot
par une ellipse, se dit aussi des choses’
mais seulement en tant que faites où
créées par l’homme : « Une décoration
d’un goût médiocre ; une plaisanterie
de mauvais goût. »
E. Sans qualificatif, désigne le bon
goût : faculté de juger intuitivement
et sûrement des valeurs esthétiques, en
particulier dans ce qu’elles ont de cor.
rect ou de délicat : « Manquer de got.,
Rad. int. : À. Gust ; B. Sapor ; C. D.
Gust ; E. Bon(a) gust{o).
GOUVERNEMENT, (S).
GRÂCE, D. A. Gnade; B. Grazie,
Anmut ; ce dernier exprime plutôt
l’idée de charme, d’attrait. — E. Grace:
L Grazia.
A. Don gratuit ; faveur faite à un
inférieur par pure bienveillance, remise
d’une peine. En particulier, dans le
langage théologique, faveur ou secours
de Dieu, librement donné à telles ou
telles créatures sans qu’elles y aient
d’elles-mêmes aucun droit.
B. Qualité esthétique du mouvement,
et, par suite, des formes et des atti-
tudes. On a souvent essayé de l’ana-
lyser, mais sans aboutir à une défini
tion précise elle paraît consister
surtout dans l’aisance et la légèreté
du mouvement, jointes à l'expression
; de la sympathie et du désir de sympa-
thie réciproque (ou du moins dans les
formes, les rythmes ou les proportions |
harmoniques qui constituent d'ordi
naire l'expression de ces sentiments).
REMARQUE
K, mot a encore d’autres usages non
Hos0phiques, qui se rattachent soit
stymologie gratia (reconnaissance),
‘a l’un des deux sens ci-dessus
nis. La transition entre cs deux
Ë, paraît être l’idée du don ï'ibre, la
té de se communiquer à autrui et
être aimé. (Cf. la définition chré-
Étne des fins de l’homme, créé par
pour le connaître, l'aimer, le
ir, etc.) « Dans tout ce qui est
jeux, nous sentons une espèce
ndon et comme une condescen-
te. Ainsi pour celui qui contemple
Ainivers avec des yeux d'artiste,
#E cest la bonté qui transparaît sous
À ce. Et ce n’est pas à tort qu’on
elle du même nom le charme qu’on
au mouvement, et l’acte de libé-
té qui est caractéristique de la
té divine : les deux sens du mot
ke n’en faisaient qu’un pour M. Ra-
#ason. » H. BERGSON, Notice sur la
Wa les œuvres de Ravaisson, p. 33.
Rad. int. : À, lFavor, Boirac; B.
Ci.
Æ&GRAMMAIRE, D. Grammatik,
rachlehre surtout au sens B; — E.
% ar ; — I. Gramätica.
VA. Primitivement, connaissance des
tiles qu’on doit suivre dans le bon
GRANDEUR
langage, art de parler correctement.
(LirTRÉ n'indique même que ce seul
sens.)
B. Plus généralement, à partir du
xix® siècle, science objective des règles
que les nécessités logiques, l'usage et
la vie sociale ont imposées aux indivi-
dus dans l’emploi du langage : « Gram-
maire générale, science des règles com-
munes à toutes les langues. Gram-
maire comparée, Science qui étudie les
rapports et les différences des diffé-
rentes langues comparées entre elles.
Grammaire historique, qui étudie l’his-
toire de la formation des règles. »
DaRM., Harz. et THomas, Vo, 1188 A.
Rat. int. : Gramatik.
GRANDEUR, D. Grüsse; — E.
Greatness, surtout au sens A ; magni-
tude, aux sens B et C ; — I. Grandezza,
dans tous les sens ; magnitudine, aux
sens B et C.
19 Abstraitement :
A. Qualité de ce qui est grand, sur-
tout au sens moral ou esthétique : « La
grandeur d’une conception. »
B. Qualité de ce qui peut devenir
plus grand et plus petit : « La grandeur
de la main. » On dit, en ce sens, que
deux objets sont du même ordre de
grandeur s'ils sont mesurés usuellement
avec la même unité, ou avec le même
… Sur Grâce. — Grce, dans le langage théologique, au sens fort et primitif, ne
W8lgne pas seulement une faveur, un secours librement donné à tel ou tel, sans
Mérite antécédent. Ce mot signifie essentiellement la grande merveille, la condes-
dance divine, en vertu de laquelle l’homme {avant la chute par la vocation
logie, ou recherche sur les origines, la nature, la valeur et les limites de la faculté
de connaître. (C. Ranzoli.)
— La Société de philosophie n’a pas eu le temps de discuter cette question
Sur cet article, je n’ai reçu que deux observations, celle qu’on vient de lire, et
une note purement formelle de M. J. Lacheller, qui désapprouve, en principe
la création de néologismes de ce genre. — Quant à la proposition de M. RanzoL!
je ne puis que l’approuver en tant qu’elle applique Gnoséologie à la théoff
abstraite de la connaissance ; mais Épistémologie et Wissenschaftslehre, qui S01
clairs et utiles, me paraissent des mots plus larges que Méthodologie, qui leur €
donné comme synonyme : l’étude des méthodes est, si l’on veut, la partie print}
pale, mais non le tout de l’étude des sciences. (A. L.)
Première, après la chute par la Rédemption), est élevé à une destination surna-
Wrelle. Et cet ordre gratuit consiste en ce que Dieu, adoptant la créature humaine,
li donne « le pouvoir d’être fait enfant du Père », cohéritier du Christ, participant
&u mystère intime de la Trinité. C’est cette transformation du serviteur en fils,
te déification de l’homme, qui constitue par excellence l’ordre surnaturel,
de la Grâce ; et toutes les grâces particulières n’ont de sens et de réalité
Me relativement à cette destinée, qui ne peut être naturelle à aucune créature,
est donc toute « gracieuse ». (M. Blondel.)
Sur Grammaire. — M. Ch. Serrus a donné de la grammaire une définition
*n caractérise nettement la fonction : « La grammaire est l’ensemble des règles
‘Moyen desquelles les mots sont groupés de manière à concourir à l’unité d’un
8.» La langue, le sens, la pensée, p. 4. Voir Sens*, 2. (A. L.)
bé
GRANDEUR
un
multiple ou sous-multiple de l’unité.
Cette expression ne doit pas être
confondue avec l’expression espèce de
grandeur, qui est définie ci-dessous.
29 Concrètement :
C. Une grandeur est ce qui est sus-
ceptible de grandeur au sens B.
Deux grandeurs sont dites de même
espèce lorsque l’une est plus grande ou
plus petite que l’autre. Plus rigoureu-
sement, on appelle espèce de grandeurs
une classe entre les éléments de laquelle
est définie une relation binaire > (plus
grand que), telle que :
1° Aucun élément de la classe n’a la
relation > avec lui-même ;
2° Deux éléments différents A, B, de
la classe, ont toujours entre eux la rela-
tion > (soit qu’on ait À > B, soit
qu'on ait B > A);
3° Si A > B, on n’a pas : B > A.
keSiA >BetB > Cona:A >cC.
On voit que cette définition impli-
cite (par postulats) consiste au fond à
définir la relation > par ses propriétés
formelles.
On distingue des grandeurs exten-
sives* et intensives*, (V. ces mots.)
Toute grandeur n’est pas néCESS aire
ment une grandeur mesurable*, :
Rad. int. : Grand.
Grandeurs (Folie des),
D. Gris.
di grandezza.
Voir Folie* et Mégalomaniex,
Grands nombres
Nombre*.
(Loi
GRAPHIQUE (Méthode ou Repré.
sentation), D. Graphische Methode.
E. Graphic Method ; I. Metodo grafico.
ter des relations abstraites par des
figures géométriques. La forme la plus
usuelle de cette méthode est la repré.
sentation du rapport de deux variables
par une courbe (courbe proprement
dite, ligne brisée ou discontinue), dans
laquelle les abscisses représentent une
des grandeurs et les ordonnées repré-
sentent l’autre. Un tableau de ce genre
s’appelle substantivement un graphi-
que. Mais il existe beaucoup d'autres
formes de représentation graphique : par
Sur Grandeur, au sens À. — Il y a une grandeur historique, qui est peut-être
vaguement esthétique, mais qui ne s soucie guère d’être morale. Les grands
hommes, les grandes puissances, ont une grandeur qui tient à l’extension de leur
influence, c’est-à-dire le plus souvent de leur force coercitive. Dans le titre du
livre de Montesquieu, Grandeur s'oppose à Décadence, c'est-à-dire à décrépitude
quasi biologique. L’équivoque de la grandeur historique, esthétique ou morale,
est d'autant plus redoutable que, d’une part, ces diverses espèces de grandeur
peuvent coïncider et, d'autre part, symbolisent entre elles : voyez une cathédrale
Mais cela ne fait pas qu'une statue plus grande que nature soit belle, ou que
Talleyrand soit un modèle. (M. Marsal.)
Au sens B. — Dans quels cas ce mot est-il synonyme de quantité, ou lui est-il
opposé ?
Les mathématiciens n’ont pas d'usage fixe à cet égard, sauf dans quelque
expressions consacrées : quantités imaginaires, grandeur dirigée, etc. Dans beau-
coup de cas, l’emploi de l’un ou de l’autre n’est déterminé que par l’euphonie de
la phrase. (J. Tannery.)
— HANNEQUIN, dans son Essai critique sur l'hypothèse des atomes dans la scientt
contemporaine, a souvent opposé les deux mots : la quantité est pour lui le nombre:
la grandeur est géométrique. (E. Goblot.)
— Si l’on veut distinguer les deux mots, on appellera plutôt quantité une graf
deur en tant que mesurée, et particulièrement en tant que mesurée par un nombr®
(G. Darboux, J. Lachelier, L. Couturat.)
3%
—n
senwahn ; E. Megalomania ; I. Delis,
des), voir |
A. Méthode qui consiste à représen. |
GROUPE
mple, la méthode d’Euler qui con-
L à représenter les syllogismes par
rapports de position entre trois
es ; la méthode de Leibniz qui
iste à les représenter par des rap-
s de segments rectilignes ; la re-
Mntation de données numériques
b ja division d’un cercle en plusieurs
deurs proportionnels aux éléments
e somme unique, etc.
Emploi des appareils enregistreurs.
Calcul graphique, ou Nomographie.
hode consistant à remplacer le cal-
umérique par des constructions de
s. Voir abaque*.
int. : Grafik.
APHISME, D. Graphismus ; E.
ism ; 1. Grafismo.
semble des caractères de l’écri-
considérée dans ses variétés, en
qu’elles expriment les habitudes,
empérament, ou l’état momentané
cripteur. Voir CRÉPIEUX-JAMIN,
iture et le caractère ; Solange PEL-
, Le geste graphique, Revue philos.,
: tobre 1915.
"GRAPHOLOGIE, D. Graphologie ;
ReGraphology ; L Grafologia.
à. Étude du graphisme*, compre-
stat : 1° la graphonomie, étude des
piéaomènes graphiques considérés dans
es lois psychophysiologiques géné-
rékes ; 2° la graphotechnie, art de se
sryir des données fournies par l'écriture
Peur faire des portraits psychologiques.
sé
B. Par suite, science de l'identité des
écritures ; graphologist, en anglais, se
dit aussi usuellement de l’expert en
écritures. (BALDWIN, V°.)
C. Par abus, ensemble de toutes les
connaissances relatives à l’écriture. On
dit mieux, en ce sens, graphistique.
Rad. int. : Grafologi.
GRATUIT (ou, adverbialement, gra-
tis), D. Sans équivalent exact ; approxi-
mativement A. Grundlos ; B. Frei; —
E. Gratuitous ; I. Gratuito. Voir Grâce*,
À. En parlant des assertions : sans
preuve ou sans justification, alors que
la proposition affirmée est douteuse.
« Vous tournez contre les maximes,
c'est-à-dire contre les principes évi-
dents, ce qu’on peut et doit dire contre
les principes supposés gratis. » —
« Ainsi, l’on est bien éloigné de recevoir
des principes gratuits. » LEIBNIZ, Vou-
veaux essais, IV, ch. x, $ 6.
Cf. l’adage : « Quod gratis affirmatur,
gratis negatur » : ce qui est affirmé
gratuitement, se nie gratuitement.
B. En parlant des actes : que rien ne
rend obligatoire ; qui n’est pas simple-
ment un moyen en vue d’autre chose.
Le plus souvent en un sens favorable :
« Virtutes.. quarum esse nulla potest,
nisi erit gratuita ». CICÉRON, Acadé-
miques, livre III, xzvi. Mais quelque-
foisaussiavecune intention péjorative :
« Un acte de méchanceté gratuite ».
GROUPE, (S).
“Sur Graphique (méthode). — L'origine du calcul graphique, où nomographie,
Où ealcul nomographique, se trouve non seulement dans la géométrie de Descartes,
mis aussi dans l'échelle logarithmique de Gunter. Le premier essai systématique
eétdû à Poucer (Arithmétique linéaire, Rouen, 1795). La nomographie a été per-
fectionnée par plusieurs savants, parmi lesquels une place spéciale doit être donnée
&Maurice D'Ocacne (qui a créé le nom de nomographie). Voir son grand Traité
dé Nomographie (Paris, Gauthier-Villars, 1809) et pour l’historique de la méthode,
8R Calcul simplifié par les procédés mécaniques et graphiques (2° édit., Gauthier-
Villars, 1905, p. 136-196). » — Extrait d’une note reçue de M. Giuseppe Jona.
- Sur Graphologie et Graphonomie. — Graphonomie, qui a été repris et très
“Ployé par S. PE LLAT (voir notamment Les lois de l'écriture), se trouve déjà chez
à bé Micnon, Dictionnaire des notabilités de la France, p. 23 B. (Renseignement
AVoyé par M. Doudon.|
D
TT
ot
HABITUDE
HABITUDE, CG. A. "E£c; B. "Eboc ;
— L. A. Habitus ; B. Consuetudo. —
D. Gewohnheit ; — E. Habit ; — I. Abi-
tudine.
A. « L’habitude, dans le sens le plus
étendu, est la manière d’être générale
et permanente, l’état d’une existence
considérée, soit dans l’ensemble de ses
éléments, soit dans la succession de ses
époques. » (F. Ravaisson, De l’Habi-
tude, I, 1.)
Ce sens n’existe pas, en français, en
dehors de la langue philosophique : et,
même chez les philosophes, il ne s'em-
ploie que dans certaines expressions
toutes faites, par exemple : « La ver
est une habitude ; la vertu est l’hapi.
tude d’un juste milieu, etc. » Ces ex.
pressions ont été calquées sur les tra.
ductions latines d’Aristote : « Téveéres,,
DE Tac Énauvetks dpETRG AÉVOUEV. » Lthy.
que à Nicomaque, 1, 13 ; 110349. « "Eony
äpa h dpetn ÉËLS rpoatpetixh EV Lecdtns
o0ox, etc. » Zbid., II, 6 ; 1106036. (On
remarquera que dans ces textes, vertu
présente aussi une acception spéciale.)
B. « Mais ce qu'on entend spéciale.
ment par l'habitude, ce n’est pas seule.
L contractée, par suite d’un change-
Lt, à l'égard de ce changement même
Jui a donné naissance. » (RaAvais-
, Ibid., 1.)
y a lieu de distinguer dans ce
bon appelle ordinairement habitude,
Lsens B, plusieurs phénomènes de
% en plus spéciaux :
Mo Le phénomène général d'adapta-
À, biologique et même physique, con-
Dont dans le fait qu’un objet ou un
be, après avoir subi une première fois
b, action quelconque, conserve une
HABITUDE
modification telle que si cette action se
répète ou se continue, elle ne le modifie
plus comme la première fois. P. ex. le
retrait permanent d’une étoffe à l’hu-
midité, le fait que la main une fois
échauffée ne sent plus la chaleur de
l'eau ; — dans un ordre de faits plus
complexe, l’accoutumance aux médi-
caments.
20 Plus spécialement, le phénomène
proprement biologique (en tout cas
étranger à la conscience) consistant
dans la répétition spontanée de ce qui
a d’abord été déterminé par des causes
ir
gt la coutume, ouvhfe.x (Rhét. 1, 1, 135487. Cf. Ibid., 1, 11, 137047). (A. L.)
&x— On trouve dans saint THomas D'AQUIN, Contra Gentiles, IV, 77
jtentia in hoc differt quod per potentiam sumus potentes aliquid facere, per
: c Habitus a
Sur Habitude. — Article complété sur les indications de F. Tônnies, G. Dweis-
hauvers et F. Rauh.
Historique. — « Le sens À n’est pas nécessaire à mentionner. Il n'existe pas
réellement en français, si ce n’est dans la thèse même de Ravaisson, ouvrage
de jeunesse, dominé par cette vue que tout ce qui est nature et nécessité peut
avoir été d’abord esprit et liberté, et dans lequel, par suite, Ravaisson se plaît
au double sens du mot, qui annonce élégamment cette idée directrice. » (V. Egger.)
— Remarques analogues d’E. Blum et G. Dwelshauvers.
— Ce sens a une existence réelle, bien que restreinte, et surtout il présente un
grand intérêt historique ; car il explique comment le latin .Habitus ou Habitudo a
pu passer en français au sens usuel du mot Habitude. Il correspond primitive-
ment à l’expression aliquo modo se habere, équivalente au grec r&s éxeuv, dont le
français lui-même conserve quelques traces dans les termes médicaux cachezie,
fièvre hectique. Jusqu'au xvu® siècle on a dit Habitude de corps (L. Corporis
habitus, habitudo corporis) entendant par là soit la manière d’être interne (santé),
soit la manière d’être externe (embonpoint ou maigreur, port, etc.) : voir MoLiërs,
Pourceaugnac, I, sc. vit. — En outre, habitude ou habitudo sont employés à cette
époque pour désigner le rapport d’un objet, et particulièrement d’une grandeur
avec un autre! (sens dérivé probablement de l’expression np6; % n&ç Éyav). On
trouve ce sens dans les Regulae de Descartes, Reg. VI, $ notandum denique… :
Reg. XIV, $ quod attinet ad figuras. et suivant. Au xvirie siècle ce sens est encore
reconnu dans l'Encyclopédie. Le sens A est donc fondamental (J. Lachelier.)
— Mêmes remarques de F. Raubh, L. Brunschvicg, L. Couturat.
— Au xvit et au xvire siècles, on disait coutume là où nous dirions habitude
(Montaigne, Pascal, Nicole, etc.). (P.-F. Pécaut.) — Les deux mots avaient un sens
distinct : la coutume, aurait-on dit, produit une habitude, c’est-à-dire un état, une
disposition (sens A) ; et c’est justement ainsi que le mot s’est restreint au sens B.
(J. Lachelier.) — Aristote remarque de même qu’une ébte (qualité ou disposition
Permanente, opposée à ce qui est passager) peut avoir pour origine soit la nature,
. 1 « À est à B comme C est à Dr — « A ÿfa se habet ad B ut C ad D» (3. Lacheller.) — Cf. d'autre part
l'expression » « être dans l'habitude de … », qui rappelle le sens étymologique. (A. L.) °
tum autem non reddimur potentes ad aliquid faciendum, sed habiles vel
biles ad id, quod possumus, bene vel male agendum. Per habitum igitur
in datur neque tollitur nobis aliquid posse, sed hoc per habitum adquirimus,
d'bene vel male aliquid agamus. » In Sc UTZ, Thomas-Lexikon, vo, p. 352.
mmuniqué par R. Eucken.)
i& — ]1 se rencontre une analogie remarquable entre les mots latins habere (au sens
@éccuper un lieu, très classique), habitare, et le mot français habitude d’une part ;
@ de l’autre, les mots allemands wohnen (habiter) et Gewohnheit (habitude).
: La série des sens, dans ce dernier cas, n’est pas directe : wohnen, habiter et
wohnen, s’'accoutumer, paraissent dériver tous deux séparément de l’ancien
demand wonen (être, rester, demeurer, originairement se plaire) selon KLUGE,
Bymologisches Würterbuch, v° wohnen, 390 À, qui rapproche cette racine du
dscr. canas (plaisir), du latin Venus, de l’allemand Wonne (plaisir, délices) et
#Wunsch (souhait). | |
+ Cette analogie conduirait, pour le français, à douter de la série sémantique :
é état, disposition, disposition créée par la coutume, coutume » et à supposer
ts succession différente, analogue à celle des termes germaniques. Mais ce n’est
K qu'une hypothèse, et l’analogie signalée ne vient peut-être que d’une coïncidence.
{A. L.)
Sur Les différents sens des mois « Gewohnheit » et « habitude ».
— J'estime que la pensée conceptuelle doit nettement distinguer ce que la
langue confond, à savoir : 1° l'habitude en tant que fait objectif, qui consiste dans
répétition régulière d'un événement, par exemple : « Er hat die Gewohnheit
{ist gewohnt, « pflegt ») früh aufzustehent. » Ici, les causes ou les motifs sont
Indifférents ; ils peuvent être extrêmement variés : ordonnance médicale, plaisir
se promener le matin, manque de sommeil, etc. ; — 2° l’habitude en tant que
position subjective : dans ce cas, l’habitude elle-même est le motif, et en tant
Que disposition, je l'appelle sans hésiter une forme de vouloir (des Willens). C'est
Ki que l'habitude est une « seconde nature » ; elle a une puissance contraignante.
ans l'exemple choisi, on dirait alors, en accentuant le mot : « Er hat die Gewohnheit
—————
L« Il a l'habitudo (il est habitué, il a coutume) de se lever de bonne heure. »
D
HABITUDE
extérieures à l’être considéré (un centre
nerveux est, en ce sens, extérieur à un
autre centre nerveux qu’il actionne).
P. ex. les habitudes des plantes telles
qu’elles se manifestent dans les expé-
riences faites en éclairant les fleurs
pendant la nuit, et en les plaçant dans
l'obscurité pendant le jour. — On peut
ranger dans la même classe certains
phénomènes d’habitude sociaux qui
peuvent se produire sans que ceux qui
y participent en aient conscience : on
en voit des exemples dans le langage
et dans les mœurs.
3° Plus spécialement encore, Je Phé
nomène psychologique consistant à ae.
quérir consciemment par l’exercice la
faculté de supporter ou de faire c
qu'on ne pouvait supporter ou faire
primitivement, ou encore de fair
mieux ce qu’on faisait mal ou difficile.
ment. En ce sens psychologique, le mot
habitude implique ordinairement l’éta.
blissement d’un état mental d’indiffe.
rence, et même la disparition graduelle
de la conscience par le progrès de l’au.
tomatisme. Mais tel n’est pas toujours
le cas : l’habitude de bien agir, celle de
früh aufzustehen », c’est-à-dire que non seulement il se lève de bonne heure
habituellement, mais parce qu'il en a l'habitude. Ce sens, en allemand et dans
d’autres langues, s'étend facilement jusqu’à signifier : « Il aime à se lever de bonne
heure fer liebt es, früh aufzustehen) » si l’on entend précisément lieben dans son
sens subjectif ; mais il arrive que cette expression à son tour, par un abus du
langage, se prend aussi pour désigner le simple fait objectif de la fréquence ou
de la régularité de l’acte. — En grec, le mot ë6éXeiv, en tant qu’opposé à Bobreoôn,
est employé de la même façon ; nous devons souvent en allemand le traduire par
pflegen, quoique ce mot, malgré son étymologie, ait d’ordinaire le sens 1 défini
ci-dessus. Le langage confond et embrouille tout. J’attache la plus grande impor.
tance à reconnaître l'habitude pour une espèce du genre volonté (Wille). Sans celail
est impossible de comprendre la fonction de la coutume { Sitte) dans sa concurrence
avec la législation ; et c’est aussi par cette nature de l’habitude que la psychologie
individuelle explique le plus simplement la double fonction. de l’usage (Uebung),
en tant qu'il renforce les sensations et affaiblit les sentiments. (F. Tônnies.)
— Les confusions de sens qui existent pour Gewohnheit et pour les termes
voisins se présentent en français à un bien moindre degré, et ne portent pas sur les
mêmes mots. En règle générale, coutume y présente le sens objectif ci-dessus
défini, et habitude le sens subjectif. « Il a l’habitude de se lever de bonne heure»,
pris au sens objectif {solere), serait une expression impropre, ou pour le moins
très lâche, en tout cas tout à fait étrangère à la bonne langue, où le mot habitude
marque toujours la disposition interne : cf. l'expression usuelle : « être esclave
de ses habitudes ». — « Il est habitué à se lever de bonne heure » ne peut avoir
qu’un seul sens, le sens subjectif ; on dira très bien : « Je me suis levé de bonne
heure pendant dix ans, mais je ne m’y suis jamais habitué », ou : « je n’en à
jamais pris l'habitude ». — « Avoir coutume » aurait ce sens objectif ; mais il 4
un peu vieilli. « Avoir accoutumé de. » (MoLiÈRE, Le malade imaginaire, acte III,
scène 1v) l'avait également, mais c’est une expression tout à fait tombée en désuë-
tude. « Être accoutumé à... » marque toujours et strictement un état subjectif,
une disposition du sujet, et plutôt une adaptation passive qu’une puissance
active. — L'’adverbe habituellement et l'expression « d'habitude » ont presque
exclusivement le sens objectif, mais impliquent qu’il s’agit d’une règle qui présente
des exceptions : habituellement, c’est le plus souvent, mais non toujours. Il 1€
signifie jamais par un effet de l'habitude. Enfin, l'adjectif habituel peut avoir l'uP
ou l’autre sens suivant le contexte ; mais, comme l’adverbe, il se dit surtout de
ce qui est fréquent sans être constant.
HABITUDE
Édominer, celle de réfléchir avant de
Mer ne sont ni indifférentes, ni in-
nscientes. De même pour certaines
tudes de sentiment. Cf. A. DE
AssET, Souvenir : « … Alors qu’une
opérations, caractérisées par la facilité,
la perfection, la tendance à la reproduc-
tion involontaire, qu’il appelle habi-
tudes actives. (Influence de l’habituae
4 sur la faculté de penser, section I : « Des
‘douce et si chère habitude m'en | habitudes passives » ; section II : « Des
batrait le chemin. » habitudes actives. ») — Cette distinc-
Habitude passive et habitude active. | tion et ces termes sont restés classiques,
PMAINE DE Biran a distingué entre | mais peut-être à tort. M. V. Eccer
ds habitudes celles des sensations ca- | propose d’y substituer une distinction
Atérisées par la diminution de la | entre les habitudes négatives et les
Nscience, l'adaptation, le développe- : habitudes positives. (Voir ci-dessous,
bnt du besoin correspondant, qu’il | Observations.)
Kelle habitudes passives ; et celles des Habitude spéciale (ou particulière) et
M
es Quant à cette thèse que l’habitude est une forme de la volonté au sens large du
Bit (Wille), c’est-à-dire un des principes d’action spontanée de l’homme, elle
baraît être communément admise par les psychologues classiques français. Peut-
LÉ même, sous l'influence de Maine de Biran et de Ravaisson, ont-ils tenu
Mets mécaniques de l’usage (voir ci-dessous, Observations sur le domaine de
Babitude). On a coutume, dans l’enseignement, de diviser le cours de psychologie
% trois rubriques : intelligence, sensibilité, activité (on a même dit souvent volonté,
Men que ce terme soit un peu trop étroit dans notre langue, et ne convienne
Men qu'aux volitions conscientes et réfléchies) ; et l’on place presque teujours
Pénalyse de l’habitude dans cette dernière division. (A. L.)
: Sur les expressions : « habitude active » et « habitude passive ». — L'opposition
du passif et de l’actif n’a pas ici de valeur absolue : ces expressions répondent
âme imparfaitement à la distinction qu’a voulu marquer Maine de Biran. Les
abitudes qu'il appelle passives sont actives à leur manière, mais d’une activité
Purement vitale : ce sont celles d’un organe, d’un tissu vivant qui, sous l'influence
d'excitations répétées, se monte peu à peu au ton de l’excitant extérieur, et, par
ite, réagit de moins en moins, ou a besoin, pour réagir autant, d’excitations de
8 en plus fortes. D'où l’affaiblissement très réel de la sensation. (J. Lachelier.)
æ ll y a bien des cas où la sensation elle-même disparaît par adaptation. On
#habitue au froid, non seulement parce qu’on n’y fait plus attention, mais parce
Qe les vaisseaux se modifient, parce qu'il se forme de la graisse, etc., et qu’ainsi
l'excitation reçue par les nerfs est elle-même diminuée. (P.-F. Pécaut.)
&, — L'adaptation de l'organisme comprend plusieurs sortes de faits qu’il faut dis-
guer. S’habituer au froid ou à la chaleur, c’est ne plus éprouver certaines
Mactions pathologiques telles qu’un accroissement de la circulation ou un ralen-
sement de la nutrition ; c’est n’avoir plus « la tête serrée » ou « la tête lourde »
and l’épiderme a trop senti le froid ou le chaud de l’atmosphère. Le terme
Sxact serait ici « accoutumance » plutôt qu’habitude ; l'organisme s’accoutume
Dsj aux climats, aux médicaments, aux poisons ; on dit encore, en médecine,
“éseuétude » et « tolérance » pour désigner ces sortes de faits. D'autre part il y a
Cas où le corps est modifié physiologiquement de manière à produire un
Sranlement moindre de nerf, par exemple quand il se forme des callosités ;
* se passe alors comme si l’excitant extérieur était devenu plus faible. Mais
Den est pas toujours ainsi : par exemple l’œil ou l’oreille ne deviennent pas
En.
HABITUDE 396
Observations (suite)
par l'exercice plus insensibles aux ébranlements physiques : car s’il en était
ainsi, nous verrions un même objet moins éclairé, ou d’une couleur moins saturé
quand nous avons l’habitude de le voir. Le phénomène est alors purement psycho.
logique ; la sensation proprement dite restant la même en degré comme en qualité
la perception est moins active ; l’afflux des images qui complètent et prolongent
la sensation ne se fait plus ; et il en est de même des réactions qui s’expriment à
notre conscience par un état affectif : celui-ci diminue également. Il ÿ a done
en définitive, non pas affaiblissement de la sensation, mais abandon de celle.c;
par notre activité psychique, qui s’en désintéresse, et ne la relève plus.
Ce qui est affaibli, c’est la perception dont la sensation est l’occasion. Si le fait
habituel est objet d’attention à chaque répétition, comme l'attention a pour eftet
d'augmenter la durée et l'intensité des faits sur lesquels elle se porte, elle corrige
l'influence négative de la répétition, et maintient la conscience du fait habituel
à un niveau constant. Ces deux modes de répétition vu leurs résultats, seront
bien désignés par les termes habitude négative, habitude positive, l'habitude négative
étant d’ailleurs l’habitude pure et simple, l’habitude positive étant l’habitude
corrigée par l’effort mental!.
Toutefois, il faut remarquer que le phénomène inverse peut aussi se produire,
quoique nous ne sachions pas exactement dans quelles conditions : il consiste en
ce qu’une sensation, dont le caractère perceptif et surtout affectif est d’abord très
faible, peut provoquer par la répétition une perception de plus en plus intense, et
finalement devenir intolérable. I y a, par exemple, des bruits auxquels « on ne
s’habitue pas » et qu’on supporte de moins en moins à mesure qu’on en a déjà plus
souffert : ce phénomène pourrait être appelé contre-habitude. Mais il est morbide,
tandis que le phénomène inverse est normal ; l’habitude négative appliquée
à la perception constitue une économie bien entendue de l’activité psychique,
tandis que la contre-habitude est une dépense malheureuse de ia même activité.
(V. Egger.)
Sur la distinction des habitudes en général et spéciales. — Cette distinction me
paraît fondée. Elle correspond à la distinction faite par Hôffding et Bergson entre
les deux mémoires, la mémoire libre et la mémoire automatique. Exemple :
l'habitude de résoudre des problèmes, et l’habitude de calculer. (F. Mentré.)
— Il n’y a ici aucune différence de nature ; il n’y en a qu’une de degré, et on
peut concevoir des degrés intermédiaires : par exemple, entre l’habitude de
déchiffrer la musique et celle de jouer tel ou tel morceau, il y a l’habitude de
déchiffrer tel genre de morceaux, ou la musique de tel auteur, de telle époque, etc.
(J. Lachelier.) :
— Ce sont là des habitudes générales de degrés différents quant à la généralité.
Je suis porté à croire qu'il n’y a en effet qu’une différence de degrés entre l'habitude
spéciale et l'habitude générale. La première mériterait le nom d’habitude singu-
lière, au sens logique du mot, si le cas d’une répétition d’habitude sans le moindre
changement n’était pas un cas limité et presque idéal ; même quand on park
d’automatisme, on n’affirme pas l'identité absolue des faits répétés. Il faut
pourtant conserver la distinction en prenant pour critérium de l’habitude spécia
ou singulière l’acte de la reconnaissance, soit effective, soit possible et légitimt:
L'intérêt du concept psychologique d'habitude générale réside en ceci qu’elle est
1. Cf. Viotor EcGes, La parole intérieure, not. p. 204-206, et RABIER, Psychologie, p. 581-582, où cette critique .
adoptée par l’autenr, et opposée par lui à la distinction des habitudes actives et des habitudes passives de Maine
Biran qu'il considère comme le résuitat d’une analyse insuffisante. (A. L.}
y
HABITUDE
tude générale. — L'expression habi-
générale se trouve chez MINE DE
aan : « ll n’y a point d'habitude
pérale qui nous dirige, ou qui puisse
sus diriger dans l’art de raisonner,
jine il y en a une dans l’art de cal-
igler. » De l'influence de l'habitude sur
@ Jaculté de penser, Et. Cousin (1841),
à 283. Les mots sont soulignés dans
s texte ; mais c’est dit en passant : il
ge fait pas de cette expression le second
tyme d’une antithèse technique, com-
me l’a fait plus tard Victor Eccer.
Celui-ci distingue les habitudes qui ne
gncernent qu’un acte entièrement dé-
— _—
es
terminé, toujours le même ; et les habi-
tudes dont l'acte est varié, mais d’un
certain genre : un talent acquis, un
métier que l’on sait ; l’habitude de
déchiffrer la musique, par opposition
à l'habitude de jouer tel morceau. (La
parole intérieure, p. 207. — L’habitude
générale, dans la Rerue des cours et
conférences, 21 mars 1901 et 25 mai
1905.)
CRITIQUE
1. ARISTOTE, et après lui la plupart
des philosophes modernes considèrent
l'habitude comme spéciale aux êtres
ta condition de l’invention et permet de relier l’imagination novatrice à la répé-
ffion d'habitude et au souvenir qui n’en est qu’une variété. Tout artiste, tout
tventeur porte en lui une habitude générale qui est son genre de talent ; c’est
fourquoi ses productions les plus diverses ont, comme on dit, un air de famille.
Le problème que pose ce concept est bien moins celui de la moindre généralité
te celui du genus generalissimum ou des limites supérieures de l’habitude générale
tnsidérée comme puissance ; car, là, tout critérium fait défaut. (V. Egger.)
#
Sur le domaine de l'habitude :
: — L’habitude est la modification reçue par un être vivant à la suite d’une
ætion exercée ou subie par lui. La répétition ou la continuité influent seulement
sur la force de l’habitude. Cette définition a l'avantage d’exclure les pseudo-
habitudes de la matière inorganique. C’est par un abus de langage qu’on a dit :
k clef s’habitue à la serrure, la machine s’habitue à coudre, etc. L’habitude est
une propriété spécifique des êtres vivants ; c’est leur caractère le plus général avec
l'hérédité. (F. Mentré.)
— Je ne partage pas cette opinion. Il est bien vrai que le langage n’applique le
mot habitude qu’aux êtres vivants, et même aux animaux (car l’extension de ce
terme aux plantes est déjà une hardiesse) ; mais il me semble que tous les caractères
de l'habitude, soit morphologique, soit fonctionnelle, peuvent se retrouver dans
les êtres non vivants, avec un moindre degré de complication seulement. Ce que
le vivant apporte de nouveau dans le phénomène général de la conservation
des changements passés me paraît être surtout, au contraire, l’élasticité vitale qui
tend à effacer les modifications reçues (et qui d’ailleurs pourrait bien n’être
ee-même qu’une assise plus profonde d'habitude). Peut-être faudrait-il y ajouter
Sacore le caractère de variation spontanée (spontanée au moins pour nos moyens
vation), qui caractérise tous les êtres vivants. — Au reste, comme le dit
bien M. Mentré dans sa note, il n’est possible ici que d’indiquer sur ce point
Opinions, dont la preuve exigerait de trop longues explications (A. L.)
Sur la définition de l'habitude par la répétition. — AristorE définit l'habitude :
c"Rôa Éct{v, 60x Là Td rod rerounxévar roroborv. » Rhétorique I, 10. 1369P6. —
Q. Tbid., 1, 11. 137097 : « “Oporév 1 rù Éoc rfi phares” Éd Yap Ka rd ro TS
: or 3h pv hoc toù &el, rù 8È EGoç ro5 roXXbug. » De même RavaIssoN, après
&veir défini l'habitude d’une façon très générale (voir texte cité ci-dessus) restreint
LANDE, — vocAB. PHIL. 15
HABITUDE
39
ee
vivants, et s’opposant à l’inertie des 2. A la distinction des habitudes
corps bruts. Mais cette opposition a été | actives et passives, faite par Maine p
fortement contestée, notamment par | Biran, V. EccEr objecte que la rg
Léon DumonT, De l'habitude, Revue ! tition n'’affaiblit pas réellement le
philosophique, 1876, t. L. Il admet que | phénomènes passifs. Voir ci-desso
toutes les formes de l’habitude peuvent | Observations.
se ramener à une conservation plus ou 3. Sur la question de savoir si l'es.
moins apparente des modifications | sentiel de l'habitude se produit dès 1
laissées dans un être, en vertu de son | premier changement, et par suite $;
inertie, par les actions qu’il produit ou | l’idée de répétition est nécessaire à
qu’il subit, comme le pli d’une étoffe, | définir l’habitude, voir également Jes
ou les ravinements de l’eau sur le | Observations.
sol. Rad. int. : B. Kustum.
us,
—
ainsi cette définition : « Une disposition à l’égard d’un changement engendrée dans
un être par la continuité ou la répétition de ce même changement. De l'habitude,
1, p. 4.
Albert LEMoINE (L’habitude et l’instinct, 1875, chap. I, p. 2 et suiv.) a fait
remarquer que la continuité ou la répétition renforcent sans doute l'habitude et
la rendent perceptible, mais que le fait essentiel qui la constitue se produit dès
le premier changement, et que, par conséquent, ces caractères secondaires ne
doivent pas entrer dans la définition philosophique de l’habitude. Cette opinion
est adoptée par Léon DumonrT, De l’habitude, $ 1v et par RENOUVIER, Critique
philosophique, oct. 1877, p. 184 où il appelle ce premier reliquat «l’élément infinité.
simal de l’habitude ».
M. Mentré m’écrit également qu'il la trouve bien fondée. (Voir ci-dessus.) —
Je l'avais mentionnée, en l’adoptant aussi, dans la première rédaction de cet
article, où j’ajoutais les réserves suivantes : « Il faut cependant observer que
dans l’usage courant, ce mot ne s'applique qu’à des habitudes assez développées
pour produire un effet notable, ce qui exige presque toujours la durée ou la
répétition du fait considéré. Il serait paradoxal de dire qu’on « a l’habitude »
de ce qu’on n’a fait ou éprouvé qu’une ou deux fois. »
Malgré ces réserves, le fond même de la remarque d'Albert Lemoine a été mis
en doute, notamment par J. Lachelier, L. Brunschvicg, F. Rauh. Ce dernier m'’écrit:
« L'observation d'Albert Lemoine est sans valeur ; c’est l’application à la psycho-
logie d’une prétendue nécessité logique qui peut fort bien ne correspondre à rien
de réel. On n’a pas le droit de raisonner ainsi par continuité sur les phénomènes
de la vie. À un argument analogue contre l’usage, même modéré, de l’alcool,
Duclaux répondait avec raison qu’à ce compte, un bon repas serait le premier
degré de l’indigestion. — L’habitude est une prédisposition, et l’on ne peut
connaître une prédisposition que par la facilité du déclenchement, qui ne se produit
pas dès le premier fait. » |
Je crois pouvoir répondre à ces critiques : 1° Il ne faut pas confondre la mant-
festation de l’habitude, qui nous la rend sensible, avec la modification biologique
qui la constitue. Nous devons autant que possible définir les choses elles-mêmes
et non l’idée que nous en avons, les « prénotions » formées par le langage courant,
qui ne s'intéresse qu’aux effets appréciables et utilisables. Or, dans ce cas, le
phénomène réel n’est pas la « facilité » ou la « perfection » de l’acte, caractèré *
tout relatifs à nous et à notre utilité, mais la disposition permanente laissée dans
l’organisme ou dans l'esprit par un changement à l'égard de la répétition futuré
de ce même changement. Or, il est évident que toute modification qui contripu®
HALLUCINATION
| maecceité, voir Eccéité*. CRITIQUE
1. BRIERRE DE BoismMonT | Des hallu-
cinations, p. 16) distingue l’hallucina-
tion de l'illusion, et fait remonter cette
distinction à ARNOLD, Observations on
nature, kinds, causes and preservation of
insanity, Londres, 1806. Il cite les
Pm'est pas réellement présent ou distinctions analogues de CRICHTON,
phénomène qui n’a pas lieu réelle- d’Esquiro, de LÉLUT, de LEURET, de
le ParcHaPPE; et il adopte pour lui-
pot même la formule suivante : « Nous
définissons l’hallucination, la percep-
tion des signes sensibles de l’idée; et
l'illusion, l’appréciation fausse des sen-
sations internes. » (Jbid., p. 18.) —
Cette distinction est reprise d’une
façon plus précise et moins obscure
par James Suzy, qui l’énonce ainsi :
« Une illusion doit toujours avoir pour
point de départ quelque impression
réelle, tandis qu’une hallucination n’a
pas une base de ce genre. Ainsi, il y a
illusion quand un homme, sous le coup
de la terreur, prend pour un fantôme
un tronc d’arbre éclairé par les rayons
de la lune. Il y a hallucination lors-
ALLUCINATION, D. Hallucina-
E. Hallucination ; I. Allucina-
erception par un individu éveillé,
D beaucoup plus rarement, par un
qupe d'individus, d’un objet sensible
Ÿ Hallucinations hypnagogiques, celles
di précèdent immédiatement le som-
allucination négative, phénomène
din consiste à ne pas percevoir un objet
ésent, et à remplir par une image
fférente la partie de la représenta-
totale que cet objet devrait norma- :
pent occuper. — On doit remarquer
Me l’hallucination négative n’est pas à
pprement parler une hallucination,
‘sens ordinaire, mais plutôt un phé-
mène inverse. Cependant, il y a quel-
e chose de véritablement hallucina-
fe dans la perception d’un objet, !
fauteuil par exemple, qui devrait
ë Pmalement être caché par la personne
qi y est assise.
Pit
1. Observations sur la nalure,les genres ella prophylaxie
de l'aliénation mentale.
d'former une « habitude » ultérieurement efficace doit avoir produit dès le premier
füt une modification de ce genre. — 2° Cette vue théorique est confirmée par
# faits. On sait que certaines personnes retiennent du premier coup et peuvent
Ater mécaniquement un texte même assez long : l’habitude motrice qui n’est
sisible chez les autres qu'après plusieurs répétitions, se manifeste donc chez
Gbx-ci dès le premier acte. Dans un grand nombre de cas, il y a beaucoup plus
dé différence entre le premier fait et le second qu'entre le second et les suivants :
vi est vrai qu’en certaines matières on peut dire « une fois n’est pas coutume »,
en est au moins autant où le proverbe opposé est seul vrai : « Il n’y a que le
Bémier pas qui coûte. » 11 arrive enfin qu’un choix fortuit (par exemple celui
‘ne place dans une bibliothèque, d’un portemanteau sur un mur) détermine
Suite le même choix à la seconde occasion, et parfois à toutes les suivantes.
trouvera plusieurs faits de ce genre cités dans V. Eccer, La naissance des
itudes, Annales de la Faculté de Bordeaux, 1880, p. 290-323. (A. L.)
Sur Hallucination. — Une partie de la critique primitive a été supprimée et
'émplacée 1° par des indications historiques plus complètes ; — 2° par des propo-
tendant à préciser le sens du mot d’après des observations communiquées
Per MM. Goblot, Delbos, Couturat, Rauh, Pécaut, Boisse, Ranzoli.
Eaucoup d’aliénistes contemporains estiment que l’hallucination nettement
Caractérisée, telle qu’elle était admise par Esquirol, Lélut, Brierre de Boismont,
.
HALLUCINATION
qu’une personne qui a de l'imagination
se représente si vivement le visage
d’un ami absent que pendant un ins-
tant elle croit voir réellement cet ami.
L’illusion est donc un déplacement
partiel d’un fait extérieur par une fic-
tion de l’imagination, tandis que l’hal-
lucination en est un déplacement
total. » Les illusions des sens et de
l'esprit, Bibl. scient. internat., édit.
française, p. 8-9.
Cette distinction ne peut être admise
sous cette forme : il est rare, en effet,
que rien de réel ne se joigne à l’hallu-
cination, et presque toujours le person-
nage ou l’objet fictif apparaît en ra
port avec des objets réels qui sont
normalement perçus. (Voir ci-dessoy
les faits cités aux Observations, et Fin
qui sont rapportés par Tainr, A
l’appendice de l’Intelligence.) Mais :
écartant le critérium de l'erreur par
tielle et de l’erreur totale, la distinction
précise des deux phénomènes peut être
maintenue de la manière suivante. ]]
a dans la perception normale d’un
objet deux facteurs à considérer .
1° la sensation proprement dite : 20 l'in.
terprétation de cette sensation par un
concours de souvenirs, d'images, d’as-
Michéa, Baillarger, etc., est un phénomène rare — quelques-uns disent même
douteux — et que la plupart des cas cités ne doivent cette netteté qu’au
travail rétrospectif de la mémoire ou à une expression verbale qui précise trop,
pour l'auditeur, l’impression réellement éprouvée par le sujeti.
« Ce qui frappe au contraire, chez le plus grand nombre des hallucinés, c'est la
distinction qu'ils font d'eux-mêmes, et plus souvent sous l’influence de nos ques-
tions, entre leurs hallucinations et leurs perceptions réelles. Les hallucinations de
la vue ne sont vraiment complètes, c’est-à-dire semblables aux perceptions
normales, avec la même netteté des contours et des teintes, les mêmes reliefs, que
dans le cas des grandes intoxications, où elles vont d’ailleurs de pair avec l’obnubi-
lation de la conscience. » Dans les autres cas « les malades ont très souvent une
tendance spontanée à en faire la critique, et nous venons de voir » (en ce qui
concerne les hallucinations visuelles) « que, dans la psychose hallucinatoire
chronique, ils n’en sont pas dupes ; ils se refusent à y voir des perceptions visuelles,
et, comme ils délirent, ils expliquent tout naturellement en fonction de leur délire,
comme une machination de leurs ennemis, toute cette imagerie imprécise ».
G. Dumas, Traité de psychologie, tome II, p. 893 : « Les hallucinations en général. »
Certains cas cependant semblent bien constituer de véritables hallucinations,
au sens classique. Un fait curieux est que les exemples qui suivent concernent
des sujets qui n’ont jamais été aliénés. « M. Marillier m’a raconté qu’il avait eu
une hallucination répétée tous les jours, à la même heure, pendant un assez
long temps. Assis à sa table de travail, il voyait, assise dans un fauteuil, une
personne qui le regardait fixement. Or le fauteuil était vide. La fausse perception
était aussi précise, aussi réelle que les perceptions vraies environnantes. La
main qui reposait sur le bras du fauteuil était aussi nette, aussi définie en tous
ses détails que le fauteuil lui-même ; la tête se détachait sur une gravure accrochée
au mur et en cachait une partie. Voilà l’hallucination type. » (Extrait d’une
note d’Edmond Goblot.)
— dJ’ai entendu deux fois décrire des hallucinations par des personnes qui
les avaient éprouvées ; elles étaient aussi caractérisées par ce mélange intime
d'éléments réels, perçus normalement, et d'éléments hallucinatoires. 1° Mme M.
étant âgée de plus de soixante ans, m’a raconté qu’à une certaine période de sa
vie elle voyait tous les jours à la même heure entrer dans la pièce où elle se trouvait
—
1. Résumé de conversations aveo M. Georges Dumas.
HASARD
eiations, de raisonnements qui trans-
ent la sensation brute en objet
tinctement reconnu. S’il y a alté-
ion de ce que doit être normalement
sensation, nous dirons qu’il y a
ucination ; s’il y a seulement alté-
Stion de ce que doit être normalement
Minterprétation perceptive de la sen-
tion, nous dirons qu'il y à illusion.
& 2 On n'appelle pas ordinairement
M images des rêves hallucinations, bien
elles présentent, psychologiquement,
Æ même caractère que celles-ci.
%, Hallucinations psychiques, hailucina-
Bons psycho-sensorielles, voir le Supplé-
ment à la fin du présent ouvrage.
& Rad. int. : Halucin.
5. HARMONIE. Du G. ‘Apuovix, ajus-
tement ; D. Harmonie; E. Harmony ;
4. Armonia.
s À. Sens général. Unité (organique)
“une multiplicité, c’est-à-dire genre
#articulier d'ordre consistant en ce que
‘les différentes parties d’un être ou ses
‘différentes fonctions ne s’opposent pas,
mais concourent à un même effet d’en-
æmble (voir Finalité*) : — par suite,
æombinaison heureuse d’éléments di-
ë
vers. — Très employé par les philoso-
phes français contemporains, particu-
lièrement par Ravaisson, qui a le plus
contribué à en répandre l’usage ; rare
dans les autres langues, sauf dans
l'expression Harmonie préétablie. (Voir
ci-dessous.)
B. Sens spécial. 1° Caractère esthé-
tique de la sensation produite par l’au-
dition simultanée de plusieurs sons mu-
sicaux. (S’oppose en ce sens à Mélodie.)
— 2° Science de l’emploi des accords.
Harmonie préétablie, L. Harmonia
praestabilita (LeiBniz) ; D. Praesta-
bilierte Harmonie; E. Preestablished
harmony ; 1. Armonia prestabilita. —
Doctrine de LEïiBniz, d’après laquelle
il n’y a pas d’action directe des subs-
tances créées l’une sur l’autre, mais
seulement un développement parallèle,
qui maintient entre elles à chaque mo-
ment un rapport mutuel réglé d'avance.
Rad. int. : Harmoni.
HASARD, G. tôyn, abtéuarov: D.
Zufall, Zufälligkeit ; E. Chance, Hazard
(plus rare); I. Caso; Azzardo, For-
tuito (rares).
Ce mot sert à traduire +54n et aûté,
‘un homme vêtu comme un ouvrier qui s’approchait, la poussait de la main comme
pour l’écarter de son chemin, et s’en allait ensuite. Elle donnait les mêmes détails
que M. Marillier sur les apparences égales de réalité présentées par le personnage
imaginaire, les objets devant lesquels il passait, etc. — 2° Mon camarade d’École
Normale P. B. (mort de méningite l’année suivante, à 22 ans) a vu un de ses
parents dans une allée de jardin, s’est approché pour lui parler, et l’image a disparu
au moment où il allait lui toucher la main. Il faisait les mêmes remarques sur le
rapport de l’image et des arbres avoisinants. (A. L.) |
— « Il faut tenir compte, dans la définition de ce mot, du fait que certaines
hallucinations portent, non pas sur des objets proprement dits, mais sur des états
intérieurs : hallucinations musculaires (CRAMER, Die Hallucinationen im Muskel-
sinn, Freiburg, 1889); hallucinations cénesthésiques (avoir un corps de verre,
être mort, se trouver dans un autre corps que le sien, etc.). » (C. Ranzoli.)
Sur Harmonie. — Article complété sur les observations de G. Dweishauvers.
— Toute harmonie impliquant peut-être la simultanéité dans la perception ou
dans le concept, le sens B n’est pas le sens étroit du mot ; c’est l’application, par
approfondissement, à l’ordre musical, du sens propre du mot. — De plus, le
Caractère esthétique (de la sensation) que l’on remarque au sens B n’est pas
une différence spécifique : toute harmonie implique un caractère esthétique.
est une question de savoir si la proposition est convertible. (L. Boisse.)
pe
HASARD
mutov Chez ARISTOTE, qui oppose ces | rôyn et l’abréuarov. (Voir MILHAUD, Le
termes à éois et qui les rapproche de | hasard chez Aristote et chez Cournet
celui d’accident* (rè ovu6eënxéc). La | Revue de métaphysique, novembre
nature, selon lui, est ce qui agit en | 1902, et Études sur la pensée scienti.
vertu d’une finalité* ; mais : 1° chaque | fique chez les Grecs et les Modernes,
action accomplie en vue d’une fin pro- | ch. 1v.) — Les deux mots sont le plus
duit accessoirement des effets qui ne | souvent conjoints par ARISTOTE : « Tà
sont pas compris dans sa fin (comme | yivéueva por mavra yiveror À del &ôl
le bruit d’une voiture, effet accessoire | ñ ce Ent +d mod * tx DE napa rTù del
et non voulu de son mouvement); | xal de Ext td moAb, &md toù abrouätrou
20 les actions de cette sorte peuvent | xal mé tüync. » Ilepl ÿevéozewc xxi pOo-
avoir entre elles des rencontres, qui, | pac, 11, 6, 3307. Mais, en un sens plus
elles aussi, ne sont pas comprises dans | strict, la +oyn n’est qu’une partie de
la finalité de ces actions. L'ensemble | l'xdrouarov (Physique, Il, 6, 197837) :
de ces effets accessoires constitue la | elle consiste dans ce qui, arrivant par
Sur Hasard. — Article corrigé d’après les observations de J. Lachelier, F. Rauh,
E. Goblot, F. Mentré, L. Brunschvicg.
Historique. — ARISTOTE définit le hasard, la cause accidentelle d'effets excep-
tionnels ou accessoires qui revêtent l’apparence de la finalité. {Voir Physique,
19725, 12, 22). Cette définition est complexe ; elle contient celle de Cournot, mais
avec l’idée de finalité en plus. Pour lui, le hasard est une rencontre accidentelle
qui ressemble à une rencontre intentionnelle (le créancier qui rencontre par
hasard son débiteur, le trépied qui retombe par hasard sur ses trois pieds). Un
exemple d'Alexandre d’Aphrodise éclaire bien la distinction d’Aristote entre la
roxn, et l'xdtéuarov : un cheval échappé rencontre son maître par hasard ; il ya
adtéuaroy pour le cheval et rüyn pour le maître. (F. Mentré.)
— Adrôuaros est un mot de la langue grecque courante, qu’on trouve déjà
chez Homère. 11 veut dire, conformément à son étymologie, « ce qui se meut de
soi-même », spontané. Dans certains passages d’Aristote, il a encore ce sens : la
yÉveors aûtéuatoc est la génération spontanée. Comment, même avant son
époque, avait-il déjà passé à celui de hasard (Thucydide, Xénophon) ? Probable-
ment par antithèse à ce qui est déterminé par une cause extérieure, et, par suite,
prévisible. Si cela est, il faudrait rapprocher cette notion de l’idée suivant laquelle
il n’y a de vraiment fortuit que ce qui vient d’un commencement absolu, d’un
libre arbitre (mais, bien entendu, sans prêter cette interprétation à Aristote
lui-même). (A. L.)
— Dans l’Essai, Cournot signale la définition de Jean DE LA PLACETTE
(Traité des Jeux de Hasard, La Haye, 1714) qui est l’aïeule de la sienne. Il définissait
le hasard : «le concours de deux ou trois événements contingents, chacun desquels
a ses causes, en sorte que leur concours n’en a aucune que l’on connaisse. » Cité
dans l’Essai, tome I, p. 56, note 1. (F. Mentré.)
— La définition donnée par M. Poincaré a été formulée auparavant par
RENAN dans l’Avenir de la Science : « Le hasard, dit-il, est ce qui n’a pas de cause
morale proportionnée à l'effet » (p. 24). Il cite comme exemple de hasard la mort
de Gustave Adolphe, tué à Lutzen par un boulet de canon et il ajoute : « La
direction d’un boulet à quelques centimètres près n’est pas un fait proportionné
aux immenses conséquences qui en sortiront. » D’après cette définition, le hasard
serait synonyme de cause insignifiante produisant des effets incalculables. Exem-
ple : la longueur du nez de Cléopâtre et le grain de sable de Cromwell {dans Pascal).
Peu s’en fallut que Napoléon partit pour la Turquie, ce qui changeait le cours
HASARD
à des êtres doués de volonté
ggrest-à-dire paruneffet purement acci-
datel et non prévu de leurs volitions,
encore par une cause extérieure qui
s' rien d’intentionnel}, est cependant è !
tal qu'on aurait pu le souhaiter ou le | mot, suivant qu’on a voulu soit repré-
caindre, le vouloir ou vouloir l’empé- | senter simplement l’idée que nous nous
er:° “Oca &rd rabrouxtou yiverat tv | faisons du hasard, soit indiquer théo-
poupe TE V, roîc Éyouar mpouipeoiv. » | riquement quelles circonstances objec-
Jhid., 197721. Voir Bonirz, vo +üxn. tives donnent à cette idée l’occasion de
Sens primitif : « Jeu de Hasart » est | s’appliquer :
Je nom propre d’une sorte de jeu de dés 19 Définition subjective :
(Dar, Harz. et Taomas, vo, 1227 A), À. Caractère d’un événement ou d’un
étendu plus tard à tous les jeux où ! concours d'événements qui ne présente
n'intervient pas l’habileté du joueur, | pas le genre de détermination qui nous
mais où le gain et la perte sont déter-
minés par un ensemble de causes trop
petites ou trop complexes pour que le
résultat puisse en être prévu.
De là, deux manières de définir ce
————— 2 E
de la Révolution et les destinées de l'Europe. Peu s’en fallut que Darwin ne
voyageât pas à bord du Beagle, ce qui eût changé considérablement les destinées
de la biologie ! C’est un des caractères du hasard humain et historique, mais un
caractère dérivé. Le fait objectif est la coïncidence des séries ; le reste est inter-
prétation subjective et finaliste. (1d.) De
‘: _ L'idée de Renan me paraît assez différente de celle de M. Poincaré. Pour le
premier, il s'agit d'importance morale ; pour le second, il s’agit de la grandeur
physique des phénomènes considérés, au sens où le physicien considère le millième
dé millimètre comme négligeable sur la mesure du kilomètre ; et c’est précisément
de là qu'il tire sa justification de la loi des grands nombres. On peut dire, et j'ai dit
moi-même dans la Critique, que si l’on veut conserver au mot hasard son sens
usuel, on est ramené nécessairement de l’idée purement mathématique à l’idée
de jugement appréciatif , mais cela me paraît une modification de la théorie,
et non son point de départ.
D'autre part, j'aurais peine à accorder que si Darwin n’eût pas fait le voyage
du Beagle, cela eût changé considérablement les destinées de la biologie ; mais
c’êst une question qui touche le rôle du hasard dans le progrès de la science, et
non la définition du terme. (A. L.)
— En voulant corriger la définition de Cournot, M. P. Souriau (thèse sur
l'Invention) a trouvé cette formule : « Le hasard est la rencontre d’une causalité
externe et d’une finalité interne. » Cette définition se rapproche de celle d’Aristote,
mais elle n’est pas aussi compréhensive : elle n’en est qu’un cas particulier. Il
peut y avoir rencontre de deux finalités ; et puis les diverses finalités ne doivent
Pas être placées sur le même plan. (F. Mentré.)
Critique. — Extrait de la discussion à la séance du 4 juillet 1907 :
« J. Lachelier : « Je ne vois que deux sens possibles du mot hasard : 1° l'absence
de toute raison déterminante : 2° l’absence de détermination téléologique. Quand
on dit que le hasard « n’existe pas », on prend, ordinairement, le mot dans le
Premier sens : on veut dire que tout est déterminé, au moins mécaniquement
à moins qu'avec Bossuet, on ne superpose à l’ordre naturel une sorte de téléologie
divine ;iln’y aurait pas alors de hasard, même au second sens). — Dans la pensée
de tout le monde, il y a un hasard ; et quand on dit qu’une chose arrive par hasard,
©n entend que cette chose arrive sans doute en vertu d’une nécessité mécanique
(à vrai dire, on ne l’affirme ni ne le nie, on ne pense pas du tout à ce genre de
ue
HASARD
paraîtrait normal, étant donnée sa na-
ture ; par exemple, caractère d’un évé-
nement qui touche à notre personne,
à nos biens, aux intérêts dont nous
sommes chargés, mais que nous ne pou-
vions pas prévoir et que nous n'avons
pas voulu ; en sorte qu’on ne peut nous
en faire ni un mérite ni un reproche,
même si quelques-unes de nos actions
volontaires sont au nombre des causes
qui se sont trouvées concourir maté-
riellement à l'effet produit. « Quoique
les hommes se flattent de leurs grandes
actions, elles ne sont pas souvent les
__ #4
effets d’un grand dessein, mais
effets du hasard. » (La Rocnero.
cAULD, Mazime 57.) « Ce qui est hasard
à l'égard des hommes est dessein \
l'égard de Dieu. » BossuET, Politique.
V, I, 1. Voir Fatum*. — La jurispry!
dence admet en ce sens le cas fortuÿs
qui supprime, sauf convention Con.
traire, la responsabilité du débiteur
(Code civil, art. 1148, 1302.) °
29 Définitions objectives :
B. Ce qui est à la fois matérielle.
ment indéterminé et moralement non
délibéré.
causalité) ; mais en tout cas, on assure qu’elle arrive en dehors du tout ordre
téléclogique, c’est-à-dire en dehors non seulement de tout dessein humain ou
divin, mais encore de tout ordre stable {de quelque façon du reste qu’on s’explique
l'existence de cet ordre; mais on y voit toujours, plus ou moins consciemment,
l'effet d’une sorte de téléologie de la nature). Il faut ajouter que ce qui échappe
à un tel ordre n’est appelé hasard que par opposition ou tout au moins par contraste
avec cet ordre même. Ainsi la marche régulière d’une planète dans son orbite ne
nous paraît pas fortuite ; les perturbations produites par l’attraction mutuelle
des planètes ne nous paraissent pas fortuites non plus; mais une perturbation
produite par le passage d’une comète nous paraît fortuite, parce que les comètes
et leurs mouvements ne forment pas pour nous un ensemble organisé. S’il n°y
avait qu'un seul corps, marchant dans l'espace en ligne droite, en vertu d’une
impulsion reçue, nous ne dirions pas que la marche de ce corps est fortuite,
parce qu'elle ne s’opposerait, dans notre pensée à aucun ensernble organisé de
mouvements. »
L. Brunschvicg adopte ces observationst.
F. Rauh : « L'idée de hasard s’oppose en effet à celle de normalité, entendue
dans un sens très large, el j’accorde tout ce que dit M. Lachelier à ce sujet. Mais
il faut faire quelques réserves. En premier lieu, il n'est pas exact que cette idée
de normalité soit nécessairement une considération ou une préférence toutes
subjectives, comme pourraient le faire croire quelques-uns des exemples ci-dessus,
ou encore cette expression de regret logique qui se trouve dans les conclusions
de l’article. Pour beaucoup de philosophes, la norme est conçue comme objective,
et par suite le hasard participe à ce caractère. »
J. Lachelier : « Même si la norme est conçue comme objective, c’est notre
pensée seule qui considère ceci ou cela et qui par suite en fait un hasard, en ke
rapportant à la norme qu'il aurait pu ou qu'il aurait dû suivre. Il n’y a hasard
que par rapport à des classes, et c’est nous qui faisons les classes. »
F. Rauh : « D’autre part, il faut remarquer que, subjective ou objective, la
normalité ne se définit pas toujours par la répétition. Ainsi un joueur ne croira
pas avoir gagné par hasard s’il croit qu’il a « eu de ia chance ». La « chance » est
; 1. M. C. Ranzoll diviserait d’une façon analogue les sens du mot hasard. « Ce terme, nous écrit-il en substance,
n’a de sens précis que dans un contexte déterminé, et selon l'ordre d'idées où l’on se place d'abord. D'où trois usages
fondamentaux : A. Du point de vue de la causalité ou de la nécessité, ce qui est spontané, indéterminé; — B. Du
point de vue de la finalité, ce qui est mécanique, inconscient ; — €. Du point de vue de la prévisibilité, ce qui e8t
imprévu, imprévisible, inattendu : et cela soit 1° à cause de la complexité des causes et des effets; soit 2e à oaus®
de la rencontre de séries indépendantes d'événements. » Voirson ouvrage J1 Casonel pensiera enella vita, Milao , 1913.
HASARD
« Épicure [par le clinamen]... ne fai-
t qu’introduire dans les actes volon-
es l'accident, pour ou contre la
on indifféremment, selon les ren-
tres atomiques, fortuites par défini-
on, tandis que le libre arbitre humain
sige, en regard des possibles indéter-
Minés, La délibération de la raison, qui
weclut le hasard. » RENOUVIER, Histoire
% solution des probl. métaph. XII,
‘101. — Franck le définit de même :
l'intelligence. Dictionnaire, V°, 682 B.
Il y a d’ailleurs lieu de douter, ajoute-
t-il, que ce concept corresponde à rien
d’existant. |
C. Caractère d’un événement « amené
par la combinaison ou la rencontre de
phénomènes qui appartiennent à des
séries indépendantes dans l’ordre de
la causalité ». (CournoT, Théorie des
chances et des probabilités, ch. 11; et
Essai sur les fondements de nos con-
« Ce qui ne paraît être le résultat ni naissances, ch. ui.) Il complète ailleurs
d'une nécessité inhérente à la nature | cette définition en faisant remarquer
des choses, ni d’un plan conçu par ; que la même sorte de concours peut
— nr
jei une sorte d'influence et par suite de norme qui supprime le hasard. Inver-
gement, une suite d’actes incohérents, bien qu’elle constitue une répétition, n en
gra pas moins considérée comme une suite de faits de hasard. La normalité est
fi d'ordre différent : elle consiste dans le caractère d'adaptation propre al intelli-
rence. En résumé il y a norme dès qu’il y a une notion définie, soit par des répé-
Ron, soit par une moyenne, soit par une intention, soit par une direction, soit
r un caractère intrinsèque ; en un mot, de n'importe quelle manière. »”
A. Lalande : « C’est pour cela que j'ai cité dans la Critique l exemple d AE
Yespuce. La norme est ici quelque chose comme une jushes idéale, à laquelle
Ï ient manqué. » | ss
e D Lueholier 1e Soit. mais il y a lieu, si l’on élargit tant l’idée de norme, de
distinguer de vraies et de fausses normes : les unes objectives, les autres plus ou
moins imaginaires ou artificielles. Tel est le cas de la plupart des moyennes. »
G. Sorel : « Notamment des moyennes statistiques de la vie sociale : l’idée
qu’il faut tant de morts par an u une Re de tant de personnes ne cor-
à rien qu’à notre manière de penser les choses. » | |
Ro d'En tant que norme, on ne peut pourtant pas dire qu’elle soit
fausse ; elle est seulement subjective. Mais nous sommes convenus dès le début
de la discussion qu'il y avait des normes subjectives et des normes objectives. »
— « Que le jeu tout mécanique des causes qui arrêtent la roulette sur un
numéro me fasse gagner, et par conséquent opère comme eût fait un bon génie
soucieux de mes intérêts, que la force toute mécanique du vent arrache du toit
une tuile et me la lance sur la tête, c’est-à-dire agisse comme eût fait un mauvais
génie conspirant contre ma personne, dans les deux cas je trouve un HÉCARISE
là où j'aurais cherché, là où j'aurais dû rencontrer, semble-t-il, une intention 5
c'est ce que j’exprime en parlant de hasard. — Et d un monde ao
les phénomènes se succéderaient au gré de leur caprice, je dirai encore que c'es
le règne du hasard, entendant par là que je trouve devant moi des volontés,
ou plutôt des décrets, quand c'est du mécanisme que ] attendais. Ainsi s explique
le singulier ballottement de l’esprit quand il tente de définir le hasard... Il oscille,
incapable de se fixer, entre l’idée d’une absence de cause efficiente et celle d une
absence de cause finale... Le problème reste insoluble en effet, tant qu on tient
l’idée de hasard pour une pure idée, sans mélange d'affection. Mais en ee
hasard ne fait qu’objectiver l’état d'âme de celui qui se serait attendu à l’une des
deux espèces d’ordre, et qui rencontre l’autre. » (H. Bergson, L Évolution créatrice,
254-255.)
HASARD
406
avoir lieu non seulement dans l’ordre
de la causalité, mais dans l’ordre ration-
nel ou logique (p. ex. la série des déci-
males du nombre x). D’où cette défini-
tion générale : « Le hasard est le con-
cours de faits rationnellement indé-
pendants les uns des autres. » (Traité
de l’enchainement, $ 52; Matérialisme,
vitalisme, rationalisme, p. 313), défini-
tion dans laquelle il faut entendre le
mot faits au sens le plus général. —
«lt is incorrect to say that any pheno-
menon is produced by chance ; but we
may say that two or more phenomena
are conjoined by chance... meaning that
they are in no way related through
causation ; that they are neither cause
and effect, nor effects of the same
cause, nor effects of causes between
which there subsists any law of coexis-
tence ; nor even effects of the same
original collocation of primeval cau-
ses!. » J. St. Micz, Logique, livre II],
ch. xvu, $ 2.
« Le hasard est une interférence
quelquefois singulière, ordinairement
imprévisible en raison de la complexité
de ses facteurs. en tout cas non inten-
tionnelle et relativement contingente
(quoique nécessaire en soi à un moment
donné et dans des circonstances don.
nées) entre deux ou plusieurs séries
causales réciproquement et relative-
ment indépendantes. » MALDIDIER, Le
hasard, Revue philosophique, juin 1897,
p. 585.
D. Caractère des événements pour
1. . 1! est inexact de dire qu'un phénomène, quel qu'il
soit, est produit par le hasard ; mais nous avons le droit
de dire que deux ou plusieurs phénomènes sont réunis
par le hasard ; entendant par là qu'ils ne sont en aucune
manière reliés par la causation ; qu'ils ne sont ni cause
ou effet l'un de l'autre, ni effets de la même cause,
ni effets de causes liées entre elles par une loi de coexis-
tence, ni effets d'une même collocation originelle des
causes primitives. »
HASARD
gquels se vérifie la loi des grands
ombres, c'est-à-dire tels « que ces évé-
gments étant partagés en classes et
Le classes en catégories, le rapport du
mbre total d'événements de la classe
nombre total d'événements de l’une
| es catégories tend irrégulièrement vers
ne limite déterminée quand le nombre
Wrévénements considérés devient de
us en plus grand ». (DE Monressus,
y propos du hasard, Revue du mois,
mers 1907.)
; Le même auteur a proposé au Con-
de philosophie de Genève (1904)
le formule suivante, intitulée Extension
de la définition du hasard : « Un événe-
ment est dit procéder du hasard quand
ÿ n'existe aucun lien entre la nature
de sa catégorie et la cause détermi-
t cette catégorie. » (C. R. du Con-
grés, P. 692.)
reusement déterminé, mais tel qu’une
différence extrêmement petite dans ses
causes aurait produit une différence
considérable dans l'effet. Par exemple,
un retard d’une seconde qui aurait
évité un accident ; une augmentation
d'un millième dans l'impulsion donnée
à la bille de la roulette, augmentation
qui aurait fait sortir un numéro au lieu
d’un autre. « La différence dans la
cause est imperceptible, et la diffé-
rence dans l'effet est, pour moi, de la
plus haute importance, puisqu'il y va
de toute ma mise. » (H. Poincaré, Le
Hasard, Revue du mois, mars 1907.)
— La loi des grands nombres doit être
considérée, dans ce cas, comme une
propriété dérivée résultant de ces deux
conditions, et d’un postulat d’après
lequel la probabilité des causes elles-
mêmes varierait selon une fonction con-
Le concept du fortuit ne peut être compris en dehors de sa relation au concept
de nécessaire, et celui-ci à son tour ne peut l’être que dans ses relations aux
concepts de possible, d’impossible, de vraisemblable et de certain.
Je tiens pour classiques les définitions de Spinoza, Éthique, 1, xxxin1, Scholie,
notamment : « At res aliqua nulla alia de causa contingens dicitur nisi respectu
defectus nostrae cognitionis. Res enim, etc. » (F. Tônnies.)
— Le mot hasard ne me paraît pas pouvoir être défini, en aucun sens, indépen-
damment de l’idée de finalité. Dans le domaine purement physique, si l’on ne
fait intervenir aucune relation avec les êtres vivants, le hasard n’a point de place.
Il ne peut y être question que de nécessité (causalité) ou de contingence. Ainsi je
ne crois pas qu’on puisse appeler hasard l’impossibilité de prévoir. Je ne puis
prévoir s’il pleuvra demain, mais je ne dirai pas que le temps dépend du hasard ;
cela n’aurait pas de sens. C’est un hasard si le beau temps coïncide avec
quelque événement pour lequel le beau temps est désirable ; c’est encore un
hasard s’il pleut justement un jour où le beau temps aurait convenu. Dans les jeux
de hasard, il s’agit bien de faits impossibles à prévoir, mais qui sont favorables ou
défavorables. Hasard signifie exclusion de la finalité. Or si l’on considère exclu-
sivement des faits physiques la finalité n'a pas à être exclue, puisqu'elle n’a
pas eu occasion de s’introduire.
Si le hasard ne peut être défini « physiquement » il n’en résulte pas qu’il doive
Pêtre « psychologiquement », car il peut y avoir finalité sans intelligence, par
exemple dans l’organisation des végétaux. Dans le transformisme darwinien, la
sélection explique la fixation d’un caractère accidentel. Cette fixation résulte de ce
que ce caractère est avantageux et constitue un progrès ; elle n’est pas due au
hasard ; c’est un cas de finalité, mais l'apparition première du caractère ne s’expli-
que pas par la sélection. Parmi les caractères accidentels, on ne donne le nom de
hasard qu’à ceux qui se trouvent être (rôxouo:) avantageux et aussi à ceux qui
se trouvent être désavantageux. Les autres sont de purs accidents. On ne donne
TE. Caractère d’un événement rigou- tinue (de forme d’ailleurs quelconque).
le nom de hasard qu'aux accidents pour lesquels on peut se demander s’ils sont
favorables ou défavorables ; et quand on répond par le hasard, c’est qu’on exclut
we finalité à laquelle on pouvait songer.
La négation de la causalité, c’est la contingence, et non le hasard.
La négation de la finalité, c’est l’accidentel. Peut-être peut-on appeler hasard
tut ce qui est accidentel. Mais en un sens plus spécial, le hasard, c’est l’accident qui
est favorable ou défavorable à quelque fin sans que cette fin ait été pour quelque
chose dans sa production.
La loi des grands nombres, ainsi qu’on l’a remarqué, ne s’applique pas à tous
les faits de hasard. J'ajoute que tous les faits auxquels elle s’applique ne sont
pas des faits de hasard. Ainsi le nombre annuel des mariages est très variable
dans une petite commune, moins dans une grande ville, moins encore dans un
département, presque constant dans un grand pays. Dira-t-on qu’on se marie par
hasard ? — La loi des grands nombres s’applique à tous les faits qui comportent
quelque chose d’accidentel ; elle exprime une propriété des moyennes. (E. Goblot.)
— Il faut garder l’idée que Cournot a si bien mise en lumière : celle de la
rencontre de séries indépendantes ; tous les cas de hasard contiennent cela ;
je lai montré jadis à propos du hasard dans les découvertes et inventions (Revue
Philosophie, avril et juin 1904). Elle est conforme à l’emploi usuel du mot
hasard. Exemples : La FonTaixE, parlant de deux chèvres, dit qu’elles
Quittèrent les bas près chacune de 88 part :
L'une vers l’autre allait par quelque bon hasard.
X. DE MaisTRe écrit à la Vsse de Marcellus le 30 avril 1846 : « Nos lettres se sont
Groisées, et j'aime à voir un peu de sympathie dans ce hasard. » — NiETZSCHE
Savoie à Wagner en mai 1878 Choses humaines, par trop humaines : « Par un trait
‘esprit miraculeux du hasard, dit-il, je reçus à ce même moment un bel exem-
Plaire du livret de Parsifalavec une dédicace de Wagner » (Fragment traduit par
»
HASARD
CRITIQUE
La définition de Cournot et de J. St.
Mill suppose des séries causales, indi-
viduelles et isolables, ce qui n’est jamais
vrai théoriquement et ce qui ne l’est
pas même pratiquement dans la plu-
part des cas : par exemple, tous les
mouvements du cylindre et de la bille,
au jeu de la roulette, ont pour cause
commune le mouvement du croupier
qui les lance, et sa volonté de jouer le
coup. Et, cependant, il y a hasard.
« Dans l’hypothèse du déterminisme,
dit ReNouvier, il n’est point logique
d'admettre, comme l’a fait Cournot..….
des faits accidentels ou de hasard qu’il
définit non comme des cas d’indéter-
minisme partiel, mais par la rencontre
des effets de causes mutuellement indé-
pendantes. Il n’est point, toujours dans
l'hypothèse, de causes indépendantes
du temps; il faudrait, pour qu’il y en
eut dont les rencontres ne fussent py
prédéterminées comme elles-mêmes
qu’il en survint certaines en dehors deg
séries sans commencement ni fin dont
les termes sont tous des effets en même
temps que des causes. » Histoire 4
solution des probl. métaph., XXII,
p. 170. D’autre part, pour qu’on Parle
de hasard, il faut non seulement qu'il
y ait rencontre de séries indépendantes,
mais que l'événement produit par cette
rencontre présente assez d'intérêt pour
pouvoir être considéré comme le but
possible d’une série de causes finales.
(Cf. PI1ÉRON, Essai sur le hasard, dans
la Revue de métaphysique, 1902.)
La définition de M. pe Monressus
est également contestable : 1° en tant
qu’elle ne considère que la loi des
grands nombres, elle exclut du hasard
tous les phénomènes qui ne se répètent
pas, ce qui est restreindre arbitraire-
sent le sens du mot : c’est un hasard
que le mercure soit le seul métal liquide
à la température moyenne où nous
givons ; — 20 En tant qu’elle fait
gotervenir l'indépendance de la cause
et de la catégorie, elle ne tient pas
compte de ce fait que, strictement
arlant, la cause (ou plutôt l’ensemble
des causes) détermine toujours la caté-
oorie : chaque système d’impulsions
définies de la bille et du cylindre, si
elles pouvaient être notées, non pas
même avec une précision rigoureuse,
mais avec une approximation beau-
coup plus grande que celle dont nous
disposons, impliquerait nécessairement
le numéro sortant.
On remarquera, d’autre part, que la
définition de M. H. PoincaRÉ n’est pas
exclusivement objective. Il faut, en
effet, pour qu'il y ait hasard, que la
petitesse des différences causales soit
HASARD
telle que ces différences nous soient
imperceptibles, et, d'autre part, que la
différence dans les effets soit impor-
tante. Le premier de ces caractères
dépend de la finesse de nos sens, et le
second dépend de nos jugements d’ap-
préciation : c’est un hasard que le
nouveau continent ait reçu le nom
d’Améric Vespuce et non celui de
Christophe Colomb ; en juge-t-on ainsi
seulement à cause de la petitesse ou de
la complexité des causes qui ont déter-
miné cet effet ? Non, car si l’Amérique
s'était appelée Colombie, les causes
n’en auraient été ni moins minimes, ni
moins complexes ; et cependant nous
n’attribuerions pas ce fait au hasard,
parce qu'il nous paraîtrait naturel
qu’elle portât le nom du premier Euro-
péen qui l’a découverte. En ce sens, le
hasard suppose donc l'intervention
d’un jugement de valeur déclarant ce
Lichtenberger, p. 168). — Les exemples donnés par Aristote (fossoyeur qui
découvre un trésor, — avocat qui se rend au forum et rencontre son débiteur)
rentrent dans la définition de Cournot ou du moins présentent le caractère signalé
par Cournot (avec quelque chose en plus).
Il faut en effet ajouter à cette définition : la simulation de la finalité. Ce point
a été établi non seulement par M. PIÉRON, mais aussi par G. TARDE, qui définit le
hasard « l’involontaire simulant le volontaire », et par M. BERGsoN pour qui le
hasard est « un mécanisme qui prend l’apparence d’une intention ». En somme il
faut revenir à la vieille définition d’Aristote, que le calcul des probabilités a
permis de préciser.
La difficulté qu’on éprouve à définir cette notion fuyante vient de ce qu’on
oscille du point de vue subjectif au point de vue objectif. Les uns comme Cournot
mettent l’accent sur le côté objectif, les autres comme Piéron, Tarde, sur le côté
subjectif. Aristote unit les deux points de vue.
Il faut remarquer que Poincaré ne propose pas une définition unique du
hasard, mais trois définitions, les deux premières étant associées. La 3e caté-
gorie de hasards comprendrait, selon lui, les événements fortuits au sens de
Cournot, et il essaie de réduire cette classe aux deux premières (effets considérables
issus de causes a) très petites et b) très complexes) ; mais il ne parvient pas
à opérer complètement cette réduction et se sert de formules dubitatives (« ce n’est
pas toujours »... « la plupart du temps »). Il semble bien que l’idée de rencontre
est inhérente à la notion de fortuit sans qu’on puisse dire qu’elle la caractérise
entièrement. Pour H. Poincaré lui-même, le type du hasard est la naissance d’un
grand homme, c'est-à-dire la rencontre accidentelle de deux gamètes excep-
tionnels dont la fusion produit des résultats incalculables. Nous retombons
toujours sur la définition d’Aristote. Cournot a eu le mérite d’en éclairer une face
que le philosophe avait un peu laissée dans l'ombre.
Le point délicat que vous signalez justement est que les séries ne sont jamais
a ———————————— ————————————
complètement indépendantes. C’est vrai théoriquement ; pratiquement, non. (Théo-
riquement le calcul de probabilités suppose les événements ou chances également
probables ; les cas où cette condition se trouve réalisée sont excessivement rares,
sinon nuls. Mais à l’aide de postulats et d’abstractions, on peut appliquer le
calcul à des cas inégalement probables. Il en est de même ici.) Théoriquement
tout se tient dans l'univers. Mais, par rapport à l’ensemble, les êtres vivants
constituent des touts isolés, de systèmes clos, spécialement l’homme. C'est pour-
quoi le hasard intervient dans le domaine de la vie, et particulièrement dans la
vie psychologique de l’homme et dans l’histoire. (F. Mentré.) :
— M. Jean de La Harpe estime au contraire que les objections faites à Cournot
dans la Critique ne sont pas dirimantes parce qu'elles n’atteignent pas le fond
de sa pensée : 1° Cournot ne soutient pas comme Mill que le tissu des causes « est
fait de fils séparés », mais pense que les séries causales seraient plutôt comparables
« à des faisceaux de rayons lumineux qui se pénètrent, s’épanouissent et se concen-
trent sans offrir nulle part d’interstices ou de solutions de continuité dans leur
tissu » (Essai, & 29) ; 20 il n’exige pas une indépendance originelle de ces séries
causales : « Le coup que donne le croupier.… correspond fort bien à ce que dit
Cournot dans les Considérations (1, p. 2) relativement à « la suspension commune
de tous les chaînons à un même anneau primordial, par delà les limites, ou même
en deçà des limites où nos observations peuvent atteindre. » Il suffit que, le coup
donné, les réactions de la bille et du cylindre diffèrent assez pour que la bille
tombe en des cases différant les unes des autres, pour un grand nombre d’épreuves,
Proportionnellement à leur probabilité. » De l'ordre et du hasard : le réalisme
critique d'A. À. Cournot, p. 232. |
Si telle est bien la pensée de derrière la tête de Cournot (cequiest fort plausible,
étant donné ses habitudes d’esprit) la définition profonde du hasard ne serait pas
Pour lui l’indépendance des causes, qui n’est que l'aspect pratique et exotérique
de cette notion, mais la conformité à la loi des grands nombres, manifestant
HASARD cé
qui est raisonnable, intéressant, beau,
utile, équitable, etc. Nous retrouvons à
cet égard le critérium de finalité signalé
dans l’article de M. PIÉRON.
Quand il s’agit de jeux de hasard,
ce même caractère appréciatif est évi-
dent, puisque l’idée essentielle est ici
celle de gain ou de succès.
Quand il s’agit de faits physiques
qui se répètent un grand nombre de
fois avec une variante constituant le
hasard, ce critérium semble ne plus
s'appliquer. Il y a lieu cependant d’exa-
miner s’il en est bien ainsi et si la
croyance sous-entendue que les faits
doivent suivre des lois ne serait pas ce
qui détermine dans ce cas l'application
du terme hasard. L'emploi usuel de ce
mot vise, en effet, l’irrégularité avec
laquelle les séries tendent vers la
moyenne : « la part du hasard dimi-
nue » à mesure que l’on considère un
plus grand nombre de répétitions.
L'idée normative qui justifierait
l'expression de hasard, serait celle d’
rythme considéré plus ou moins co
ciemment comme normal, par exemple
l'alternance régulière de deux chances
également probables, rythme idéal] dont
on constate, avec une sorte de regret Jo.
gique, que l’expérience s’écarte irrégulie.
rement.— Voir ci-dessous, Observations
Rad. int : Hazard. :
ici
u
ns.
Haut, voir Observations.
HÉDONISME (du G. ñdovr) plaisir:
D. Hcdonismus ; E. Hedonism ; I. Edo.
nismo.
A. Toute doctrine qui prend pour
principe unique de la morale qu’il faut
rechercher le plaisir et éviter la dou-
leur en ne considérant, dans ces faits,
que l'intensité de leur caractère affec-
tif, et non les différences de qualité qui
peuvent exister entre eux.
l’absence de raison, au sens où il a coutume d’opposer le « rationnel
Voir J. DE La Harpe, 1bid., P. 233; A. LaLANDE, Remarque
causalité, Revue philosophique, septembre 1890.
» au « logique r.
5 sur le principe de
Sur Haut. — R. Eucken nous a signalé l'usage fréquent qui a été fait dans la
philosophie et dans la littérature allemandes du qualificatif haut (hoch, hôher) :
« Hôher était un mot favori de Schleiermacher dans sa jeunesse et de l’école
romantique. Au contraire Kant a protesté contre un prétendu « hôher [dealismus »
qu’on lui attribuait. « Hohe Türme, und die ihnen ähnlichnen metaphysich
grossen Männer, um welche beide gemeiniglich viel Wind ist, sind nicht für mich.
Mein Platz ist das fruchtbare Bathos der Erfahrungt. » (Hartenstein, IV, 121.)
— L'expression « hôhere Kritik » a été également employée. Heinrici, dans la
Theologische Realenc yclopädie, fait remarquer que « hôhere Kritik » était la devise
de I. G. Eïchhorn (t 1827). »
En français, haut a été quelquefois employé en ce sens par quelques auteurs,
notamment par RaAvaisson, qui en use même fréquemment : « La haute philo-
sophie, dit-il, date de l’époque... où l’on reconnut que pour expliquer l'être et
l'unité, il ne suffit pas de la matière. » La philos. en France au XIX® siècle, 1re éd.,
p. 1. — « Ce résultat général, de tout temps entrevu par la haute métaphysique... »
Tbid., 232. — « La haute doctrine qui enseigne que la matière n’est que le dernier
degré et comme l’ombre de l'existence. » Ibid., 265, etc.
Mais cet usage est exceptionnel ; ce n’est pas un terme philosophique ; à hôher
correspond le terme supérieur ; celui-ci est très usité philosophiquement, mais
n’a pas de sens technique précis. (A. L.)
a
1. « Les hautes tours et les grande métaphvsiciens qui ‘ordinai
8 e Y qui leur ressemblent ont d'ordinaire les unsetles autres beaucoup
de vent autour d'eux. Ce n est pas mon affaire : mon terrain, 'est la profondeur fertile de l'expérience. » :
HÉRÉDITÉ
8. Spécialement, la doctrine de
sole de Cyrène (École hédonistique).
Rad. int. : Hedonism.
HÉGOUMÈNE, Hépomène (rares) :
ganscriptions du G. ÿyoduévov, Ero-
“ävov : l’antécédent et le conséquent
Aune proposition hypothétique (ouvr-
géo) dans la logique stoïcienne.
” « HÉNOTHÉISME », D. Henotheis-
eus (Max MÔLLER). |
Par opposition à monothéisme* et à
ythéisme* : forme de religion qui
gnsiste en un culte rendu à un seul
pieu, mais sans exclure l’existence des
gstres.
Voir Monothéisme*, texte et obser-
gations.
:: HÉRÉDITÉ, D. Vererbung; E. He-
pedity ; |. Eredita.
Le fait que les descendants repro-
duisent non seulement le type spéci-
fique, mais aussi certains caractères
individuels de leurs parents, ou même
d'ancêtres plus éloignés. (Cf. Ata-
visme* .)
CRITIQUE
Les caractères héréditaires peuvent
être anatomiques, tératologiques, phy-
siologiques, physiopathologiques, psy-
chologiques ou psychopathologiques.
D'où la distinction de différentes for-
mes correspondantes d’hérédité, et la
question de savoir jusqu'où s'étend la
possibilité de transmission héréditaire
dans chacun de ces domaines.
Le « problème de l’hérédité des carac-
tères acquis » consiste à se demander
dans quelle mesure des caractères nou-
veaux, produits chez un individu par
les circonstances de sa vie et non par
une disposition intérieure préexistante,
peuvent être transmis par la génération
à ses descendants.
On a proposé d’appeler hérédité so-
ciale : 19 « le perfectionnement intellec-
tuel et moral d’une génération entière
obtenu par l’éducation de la génération
précédente ». (DECHAMBRE, Diction-
naire usuel de médecine, V9, 7653.) —
29 « The process of social transmission,
that by which individuals of successive
generations accommodate to a conti-
nuous social environment, thus pro-
ducing traditiont. » (C. LLoyyw Mor-
GAN, J. M. Bazpwix dans Baldwin,
v0,4713.)
Ces deux sens, d’ailleurs voisins,
nous paraissent également inaccepta-
bles. Un peuple peut être, si l’on veut,
considéré comme un individu dans son
ensemble ; mais il n’y a rien dans le
rapport des générations successives qui
ressemble à la reproduction des indi-
vidus par procréation : l’analogie serait
plutôt, dans ce cas, entre les généra-
tions sociales et la production des
couches successives d’un même arbre,
ou entre les générations sociales et le
développement des tissus produits par
la prolifération cellulaire chez un indi-
vidu animal. Ni l’une, ni l’autre de ces
analogies ne serait d’ailleurs elle-même
tout à fait exacte.
Rad. int. : Hered.
1. Le processus de transmission sociale, par lequel
les individus des générations successives s'adaptent à
un milieu social continu, produisant ainsi la tradition.
Sur Hérédité — J’admets l'extension du mot hérédité proposée par
Dechambre et par Baldwin. L’assimilation n’est pas rigoureuse, mais elle ne l'est
jamais complètement ; les mots et les langues se perfectionnent par analogies
Plus ou moins lointaines. — Dans un pays civilisé, le niveau moyen des esprits
Monte à chaque génération ; il y a de l’acquis qui s’ajoute aux héritages anté-
fieurs.. Sans doute l'esprit n’engendre pas l'esprit comme la chair engendre la
Chair ; mais la transmission du savoir par l’enseignement n’est pas sans analogie
vec la transmission du sang. Les disciples sont les fils spirituels de leur maitre :
ils « héritent » de sa méthode et de son savoir. (F. Mentré.)
dis
HERMÉNEUTIQUE
419
HERMÉNEUTIQUE, D. Hermeneu-
ük; E. Hermeneutics ; I. E. Ermeneutica.
Interprétation des textes philosophi-
ques ou religieux, et spécialement de
la Bible (herméneutique sacrée). Ce mot
s’applique surtout à l'interprétation de
ce qui est symbolique. (Voir Allégorie*
et Anagogique*.)
Rad. int. : Hermeneutik.
HERMÉTISME, D. Hermetismus ;
E. Hermetism ; I. Ermetismo.
A. On appelle hermétisme ou philo-
sophie hermétique un ensemble de doc-
trines qui sont censées remonter aux
livres égyptiens dits livres de T'oth trois
fois grand (G. ‘Epuñc rpiouéyioroc). Ces
doctrines sont exposées dans des textes
grecs dont la date et l’origine sont in-
certaines ; ils ont été imprimés pour la
première fois, en traduction latine, par
MaARSILE Ficin, sous le titre Aercuru
Trismegisti liber de potestate et sapientia
De (Trévise, 1471) et dans le texte grec
par Ad. TurNÈBE (Paris, 1554). Ils
comprennent le Ilomuävôpne, le [Tpoc
'Aozrriôv, les Iledc rov Éauro diov Tar
76yo (plusieurs fragments séparés) et
les "Oro ’AoxAnriod rpds "Aupova
BratAia.
B. Synonyme d’alchimie. La liaison
de ces deux sens vient de ce que les
alchimistes grecs se réclament d’Her-
mès, et le considèrent comme le créa-
teur de leur science. Les alchimistes
du moyen âge attribuèrent à Hermès,
outre les ouvrages ci-dessus, la Tabula
Smaragdina (publiée pour la 1re fois
en 1541 et qui figure depuis lors dans
tous les traités alchimiques). Ce frag-
ment ressemble beaucoup, en effet, à
certains passages du Ilotua&vôpnc.
Rad. int. : Hermetism.
HÉTÉROGÈNE, D. Heterogen, un-
gleichartig ; E. Heterogeneous ; 1. Ete-
rogeneo.
Opposé à Homogène*. Termes em-
ployés surtout par H. SPencEr dans la
série de ses Principes et notamment
dans Les Premiers Principes (First
Principles), chap. x1v-xvrnr.
— "2
Un tout est homogéne lorsque tou
ses parties présentent les mêmes Pr
priétés ; il est hétérogène lorsque je
diverses parties présentent des diffé,
rences, de quelque nature qu’elles
soient, et spécialement des différences
de structure et de fonction. (Voir Dij
férenciation*, Évolution*.) |
Se dit aussi, dans le même sens, de
deux ou plusieurs parties d’un tout
comparées entre elles.
Rad. int. : Heterogen.
« HÉTÉROGONIE des fins », D
Heterogonie der Zwecke, nom donné par
Wunor (System der Philosophie, 1889)
au fait que la finalité des êtres se mo.
difie au fur et à mesure qu’ils se trans.
forment.
James Warp fait remarquer que le
nom seul est nouveau et que l’idée est
déjà exprimée dans HEGEL, Philosophie
der Geschichte, 1837, p. 30 ; et qu’il l’a
exposée lui-même dans l’article Psy-
chology de l’Encyclopaedia Britannica,
1886, p. 585. (The Realm of Ends,
p. 79-80.) Cf. aussi BoucLé, Remarques
sur le polytélisme, Revue de métaph.
1914-1915, p. 604-605.
HÉTÉRONOMIE, D. Heteronomie ;
E. Heteronomy ; 1. Eteronomia.
Condition d’une personne ou d’une
collectivité qui reçoit de l’extérieur la
loi à laquelle elle se soumet. (Voir Au-
tonomie*.)
Rad. int. : Heteronomi.
Heureux, voir Bonheur*.
1. HEURISTIQUE ou Euristique,
adject. (du G. ebpioxw, découvrir) ; D.
Heuristisch ; E. Heuristic ; I. Euristico.
Qui sert à la découverte ; se dit spé-
cialement : 4° d’une hypothèse dont on
ne cherche pas à savoir si elle est vraie
ou fausse, mais qu’on adopte seule-
ment à titre provisoire, comme idée
directrice dans la recherche des faits ;
on se sert souvent aussi en ce sens,
même en France, de l'expression an-
glaise werking hypothesis ;
HISTOIRE
iso de la méthode pédagogique qui
siste à faire découvrir par l'élève ce
on veut lui enseigner.
Rad. int. : Euristik.
HEURISTIQUE ou Euristique,
Est. D. Heuristik ; E. I. (Inusité).
artie de la science qui a pour objet
découverte des faits ; spécialement,
histoire, recherche des documents.
M ANGLOIS et SEIGNOBOS, Introduction
à études historiques, Livre I, chap. 1.)
% Rad. int. : Euristik.
> HIÉRARCHIE, D. Hierarchie; E.
Bierarchy ; I. Gerarchia. — Du G.
leoæpxix, qui se trouve d’abord dans
b Pseudo-DENYs L’ARÉOPAGITE, Ilepi
“ic oùpaviac tepapxiac et Ilepi rh
booncuorumic iepapyiac. Terme d’ori-
dre ecclésiastique : ordre des milices
élestes (anges, archanges, etc.) et,
extension, des divers degrés de la
bnité ecclésiastique. « Hierarchia di-
dtur quasi sacer principatus a hieron,
quod est sacrum, et archôn, quod est
princeps. » (S. THomas D'AQUIN, Zn
bros sententiarum Petri Lombardi, I],
$% 1; dans ScHüTz, vo.)
: À. Proprement, subordination sé-
#elle de personnes, telle que chacune
wit supérieure à la précédente par
létendue de son pouvoir ou par l’élé-
vation de son rang social.
B. Par extension, toute subordina-
A
Le
tion sérielle de personnes, de faits ou
d'idées, telle que chaque terme de la
série soit supérieur au précédent par
un caractère de nature normative (soit
appréciatif*, soit impératif*) : « Hié-
rarchie des devoirs, hiérarchie des
sciences, hiérarchie des formes de l’é-
nergie » ; « hiérarchie des phénomènes
sociaux ». — Fréquent en ce sens chez
Auguste ComrTe. (Cf. aussi DURAND DE
Gros, Aperçus de taxzinomie générale,
chap. v : « Ordre de hiérarchie. »)
CRITIQUE
Ce terme est de formation hizarre ;
de plus, il suggère malheureusement,
dans l'usage ordinaire, des idées de
formalisme et d'autorité sociale immo-
bilisée dans une organisation tradition-
nelle. Il représente cependant, surtout
au sens large B, un concept d’une
haute importance philosophique. Il est
utile de le conserver, en le dépouillant
autant que possible de tout ce qui n’est
pas essentiel à cette signification.
Rad. int. : Hierarki (Caractère hiérar-
chique, hierarkies ; ensemble des objets
hiérarchisés, hierarkiaj, etc.).
HISTOIRE, D. Geschichte ; E. His-
tory ; I. Istoria, Storia.
Du G. ‘loropix, recherche, informa-
tion (cf. ioropeiv, s’enquérir}, d’où con-
naissance et enfin relation de ce qu’on
sait, histoire. « ’Ey& yàp véoc &v ..…. Gocw-
. Sur Hiérarchie. — Qualité, ordre, hiérarchie, estimation, valeur, norme : mots
dela même famille et qui ne diffèrent que par le point de vue. La hiérarchie est
we notion antiscientifique, mais essentiellement philosophique. — Quiconque
pense philosophiquement classe, et porte sur les choses des jugements de valeur.
domaine de la quantité au contraire est celui de l’indifférence ou de l’équiva-
de toutes les formes de l'être. (L. Boisse.)
Il est indubitable que la notion de hiérarchie est essentielle à la philosophie.
ais on ne peut admettre qu’elle soit antiscientifique, ni que la science se réduise
&u domaine de la quantité : à peine serait-ce vrai des mathématiques elles-mêmes.
science moderne, au contraire, élargit de plus en plus ses cadres et ses méthodes ;
refuse expressément de se laisser identifier à une géométrie. La physique
e-même utilise le concept de hiérarchie quand il s’agit de formes de l'énergie.
plus forte raison en est-il de même des sciences biologiques, psychologiques et
Sciales. Les sciences « normatives » ont été créées tout exprès pour analyser
jugements de valeur. (A. L.)
dés.
___ HISTOIRE
u20T@6 wc Érel duo Tarn TH Copa Ÿv
Br xaxAoDOL repli poewc iotopiav. » (So-
cRATE, dans le Phédon, 96 A.) llentend,
par cette expression, le fait de connaître
« Tac xitiuc ÉxdOTuV, OX TL YLyvetaL
Exaotoy, xal Ou ‘ri anéAAvrat, Hat ÔLX
ti ëort. » (Ibid.)
Mais le sens du mot est plus précis
chez ARISTOTE ; il y désigne un simple
amas de documents par opposition à
un travail d'explication ou de systéma-
tisation. Son ouvrage Ai mepi ra Cou
lorogiaxr était un recueil général de
faits auquel s’opposaient les traités
spéciaux et théoriques sept Cowv mopiov,
reg, Cowv Yyevéoewc, etc. — Cf. Ibid.,
VIII :« Atôxep oùd Latoptxüc … œaivov-
Tor DÉéyovtes où @ioxovtes Toùs {x6Ù6
ravtac elvar Ometc. » 757035. — Le
mot historiquement garde quelque chose
&14
l’oppose à logiquement. P. ex. : « Deu
théories qu s’impliquent logiquemens
bien qu’elles ne tiennent pas l’une à
l’autre historiquement (dans la réalité
concrète, dans les faits). »
A. Sens général. Chez BAcoN, l'hjs.
toire est la connaissance de l'individue]
qui a pour instrument essentie] |,
mémoire. « Historia proprie individuo.
rum est, quæ circumscribuntur loco et
tempore. Etsi enim historia naturalis
circa species versari videatur, tamen
hoc fit ob promiscuam rerum natura.
lium in plurimis sub una specie, simi-
litudinem, ut si unam noris, omnes
noris.. Haec autem ad memoriam spec.
tant. » (De dignitate, livre 11, chap. à,
$ 2.) — Elle s'oppose d’une part à la
Poésie, qui a également pour objet
l'individuel, mais fictif, et pour instru-
de ce sens, en particulier quand on | ment, l'imagination ; et de l’autre à la
—
Sur Histoire. — Le sens du mot chez Aristote a été précisé d’après les indi-
cations fournies par J. Lachelier et R. Eucken. Voir texte ci-dessus.
— Il ne faut pas confondre l'opposition subjective et méthodologique [établie
par Aristote et par Bacon] avec l’opposition objective établie par les modernes
entre la science de ce qui n’est arrivé qu’une fois (comme la succession des faits
géologiques) ou encore de ce qui est unique en son genre (comme l’ensemble des
faits géographiques) et la science des phénomènes qui se reproduisent toujours et
partout les mêmes (comme les phénomènes physiques et chimiques). On conçoit
comment l’on a pu passer de la première opposition à la seconde, les faits uniques
semblant n'être susceptibles que de constatation; ce qui n'empêche pas qu'il
n'y ait, dans ces faits, bien des détails qui se reproduisent, ou entre lesquels il
existe des analogies, et qu'ils ne soient par conséquent, dans une large mesure,
explicables. (J. Lachelier.)
La formule des scolastiques et de Bacon, qui ne tend en principe qu’à com-
menter et à préciser le sens d’Aristote (voir ci-dessus le texte de Goclenius) paraît
avoir beaucoup facilité le passage du sens méthodologique au sens objectif.
Bacon insiste tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre ; par exemple dans le chapitre
même qui est cité plus haut, il ajoute : « Historiam et experientiam pro eadem
re habemus, quemadmodum etiam philosophiam et scientias. » De Dignut., Il,
1, $ 5. Et ailleurs : « Nobilissimus autem finis historiae naturalis is est, ut sit
inductionis verae et legitimae supellex atque sylva. » Descriptio globi intellec-
tualis, III, Ed. Ellis et Spedding, 111, 731. (A. L.)
— Le point de vue de Cournot me semble original et nullement dérivé de celui
de Bacon et des Encyclopédistes. 11 consiste à opposer la donnée historique à la
donnée théorique. Quand on peut remonter de l’état final ou de l'état pénultième
d’un système à l’état antérieur et de proche en proche à l’état initial, l’histoire
n'intervient pas ; le système s’est développé pour ainsi dire en dehors du temPs-
Mais le plus souvent, pour expliquer l’état actuel.d’un système (par exemple le
système astronomique) il faut faire appel à des faits indépendants de la théorie,
HISTOIRE
sophie, qui a pour objet le général
E pour instrument la raison. (Ibid.,
Det 4.) Elle se divise en histoire natu-
et histoire civile. — Pour lui,
me pour Aristote, l’histoire natu-
e s'oppose surtout à la « philosophie
D science » par une différence de mé-
de et non d'objet : voir l'Historia
SE borum, l'Historia densi et rari, la
na Sylvarum, etc., qui sont des
D eils de faits « ad condendam philo-
amphiam ». Cf. Nov. organum, Préface ;
did, 1,98, etc. Mais les termes mêmes
gl emploie dans sa définition vien-
bnt des scolastiques : « Historia signi-
dat singulorum notitiam, vel exposi-
#onem seu descriptionem vo ôrt rei. »
loccenius, v° 626 B.) Ils ont été
Snservés par les auteurs de l’Encyclo-
’ , mais ceux-ci insistent déjà da-
@ntage sur le caractère chronologique
Lu _—
de l’histoire. (Voir D'ALEMBERT, Dis-
cours préliminaire, $ 41 et 70.)
On peut rapprocher de ce point de
vue, bien que peut-être il n’en dérive
pas, celui que COURNOT à adopte dans
sa classification des sciences (ÆEssar sur
le fondement de nos connaissances,
chap. xx) en divisant toutes les con-
naissance# humaines en trois séries :
la série théorique, la série cosmologique
et historique, la série technique ou pra-
tique. La seconde de ces divisions com-
prend, en effet, l'astronomie [histoire
du ciel), la géographie, la géologie, la
minéralogie, la botanique, la zo0lo-
gie, etc., en même temps que l’archéo-
logie, l’histoire civile, politique, litté-
raire, morale, religieuse, etc.
B. Sens spécial (de beaucoup le plus
usuel à notre époque) : connaissance
des différents états réalisés successive-
è ine s'expliquent pas par elle, qu’on ne pouvait prévoir, etc. Exemple: ja position
itiale des astres est une donnée histor
d l'astronomie. On trouve quelque chose
ique, irréductible aux lois mécaniques
d’analogue chez J. St. Mill.
_ Dans chaque loi il faut distinguer la relation mathématique, et les constantes
gi sont des données de fait (par exemple dans la loi de Newton). Chaque science
théorique, sauf les mathématiques, se double d’une science historique. En partant
de cette distinction on comprend que li
croissant avec le degré de complication
mportance de la donnée historique aille
des phénomènes. Dans le domaine de la
biologie le point de vue historique devient prédominant et il est presque exclusif
dans le domaine humain.
. Outre ce sens général, le terme d'histoire a, chez Cournot, une signification
plus restreinte, en tant qu'il s'applique aux événements humains. Tout événement
humain n’est pas historique, par le seul fait qu’il s’est passé, qu il s’est accompli
dans le temps. Des faits décousus ne constituent pas une histoire, non plus que
des faits entièrement solidaires : l'histoire est un mélange d’enchaînements et
de faits fortuits. (F. Mentré.)
— Le point commun entre la doctrine de Cournot et la tradition qui va d’Aris-
lote aux Encyclopédistes me parait êtr
de l’histoire et de la théorie, la première
recueille simplement et qui sont objet d
relations constantes et générales, que
L'importance de cette opposition, et ce
e l'opposition que font les uns et les autres
ayant pour objet les données de fait, qu’on
le mémoire ; la seconde ayant pour objet
l’on construit et qui sont objet de raison.
qu’elle a de caractéristique, se fait surtout
sentir quand on oppose ce sens du mot histoire au sens moderne, qui non seulement
m'exelut pas de l’histoire les opérations synthétiques et les constructions générales,
Mais qui les considère même comme une partie essentielle de la science historique-
Voir les deux grandes divisions de l’Introduction aux études historiques, de LANGLOIS
et Sercnosos. (A. L.)
— « Geschichte vereinigt in unserer Sprache die objektive sowohl als die subjek-
tive Seite, und bedeutet ebensogut die historiam rerum gestarum als die res gestas
dés
HISTOIRE
ment dans le passé par un objet quel-
conque de connaissance : un peuple,
une institution, une espèce vivante,
une science, une langue, etc.
C. Par objectivation, la suite elle-
même des états par lesquels a passé
l'humanité. On distingue en ce sens
l’histoire proprement dite, connue par
des traditions ou des documents écrits,
et la préhistoire, inaccessible par ces
procédés.
Rad. int. : Histori.
HISTORICITÉ, (S).
HISTORIQUE, D. Geschichtlich, his-
torisch ; E. Historical, historic ; 1. Sto-
rico, istorice.
A. Qui concerne l’histoire, ou qui
constitue une histoire. « Un ouvrage
historique. » — « La méthode histo-
rique. »
B. Qui est connu par l’histoire : « Un
fait historique. » Plus spécialement :
conservé par l’histoire. « On dit, en çe
sens, une journée historique, un my
historique. Mais cette notion de l’his.
toire est abandonnée. Tout incident
passé fait partie de l’histoire, aussi bien
le costume porté par un paysan ày
xviue siècle que la prise de la Bas.
tille. » SeicNosos, La méthode hist.
rique appliquée aux sciences sociales, p. 3,
Rad. int. : À. Histori ; B. C. Historia].
HISTORISME, D. Historismus.
A. Point de vue qui consiste à consi.
dérer un objet de connaissance en tant
que résultat actuel d’un développement
qu’on peut suivre dans l’histoire, au
sens B. — Cf. Genèse*.
B. Ce terme est appliqué spéciale.
ment à la doctrine qui soutient que le
droit, comme les langues et les mœurs,
est le produit d’une création collective,
inconsciente et involontaire, qui est
terminée au moment où la réflexion
s’y applique ; et que, par suite, on ne
socialisme d’État en Allemagne,
o I, chap. 1, $ 2 à 4.) S’oppose, en
gens, à Rationalismus.
CRITIQUE
Terme équivoque, appliqué quelque-
aussi à lhégélianisme en tant
4 sOppOsé au naturalisme. (EiSLER, vo,
#9.) À éviter, comme la plupart des
es de ce genre, qui engendrent
Fe. des discussions verbales.
Ka HOLISME », (S).
À HOMALOÏDAL, du G. éuañéc, uni,
an ; D. Homaloïdal ; E. Homaloidal.
© Caractère d’un milieu spatial indé-
fi qui n’a pas de courbure propre
. ex. la droite dans le plan, ou le
n dans l’espace euclidien) et dans
D on peut, par conséquent, tracer
és figures semblables à n'importe
quelle échelle. Appliquée à l’espace à
wois dimensions pris dans son ensem-
ble, cette propriété implique le postu-
HOMŒOMÉRIES
de l’homogénéité : la surface d’une
sphère est homogène, puisqu’une figure
tracée en une région quelconque de sa
surface peut être transportée sans dé-
formation en n'importe quelle autre
région ; mais elle n’est pas homaloidale,
puisqu'elle a un rayon de courbure
fini qui la caractérise, et qu’on ne
peut y tracer un triangle sphérique
semblable à un triangle donnè.
REMARQUE
On doit dire homaloïdal et non « ho-
moloïdal »:; cette forme contraire à
l’étymologie est souvent employée par
inadvertance, à cause des formes voi-
sines homologue, homogène, etc. Elle se
trouve deux fois dans BALDwIN à l’ar-
ticle Space, 565 et 566 A; mais elle
doit y être probablement considérée
comme une faute d'impression.
Rad. int. : Homaloid.
« HOMŒOMÉRIES » ou « Homéo-
méries ». G. t& éuotouepñ, Tà éuoroueph
qui a réellement eu lieu, qui n’est pas
imaginaire. Cf. ioropx&c dans le texte
d’Aristote cité à l’article Histoire*.
C. Mémorable, qui mérite d’être
peut ni le modifier délibérément, ni le
! comprendre et l’interpréter autrement
que par son étude historique. (P. ex.
SAVIGNY. Voir ANDLER, Les origines
selbst ; sie ist das Geschehen nicht minder wie die Geschichtserzählung!. » Hece:i,
Vorlesungen über die Philos. der Geschichte, Einleitung. (Werke, IX, 75.) — Texte
communiqué par le prof. Tônnies. Ce sont les sens B et C.
Histoire et préhistoire. — On pourrait plus exactement peut-être opposer l’his-
toire à la préhistoire en disant que la première suppose la possibilité d’une nar-
ration continue des faits, et que la seconde se caractérise par sa discontinuité.
(L. Brunschvicg.)
Sur Historisme. — Il ne faut pas proscrire le terme historisme, maïs il faut le
réserver uniquement à qualifier l’étude génétique du concret. Dans ce domaine,
et dans ce domaine seul, elle peut, st rien n’est omis, équivaloir à une explication.
(L. Boisse.)
— Si l’on admet que le devenir est, dans son fond, absolument intelligible et
logique, une histoire où rien ne serait omis serait sans doute en même temps
une explication ; ou plutôt elle se confondrait avec la réalité même. Mais cette
histoire intégrale est impossible : elle irait à l'infini. Et d’ailleurs, l’intelligibilité
radicale du devenir est elle-même mise en question. Voir ci-dessus les observations
de M. MENTRÉ sur le sens du mot Histoire, chez Cournot, et plus haut la critique
du mot Genèse. (A. L.)
1.« Le mot Geschichie réunit dans notre langue l'anpect objectif et l'aspect subjectif : il signifie aussi bien le récit
des événements que les événements eux-mêmes ; il ne s'applique pas moins à ce qui est arrivé (Geschehen) qu'au
récit de ce qui est arrivé ((eschichlserz@ lung). » Lepons sur la philosophie de l'histoire, Introduction.
let d’Euclide, et réciproquement.
Ce caractère doit être bien distingué
De
orotxetæ (ARISTOTE) ; postérieurement
œi dmorouéperat ; — L. Homæomeria (Lu-
Sur Homaloïdal* et homogène*. — « L'emploi du mot homogène par DELBŒUF
modifie sans doute le sens usuel de ce terme, ce qui constitue un inconvénient
@anifeste, mais ce qui arrive presque inévitablement quand un penseur d’idées
gtaiales cherche dans les mots usuels des expressions pour ses pensées... Le sens
qu’il attribue au terme homogène n’est d’ailleurs qu’une particularisation, tout à
fait conforme à l’étymologie, du sens consacré par l’usage en géométrie : il le
réserve aux espaces qui non seulement sont formés de parties identiques ou égales
œtre elles, de sorte qu’il est possible d’y déplacer une figure sans déformation
(se qu’il appelle espace isogène, d’un terme plus directement conforme à l’étymo-
ie) — mais qui sont formés de parties qui majorées ou minorées, c’est-à-dire
transformées en parties semblables à elles-mêmes, restent des parties de l’espace
considéré, Or, cette signification nous paraît bien distinguée de l’isogénéité par le
térme chomogène ». — Au contraire, l'expression « homaloïdal » signifie simplement
tu, plan. Or, quel est le géomètre non euclidien, qu’il se nomme Riemann ou
Lobatchevsky, qui ne revendiquera pas cette qualité pour son plan ou son
space ?… Nous ne saurions donc accepter le terme choisi par la Société de philo-
Sphie, non plus qu’adhérer au jugement porté sur l’usage fait par Delbœuf des
Mots isogène et homogène... Parfaitement claires à nos yeux, et comme il nous
Paralt résulter du résumé que nous venons d’en donner, ces définitions sont des
Plus satisfaisantes que nous connaissions, et nous continuerons de les adopter tant
Œu'on ne nous aura pas proposé un terme aussi expressif et qui n’ait pas l’inconvé-
Rent de déranger quelques habitudes. » Extraits d’une lettre de G. Lechalas,
à M. A. Lalande à la suite de la publication du fascicule du Bulletin
s
d'août 1907, où se trouvait la première rédaction de ces articles.
dièks.
HOMŒOMÉRIES
crÈCcE), au singulier, mais n’en dé-
signant pas moins, selon ZELLER, l’en-
semble des buerouepñ ototryeta. (Philo-
sophie des Grecs, trad. BourTroux, Il,
393.)
Dans le système philosophique d’A-
NAXAGORE, éléments matériels pre-
miers, qualitativement semblables aux
différents touts qu'ils formeront par
leur réunion, comme l'os, la chair, le
sang, etc. Ils sont primitivement mé-
langés en un chaos, d’où le vob les fait
sortir par une ségrégation graduelle.
Ce terme paraît n'avoir pas été
employé par Anaxagore lui-même, et
dater d’Aristote qui, d’ailleurs, em-
ploie dans d’autres circonstances le mot
duotouspñc. (ZELLER, Jbid., 393-394.)
Rad. int. : Homeomeri.
« HOMO faber » (l’homme fabrica-
teur). « Nous croyons qu’il est de l’es-
sence de l’homme de créer matérielle-
ment et moralement, de fabriquer des
choses et de se fabriquer lui-même.
Homo faber, telle est la définition que
nous proposons. » BERGSON, La pensée
et le mouvant, p. 105. Il l’oppose à
l'Homo sapiens « né de la réflexion de
PHomo faber sur sa fabrication » et à
l’'Homo loquax, « dont la pensée, quand
il pense, n’est qu’une réflexion sur sa
parole ». Jbid., 106. Cf. L'évolution
créatrice, p.151 et les chapitres « L’homo
faber », « l'homo religiosus », etc., dans
L. Brunscavice, De la connaissance
de soi.
REMARQUE
418
en
de Franklin, qui définissait l’homme
« a tool making animal », un anima] ui
fabrique des outils, et d'autre part
dans l’usage d’homo sapiens pour dés;
gner l’espèce humaine par un nom
composé analogue à celui des espèces
animales, Canis familiaris, Canis lupys
Canis vulpes, etc. '
Homo oeconomiecus, mot à mot .
l’homme économique. On entend par 4
l’homme, tel qu’il serait dans son
comportement, si ses actions n'étaient
déterminées que par ses intérêts éco.
nomiques, à l’exclusion de tout mobile
passionnel, moral, religieux, etc. —
Voir les observations sur Economie*
politique.
Homo sapiens est la première des
espèces du règne animal dans la classi-
fication de Linné. Voir Observations.
HOMOGÈNE, D. Homogen, Gleichar-
uig ; E Homogeneous ; I. Omogeneo.
Voir Hétérogène*.
A. Ce dont toutes les parties sont
identiques entre elles en nature et sans
aucune différence qualitative.
Se dit aussi de ces parties elies-
mêmes : « Toutes les unités qui com-
posent un nombre sont homogènes
entre elles. » S’applique en particulier,
et même au sens strict, s'applique ex-
clusivement à l'espace*, et au nombre*
cardinal en tant que formés d’éléments
rigoureusement semblables entre eux.
Un espace homogène est caractérisé
tenant à un même système logique,
en particulier d'éléments empruntés
jja division* d’un même genre. Exem-
s de formules non homogènes : « Un
nids de deux livres cent grammes ; —
psychologie comprend la théorie de
4 connaissance, l’activité et la sensi-
à ité, etc. »
si Ce Spécialement en mathématiques,
ae fonction f (x, y, z) est dite homo-
“ne s’il existe un nombre m, entier ou
tentait. tel que l’on ait, quels que
soient 2, y, 2, flkz, ky, kz) = km f
+: y, 2). L’exposant m est appelé dans
es cas le degré d'homegénéité de la
onction.
le REMARQUE
© Dersœur employait ce terme dans
en sens différent : « Un quantum est
Aomogène quand il se compose de par-
semblables. » — « Un quantum cst
jsogène, quand il se compose de parties
es », c’est-à-dire superposables.
{Prolégomènes philosoph. de la Géomé-
tie, Liége, 1860, p. 143.) Cet usage a
@é suivi par G. LécHaLas, mais ne
sest pas généralisé.
: Homogénéité (Loi d’).
À. En Locique : Une expression ver-
bale doit être homogène* au sens B ;
wne définition, en particulier, ne doit
HOMOLOGUE
jamais omettre les termes nécessaires
pour que le définissant soit du même
ordre que le défini. (Par ex. : « Le scep-
ticisme est la doctrine selon laquelle il
est impossible d’atteindre la vérité » et
non : « … l'impossibilité d'atteindre la
vérité »).
B. En GÉOMÉTRIE (et, en PHYSIQUE,
quand on établit une formule générale,
c'est-à-dire qui doit rester exacte quel
que soit le système d’unités employé),
cette formule doit être homogène* au
sens C, par rapport à chacune des
unités fondamentales (longueur, temps,
masse ou poids). Dans le cas contraire,
en effet, la validité de la formule dé-
pendrait de la valeur numérique des
grandeurs mesurées, et, par suite, du
choix des unités de mesure.
Rad. int. : Homogen.
HOMOLOGUE, D. Homolog ; E. Ho-
mologous ; 1. Omologo.
Sens général. Dans la relation unalo-
gique* À : B:: A’: B' entendue au sens
qualitatif aussi bien qu’au sens quanti-
tatif, A et A' sont dits homologues par
rapport à Bet B’. D’où, en particulier :
19 En mathématique, les parties cor-
respondantes de deux figures sembla-
bles ou, plus généralement, corrélatives
sont dites homologues.
20 En anatomie, les organes corres-
Sur Homogène et loi d’homogénéité. — Articles remaniés sur les indications de
par la possibilité d’y déplacer une
figure sans déformation.
B. Ce qui est formé d’éléments ap-
L'origine de cette expression se
trouve probablement dans l’expression
Sur Homo sapiens. — Cette expression, pour désigner l'espèce humaine,
apparaît dans la 10e édition du Systema naturae de Linné (1758). Mais, dès la
première, il inscrivait, dans la colonne réservée aux caractères distinctifs de
l'espèce : « Nosce te ipsum. » 11 justifie le mot sapiens par ce caractère conscient
de l’humanité, par la faculté de connaître en général : « Primus sapientiae gradus
est res ipsas nosse » (/bid., 10€ édition, I, 7), par celle de s'élever à la connaissant®
de Dieu, et par la possession du langage, auxquelles il ajouta ultérieurement là
volonté réfléchie : « Sapiens utique est qui fines respicit. » (13e éd., Introduction
I, 8.)
M. Winter. — « La distinction de Delbœuf se ramène au fond à la distinction
de l’homaloïdal (qu’il appelle homogène) et de l’homogène (qu’il appelle isogène). »
(F. Mentré.) — Avec cette différence, semble-t-il, que la possibilité d'admettre
des figures semblables n’est pas identique au fait d’être composé de parties sem-
ne Mais peut-être en effet ne faut-il voir là qu'une mauvaise expression.
A. L.)
Sur Homogénéité*. — Kanr, dans la Critique de la Raison pure, Appendice à la
Dialectique transcendentale, I : « Sur l’usage régulateur des idées de la Raison
Pure », et SCHOPENHAUER, citant Kanr au début de la Quadruple racine du principe
de raison suffisante, appellent loi ou principe d'homogénéité (Gesets, Princip der
Homogeneität) ce principe que la matière même de la connaissance est appropriée
à la recherche de l'unité rationnelle et permet de réunir les choses en espèces et
@ genres, non pas seulement pour notre commodité intellectuelle, mais confor-
ément à leur nature propre. Ils rapprochent ce principe de l’adage Entia non
#Unt multiplicanda præter necessitatem® et l’opposent aux principes de spécification
et de continuité, — Voir Spécification* et Parcimonie*.
HOMOLOGUE
42
nn
HONNÊTE (adj. ou substantif) sert
couramment, dans la langue philoso.
phique du xvi siècle, à rendre le latin
honestum, ce qui est moralement bon
ou honorable (du point de vue de Ja
morale naturelle ou philosophique, en
tant qu’on peut la distinguer de l’idée
chrétienne du devoir prescrit par Dieu
ou par l’Église). « Cette passion [la
jalousie] peut être juste et honnête en
quelques occasions. » DESCARTES, Trai-
té des Passions, 111, art. 98. Ce sens
s’est conservé jusqu’à nos jours dans
les ouvrages classiques « Le bien
moral prend différents noms selon les
rapports que l’on considère. Par exem-
ple, lorsqu'on a surtout pour objet
l’homme individuel, dans son rapport
avec lui-même, le bien devient ce
qu'on appelle proprement l’honnéte, et
a surtout pour objet la dignité person-
nelle. Par rapport aux autres hommes,
le bien prend le nom de juste, etc. »
Paul JANET, Traité élémentaire de phi-
losophie, 4€ édition, p. 628. Mais cette
expression est presque complètement
tombée en désuétude, sauf dans quel-
ques expressions traditionnelles, com-
me la distinction entre « l’utile et l’hon-
nête » (d’ailleurs souvent teintée, dans
la conscience sémantique de ceux qui
l’emploient, par la restriction courante
de l’idée d’honnéteté à celle de probité).
Sur honnête homme, honnête femme,
voir La RocHEroucAuLD, Mazximes,
202, 203, 205, 206.
pondants par leur situation relative-
ment à l’ensemble du corps et par leur
origine embryogénique sont dits homo-
logues (par ex. les ailes des oiseaux et
les membres antérieurs des mammi-
fères). On les oppose aux organes ana-
logues, c’est-à-dire qui remplissent la
même fonction, et présentent le même
aspect extérieur, sans avoir la même
origine ni les mêmes connexions.
CRITIQUE
Analogue est impropre dans cette
dernière opposition; il est probable
que l’affaiblissement de ce terme, de-
venu très usuel et très vague dans la
langue courante, a déterminé OWwEN à
l’employer avec ce sens, pour l’opposer
à homologue. Il semblerait bien meilleur
de dire, avec Ray LANKESTER, homo-
génétique et homoplastique. (Voir Bazp-
WIN, v° Homologous.)
Rad. int. : Homolog.
HOMONYMIE, G. ‘Ouwvvuuix, désigne
chez ARISTOTE le caractère d’un mot
qui a plusieurs significations, soit qu’il
s'agisse de sens nettement disparates,
p. ex. «els, clef de porte ou clavicule ;
—- soit qu'il s’agisse d’acceptions diffé-
rentes, mais voisines, qui prêtent à
léquivoque et au sophisme, p. ex.
Stxaroouvn, qui se dit du droit positif
ou de l'équité, de la justice distributive
ou de la justice réparatrice. Éthique à
Nicomaque, V. 2 ; notamment 1129227.
Le premier de ces sens s’est seul
conservé en français dans les mots
Homonyme et Homonymie. Le second
se trouve encore chez Berkeley (par
ex. Common-place book, 34). Il est
actuellement remplacé par Équivoque*.
HORMÉ ou HORMIQUE, (S).
« HUMANISME, E. Humanism. » —
(Ce mot ne figure ni dans LiTrré, 1
dans k Dictionnaire de l'Académie,
7e édition) Voir au Supplément.
Sur Homologue. — Étienne GEorrroy SAINT-HILAIRE entend par théorie des
analogues ce que les savants d’aujourd’hui appellent théorie des homologues. —
Analogie a pour lui un sens très nettement défini, puisque d’après le « principe
des connexions » l’analogie ne doit être déterminée ni par la fonction ni par la
forme, mais seulement par les connexions : « Un organe est plutôt transformé
ou anéanti que transposé. » (E. Goblot.)
Mouvement d'esprit représenté
les « humanistes » de la Renais-
ce (PÉTRARQUE, POGG10, LAURENT
LLA, ÉRASME, BUDÉ, Ulrich DE
srTEn) et caractérisé par un effort
relever la dignité de l’esprit hu-
n et le mettre en valeur, en re-
ant, par-dessus le moyen âge et la
slastique, la culture moderne à la
ture antique. « L’humanisme n’est
dé que le goût de l’antiquité, il en est
biculte ; culte poussé si loin qu’il ne
HUMANISME
que l’homme qui connaît les antiques
et s’en inspire; il est celui qui est
tellement fasciné par leur prestige qu'il
les copie, les imite, les répète, adopte
leurs modèles et leurs modes, leurs
exemples et leurs dieux, leur esprit et
leur langue. — Un pareil mouvement,
poussé à ses extrémités logiques ne ten-
dait à rien de moins qu’à supprimer le
phénomène chrétien. » Philippe Mon-
NIER, Le Quattrocento, livre II, chap. 1:
« L’humanisme », p. 124.
dé borne pas à adorer, qu’il s'efforce de
B. Nom donné par F. C. S. Scuis-
ne Et l’humaniste n’est pas
LER, d'Oxford, à la doctrine qu’il a
+—
il
#s Sur Humanisme. — La première proposition par laquelle on définit ici l’huma-
aisme, d’après F. C. S. Schiller, n'est-elle pas identique au principe de Peirce,
pté par James comme base du pragmatisme? (F. Mentré.) — Pas absolument.
o rincipe de Peirce est ainsi conçu : « Consider what effects, that might concei-
Sly have practical bearings, you conceive the object of your conception to have:
#n your conception of those effects is the whole of your conception of the object. »
How make our ideas clear, p. 287. Voir Pragmatisme*. Cette règle implique sans
&bute que la vérité ou la fausseté d’une proposition doit être jugée par les effets
qui résultent de son application, et l’auteur lui-même a écrit à M. F. C.S. Schiller
fil avait compris dès le début combien étaient étendues les conséquences de sa
dinition (Studies in Humnanism, p. 5). Mais il ne s’agit aucunement chez lui des
Besoins organiques ou sentimentaux, et moins encore d'intérêts individuels se
ayant consciemment une croyance utile. Rien n’est plus contraire à ses intentions.
proprement parler, sa formule ne concerne que la question de savoir quel est
à contenu réel de notre pensée, « comment rendre nos idées claires », et comment
Guper court aux discussions et aux subtilités verbales trop fréquentes en
Philosophie.
”,L'humanisme au sens B est très différent de l’'humanisme au sens C, comrne
l'a fait remarquer F. C. S. Scicrer dans un article (posthume), Humanisms and
Humanism, publié dans The Personalist, revue éditée par la « School of Philo-
wphy » de l'Université de Los Angeles, octobre 1937. Mon humanisme, dit-il,
Re concerne que la logique et la théorie de la connaissance. Il s'oppose à l’absolu-
me et au naturalisme, non au théisme. Son caractère personnaliste le rend
me, par nature, favorable à la croyance en Dieu. — Il note également, dans
tet article, l'usage fait du mot Aumanisme par des défenseurs de l’idée d’Absolu :
18. MacrENZIE, Lectures on Humanism (1920), Lord HaLbanE, The philosophy
% Humanism (1922), et divers autres usages du même mot. (A. L.)
— Plusieurs écrivains ont adopté récemment ce terme, de façon indépendante,
désigner leur propre point de vue : 1° Dans L’Expérience humaine et la
Causalité physique (1922), M. Brunschvicg applique ce mot à l’attitude dont il
voit l’initiateur en Socrate et qui consiste à ramener l’homme « à la conscience
Sa juridiction propre, sans laisser les questions qu'il peut traiter effectivement,
80n action spécifiquement humaine, se perdre dans un Grdre de problèmes
qques il n’apportera que la solution illusoire d’un discours imaginaire. »
+ 576-577.) Dans l’ordre spéculatif, l'humanisme, qui se traduit par « l’idéalisme
HUMANISME
exposée dans ses ouvrages (notamment
Humanism, philosophical Essays, Lon-
dres, 1903; Studies in Humanism,
Londres, 1907), et qu’il rattache à la
maxime de Protagoras : « L'homme est
la mesure de toutes choses. » Ses thèses
principales sont les suivantes : Une
proposition est vraie ou fausse selon
que ses conséquences ont ou n’ont pas
de valeur pratique ; la vérité ou la
fausseté dépendent donc de ce à quoi
l'on tend : toute la vie mentale suppose
des buts fall mental life is purposive).
Mais ces buts ne pouvant être, pour
nous, que ceux de l’être que nous
sommes, il s'ensuit que toute connais-
sance est subordonnée en définitive à
la nature humaine et à ses besoins
fondamentaux. « Humanism is merely
the perception that the philosophie
problem concerns human beings stri-
ving to comprehend a world of human
experience by the resources of human
1%
as
mind'. » (Pragmatism and humanis
dans Studies in humanism, p. 12.) 1] .'
distingue du pragmatisme*, selon Pau.
teur : 1° en ce qu’il est plus large : Cr
il dégage l’esprit directeur de celui-ci
pour l’appliquer non seulement à j
logique, mais à l'éthique, l’esthétique
la métaphysique, la théologie, ete
(Ibid., p. 16); 2° en ce qu’il tien
compte, notamment, en métaphysique |
de la variété des besoins individuels.
par suite, il rejette d’une part tout
absolu métaphysique, et il justifie de
l’autre l'existence d'autant de méta.
physiques différentes qu'il y a de tem.
péraments.
Sans se servir du terme humanisme,
Le DanrTec avait exprimé la même
1. « L'humanisme est simplement le fait de se rendre
compte que le problème philosophique concerne des
êtres humains s'efforçant de comprendre un monde :
d'expérience humaine avec les ressources de l'esprit
humain. »
critique », prend pour objet « l’action spécifiquement humaine du savoir » et
« demande à l’homme d’en prendre conscience », en lui interdisant de dépasser
l'horizon effectivement parcouru par la connaissance (p. 610). M. Brunschvicg
oppose l’humanisme ainsi compris tant au naturalisme qu’à l’anthropomorphisme ;
il cherche à montrer que cette conception est indemne de toute tendance subjec-
tiviste, à la différence du sociologisme et du pragmatisme. Le même terme se
trouve repris avec la même acception dans Le Progrès de la conscience dans la
philosophie occidentale (1927), t. II, p. 703 et 801 (renvoyant à 696}.
20 M. Walter Lippmann, dans À Preface to Morals (1929), expose une morale
qu’il présente comme celle de l « humanisme » opposé au théisme : il entend par
là que des hommes ne croyant plus à un roi céleste « must find the tests of righ-
teousness wholly within human experience! » : « they must live... in the belief
that the duty of man is not to make his will conform to the will of God, but
to the surest knowledge of the condition of human happiness? » (p. 137). De
ce point de vue, il fait place à une «religion de l'esprit », apparentée au spinozisme,
et qu'il oppose à la religion d’un Dieu-roi. |
3° Il faudrait encore signaler l'emploi fait de ce mot par des auteurs américains
comme I. Babbitt, P. E. More, W. C. Brownell, qui se font, à l’encontre des
tendances prévalentes dans l’enseignement de leur pays, les défenseurs d’une
sorte de classicisme rationnel. Cf. L. MERCIER, Le mouvement humaniste au
États-Unis (1929)5,
4° Mentionnons enfin que M. Andler a intitulé L'Humanisme travailliste (1 927)
La«...sont dans la nécessité de trouver entièrement dans l'expérience hurnaine les critères du bien ». — 2 ù
faut qu'ils vivent. dans la croyance que k devoir de l'homme est de rendre sa volonté conforme, non pas ot
volonté de Dieu, mais à la meilleure connaissance des conditions du bonheur humain. » — 3. I} s'agit ici de l'ashe
seulement littéraire et universitaire de la doctrine analysée dans l'article ci-dessus à la lettre D. Voir le livre cité d
M. Christian RICHARD.
HUMANISME
ine dans les formules suivantes :
science est une série de constata-
s faites à l’échelle humaine ; toutes
hypothèses que nous ferons n’ont
Sr but que d’unifier notre langage
ous permettant de parler plus clai-
sent des choses, de préparer des
nériences utiles : une hypothèse se
Léra à Sa fécondité. » (Les lois natu-
bs. Introduction, p. x.) « La logique
Æà partie du mécanisme humain au
âme titre que les bras ou les jambes. »
Mid. X11.) « Ce que l’homme connaît,
M.sont seulement les rapports des
doses avec l’homme ; ce que nous ap-
ns les choses, ce sont les éléments
dia description humaine du monde. »
d , XIV.)
€ Doctrine d’après laquelle l’hom-
æs, au point de vue moral, doit s’atta-
der exclusivement à ce qui est d’ordre
$emain. « L’humanisme désigne une
économique, éthique), fondé sur la
croyance au salut de l’homme par les
seules forces humaines. Croyance qui
s’oppose rigoureusement au christia-
nisme, s’il est avant tout la croyance
au salut de l’homme par la seule force
de Dieu, et par la foi. » De Roucr-
MONT, Politique de la personne, 125. On
dit quelquefois en ce sens, pour éviter
les équivoques, pur humanisme : « En
répétant à l’homme qu’il n’est qu’hom-
me, en supprimant cette dénivellation
stimulante qui doit opposer l'idéal d’un
moi supérieur au moi naturel, en refu-
sant d'élever avec Dieu l'infini au-
dessus de toute réalisation déterminée,
lPhumanisme exclusif détend les res-
sorts de la moralité... L’humanisme
pur tombera toujours dans le natura-
lisme. » R. LE SENNE, Obstacle et
valeur, 258-259.
D. En un sens presque exactement
| contraire au précédent, doctrine qui
gception générale de la vie (politique,
SL ———— ———————
#2 recueil d'essais où il esquisse le programme d’un « haut enseignement ouvrier ».
de ne sais si l’on en pourrait rapprocher The New Humanism (1930) de M. L. Sam-
sm, un livre où se trouve exprimé, au dire de M. Schiller, « the intellectual outlook
ef:a highly class-conscious modern communist! » (Mind, avril 1931, p. 256).
.… I'est probable que des exemples de ce genre pourraient être multipliés. Le
terme d’humanisme connaît actuellement un regain de faveur qui ne doit pas être
gans raison. Les emplois indépendants qui en ont été faits ne sont pas absolument
hétérogènes. Le sens (1) est tout proche du sens (2) par l'inspiration générale, et
a'en diffère que par le domaine d'application ; il n’est pas non plus sans parenté
avec le sens B, malgré des différences assez manifestes et la mauvaise opinion
que M. Brunschvicg semble avoir du pragmatisme. Le sens (3) pourrait sans doute
être rapproché du sens traditionnel A. Même les deux sens fondamentaux ne sont
pas entièrement étrangers l’un à l’autre, ni sans rapport avec les applications
Rouvelles du type (4). Cette existence d’un fond commun aux acceptions du mot
SA apparence disparates me paraît bien se dégager en particulier du programme
ceux des Entretiens d’Été de Pontigny qui ont été consacrés à l’humanisme
Uxe année, 1926, 3° décade; X° année, 1927, 3° décade). L’on ne saurait sans
doute trouver une définition plus compréhensive de l’humanisme que celle-ci : « un
nthropocentrisme réfléchi qui, partant de la connaissance de l’homme, a pour
objet la mise en valeur de l'homme ; — exclusion faite de ce qui l'aliëne de lui-
même, soit en l’assujettissant à des vérités et à des puissances supra-humaines,
#it en le défigurant par quelque utilisation infra-humaine » (X® année, p. 26).
L'on aperçoit aisément que cette tendance fondamentale peut conduire à des
trines assez différentes, non seulement selon le domaine où elle s’applique
(esthétique, moral, épistémologique, pédagogique), mais encore suivant que
on
L« Les vues intellectuelles d'un communiste moderne ayant une conscience de classe hautement développée. »
DO.
HUMANISME
met l’accent sur l'opposition, dans
l’homme, entre les fins de sa nature
proprement humaine (art, sciences,
morale, religion) et les fins de sa nature
animale, entre la « volonté supérieure »
(higher will, Irving BaggiTr) et la
« volonté inférieure » (lower will). Voir
L. MERCIER, Le mouvement humaniste
aux États-Unis (1929): Christian Ri-
CHARD, Le mouvement humaniste en
Amérique et les courants de pensée simi-
laires en France (1934).
CRITIQUE
Il est inutile d’insister sur l’ambi-
guité de ce terme, même réduit à ses
sens principaux. Voir aux Observa-
tions d’autres sens encore relevés par
E. Leroux.
Rad. int. : Humanism.
HUMANITÉ, D. A. Menschheit, Men-
schlichkeit ; B. Menschlichkeit, Men-
schentum; C. Menschheit; D. Men-
schlichkeit, Menschenliebe, Humanität ;
— E. A. B. Humanity ; C. Mankind,
Humanity; D. Humanity, Humane-
ness ; — [I Umanità.
A. Ensemble des caractères com-
__ 1%
ns
muns à tous les hommes, y Compris ]
vie, l’animalité, etc. « Humanitas com.
prehendit in se ea quæ caduntin défini
tione hominis. » (S. THomas D’AQui
Somme théol., 1, 3, 3 c.)
B. Ensemble des caractères consti.
tuant la différence spécifique de l'es.
pèce humaine par rapport aux espèces
voisines.
« Le type fondamental de l’évolution
humaine, aussi bien individuelle que
collective, y est en effet scientifique.
ment représenté [dans la sociologie
positive] comme consistant toujours
dans l’ascendant croissant de notre
humanité sur notre animalité, d’après
la double suprématie de l'intelligence
sur les penchants et de l'instinct sym-.
pathique sur l'instinct personnel. ;
(Aug. Core, Cours de philosophie posi.
tive, 59e leçon, ad finem, 4° édition,
VI, 721.)
C. Ensemble des hommes, considéré,
quelquefois, notamment par Aug. Cow-
TE, comme constituant un être collec-
tif. « La philosophie générale qui en
résulte [des études positives] repré.
sente l’homme, ou plutôt l'Humanité,
comme le premier des êtres connus. »
N
:
ours sur l'esprit positif, $ 64.) Par-
à aussi, il donne à ce mot une exten-
plus restreinte et n’admet à faire
je de l’humanité ainsi comprise
les hommes qui ont efficacement
tribué au développement normal
qualités proprement humaines.
nt en ce sens qu’il appelle l’'Huma-
à: le Grand-Ëtre. (Voir LÉvy-BRUHL,
prune d'Auguste Comte, pa-
389-391.)
#D. Pitié, sympathie spontanée de
tomme pour ses semblables. « Über
d vermeintes Recht aus Menschen-
fèbe zu lügen [D'un prétendu droit de
entir par humanité]. » (KanT, 1795.
ad. fr. de Barni en appendice à la
rine de la vertu.)
£. Par opposition soit au racisme,
mit aux doctrines totalitaires, doctrine
mi fait de l'humanité (du caractère |
ain, complètement réalisé) la fin
morale et politique par excellence. Voir
Kanur, Fondements de la Métaphysique
den mœurs, 2 section; Aug. COMTE,
Cours, 52€ leçon. Dans un sens très
voisin, la doctrine qui est à la base de
la Déclaration des Droits de l’homme.
. Individualisme,* D. et voir Obser-
o&ions.
! menschlichen Wesen gezogen
| TERSLEBEN,
HYLARCHIQUE
Hervorhebung der Schranken die dem
sind ;
oder schärfer, mit Hervorhebung des
! Gebrechlichen, Schwachen der Men-
schennatur!. » (Grimm, Deutsches Wür-
terbuch, vo, VI, 2088.)
Rad. int. : À. Homar ; B, C. Homes;
D. Humanes.
HYGIÈNE de l'âme, D. Diätetik
der Seele ; Psychotherapie ; E. Mental-
healing ; Mind-Cure ; |. Igiene dell'ani-
ma, Psicoterapia (rares).
C’est sous ce titre qu’a été traduit
en français, par le D' ScHLESINGER-
Rauier, en 1858, l'ouvrage de FEUcH-
Zur Diätetik der Seele
(1839). Il a pour objet « la science de
; mettre en usage le pouvoir que possède
lPâme de maintenir par son action la
santé du corps ».
HYLARCHIQUE (du G. üar, Soyetv);
E. Hylarchic, Hylarchical.
Qui gouverne la matière. Terme créé
probablement par Henri More, qui
parle de principe hylarchique, d'esprit
hylarchique, etc. « Feu M. Henri Morus,
théologien de l’Église anglicane, tout
habile homme qu'il était, se montrait
un peu trop facile à forger des hypo-
l « anthropocentrisme » est simplement adopté comme méthode ou bien érigé en
système, et que l’ « exclusion » du supra-humain est tenue soit pour provisoire,
soit pour définitive. » (E. Leroux.)
Dans la séance de la Société du 1°r février 1936, M. Max Hermant a défendu
sous le nom d'Humanisme social, la doctrine qui revendique, contre les conceptions
totalitaires de l’État, le droit des personnes humaines à être traitées comme des
fins en soi, et qui nie que l’on puisse organiser et gouverner les nations suivant
des lois sociologiques analogues aux lois scientifiques suivant lesquelles on peut
gouverner et utiliser les phénomènes matériels ou même, dans une certaine
mesure, biologiques. Voir Bulletin de la Société française de Philosophie, 1936,
p. 1 à 40. On dit plus généralement en ce sens Personnalisme*.
Sur Humanité. — Équivalents allemands : Le mot Humanität, qui avait été
omis dans la première rédaction du vocabulaire, est très usuel en Allemagne &
sens C (ptaxvôpunix), surtout depuis Herder. — Menschlichkeit est rare au sen$
péjoratif, bien que mentionné dans le dictionnaire de Grimm ; mais Menschlich est
fréquent. Cf. le titre de l'ouvrage de Nietzsche : Menschliches, Allzumenschliches
(Humain, bien trop humain). — (Communiqué par F. Tônnies.)
— Il me semble qu'il n’y a pas de différence essentielle entre les sens A et B.
Le sens B consiste à ne retenir du sens À que ce qui est spécifique et, par suite
utile. (J. Lachelier.) — A et B vont ensemble. Les caractères qui constituent là
REMARQUE
thèses qui n'étaient point intelligibles
ni apparentes : témoin son principe
| hylarchique de la matière, cause de la
Je ne trouve pas chez les philosophes :
français le mot humanité employé en
ws sens dépréciatif (d’origine théolo-
que ?) qui semble n'être pas rare
chez les écrivains allemands : « Men- |
shlichkeir, menschlicher Zustand, mit
—
1. « Humanité, condition humaine, en mettant en
relief les bornes imposées à la nature de l’homme, ou,
dans un sens encore plus fort, ce qu’il v a de corrompu,
ou de faible dans celle-ci. »
définition de l’homme, pour saint Thomas, embrassent le genre prochain et la
différence spécifique. (F. Mentré.)
, Le rapport étroit des deux sens n’est pas douteux, ainsi que la façon dont se
fait le Passage de l’un à l’autre. Il y a lieu cependant de distinguer nettement le
Caractère total et la différence spécifique. Si l’on dit que le devoir de l’homme
est de développer « son humanité », on peut entendre par là soit développer
ie les fonctions humaines, soit développer seulement ce qui est le propre de
Mme, même en sacrifiant ou en laissant s’atrophier les désirs, les instincts,
fonctions qui lui sont communes avec les animaux. Il y a donc là véritablement
double sens, et qui peut engendrer une grave équivoque. Cf. Aristote, Morale
lcomaque, X, 7 : « Où xpn 8è xara Tobùç rapatvobvtac avôponivx ppoveiv, évôpo-
y Évra … LAXX Cu xar vd xpériarov rüv Ev «br. » (1177031-34). (A. L.)
nu.
HYLARCHIQUE
pesanteur, du ressort et autres mer-
veilles qui s’y rencontrent. » LEIBNIZ,
Nouveaux Essais, III, x, 14. — BER-
KELEY cite et écarte aussi le principe
hylarchique dans ses Dialogues entre
Hylas et Philonoüs, 111, ad finem, où
il le rapproche des formes substan-
tielles, de la nature plastique, etc.
(Vol. I, p. 479). Cf. Médiateur*.
HYLÉ ou HYLÉTIQUE, (S).
HYLÉMORPHISME (du G. üan,
uocph), D. Hylemorphismus; E. Hyle-
morphism ; 1. Ilemorfismo.
Doctrine qui explique les êtres, selon
la conception d’Aristote et des Scolas-
tiques, par le jeu de la matière* et de
la forme*. Voir ces mots.
HYLOZOÏSME, D. Hylozoismus ; E.
Hylozoism ; 1. Ilozoismo.
Doctrine philosophique d’après la-
quelle toute matière (5An) est vivante
(C&ov), soit en elle-même, soit en tant
qu’elle participe à l’action d’une âme
du monde. (KanT, Critique du jugement,
11, $ 72.) Ce terme se rencontre pour
la première fois chez CunworTH (voir
R. Eucken, Geschichte der philosophi-
schen Terminologie, p.94). Il est souvent
appliqué à la physique stoïcienne.
Rad. int. : Hilozoism.
HYPER... Préfixe employé librement
en composition, dans la langue philo-
sophique et psychologique contempo-
raine, sans doute à l’imitation de l’u-
sage qui en est fait en médecine. On le
joint non seulement à des mots de ra-
cine grecque, mais à des mots d'origine
latine. Il désigne le plus souvent ce qui
est au-dessus de la normale (hyperes-
thésie*, hypermnésie* ; on trouve de
même hyperacousie, hyperosmie, etc.) ;
— mais on l’emploie aussi pour mar-
quer ce qui est au delà, ou en dehors
d’une certaine forme, tout en conser-
vant des caractères importants de
celle-ci fhyperespace*, hyperorganique*,
hypergéométrique) ; et au sens péjora-
tif, pour souligner un excès fhyper-
critique, hypertrophie du moi).
| caractères
HYPERBOLIQUE
CARTES.
Nom donné par DESCARTES au doute
méthodique radical dont les raisons
sont exposées dans la Première médir,.
tion ; il entend par là que ce doute est
poussé à l’extrême, qu’il n’est que théo.
rique et provisoire. « Ibi tantum age.
batur de summa illa dubitatione quam
saepe metaphysicam, hyper bolicam
atque ad usum vitae nullo modo trans’
ferendam esse inculcavi. » Rép. aux
VIIe8 Obj. Ad. et Tann., VII, 460.
Cf. 6e Méditation, dernier $, et Prin.
cipes, 1, 30.
(Doute), Des.
Hyperendophasie, voir Endophasie* et
Hallucination psychique, dans le Sup.
plément à la fin du présent ouvrage.
HYPERESPACE, D...;, E. Hyper
space ; 1. Iperspazio. Espace à plus de
trois dimensions. (Voir Espace* et Eu-
clidien*.)
HYPERESTHÉSIE, D. Hyperästhe-
sie ; E. Hyperaestesia ; 1. Iperestesia.
Augmentation anormale de la « sen-
sibilité », soit au sens affectif, soit au
sens perceptif de ce mot.
Rad. int. : Hiperestezi.
HYPERMNÉSIE, D. Hypermnesie ;
E. Hypermnaesia ; 1. Ipermnesia. —
Opposé à Amnésie*.
État dans lequel des souvenirs qui
devraient être normalement effacés re-
paraissent avec force et en abondance.
Ce terme est très usuel; voir notam-
. ment RiBOT, Les maladies de la mé-
; moire, Ch. 1v :
« Les exaltations de la
mémoire, ou hypermnésies », qui à
beaucoup contribué à faire entrer Ce
mot dans le langage courant.
HYPERORGANIQUE, D... ; E. Hy
perorganical ; |. I perorganico.
A. Supérieur à l’organisme, et d’un
autre nature. Se dit en ce sens de l’es-
prit, considéré comme présentant des
irréductibles à ceux du
corps. Fréquent en ce sens chez MAINË
DE BIRAN.
426
de, Supérieur, en étendue, aux orga-
nes les plus élevés que nous pou-
4 apercevoir intuitivement comme
touts, mais de même nature qu'eux,
moins par ses caractères généraux.
germe est appliqué, en ce sens, à la
gté et aux fonctions sociales.
yperorganisme se dit aussi, mais ce
Mine est plus rare.
had. int. : Superorganism.
fgypnagogique, voir Hallucination*.
a
HYPNOSE, D. Hypnose ; E. Hypno-
D; I. Zpnosi.
réunit sous ce nom différents
its à la fois somatiques et psycholo-
ües, analogues au somnambulisme
patané, et dont les caractères com-
gns les plus généralement reconnus
a: un développement des phéno-
s automatiques, une très grande
mggestibilité, une altération des condi-
dis normales de la mémoire, de la
pèssonnalité, et quelquefois de la per-
cption ; et, dans le cas où cet état est
ptaduit par l’action d’une autre per-
sane, une dépendance spéciale à
Figard de l’hypnotiseur. La catalepsie*
at considérée comme une des formes
de l'hypnose.
HYPOSTASE
Hypnotisme se dit dans un sens plus
général et plus vague pour désigner
l’ensemble des phénomènes qui se rat-
tachent à l’hypnose, les procédés opé-
ratoires qui la produisent, les applica-
tions thérapeutiques et autres dont elle
est susceptible, etc.
Rad. int. : Hipnot.
HYPO..., préfixe employé en compo-
sition (dans les mêmes conditions
qu’hyper*...) pour désigner ce qui est
au-dessous de la normale, ou ce qui se
présente à un faible degré.
HYPOSTASE, D. Hypostase ; E. Hy-
postasis ; 1. Ipostasi.
Du G. üréatrac, support, fondement.
— Ce mot a été surtout introduit dans
la langue technique de la philosophie
par PLorix et par les écrivains chré-
tiens de son époque, qui l’appliquent
aux trois personnes divines en tant
qu’on les considère comme substan-
tiellement distinctes.
En L. substantia (qui en est la trans-
cription) et, dans le L. scolastique,
hypostasis, qui garde surtout le sens
d'individu et spécialement de personne
morale : « Individuae substantiae ha-
bent aliquod speciale nomen prae aliis ;
dicuntur enim hypostases vel primae
Sur Hypostase. — Historique. — Ce mot se rencontre chez Aristote, mais il n’y a
B& de sens technique : il y signifie sédiment, dépôt. Le plus ancien exemple que
nus possédions de ce terme, pris au sens philosophique, se trouve dans l’Épitre
Hébreux, 1, 3, où le Fils de Dieu est appelé xapoxths ts drootioews de son
re. Mais il est probable cependant qu'il a été d’un usage plus répandu que cet
Unique exemple ne le ferait croire ; il est difficile, en effet, de ne pas supposer
4 est l’origine de l'emploi qu'ont fait les philosophes latins du mot substantia
Par traduire oùatx, équivalence qui nous est attestée par SÉNÈQUE (Epist. 113,
) et QuiNTILIEN (/nst. Orat., 111, 6, $ 9 et IX, 1, $ 8). (C. C. J. Webb.)
— Dans le rept xéouov, ouvrage probablement stoïcien qui date à peu près du
mmencement de l’ère chrétienne, xx0°” brédtamv est opposé à xat’ Éupxotv pour
er les phénomènes célestes qui ont une réalité matérielle (par exemple la
, les étoiles filantes) par opposition à ceux qui ne sont qu’une image (par
eple l’arc-en-ciel}. ILepè xécuou, 395230 (dans l'édition de Berlin des œuvres
‘Aristote, à qui ce traité a été autrefois attribué).
le
— Le second sens n’est pas réellement distinct du premier
tort de prendre pour une substance ce qui n’en est pas une. — Quant au verbe
: on a seulement
tasier, il me paraît bien malheureusement formé. (J. Lachelier.)
dé
HYPOSTASE
substantiae. » (S. THomas D’AQUIN,
Somme théol., 1, 29, 1 c.) « Hypostasis…
ex usu loquendi habet quod sumatur
pro individuo rationalis naturae, ra-
tione suae excellentiae. » (Jbid., 2,
ad. 1. Voir SCHUTZ, Thomas Lexicon,
vo, 361.)
A. Substance, considérée comme une
réalité ontologique.
B. (Péjoratif). Entité* fictive, abs-
traction faussement considérée comme
une réalité. — Ce sens est surtout usuel
pour le verbe hypostasier (—= transfor-
mer une relation logique en une subs-
tance, au sens ontologique de ce mot) ;
et même, plus généralement, donner à
tort une réalité absolue à ce qui n’est
que relatif : « La tentation devait être
grande... d’hypostasier cette espérance
ou plutôt cet élan de la nouvelle
science, et de convertir une règle de
méthode en loi fondamentale des cho-
ses. » H. BErGsoN, L'évolution créa-
trice, 376.
Rad. int. : À. Hipostaz.
428
HYPOTHÈSE, G. ‘Yrébeaic; L. Hy.
pothesis ; D. Hypothese; E. Hypore.
sis ; I. Ipotesi.
Essentiellement, ce qui est ou £
qu’on met à la base de quelque cons.
truction : « ‘H +üv vépov dréBecte, le
principe des lois. » (PLATON, Lo,
743 C.) D'où, en particulier : |
À. En mathématiques, ce que l'on
prend comme données d’un problème
ou comme énonciations d’où l’on part
pour démontrer un théorème. Pr
exemple : « Le côté AB est égal au
côté AC par hypothèse. »
B. Proposition reçue, sans égard àla
question de savoir si elle est vraie ou
fausse, mais seulement à titre de prin.
cipe tel qu’on en pourrait déduire un
ensemble donné de propositions. « Afin
que chacun soit libre d’en penser
qu'il lui plaira, je désire que ce que
j'écrirai soit seulement pris pour une
hypothèse, laquelle est peut-être fort
éloignée de la vérité , mais encore que
cela fût, je croirais avoir beaucoup fait
toutes les choses qui en sont dé-
ites sont entièrement conformes aux
npériences. » (DESCARTES, Principes,
1, 44.) Cf. Jbid., 45 : « Que même
supposerai ici quelques-unes que
% crois fausses », et 47 : « Que leur
bsseté n'empêche point que ce qui en
La déduit ne soit vrai. »
C'est contre cette méthode que pro-
NEwTon dans le texte suivant,
Suvent pris en un faux sens : « Ratio-
sm vero harum gravitatis proprieta-
gm €X phaenomenis nondum potui
d&ducere, et hypotheses non fingo.
Quicquid enim ex phenomenis non
ucitur, hypothesis vocanda est ; et
otheses seu metaphysicae, seu phy-
gène, seu qualitatum occultarum, seu
æechanicae in philosophia experimen-
fali locum non habent. » Il les oppose
aux verae causae. (Philosophiae natu-
mlis principia mathematica, 1' édi-
ton, ad finem.)
.-C. Conjecture douteuse, mais vrai-
smblable, par laquelle l'imagination
CR
HYPOTHÈSE
anticipe sur la connaissance, et qui est
destinée à être ultérieurement vérifiée,
soit par une observation directe, soit
par l’accord de toutes ses conséquences
avec l'observation. (Voir Auguste Com-
TE, Cours de philosophie positive, le-
çon 28 : « Théorie fondamentale des
hypothèses. ») — « Le sentiment en-
gendre l’idée ou l'hypothèse expéri-
mentale, c’est-à-dire l'interprétation
anticipée des phénomènes de la na-
ture. » (Claude BERNARD, Introduction
à la médecine expérimentale, 1r° partie,
chap. u, $ 2.)
On peut voir le passage du sens B
au sens C dans DESCARTES, Principes
de la philosophie, IV, 204-206.
CRITIQUE
Ce dernier sens est tellement usuel,
dans la philosophie et dans le langage
courant, qu'il paraît nécessaire de le
retenir, au sens B, le mot principe
fournit d’ailleurs déjà une très bonne
Sur Hypothèse. — Historique. — Outre le sens général signalé plus haut,
PLaTon désigne par les mots ürotifeoat, et &E broftoewc oxoneïoBar la méthode
« des géomètres » qui consiste, étant donnée une propriété d’une figure qui ne
peut pas être directement démontrée, à en chercher une autre d’où la première
résulterait et à voir ensuite si cette Ür66eouc elle-même est vraie, c’est-à-dire si elle
résulte de la définition ou des propriétés déjà connues de la figure considérée.
(Ménon, XXII, 86 A sqq.) (A. L.)
— Chez ARISTOTE, le ouAAoyioudc Ë droféoenc est le raisonnement qui repose
sur cette assomption :
A est prouvé, B est conclu #£ üroBéoeuwc. — Cf. &vayxaïov £E broécewsc : par exemple,
il est nécessaire, si l'on doit bâtir un mur, que les matériaux les plus lourds soient
placés au-dessous des plus légers. (C. C. J. Webb.)
Sur la Critique. — Je ne vois pas de différence bien profonde entre le sens B et
le sens C. Peut-être peut-on distinguer les hypothèses qui consistent à admettre
des agents ou des actions dont l'existence ne pourra jamais être directement
constatée, hypothèses destinées par conséquent à rester toujours hypothèses, et
à ne se justifier que par l’accord des faits avec elles — et les hypothèses consistant
anticiper seulement sur l'expérience et à ne supposer que ce qui pourra un jou’
être constaté ; — et encore, où est la limite entre les deux, et comment distinguef
ce qui pourra être un jour perçu de ce qui ne pourra jamais l’être ? (J. Lacheller.)
Cette objection est certainement fondée : Auguste Comte, qui a souvel
déclaré certaines hypothèses invérifiables et par conséquent inutiles à faire, a êté
plus d’une fois démenti par l'expérience dans ces prévisions et ces prohibitions. La
distinction entre hypothèses vérifiables et non vérifiables par constatation directe
si À est vrai, B doit être admis en conséquence. Si donc ,
est donc mauvaise. Mais celle qui existe entre le sens B et le sens C est assez
différente : tantôt l'hypothèse est tenue pour un pur instrument de classification
Hgique, tantôt pour une méthode de découverte de la vérité, et même de la réalité.
Ée premier sens a surtout une valeur historique ; il explique cette formule de la
condamnation de Galilée « quamvis hypothetice a se illam (opinionem) proponi
smularet » (voir Descartes, Lettre à Mersenne, 10 janvier 1634) ; il répond à
ue conception surtout mathématique de la science. On en peut cependant
teuver encore l’application chez certains physiciens contemporains (voir p. ex.
Dünem, La Théorie physique, son objet et sa structure). Entre cette signification,
et celle qu'adopte Claude Bernard, il y a la différence de deux théories épisté-
mologiques opposées. Si le sens B pouvait être réuni à un autre, ce serait bien
Plutôt au sens À qu’au sens C. (A. L.)
—- Îl ne me semble pas que le mot principe puisse remplacer hypothèse au sens
B:il y aura toujours des « principes » certains par eux-mêmes et des « principes »
simplement supposés. (J. Lachelier.) — Un principe, en tant que principe, est
indépendant des idées de certitude ou de doute, et même de vérité ou d’erreur,
Puisqu’il peut être certain ou douteux, vrai ou faux, en restant toujours principe ;
Se qu'il y a d’essentiel dans ce mot est qu’il marque une fonction logique, le point
départ de la déduction ; or, tel est précisément le sens B du mot hypothèse,
Mie reçue, sans égard à la question de savoir si elle est vraie ou fausse ».
— J’ajouterais une quatrième signification : « Hypothèse = fiction ». Ex. : la
datue de Condillac ; — « être doué de sens hypothétiques » (Micromégas) ; —
exemple hypothétique » (un homme isolé dans une île) ; — « espace hypothé-
tique » (Voir les articles de Poincaré sur la géométrie non euclidienne) ; — cf. les
A, “mr. — VOCAB. PHIL. 16
!
HYPOTHÈSE
430
expression de l’idée qu’il s’agit de
rendre. (Voir ci-dessus Fondement, Cri-
tique.)
Rad. int. : Hipotez.
Hypothético-déductive (méthode).
La méthode déductive*, telle qu’elle
a été définie, peut développer ses rai-
sonnements, soit à partir de principes*
considérés tous comme vrais et certains
(on l'appelle alors catégorico-déductive,
ou déductive sans autre épithète), soit
à partir de principes dont quelques-uns
au moins sont simplement posés à titre
de lexis*, et dont la vérité, s’il en est
question, sera jugéc a posteriori, comine
celle des hypothèses-conjectures (voir
Hypothèse C), c’est-à-dire selon leur ap-
titude, ou leur insuffisance à produire
comme conséquences logiques un ensem-
HYPOTHÉTIQUE, D. Hypothetiscp .
E. Hypothetical ; I. Ipotetico. !
A. Sens usuel (voir Hypothèse-Q) |
conjectural. °
B. Sens logique. Opposé à catégori.
que*.
Une proposition hypothétique est
celle qui énonce une relation d’implica.
tion entre deux propositions. Exemple :
« Si un triangle est rectangle, il peut
être inscrit dans une demi-circonfé.
rence. » Ces propositions peuvent être
elles-mèmes soit assertoriques, soit im.
pératives, soit appréciatives, soit de
toute autre modalité. D'où, notam-
ment, l’expression impératif hypothe-
tique. (Voir Impératif*.)
Parmices propositions, KEYNEs dis.
tingue 1° celles qui signifient : « T'outes
les fois que À est B, il s'ensuit que C
HYPOTHÉTIQUE
es énoncent un rapport d’implica-
A entre l'existence de deux faits;
, peuvent ordinairement s'exprimer
w une seule proposition et forment
jugement simple ; il les appelle con-
synnelles : — les secondes énoncent
E rapport d’implication entre la vérité
deux propositions ; elles forment un
sement complexe (compound judg-
Mt) ; il les appelle hypothétiques, ou
Hanpremnent hypothétiques. (Formal Lo-
#, partie II, chap. 1x.)
È ‘ CRITIQUE
La distinction est intéressante ; mais
Bit surtout important de distin-
oo entre le jugement conditionnel
usif, où la lexis dépend d’une condi-
lune sine qua non, et le simple juge-
t hypothétique, où la lexis n’est
de l'antécédent, mais perd simplement
la garantie qu’elle aurait tirée de
celui-ci.
Syllogisme hypothétique, syllogisme
formé partiellement ou totalement de
propositions hypothétiques. Il peut
revêtir plusieurs formes.
1° Trois propositions hypothétiques :
Si À est B, C est D
Si E est F, A est B
Donc si E est F, C est D.
C'est l’analogue du syllogisme caté-
gorique ordinaire, où les termes seraient
remplacés par des propositions. Il peut
s’écrire symboliquement sous la forme
p39gorr2 p,doncr3q—t{(p,gq,r
étant des propositions).
ble donné de propositions : c'est ce qu’on
appelle méthode hypothético-déductive.
Cette manière de procéder, actuelle-
ment fréquente en mathématiques
comme en physique, établit un lien
étroit entre la déduction et la méthode
expérimentale.
est D »; par exemple : « Si une allu-
mette enflammée est mise sur de la
poudre, la poudre fait explosion » ; —
29 celles qui signifient : « S’il est vrai
que A soit B, il s'ensuit que C est R »;
par exemple : « S'il existe un Dieu
juste, il punira les crimes. » Les pre-
romans de Wells. — Il est vrai, que ce sens peut se ramener à B ; mais il faut
souligner le caractère fictif de l'hypothèse : on simplifie ou on complique volon-
tairement un problème pour le résoudre. (F. Mentré.)
— Mais ce caractère n’est pas compris dans le sens du mot ; il se trouve seu-
lement qu’un certain nombre d’hypothèses, au sens B, présentent, outre leur
fonction d’hypothèses, ce caractère d’irréalité. Il y aurait même lieu de prévenir
les étudiants que si de pareilles fictions sont appelées hypothèses, ce n’est pas en
tant que fictions, connues pour telles, mais en tant que principes de raisonnement,
et positions logiques. (A. L.)
— Lorsqu'on dit d’une hypothèse qu’elle est heuristique il faut bien entendre
qu’elle précède la découverte, qu’elle est pour cette raison, active, et qu’elle se
distingue de l’hypothèse qui suit la découverte, et qui n’introduit la coordination
qu'après coup. L’une est une source de mouvement, l’autre en est le terme.
Peut-être conviendrait-il de réserver le nom d’hypothèse exclusivement à toute
anticipation de l'esprit sur l'expérience. L'hypothèse est essentiellement une méthode,
c’est-à-dire un principe d’action, un moyen heuristique. C’est ce qu’il y a d’essentiel
dans la signification du mot. — Le résumé synthétique de l’expérience est théorie
générale, système, etc., — mais jamais hypothèse. (L. Boisse.) — Sauf lorsque C€
résumé synthétique sert en outre à anticiper sur l'expérience. Cette remarque €St
d’ailleurs tout à fait conforme aux propositions ci-dessus, et à l’usage qui tend à
réserver le nom de théories aux constructions déductives qui servent seulement
à organiser les lois admises sous une forme analytique, sans y rien ajouter de
conjectural. (A. L.)
29 Une prémisse hypothétique, une
Cd niée par le seul fait de la fausseté
#
; Sur Hypothétique. — Historique. — L'origine de cet usage du mot n’est pas
érstotélique ; il paraît remonter à Théophraste et à Eudème ; voir l’Introduction
de Boèce à son traité De Syllogismo Hypothetico. (C. C. J. Webb.) — Tout le
développement de la syllogistique hypothétique est dû aux stoïciens. Ils substi-
téèrent cette forme à la forme catégorique, et remplacèrent les trois figures
«t les quatre modes d'Aristote par ce qu’ils appelaient les cinq indémontrables
(Évwexéeuxror), entendant par là des formes de raisonnement dont la valeur
était, selon eux, évidente par elle-même. — Ces innovations logiques des Stoïciens
œt un véritable intérêt philosophique : leurs formes de raisonnement sont d'un
s plus général que celles d’Aristote. Elles peuvent porter sur des consécutions
à phénomènes (s’il vente, il pleuvra), aussi bien que sur des implications d’attri-
buts (si vous êtes homme, vous êtes mortel). La logique d’Aristote est exclusive-
tent celle de l'être : la logique des stoïciens est à la fois celle de l'être et celle du
Svenir. (J. Lachelier.)
Sur la Critique. — On a quelquefois appelé « Méthode hypothétique », en physique
e qui consiste à chercher l’explication des phénomènes dans une structure
Boléculaire et dans un système de mouvements de trop faibles dimensions pour
directement perçus ; on l’oppose à la « Méthode abstractive » qui se borne
‘sumer dans une formule mathématique la loi des phénomènes sensibles
és, et à transformer cette formule suivant les règles du calcul algébrique.
— Mais l'expression méthode hypothétique est impropre à marquer cette opposition :
eù effet, si l’on entend dans ce cas « hypothèse » au sens de conjecture, on doit dire
Qe la méthode abstractive consiste, ele aussi, à faire une conjecture (car la
, en tant que générale, dépasse toujours les faits observés) ; et si l’on entend
thèse » au sens de principe, la méthode abstractive consiste, elle aussi, à
un principe d’où l’on revient déductivement aux faits. Le terme qu'il
Séaviendrait d’opposer à « méthode abstractive » serait donc plutôt « méthode
afaitive » ou « méthode d’analyse concrète ». (A. L.)
AN.
HYPOTHÉTIQUE
prémisse catégorique ; ce qui s subdi-
vise encore en deux cas :
I. Modus ponens :
Si À est B, S est P
or À est B,
donc S est P
ou, en notant les propositions et non
les termes :
Si p est vraie, g est vraie
or p est vraie
donc gq est vraie.
II. Modus tollens :
Si À est B, S est P
or S n’est pas P
donc À n'est pas B
ou, en notant les propositions :
Si p est vraie, g est vraie
or g n’est pas vraie
donc p n'est pas vraie.
li. En Locique : 1° symbole de la
proposition particulière affirmative.
Voir .1* ; 20 symbole de la proposition
modale où le mode est nié et le dictum
est affirmé.
IDÉAL, adj. D. À, B. C. Ideal;
A, C. /deell ; — E. Ideal; — I. Ideale.
A. Qui constitue une idée, ou l’une
des déterminations d’une idée, au sens
A de ce mot, ou dans les sens qui s’y
rattachent immédiatement (Idée plato-
CRITIQUE
Ces propositions et ces syllogismes
sont appelés par Port-Royal condi.
tuonnels. (Logique, 22 partie, chap. x\1.
3e partie, ch. x11 et x111.) ,
En désignant toutes les formes sxIlo.
gistiques ci-dessus anoncées par le nom
d’hypothétiques, nous avons suivi lu.
sage de FowLer; mais JEVONS ne
donne ce nom qu’à la se onde forme
seulement, et n’admet pas l'existence
de la première en tant que forme lo-
gique spéciale ; il en est de mème de
Liarp et de RABIER; — SPALDING,
UEBERWEG et KEYNES appellent cette
seconde forme syllogisme hypothético.
catégorique ; enfin, KEYNES admet ce
nom pour la seconde forme, mais dis-
tingue dans la première entre le sens
conditionnel et le sens proprement
hypothétique, tels qu’ils ont été définis
ci-dessus en ce qui concerne les propo-
sitions. (NEYNES, Formal Logic, 3 par-
tie, ch. v.)
Rad. int. : Ffipotez.
HYPOTYPOSE, (S).
nicienne, en tant que type parfait) :
« La beauté idéale. » — « Une ma-
chine idéale, qui fonctionnerait sans
frottement. » — « L'image idéale = l'i-
mage intérieure, idéal du genre » (dans
V. Eccer, La parole intérieure, 252).
En ce sens, idéal implique presque
toujours qu’il s’agit d’une limite, empi-
riquement inaccessible.
Ce terme est très employé, avec cette
acception, dans la langue usuelle aussi
bien que dans la langue philosophique,
tandis qu'Îdée, au sens correspondant,
ge l’est pas. — On peut, cependant, en
rapprocher aussi l'usage de ce dernier
mot pour signifier dessein, conception à
liser.
B. Qui présente un certain caractère
d'élévation esthétique, morale ou intel-
Jectuelle. « Ils se livrent peut-être à
une grossière bomhance, sans résultat
idéal d’aucune sorte. » RENAN, Dia-
logues philosophiques, 111, p. 131.
Le mot,ence sens, équivaut souvent
à spirituel. « Il implique, nous écrit
M. MENTRÉ, une certaine largeur, ve-
nant de l'élévation du point de vue :
une vie idéale est le contraire d’une vie
étroite, terre à terre, mesquinement
utilitaire. »
C. Correspondant au sens B du mot
idée (notion, concept) et parfois aussi,
mais très partiellement, au sens D (tout
ce quiest dans la pensée). Dans un cas
comme dans l’autre, mais surtout dans
le second, cet usage est rare. On ne le
rencontre guère que pour opposer les
concepts mathématiques aux objets
matériels qui en suggèrent la construc-
tion : « La géométrie ne s’occupe pas
des solides naturels ; elle a pour objets
certains solides idéaux, absolument
invariables, qui n’en sont qu’une image
simplifiée et bien lointaine. » Poin-
cARÉ, La science et l'hypothèse, ch. 1v,
p. 90. — Et, même dans ce passage,
quelques-uns de nos correspondants
estiment qu’idéal peut être entendu au
sens de parfait.
IDÉAL
On trouve aussi quelques textes
comme le suivant, où le mot idéal
s’applique à ce qui est seulement cons-
truit ou imaginé par l'esprit, en oppo-
sition à ce qui existe véritablement ;
dans cet exemple, le mot prend même
une nuance péjorative ; mais c’est tout
à fait exceptionnel : « Elle n’offrirait
aux autres que des conceptions qui
leur sembleraient idéales, parce qu’ils
n’en auraient pas d’abord apprécié les
bases réelles. » Aug. ComTE, Synthèse
subjective, I ; Introd., p. 3.
En anglais, le mot ideal est au con-
traire très couramment employé com-
me adjectif correspondant à idée au
sens D : par exemple, dans le chapitre
de Bain, intitulé Of ideal emotion dans
The emotions and the will.
Rad. int. : A. Perfekt; B. Ideal;
C. Ideel.
IDÉAL, subst. — D. [deal ; E. A.
19 Ideal ; 2° Standard ; À, B. Ideal;
— IL Ideale.
A. 1° (Absolument : l'Idéal). Ce qui
donnerait une parfaite satisfaction à
l'intelligence et au sentiment humains ;
— quelquefois, par suite, cette intelli-
gence et ce sentiment mêmes, en tant
que leur mouvement et leur effort
définissent par avance et déterminent
virtuellement cette perfection. « L'idéal
n’est que le mouvement naturel de la
pensée vers la vie toute harmonieuse ».
SÉAILLES, Le génie dans l’art, ch. 11,
p. 130. « L'idéal, c’est l’esprit dans ses
au sens B, qui s’y rattache assez étroitement. (M. Bernès, L. Boisse, Brunschvicg,
Rauh.)
M. E. Halévy préférerait employer en ce sens conceptuel où notionnel. — Mais
Sur Idéal, adj. et subst. — Ces deux articles ont été notablement remaniés
en tenant compte des observations de M. Bernès, L. Boisse, L. Brunschvicg,
E. Halévy, J. Lachelier, F. Rauh, F. Tônnies.
Sur Idéal, adj. — Le sens C, tout rare qu'il est, n’en est pas moins très bon
et très conforme à l'étymologie. (J. Lachelier.)
à Il serait utile d'adopter en ce sens idéel : on éviterait amsi des équivoques et
es confusions. /déal serait réservé au sens À, de beaucoup le plus répandu et
Ré RE nn À
ces mots ne conviendraient, semble-t-il, qu’au sens correspondant à idée-B (idée
abstraite, idée de l’entendement) ; ils rendraient imparfaitement idéal en tant
qu’il veut dire construit par l'esprit, représenté dans l’esprit : ce dont il s’agit
Peut n’avoir rien d’abstrait. Je préférerais dire mental, qui ne laisse place à aucune
équivoque, toutes les fois qu’il est possible de l’employer. (A. L.)
La première rédaction de cet article reposait sur une distinction des sens du
mot idéal en sens appréciatifs (A, B) et sens gnoséologique (C). A la réflexion, il
Ma semblé que ce caractère n’avait pas assez d’importance pour être mis en
relief, d’autant plus que le sens À n’est pas exclusivement appréciatif. {déal, sub-
Stantif, représente au contraire dans tous les cas un jugement de valeur. (A. L.)
IDÉAL
lois vivantes ; ce n’est pas une forme,
c’est une puissance. » Jbid., Conclu-
sion, 284.
En ce sens, les idées de Dieu et
d’Idéal ont été souvent rapprochées et
même confondues. « Vous pensez alors,
comme Hegel, que Dieu n’est pas, mais
qu'il sera ? — Pas précisément. L'idéal
existe, il est éternel, mais il n’est pas
encore matériellement réalisé : il le sera
un jour. » RENAN, Dialogues philos.,
I1, 78.
20 (Relativement : tel idéal particu-
lier. — Cf. Idée, C). Ce que l’on se pro-
pose comme type parfait ou comme
modèle dans un certain ordre de pensée
ou d’action. « L'idéal de la société
américaine est peut-être plus éloigné
qu'aucun autre de l'idéal d’une société
régie par la science. » RENAN, Dialogues
philos., III (3° éd.), p. 99. — « Nous
engageons notre idéal avec notre per-
sonne dans la vie sociale où nous ren-
controns d’autres personnes et avec
elles un autre idéal. » M. Mizioun,
La formation de l'idéal, Revue philoso-
phique, août 1908. « Il faut partir de
l’homme et de l'idéal qu’il se fait pour
aller à l'idéal qui se fait et pour tra-
vailler à le faire. » In., Zbid. (Voir
particulièrement, pp. 144 et 159, l’ana-
lyse de la « fonction de l'idéal ».)
434
B. Les intérêts esthétiques, moraux
ou intellectuels, en tant qu'ils s’oppo.
sent à ceux de la vie matérielle. « Dans
la vie sociale, c'est encore l’idéal qui
rassemble les âmes autour d’un but
commun ; hors de là, il n’y a qu’utilité,
et l’utilité, loin de concentrer et d’unir
sépare et disperse. » LiarD, La science
positive et la métaphysique, P. 484
(2 éd.).
REMARQUES
1. Nous avons fait correspondre,
sous les mêmes lettres, les sens corres-
pondants de l’adjectif et du substantif
idéal,
Il a été nécessaire pour cela de sub.
diviser le sens À du substantif en deux
parties. La première a une significa-
tion globale et métaphysique, que l’ad-
jectif présente plus rarement ; la se-
conde correspond au sens psycholo-
gique de celui-ci.
Le sens B est exactement le même
dans les deux cas.
Enfin, il n’y a point de sens du
substantif qui corresponde au sens C
de l'adjectif.
2. (HistoriQue.) Pour KanT, un
idéal est un être conçu comme unique,
individuel, et tel qu'il se satisfasse
exactement à toutes les conditions
Sur Idéal, subst. -— Complété d’après les observations de J. Lachelier, qui
ajoute la remarque suivante
: « Tous ces sens sont vagues, et l’emploi du mot
idéal pour signifier le mouvement naturel de la pensée vers quelque chose me
semble même tout à fait impropre; il faudrait dire, pour rendre exactement
la même pensée :
: l'idéal au moins en art, ne peut pas être donné ; il ne peut être
que cherché. » — Mais peut-être y a-t-il dans la pensée de M. Séailles quelque
fonc idée* (au sens spécial où il prend
mot : concept d’une perfection,
Dgne espèce ou d’une autre) que la
#hison réclame, mais dont l'expérience
*, fournit pas d'exemple. Bien qu’im-
ible à réaliser, un tel idéal sert de
règle et de prototype pour agir et pour
ver. Ainsi, la vertu est une idée, et
je sage stoicien est l'idéal correspon-
dent. (Critique de la Raison pure, Dial.
transc., livre II, ch. tit, $ 1 : « De
pidéal en général. » }— L'« idéal trans-
éendental », en particulier, serait un
être suprême, satisfaisant au besoin
râtionnel de trouver le principe unique
de toute existence, c'est-à-dire Dieu.
Aussi, cette expression sert-elle de titre
à la 3% partie de la Dialectique trans-
cendentale, qui s'ajoute au Paralo-
gisme et à l'Antinomie de la Raison
pure. : :
. L'illusion qui fait de cet idéal une
réalité démontrable est le principe de
Ja « théologie transcendentale ». (Ibid.,
livre Il, ch. rm, $ 2 : « Von dem trans-
cendentalem Ideal, prototypon trans-
cendentale. »)
KawT désapprouve l'emploi de ce
mot pour désigner les images soi-disant
parfaites « que les peintres et les phy-
IDÉALISME
sionomistes prétendent avoir dans l’es-
prit ». On pourrait les appeler, dit-il,
des « idéaux de la sensibilité (/deale der
Sinnlickeit) », mais encore serait-ce
une expression impropre. (/bid., $ 1.)
Rad. int. : A. Perfektaj ; B. Ideal.
« Idéal (nombre) », être mathéma-
tique créé par KummEr, afin de per-
mettre l’extension à tous les nom-
bres algébriques des théorèmes fonda-
mentaux de l’arithmétique élémentaire
sur la divisibilité. — Voir M. Winter,
Philosophie de la théorie des nornbres,
ch. 11 « Les nombres idéaux et
les idéaux. » Hevue de métaphysique,
mai 1908.
IDÉALISME, D. /dealismus; E.
Idealism ; 1. Idealismo.
A. MÉTAPHYSIQUE.
a) Sens général.
On entend actuellement par idéa-
lisme la tendance philosophique qui
consiste à ramener toute existence à la
pensée, au sens le plus large du mot
pensée (tel qu'il est employé notam-
ment chez Descartes). L'idéalisme
s'oppose ainsi au réalisme ontologique,
ou en un seul mot à l’ontologie, qui
façon plus indéfinie la supériorité qualitative, soit en un sens plus précis la perfec-
tion qualitative ;
20 Mais le jugement de valeur est sans doute plus souvent pratique, et le mot
idéal a le sens attribué au substantif
idéal dans le $ À, 1°, aussi bien lorsqu'il
agi ”i ï i ‘un i int de vue pratique,
s’agit de l'idéal que lorsqu'il est question d’un idéal. Au poin vue pr. e
de cures idéal implique une double série de conditions : 1° la supériorité quali-
tative : 2° l’applicabilité aux conditions réelles du cas considéré. L'idéal simple-
ment construit, c'est-à-dire la valeur relative ou absolue de l'idée peut cesser d’être
chose de plus : l'idéal n’est vague et impossible à représenter que parce qu’il
n’est rien en lui-même, parce qu’il n’est pas une réalité actuelle, mais seulement
un symbole : il exprime, sous la forme d’un terme fixe et donné, ce qui est, à
proprement parler, une puissance et un mouvement ; il est assimilable à un
point de convergence virtuel de rayons réels dont les prolongements seuls se
rejoignent. (A. L.)
Je crois qu’on devrait faire ici une distinction entre le sens appréciatif-théorique
et le sens appréciatif-pratique qui, même dans l'adjectif, mais surtout dans le
substantif, est peut-être le plus fréquent :
, + Le jugement de valeur peut n'avoir d'autre mesure que l’esprit, c’est-à-dire
8 appliquer au concept pur, ou du inoins à la vision intérieure seule ; et c’est ce
qui a lieu dans l'exercice de la faculté esthétique : idéal désigne alors, soit d’une
i i i Ï i ible absolument.
un idéal pratique, parce que ce serait alors un idéal impossi
Pratlonement n pourra d’ailleurs parler d’un idéal relatif, lorsqu'on envisage
seulement un certain ordre d’action (la santé est un idéal pour la vie physique)
ou de l’Idéal, c’est-à-dire d’un idéal universel et pratiquement absolu (l’Idéa
moral). (M. Bernès.)
Sur Idéal et Idéalisme. |
Métaphysiqueiment, l'/déal s'oppose au réel (voir le sens C du mot Jdée), et est
susceptible en conséquence de deux interprétations : |
A. L'Idéal, c’est ce qui satisfait à toutes les exigences de la pensée, mais ce à
quoi manque la réalité, l’existence; — toute réalité, toute existence.
B. L’'Idéal, c'est ce qui satisfaisant à toutes les exigences de la pensée, est dans
IDÉALISME
admet une existence indépendante de
la pensée.
Ce terme désigne donc moins une
doctrine qu’une orientation : il sert
surtout, dans la critique ou dans la
polémique, à caractériser une théorie
ou un système en les opposant à d’au-
tres théories ou systèmes qui absorbent
à un moindre degré l'être dans la
pensée.
On doit en distinguer deux formes,
entre lesquelles il y a souvent confusion :
1° Celle qui tend à ramener l’exis-
tence à la pensée individuelle. On l’ap-
pelle quelquefois subjectivisme (mais ce
mot a d’autres sens, et se prend souvent
436
Rs
en mauvaise part). Elle a reçu en an.
glais le nom de « Personal idealism ;.
29 Celle qui tend à réduire l’existence
à la pensée, en général. Elle n’a pas de
nom particulier. Voir ci-dessous, Cri-
tique.
b) Sens particuliers :
1. Le mot idéaliste apparaît pour la
première fois dans le langage philoso-
phique vers la fin du xvare siècle. LE18-
NIz, notamment, l’oppose à matéria-
liste : « Les hypothèses d’Épicure et de
Platon, des plus grands matérialistes
et des plus grands idéalistes. » Ré.
plique aux réflerions de Bayle, Erd-
mann, 186 A. Il se sert aussi, en ce
437
IDÉALISME
sens, du mot formaliste et paraît enten-
dre par là les philosophes qui, comme
Platon ou Aristote, voient dans la
forme l'essence des choses. (D’après
EucxEN, Geistige Strômungen der Ge-
genwart, p. 66.)
Le Platonisme n’a pas cessé, depuis
lors, d’être appelé un Idéalisme, mais
surtout en tant qu'il est la doctrine des
Idées (et peut-être aussi en tant qu’il
met au sommet des choses l’Idée nor-
mative du Bien). — Le mot n’a jamais
été usuel en parlant de l’Aristotélisme.
Voir ci-dessous, Critique.
2. À partir du xvie siècle, ce terme
est fréquemment employé pour dési-
gner la doctrine de BERKELEY ; mais
lui-même se sert, pour la qualifier, du
terme immatérialisme*. Wolff, le pre-
nant en ce sens, oppose sa philosophie
à celle des idéalistes, des matérialistes
et des sceptiques, qu’il appelle « drei
schlimmen Sekten! ». ÆKleine philoso-
phische Schriften, p. 583.
3. KanrT appelle idéalisme empirique
la doctrine qui déclare l’existence des
objets dans l’espace, en dehors de nous,
soit douteuse et indémontrable, soit
fausse et impossible.
1. «.. trois mauvaises sectes. » (Pelits écrits phido-
sophiques.)
et par la pensée, au sens le plus plein qu’on puisse donner au mot être. AuCune
réalisation matérielle, aucune entrée dans l’existence donnée, ne saurait rien y
ajouter.
La citation ci-dessus de Kant donne bien le sens A. Le sens B est donné par
les successeurs de Kant, dont l’idéalisme a consisté à considérer comme absolu,
non pas un objet extérieur, hypostasié, de l’Idéal de la raison pure, mais cet
idéal lui-même. Au sens A sont restés fidèles certains penseurs de ce qu’on peut
appeler la gauche kantienne, et notamment Lange. Peut-être aussi Renan, bien
que sa pensée, dans la citation ci-dessus, apparaisse comme bien confuse.
D'où résulte le sens du mot Jdéalisme : « Doctrine suivant laquelle un acte de
connaissance ne saisit que des idées, et jamais les objets dont le sens commun
considère les idées comme étant des représentations. » L’/déalisme, ainsi, se
dédouble, de même que le mot Jdéal prenait deux significations distinctes :
a) Doctrine suivant laquelle, la philosophie se réduisant à la théorie de la
connaissance, nous ne pouvons atteindre que le subjectif et le phénoménal, et
toute métaphysique, entendue comme la connaissance de l’objectif et de l’absolu,
est impossible.
b) Doctrine suivant laquelle l’idée ou le système des idées étant considérés
comme étant l’objectif et l’absolu, la théorie de la connaissance ou de la pensée
est par elle-même la métaphysique. (E. Halévy.)
On remarquera que dans la classification des différentes formes d’idéalisme
post-kantien, formulée par M. Fouillée, et citée ci-dessus à l’article Zdéalisme,
ce mot est aussi rapproché du mot Idéal, particulièrement en ce qui concerne
Fichte. Il y a lieu de se demander si ce dernier terme est pris là seulement au
sens d’/déel, où s’il ne retiendrait pas quelque chose du sens normatif, qui se
présente tout naturellement dans une doctrine comme celle de Fichte, où domine
l’idée de ce qui doit être. Voir plus bas les observations de M. Xavier LÉON sur
RL de Fichte, qu’on appelle souvent, en Angleterre, Ethical Idealism.
+ L.)
Sur Idéalisme,
Historique. La principale source de la diffusion du mot idéalisme en France
paraît être l'ouvrage de Mme de Staël, De l'Allemagne (1810). Voir 3 et 4e parties-
Cette partie de l’article a été complétée et rectifiée sur les indications de
ee ———————— ——
R. Eucken, de I. Benrubi, et de Xavier Léon. En ce qui concerne Fichte, notam-
ment, et la qualification courante d’ « idéalisme subjectif » appliquée à sa doctrine,
M. Xavier Léon ajoute les remarques suivantes, trop développées pour être
insérées dans le texte, mais très utiles à conserver : « En désignant ainsi la Théorie
de la Science, on risque de fausser le sens du système et l’on va au-devant de
l’objection déjà formulée par quelques contemporains de Fichte, ses adversaires,
qui voulaient y voir un pur subjectivisme, et qui lui reprochaïent de vouloir
tirer du Moi toute la réalité du monde. — Fichte, de son vivant, a protesté avec
la dernière énergie contre cette interprétation de son système, interprétation
qu’il traite de calomnieuse. Dans un écrit polémique contre Schelling, qui juste-
ment avait lancé cette accusation contre la Théorie de la Science (Bericht über
den Begriff der Wissenschaftsichre\, etc., Sämt. Werke, Bd. VIII, p. 361), Fichte
renie ceux qui font de la science ein leerer Reflectirtsystem, une construction de
concepts artificielle et creuse ; il montre que si, comme l’affirment ses adversaires,
«le public veut de la réalité », la Théorie de la Science est sur ce point en complet
accord avec lui. Elle n’a nullement la prétention de construire de toutes pièces le
donné (ce serait retomber dans l'erreur du dogmatisme), elle cherche seulement à
l'expliquer, à le justifier. Pour l'expliquer, elle a recours, en effet, à un principe
d'ordre subjectif, ou plutôt au sujet même {non pas bien entendu au sujet-individu,
mais au Sujet dans ce qu’il a de pur et d’essentiel) ; et cela parce que l’autre
principe d’explication, l’objet, est à ses yeux toujours insuffisant et inefficace,
l'objet ne se concevant que par rapport au sujet, le sujet seul étant capable
d'autonomie, capable de s’affirmer en dehors de toute relation avec autre chose
que lui-même.
« Or c’est, au fond, aux yeux de Fichte, la thèse fondamentale de l’idéalisme
critique d’avoir établi l'autonomie du sujet, la liberté absolue de l'esprit, et d’avoir
posé l’Être non plus comme une réalité indépendante, ayant une existence en
soi et à soi, mais comme purement relatif à l’esprit , — d’avoir ainsi cherché à
montrer dans les déterminations de l’Être les moments de la liberté, les différents
Stades, la série des actes par où l'esprit se réalise.
« C’est encore la position de l’idéalisme critique de s’en tenir dans cette dialec-
tique au point de vue de l’esprit humain, de refuser de se poser d'emblée et comme
L Observations eur de concept dec Théorie de La science, »
IDÉALISME 438
EE —— 8
La première forme en est, dit-il,
l’idéalisme problématique de DEscar-
TES, qui n’admet pour indubitable
qu'une seule assertion empirique, le
« je suis »; la seconde forme en est
l’idéalisme dogmatique de BERKELEY
« qui regarde l'espace, avec tout ce
dont il est la condition, comme quelque
chose d’impossible, et qui, par consé-
quent, rejette également l'existence des
choses matérielles qui y sont conte-
nues ». (Critique de la raison pure,
Analyt. transc., livre II, ch. n, sec-
tion 3 : Widerlegung des Idealismus,
B,274 sqq.)
Il est à remarquer que les termes
employés par Kant en définissant la
théorie de lescartes {zuteifelhaft, dou-
teux ; unerweislich, indémontrable) sont
historiquement inexacts, car il ne
s’agit que d'un doute provisoire, et
l'existence du monde matériel est
l'objet d'une démonstration précise (Mé-
thode, IV, 8; Méditations, VI, etc.).
Le caractère de ce qu’on appelle en ce
sens wéalisme paraît ètre plutôt que
l'existence des objets matériels hors de
nous y est considérée comme n’étant
pas connue d’une manière immédiate et
qui emporte avec elle une certitude
primitive. C’est d’ailleurs ainsi qu'il
l'avait lui-même défini dans un passage
de la 1'e édition de la Critique, sup.
primé dans la seconde (Crit. du 4° para.
logisme de la raison pure. A, 368; cf.
Idéalité*) — On peut en rapprocher
ce qu'on nomme souvent l'idéalisme de
ConpiLLac, chez qui l'existence d’une
réalité matérielle n'est considérée ni
comme fausse, ni même comme dou-
teuse, mais seulement comme insaisis.
sable à l’observation directe (celle-ci
n'atteignant que les états de l'esprit
qui pense), et comme impossible à dé-
montrer par un raisonnement discursif.
KaxT oppose à cet « idéelisme ein-
pirique » sa propre doctrine sous Je
nom d’idéalisme transcendental des phé-
nomènes. « Ich verstehe aber unter dem
transcendentalen Idealism aller Erschei-
nungen den Lehrbegriff, nach welchem
wir sie insygesammt als blosse Vorstel.
lungen und nicht als Dinge an sich
selbst ansehen, und demgemass Zeit
und Raum nur sinnliche Formen un-
serer Anschauung, nicht aber für-sich
gegebene Bestimmungen oder Bedin-
gungen der Objecte als Dinge an sich
directement dans l'Absolu : or, on pourrait montrer que Fichte s’est toujours
préoccupé de maintenir ce point de vue contre un idéalisme plus audacieux,
celui de Schelling par exemple (voir notamment Bericht über den Begriff der
W'issenschaftslehre, pp. 371-372 et 384-407). »
Sur Idéalisme au sens métaphysique ct gnoséologique.
Toute cette partie de l’article, et divers passages de la Critique correspondante
ont été remaniés à la suite des observations de plusieurs membres et correspondants
de la Société, dont on trouvera les remarques ci-dessous ou dans le texte, — ainsi
que d’après la discussion qui a eu lieu sur ce sujet dans la séance du 2 juillet 1908.
La définition donnée au $ A (sens général) a été rédigée et adoptée dans cette
séance. On y est également tombé d’accord qu’il fallait éviter d'appliquer le nom
d’idéalistes aux philosophes qui, tels que Descartes ou Condillac, reviennent par
un détour à poser l'existence d’un monde extérieur matériel indépendant de la
pensée.
Voici les différentes autres définitions de l’idéalisme qui avaient été É
{voir plus haut, à Idéal et Idéalisme, celle de E. Halévy.) FR Ur.
J. Lachelier : « Je crois qu’on peut donner à ce terme une signification très
Se gi au sens philosophique, consiste, ce me semble, à croire
monde, — tel du moins que je puis le con
à naître et en par —
RARE q P parler, — se compose
ment de représentation, et même de mes représentations, actuelles ou
*
selbst sind'. » Crit. de la Raison pure,
: Dial. transc., livre II, ch. 1. Le paralo-
gisme de la Raison pure, A, 369. — Le
‘contraire en est ce qu’il nomme le réa-
lisme transcendental, suivant lequel le
temps, l’espace et les objets matériels
contenus, seraient des choses en soi.
Et c’est, dit-il, ce réalisme transcen-
dental qui engendre l’idéalisme empi-
rique, tandis que l’idéalisme transcen-
dental permet au contraire un réalisme
empirique, autrement dit un dualisme
accordant un égal degré de réalité à
la matière et à nous-mêmes en tant
qu’êtres pensants. (Jbid., 369-371. —
Cf. Antinomie de ia Raison pure. Sec-
tion VI : « Der transcendentale Idea-
lism als der Schlüssel zur Auflôsung
der cosmologischen Dialektik?. » A.
#90 sqq.; B. 518 sqq.) La seconde
édition ajoute de plus en note qu’on
peut aussi appeler ces deux formes
1. « J'appellc idéalisme transcendenial de tous les
phénomènes la doctrine d'après laquelle nous les consi-
dérons sans exception comme de simples représentations,
non des choses en soi; et d'après laquelle temps et
espace ne sont que des formes sensibles de notre intuition,
non des détcrminations données en olles-mêmes ou des
conditions des objets en tant que choses en soi. » —
2. « L'idéaligme transcendental, clef pour résoudre la
dialectique cosmologique. »
IDÉALISME
d’idéalisme idéalisme formel et idéa-
lisme matériel, et que ces dernières
expressions sont même préférables pour
éviter toute équivoque.
4. On désigne toujours sous le nom
d’idéalisme les systèmes philosophiques
de FicaTe, de ScHELLING et de HEGEL
et il est assez usuel de les caractériser
respectivement par les épithètes d’idéa-
lisme subjectif, d’idéalisme objectif, et
d’idéalisme absolu : « Le système de
Fichte est appelé par les Allemands
lidéalisme subjectif : il est idéalisme
en ce sens qu’il fait de l’idéal le prin-
cipe de toute existence ; il est subjectif
en ce qu’il place cet idéal dans le sujet
moral considéré comme absolu. Schel-
ling professe un idéalisme objectif...
Quant à Hegel, il professera un idéa-
lisme absolu... » FouiLLéE, Histoire de
la philosophie (1875), p. 440. Les deux
premières de ces expressions viennent
de SCHELLING, qui a appelé idéalisme
subjectif la doctrine de Fichte; il y
oppose la sienne propre sous le nom
d’idéalisme objectif (Darstellung meines
Systems der Philosophie, 1801 ; Werke,
IV, 109) ; la troisième est de HEGeL,
qui, d’après son plan ternaire de la
00 gg eee à
possibles, matérielles ou formelles. Par représentations possibles, j'entends par
exemple celle du soleil lorsqu'il est au-dessous de l’horizon ; par représentations
formelles, j'entends celles du temps, de l’espace et de tout ce qu’on peut y cons-
truire a priori ; j'entends aussi celles (pour lesquelles il faudrait peut-être un
autre nom) des lois qui régissent a priori tous les phénomènes, comme celles
de causalité ou de finalité.
« Mais n’existe-t-il que mes représentations ? — Pour moi et dans mon monde,
oui; mais il peut y avoir d’autres systèmes de représentations, d’autres mondes,
en partie parallèles, en partie identiques au mien : parallèles dans tout ce qu’ils
ont de sensible, les représentations des autres sujets sentant différant des miennes
selon la différence des points de vue, comme le voulait Leibniz ; identiques dans
tout ce qu’ils ont d’intelligible, c’est-à-dire de mathématique ou de métaphysique,
Car la représentation du temps, de l’espace, de la causalité, de la finalité ne peut
pas différer d’un sujet pensant à un autre.
« Il n’y a même de sujets pensants différents qu’en tant que leurs pensées
s’incorporent à des représentations sensibles différentes, — ou plutôt il n'y a, à
Proprement parler que des sujets sentants, qui pensent d’une seule et même
Pensée. Rien n’empêche, dès lors, de considérer cette unique pensée comme la
substance commune dont les différents sujets sentants ne sont que les accidents.
Ainsi l’idéalisme, qui se présentait d’abord sous une forme psychologique, devient
une doctrine métaphysique : mon monde devient le monde, dans la mesure où
IDÉALISME
marche des idées, s’est représenté son
propre système comme la synthèse dont
celui de Fichte constituait la thèse et
celui de Schelling l’antithèse. (Voir
Appendice.) Mais il est à remarquer
que Fichte n’aurait vraisemblablement
pas accepté cette épithète, qui ne se
trouve nulle part dans ses écrits. Il
fait profession de retenir l'esprit, sinon
la lettre du kantisme, et désigne sa
propre doctrine sous le nom de trans-
cendentaler Idealismus, ou quelquefois
Kritischer Idealismus. — WiLim, qui
paraît avoir le premier répandu en
France les qualifications indiquées plus
haut, ajoutait d’ailleurs très juste-
ment, en parlant de la doctrine de
Fichte : « On pourrait à plus juste
titre l’appeler un spiritualisme absolu
qu’un idéalisme subjectif. » WILLM,
Histoire de la Philosophie allemande,
tome II, p. 402 (cf. pp. 398 et suiv.).
5. RENOUVIER : « Si l’on nomme
idéalistes, ainsi qu’on le fait souvent,
les philosophes qui, tels que Leibniz,
—
et Kant, n’accordent à l’espace et au
temps qu’une réalité purement objec-
tive » (— idéelle, mentale) « et regar-
dent le sujet matériel pur des écoles
matérialistes comme une fiction scien-
tifique. alors les thèses que je pose
appartiennent à l’idéalisme incontesta.
blement. Mais s’il plaisait de réserver
la qualification aux penseurs dont la
tendance marquée (on a pu la reprocher
à Kant) est de supprimer l'existence
des sujets réels dans le monde, autres
que ceux qui sont aptes à philosopher,
je pense être aussi éloigné de l’idéa-
lisme qu’il est possible de l'être »,
Essais de critique générale, Logique,
tome I, p. 39 (2€ édition).
6. Léon Brunscavice a donné le
nom d’idéalisme critique à la doctrine
philosophique qu’il a exposée dans ses
ouvrages. Voir en particulier son article
L'orientation du rationalisme, dans la
Revue de métaphysique et de morale
de 1920, p. 261-343. F. Raux, dans les
Observations ci-dessous (1908) avait
Ê
&40 | 541
appliqué cette même dénomination à
l’idéulisme transcendental de Kant ;
mais cet usage ne s’est pas généralisé,
malgré les noms de « Critique » et de
« Criticisme » fréquemment employés
en parlant du kantisme.
B. En Morale et dans le langage
courant : tournure d’esprit et de carac-
tère qui fait une large place à l’idéal*
au sens B, et croit à la puissance de
l’idée et du sentiment pour réformer
ce qu’il y a de mauvais dans la nature
et les sociétés humaines. — Jdéaliste,
subst. et adj., est particulièrement
usité en ce sens.
C. En Esthétique, par opposition à
réalisme, idéalisme est appliqué aux
diverses doctrines qui considèrent que
le but de l’art n’est pas l’imitation de
la nature, mais la représentation d’une
nature fictive plus satisfaisante pour
l'esprit (en quelque sens qu’on entende
cette « idéalisation »)}. « Le réalisme
n'existe jamais ; ce qu’on appelle de ce
nom n'est, le plus souvent, que l’idéa-
IDÉALISME
lisme du laid. » G. SÉAILLES, Le génie
dans l'art, ch. v, p. 161.
CRITIQUE
Combien est large et peu défini le
sens d’idéalisme, dans son usage pro-
prement philosophique, on peut le voir
par les citations précédentes, et mieux
encore par les Observations qu’on trou-
vera ci-dessous. Il s’y rencontre, en
effet, une indétermination fondamen-
tale, nettement visible dans l’analyse
suivante donnée par G. Lyon au dé-
but de l’?déalisme en Angleterre au
X VIII siècle, Introduction, 1-3 : « Le
mot idéalisme comporte dans le langage
deux acceptions, l’une populaire, la
plus accréditée ; l’autre, toute spéciale
et moins en faveur. Dans le premier
sens, il désigne la tendance d’un hom-
me, d’un art ou d’une époque à subor-
donner les choses de la vie présente aux
objets que notre intelligence conçoit ou
que rêve notre imagination La se-
conde acception, que nous demandons
ma pensée devient la vérité, et à ce titre, la substance unique et universelle. Par
là se réconcilient, ce me semble les deux sens que ce mot a, en effet, dans l’histoire
de la philosophie.
« Je ne vois donc rien qui empêche d'admettre les définitions citées dans votre
Critique, et en particulier celle de M. Bergson. Je ne ferais aux deux premières
qu’une très légère correction : j’éliminerais l’idée de sujets, distincts de leurs
représentations et qui seraient encore, à leur manière, des choses : je dirais que
pour l’idéaliste, il n’existe absolument que des représentations, les unes sensibles
et individuelles, les autres intellectuelles et impersonnelles. »
Ces observations de J. Lachelier définissent avec beaucoup de force et de
clarté une doctrine philosophique à laquelle on ne saurait nier que le nom d’idéa-
lisme s'applique très bien. Mais est-elle La seule qui puisse être appelée de ce nom ?
Il est certain que, soit historiquement, soit dans l’usage contemporain, ce terme
s’applique à beaucoup de théories qui ne présentent pas toutes les déterminations
énoncées ci-dessus. — Doit-on, d’autre part, considérer cette définition comme
s’appliquant non à l’usage actuel, mais à l’usage futur, et comme une proposition
de restreindre dorénavant à cette signification précise le sens du terme idéalisme ?
Ce serait peut-être souhaitable, mais il paraît bien difficile d'obtenir cette limi-
tation d’un terme si souvent employé, et dans des cas si divers. (A. L.)
F. Rauh a proposé de classer ainsi qu’il suit les sens divers du mot Idéalisme,
considérés dans l’usage actuel seulement :
« L Doctrine d’après laquelle il n’y a pas de substrat matériel, de substance,
distincte des sensations ou, comme on dit plus ordinairement aujourd’hui, des
images qui composent le monde extérieur. — Ce sens est à éliminer, et, en fait,
tend à s’éliminer parce que la question de la substance ne se pose plus guère,
a —————————_———————“————
du moins en ces termes métaphysiques ; — surtout en France, depuis la dispa-
rition du cousinisme.
«II. Doctrines d’après lesquelles les images externes n’existent pas en dehors
de leur relation avec un sujet.
« A. Idéalisme critique. Les images sont seulement présentées à ce sujet, mais
non créées par lui. Sur la cause de ces images, l’homme ne sait rien. — En général,
les penseurs qui se placent à ce point de vue considèrent plutôt le sujet pensant,
raisonnable. C’est la conception kantienne. Le monde extérieur n'’existe-t-il,
d’après KanT, que pour les sujets pensants individuels ? Ou faut-il admettre
qu’il existe selon lui, en dehors de ces sujets, une loi qui les dépasse, en sorte
que le kantisme signifierait : c’est une loi qu’à tout sujet pensant se présentent
des images, — ce qui introduirait dans cette doctrine quelque chose comme la
notion d’Idée inconsciente ? Ou Kant ne s’est-il pas posé ce problème ? — Mais
Cette question sortirait des limites du Vocabulaire.
«<STUART MIiLL (pour autant qu’on peut préciser sa pensée dans certaines parties
de ses œuvres), représenterait la forme empirique de ce qu’on peut appeler la
doctrine présentative du monde extérieur. On pourrail, sous quelques réserves,
ranger à cet égard dans la même catégorie que Mill, Renouvier et les néocriticistes.
« B. Idéalisme dogmatique. Le monde extérieur est créé par le sujet considéré
soit comme conscient, soit dans son prolongement inconscient (car tous les
théoriciens de la connaissance font, sous une forme ou sous une autre, une place
Plus ou moins grande à une forme d’existence qui enveloppe l’existence consciente
et qui est connue seulement par ses effets :
.« a. Idéalisme psychologique. Le monde des images est créé par l’activité des
fujets individuels, humains ou autres, ou de la nature, conçue comme un sujet
Dhs.
mer
IDÉALISME
à retenir, est tout à la fois parente de
ce premier sens et le dépasse hardi-
ment. Cette philosophie prend le nom
d’idéaliste qui aperçoit, au-dessus du
monde actuel, tout un autre univers
que nos pensées composent et dont un
esprit omni-présent, le nôtre peut-être,
fournit le théâtre. Elle ose plus. Au
lieu que tout à l’heure, l’âme éprise du
mieux se contentait d'inventer par
delà les êtres ambiants des types em-
bellis sur la consistance desquels elle
ne se faisait nulle illusion, l'esprit
maintenant prend en lui-même assu-
rance et foi. Le réel prétendu devient,
pour lui, signe et symbole et ce sont
désormais ses pensées, avec leurs lois
inflexibles, leur inépuisable variété de
formes et de contours, qu’il estime
seules de véritables existences. Nous
conclurons, axiome où se résume la
philosophie idéaliste : ce qui existe des
choses, ce sont les idées que l’esprit en
possède. »
En effet, — sans parler des diffé-
rents sens que peut recevoir ici le mot
ka2
SR
idées — qu’entendra-t-on dans cette
formule par l'esprit ?
Sera-ce l'esprit individuel du philo.
sophe qui raisonne ? Il est certain que
le premier argument de l’idéalisme est
d’abord l'impossibilité pour l'individu
de sortir de sa conscience individuelle.
Mais Berkeley lui-même n'entend Pas
en demeurer au solipsisme. — Sera-ce
la somme des esprits individuels ? On
attribue par là à ces esprits une forme
d’existence en soi qui sert de base aux
idées et qui, par suite, implique un
réalisme comme condition de cet idéa-
lisme : par conséquent, la formule n’est
plus applicable à la rigueur. Sera-ce un
esprit universel, comme le Dieu de
Spinoza ? La même difficulté se pré-
sente pour définir le rapport de cet
esprit à l'esprit individuel, dont l’exis-
tence est le point de départ du pro-
blème.
Une manière toute différente d’en-
tendre l’idéalisme, dont les exemples
datent de l’Antiquité, et qui se mêle
quelquefois à la première, consiste à
643
IDÉALISME
rendre l'esprit en un autre sens et,
pour ainsi dire, en compréhension. On
‘ gntend alors par là un ensemble de
caractères ou de lois qui définiraient
la nature de la pensée et l’on admet
que le réel se compose d'idées, c’est-à-
dire d’essences intelligibles, qui r’ont
rien d’opaque et d’impénétrable, en
droit, pour un esprit donné qui s’efforce
de le comprendre. En ce sens, le Pla-
tonisme est très justement appelé un
idéalisme. « On pourrait dire aussi, nous
écrit M. J. LacHELIER, que le carté-
sianisme en est un, en ce sens que l’é-
tendue, dont il forme toutes choses,
n'est vraiment que l’idée objectivée de
l'étendue. » — Mais, ici encore, le sens
se divise : ou bien l’on admet que
l'esprit, ainsi défini, implique et con-
tient toute la représentation, telle
paraît avoir été l'attitude de Leibniz :
idéalisme est alors très voisin d’intel-
lectualisme au sens À ; — ou bien, en
présence des difficultés que soulève
cette forme extrênm de la doctrine
{notamment celle d'expliquer dans
cette hypothèse, l’individualité), on se
réduit comme Kant à soutenir qu'il
contient seulement la forme de la con-
naissance : mais alors il devient néces-
saire d'admettre que la matière de
celle-ci, donnée à chaque esprit indivi-
duel, constitue un réel avec lequel cet
esprit entre en contact, bien qu’impos-
sible à isoler en fait, ce réel reste en
principe la véritable chose en soi; de
sorte que l’idéalité de la sensation,
point de départ de l’idéalisme, s’en
trouve finalement exclue.
Cette indétermination qui laisse en
suspens la question de savoir si l’on
parle de l'esprit individuel, ou de l’es-
prit collectif, ou de l'esprit en général,
se rencontre dans la plupart des défi-
nitions de l’idéalisme :
« L'idéalisme, pris en général, doit
être défini : tout système qui réduit
l’objet de la connaissance au sujet de
la connaissance. Il a été formulé de
cette manière : « Esse est percipi ; l'être
des choses consiste à être perçu par le
sujet pensant. » P. JANET, Traité élé-
unique et universel. La distinction entre les diverses sortes de sujets n’est d’ailleurs
pas toujours faite par les auteurs qui soutiennent cette thèse, et souvent même la
question n’est pas posée. Théorie de SCHOPENHAUER, et semble-t-il, de TainE
(sous la forme de la théorie physiologique de la projection) ; de M. BERGSON
aussi, qui applique une conception vitaliste à la nature tout entière. On notera,
dans toutes ces philosophies, la place faite à l'inconscient.
« b. Idéalisme rationnel. Le monde extérieur résulte du développement soit des
sujets pensants, des Raisons individuelles, soit d’une raison consciente universelle,
soit enfin d'un système d’Idées indépendant des consciences, inconscient au
moins pour les consciences humaines, et qui est comme un objet par rapport
à elles. C’est le mouvement dialectique de l'esprit objectif. Attitude représentée,
avec des nuances diverses, par FICHTE, SCHELLING, HEGEL, chez qui l’on trouve
plus ou moins mêlées et plus ou moins précisément formulées, les diverses hypo-
thèses de l’idéalisme rationnel que nous venons d’énumérer.
« Je crois qu’en somme le mot idéalisme pourrait être conservé pour désigner
tous les sens distingués dans le $ 11, puisqu'il y a en effet un caractère essentiel
commun à tous ces sens, qui consiste en ce que toutes les doctrines dites idéalistes
admettent également que le monde extérieur n’existe pas en soi, indépendamment
d'un sujet.
« III. On se sert quelquefois du mot idéalisme pour désigner des doctrines qui
concernent non la relation du sujet aux choses, mais la nature même du sujet.
Aïnsi on dira que le Platonisme, le Kantisme sont des idéalismes parce qu'ils
font une place privilégiée aux Idées. Mais ce sens est, semble-t-il, en régression
et il n’y a pas lieu de le ressusciter. Il y a d’autres mots pour désigner les doctrines
en question, celui de réalisme métaphysique pour le platonisme, de rationalisme
formel ou de formalisme pour le kantisme, etc. »
Sur la Critique. Observations faites à la séance du 2 juillet 1908 :
L. Brunschvieg : « Idéalisme peut avoir un sens très précis, à condition de ne
pas séparer la théorie de la connuissance et la métaphysique ; car précisément
l'idéalisme soutient que toute la métaphvsique se réduit à la théorie de la connais-
sance. L’affirmation de l'être a pour base la détermination de l’être comme
connu, thèse admirablement nette (sauf analyse ultérieure du mot connu) par
opposition au réalisme, qui a pour base l'intuition de l’être en tant qu'être. »
L. Boisse : « Le terme d’idéalisme n'est vague que pour la pensée déréglée,
pour la pensée qui ne sent pas le besoin de relier ses éléments en des synthèses
systématiques, et de proche en proche d’aller ainsi jusqu’à un centre organique.
Il est très précis au contraire pour la pensée philosophique. On peut le définir,
et on l’a défini : toute doctrine qui donne à la pensée un avantage sur les choses
et qui considère l'esprit, le sujet, comme privilégié par rapport au monde, à
l'objet. »
Voir au Supplément, à la fin du présent ouvrage, les observations de M. A. Dar-
n et de A. Spaler sur l’unité des sens du mot Jdéalisme, trop étendues pour
pouvoir être insérées ici.
Sur Idéalisme, au sens esthétique. | | |
Ce sens ne se rattache que de bien loin au sens métaphysique du mot idéalisme.
L'idéalisme esthétique, moral, etc., est la poursuite d’un idéal, et la question de
dé
IDÉALISME
mentaire de philosophie, $ 660 (4e éd.,
p. 806). « En ontologie, l’idéalisme
consiste à dire que les choses ne sont
rien de plus que nos propres pensées.
il n’y a de réel que des sujets pensants
et la réalité des objets consiste à être
pensé par ces sujets. » GoBLoT, Voca-
bulaire philosophique, Vo, 272. —
« Pour l’idéaliste, il n’y a rien de plus
dans la réalité, que ce qui apparaît à
ma conscience, ou à À: conscience en
général. » BErcson, Le Paralogisme
psychophysiologique, C. R. du Congrès
de Genève, 1904, p. 429. (L'auteur
avertit d’ailleurs, en ce passage, qu’on
peut encore prendre, et que lui-même
a encore pris ailleurs le mot dans une
autre acception.)
On a même étendu quelquefois le
nom d’idéalisme (quoique bien rare-
ment, semble-t-il) à cette thèse que les
objets perçus sont, en soi, de mème
nature que l’esprit qui les pense, autre-
ment dit à la théorie panpsychiste.
(V. BineT, L'âme et le corps, p. 203,
oi ces deux termes sont identifiés.)
Il semblerait donc qu'il y ait lieu de
faire le moindre usage possible d’un
terme dont le sens est aussi indéter-
miné. Voir cependant les réserves de
M. A. DarBon et celles de À. SPAIER,
reproduites dans l’Appendice (S).
Rad. int. : Idealism.
« Idéalisme social », E. Social Idea-
lism, appliqué d’abord aux idées d’amé-
lioration et de progrès social qui ont
occupé la pensée de Berkeley et dé-
terminé l’œuvre philanthropique et mo-
ak
———
d’un ouvrage par Eugène FourNiÈre
(Alcan, 1898). Elle représente pour lui:
19 l’idée que l’évolution sociale mani-
feste une certaine logique ; 2° l’idée que
Phumanité, de plus en plus consciente,
devient l’ouvrière de ses destinées, et
substitue un monde de raison et de
liberté à l’état actuel, mécanique et
amoral, des phénomènes économiques.
IDÉALITÉ, D. Jdealiät; E. Idea.
lity ; L Idealita.
Caractère de ce qui est idéal au sens C
(ou idéel). « L’idéalité du temps et de
l'espace. » — « Les discussions sur la
réalité ou l’idéalité du monde exté-
rieur. » BERGSON, Matière et mémoire,
p. 1.
Ce mot, comme idéalisme, peut s’en-
tendre de deux façons assez différentes :
1° (Sens le plus usuel). Caractère de
ce qui est dans l'esprit seulement, ou
du moins qui ne peut être connu qu’en
tant que phénomène de l'esprit. « Diese
Ungevwissheit (l'incertitude sur l’exis-
tence, das Dusein, des objets extérieurs)
nenne ich die Idealität äusserer Er-
scheinungen, und die Lehre dieser
Idealität heisst der Idealismus, in Ver-
gleichung mit welchem die Behauptung
einer môglichen Gewissheit von Gegen-
stände äusserer Sinne der Dualismus
genannt wird!. » KanT, Critique de la
Raison pure, 1fe édition. Dial. transc.,
Paral. de la R. P. : « Le quatrième
Paralogisme, celui de lidéalité. »
20 (Plus rarement). Caractère de ce
qui est dans sa nature, homogène à
aus
IDÉE
: l'esprit, adéquatement saisissable par
la pensée ; par exemple, l’étendue chez
DescarTrs. On pourrait bien parler,
en ce sens, de l’idéalité du réel.
Cf. Idéalisme*, critique et observa-
tions.
IDÉAT, L. Scol., Ideatum. (Terme
rarement employé.)
A. L'objet (notamment l’œuvre d'art
ou d'industrie) produit conformément
à une idée préconçue. « {deatum est vi
ideæ productum. » (« L’idéat est ce qui
est produit par la puissance d’une
idée. ») GocLenius, 211 B, d’après
Albert le Grand.
B. Objet auquel correspond une
idée. « Idea eodem modo se habet
objective, ac ipsius ideatum se habet
realiter. » (« L'idée présente, dans
l’ordre de la pensée, les mêmes carac-
tères que son idéat dans l’ordre de la
réalité. ») SPINOZA, De Emendatione,
vu, 41. — « Idea vera debet cum suo
ideato convenire. » (« L'idée vraie doit
être d’accord avec son idéat. ») [p.,
Éthique, 1, Axiome 6. (Mais, fait-il
remarquer, ce n’est cependant pas à
cet accord qu’on en reconnaît la vérité.)
IDÉATION, D. /deation ; E. Idea-
tion ; I. Ideazione.
Formation et enchainement des
idées, au sens D. (Se dit surtout en tant
que l’on voit dans cette formation et
cet enchaînement d'idées, une « fonc-
tion naturelle » de l’esprit, à étudier
empiriquement comme les fonctions
physiologiques du corps.)
Rad. int. : Idead.
IDÉE, D. À, B, C. Jdee ; D. Vorstel-
lung ; — E. Idea; I. Idea.
Du G. ’Iôéx, proprement forme vi-
sible, aspect : viru id£xv mxvu x2x2,66,
tout à fait beau à voir. PLATON, Prota-
goras, 315 E; +iv idéav … +6 yñs, la
forme de la terre ; Ip., Phèdre, 108 D.
— D'où forme distinctive, espèce (cf.
Species, qui se rattache à Spectare,
specimen, etc., comme idéx à Iôefv,
eldec, etc.) : roAkxi idéxt modiuov, beau-
coup de formes ou de genres de guerre.
THucypipeE, 1, 109.
De là, les sens suivants, encore en
usage :
A. « Idée », au sens platonicien du
mot (s'écrit toujours dans ce sens avec
une majuscule).
« Sensu philosophico est forma vel
species rerum quæ ratione et intelli-
gentia continetur, hoc est æterna et
immutabilis, exemplum (vern. Urbild,
Idee, W'esen an Sich. Cf. elôoc). » AsT,
Lexicon Platonicum, II, 87.
Il y ajoute d’ailleurs ce qu’il appelle,
chez Platon, le « sens logique » du mot ;
mais ce sens logique, comme il le re-
marque, est inséparable du sens méta-
physique : « Et sensu qui dicitur logico,
Sur Idée, — Le texte de cet article a été remanié à la suite de la discussion qui
ralisatrice à laquelle il s’est consacré
pendant la période active de sa vie
(FRASER, Berkeley, 1871 ; 111, 87). —
Cette expression a été prise pour titre
1. « J'appelle cette incertitude l'idéalité des phino-
mènes extérieurs, et la doctrine qui soutient cette
idéalité s'appelle l'idéalisme ; par opposition À celle-ci,
la thèse qui admet pour les objets des sens externes une
certitude possible est appelée le dualisme. »
l'existence de cet idéal et de la possibilité de le réaliser n’a rien à voir avec la
doctrine qui compose le monde soit de mes idées, soit d’Idées. On peut cependant,
en y réfléchissant, trouver un point de contact. Si chaque être vivant, si l’homme,
si les œuvres essentielles de l’homme, comme les cités, sont c'oulues par la nature,
alors l’art, la morale, la politique doivent s’efforcer de découvrir cette volonté
et de l’exprimer, chacun à leur manière, dans leurs préceptes ou leurs productions :
il ne peut y avoir d’idéal que s’il y a des Idées. (J. Lachelier.)
&eu lieu dans la séance du 2 juillet 1908. On remarquera notamment que le sens
Primitivement défini sous la lettre C est maintenant désigné par la lettre D, une
division spéciale ayant été attribuée au sens d’intention, projet, dessein, qui n’avait
d’abord été mentionné que comme un intermédiaire probable entre le sens plato-
uicien et le sens cartésien.
Une nouvelle rédaction du $ B a été introduite dans la 6e édition pour tenir
Compte des critiques de M. Marsal sur le sens respectif des expressions concept et
idée générale.
La partie historique a été notablement complétée, en partie d’après des obser-
Yations reçues de G. Beaulavon, M. Blondel, F. Tônnies, et C. C. J. Webb, en
Partie d’après de nouvelles recherches de l’auteur.
V. Egger nous a signalé ce fait que Bossuer, contrairement à la plupart des
Cartésiens, conserve au mot idée son sens étroit et scolastique. Dans sa Logique,
Ont tout le livre I traite Des Idées, il les distingue des images, et remarque que
ds
IDÉE
Se
est notio communis vel generalis, quæ
Platoni non est notio a rebus abstracta,
sed ipsa rei natura animo spectata.
€ Tis dE... ldéxc voctodmr pév, d0päcôar
a d'où. » Rép., VI, 507 B. »
A ce sens platonicien peuvent se
rattacher :
1° L'usage que fait KanT du mot
Idée. Il appelle Jdées transcendentales
ou /dées de la Raison pure ce qui, dans
notre pensée, non seulement ne dérive
pas des sens, mais dépasse même les
concepts de l’entendement, puisque
l'on ne peut rien trouver dans l’expé-
rience qui en fournisse une illustration.
« Ich verstehe unter /dee einen not-
wendigen Vernunftbegriff, dem kein
kongruirender Gegenstand in den Sin-
nen gegeben werden kann!. » Cri. de
la Raison pure, Dial. transc., livre I,
$ © : von den transcendentalen Ideen.
Ces idées sont celles d'unité absolue du
sujet, de systématisation complète des
phénomènes (comprenant les quatre
« idées cosmologiques »), enfin de réduc-
tion à l'unité de toutes les existences,
idées auxquelles correspondent respec-
tivement l’âme, le monde et Dieu. —
Bien que Kant rapproche lui-même cet
1. « J'entends par Idée un concept uécessaire de la
raison, auquel aucun objet ad'quat ne peut être donné
dans les sens. »
&&6
usage de celui de Platon, on remar.
quera que le sens C n’y est pas étranger
par exemple quand il dit que « l’appa.
rence transcendentale » fournit l’idée
de trois sciences apparentes tirées de
la Raison pure. (Dialect. transe. Ré.
flexion sur l’ensemble de la psychologie
pure.) — Il ajoute qu’une fois accou.
tumé à la distinction nette de la repré.
sentation sensible, de la notion, ou
concept de l’entendement, et de l’idée,
« on ne peut plus supporter » d’en-
tendre appeler idée la représentation
de la couleur rouge, qui n’est pas
même une notion. (L'auteur visé par
Kant est sans doute LockE ; mais ce
sens est aussi celui de DESCARTES et
de Hogges : voir ci-dessous.)
20 L'usage du mot /dée en matière
d'esthétique dans les expressions com-
me celle-ci : « Das Schôüne bestimmt
sich. als das sinnliche Scheinen der
Ideet, » HEGEL, Vorlesungen über die
Aesthetik, 1, $ 1. — « La manifestation
sensible de l’idée. est l’objet de l’art. »
LAMENNAIS, Esquisse d’une philosophie,
livre VIII, ch. 1 (Mais il est possible
que dans ces textes, le mot emprunte
aussi quelque chose du sens C : inten-
1. « Le Beau se détermine comme la manifestation
sensible de l'Idée. »
les idées proprement dites sont « intellectuelles » — « L'idée, dit-il, peut-être
IDÉE
n, dessein préconçu.) — On trouve,
‘en tout cas, le sens métaphysique pur
dans le livre III du Monde comme
“solonté et représentation de SCHOPEN-
BAUER, Où il prend expressément l’Idée,
‘au sens platonicien, pour objet de l’art.
,. B. Concept* en tant qu’acte ou
- qu'objet de pensée, non en tant que
terme logique. « L'idée de Dieu ; l’idée
e temps », etc.
. L'idée générale est celle qui est consi-
gérée non seulement dans ses carac-
fères, mais aussi dans son extension
{celle-ci étant supposée supérieure à
Junité). Aussi cette expression s’em-
loie-t-elle surtout en parlant d'idées
construites par comparaison* et par
généralisation*, au sens A. Mais cet
wsage est loin d’être exclusif. Dans De
l'intelligence (2° partie, livre IV}, TAINE
divise le ch. I en deux sections
« Idées générales qui sont des copies;
idées générales qui sont des modèles. »
Idée, employé seul, a rarement ce
sens ; mais il est très usuel avec un
complément l'idée de mammifère,
l'idée de triangle, l’idée de valeur, etc.
C. Préconception, dans l'esprit, d’une
chose à réaliser ; projet, dessein. Par
œite, idée nouvelle, invention. Sens
très usité dans le langage courant :
« Avoir une idée ; un homme à idées. »
— Dans la langue du droit : « La loi
protège la forme, non l’idée. » PouiL-
LET, Propriété littéraire et artistique,
ne 20ter (communiqué par M. CLUNET).
— Plus rare en philosophie : « Idee
der Transcendental philosophie.» KANT,
Critique de la Raison pure, Introduc-
tion, $ 1. La préface de la Sémantique
de BRÉAL est intitulée : « Idée de ce
livre. » — Cf, vues, visées, qui ont le
même rapport avec videre que (dé
avec lôeiv.
D. A partir du xvue siècle (sens le
plus usuel dans la philosophie mo-
derne) : tout objet de pensée en tant
que pensé, et s’opposant par là :
10 soit, en tant que phénomène aintel-
lectuel, au sentiment et à l’action ;
2° soit, en tant que représentation
individuelle, à la vérité, et d’une façon
générale, au mode d'existence, quel
qu'il soit, que peut avoir cet objet
indépendamment de l'esprit qui le
pense actuellement.
« Quelques-unes [de mes pensées]
sont comme les images des choses, et
c'est à celles-là seules que convient
proprement le nom d'idée; comme
lorsque je me représente un homme,
une chimère, ou un ange, ou Dieu
même. D’autres, outre cela, ont quel-
ques autres formes, comme lorsque je
« L'objet immédiat de notre esprit, lorsqu'il voit le Soleil, par exemple, n’est pas
définie : ce qui représente à l’entendement la vérité de l’objet entendu. Ainsi on
ne connaît rien que ce dont on a l’idée présente. Le terme est la parole qui
signifie cette idée ; l’idée représente immédiatement les objets ; les termes ne
signifient que médiatement et en tant qu'ils rappellent les idées. Le jugement
se forme par l’union ou l’assemblage des idées. » Cet usage paraît intermédiaire
entre les sens B et D.
Voici quelques autres textes précisant ou spécifiant certains des sens indiqués
dans le corps de l’article.
DESCARTES : « /deae nomine intelligo cujuslibet cogitationis formam illam per
cujus immediatam perceptionem ipsius ejusdem cogitationis conscius sum. » Rép.
aux deurièmes obiections. Ad. et T., vi, 160. Texte pris par ARNAULD comme base
de sa discussion contre Malebranche {Des vraies et des fausses idées, ch. vi). — Cf.
Ibid., ch. v : « J’ai dit que je prenais pour la même chose la perception et l’idée.
11 faut néanmoins remarquer que cette chose, quoique unique, a deux rapports :
l’un à l’âme, qu’elle modifie ; l’autre. à la chose aperçue, en tant qu'elle est objecti-
vement dans l’âme ; et le mot de perception marque plus directement le premie”
rapport et celui d’idée le dernier (Définitions, vi).
le Soleil » (c’est-à-dire, comme il résulte de ce qui précède. l’objet extérieur à notre
corps que nous pensons sous ce nom) « mais quelque chose qui est intimement
enie à notre âme ; et c’est ce que j'appelle idée. Ainsi, par ce mot idée, je n’entends
ici autre chose que ce qui est l’objet immédiat, ou le plus proche de l’esprit quand
il aperçoit quelque objet. » MALEBRANCHE, Recherche de la vérité, livre 111, 2€ partie,
. 1, $ 1. Cf. Idées* représentatives.
Critique de l’usage de Locke par LEiBniz : « Les idées sont en Dieu de toute
éternité, et même elles sont en nous avant que nous y pensions actuellement... Si
quelqu'un les veut prendre pour des pensées actuelles des hommes, cela lui est
FER : mais il s’opposera sans sujet au langage reçu. » Nouveaux Essais, livre 111,
Ch. 1v, 17.
Idea, chez Hume (qui oppose expressément ce sens à celui de Locke), se dit des
états de conscience qui ne sont pas primitifs, mais qui consistent dans la répétition
Qu l'élaboration de ce qui constituait une donnée primitive (impression). Traité de
Nat. hum., 1er partie, livre 1, $ 1 et note; Essai, 2€ section.
Idée, au sens A, 2° : « Idée du despotisme. — Quand les sauvages de la Loui-
IDÉE
veux, que je crains, que j’affirme ou que
je nie.» DESCARTES, de Médüu., $ 5. —
« Lorsque je pense à un homme, je me
représente une idée ou image composée
de couleur et de figure... de Dieu, nous
n'avons aucune image ou idée; c’est
pourquoi on nous défend de l’adorer
sous une image, de peur qu’il ne nous
semble que nous concevions celui qui
est inconcevable. » HoBges, 5 Obj. aux
Méditations. — « Par le nom d'idée, il
(Hobbes) veut seulement qu’on entende
ici les images des choses matérielles
dépeintes en la fantaisie corporelle ;
mais j'ai souvent averti que je
prends le nom d’idée pour tout ce qui
est conçu immédiatement par l’es-
prit. et je me suis servi de ce mot
parce qu'il était déja communément
reçu par les philosophes pour signifier
les formes des conceptions de l’enten-
dement divin, encore que nous ne
reconnaissions en Dieu aucune fan-
taisie ou imagination corporelle, et je
n'en savais point de plus propre. »
DESscarTESs, Réponse à la 5° objection
de Hobbes. Cf. Réponse aux deuxièmes
objections : « Je n’appelle pas du nom
d'idées les seules images qui sont dé-
peintes en la fantaisie ; au contraire,
je ne les appelle point ici de ce nom
1. « Ici », parce qu'en d’autres passages il applique
ce mot à des images matérielles, par exemple a celles
qui se forment, suivant lui, sur la glande pinéale.
Voir Critique.
448
en tant qu’elles sont en la fantaisie
corporelle, c’est-à-dire én tant qu’elles
sont dépeintes en quelque partie du
cerveau, mais seulement en tant qu'’el.
les informent l'esprit même qui s’ap.
plique à cette partie du cerveau. ,
Raisons qui prouvent l'existence de
Dieu, etc., $ 2.
« Idea is the object of thinking. __
Every man being conscious to himself
that he thinks; and that which his
mind is applied about, whilst thinking,
being the ideas that are there, it is past
doubt that men have in their minds
several ideas, such as are those expres-
sed by the words whiteness, hardness,
sweetness, thinking, motion, man, ele-
phant, army, drunkenness and others.»
Locke, Essay, Book II, ch. 1.
« There are properly no ideas, or
passive objects, in the mind but what
were derived from sense : but there
are also besides these her own acts
or operations : such are notions?. »
BERKELEY, Siris, $ 308.
Cf. Idées* représentatives.
1. « L'idée est l'objet de la pensée. — Tout bomme
ayant en lui-même conscience de penser ; et ce À quoi
son esprit s'applique. quand il penss, étant les idces
qui s'y trouvent, il est hors de doutes que les hymnes
ont dans leur esprit diverses idées telles que sont celles
exprimées par les mots blancheur, dureté, douceur, pen-
sée, mouvemont, homme, éléphant, armée, ivresse, ete. »
— 2.4 Il n'ÿ a proprement dans l'esprit d'idées, ou d'ob-
jets passifs, que celles qui sont venues des sens: mais il
ÿ a aussi, en outre. ses propres actes ou opérations.
comme sont les notions. »
TE ——— ——_—_——_—_—_—__——
siane veulent avoir du fruit, ils coupent l'arbre au pied et cueillent le fruit. Voilà
le gouvernement despotique, » MoNTESQUIEU, Esprit des Lois, V, xiu.
Quel usage, actuellement. doit-on faire du mot « idée » ?
La première rédaction de cet article contenait, pour conclusion de la Critique,
le passage suivant :
« Hamilton déclare qu'il est impossible de réserver ce mot à un usage technique,
et qu’on ne peut plus à son époque l’employer qu'au sens vague ou il enveloppe
les présentations des sens, les représentations de l’imagination et les concepts Ou
notions de l’entendement ; que d’ailleurs il est utile d’avoir ainsi un terme très
général enveloppant out ce qui, dans l'esprit, est conçu comme corrélatif à un
objet. (Logique, leçon VII, $ 20.) Les raisons d’usage qu’il en donne n'ayant fait
que devenir plus fortes depuis ce temps, il paraît recommandable d'employer
toujours le mot au sens D, sauf dans le cas où il s'agira spécialement de la théorie
platonicienne, auquel cas la majuscule évitera toute confusion.
! 449
IDÉE
E. Spécialement : opinions, théories.
‘ p. ex. Mizuioun, Essai sur l’histoire
: naturelle des idées,
Revue philoso-
phique, février 1908. Le mot, en ce
sens, garde et accentue même son
caractère intellectualiste ; les « idées »
s'opposent aux passions, aux besoins,
aux impulsions, et dans une certaine
mesure, à la volonté. Cf. Idéologie*.
Quelquefois même le mot, en ce
gens, devient presque synonyme de
l'esprit, ou tout au moins de l’ensemble
des pensées qui s’y trouvent : « Cela
ne vient pas même dans l’idée. » Mon-
TESQUIEU, Esprit des lois, V, 4.
CRITIQUE
Le sens B du mot idée paraît d’abord
n’être que le sens A dépouillé de son
caractère métaphysique et, pour ainsi
dire, affaibli. Mais il ne faut pas oublier
que dans la langue grecque, le sens
d'iSéx est beaucoup plus large que
celui d’Idée platonicienne. On en a vu
plus haut des exemples. Chez Anis-
ToTE, il est employé en trois accep-
tions : « 1° Forma, quæ sensibus perci-
pitur : vhv idéuv paxpéc, Bpayds, etc.
(Tepi ra Léa ioroplor, VI, 35, 580 a 28)...
20 Logice, idem quod species generis,
elSoc : rù tv iyBbwv Yévos roXAXG repté-
xov iBéac (Ibid. 11, 13, 504 b 14).
30 Sensu platonico : Où =às IDéxc AÉyOvTEG
(Physique, 11, 2, 193 b 36). » D’après
BoniTz, Index aristotelicus, V9 ?’Idéx.
Le sens C est très usuel dès le moyen
âge :
“ Hoc enim significat nomen ideae
ut sit scilicet quaedam forma intellecta
ab agente, ad cujus similitudinem exte-
rius opus producere intendit, sicut
aedificator in mente sua praeconcipit
formam domus. » St THoMas D’AQUIN,
Quæstiones quodlibetales, IV, 14, 1 c,
dans ScaürTz, Thomas-Lexikon, Vo,
Idea, en ce sens, est fréquemment
opposé par lui à ideatum : voir Ibid.,
verbo 1deare.
Gocrenius le dqéfinit de mème :
« Generatim idea est forma seu exem-
plar rei, ad quod respiciens opifex effi-
cit id quod animo destinarat. » 208 A.
« Idea est ratio architectatrix, id est
secundum quam fit fabricatio in mente
artificis. » 209 B. Il l’oppose également
à ideatum : « Ideatum est vi ideae pro-
ductum, seu ideae effectum. » 211 B.
(Suit un texte d’Albert le Grand ap-
puyant cette définition.) — Mais Jdea
a aussi quelquefois, d’après lui, le sens
d'idée générale, construite par l'esprit
d'après les choses : « Ideae sumuntur
nonnunquam pro conceptionibus, seu
notionibus animi communibus. » 210 A.
(Voir plus bas.)
HAMILTON, qui a consacré plusieurs
pages de ses Discussions à l’histoire et
à la critique de ce mot, ne parle pas de
ce sens. Réfutant, et avec raison,
Brown qui attribuait au moyen âge
—————_—_—_—_—…—…—…—…—…—…—……—…"…"…"…"…——
« Le sens B est déjà très précisément désigné par concept*. Le concept est en
ce sens une des espèces du genre idée. Si l’on veut distinguer, avec quelques
logiciens, les vrais concepts (rigoureux) et les pseudo-concepts (fondés seulement
sur des ressemblances empiriques), il serait bon d’admettre que l'expression
cidée générale » désigne les uns et les autres. » |
Ces conclusions ont été désapprouvées par quelques membres de la Société :
F, Rauh : « Il n’est légitime d’appeler idée qu'un acte intellectuel portant sur
la sensation, non la sensation elle-même. L'idée, au bon sens du mot, est toujours
Une opération ou une création de l'esprit. » |
J. Lachelier : « L'emploi du mot idée pour signifier non le concept (car il
ÿ en a un), mais la sensation même du blanc ou du rouge, est intolérable, selon
4 très juste remarque de Kant. Cet emploi ne serait-il pas né d’une confusion
entre les elän de Platon et d’Aristote, et les elSwaa d'Épicure ? Quoi qu'ilen soit,
l'estime qu’il faut absolument condamner ce sens, qui a le tort énorme de confon-
re des actes de l'esprit tels que le concept (même celui d’une qualité sensible)
di.
IDÉE
l'emploi du mot idée au sens d’idée-
image, d'espèce sensible, il ajoute
« Previous to the age of Descartes, as
a philosophical term, it was employed
exclusively by the Platonists, at least
exclusively in a Platonic meaningt. »
(Discussions, p. 70 Philosophy of
perception.) Les textes ci-dessus mon-
trent que ce n’est pas exact.
Comment le sens C s'est-il produit ?
On peut vraisemblablement l’expliquer
par la représentation des idées plato-
niciennes sous la forme de pensées de
Dieu, qui formeraient le plan architec-
tural de l'Univers. Cette interprétation,
donnée par St AuGusTin, adoptée par
St THomas D’AQUIN, reste classique
dans toute la philosophie médiévale et
se retrouve chez Bacon, LE1IBNiz, etc.
La comparaison de la création divine
à la création d’une œuvre d’art, dont
l'artiste conçoit d’abord le dessein, se
rencontre déjà chez SÉNÈQUE et a vrai-
semblablement favorisé la transposi-
tion de ce mot de l’esprit divin à
Pesprit humain.
Le sens D, enveloppant tous les phé-
1. « Avantl'époque de Descartes, ce mot en tant que
terme philosophique était employé exclusivement par
les platoniciens, ou du moins exclusivement en un sens
platonicien. »
_ à 450
nomènes psychologiques représentatifs
est peut-être un élargissement popu.
laire du sens C. Beaucoup de termes
scolastiques ont ainsi passé dans Ja
langue courante (p. ex. catégorie, essen.
tiel, etc.). Cet élargissement peut avoir
été favorisé, chez les lettrés, par le
souvenir du sens grec (assez voisin
quelquefois de celui qu’a notre mot
image). « Concipiendum est sensum
communem fungi etiam vice sigilli ad
easdem /iguras vel ideas, a sensibus
externis puras et sine corpore venientes
in phantasia vel imaginatione veluti in
cera formandas. » DESCARTES, Regulae,
xt. — « Entre ces figures, … ce ne
sont pas celles qui s’impriment dans
les organes des sens extérieurs, … mais
seulement celles qui se tracent sur la
superficie de la glande H, où est le
siège de l’imagination et du sens com-
mun, qui doivent être prises pour les
idées, c’est-à-dire pour les formes ou
images que l’âme raisonnable considé-
rera immédiatement lorsque, étant
unie à cette machine, elle imaginera ou
sentira quelque objet. » In., Traité de
l'Homme, t. X],p.176-177. Cesens est le
même que celui de Hobbes. On le re-
trouve dans le Dictionnaire philosophi-
quedeVoLTaIRE:«Qu'’est-ce qu’une idée?
IDÉE
C'est une image qui se peint dans
mon cerveau. » (Ed. Beuchot, XXX,
:965.)
&# Ces textes rendent assez douteuse
sdexplication, d’ailleurs obscure, que
donne Descartes sur l’origine du sens
qu'il attribue à ce mot : voir le passage
“des Réponses à Hobbes cité plus haut.
:{1 est vraisemblable que Hobbes et
‘jui ont pris le mot dans un sens qui
existait déjà à leur époque, et qui avait
été déterminé, au moins en partie, par
Ha connaissance de l’étymologie grec-
que. HawizTon (Discussions, p. 70)
en signale l’usage dans BtcHaxax,
Historia animae humanae, Paris, 1636.
1e mot idée y est employé avec son
sens familier pour désigner les ohjets
#on seulement de l’intellect, mais de
la mémoire et des sens.
Cet usage est suivi chez presque tous
les cartésiens à l'exception de BossueT
{voir aux Observations). — Cf. notam-
ment Logique de Port-Royal, 1° partie,
ch. 1 : « Des idées selon leur nature et
leur origine. » Et, voir plus loin, à
l'article /dées représentatives, l'opinion
d'ARNAULD sur l'usage de ce mot.
SPINOZA conserve, mais en l’adap-
tant à l'usage cartésien et à sa propre
théorie, l’opposition de l'idea et de
l’ideatum : « Idea vera debet convenire
cum suo ideato. » Éthique, 1, Axiome 6.
— « Per ideam intelligo mentis concep-
tum, quem mens format propterea
quod est res cogitans. Dico potius
conceptum quam perceptionem, quia
perceptionis nomen indicare videtur
mentem ab objecto pati; at conceptus
actionem mentis exprimere videtur. »
1bid., Il, déf. III. Mais il semble hien
qu'il reste chez lui quelque chose de
l‘usage platonicien ou de l'usage sco-
lastique du mot. Car, si l’idée humaine
convient à son ideatum, ce n’est pas
parce qu’elle en est la copie, c’est
parce que l’un et l'autre dérivent de la
Nature de Dieu, dans laquelle l’idée est
en quelque sorte le trpe des choses.
D'où résulte que l'idée adéquate peut
ètre reconnue en elle-même et intrin-
sèquement, indépendamment «de sa
«convenientia cum ideato » qui lui est
extérieure. Éthique, 11, dèéf. IV.
BEerkELEY analvse et discute ce sens
en plusicurs passages de ses œuvres,
notamment Principes de la connais-
sance humaine, $ 39 et Dialogues, I
(trad. Beaulavon et Parodi, p. 182)
et HIT ‘2357 sqq.), où il fait remarquer
que ce mot « ext maintenant rommu-
nément emplové par les philosophes
avec de simples sensations passives (les qualités sensibles elles-mêmes). Je crois que
le mot idée est à conserver, soit au sens de modèle conçu par l’esprit d’un ouvrage
à exécuter (C), soit comme synonyme littéraire et populaire de concept (B), pour
signifier l’action de l’esprit qui conçoit un objet quelconque, qui ne le perçoit
pas ou ne l’imagine pas simplement, mais qui le pose comme vrai, intelligible,
rationnel en soi, bien qu’il ne nous soit le plus souvent donné que du dehors et
empiriquement. Ces deux sens ont d’ailleurs un élément commun de grande
importance : l'intérêt, le devoir étre ou le mériter d’être de cet objet. Cela est très
clair lorsqu'il s’agit des idées « exemplaires » des produits de notre activité, par
exemple d’une maison à construire ; mais l'existence d’un être vivant n’a-t-elle
pas aussi un intérêt, au moins pour lui, et même dans l’ensemble de la nature,
dont il est un moment ? N'est-ce pas un bien qu’il soit, qu’il agisse, qu'il sente ;
et par suite, son existence n'est-elle pas tout aussi voulue, quoique d’une autre
manière, que celle de la maison ? C’est cette volonté qui, vivante en lui, est son
âme, et qui, pensée en nous, est l’élément essentiel de son idée. »
— On peut répondre à ces critiques de deux points de vue différents :
19 En fait, le sens D ne comprend pas, dans l’usage moderne, et ne paraît
pas avoir compris chez les cartésiens la simple sensation, celle cle blanc ou de
rouge, en tant que reçue d’une façon purement passive par les sens (s’il est vral
que quoi que cé soit puisse être reçu par l’esprit à titre purement passifi. Mais
une pareille sensation ne constitue jamais le contenu mental immédiatement
donné à notre réflexion. Ce qui nous est présenté par les sens, ce sont des touts
concrets ; ce sont tels et tels objets particuliers {qui ne sont pas nécessairement
des êtres vivants) tels qu’une pierre, une source, une montagne. Dans le langage
moderne, en effet, un applique à ces objets le terme d'idée en tant qu'ils sont
IMaginés, ou mème en tant qu’ils sont perçus, mais toujours en vue de distinguer
la perception actuelle de ce qui, à quelque titre que ce soit, constitue la réalité
de l’objet. « Quand un ignorant voit un bâton plongé dans l’eau, l'idée qu'il
s’en fait est toute différente de la réalité. » Mais il est à remarquer qu'alors il
west pas douteux qu'il y ait un acte de l'esprit (qui précisément se révèle par son
imperfection) et que par suite, au nom de ce critère, on soit en droit de se servir
u mot idée.
2° Pratiquement, ne serait-il pas chimérique de vouloir proscrire des expressions
Comme association des idées, idée-fire, idée-force, problème de l’origine des idées ?
nombreux exemples qu’on trouve de ce mot dans les meilleurs textes philo-
#ophiques anglais et français, pour désigner des représentations concrètes et
Particulières, peuvent difficilement être considérés comme fautifs. L’étymologie,
ailleurs, est d'accord avec l'emploi le plus large de ce mot : chez Aristote lui-
dé
IDÉE
pour désigner les objets immédiats de
l’entendement ».
Sur la légitimité du sens D, et sur
le meilleur usage à faire actuellement
de ce mot, voir ci-dessous Observations.
Rad. int. : C. Ide.
EXPRESSIONS SPÉCIALES
Idée adéquate, inadéquate, etc., voyez
ces mots.
Idée fixe, phénomène mental con-
sistant dans la permanence morbide
d’un état de conscience prédominant,
que le cours ordinaire des idées et
lPaction de la volonté ne peuvent faire
disparaître.
Idées-forces, terme employé (d’abord
par A. FouiLLéE) pour caractériser les
phénomènes psychiques, en tant qu’ils
présentent inséparablement un carac-
tère actif et un caractère intellectuel.
« Au point de vue psychologique, nous
a écrit A. Fouillée, si l’idée est appelée
force, c’est que tout état mental enve-
loppe à la fois un discernement (germe
k59
de l’idée) et une préférence (germe de
l’action).
« Au point de vue physiologique,
toute préférence étant accompagnée
d’impulsions en un certain sens et de
mouvements commencés en ce sens,
toute préférence peut être appelée
force ; et comme tout discernement est
une préférence, tout discernement est
force, toute idée est virtualité de mou-
vements.
« Enfin, au point de vue de la philo-
sophie première, l’évolutionnisme des
idées-forces est la doctrine qui admet
que la conscience, avec les idées où
elle s'exprime, n’est pas un simple
reflet ou épiphénomène, mais est un
facteur de changement, une cause
réelle ; bien plus, qu’elle est la réalité
même, présente à soi, se modifiant, et
se dirigeant par la pensée de ses modi-
fications possibles et de ses directions
les meilleures. L'évolutionnisme des
idées-forces s'oppose ainsi, d’une part,
à l’évolutionnisme mécaniste de Spen-
cer et de l’école anglaise ; d’autre part,
à l’évolutionnisme anti-intellectualiste
des partisans de la contingence, qui
même, comme on l’a vu, il est pris dans des acceptions très diverses. Peut-être
la répugnance de Kant et sa sévérité viennent-elles d’une attention trop exclusive
donnée au sens platonicien : ce sens était une restriction très spéciale d’un mot
beaucoup plus compréhensif.
Mais une autre considération doit entrer en ligne de compte. Ce que représente
essentiellement le mot idée, dans son usage moderne, c’est la pensée individuelle
et actuelle d’un objet, opposée à ce que cet objet est en lui-même (cf. idéalité,
idéalisme, etc.). Lorsque cet « en lui-même » est conçu d’une façon métaphysique,
ontologique, on aboutit à la théorie des idées représentatives*, et cet usage explique
la faveur où le mot a été tenu au xvii® et au xvitie siècle. Les mêmes raisons le
rendent aujourd’hui suspect : mais peut-être est-ce à tort. Car nous avons encore
besoin, au sens le plus positif, d’opposer la représentation actuelle et individuelle
à la réalité (définie en dehors de toute ontologie, en tant que représentation
normale). D’où la légitimité du sens D, tel qu’il a été défini ci-dessus : Idée sert
alors à désigner un objet de pensée quel qu'il soit, en tant que pensé, c’est-à-dire
d’une part, en tant que phénomène intellectuel (et non pas action ou sentiment) :
d’autre part, en tant que représentation individuelle (et non pas existence réelle,
au sens empirique de ce mot.) (A. L.)
Sur Idées-forces. — M. Fidelino pe FicueiREDo, philosophe portugais, pro-
fesseur à l’Institut des Hautes Études de Lisbonne, emploie image-force fimagem-
fôrça). Interpretagées, p. 14, 24-25, etc.
IDENTIFICATION
Limettent un devenir sans lois univer-
lles et sans universelle intelligibilité. »
“Moir La psychologie des idées-forces,
4893 ; l’Évolutionnisme des idées-forces,
4890 : La morale des idées-forces, 1908.
: Idées-Images, G. etôwaa; L. Species,
imulacra. Représentations matérielles,
mages réduites que les objets envoient
dans les sens et qui causent la percep-
ÿon, d’après la théorie de DÉMOCRITE,
des Épicuriens et de quelques scolas-
tiques. Voir Espèces*.
; Idées inaées, adventices, factices,
#yez ces mots.
. Idées représentatives. On appelle
dhéorie des idées représentatives la théo-
ñe de Descartes, Locke, etc., d'après
laquelle, entre l'esprit qui connaît et
l'objet qui est connu, il n’y a pas
relation immédiate, mais seulement
relation médiate par le moyen d’un
trtium quid, l’idée, qui est à la fois,
d'une part, état ou acte de l'esprit,
et de l’autre, représentation de l’objet
connu.
: Cette expression sert d'ordinaire à
eritiquer plutôt qu’à exposer la théorie
en question. Elle paraît avoir pris nais-
sance dans la polémique d’ARNAULD
contre MALFBRANCHE. Voir Observa-
tions.
Dans le traité Des vraies et des fausses
idées, Arnauld approuve Malebranche
d'avoir pris d’abord idée, au début de
le Recherche de la vérité, pour syno-
nyme de pensée, au sens le plus large
du mot, et d’avoir identifié l’idée d’un
objet avec la perception même de cet
ébjet. Il lui reproche d’avoir ensuite
Changé le sens de ce terme dans la
—
seconde partie du livre III, qui a pour
titre : « De la nature des Idées », et
dans les Éclaircissements. « Ce ne sont
plus les pensées de l’âme et les percep-
tions des objets qu'il appelle idées,
mais de certains êtres représentatifs des
objets différents de ces perceptions,
qu’il dit. être nécessaires pour aper-
cevoir les objets matériels. — Je sou-
tiens. que les idées prises en ce dernier
sens sont de vraies chimères. » (Ch. 111,
pp. 38-39 de l'édition J. Simon.)
MALEBRANCHE, dans sa Réponse, se
sert plusieurs fois de l'expression :
« Les idées sont représentatives. »
« IDÉEL », néologisme proposé pour
désigner sans équivoque le sens C du
mot Idéal, adjectif. Voir les Observa-
tions sur ce mot, au début.
IDENTIFICATION, D. Jdentifikation ;
E. ‘Identification, Identifying ; 1. Iden-
tificazione.
A. Action d'identifier, c’est-à-dire de
reconnaître pour identique, soit numé-
riquement, p. ex., « l'identification d’un
criminel » ; soit en nature, p. ex. quand
on reconnaît un objet comme apparte-
nant à une certaine classe (comme
étant une clef, un chapeau, un aliment),
ou encore quand on reconnaît une
classe de faits pour assimilable à une
autre : « L'identification de la lumière
et de l’onde électromagnétique. »
B. Acte par lequel un être devient
identique à un autre, ou par lequel
deux êtres deviennent identiques (en
pensée ou en fait, totalement ou secun-
dum quid). — En particulier, processus
psychologique par lequel un individu A
transporte sur un autre, B, d’une ma-
nière continue et plus ou moins durable,
Sur Idées représentatives. — Cette expression paraît avoir son origine dans
passages de Descartes où il déclare que nos idées « représentent » plus ou
Moins parfaitement des « patrons », des « originaux » dont elles peuvent déchoir,
Mais que leur perfection est de reproduire fidèlement.
Voir par exemple Méditations, 111, 9-10 et 13 : « Entre ces idées qui sont en moi,
tre celle qui me représente moi-même à moi-même... il y en a une autre qui me
leprésente un Dieu, d’autres des choses corporelles et inanimées, etc. »
dé.
IDENTIFICATION
les sentiments qu’on éprouve ordinai-
rement pour soi, au point de confondre
ce qui arrive à B avec ce qui lui arrive
à lui-même et même quelquefois de
réagir conformément à cette confusion.
REMARQUE
Le motne paraît pas avoir été jamais
employé au sens étymologique rigou-
reux : action de rendre identique ; et le
verbe « identifier » lui-même ne pré-
sente que très rarement cette accep-
tion.
IDENTIQUE, D. Identisch ; E. Iden-
tical,; I. Identico.
De Idem, le même. — L’un des con-
cepts fondamentaux de la pensée, im-
possible par conséquent à définir.
Ce terme s'applique :
A. À ce qui est unique, quoique
perçu, conçu ou nommé de plusieurs
manières différentes. « L'Étoile du Ma-
tin = l'Étoile du Soir. » — « Le lieu
454
d’un point et d’une droite = la section
conique parallèle à une génératrice, ,
— « Le lac Léman = le lac de Genève,
B. A un indiviäu (ou à un être asgj.
milable à cet égard à un individu),
quand on dit qu'il est « le même » oy
« identique à lui-même » à différents
moments de son existence, malgré Jes
changements parfois considérables qui
peuvent y être survenus.
C. À deux ou plusieurs objets de
pensée qui, tout en étant numérique.
ment distincts, sont considérés comme
présentant exactement toutes les mé.
mes propriétés ou qualités. « Eadem
sunt quæ sibi invicem substitui pos-
sunt salva veritate. » Cette définition
s'oppose à celle de l'égalité : caractère
des choses qui peuvent être substituées
lune à l’autre salva magnitudine.
LEIBNiz, Specimen calculi universalis,
Gerhardt, VII, 219 sqq.
Voir Jdentité*, Critique.
: h Jdentique (proposition), ou, par abré-
tion, Identique, subst. — Celle dont
; sujet et le prédicat représentent un
‘mème être ou un même concept (soit
“ar le même terme, soit par des termes
« Cette démonstration.
‘deit encore voir l’usage des identiques
æ#firmatives, que plusieurs prennent
ur frivoles… » LEIBNIZ, Nouveaux
Preis, IV, 1, 1. Cf. Tautologie*.
ConpiLLac oppose les « Propositions
gentiques » aux « Propositions instruc-
gives », à peu près au sens où Kant
garle de propositions analytiques et syn-
étiques ; mais il ajoute qu’elles ne sont
fan ou l’autre que « par rapport à l’es-
grit qui en juge ». Art de penser, ch. x.
#IDENTITÉ, D. Jdentität; E. Iden-
My; Idenuta.
# À. Caractère de ce qui est identique,
&u sens A. « L'identité de la bataille
#°
IDENTITÉ
de Kôniggraetz et de la bataille de
Sadowa. »
B. Caractère d’un individu, ou d’un
être assimilable à cet égard à un indi-
vidu dont on dit qu’il est identique au
sens B, ou qu’il est « le même » aux
différents moments de son existence :
«a L'identité du moi. » — « La recon-
naissance de l'identité d’un individu
condamné. sera faite par la Cour. »
Code d’instr. criminelle, art. 518.
Ces deux premiers sens sont désignés
indistinctement, d’ordinaire, sous le nom
d'identité numérique. Pour le sens B,
on dit aussi identité personnelle, identité
Juridique. Voir ci-dessous, Critique*.
C. Caractère de deux objets de pen-
sée, distincts dans le temps ou dans
l’espace, maïs qui présenteraient toutes
les mêmes qualités. — Ce sens est
désigné d’ordinaire sous le nom d’iden-
tité qualitative ou spécifique.
4!
géométrique des points équidistants Rad. int. : Ident.
Sur Identique.
On pourrait, ce me semble, définir directement l'identité : est identique ce qui,
paraissant plusieurs ou apparaissant sous plusieurs aspects, est en réalité et dans
son fond, un. (J. Lachelier.) — N’v aurait-il pas à cette définition une deuble
difficultélogique ? La copule est. d’une part, suppose elle-même la notion d'iden-
tité ; et le mot un, d'autre part, paraît n’être dans ce cas qu’un synonyme du
terme à définir. Les logiciens modernes (Peano, Russell, Couturat) se sont au
contraire efforcés de définir l’unité et la pluralité numériques au moyen des
notions plus fondamentales du même et de l’autre. (A. L.)
— L'identique ne se définit pas plus par la négation de la différence que la
différence par la négation de l'identique, il y a là deux concepts qui s’impliquent et
qui sont la définition fondamentale de la pensée. Il est à noter cependant que
l'identique est privilégié par rapport à la différence : la différence pure est impen-
sable. (L. Boisse.) — Peut-être en faudrait-il dire autant de l'identité pure,
malgré le vôrots voñozws vonoic. Mais d’ailleurs le privilège de l’identité ne m'en
semble pas moins très réel : il consiste en ce que la différence est toujours imposée
à l'esprit comme un problème à résoudre, tandis que l'identité au contraire, lui
donne satisfaction, et résout le problème. Le mouvement de l'intelligence sc fait de
l’autre au même ; et par suite on peut dire que ce dernier, marquant le sens de
l'effort intellectuel, exprime plus essentiellement la nature de l'esprit. (A. L.)
— Îdentique, outre les diverses acceptions signalées, comporte, ce semble,
diverses distinctions complémentaires : :
1. Au point de vue intellectuel, la connaissance est dite identique à son objet
par les scolastiques et les métaphysiciens qui admettent que « Jntellectus in a£tu
et intellectum in actu idem sunt. » (S. THomas, Opusculum II, cap. 83.) Idem n€®
#ium sunt. C’est la possibilité, c’est l’intelligibilité même de cette identité dans
fétérogénéité que met en question la pensée critique.
“* 2 A un point de vue affectif et éthique, les sentiments et les volontés sont
#entiques, lorsqu'elles s'unissent en restant distinctes et en jouissant même de ce
tédoublement dans l’unité. Unum nec idem sunt.
8. À un point de vue psychologique et métaphysique il n’y a pas d’êtres iden-
dques les uns aux autres, mais un être reste identique à lui-même dans la mesure
à recueillant perpétuellement son passé dans son présent et résumant ses propres
Eangements, il demeure solidaire de sa tradition entière, et constitue son fieri
&ultiple et hétérogène en un esse ; unum et idem est. (M. Blondel.)
‘: Sur Identité. — Article remanié d’après des observations de V. Egger, et
&.Lachelier ; augmenté d’un texte communiqué par M. Clunet et d’une indication
des à R. Eucken.
“: L'identité qualitative, si le principe des indiscernables est vrai, est un idéal (au
ds À, 20) de ce mot. Or ce principe, que Leibniz fondait sur des considérations
@étaphysiques, peut être considéré comme une loi de l'expérience. Les « deux
Buttes d’eau » de la locution populaire ne sont identiques que si on ne leur
Mande pas autre chose que d’être des gouttes d’eau. Tous les objets de notre
EXPérience sont dans le même cas, parfois identiques pour une expérience rapide
* SUPerficielle, c’est-à-dire identiques en apparence, identiques en ce qu'ils
vent recevoir la même dénomination, mais seulement semblables si on les
; dère plus attentivement. L'identité qualitative est donc une conception de
sert simplement suggérée par l'expérience.
le “t-on le droit de prendre pour exemple d’identité qualitative, comme on
avait fait dans la première rédaction de cet article « l'identité de deux des unités
T*MPOsant un même nombre cardinal » ?
“ deux unités sont égales : elles ne sont pas identiques. L'unité arithmétique
A
IDENTITÉ 456
—
On remarquera qu'il s’agit ici de
deux objets de pensée en général, non
pas nécessairement de deux touts con-
crets. Pour ceux-ci, en effet, il semble
impossible qu'il, satisfassent à cette
condition sans être également identi-
ques au sens À. Voir ci-dessous Jden- 1.
tité des indiscernables.
D. Relation, au sens logique, qu'ont
entre eux deux termes identiques ; for-
mule énonçant cette relation. — On
appelle en particulier identité en mathé-
matiques, une égalité algébrique qui
subsiste quelles que soient les valeurs
attribuées aux lettres qui la consti-
tuent, par exemple (a + bj? = a? +
b? + 2 ab.— En ce sens, le mot S’Oppo.
se à équation (égalité qui ne subsiste que
pour certaines valeurs des inconnues
et qui sert, par suite, à les déterminer).
REMARQUES
L'identité se marque par Je
signe —=. Mais, dans l’usage courant,
on se sert souvent en ce sens du signe —
qui prête à l’équivoque. Il vaudrait
donc mieux l’éviter.
2. La distinction de l'identité numé.
rique et de l'identité spécifique ou qua-
litative vient d’Aristote par l’intermé.
diaire de la scolastique. Le Thomas.
Lexikon de ScHÜTz distingue, d’après
n'est pas sans parenté avec l'identité qualitative, je le crois, mais elle s’en distingue.
Deux identiques, étant indiscernables, ne font qu’un. Or l’unité arithmétique
est telle que 1 et 1 ne font pas 1, mais 2. Que cette unité soit fille, psychologique-
ment, de la mêmeté!, je le crois volontiers. Mais l’altérité qui s'oppose à cette
mêmeté possède elle-même une mêmeté; une mêmeté et une mêmeté font deux
mêmetés : c'est qu’il ne s’agit pas de la même mêmeté. L'unité arithmétique
est constituée par cette association du même et de l’autre qui permet et exige
la pluralité de l’unité. On peut d'ailleurs penser la mêmeté des mêmetés comme
telles : c’est l’idée abstraite et philosophique de l'unité ; mais cette idée n'est
d'aucun usage en mathématiques. Considérons la mêmeté des mêmetés : 4 et 1
sont 1 ; — l’altérité des mêmetés : 1 et 1 font 2. D’où je conclus que l'égalité des
unités est autre chose que l'identité qualitative. (V. Egger.)
Il est incontestable qu'au point de vue de la logique formelle a + a — a
et a X a=a; ces formules sont classiques. Je ne conteste pas non plus que
pour faire un « nombre concret » il faille des unités concrètes, par exemple six
jetons matériels, qui par suite ne seront pas rigoureusement indiscernables, ou
qualitativement identiques. Mais d’autre part, c’est en faisant abstraction de tout
ce qui les distingue qualitativement qu'on peut les additionner, et les désigner
par un seul et même nom. « On n'’additionne pas des fagots et des bouteilles »
avait coutume de dire un excellent professeur de mathématiques. — Si donc
nous passons à la limite, et que nous considérions le « nombre abstrait », il sera
formé d’unités idéales (au sens A), rigoureusement interchangeables, indiscer-
nables, et multiples seulement en ce qu’elles sont chronologiquement ou spatia-
lement extérieures l’une à l’autre, comme sont l’un par rapport à l’autre chacun
des cent décimètres carrés qui forment un mètre carré. C’est en ce sens que je
les appelle « qualitativement identiques ».
Il me semble même qu'il serait légitime d’accepter, à côté du sens rigoureux
C, qui n’est jamais applicable qu'à une limite idéale, le sens pragmatique du mot
identique et identité, très fréquent dans la langue courante : deux choses sont
dites identiques, en ce sens, quand elles ne diffèrent en rien relativement auT
effets qu’on en attend, aux usages qu’on en peut faire : par exemple deux exem-
plaires « identiques » d’un même livre. (A. L.)
1. Le mot de mémelé est de VOLTAIRE. « @n pourrait dire en français mêmeté », écrit-il dans le Dicl. Phüosophiqus:
au mot Identité.
+
IDENTITÉ
int THOMAS D’AQUIN, 27 sortes d'i-
ntité, dont les principales sont
um definitione, idem genere, idem
“teria, idem specie, idem numero ;
ds secundum analogiam, opposé à
secundum univocationem ; idem
seundum quid opposé à idem simpli-
aiter ou totaliter, etc. — VO Idem, 362-
#83. — Gocrenius donne un tableau
du mème genre au mot Jdentica.
& 11 est à remarquer que l'expression
identité numérique, comprenant les deux
sæns À et B, est très équivoque. Il y
grait lieu de chercher une désignation
meilleure pour le second de ces sens :
ældem numero, où le même individu »,
BeiBN1Z, Nouveaux Essais, II, ch. XX vit
#4. Locke, dans le chapitre correspon-
dent des Essais, et LEIBNiz, dans ce
même chapitre, se servent aussi pour
désigner cette idée des expressions
entité individuelle et identité person-
walle. Ce dernier distingue de plus
Videntité physique et réelle (qui nous est
cmmune avec les bêtes, et fonde l’in-
cessabilité de leur âme), de l'identité
morale, fondée sur la « consciosité » ou
le sentiment du moi, qui nous rend
éapables de sentir les chäâtiments et
ke récompenses, et qui fonde l’immor-
talité de l’âme humaine. (Vouv. Essais,
H, ch. xxvu, $ 9.) — Voir également
KanT, Raison pure, Amphibolic des
concepts de réflexion, $ 1.
Nous avions d’abord proposé en ce
sens l’expression d'identité temporelle,
qui ne préjuge rien à l’égard de l’indi-
tidualité ou de la personnalité de l’être
dont il s’agit ; mais en raison des objec-
10ns d’un autre ordre que soulève ce
terme, nous nous hasardons à proposer
celui d’ « identité juridique » qui peut
8 dire de personnes ou des choses ;
l'expression de Leibniz : « identité
Morale » semble aussi très recomman-
able, dans le cas particulier où il
Sagit d'une personne.
Rad. int. : Identes.
.* Identité des indiscernables », prin-
Gpe de Le1isniz, d’après lequel deux
‘Djets réels ne peuvent être indiscer-
nables, c'est-à-dire identiques au sens C,
sans être aussi identiques au sens À,
c’est-à-dire sans se confondre rigoureu-
sement. Il équivaut donc à cette thèse
qu'il n’y a dans la nature rien d’indis-
cernable, ou d’identique au sens C. Voir
Indiscernable*.
« Identité partielle. » LAROMIGUIÈRE
( Discours sur l'identité dans le raisonne-
ment) désigne ainsi l'identité, au sens C,
d’une partie des éléments qui compo-
sent un tout concret, soit matériel, soit
psychologique. Cette expression a été
reprise par V. Eccer, Essai psrcholo-
gique sur le jugement, Revue phil»sophi-
que, juillet-août 1893, octobre 1894.
Identité* (Principe d'). — On l’é-
nonce ordinairement sous la forme :
« Ce qui est, est ; ce qui n’est pas, n’est
pas. » En notations, a = a ; ce qui n’est
pas vrai seulement de l'égalité mathé-
matique, mais ce qui veut dire a 3 a,
la lettre a pouvant représenter ici soit
un concept, soit une proposition. Il
faut bien le distinguer du principe de
contradiction, d’après lequel le con-
traire du vrai est faux ; et du principe
de milieu exclu, d’après lequel, de deux
propositions contradictoires, l’une est
vraie et l’autre est fausse. (En nota-
tions, aa = AN; (a) — a, ou encore
aU a = V.)
En dehors de son usage purement
formel, le sens du principe d'identité
n'est pas toujours entendu de la même
manière. Il peut signifier : 1° que les
concepts logiques doivent être déter-
minés, c’est-à-dire fixes; autrement
dit, en pratique, qu'un même terme
doit toujours, au cours d’un raisonne-
ment, représenter un même concept ;
— 2° que le vrai et le faux sont intem-
porels, non variables : « Once true,
always true ; once false, always false.
Truth is not only independent of me,
but it does not depend upon change
and chance. No alteration in space or
time, no possible difference of any
event or context, can make truth fal-
sehood. If that which I say is really
IDENTITÉ
true, then it stands for evert, » BRAD-
LEY, Logic, p. 133. — Cf. SIGWwaART,
Logik, 1, 104-118; J. N. KEYNES,
Formal Logic, 451-454, et voir dans le
corps du Vocabulaire les articles Lois*
de l'esprit, Principes* logiques, Rai-
son*. — 3° Enfin, E. MEyerson et à
sa suite quelques auteurs contempo-
rains entendent par là l’assertion que
ce qui existe véritablement demeure
sans changement. Mais comme ce prin-
cipe serait alors faux (à moins de le
prendre comme une définition décisoire
de « ce qui existe véritablement »), il
faut, si l’on veut lui maintenir une
valeur, le transformer, comme il le
fait d’ailleurs, en un idéal vers lequel
la raison tend sans jamais pouvoir le
réaliser intégralement. Voir E. Le-
ROUx, Les deux visages du principe
d'identité, Bulletin de la Société philo-
sophique de l'Ouest, juillet 1939.
« Philosophie de l'identité », D. Zden-
titätsphilosophie, Identitätssystem. —
Doctrine philosophique de SCHELLING,
1. Ce qui est une fois vrai est toujours vrai, une fois
faux, toujours faux. La vérité u’est pas seulement
indépendante de moi, mais elle ne s'appuie sur rien
de variable ou de fortuit. Aucun changement dans
le temps ou l’espace, sucune différence possible de
fait ou de contexte ne peut rendre fausse une vérité.
Si ce que je dis est réellement vrai, il le demeure éter-
aellement.
458
————————— "#8
fondée sur l'identité originelle de la
nature et de l'esprit, de l'idéal et du
réel. L'expression remonte à Schellin
lui-même : « … Cette philosophie &
la nature que M. de Schelling appelait
lui-même la science de la Non-diffe.
rence (Indifferenz), de l’Identité… ,
MATTER, Schelling, ch. xx, p. 109. —
Elle est tout à fait classique chez Jes
critiques et les historiens (voir p. ex.
SCHOPENHAUER, Geschichte der Lehre
von Idealen und Realen, $ 5).
IDÉOLOGIE, D. Ideologie ; E. Ideo.
logy ; L Ideologia.
A. Mot créé par DESTUTT DE TRACY.
Voir son Mémoire sur la faculté de
penser (Mémoires de la deuxième classe
de l’Institut, 1er volume, 1796-1798) et
son Projet d’ Éléments d'idéologie (1801) :
science qui a pour objet l’étude des
idées (au sens général de faits de cons-
cience) de leurs caractères, de leurs
lois, de leur rapport avec les signes qui
les représentent et surtout de leur ori-
gine.
Ce mot a été employé assez fréquem-
ment par STENDHAL, qui le prend sur-
tout au sens logique : « Un traité
d’Idéologie est une insolence : vous
croyez donc que je ne raisonne pas
bien ? » Histoire de la Peinture en Italie,
vre III, p. 66. — De même par TAINE
qui faisait très grand cas de Stendhal).
oir notamment Correspondance, to-
Aime IV, 18 juin 1887.
Les Idéologues sont proprement le
upe philosophique et politique dont
# principaux représentants étaient
‘Destutt de Tracy, Cabanis, Volney,
‘ÿarat, Daunou.
: Destutt de Tracy disait Jdéologiste ;
le mot Îdéologue paraît avoir été créé
ns un esprit de dénigrement (Naro-
#ÉON, CHATEAUBRIAND). Voir PICAVET,
Les Idéologues, 1'e partie.
“ B. Au sens péjoratif, analyse ou dis-
eussion creuses d'idées abstraites, qui
ge correspondent pas aux faits réels.
Le mot Jdéologue se prend aussi
fans ce sens; voir ci-dessus.
#.C. Doctrine qui inspire ou paraît
isspirer un gouvernement ou un parti.
: D. Pensée théorique qui croit se dé-
velopper abstraitement sur ses pro-
pres données, mais qui est en réalité
IDÉO-MOTRICE
l'expression de faits sociaux, particu-
lièrement de faits économiques, dont
celui qui la construit n’a pas conscience,
ou du moins dont il ne se rend pas
compte qu’ils déterminent sa pensée.
Très usuel en ce sens dans le marxisme.
Voir Observations ci-dessous.
Rad. int. : A. Ideologi.
IDÉOLOGIQUE, D. Ideologisch ; E.
Ideological ; 1. Ideologico.
A. Qui appartient à l'idéologie.
B. Spécialement : « L’explication
idéologique », en sociologie, est celle
qui met en cause des idées et non des
faits matériels. L'expression vient de
K. Manx, qui appelait idéologique \par
opposition aux faits économiques) tout
ce qui est représentation ou croyan-
ce, systèmes philosophiques ou reli-
gieux. Voir /déologie C et Observations.
Rad. int. : Ideologi.
IDÉO-MOTRICE (force), E. Mouor-
Idea (Bain). Voir Idées* forces.
: Sur Idéologie. — Article complété d’après des documents envoyés par F. Mentré
à G. Beaulavon. Le sens C a été introduit à la suite d’une remarque pénétrante
de M. Weidlé.
«: Le sens D a été ajouté dans la 6€ édition d’après les indications de \. Marsal,
qai nous communique les textes suivants :
« L’idéologie est un processus que le
Sur Identité (Principe d’). — Le sens physique, donné par E. MEYERSON à
cette expression est rare ; et chez lui-même, on ne le rencontre fréquemment que
dans son premier ouvrage, Identité et Réalité ; p. ex., ch. 1, p. 32 : « Il est facile
d'établir la liaison entre la notion du rationnel et celle de la persistance à travers
le temps. Le principe d'identité est la véritable essence de la logique, le vrai
moule où l’homme coule sa pensée. » P. 33 : « Le principe de causalité n’est que le
principe d'identité appliqué au temps. » Cf. pp. 365, 370, 378-79, 390, 401, etc.
L'Explication dans les Sciences en fait peu d’usage, et la prend en un sens bien
p'us restreint.
Il le rapporte à Sptr, et en donne comme référence Pensée et Réalité, 1876,
p. 327-328. (Identité et Réalité, p. 360.) Il faut toutefois remarquer que chez Spir
le principe d'identité n’a pas avec la réalité le même rapport que chez Meyerson-
Il l’énonce : « Le concept du réel ne diffère pas du concept de l’identique avec
soi-même. » Jbid., livre II, ch. 11, $ 2. Mais il en conclut que seul l’ « inconditionné
ou « absolu ; est réel, que le monde sensible est une apparence ; et s’il admet
que « le principe de causalité s’en déduit », c'est en ce sens que dans le monde
phénoménal cet absolu s’exprime exclusivement dans les lois, seules identiques à
elles-mêmes. Jbid., 1re partie, livre III, ch. 1, $ 4.
œi-disant penseur accomplit bien avec conscience, mais avec une conscience
mussée. Les forces motrices qui le meuvent lui restent inconnues, sinon ce ne
særait point un processus idéologique. Aussi s’imagine-t-il des forces motrices
fausses ou apparentes. Du fait que c’est un processus intellectuel, il en décrit le
Contenu ainsi que la forme de la pensée pure, soit de sa propre pensée, soit de
œælle de ses prédécesseurs ; il travaille avec la seule documentation intellectuelle,
qu'il prend sans la regarder de près comme émanant de la pensée, et sans l’étudier
davantage dans un processus plus lointain et indépendant de la pensée. » ENGELS,
Lettre à Mehring, 14 juillet 1893. « … une idéologie, c’est-à-dire un ensemble d'idées
Vivant d’une vie indépendante et uniquement soumis à ses propres lois. Le fait
Que les conditions d'existence matérielle des hommes, dans le cerveau desquels
8 poursuit ce processus idéologique, déterminent en dernière analyse le cours de
%Æ Processus, ce fait reste entièrement ignoré d’eux, sinon c’en serait fini de toute
éologie. » EnceL.s, Ludwig Feuerbach. Cf. le titre et le contenu de l'ouvrage de
Marx, Deutsche Idéologie.
Sur Idéo-motrice (Force). — D’après W. JAMES (Textbook of psychology, 423),
enter serait le premier qui ait employé l’expression ideo-motor action, en
OpPosant à la volitional action (Mental physiol., II, ch. xtv, p. 557). Cet ouvrage
te de 1874 : mais il faut remarquer que, sinon le mot, du moins l’idée, se trouve
qottement dans la Psychologie rationnelle de RENOUVIER (1'e édition, 1859) qui
4 rattache lui-même à une remarque de Cabanis. Voir Vertige* mental.
P
ii
IDIOLOGIE
__460
IDIOLOGIE, (S).
IDIOSYNCRASIE, du G. ’Iétoouyxpa-
ox; D. Idiosyncrasie ; E. Idiosyncrasy,
Idiocrasy ; 1. Idiosincrasia, Idiocrasia.
A. Sens étymologique : l’ensemble
des éléments dont la combinaison cons-
titue le tempérament et le caractère
individuels.
B. Une particularité psychologique
saillante chez un individu.
Rad. int. : A. Idiosinkrasi ; B. Idio-
krasi.
IDIOT, D. Blüdsinnig; E. Idiot;
L Idiota.
Au point de vue psychologique,
l’idiot est essentiellement, comme l’im-
bécile, un faible d'esprit. Mais ils for-
ment deux types de caractères très
différents : l’idiot est en général lent,
hébété, de sens obtus, dépourvu d’at-
tention, sans imagination, sans initia-
tive, sédentaire, souvent timide ; peu
suggestible, mais obéissant et régulier ;
au point de vue des sentiments, capable
d’attachement, de reconnaissance et de
pitié, plus accessible à la douceur que
sensible à la crainte; — l’imbécile a
l’imagination désordonnée, les associa-
tions rapides et incohérentes, l’atten-
tion éveillée, mais instable ; malgré son
évidente incapacité à réussir ou même
à achever ce qu’il fait, il garde une
haute opinion de lui-même ; il aime à
réclamer et à se targuer de ses droits ;
il est rebelle au travail, entreprenant
pour les choses inutiles ou malfaisantes,
impulsif, indiscipliné, vagabond; il est
fier de se montrer désobligeant ou gros-
sier. Sa suggestibilité est grande, mais
spécialisée ; il est peu sensible aux bons
traitements, beaucoup à la menace et
surtout à la flatterie.
L'idiot se distingue, en outre, de
l’imbécile en ce qu’il présente généra.
lement, au point de vue physique, des
infirmités, très rares chez ce dernier .
cécité, surdité, strabisme, bégaiement
hémiplégie, contractures, gâtisme, goi.
tre, etc. — La microcéphalie se ren.
contre chez l’un et chez l’autre.
D'une façon générale, on peut dire
que l’idiot est essentiellement incom-
plet et arrêté, qu'il est « extra-social »:
et que l’imbécile est développé, mais
d’une façon anormale et dans un sens
malfaisant, qu’il est « antisocial »
(Résumé de SoLLier, Psychologie de
l’idiot et de l’imbécile, 1891.)
Au point de vue légal : « L’idiotie
est distincte de la folie, à laquelle se
rattache au contraire la démence. »
Répertoire général de droit français, par
Fuzac, HERMANN, CARPENTIER, etc.,
Vo Aliéné, n° 613.
« Ydiotisme moral », distingué par
Guyau de la Folie morale* proprement
dite (Éducation et hérédité, ch. n, $ 4,
p. 69). Cette dernière ne consiste, selon
lui, que dans les impulsions anormales,
analogues à la dipsomanie, kleptoma-
nie, etc. ; l’idiotisme moral serait l’ab-
sence totale ou l’atrophie des impul-
sions altruistes, sociales, esthétiques
Il paraît être identique à la cécité morale
de RiBor.
Rad. int. : Idiot.
« IDOLES », L. Zdola. (Bacon.)
Bacon appelle ainsi les classes d’er-
reurs les plus générales et les plus
profondément invétérées, contre la ré-
sistance ou l'influence desquelles il est
nécessaire de se prémunir par avance
si l’on veut accomplir l’œuvre d’ins-
unis
Sur Idiot. — R. Eucken a rappelé que l’étymologie de ce mot est trne (simple
particulier), et fait remarquer qu’il y aurait intérêt à savoir comment ce terme a pu
prendre le sens moderne. Nous n’avons pas trouvé de documents sur ce sujet.
faut d’ailleurs rappeler que par principe, nous ne faisons ici l’historique des termes
que dans la mesure où leur histoire est utile pour la détermination et la critique de
leur sens actuel, ce qui ne paraît pas être le cas pour le terme dont il s’agit. (A. L.)
| “gauration des sciences (Novum Orga-
sum, I, 38 :
“gh. 1V, $ 8-10).
- elmponuntur autem intellectui idola,
“eut per naturam ipsam generis humani
generalem, aut per naturam cujusque
individualem, aut per verba, sive natu-
gam communicativam. Primum genus
édola tribus, secundum idola specus,
tertium idola fori vocare consuevimus.
# Est et quartum genus, quod idola
teatri appellamus, atque superinduc-
tum est a pravis theoriis sive philoso-
phiis et perversis legibus demonstra-
tionum. » De dignitate, V, IV, 8.
Suivent des exemples de quelques-
snes d’entre elles :
Idola tribus, ayant pour cause la
tendance à ne tenir compte que des
cas favorables ; la tendance à croire le
monde plus simple et plus uniforme
qu'il n’est en réalité ; — dans le Novum
Organum, la subjectivité des sensa-
Gons : « Omnes perceptiones sunt ex
analogia hominis, non ex analogia uni-
versi. » (I, 41.)
Idola specus (du nom de la Caverne
de PLATON, République, 1. VII; mais
eh un sens plus spécialement indivi-
dualiste). Point d'exemple dans le De
Dignitate. Dans le Novum Organum :
érreurs ayant pour cause le tempéra-
ment, l’éducation, le milieu, l'esprit
analyse ou celui d’analogie, l’auto-
rité, l’état de repos ou d’agitation
Préalable des sentiments (I, 42. — I,
58-58).
Tdola fori, ayant pour cause l’origine
Populaire du langage, et le caractère
#uperficiel des divisions sur lesquelles
ll est fondé ; le manque de mots pour
qui n'a pas encore été étudié ;
l'existence de mots qui donnent une
apparence de réalité à des chimères,
————————
De Dignitate, livre V,
ILIACE
ou à des idées confuses et contradic-
toires ; l’indétermination et les équi-
voques du sens des termes (Nov. Org.,
I, 44, 59-60).
Idola theatri : la philosophie sophis-
tique (— verbale, expliquant le réel
par des abstractions) ; la philosophie
empirique, l’alchimie ; la philosophie
superstitieuse, l'interprétation physi-
que de la Genèse et du livre de Job
(Nov. Org., I, 61-65).
IDONÉISME, (S).
« IGNORABIMUS », formule par
laquelle E. DuBois-REYMmonD résume
les conclusions de son opuscule : Über
die Grenzen des Naturerkennens! (1872).
Il veut opposer par là, à l’ « igno-
ramus » du savant, toujours provisoire
en ce qui concerne les problèmes d’ordre
matériel (die Räthsel der Kôrperwelt}?,
l’ignorance définitive du métaphysicien
sur la nature de la matière et de la
force, et sur leur rapport avec la pen-
sée. Ce mot, resté usuel, est devenu
pour ainsi dire la devise de l’agnosti-
cisme*.
IGNORANCE, D. Unwissenheit ; E.
Ignorance ; 1. Ignoranza.
Absence de connaissance* (particu-
lièrement au sens À de ce mot). Il est
usuel d’opposer l'ignorance, qui n’af-
firme rien, à l’erreur* qui affirme à
tort.
Ignorance du sujet, voir Elenchus*,
sophisme /gnoratio elenchi.
Iliace, voir Amabimus*.
1. Sur les limites des sciences de la nature. —
2. Mot à mot : « les énigmes du monde des corps.»
Sur Idoles. — Pour Bacon, les idoles s'opposent aux idées, comme nos
inations à ce que les choses sont réellement, pour l'esprit divin. En employant
pour « fausse apparence », Bacon a sans doute l'intention de rappeler à
l'esprit le sens de « faux-dieu ». — Hobbes a conservé cet usage ; pour lui aussi
We idole est une fausse idée. (C. C. J. Webb.)
LALANDE, — YOGAB. PHIL.
17
ILLATION
« ILLATION », synonyme vieilli d’in-
férence* ; par exemple, chez LEIBNIZ,
8° écrit contre Clarke, $ 6 (Éd. Janet,
1, 743). — J1 faut remarquer que les
mots anglais üllation, illative, sont au
contraire restés très usuels.
ILLOGIQUE, voir Logique*, Alogi-
que*. — Illogique, qui est un mot de la
langue courante, pourrait être considéré
comme un genre dont l’alogique et
l’'antilogique seraient les espèces.
ILLUMINÉ, D. Illuminat; — E.
« Illuminé », Illuminist ; au pluriel on
dit aussi « Zlluminati » ; — I. Illumi-
nato. — Voir réserves ci-dessous.
En français, ce mot, quand il est
employé sans spécification, désigne un
mystique qui reçoit, ou croit recevoir
des inspirations directes de Dieu
LiTTRÉ l’applique notamment aux dis-
ciples de Saint-Martin et de Sweden-
borg ; — il est souvent employé, par
extension, dans le langage courant,
d’une manière péjorative : esprit sans
critique, qui suit aveuglément ses ins-
pirations, ou qui prend ce qu'il imagine
pour des intuitions révélatrices. Voir
p. ex. VoLTAIRE, Lettres philos., XXV.
Mais les équivalents étrangers cités
plus haut se rapportent tantôt à ce
même sens, tantôt au contraire aux
partisans des « lumières », aux philo-
sophes qui se sont appliqués, au xvure,
et surtout au x vire siècle, à « combattre
l'ignorance et la superstition ». Joseph
DE MaIsTRE (Soirées de Saint-Péters-
bourg, XIe entretien) fait d’abord op-
poser ces deux sens par l’un des inter-
locuteurs, mais revient ensuite sur cette
distinction, pour déclarer qu’au fond,
462
ce n’est pas sans motif qu’on les désigne
du même nom, car les mystiques, à la
manière de Saint-Martin, ne sont Pas
moins que les partisans des « lumières ,
des ennemis de l’Église et du sacerdoce.
— Cf. Illuminisme*.
Rad. int. : Illuminat.
ILLUMINISME, D. Jluminismus ; E.
Illuminism ; I. Illuminismo. (Le dic-
tionnaire de RanzoLi1 ne donne à ce
mot que le sens B.)
A. Doctrine de ceux qui croient à
P «illumination » intérieure : voir ci-
dessus, Illuminé*. En particulier doc-
trines de SwWEDENBORG, de Claude DE
SAINT-MARTIN, de MARTINEZ PASQUA-
LIS.
SCHOPENHAUER, prenant le mot en
un sens plus large, remarque que la
philosophie a oscillé de tout temps,
« zwischen Rationalismus und Jllumi-
nismus, d. h. zwischen dem Gebrauch
der objektiven und dem der subjektiven
Erkenntnissquelle!. » Parerga, tome II,
ch. 1 : « Über Philosophie und ihre
Methode? », $ 10. L’illuminisme, dit-il,
a pour organon la lumière intérieure :
l'intuition intellectuelle, de la cons-
cience supérieure fhôheres Bewusst-
sein), de la raison en tant que connais-
sance immédiate, de la conscience de
Dieu, de la communion (Unifika-
tion), etc. Quand il prend pour base
une religion, il devient le mysticisme.
C’est une tendance naturelle et primi-
tive de la pensée humaine. Mais on
1... entre le rafionalisme et l'illuminisme,o'est-à-dire
entre l'usage de la source objective et de la source
subjective de la connaissance. » — 2. « Sur la philosophie
et ga méthode. » — Ce texte et celui de Joseph de
Maistre, nous ont été signalés par J. Bourdeau, en
même temps que l'absence et l'utilité de cet article.
Sur Illuminé et Illuminisme. — Mme DE STAËL, De l'Allemagne, &e partie,
Ë a'en peut faire une méthode philoso-
phique, car les connaissances qu’il
invoque ne sont pas communicables.
- B. Synonyme de « philosophie des
famières ». Ne se dit, en ce sens, en
français, que du mouvement des « Illu-
minés de Bavière », société secrète
fondée en 1776 par Adam WEISHAUPT,
et appelée d’abord société des « Perfec-
tibilistes », plus tard affiliée à la franc-
maçonnerie. Voir le passage de Joseph
de Maistre cité à l’article Zlluminé*, et
ke texte de Mme de Staël dans les
Observations ci-dessous. Cf. ce qu’elle
dit dans le même chapitre de la franc-
maçonnerie.
Rad. int. : Iluminism.
ILLUSION
ILLUSION, D. Illusion, Täuschung ;
E. Illusion ; I. Illusione.
A. Toute erreur, soit de perception,
soit de jugement ou de raisonnement,
pourvu qu'elle puisse être considérée
comme naturelle, en ce que celui qui
la commet est trompé par une appa-
rence*, au sens B de ce mot.
B. Spécialement (opposée à halluci-
nation*) : fausse présentation prove-
nant, non des données mêmes de la
sensation, mais de la manière dont
s’est faite l'interprétation perceptive
de celle-ci. Ex. : Percevoir comme brisé
un bâton à demi plongé dans l'eau;
prendre un insecte qui vole près de
Ch. vin, distingue « trois classes d’illuminés » : les illuminés mystiques (Boehme,
Pasqualis, Saint-Martin) ; les illuminés visionnaires (Swedenborg) ; enfin « des
hommes qui n’avaient pour but que de s'emparer de l'autorité dans tous les
États, et de se faire donner des places ont pris le nom d’illuminés ; leur chef
était un Bavarois, Weisshaupt (sic), homme d’un esprit supérieur et qui avait très
bien senti toute la puissance qu’on pouvait acquérir en réunissant les forces
éparses des individus et en les dirigeant toutes vers un même but. »
l'œil pour un grand oiseau éloigné, etc.
Sur Illusion. — En psychologie même on distingue plusieurs sortes d'illusions :
ls illusions naturelles et les illusions des perceptions acquises : il y a une différence
eatre l'illusion du daltonien par exemple, et l'illusion de Müller-Lyer. (F. Mentré.)
— On ne doit pas parler d’illusion dans le cas du daltonien : c’est un emploi
impropre de ce mot. L’anomalie du daltonien ne serait une « illusion > que si la
œuleur était une réalité physique. De même pour l’achromatopsie, la surdité
fonale, etc. (J. Lachelier, E. Halévy, L. Brunschvieg, etc. — Approuvé à la
sance du 2 juillet 1908.)
Cet article a été retouché, dans la quatrième édition du Vocabulaire et dans
celle-ci, d’après les observations de M. Marsal, qui cite, le texte suivant de
LaGneau : « Les illusions des sens sont des manières de percevoir qui sont fausses
œulement en ce sens qu’elles nous représentent l’objet de notre perception d’une
manière qui n’est pas conforme à la manière normale de percevoir. Ce n’est pas
qe cette manière normale de percevoir soit nécessairement vraie, ou même puisse
jamais être vraie. La perception dans son ensemble n’est qu’une manière subjective
de voir les choses et les idées. C’est une illusion de croire qu’il y a une manière
idéale de percevoir dans laquelle s’accorderaient tous les esprits. Mais si nous ne
Sncevons pas une manière idéale de percevoir, nous concevons cependant qu'il
® existe qui sont meilleures que d’autres!. C’est ce qui permet de distinguer
les illusions des sens de l'erreur proprement dite. Une erreur, c’est un jugement
Gbjectivement faux par lequel nous affirmons que quelque chose existe avec
telle nature déterminée, alors que l’objet n'existe pas ou ne possède pas cette
Rature. Il n’y a véritablement erreur que dans la connaissance abstraite propre-
ment dite. L'erreur ne vient que du raisonnement. Le propre de l'erreur est de
Pouvoir être réfutée par l'expérience et le raisonnement. Les illusions des sens
Peuvent pas être réfutées ainsi ; ce sont seulement des manières de percevoir
Qui ne sont pas normales. D’ailleurs même les manières normales de percevoir
Sont des illusions, … etc. » J. LAGNEAU, Célèbres Leçons, p. 161-162.
. € Toute l’unité de ce concept, ajoute M. Marsal, réside dans un jugement de
*éeur implicite, peut-être un simple état affectif, une déception. Comme l’étymo-
—————
el « &i, l'on me demandait quelen est le criterium je dirais, personnellement : elle est d'autant meilleure qu'elle
ue des données subjectives hétérogènes en plus grand nombre. Le monstre qui naîtrait avec nn sens snpplé-
re, à l'intelligence égale, aurait une meilleure perception. » Note de M. M. Marsal.
ILLUSION
464
Illusion des amputés. — Impression
souvent éprouvée par les amputés qui
consiste à sentir le bras ou la jambe
qu’ils n’ont plus placés dans telle ou
telle position, à y percevoir des four-
millements, de la chaleur, des dou-
leurs, etc. Cette impression s'impose
dans bien des cas avec tant de netteté
que la réflexion, tout en la jugeant
erronée, ne peut la faire disparaître.
— Il faut bien remarquer que ce qui
est qualifié d’illusoire, dans ce cas,
n’est pas la sensation ou la douleur,
mais la localisation de son origine dans
le membre perdu.
Rad. int. : Iluzion.
IMAGE, D. A. Bild ; B. Vorstellung ;
E. Image ; L Imagine.
A. Reproduction, soit concrète, soit
——
mentale, de ce qui a été perçu par la
vue (avec ou sans combinaison nou.
velle des éléments qui composent cette
image). « L'enseignement par l’image. ,
— « Le sens de la vue fournit seul des
images. » VOLTAIRE, Dict. philos., Vo
Imagination. Cf. Idée*.
B. Répétition mentale, généralement
affaiblie, d’une sensation* (ou plus
exactement d’une perception*) précé.
demment éprouvée. « On pourra em-
ployer divers termes pour l’exprimer,
dire qu’elle est un arrière-goût, un
écho, un simulacre, un fantôme, une
image de la sensation primitive ; peu
importe : toutes ces comparaisons si-
gnifient qu'après une sensation provo-
quée par le dehors et non spontanée,
nous trouvons en nous un second évé-
nement correspondant, non provoqué
: 865
D
4
par le dehors, spontané, semblable à
cette même sensation, quoique moins
fort, accompagné des mêmes émotions,
agréable ou déplaisant à un degré
moindre, suivi des mêmes jugements,
et non de tous. La sensation se répète,
quoique moins distincte, moins éner-
gique et privée de plusieurs de ses
alentours. »n TAINE, De l’Intelligence,
livre II : « Les Images », ch. 1, $ 1.
C. Représentation concrète cons-
truite par l’activité de l'esprit ; combi-
naisons nouvelles par leurs formes,
sinon par leurs éléments, qui résultent
de l’imagination* créatrice.
En particulier, représentation con-
crète servant à illustrer une idée abs-
traite.
D. Par suite de l’analogie des ima-
ges B avec les perceptions, et de
l'impossibilité de les distinguer intrin-
sèquement dans certains cas, on a
souvent étendu le mot image à toute
présentation ou représentation sensi-
ble. « Nous allons feindre pour un
instant que nous ne connaissions rien
des théories de la matière et des théo-
ries de l’esprit, rien des discussions sur
la réalité ou l’idéalité du monde exté-
rieur. Me voici donc en présence d’ima-
ges, au sens le plus vague où l’on puisse
prendre ce mot, images perçues quand
j'ouvre mes sens, inaperçues quand je
les ferme. Toutes ces images agissent
et réagissent les unes sur les autres
dans toutes leurs parties élémentaires
selon des lois constantes, que j’appelle
les lois de la nature... » BERGSON, Ma-
tière et mémoire, Ch. 1, p. 1.
REMARQUE
Le mot imago se trouve déjà dans
Bacon avec ce double sens : « Indivi-
duorum imagines, sives impressiones a
logie l'indique, dans l'illusion tout se passe comme si un malin génie nous tendait
un piège et se jouait de nous. Sans doute nous sommes coupables d’y tomber,
mais nous sommes victimes avant d’être coupables : on nous accorde les circons-
tances atténuantes. Dans la mesure où le daltonien ne serait que victime, on doit
répondre à M. Mentré que son erreur ne peut être qualifiée d’illusion, sinon par
référence à un type normal de perception, substitué à celle du daltonien. Si lPillu-
sion est fréquente, elle semble normale, elle perd son caractère d’illusion. »
Je suis entièrement d’accord sur ces remarques en tant qu’elles font ressortir
avec force le caractère appréciatif du mot illusiont. Il me semble cependant
qu’il y aurait lieu d’ajouter les précisions suivantes : 1° On n’est pas coupable d’être
trompé par une illusion, à moins qu’on n’ait pas tenu compte, par négligence ou
par suffisance, des avertissements qu’on avait reçus, ou bien encore qu’on « se
soit fait des illusions » en écartant de son esprit, pour des raisons affectives, ce
qui aurait pu les rectifier. — 2° En parlant de la critique de « réalités physiques »,
nous entendons ce que la langue courante, et les physiciens qui ne font point de
philosophie entendent par des « choses réelles », réalités qui sont l’expression de
l’état actuel de nos connaissances, et non des choses en soi indépendantes de
celle-ci. — 3% En ce sens, la « réalité » ne s’identifie pas entièrement avec la percep-
tion normale, au sens C, c’est-à-dire avec la perception la plus générale : il est
normal, il est même constant, de voir coudé, par réfraction, un bâton qui est droit
« en réalité » ; cependant c’est le type classique de l'illusion sensorielle. (A. L.)
Sur Image. — Chez HogBes, ce terme est d’un usage très fréquent, et très
étendu. Il en donne notamment une explication terminologique détaillée dans le
Léviathan, IV, ch. xzv (éd. Molesworth, t. III, 648-650). Voir aussi Elements of
Law, éd. Tonnies, p. ex. part I, ch. 11 : « … for by sight we have a conception
or image composed of colours of figure? ». Le sens équivaut toujours au sens
1. On peut remarquer d'ailleurs qu'illusion dans La langue courante et mème daas les discussions philosophiques,
est souvent employé par politesse au lieu d'erreur, — 2. «.. car, par la vue, nous avons uoe conception Où À
composée de couleurs, ou figure. » (Eléments de droit.)
général du mot allemand Vorstellung et comprend : 1° les images actuelles des
sens ; 2° celles de la mémoire imaginative ; 3° celles de l'imagination proprement
dite. (F. Tônnies.)
L'extension du mot image à des sensations ou des groupes de sensations autres
que celles de la vue est toute moderne ; on verra plus bas que, même actuellement,
cet usage n’est pas universellement approuvé.
Dans La Parole intérieure (1:° édition, 1881), V. Eccer appliquait ce terme
à la représentation interne du langage. Mais avant de s’v résoudre, il avait hésité :
« Les psychologues, disait-il, n’ont pu s'entendre jusqu’à présent pour désigner
par une locution simple et désormais consacrée la reproduction, avec ou sans
changement, des diverses sensations ou des groupes qu’elles forment naturelle-
ment. » (Ch. 1v, $ 5.) Cette hésitation fut nettement blämée dans les comptes
rendus critiques de BrocHArDp (Revue philosophique, avril 1882) et de DELBŒUF
(Achenæum belge, 127 nov. 1882.) « Personne, disait ce dernier, ne partagera les
scrupules méticuleux de M. Eccer à l'égard du mot image, qui est le terme
Propre ; peu importe... que le vulgaire l’applique spécialement à des sensations
Visuelles. »
ReNouvier, au contraire, écrivit à ce propos : « Quant à moi, si j'avais à voter
Sur cette question de terminologie dans un congrès de philosophie (dont je ne
demande pas la réunion}, je voudrais exclure ici le mot image, comme trop bien
APProprié à une espèce très déterminée de phénomènes pour qu’on doive le trans-
Porter à une autre toute différente, dans une bonne nomenclature. » Il propose
donc : reproduction visuelle (ëmagination proprement dite}, reproduction audi-
tive, etc. (Critique philosophique, 19 août 1882). — Mais, un an après, son
iple, M. PizLon adhérait à la généralisation du mot image : « Chaque espèce
de sensation laisse dans la mémoire une espèce d’idée ou d’image correspondante...
ai perçu tout à l'heure un son : j’en entends une sorte d’écho dans ma mémoire.
t écho mental, où se reproduit le son avec ses caractères, peut être appelé par
Ré
IMAGE 466
sensu exceptae, figuntur in memoria
atque abeunt in eam, a principio tan-
quam integrae, eodem quo occurrunt
modo ; eas postea recolit et ruminat
anima humana, quas deinceps aut sim-
pliciter recenset, aut lusu quodam imi-
tatur aut componendo et dividendo
digerit. » De dignit., livre II, ch. 1, $ 5.
Ce terme n’est pourtant devenu tech-
nique que très tard : voir Observations.
Il est relativement rare dans MaLe- Images consécutives, voir Consécu.
BRANCHE (voir Recherche de la Vérité, | tives.
livre II : De l'imagination) : dans les
cas où nous l’emploierions, il dit pres-
que toujours « traces », ou « vestiges »,
quelquefois « idées » (notamment
1re partie, ch. v), rarement « espèces » ;
quand image est employé, c’est d’ordi-
naire conjointement avec « traces »
ou « vestiges » afin d'en préciser le
sens : il entend par là le dessin même | classe d'objets. « Ce terme est emprunté
que grave dans le cerveau le cours | aux travaux bien connus de GALTON
des esprits. Voir notamment 1f€ partie, | sur les photographies composites.
ch. 1, $ 3. Cf. Idée*, Observations. Huxzey, dans son livre sur Hume,
Le sens psychologique du mot n’est | ch. 1v, me paraît être le premier qui
même pas mentionné dans l’article | l’ait transporté dans la psychologie.
Image de l’EncycLoPéDie, bien qu'il | Au lieu du terme images génériques,
figure plusieurs fois au cours de l’ar.
ticle Zmagination ; mais, même là, il
est pris au sens usuel, car les images
dont il est question sont exclusivement
attribuées au sens de la vue (561 A).
Il en est de même dans le Dictionnaire
de Franck, où le mot n’est employé
qu’au sens littéraire (expression con-
crête, symbole d’une idée artistique),
Idées-images, voir /dées.
Image générique. Par opposition au
concept proprement dit, représentation
mentale concrète, mais dont certains
éléments sont assez indéterminés pour
qu’elle puisse convenir à toute une
figure une image sonore ou auditive, etc. » (Critique philosophique, 18 août 1883).
Mais on remarquera encore dans ce passage l’expression « par figure » qui souligne
la nouveauté de l'usage.
{D'après des documents communiqués par V. Egser.)
Cet usage paraît aujourd’hui presque universellement adopté en France. Il a
été cependant désapprouvé, mais d’un point de vue un peu différent, par J. Lache-
er, qui nous écrivait : « Rien de plus légitime que l’emploi du mot image pour
signifier la représentation purement interne d’un objet antérieurement perçu.
Ce qui me paraît abus de langage chez M. Taine, c’est d’avoir parlé de l’image
d'une sensation. Y a-t-il même en nous reproduction, sous quelque nom que ce
soit, de sensations isolées ? Nous pouvons peut-être, et à grand-peine, réveiller en
nous une ancienne sensation de saveur ou d’odeur ; de son, plus facilement, quand
nous nous chantons tout bas un air à nous-mêmes ; de couleur, sans forme colorée,
comme un éclair peut être, mais bien rarement ; de chaud, de froid, de dureté, etc.,
peut-être aussi, mais faiblement. Nous ne cessons au contraire de nous représenter
intérieurement, et nous nous représentons souvent avec une extrême vivacité
des objets visibles, et là, le mot image s'applique parfaitement. »
H y a lieu de remarquer cependant que la prédominance des images visuelles,
quoique fréquente, n’est pas universelle. Quelques personnes n’ont pour ainsi dire
pas d'images visuelles, si ce n’est au moment de s’endormir ou dans le rêve;
et par contre, chez elles, les représentations auditives ou motrices, quelquefois
les représentations affectives, tiennent la première place en fréquence et €n
intensité. (A. L.)
‘sntre le « percept » au-dessous et le
IMITATION
omANES emploie le mot « recept »
de l’imitation, 1890 ; La logique sociale,
ur marquer leur place intermédiaire
1895) et de BazrwiN en Amérique
(Mental development in the Child and
« concept » au-dessus. » R1BOT, Évolu- | the Race!, 1895: Social and Ethical
sion des idées générales, ch. 1, p. 15. interpretations in mental development,
… Rad. int. : À. Imaj ; B. Prizenta]. 1897).
# Psycnozocie. Au sens le plus large,
.… IMAGINATION, D. Einbildungskraft, | tout phénomène psychique, conscient
Phantasie, l’un et l’autre dans les deux | ou non, ayant pour caractère de repro-
æns (voir les exemples cités par Eis- | duire un phénomène psychique anté-
a8r) ; E. Imagination ; I. Immagina- | rieur. BazDwiN, dans l’article très com-
aione. plet qu’il consacre à ce sujet (Dictio-
#. À. Faculté de former des images, | nary, 1, 519-520) distingue entre autres
aux sens À et B de ce mot. On dit | les expressions suivantes :
æuvent en ce sens : imagination repro- Imitation consciente, celui qui imite
ductrice Où mémoire imaginative. sait qu'il imite.
::B,. Faculté de combiner des images Suggestion imitative, celui qui imite
a tableaux ou en successions, qui imi- | n'a pas conscience d'’imiter ; il n’y a
tent les faits de la nature, mais qui ne | imitation que pour un spectateur.
présentent rien de réel ni d’existant. Imitation plastique. « The subscon-
4Réveries, œuvres d’art, etc.) On dit | cious conformity to types of thought
#“ ce sens /magination créatrice, ou | and actions, as in crowds. » Ce cas
elquefois — pour éviter l'emploi du | paraît se ramener au précédent.
mot « création » alors qu'il n’y a, au Self-imitation, ou imitation de soi-
sens strict, qu’une combinaison nou- | même par soi-même. (Cf. aussi TARDE,
velle d’images — imagination nova- | Lois de l'imitation, ch. 1v.)
æice (V. EccEr). Imitation simple et imitation persévé-
.. Noir Fantaisie*. rante (persistent) la première se faisant
Rad, int. : Imagin. du premier coup, la seconde exigeant
des efforts répétés pour réussir.
Imitation instinctive et imitation vo-
lontaire. Cette distinction ne se confond
pas avec la précédente : une imitation
persévérante peut être soit volontaire
(un homme qui apprend la prononcia-
+ IMITATION, D. Nachahmung ; E. | tion d’une langue étrangère) soit ins-
Æmitation ; 1. Imitazione. tinctive (un enfant qui commence à
: Terme du langage usuel qui tend à | parler).
Brendre actuellement une place impor-
%ante dans la psychologie et la socio-
logie, en particulier sous l'influence des
travaux de TARDE en France (Les lois
: IMBÉCILE, D. Schwachsinnig ; E.
dmbecile ; I. Imbecile, Sciocco.
… Voir Jdiot. (Différence de ces deux
fermes).
1. Le développement mental chez l'enfant et dans la race.
— ©. Interprétations sociales et morales du développe-
ment mental. — 3.4: La conformité subconsciente à des
types de pensée et à des actions, comme dans les foules. »
Sur Imagination. — Voir KanT, Critique de la Raison pure, A. 100-103 (sup-
‘Primé dans la 2€ édition) et cf. le Schématisme (A. 140 : B. 179). (G. Dwelshauvers.)
Il faut distinguer dans le sens A la faculté d’avoir des images d’une espèce
inée de sensations (visuelles, motrices, tactiles, etc.), et la faculté d’avoir
&roupes complexes d'images. Ces deux facultés ne sont pas toujours associées
Chez les individus. (F. Mentré.)
‘de crois qu’il faudrait résolument bannir le sens A et ne jamais définir l’ima.
ation par la faculté de rappeler quoi que ce soit. (L. Boisse.)
di
IMITATION 468
—
ESTHÉTIQUE. Théorie de l'imitation,
remontant à cette formule d'ARISTOTE
que le principe de tous les arts est dans
la utunois (Poétique, ch. 1, 1447 a-b) :
classique dans l’antiquité (cf. SÉNè-
QUE ; « Omnis ars naturæ imitatio est»,
Lettres à Lucilius, 1. 65, $ 2 (exemple
d’une statue) ; — et jusque vers le mi-
lieu du xvui® siècle : Voir BATTEUX, Les
beaux-arts réduits ; un même principe,
1747. —- Cf. Bascu, L'Esthétique de
Kant, Introduction.
La théorie de l’imitation a été reprise
chez les contemporains par BALDwIN et
Lipps dans un sens un peu différent.
Rad. int. : Imit (Boirac).
toutes deux à des conclusions rej.
gieuses, mais qui diffèrent dans leur
point de départ, dans leur orientation
et dans leur formule finale.
1° Thèse exposée par M. Maurice
BLonDEL dans et à propos de son ou.
vrage l'Action : « Étymologiquement
et selon leur acception primitive, ;».
manent et immanence désignent : à un
point de vue statique, ce qui réside en
quelque sujet d’une manière perma.
nente et foncière ;, à un point de vue
dynamique, ce qui procède d’un être
comme l'expression de ce qu’il porte
essentiellement en lui; et en même
temps ce qui revient et s’incorpore à
cet être, comme la satisfaction d’un
besoin infus, comime la réponse atten-
due ou cherchée à un appel intérieur,
comme le complément d’un don initial
et stimulateur. C’est donc l’opposé de
ce qui est accidentel et extrinsèque,
transitoire et transitif, simplement
IMMANENCE, D. Immanenz; E.
Immanence ; 1. Immanenza.
Caractère de ce qui est immanent*.
« Principe d’immanence. » On appli-
que ce nom à deux thèses philoso-
phiques contemporaines, aboutissant
Sur Immanent, Immanence, etc.
Origine de ces termes. R. Eucken pense que la première source de la distinction
entre l’action immanente et l’action transitive, au sens scolastique, doit être
cherchée dans ce passage d’ARISTOTE : « Td pèv Écxatov h xphotc, olov 8deuc à
Bpaorç, xat oÙBèy yiyverar rapè Tabrnv Étepov &rrd tic Bbewe Épyov * x’ éviov DE Yiyve-
tal rt, olov &nè <fic olxoSomixñs olxlx rap rhv olxoSéunatv. » Métaphysique, 1050824.
L'origine même du mot immanens est ohscure. !mmaneo n’existe pas dans le
atin classique. On trouve bien dans un passage de St AUGUSTIN immanere (au sens
purement physique) : mais cet exemple est contesté, et quelques critiques lisent
immanare (Du Cange, v°).
Ce terme a peut-être été suggéré d’abord par le passage suivant de la 1re épître
de St JEAN : « Si diligamus invicem, Deus in nobis manet, et charitas ejus in nobis
perfecta est. In hoc cognoscimus quoniam in eo manemus, et ipse in nobis, quoniam
de spiritu suo dedit nobis. » (1v, 12-13.) On pourrait en rapprocher tous les passages
de St Pau où il est dit que le Christ, ou l’Esprit-Saint, vivent en nous. —- S'il en
était ainsi, le sens B d’immanent, qui paraît de nos jours un peu lâche et abusif,
serait au contraire le sens primitif, passé par le développement de la scolastique
à un usage plus technique. Mais ce n’est là qu’une hypothèse. (A. L.)
Sur le sens B du mot « Immanent »,
L’immanence est le caractère de l’activité qui trouve dans le sujet où elle réside
non pas sans doute tout le principe ou tout l’aliment, ou tout le terme de son
déploiement, mais du moins un point de départ effectif et un aboutissement réel,
quel que soit d’ailleurs l’entre-deux compris entre les extrémités de cette expansion
et de cette réintégration finales. (M. Blondel.)
Il y a plusieurs façons d’être immanent. La façon dont nous sommes immanent
les uns aux autres par la solidarité n’est pas la même que celle dont telle propriété
xtérieur ou définitivement extériorisé.
« … En son sens normal et antérieur
tout système particulier, le principe
&d'immanence consiste dans cette affir-
ation que St Thomas énonce sans
striction aucune, puisque c’est même
propos de l’ordre surnaturel qu'il la
“formule : Nihil potest ordinari in finem
“giquam, nisi praeexistat in ipso quae-
#dam proportio ad finem. » (Quaest. disp.
#XIV. De veritate, 11.) Je n’ai fait que
itraduire cette vérité essentielle et uni-
werselle en rappelant qu’en effet « rien
se peut entrer en l’homme qui ne cor-
gesponde en quelque façon à un besoin
d'expansion », quelle que soit d’ailleurs
#Porigine ou la nature de cet appétit.
“{Cf. Lettre sur l’ Apologétique, p. 28.)
L'expression méthode d’'immanence
test née du reproche qu'avait d’abord
“adressé à la thèse de l'Action la Revue
“de métaphysique (supplément de no.
“æembre 1893) et de la réponse que j'ai
IMMANENCE
été amené à y faire, en montrant que,
loin de m'’établir d'emblée dans une
transcendance ruineuse pour la philo-
sophie, je m'étais placé en pleine réa-
lité concrète, en pleine « immanence »,
antérieurement à toute vue systéma-
tique, à tout principe arrêté. Et cette
démarche d’une pensée qui veut sim-
plement user de tout ce qu’elle porte
en elle est si loin d’aboutir à un « im-
manentisme » du’elle engendre iné-
luctablement une attitude toute con-
traire. » (Extrait des notes envoyées par
M. BLonpeL sur l’épreuve du présent
article. Voir le reste aux Observations*.)
20 M. Ed. Le Roy appelle principe
d'immanence le principe d’après lequel
« la réalité n’est pas faite de pièces dis-
tinctes, juxtaposées ; tout est intérieur
à tout ; dans le moindre détail de la
nature ou de la science, l’analyse re-
trouve toute la science et toute la na-
ture; chacun de nos états et de dos
d’une notion géométrique est ëmmanente aux autres propriétés de la même notion.
£t la façon dont sont ëmmanents des êtres qui s’aiment et se veulent réciproque-
ment n’est pas la même non plus que celle dont sont immanents des êtres qui se
gênent et qui se repoussent tout en restant liés inéluctablement. — Immanence
Be signifie donc pas, comme on paraît souvent le croire, identification ; et d’autre
part transcendant ne veut pas dire nécessairement séparé et spatialement extérieur.
‘Si en vivant nous nous dépassons nous-mêmes, si en voulant nous voulons plus
‘que nous-mêmes, si l’action est créatrice, n’est-ce pas parce qu’il y a un transcen-
dant qui nous est immanent ? (L. Laberthonnière.)
Sur la « méthode d’immanence » et le « principe d'immanence ».
Ce serait restreindre et absolument dénaturer ce que nous entendons par le
Principe d'immanence que de l’assujettir ou à une métaphysique intellectualiste
fu à une thèse pragmatiste. Il est faux notamment de le réduire à signifier que,
« la pensée s’impliquant tout entière elle-même à chacun de ses moments ou
degrés », nous n’aurions, pour atteindre la vérité et constituer la philosophie,
qu’à dévider en nous un écheveau préalablement formé, qu’à expliciter par l’ana-
‘ÿse un implicite où « tout est intérieur à tout », qu’à réaliser un inventaire sans
Invention véritable, sans apport étranger, sans dilatation nouvelle, sans progrès
effectif. La méthode d'immanence s'appuie si peu sur ce principe ainsi compris qu’elle
en est précisément la négation et l’antidote. Ni historiquement ni doctrinalement
elle n’en procède et ne s’y rapporte (voir ci-dessus, dans le texte du Vocabulaire,
à l’article Immanence, les indications données par l’auteur sur l’origine de cette
expression). Elle marque seulement le point de départ de la réflexion, qui ne peut
Pas s'établir d'emblée dans une transcendance ruineuse pour la philosophie, et
. ui doit au contraire partir de la réalité donnée. Et cette démarche d’une pensée
Qui veut simplement user de tout ce qu’elle porte en elle est si loin d’aboutir
AR
IMMANENCE
actes enveloppe notre âme entière et
la totalité de ses puissances ; la pensée
en un mot s'implique tout entière elle-
même à chacun de ses moments ou
degrés. Bref, il n’y a jamais pour nous
de donnée purement externe. L’expé-
rience elle-même n’est point du tout
une acquisition de « choses » qui nous
seraient d’abord totalement étrangè-
res. mais plutôt un passage de l’im-
plicite à l’explicite, un mouvement en
profondeur nous révélant des exigences
latentes et des richesses virtuelles dans
le système du savoir déjà éclairci, un
effort de développement organique
mettant des réserves en valeur ou
éveillant des besoins qui accroissent
notre action. » Dogme et critique, p. 9-10.
a
4790
IMMANENT, D. Immanent ; E. Im-
manent ; |. Inmanente.
A. Est immanent à un être ou à un
ensemble d'êtres ce qui est compris en
eux, et ne résulte pas chez eux d’une
action extérieure. La « justice imma.
nente », les « sanctions immanentes ,
sont celles qui résultent du cours natu.
rel des choses sans intervention d’un
agent qui se distinguerait d'elles.
B. Ce mot est pris quelquefois aussi
dans un sens plus large : on entend
alors par immanent, non pas seulement
ce qui résulte de l'être considéré, et de
lui seul, mais tout ce à quoi cet être
participe ou tend, lors même que cette
tendance ne pourrait passer à l’acte
que par l'intervention d’un autre être.
à un € immanentisme » qu’elle engendre inéluctablement une attitude toute
contraire.
Dès l'instant en effet où nous tentons de rattacher la pensée consciente à ses
Voir ci-dessous, observations de
ï. BLoNDEL et de M. l'abbé LABER-
gBONNIÈRE.
à C. Chez KANT :
-erincipes dont l’application est stric-
sont immanents les
ment enfermée dans les limites de
l'expérience possible (Raison pure. Dia-
Yctique transcendentale, Introduction,
LS 3) ; et l’usage de ces principes dans
Le monde de l'expérience s’appelle
sage immanent (Prolégomènes, $ 40).
e S'oppose à transcendant*.
: CRITIQUE
” Dans la langue scolastique, une ac-
tion immanente s'oppose à une action
wansitive. La première est celle qui
este tout entière dans le sujet et ne
modifie pas son objet : par exemple, le
fait de voir ne modifie que l’être qui voit
et non celui qui est vu ; la seconde est
œlle qui modifie son objet,commele fait
de diviser quelque chose ou de l’échauf-
h IMMANENT
ni aux articles actio et causa ; mais on
y trouve dans le même sens actio ma-
nens, SeU consisiens Sel quiescens in
agente, qu’il traduit ainsi : « Die imma-
nente, oder in Innern des Thätigen
bleibende Thätigkeit!. » Vo Actio, p. 11,
n° 15. Elle s’oppose à l'actio exiens, ou
transiens, OU transiliva.
Spinoza distingue, en un sens qui
paraît être très voisin, la causa imma-
nens et la causa transiens : « Extra
Deum nulla potest dari substantia, hoc
est res quae extra Deum in se sit.
Deus ergo est omnium rerum causa
immanens, non vero transiens. » Éthi-
que, 1, 18. — V. Acosmisme*.
Il semble bien que l’usage moderne
de ce mot, au sens À, vienne de là,
mais avec une sorte de renversement
de l’objet considéré : car au lieu d’ap-
peler cause immanente celle dans la-
quelle son action demeure, on se place
plutôt au point de vue de l'être dans
origines réelles et de l’acheminer délibérément vers les fins où elle tend d’elle-
même, dès l'instant en un mot où nous cherchons à égaler en nous la volonté
voulue à la volonté voulante, nous sommes amenés à reconnaître de plus en plus
précisément que, pour aller ainsi de nous à nous-mêmes, nous avons à sortir de
nous avant d'y rentrer, à subir de multiples intrusions et comme une dépossession
provisoire qui, en tout ordre, scientifique ou moral, social ou religieux, fait d’une
hétéronomie laborieusement définie et onéreusement pratiquée, le chemin néces-
saire de l’autonomie véritable. Il ne s’agit donc pas du tout d’un pur processus
dialectique ou d’un simple passage de l’implicite à l’explicite ; il s’agit d’un
progrès réel, d’une conquête, d’une création continuée, qui, loin de nous enfermer
dans notre immanence initiale, nous ouvre, nous entraîne à nous dépasser sans
cesse, et ne nous permet point de nous arrêter en nous-même avant une réinté-
gration totale.
Le terme d’immanentisme (qu’on a d’ailleurs raison de condamner comme un
néologisme vague et même ambigu) ne saurait en tout cas désigner qu’une théorie
systématisée (et non une méthode), qu'une doctrine exclusive, directement contredite
par toute notre attitude morale et tout notre dessein spéculatif. Nous ne repoussons
donc pas moins la chose que le mot. Une telle expression évoque en effet l'idée
d’un système qui nous enferme dans notre propre immanence et ne voit en tout
développement intellectuel ou vital que pure efférence : or ce que nous voulons
mettre en évidence, c’est l'impossibilité de fait où nous sommes de « boucler *
ainsi la pensée et la vie; c'est le sens de cette inadéquation intérieure, principe
de toute inquiétude et de tout mouvement spirituel ; c’est le devoir de nous
ouvrir à la double afférence des intimes stimulations gratuites et des enseignements
autorisés par le suprême effort de notre raison et de notre sincérité. (M. Blondel.)
— Si l’on définit l’immanence d’un point de vue intellectualiste et pour ainsl
dire logistique, en ce sens que la pensée s’impliquerait elle-même tout entière à
chacun de ses moments, on suppose par là que toute la réalité est à chaque instant
tout ce qu’elle peut être et que nous n’avons rien de plus à faire que de découvrir
fer. (Goccenius, V. Terminus, 1125 B.)
. Immanens n'existe pas dans le Tho-
‘ Lexikon de Scutrz, ni à ce mot, 1. « L'activité immanente, ou activité qui reste à
l'iatérieur de l'agent. »
les rapports nécessaires qui en relient les éléments constituants. La réalité se
ouve ainsi assimilée à une notion géométrique posée une fois pour toutes dans
@n essence et dont toutes les propriétés se tiennent logiquement, de telle sorte
qe l'esprit placé à l'extérieur, peut aller rationnellement de l’une à l’autre.
® bien loin de commencer par poser de cette façon un principe d’immanence
Pour aboutir à ce résultat en ne faisant appel qu’à la logique, nous avons toujours
étendu au contraire que par la méthode d’immanence on devait aboutir à une
dectrine de la transcendance, parce que la logique n’est pas seule à intervenir.
La pensée est conditionnée par l’action ; la vie ne consiste pas seulement à penser
quement, mais aussi à agir. Et l’action n’est action qu’autant qu’elle est
Œéatrice. Ce qui veut dire que par l’action nous nous dépassons nous-mêmes ; nous
faisons que la réalité devient autre que ce qu’elle était. Et ceci implique que le
devenir est réel et non pas seulement apparent.
La question qui se pose ensuite est de savoir si la méthode d’immanence ainsi
entendue substitue simplement le fieri à l’esse ; ce qui donnerait une sorte de
Monisme dynamique (M. Bergson peut-être) ou d’anarchisme (M. Chide) ou bien
elle n’amène pas à admettre un esse rendant possible et expliquant le fieri
Ne principe et comme fin. Et nous avons ainsi le dualisme chrétien s’opposant
dualisme de la philosophie grecque classique ; dualisme qui pourrait s'appeler
8 Panenthéisme et qui se distingue de l’autre parce qu’il admet que rien n'existe et
Men ne se fait que par Dieu, — et donc que Dieu se retrouve en tout — mais que
moins quelque chose existe et agit qui n’est pas Dieu. (L. Laberthonnière.)
+. du même auteur, Dogme et théologie (A L L sti
pt 1007 re eu & gie (Annales de philosophie chrétienne:
IMMANENT
lequel se produit un effet ; et l’on
oppose l’action immanente, non pas à
celle qui irait au dehors (actio exiens,
Saint THomas D’AQUIN) mais à celle
qui viendrait du dehors. Ainsi quand
on dit communément que pour le pan-
théisme Dieu est immanent au monde
{ou qu’il en est la cause immanente),
on n'entend pas dire que le monde
n'est en rien modifié par l’action de
Dieu, mais inversement qu’il contient
en lui-même, dans sa nature, la raison
des effets divins qui s’y produisent,
ou en d’autres termes qu’il n’y a pas
lieu d’opposer Dieu et le monde comme
deux êtres réellement distincts. Cf.
l’encyclique Pascendi (1908), où il est
déclaré que la proposition « Dieu est
immanent dans l’homme » a pour con-
séquence logique le panthéisme. (Tr.
fr. p. 15) Voir {mmanentisme*.
Rad. int. : Immanent.
« IMMANENTISME », D. Immanen-
tüismus ; E. Immanentism; |. Imma-
nentismo.
Néologisme qui joue un grand rôle
dans les discussions contemporaines de
philosophie religieuse. Les « moder.
nistes » et leurs adversaires s'accordent
à désigner ainsi la doctrine que les
premiers défendent, et que les seconds
condamnent. Encyclique Pascendi Do-
minici gregis, Tr. fr., p. 5 ; — Le pro-
gramme des modernistes, ch. n : «Notre
immanentisme. »
Mais les uns et les autres sont en
désaccord sur ce qu’il faut entendre
par ce mot : selon l’Encyclique, les
deux éléments fondamentaux en se-
raient : 1° l’opinion que le sentiment
religieux jaillit « par immanence vi-
tale » des profondeurs de la subcons-
cience ; qu’il est le germe de toute reli-
gion, et que celle-ci, par conséquent,
n'est autre chose « qu’un fruit propre
et spontané de la nature » (p. 8);
29 l'opinion que « Dieu est immanent
dans l’homme », ce qui impliquerait
logiquement que l’action de Dieu se
confond avec celle de la nature et
« qu’il n’y a point d’ordre surnaturel »
(p. 15). — Les modernistes, au con-
traire, déclarent que par immanen-
478
IMMÉDIAT
A
tisme ils entendent seulement la phi-
losophie quirejette comme convention-
pelle la représentation abstraite et
morcelée du réel, qui n’admet pas les
preuves conceptuelles et discursives de
l’existence de Dieu, et qui considère la
religion « comme un résultat spontané
d’inextinguibles exigences de l'esprit
humain, qui trouvent leur satisfaction
dans l’expérience intime et affective de
la présence du divin en nous ». Pro-
gramme, p. 118 — Cf. Principe d’im-
manence.
CRITIQUE
Un terme si vague paraît bien peu
recommandable. Il est d’ailleurs ex-
pressément repoussé par les partisans
de la « méthode d’immanence ». Voir
L’Encyclique Pascendi dansles Annales
de philosophie chrétienne, octobre 1907.
IMMATÉRIALISME, D. Immateria-
lismus ; E. Immaterialism ; 1. Immate-
rialismo.
Mot créé par BERKELEY pour dési-
gner sa doctrine métaphysique, qu'il
considère comme l’exacte antithèse du
matérialisme : il n’existe réellement que
des esprits, ce qu’on nomme ordinaire-
ment matière n’ayant d'autre existence
que d’être perçue, et cette perception
ayant pour cause directe la volonté de
Dieu. Voir notamment le troisième Dia-
logue d'Hylas et de Philonoüs.
IMMÉDIAT, D. Unmittetbar ; E. Im-
mediate ; I. Immediato.
Opposé à médiat. Se dit de toute
relation, ou de toute action dans la-
quelle les deux termes en présence sont
en rapport sans qu’il y ait de troisième
terme interposé, ou d’intermédiaire.
A. En particulier, la connaissance
est dite immédiate :
14° Quand il n’y a pas d’intermé-
diaire entre le sujet connaissant et
l’objet connu (et notamment quand la
connaissance est celle du sujet par lui-
même). « Par le nom de pensée, je
comprends tout ce qui est tellement en
nous que nous l’apercevons immédia-
tement par nous-mêmes et en avons
une connaissance intérieure : ainsi,
toutes les opérations de la volonté, de
l’entendement, de l’imagination et des
Sur Immanentisme. — « Rejeter comme conventionnelle la représentation,
abstraite et morcelée du réel » ne saurait constituer la définition spécifique et
distincte d'une méthode. Tout philosophe prétend ne pas se contenter d’une
représentation de cette sorte. Quand on a les yeux ouverts, on n’a, il est vrai,
qu’une représentation morcelée du monde ; mais quand on ferme les yeux sous
prétexte de foi ou d'action, on a une représentation encore moins totale, puisqu'elle
est nulle. Telle est l'illusion des immanentistes, pragmatistes, mystiques, de tous
les contempteurs de l'intelligence humaine : fides fugiens intellectum.
Le Dieu dont parlent les immanentistes et dont ils croient avoir le sentiment
est lui-même un concept, obtenu ou élaboré par opérations discursives et objet
de discours, à moins qu’ils ne parlent sans savoir ce dont ils parlent et sans pouvoir
en donner une détermination intelligible. Comment, sans l'intelligence et les
idées, distinguer les raisons du cœur d’avec les déraisons du cœur ? — Si donc le
terme immanentisme est vague, c’est que la doctrine l’est. (A. Fouillée.)
L’immanentiste devrait se taire, puisque le langage est impuissant à traduire
les impressions, puisqu'il les morcelle arbitrairement. L’immanentisme est la
condamnation de toute science et de toute philosophie rationnelle : c’est une
mode poétique. (F. Mentré.)
L’Encyclique semble, au point de vue philosophique, se tromper gravement
lorsqu'elle assure que cette opinion : Dieu est immanent dans l’homme, implique
que l’action de Dieu se confond avec celle de la nature. Il n’est pas prouvé que
l'immanence n'implique pas en effet, en un certain sens, la doctrine de la trans-
cendance. (L. Boisse.)
ee —— ———————————
Sur Immédiat.
La distinction des deux sens définis aux $& 1° et 2° a été proposée par F. Rauh
et adoptée à la séance du 2 juillet 1908. |
Voir une discussion systématique des sens d’immédiat dans Ed. Le Roy, La
pensée intuitive, tome I, ch. 111, p. 106-113.
La critique me semble incomplète. Elle distingue en somme l’usage du mot, du
point de vue rationaliste ou analyste pur, emploi correct ; et l’usage du mot du
point de vue empiriste ou historique, emploi moins correct, puisque nous expri-
mons mieux la même idée par les mots : premier ou primitif. Toutefois, mème du
point de vue historique, le primitif peut l’être en deux sens : actuellement et en
fait; ou absolument, c’est-à-dire pour la réflexion expérimentale, qui cherche
et découvre des antécédents à ce qui est pour nous primitif en dehors de cette opé-
ration de la réflexion. Il y aurait donc lieu de distinguer : immédiat, premier dans
l'observation ; premier devant la réflexion expérimentale, ou ultime. (M. Bernès.)
Maine De Biran emploie assez fréquemment le mot émmédiat pour désigner un
phénomène de conscience (affection, ou même sensation) qui se produit en nous
Sans intervention du moi, par opposition à ceux sur lesquels nous réagissons et
que nous nous approprions par cette réaction même. (J. Lacheller.)
La première rédaction de cet article se terminait ainsi : « Une connaissance ou
une donnée immédiates sont une connaissance ou une donnée ultimes ou primi-
IMMÉDIAT
sens sont des pensées. » DESCARTES,
Réponses aux deurièmes objections,
« Raïsons qui prouvent l'existence de
Dieu, etc. », $ 2.
20 Quand il n’y a pas d’intermédiaire
entre deux objets de pensée dont l’es-
prit saisit la liaison.
Dans l’espace ou dans le temps, une
contiguité ou une succession sont im-
médiates si les deux régions ou les deux
moments considérés n’en comprennent
pas de troisième entre eux. — De
l'usage de ce mot dans le second de ces
cas vient le sens qu'ont pris les mots
immédiat et immédiatement dans le
langage courant : sur-le-champ, sans
aucun délai.
474
——
Analyt. post. 1, 2.7247) est celle qui
énonce une relation immédiatement
connue entre les termes qui la compo.
sent, et qui, par suite, ne résulte d’au.
cune autre. — Une inférence immédiate
est celle qui n’exige pas de moyen
terme conversion, subalternation,
contraposition. — Mais on a soutenu
que cette immédiateté n’était qu’appa-
rente : « Quelque générale que soit
l'opinion qui subordonne la théorie du
syllogisme à celle des conséquences im-
médiates, je la crois doublement erro-
née : je crois que chacune des figures
du syllogisme, celles du moins qu’Aris-
tote a admises, repose sur un principe
évident par lui-même, et que les consé-
| grer les figures, sont elles-mêmes des
syllogismes de trois figures différentes. »
J. LACHELIER, Études sur le syllogisme,
, 5.
? B. L'objet d’une connaissance immé-
diate est appelé lui-même une donnée
gmmédiate par rapport à l'esprit qui le
gonnaît. Par suite, mais d’un point de
ue un peu différent, une connaissance
ou une donnée immédiate sont une
connaissance ou une donnée ultimes,
ou primitives, au delà desquelles il est
impossible de pousser l’analyse, et qui,
par conséquent, ne peuvent être logi-
quement contestées.
IMMÉDIAT
; a
On dit souvent aussi, en ce sens,
sentiment immédiat.
CRITIQUE
Le mot immédiat, dans cette dernière
acception, s'applique à deux espèces
contraires d’un même genre, qu’ARIs-
TOTE distinguait déjà : ÿvopmuwtepa xat
capéoTEpX AUIV'YVHOPLLETEPX Xl GAPÉGTE-
path pooet. (Physique, I, 1:1848,116sqq.)
— (Cf. le passage des Seconds Analy-
tiques cité un peu plus haut, et dans
lequel il s’agit précisément de l’immé-
diat.) — Il arrive, en effet, qu’on ap-
| plique ce mot tantôt à la connaissance
2. En LociQuE, une proposition im-
quences qu'on appelle à tort immé.
médiate (npétaotc &uecoc, ARISTOTE,
diates et dont on se sert pour démon-
tives, au delà desquelles il est impossible de pousser l’analyse et qui par conséquent
doivent être tenues sans réserve pour vraies et réelles. »
Cette phrase, qui n’exprimait d’ailleurs que l'import de ce terme dans la pensée
de ceux qui l’emploient, a provoqué les observations suivantes :
— De ce qu’une donnée est immédiate, s’ensuit-il qu’elle soit objectivement
valable ? N'y a-t-il pas là précisément une grande réserve à faire ? (J. Lachelier.)
— Pourquoi sans réserve ? L'ultime n’est pas nécessairement vrai. Il ne faut
l’admettre pour vrai que sous la réserve de notre constitution intellectuelle et
cérébrale, et nous pouvons toujours douter de la valeur absolue d’une telle consti-
tution. La connaissance « toute nue », « dépouillée de tout ce qui ne vient pas de
l’objet lui-même », me paraît une impossibilité. Le sujet ne peut pas s’exclure et
s’éliminer de sa propre connaissance, puisque c’est toujours lui qui connaît.
Il y a donc toujours dans la connaissance de l’objet quelque chose qui vient du
sujet, ne fût-ce que la connaissance même. C’est ce qui empêche toute donnée
immédiate objective ; c’est ce qui ramène toute donnée immédiate à une conscience
d'états ou d’actes subjectifs ; et cette conscience même n’est jamais, ou ne paraît
jamais immédiate que sous sa forme spontanée et individuelle. Les données immé-
diates de la conscience, dont on a fait une si belle analyse, sont une généralisation,
et une abstraction ; il y a réellement les données de ma conscience, par exemple
une douleur que j’éprouve sur le moment même et qui dès que je l’aperçois, la
conçois, et l’exprime, n’est déjà plus immédiate. Quant à la connaissance infaillible
et parfaite, elle est réduite à un point perdu dans la durée : c’est la connaissance
d’un éclair. — Victor Cousin croyait réfuter le criticisme de Kant en opposant
le spontané au réfléchi ; on ne le réfuterait pas davantage, selon moi, en opposant
l’immédiat au médiat, et en lui attribuant une « valeur épistémologique de vérité ».
(A. Fouillée.)
H. Bergson, à qui ces critiques ont été communiquées, y a répondu par la
note suivante :
19 « Pourquoi recevoir sans réserve pour vraies et réelles les données ultimes
de notre conscience ? »
Parce que toute philosophie, quelle qu’elle soit, est bien obligée de partir
de ces données. Si l’on traite du libre arbitre, soit pour l’affirmer soit pour le nier,
on part du sentiment immédiat qu’on en éprouve. Si l’on spécule sur le mouvement,
on part de la conscience immédiate de la mobilité, etc. Je ne me donne donc,
en somme, que ce que tout le monde commence par admettre. Il est vrai que la
plupart des philosophes, essayant ensuite à ces données immédiates les concepts
naturels ou artificiels de l’esprit, et s’apercevant qu’elles ne peuvent pas tenir à
l'intérieur de ces concepts, concluent de là, comme M. Fouillée, que nous devons
douter de la valeur de l’immédiat. Mais, j’ai essayé de montrer que ces concepts
sont tout relatifs à notre action sur les choses, plus particulièrement sur la matière :
nous ne pouvons les employer (à moins de leur faire subir des modifications
profondes) à un rôle pour lequel ils ne sont pas faits.
Dira-t-on que cette manière d'envisager les concepts est tout simplement une
théorie philosophique, et que cette théorie ne vaut ni plus ni moins que les autres
théories ? Je réponds que l’immédiat se justifie et vaut par lui-même, indépen-
damment de cette théorie du concept. En effet, toutes les philosophies qui limitent
la portée de l'immédiat se combattent nécessairement les unes les autres, étant
autant de vues qu’on a prises sur l’immédiat en se plaçant à des points de vue
différents, en braquant sur lui des catégories différentes. Chacune de ces philo-
sophies, quand on se place au point de vue de l’une des autres, apparaît comme
une source de contradictions ou de difficultés insolubles. Au contraire, le retour
à l'immédiat lève les contradictions et les oppositions en faisant évanouir le
problème autour duquel le combat se livre. Cette puissance de l'immédiat, je
veux dire sa capacité de résoudre les oppositions en supprimant les problèmes,
est, à mon sens, la marque extérieure à laquelle l'intuition vraie de l’immédiat se
reconnaît.
20 « L’ultime n’est pas nécessairement vrai; il ne faut l’admettre pour vrai
Que sous la réserve de notre constitution intellectuelle et cérébrale, et nous pouvons
toujours douter de la valeur absolue d’une telle constitution. »
— Il est question ici de deux choses différentes, l'intelligence et le cerveau.
Commençons par la première. Personne ne soutiendra, je pense, que l'intelligence
Puisse créer des états d'âme, tel que le sentiment immédiat de la mobilité, ou le
sentiment immédiat de la liberté, dont nous parlions tout à l’heure. Le rôle de
l'intelligence ne peut être ici que de limiter, de critiquer, de corriger, de décomposer
et de recomposer : aucune qualité nouvelle, aucun objet d’intuition simple ne sortira
de là. Si donc nous prenons l’état d’âme sous sa forme brute, non encore élaboré
mois
IMMÉDIAT
vient pas de l’objet lui-même, par suite | monde caché que notre œil ne voit
infaillible et parfaite; tel est le sens | point, que notre main ne saurait tou.
de ce mot dans le titre de l’ouvrage de | cher. » JourrroY, Mélanges philoso.
M. BERGsoN : Essai sur les données | phiques, Psychologie, I, p. 199.
immédiates de la conscience ; — tantôt, Il y a donc lieu de faire grande
au contraire, à la connaissance qui nous | attention à l’équivoque contenue dans
est donnée toute faite par le sens com- | ce mot. Le premier sens étant soutenu
mun, par exemple la représentation | par l’'étymologie, et le second par l’usa.
courante du monde extérieur et de | ge journalier de ce terme dans son
nous-mêmes, qui est au contraire le | acception courante, il est très difficile
point de départ d’une analyse critique, | de ne pas glisser de l’un à l’autre, ce
et dans laquelle nous découvrons beau- | qui conduit à revendiquer pour l’im.
coup de travail inconscient et hérédi- | médiat (au sens second) une valeur
taire, d’interprétation et de construc- | épistémologique de vérité qui appar-
tion. « Au dedans de nous... un principe | tient seulement à l’immédiat (au sens
se développe continuellement, qui va | premier) ; ou inversement à croire qu’il
saisir hors de nous les réalités que le | n’y a rien de logiquement primitif,
monde contient... Ce principe ne s’ar- | parce que ce qui est psychologiquement
toute nue, dépouillée de tout ce qui ne ment ; il pénètre plus avant. dans un
rête pas à la superficie des choses, à ces | primitif est toujours sujet à critique et
|
|
phénomènes, à ces attributs visibles | à revision. — Cf. Données*.
qui nous les manifestent immédiate- Rad. int. : Nemediat.
par l'intelligence, il sera, par là même, indépendant de notre constitution intellec-
tuelle. Or, c’est ainsi que je le prends.
Reste alors l'hypothèse que l’état d'âme en question reflète un phénomène
cérébral, qu’il eût pu être autre pour un cerveau dont la composition chimique
eût été différente, etc. Mais j’ai essayé de montrer que cette thèse est : 1° contra-
dictoire avec elle-même (Voir l’article intitulé : Le paralogisme psycho-physiolo-
gique) ; 2° contredite par les faits dans ce qu’elle peut avoir d’intelligible (Voir
Matière et mémoire, ch. 11 et 11). Elle implique toute une métaphysique, dont
il est facile de retrouver les origines (voir l’Évolution créatrice, ch. 1v). La vérité
est que le rôle du cerveau est d’assurer, à tout moment, l'insertion parfaite de
l'esprit dans son entourage actuel, grâce à l'élimination de l’inutile. Il ne peut
créer aucune qualité psychologique. Et c’est lui attribuer cette puissance de créa-
tion que de tenir nos sentiments immédiats pour relatifs à notre constitution
cérébrale. La constitution du cerveau expliquera l’absence de ces sentiments chez
certains êtres ou dans certains cas, jamais leur présence.
Objectera-t-on que ceci est encore une théorie, et qu’à cette théorie on peut
en opposer d’autres ? Soit, convenons de laisser de côté toute théorie. Il reste
l'expérience brute, qui nous offre d’une part les données immédiates de la cons-
cience et d’autre part une petite masse de matière molle sans rapport apparent
avec aucun de ces états pris isolément. Personne ne songera à subordonner la
nature de ces états à la composition chimique de cette masse.
39 « La connaissance toute nue, dépouillée de ce qui n’est pas l’objet lui-même,
me paraît une impossibilité. Le sujet ne peut pas s’exclure et s’éliminer de Sa
propre connaissance. Il y a donc toujours dans l’objet quelque chose qui vient
du sujet. C’est ce qui empêche toute donnée immédiate objective. »
us Cette critique implique que la conscience n’atteint que le subjectif, et que
l’immédiatement donné est nécessairement de l’individuel. Mais un des principaux
objets de Matière et Mémoire et de l’Évolution créatrice est précisément d'établir
%4 IMMÉDIATION, D. Unmittelbarkeit ;
Immediation ; 1. Immediazione.
A. Caractère de ce qui est immédiat.
‘, Pour ce qui est des vérités primitives
fait, ce sont les expériences immé-
ates internes, d’une immédiation de
gentiment. » LEIBNIZ, Nouveaux Essais,
IV, ch. n, $ 1.
; B. Au sens concret : ce qui est im-
médiat, ce qui constitue une donnée
médiate. « La pensée. part d’une
fmmédiation, elle tend et aspire à une
pnion. » Maurice BLONDEL, Le procès
de l'intelligence, p. 6.
Rad. int. : À. Nemediates ; B. Neme-
diatai.
; « IMMOBILE (moteur) », G. xvov
deivnrov, ARISTOTE, Physique, VIII, 5 ;
257 b 24, etc., voir Moteur*.
: IMMORAL, D. Unsitilich; E. Im-
moral ; 1. Immorale.
A. Contraire aux règles de conduite
admises à une époque et en un lieu
donnés.
. B, Contraire aux règles de conduite
admises par celui qui parle.
Dans L’Immoraliste d'André G1ipeE
(1902), le mot est pris dans un sens un
peu différent : il s’agit du caractère
d'un homme peu ou point sensible
IMMORALISME
à ce qui est communément considéré
comme bon ou mauvais moralement.
Cf. Immoral, A.
CRITIQUE
Ce second sens est de beaucoup le
plus usuel. On dirait difficilement que
le christianisme était immoral en ensei-
gnant le pardon des injures ; et inver-
sement, on dira bien de nos jours que
pour un socialiste, l'héritage est immo-
ral. — Voir Amoral.
Rat. int. : À. Malmoral ; B. Maletik.
IMMORALISME, D. Zmmoralismus ;
E. Immoralism ; 1. Immoralismo.
Doctrine de NIETZSCHE, d’après la-
quelle la morale, au sens où l’on entend
d'ordinaire ce mot, doit être remplacée
par une échelle de valeurs toute diffé-
rente, inverse même sur la plupart des
points. — Le terme d’immoralisme
vient de Nietzsche lui-même, qui avait
l'intention de donner pour titre à la
troisième partie de la Volonté de puis-
sance : « L’Immoraliste (der Immora-
list), critique de l'espèce d’ignorance la
plus néfaste, la Morale. » (Plan de 1888.)
CRITIQUE
Cette expression est à désapprouver :
il s’agit ici d’une nouvelle morale (en-
le contraire. Dans le premier de ces deux livres, on montre que l’objectivité de la
chose matérielle est immanente à la perception que nous en avons, pourvu qu’on
prenne cette perception à l’état brut et sous sa forme immédiate. Dans le second,
où établit que l'intuition immédiate saisit l'essence de la vie aussi bien que celle
de la matière. Dire que la connaissance vient du sujet, et qu’elle empêche la
donnée immédiate d’être objective, c’est nier a priori la possibilité de deux espèces
Ms différentes de connaissance, l’une statique, par concepts, où il y a en effet
séparation entre ce qui connaît et ce qui est connu, l’autre dynamique, par intui-
tion immédiate, où l’acte de connaissance coïncide avec l’acte générateur de la
téalité. (H. Bergson.) — Cf. Inconnaissable.
Sur Immoralisme. — La doctrine qui n’admettant que des jugements de fait,
On des jugements de valeur, nie par cela même la morale, est proprement l’amo-
halisme, L'immorahisme va plus loin : non seulement il nie l'existence de la morale,
Mais il prétend que la conduite doit être dirigée par des valeurs qui sont en oppo-
n avec la morale, qui sont antimorales. (A. Foulllée.)
Rien de plus juste si l’on entendu par « Morale » l’ensemble des prescriptions
6 conduite habituellement formulées chez les peuples chrétiens ; et c’est bien
F
T
IMMORALISME
core n'est-elle pas nouvelle sur tous les
points) bien plutôt que d’une suppres-
sion du caractère normatif catégorique
qui constitue essentiellement la mora-
lité : un immoralisme au sens strict du
mot n’admettrait que des jugements de
fait, et non des jugements de valeur.
Il n’y a pas lieu de proposer un radi-
cal international.
IMMORTALITÉ (de l'âme), D.
Unsterblichkeit (der Seele) ; E. Immor-
tality (of the soul); 1. Immortalita
(dell'anima).
La doctrine de l’immortalité de l'âme
est l’affirmation que l’âme survit indé-
finiment à la mort avec les caractères
qui constituent son individualité (chris-
tianisme, islamisme, spiritualisme clas-
sique, kantisme). Cette expression a
été appliquée quelquefois à la perma-
nence non individuelle de la substance
spirituelle (voir Eiszer, v° Unsterbli-
chkeit) ; mais c’est par une sorte de
catachrèse, et non proprement.
L’immortalité de l’âme est, chez
KanT, un postulat de la raison pure
pratique (de la possibilité, pour un
être fini, de réaliser la perfection mo-
rale, sous la forme d’un progrès indé-
fini vers la sainteté). Critique de la
Raison pratique, Dialect., 2€ partie, IV :
« Die Unsterblichkeit der Seele, als ein
Postulat der reinen praktischen Ver-
nunft. » (L’immortalité de l’âme en
tant que postulat de la raison pra-
tique.)
CRITIQUE
M. GoBLorT écrit à propos de l’ex-
pression /mmortalité de l'âme : « Ce
__ 478
n’est pas une durée qui commencCerait
après la séparation de l’âme et du corpg
pour ne jamais finir (on dirait dans ce
sens vie future) ; l’immortalité serait
pour l’âme une vie intemporelle, qui
ne serait plus astreinte aux lois de 14
durée, et ne compterait plus ni avant
ni après. » Vocabulaire, p. 283.
Cette restriction et cette opposition
ont été désapprouvées à l'unanimité à
la séance du 2 juillet 1908. Le mot
propre pour l’idée ainsi définie est
éternité*.
Rad. int. : Nemortemes.
IMPASSIBLE, primitivement terme
technique relatif aux doctrines mo-
rales de l’Antiquité, et particulièrement
au stoïcisme, traduisant le G. &raBñc
(impassibilis n'appartient pas au latin
classique) ; et Impassibilité, traduisant
le G. &na@eta. Ces deux mots ont fini
par s’affaiblir et par tomber dans le
langage courant, de même qu’Imper-
turbable (G. &rapaxtoc, &répayoc ; bas-
latin, émperturbabilis) et Imperturba-
bilité (G. &ræpaËlx). Mais on les trouve
encore les uns et les autres employés
au sens historique : voir p. ex. : RE-
NOUVIER, Philosophie ancienne, If,
315-316; Guyau, Morale d’Épicure,
p. 52, etc.
Cf. Apathie* et Ataraxie*.
IMPÉRATIF, D. Imperativ ; E. Im-
perative ; 1. Imperativo.
Proposition ayant la forme d’un
commandement (en particulier d’un
commandement que l'esprit se donne
à lui-même). Un impératif est hypothé-
tique, si le commandement qu’il énonce
IMPERSONNEL
moyen, à quel-
ge fin que l’on veut atteindre, ou du
moins que l’on pourrait vouloir attein-
: « Mange sobrement si tu veux
“ænserver ta santé »; — il est catégo-
que s’il ordonne sans condition : « Sois
jose. »
. Cette distinction est établie par
KANT, Grundlegung zur Metaphysik der
gitten, 2° section, $ 13 et suivants. Il
#'y a, selon lui, qu’un seul impératif
tatégorique fondamental, dont voici la
formule : « Agis toujours d’après une
maxime telle que tu puisses vouloir en
gême temps qu’elle devienne une loi
œmiverselle. » Ibid, $ 31.
CRITIQUE
Terme très utile ; on peut considérer
Pimpératif comme une des espèces du
genre normatif, qui comprendrait en
eütre l’appréciatif* {« ceci vaut mieux
que cela »), le parénétique, etc.
Rad. int. : Imperativ.
IMPERSONNEL, D. Unpersônlich;
E. Impersonal ; 1. Impersonale.
! A, Qui n’a pas le caractère d’être une
personne. « Le Dieu de Spinoza est
impersonnel. »
B. Qui n'appartient pas à une per-
sonne ; dont une personne ne prend pas
la responsabilité ; qui ne s’adresse pas
à une personne déterminée : » Une note
impersonnelle ; un avis impersonnel. »
C. Objectif, indépendant de toutes
particularités individuelles. En parlant
des jugements : impartial. — En ce
sens, le not s'emploie non seulement
; comme adjectif, mais comme substan-
tif : « La personnalité, c'est en quelque
sorte la conscience de l’impersonnel. »
Paul JanEeT, La Morale, p. 593.
CRITIQUE
L'usage de ce mot au sens C est en
opposition avec ce qu'il signifierait
étymologiquement, pris au pied de la
i lettre, comme le montre bien la phrase
Sur Impersonnel. — Il faut remarquer qu'impersonnel ne s'applique pas
sécessairement à ce qui est inférieur à la personnalité. Il serait bon d'employer.
Pour distinguer les ceux idées que ce mot représente. les termes d'infra-personnel
ét de supra-personnel. (R. Berthelot.) — Ed. Le Roy dit de même :
« Pour user
d'un langage sans équivoque, il faudrait donc ici encore créer un mot, et déclarer
Dieu Suprapersonnel. » Le problème de Dieu, 279.
: Voici le contexte d’où est extraite la phrase de Paul JanET citée dans cet
article. 11 nous a été communiqué par M. M. Marsal.
« La personnalité à sa racine dans l’individualité, mais elle tend sans cesse à
ainsi que Nietzsche l’entendait. Mais si l’on critique ce sens comme trop restreint
et si l’on entend par morale tout système de valeurs catégoriques, ou subordonnées
à un principe catégorique, l'expression de Nietzsche devient impropre. Voir
Éthique*, Critique. (A. L.)
Il y a bien des doctrines réellement immoralistes, ou qui tendent à l'être, en
ce sens qu’elles tendent à subordonner la conscience morale à une réalité sociale
ou humaine vue du dehors. La conscience, les jugements de valeur, sont alors
considérés comme des épiphénomènes provisoires que la science du réel fera
progressivement disparaître. (F. Rauh.)
sen dégager. L’individu se concentre en lui-même; la personnalité aspire au
@ntraire à sortir d’elle-même ; l’idéal de l’individualité, c'est l’égoiïsme, le tout
amené à moi ; l’idéal de la personnalité, c’est le dévouement, le moi s’identifiant
avec le tout. La personnalité, c’est en quelque sorte la conscience de l’impersonnelt ;
Ce n’est pas en tant que je suis capable de sensation, c’est-à-dire de plaisir et de
deuleur physiques, que je suis une personne ; c’est en tant que je pense le vrai,
Que j'aime le bien et que je veux l’un et l’autre. Ce qu’il y a d’inviolable dans les
Sëtres hommes, ce n’est pas la sensibilité animale, ce n’est pas l’instinct machinal
ailes fonctions vitales ; ce n’est évidemment ni leur estomac, ni leur sensualité,
Bi leurs vices : c’est l’étincelle du divin qui est en eux, la capacité de participer
mme moi-même à ce qui n’est ni tien, ni mien, au soleil commun des esprits
et des âmes, à la vérité, à la justice, à la liberté, à tout ce qui est impersonnel.
Personnalité, disions-nous, c’est la conscience de l’impersonnel. C’est cette
Conscience du divin dans chaque homme qui est immortelle et non pas tels acci-
ts fragiles et illusoires, que l’on voudrait en vain emporter avec soi. »
————
À En italiques dans le livre de Paul Janet.
LT
IMPERSONNEL
de Janet. Il a été formé par opposition
à personnel, mais au sens où ce mot
implique soit une prévention, soit un
intérêt individuels. Il y aurait lieu d’en
condamner l’emploi, un individu n’é-
tant pas nécessairement une personne
morale, ni même une personne au sens
le plus général du mot; mais il est
consacré par l'usage dans beaucoup
d'expressions philosophiques.
Raison impersonnelle (Théorie de la).
— Théorie d’après laquelle la raison
de chaque homme ne lui appartient
pas en propre, mais n’est que le reflet
d’une Raison Universelle à laquelle il
participe : « L'intelligence a pour objet
des vérités éternelles qui ne sont autre
chose que Dieu même où elles sont
toujours subsistantes et toujours par-
faitement entendues. » BossuET, Con-
naissance de Dieu et de soi-même, ch. 1v,
$ 5. « C'est là aussi que je les vois.
Tous les autres hommes les voient
comme moi, ces vérités éternelles, et
tous nous les vovons toujours les
mêmes et nous les voyons être devant
nous ; Car nous avons commencé, et
nous le savons ; et nous savons que ces
vérités ont toujours été. » In., Zbid.
Cette expression est prise quelquefois
dans un sens plus affaibli. « La raison...
qui ne consiste que dans la conception
de l'infini, est universelle, invariable,
impersonnelle, non pas en ce sens qu'elle
réside en dehors de nous, mais parce
qu’elle est la même chez tous et n’ap-
partient en propre à personne. »
F. BouiLzier, dans Franck, vo Raison,
1452 À. Mais ce texte paraît destiné à
répondre, en atténuant la pensée de
l’auteur, aux reproches de panthéisme
qu'avait provoqués son ouvrage De la
Raison impersonnelle (1844).
Impersonnelles (Propositions). Voir
les observations sur Prédicat*.
Rad. int. : Nepersonal.
« Implexe », caractère d’un concept
ne pouvant se réduire à un schème*,
mais formé de rapports impliqués dans
des images particulières très diverses,
par exemple, celles que suggèrent les
mots outil, animal, vivant; joli,
sublime, injuste, etc. Voir A. BurLoun,
Psychologie, 314-315.
IMPLICATION, D. Implication ; K.
Implication ; 1. Implicazione.
A. Relation logique consistant en ce
qu’une chose en implique* une autre.
Voir Impliquer*.
B. Contradiction. — (Ce sens est
vieilli; il vient par ellipse de l’expres-
sion : impliquer contradiction.)
Implication matérielle et Implication
formelle. — (Distinction établie par
B. RusseLL, dans The principles of
mathematics. Voir CouTuRAT, Les prin-
cipes des mathématiques, ch. 1 : Prin-
cipes de la Logique, Revue de métcph.,
janvier 1904, pp. 29-30 et 34-36) :
Appelons variable un terme partielle-
ment indéterminé et pouvant repré-
senter ad libitum plusieurs termes dé-
terminés, que nous appellerons, par
analogie avec les mathématiques, va-
leurs de cette variable : « homme » sera
par exemple une variable si l’on peut en-
tendre par là ad libitum Socrate, Platon,
César, etc., qui en seront les valeurs.
Considérons maintenant la relation
de deux propositions p, qg, dont on dit
que p 2 g, cette relation étant simple-
ment définie par le fait que si p est vraie,
g est vraie et que si g est fausse, p est
fausse ; deux cas peuvent se présenter :
1° p et qg ne contiennent pas de
variables. Il en résulte que p 3 q peut
être vérifié par deux propositions
n'ayant aucun rapport entre elles, par
exemple « César a passé le Rubicon »
et « Socrate a bu la ciguë » sont dans
ce rapport. En effet, p est vraie, q l’est
aussi oi materiæ ; la définition est donc
satisfaite. C’est là ce que les auteurs
_—
Sur Implication. — Au sens B, on disait plutôt dans le latin scolastique Impl-
cantia qu'implicatio.
| aités plus haut appellent implication
matérielle. La définition est même sa-
tisfaite si l’on prend pour p : « César
est vivant » et pour q : « 2 et 2 font 4»;
car elle exige seulement que, si p est
vraie, qg soit vraie ; mais p étant fausse,
g peut être vraie ou fausse. D’où ce
paradoxe qu’une proposition vraie im-
lique (matériellement) toutes les pro-
positions vraies et qu’une proposition
fausse implique toutes les propositions
vraies ou fausses.
2° p et g contiennent une ou plu-
sieurs variables communes et la rela-
tion p 2 g est vérifiée pour n’importe
quelle valeur de cette ou de ces va-
riables. C’est là le sens ordinaire du
mot, et ce que les auteurs cités appel-
lent implication formelle. Par exemple,
X est homme 2 X est mortel, quel que
sit X. En d’autres termes, tout homme
est mortel; d’où le nom de fonction
propositionnelle double donné aussi à
une implication formelle de ce type.
C. I. Lewis (A survey of symbolic
Logic, 1918, ch. v) se sert en ce sens de
l'expression implication stricte* (strict
implication), qui est restée usuelle.
Cf. Impliquer*, Remarques.
CRITIQUE
L'origine de cette manière de définir
l'idée d’implication et des paradoxes
qu’elle entraîne, se trouve dans l’inté-
rêt qu’il y a, pour la logistique, à éli-
miner les expressions telles que « résulte
récessairement », « est posé par lamëme »
dont nous avons dû nous servir pour
donner une idée d'ensemble de ce que
signifie le terme impliquer*. Mais au
Point de vue philosophique, il semble
utile de convenir que le mot implica-
tion employé seul et sans autre épithète,
désignera toujours l'implication for-
Melle, qui est de beaucoup la plus
importante à considérer.
Rad. int. : Implik.
IMPLICITE, D. Implicit ; E. Impli-
At Implicito. — Opposé à Expli-
A. Proprement, est implicite ce qui
IMPLICITE
est impliqué par ce qu’on énonce, mais
qui n’est pas lui-même énoncé expres-
sément.
B. En parlant des hommes : qui
ne veut pas ou ne peut pas expli-
citer ce que contient sa pensée. Par
suite, souvent pris par euphémisme
en un sens péjoratif embarrassé,
obscur.
C. « Foi implicite », expression tech-
nique de théologie pour désigner la foi
qu’on accorde à un dogme sans s’oc-
cuper de ce qu'il signifie, par pure
obéissance ou confiance dans l’autorité
qui ordonne de le croire. « Il est vrai
pourtant qu’on prétend de désigner
bien souvent plutôt ce que d’autres
pensent que ce qu’on pense de son
chef, comme il n’arrive que trop aux
laïques, dont la foi est implicite. »
LEIBniz, Nouveaux Essais, III, 11, $ 2.
— Expression assez rare en français.
On la trouve cependant en dehors des
ouvrages spéciaux : « Après plusieurs
mois d’application, Julien avait encore
l’air de penser : sa façon de remuer les
yeux et de porter la bouche n’annon-
çait pas la foi implicite et prête à tout
croire. » STENDHAL, Le Rouge et le
! Noir, ch. xxvi. Peut-être chez Stendhal
est-ce un anglicisme ; l’expression /m-
plicit faith est très usuelle en anglais;
p. ex. Hume, The natural history of
religion, Ch. x11. D'où implicit au sens
d’absolu, sans discussion, sans réserve
(peut-être par un contresens sur l’ex-
pression précédente) ; et, même pour
obéissant, en parlant des personnes :
« Be implicit. » (Mot à mot : Soyez
implicite ; c’est-à-dire obéissez sans rai-
sonner.) Voir Murray, sub Vo.
— Compréhension implicite, ensemble
de la définition et des caractères qui se
déduisent de la définition (= de la
compréhension décisoire, énoncée par
le définissant) sans figurer explici-
tement dans celle-ci par exemple
pour la tangente à la circonférence
(définie comme position limite de
la sécante) d’être perpendiculaire au
rayon, etc.
Rad. int. : A. Implicit.
| |
IMPLIQUER
IMPLIQUER, D. Eïinbegreifen (rare
à l’infinitif); involvieren, quelquefois
implizieren ; — E. To imply; —1I.1Im-
plicare.
On dit qu’un objet de connaissance
en « implique » un autre si le second
résulte nécessairement du premier,
c'est-à-dire si le premier étant posé,
le second est posé par là même avec
la même valeur et aux mêmes condi-
tions que celui-ci.
En particulier :
A. On dit qu'une idée en implique
une autre si la première ne peut être
pensée sans la seconde : « La relation
implique le nombre; le nombre im-
plique l’espace. » L’implication, en ce
sens, est très souvent réciproque
« Grand implique petit : identique im-
plique différent, père implique en-
fant, etc. »
B. On dit qu’un fait, ou un caractère
en implique un autre si l’expérience
montre le second toujours lié au pre-
mier. « Une haute intelligence n’im-
plique pas un grand caractère. »
C. En logique formelle, la formule
générale de l'implication est a2 b;
elle signifie :
19 Si a et b sont des classes*, que la
compréhension de b est comprise dans
celle de a et qu’inversement en exten-
sion, la classe a est comprise dans la
classe b (subsomption) : « Mammi-
fère 2 vertébré. »
20 Si a et b sont des propositions,
que si a est vraie, b est vraie par cela
même (mais non pas par cela seul) ; et,
par suite, que si b est fausse, a est
4
489
fausse : « La loi de la gravitation im.
plique celle de la chute des corps.
Voir Implication*.
REMARQUES
1. « Il implique » s’est dit autrefois
par abréviation pour : « Il implique
contradiction. » Mais cette formule à
vieilli.
2. Hamelin distingue, au sens A, une
implication de caractère dialectique,
qui fait progresser la pensée synthéti.
quement, et une implication desten-
dante, qui extrait analytiquement d’un
concept ce qui est contenu dans sa
définition. « L'unité n'implique pas la
pluralité et tous les deux la totulité au
sens où, inversement, la totalité im-
plique une pluralité d'unités. » Le sys-
tème de Renouvier, p. 436. La première
sorte d’implication est ce qu'il désigne
souvent par le mot appeler*. Cette
distinction reste fondée, qu’on admette
ou non la validité de celle-ci.
3. Le signe 3 ne doit être employé
que pour l'implication telle que l’en-
tend la logique formelle. Encore serait-il
peut-être utile de le dédoubler, en rai-
son des remarques indiquées ci-dessus
à l’article ëmplication. Cf. C. I. Lewis,
A Survey of Symbolic Logict.
Rad. int. : Implik.
«IMPORT », terme anglais qu'il serait
sans doute utile d'introduire dans la
langue de la logique : ensemble des
idées ou des sentiments qu’éveille un
1. Vue d'ensemble de la Logique symbolique.
Sur Impliquer.— Ed. Go8Lor, dans sa Logique, a pris ce mot au sens strictement
étymologique, beaucoup plus étroit que son acception usuelle :
contenir, d’une
manière non apparente, quelque chose de tout fait, qu’il suffirait ensuite de rendre
manifeste. « 11 est inexact, dit-il, que l’antécédent « implique » le conséquent
qu’il le « contienne », qu’on puisse l’en tirer : ils sont ou du moins peuvent être
hétérogènes » (p. 193). — « L'égalité des angles n’est pas contenue dans l'égalité
des côtés ; elle en résulte... Il ne s’agit pas d’implication d’un concept dans un
autre ; il s’agit de dépendance d’un jugement à l'égard d’un autre. » (p.257). —Chez
les logisticiens qui ont couramment employé ce terme, il équivaut tout à fait à
l'expression « a entraîne b », employée de préférence par Goblot.
social donné, en sus de ce que ce mot
ou cette expression désigne littérale-
::ment. — Cf. Compréhension*.
CRITIQUE
:, Ilest déjà usuel de dire en français
qu'un mot emporte avec lui telle ou
:telle signification, soit dominante, soit
accessoire, et spécialement telle asso-
ciation d'idées, telle nuance d’élévation
ou de bassesse, de valeur ou d’insi-
gnifiance, etc. Il serait bon d’avoir un
substantif correspondant à ce verbe,
qui désigne un des caractères les plus
äntéressants des phénomènes séman-
tiques. Portée rendrait mal cette idée ;
æar il vient d’une autre métaphore, et
ipar suite éveille des idées différentes ;
il ne convient qu'aux conséquences plus
œu moins graves d’une formule, à sa
æglus ou moins grande extension; il
tappelle toujours une idée de mesure ;
il serait impropre par exemple de dire
que la portée du mot « rigide » a pris
de nos jours quelque chose de dédai-
gneux, ou que celle du mot « action »
contient actuellement l’idée d’une va-
teur morale un peu mystérieuse, sur
laquelle le raisonnement n’a qu’une
compétence imparfaite.
Rad. int. : Import.
IMPOSSIBLE, D. L'amüglich ; E. Im-
Possible ; I. Impossibile.
Voir Possible.
, Impresses (Espèces), voir Espèces.
IMPRESSION, D. A, C. Eindruck ;
B. Reiz; — E. A, B. Impression;
À, C. Feeling ; — I. Impressione.
A. Ensemble des actions physiolo-
&iques qui provoquent la sensation :
4° action physique ou chimique exer-
@ée sur une terminaison nerveuse sen-
sitive; 20 transmission au cerveau;
8 modification cérébrale correspon-
dante.
: B. Le premier de ces termes seule-
Ment : action sur une terminaison ner-
Yewse
é
IMPULSION
C. État d'ensemble de la conscience,
présentant un ton affectif caractéris-
tique, qui répond à une action exté-
rieure ; s’oppose à la réflexion et au
jugement fondé sur une analyse.
CRITIQUE
Erxcitation* se dit aussi dans les deux
premiers sens, mais surtout au sens B.
Impression, au contraire, s'emploie plu-
tôt au sens le plus large. Il serait donc
bon de les spécialiser l’un et l’autre
dans ces emplois, et d'entendre tou-
jours par impression l’ensemble des
états physiologiques qui provoquent
dans la conscience l’apparition d’une
sensation ; par excitation, l’action phy-
sique ou chimique qui atteint une
extrémité nerveuse, ou même d’une
| façon générale un tissu vivant, et qui
y provoque une modification.
Rad. int. : Impres.
IMPULSION, D. Trieb ; E. Impulse ;
| I. Impulso.
A. Tendance spontanée à l’action.
L'impulsion est ce qui manque au sujet
dans les cas classiques d’aboulie décrits
par RiBor, Maladies de la volonté,
ch. 1, 1re partie : « Le défaut d’im-
pulsion »; et ce qui détermine des
actes irrésistibles malgré les efforts
de la volonté, dans les cas décrits au
| chapitre 11 du même ouvrage : « L’excès
; d’impulsion. »
B. Spécialement, impulsion anormale
par son intensité ou par sa nature. —
A ce second sens se rattache l’usage
de l’adjectif ëmpulsif, qui se prend tou-
jours en un sens défavorable (— insuf-
fisamment gouverné par la volonté);
on l’applique soit aux actes : « un geste
impulsif » ; soit aux caractères : « un
caractère impulsif », c’est-à-dire chez
qui l'inhibition volontaire est trop
faible, ou les impulsions trop fortes;
enfin aux individus qui présentent ce
caractère : on dit même substantive-
ment, en ce sens, « un impulsif ».
Rad. int. : Impuls.
|
b
IMPUTABILITÉ
IMPUTABILITÉ, D. Zurechnenbur-
keit ; E. Imputabülity ; I. Imputabilita.
Imputable signifie primitivement
qui peut ou qui doit être mis au compte
de telle personne. Partant de là, on
appelle imputabilité :
A. Ce qui constitue proprement le
rapport de l’acte à l’agent, abstraction
faite d’une part, de la valeur morale
de celui-ci; et, d’autre part, des ré-
compenses, châtiments ou dommages-
intérêts qui peuvent s’ensuivre.
B. Ce qui permet d’établir le compte
d’un agent. La responsabilité se rap-
porterait, en ce sens, au caractère de
l'agent ; l’imputabilité impliquerait en
outre la considération de l’acte et celle
de l'intention. (LanDpry, La Responsa-
bilité pénale, pp. 118 et suiv. — ALI-
MENA, 1 limiti e i modificazioni dell’
imputabilita.)
Rad. int. : Imputebles.
Inadéquat, voir Adéquat*.
IN ADJ ECTO (contradiction), celle qui
consiste dans l’incompatibilité de deux
termes joints immédiatement l’un à
l'autre : « Une sphère cubique. »
INCEPTIVE (Proposition).
La Logique de PorT-RoYaL appelle
ainsi les propositions composées qui
énoncent qu’une chose a commencé
d’être; elles contiennent donc deux
jugements distincts qui peuvent être
contestés séparément : « l’un, de ce
qu'était cette chose avant le temps
dont on parle, l’autre, de ce qu’elle
est depuis ». (Deuxième partie, ch. x,
$ 4.)
Voir Désitives*.
INCLINATION, D. Neigung ; E. In-
clination ; I. Inclinazione.
On appelle inclinations les différents
groupes de tendances psychiques entre
lesquelles on peut répartir l’activité
consciente, en tant qu’elle se dirige
spontanément vers des fins. On en dis-
tingue ordinairement trois classes : les
inclinations égoïstes* (ou personnelles,
ou encore ndividuelles) ; les inclina-
tions altruistes*, et les inclinations su-
périeures* (c'est-à-dire celles qui ont
pour objet des fins impersonnelles, des
idées : inclinations esthétiques, scien-
tifiques, morales, religieuses).
Une inclination diffère d’un instinct
Sur Imputabilité. — « La culpabilité et la responsabilité sont des conséquences
indirectes, si immédiates de l’imputabilité que les trois idées sont souvent consi-
dérées comme équivalentes et les trois mots comme synonymes. » GARRAUD,
Traité de droit pénal, tome I, n° 195. (Communiqué par M. Clunet.) — Cette
confusion se comprend entre les deux derniers termes ; mais il est singulier qu’elle
ait pu se produire entre ceux-ci et le mot culpabilité, qui importe en première ligne
une idée de faute, crime, ou délit, tout à fait secondaire dans les deux autres. (A. L.)
Imputabilité n'implique pas nécessairement responsabilité : un acte peut être
imputable à un agent qui n’en est pas responsable. (L. Boisse.)
Sur Inclination. — Les fins des inclinations ne sont pas nécessairement conçues
en termes intellectuels, ou rangées dans des cadres préexistants ; elles peuvent
être créées par les inclinations mêmes : les plus riches de celles-ci, en effet, portent
en elles quelque chose de nouveau. — L’inclination peut créer son but en se
réalisant, et ce but peut ne se préciser que par sa réalisation même et exister
en puissance dans l’inclination, être porté par celle-ci. On observe souvent chez
l'enfant, et parfois encore chez l’adulte une tendance à l'expansion, ou inclination
qui se fait jour d’abord par un besoin d’action, par des mouvements s’efforçant
de trouver un champ d’application, et c’est souvent le hasard de la réalité ambiante
qui leur permet de trouver une matière de se traduire avec une exactitude qui
semblait leur manquer au point de départ : le but alors ne s’est précisé que pendant
“en ce que ce dernier consiste dans la
‘suggestion immédiate d’actes ou de
gentiments déterminés, même sans
conscience de la fin à laquelle ils se
+attachent, tandis que l’inclination pose
une fin (d’une façon plus ou moins déter-
mninée, plus ou moins consciente), mais
sans qu’il y ait nécessairement représen-
tation des moyens à employer pour l’at-
teindre : le désir de se bien porter n’in-
dique pas à lui seul le régime à suivre.
Il va de soi que cette opposition
porte sur deux cas extrêmes et que les
tendances concrètes participent en gé-
néral de l’une et de l’autre à des degrés
inégaux.
A l'égard des passions, on peut les
distinguer des inclinations en ce qu’el-
les sont des formes intenses de celles-ci,
caractérisées par la rupture, au profit
de l’une d’entre elles, de l’équilibre qui
existe normalement dans le système des
inclinations humaines. Cet usage est
récent (voir pour l’usage plus ancien
MAazEBRANCHE, Recherche de la vérité,
livre V, ch. 1) : mais il paraît bien
établi chez les psychologues contem-
porains. (Ribot, Hôffding, Rey, R. d’Al-
lonnes, etc.)
Rad. int. : Inklin.
INCOMPATIBLE
INCLUSION, D. Einschliessung ; E.
Inclusion ; 1. Incluzione.
Locique. Relation qui existe entre
deux classes qui sont dans le rapport
de genre* à espèce*.
Rad. int. : Inklud.
INCOMMENSURABLE, D. Jncom-
mensurabel ; E. Incommensurable ; I.
Incommensurabile.
Qui n’a pas de commune mesure avec
un autre terme : « La diagonale du
carré est incommensurable avec le côté ;
les intérêts matériels sont incommensu-
rables avec les obligations morales. »
L'expression valeurs incommensurables
est assez usuelle dans les ouvrages de
morale et de sociologie contemporains.
REMARQUE
Incommensurable ne veut pas dire
qui ne peut être mesuré : c’est une
erreur fréquemment commise.
INCOMPATIBLE, D. Unverträglich
(plus large : veut dire aussi insociable,
intolérant, etc.) : E. Incompatible : I.
Incompatibile.
Deux pensées, deux sentiments, deux
actions sont incompatibles quand ils
la réalisation, et cependant l’inclination existait au préalable, avec son caractère
émotif propre (de tendresse, par exemple, ou de besoin de dominer, ou de besoin
d'idéal). (G. Dwelshauvers.)
— La classification des inclinations en égoïstes, altruistes, et impersonnelles
Pour ordinaire qu’elle soit, est aussi mauvaise que possible.
1° Elle laisse non classés quantité d’inclinations : où mettre l’amour des
animaux, des plantes, de la nature ?
29 Une inclination étant donnée, il est toujours possible de la ranger dans l’une
quelconque des trois classes proposées. Elle est toujours égoïste, dans la mesure
Où une tendance satisfaite procure un plaisir qui est évidemment personnel. Elle
#ttoujours altruiste, car sauf le cas d’un narcissisme absolu, et à peine imaginable,
l'inclination a son objet en dehors du sujet. Elle est toujours impersonnelle et
#upérieure, puisqu'on peut toujours lui assigner pour fin profonde une idée.
soif et la faim ont pour objet l’entretien de la vie.
30 À prendre cette classification au pied de la lettre, la haine, l’attrait sexuel,
Sont altruistes. L’inclination ascétique est égoïste. L’avarice est supérieure.
4° Pour éviter ces absurdités, on donne subrepticement, même lorsqu’on s’en
défend, aux mots égoïste, altruiste, une valeur normative. Ceci revient à classer
inclinations en bonnes et en mauvaises ; ce qui est psychologiquement enfantin,
: j'ajouterai, éthiquement faux. (M. Marsal.)
INCOMPATIBLE
486
s'excluent réciproquement, soit (A) en
fait, soit (B) en droit. Il y a là une
équivoque dont il faut se défier.
Spécialement, en LociQue, caractère
de deux ou plusieurs propositions qu’on
n'a pas le droit d’affirmer simultané-
ment. Sur la logique formelle de l'in-
compatibilité, voir Observations.
Cf. Contraire* et Contradictoire*.
« INCOMPLÉTUDE {sentiment d') »,
terme créé par Pierre JANET, pour
désigner un sentiment d’inachevé, d’in-
suffisant, d’incomplet que les malades
dits « psychasthéniques » éprouvent à
propos de leurs pensées, de leurs actes,
de leurs sensations ou de leurs émo-
tions. Il est apparenté « au sentiment
du doute », aux amnésies, à la rumina-
tion mentale qui se poursuit indéfini-
ment sans conclure. Voir JANET, Les
obsessions et la psychasthénie, 1, 264 et
suiv.; Les Névroses, p. 55-56.
INCOMPLEXE, D. Einfach ; E. Un-
complex ; 1. Incomplesso.
Locique. Se dit des termes, des pro-
positions et des svllogismes qui ne sont
pas complexes*. (Voir ce mot.)
Rad. int. : Nekomplex.
INCOMPRÉHENSIBLE est. souvent
opposé par RENouvier à inintelligible
(p. ex. Esquisse d'une Classification,
etc., 11, 386-387). Est incompréhensible
ce qu’on peut admettre, mais qu’on ne
s'explique pas ; inintelligible, ce qui
enferme une contradiction, et qui, par
conséquent, ne peut être.
<<
SPiR, d'autre part, oppose l'incom.
préhensible à l'inconnaissable : «a L’in.
conditionné, qui est inconnaissable, est
cependant parfaitement compréhen.
sible ; bien plus, il est la seule chose
compréhensible qu’il y ait, car l'in.
conditionné est un objet qui répond à
la norme, à la loi fondamentale de
notre pensée, c’est-à-dire possède un
être qui lui est vraiment propre, non
emprunté du dehors, et qui est parfai-
tement identique à soi-même. Au
contraire les objets empiriques, quoique
connaissables, ne sont pas compré-
hensibles, parce qu’ils ne répondent pas
à la norme, à la loi fondamentale de
notre pensée. ». Pensée et réalité,
trad. Penjon, p. 275.
INCONCEVABLE, D. Unbegreifbar,
Undenkbar ; E. Inconceivable ; 1. [n-
concepibile.
Terme particulièrement employé par
Rein, par W.HamiLrox et parJ.S. Mir
dans son Examen de la philosophie
de Hamilton, où il distingue trois
sens de ce mot employés tour à tour,
dit-il, par Hamilton (ch. vi) :
1° Ce dont l’esprit ne peut se former
aucune représentation, parce que les
termes qui le désignent enveloppent
une impossibilité ou une contradiction :
la limite de l’espace; un rond carré.
Une proposition totalement dépourvue
de sens, telle que « Humpty Dumpty
est un Abracadabra » n’est donc pas
une proposition inconcevable.
20 Ce qui ne peut être représenté
comme réel par suite de nos habitudes
d'esprit, ce dont l'existence est in-
Sur Incompatible. — En logique propositionnelle, on dit qu’il y a incompati-
bilité entre p et q pour les couples de valeurs suivants de p et de qg : p vraie et
q fausse, p fausse et q vraie, p et q fausses. La relation incompatibilité diffère de
la relation exclusion réciproque en ce que cette dernière n’accepte plus comme
valeurs que p vraie et q fausse, ou p fausse et q vraie.
L'incompatibilité a été mise à la base de la logique des propositions par
Sheffer, qui ramène à elle toutes les autres relations interpropositionnelles, et à
la base de la théorie déductive par Nicod qui réduit toute l’axiomatique à une seule
proposition, d'ailleurs très complexe et ne comportant que des incompatibilités
À la suite de Sheffer, on désigne généralement l'incompatibilité par un trait
vertical placé entre les propositions : p | g. (Ch. Serrus.)
INCONNAISSABLE
INCONDITIONNÉ, D. Unbedingt ; E.
Unconditional ; Unconditioned ; 1. 1n-
condizionato.
A. Chez KanT : «… Der eigenthüm-
liche Grundsatz der Vernunft über-
haupt (in logischen Gebrauche)... fist]
zu dem bedingten Erkenntnisse des
Verstandes das Unbedingte zu finden,
womit die Einheit desselben vollendet
wirdi, » Critique de la Raison pure.
“eroyable : les antipodes, au moyen
*age. — Dans sa Logique (livre V, ch. in,
3), MizL prend exclusivement le mot
ce sens, et déclare par suite rejeter
expressément le principe selon lequel
y tout ce qui est inconcevable est faux ».
30 Ce qui ne peut être conçu, au
“sens technique, c’est-à-dire subsumé
ous un autre concept ; ou, s’il s’agit
d’une Proposition, ce qui ne peut être | Dial. transc. Introd., À 307, B 364.
déduit d'une proposition antérieure. B. Chez HAMILTON, l’Inconditionné
& est l’Absolu* (cousinien) dont il rejette
va CRITIQUE lP’existence en opposant à la « Philo-
. L'importance de ce terme vient de | sophie de l’Inconditionné » sa propre
usage qui en est fait pour la théorie | « Philosophie du conditionné ». On the
du Conditionné et de la Relativité de | philosophy of the Unconditioned. Dis-
a connaissance : HaAwiILTON estime que | cussions, I. — Voir Conditionné.
pour le Temps, l'Espace, la Substance,
la Causalité, etc., nous sommes néces- INCONNAISSABLE, D. Unerkenn-
æirement amenés à choisir entre deux | bar; E. Incognisable (HAMILTON);
hypothèses également inconcevables, et | Unknowable (SPENCER); 1. Inconosci-
æependant contradictoires entre elles, | ble.
‘æ'est-à-dire dont l’une est nécessaire- Ce qui, tout en étant réel, ne peut
ment vraie et l’autre fausse. Mizr | être connu. — Ce mot sert de titre à
æonteste que la thèse et l’antithèse | la première partie de l’ouvrage de
#ient inconcevables au même sens : | Spencer, First Principles. Voir en par-
par exemple, il est vraiment inconce- | iiculier la fin du chapitre 1v : « Rela-
:*able, au premier sens, que l’espace | tivity of all knowledge? » et la septième
‘fait fini, mais il est seulement impos-
#ible de se représenter l’espace infini
1. « Le principe propre de la raison, en général, dans
d'une façon adéquate, il n’y a rien | son usage logique, est de er pour nn
4"; i i à conditionnelle de l'entendement, le terme inconditionn:
4 intrinsèquernent inconcevable à ce qui effectuera l'unité de celle-ci. » -— 2. « Relativité de
qu'il soit tel. Voir Znintelligible*. | toute connaissance. »
* Sur Inconnaissable. — Est-il bien juste de dire qu’on ne peut rien affirmer
&e l'inconnaissable, pas même qu’il existe ? N'est-ce pas comme si l’on disait que
%e discernant rien dans la nuit complète, ou même dans une éblouissante lumière,
ke ne puis savoir si cette nuit ou, cette lumière existent ? (J. Lachelier.)
Tout ce qu’on dit de l’inconnaissable peut être dit de l'inconscient. Si l’incon-
kaissable est contradictoire, l'inconscient aussi est contradictoire ; si l'inconscient
Peut être inféré sans jamais devenir conscient (par exemple l’activité intellectuelle
#octurne qui fait trouver un problème au réveil), l’inconnaissable peut lui aussi,
“mme l’a soutenu Spencer, être inféré (M. Marsal.)
La première rédaction de cet article se terminait par le paragraphe suivant :
#L’importance de cette critique (qu’on ne peut affirmer la réalité de l’inconnais-
#%ble sans le connaître en quelque façon) est fort affaiblie par le fait que ce terme
‘4 pris surtout un usage historique, et ne s’emploie guère que dans l'exposé des
@octrines désignées plus haut, et en particulier de celle de Spencer. Il semble
# effet que la métaphysique contemporaine ait à cet égard déplacé son point de
INCONNAISSABLE
partie des Principles of psychology,
ch. x1x : « The transfigured realism. »
CRITIQUE
Le concept désigné par ce terme est
un élément essentiel de toutes les phi-
losophies agnosticistes* criticisme
kantien, positivisme de ComTEe, évolu-
tionnisme de SPENCER. Il a souven
été attaqué comme contradictoire par
cette raison que, de ce qui serait vrai.
ment inconnaissable, on ne pourrait
rien dire, pas même que cela existe,
Voir p. ex. HAMELIN, Essai, 1re édji.
tion, p. 19.
Rad. int. : Nekonocebl. (Cf. Connais-
sance, B.)
vue plutôt qu’elle n’a réfuté l’agnosticisme ; elle continue bien à tenir celui-ci
pour une conséquence légitime de l’ontologie conceptuelle et accorde que notre
pensée discursive ne peut saisir que des apparences et des relations ; mais œ
qu’elle soutient est en général qu’il existe un autre mode de connaissance, par
lequel on atteint à l’absolu. Voir BERGsoON, Introduction à la métaphysique, Revue
de métaph., janvier 1903 ; — W. James, A world of pure experience, The thing and
its relations!, Journal of philosophy, septembre et octobre 1904, janvier 1905. ,
Ces remarques ont provoqué les observations suivantes :
L’inconnaissable est ce qui, tout en étant réel, échapperait par hypothèse à
tous les modes de connaissance soit intuitive, soit discursive, soit immédiate,
soit médiate, soit fondée sur la conscience et l’expérience, soit fondée sur le
raisonnement. En ce sens, la critique que l’on a faite de cette notion conserve
toute sa valeur : on ne peut affirmer ni la possibilité ni la réalité d’un tel ënconnais-
sable. La « Métaphysique contemporaine » n’a rien changé à cette situation.
Si elle veut réserver le nom de connaissance à la connaissance « conceptuelle »
et « discursive », elle restreint arbitrairement le sens de ce mot. D’autre part,
appeler absolu la réalité quelconque saisie en nous par la conscience et qui constitue
notre existence pour nous-mêmes, mais qui ne constitue pas une existence par soi
et indépendante de toutes relations, c’est donner à l’absolu un sens nouveau qui
déplace la question sans la résoudre. Il reste toujours à savoir si nous pouvons
affirmer la réalité ou la possibilité de ce qui échapperait entièrement à la conscience,
à la perception et au raisonnement. Cette question, si mal résolue par Spencer,
a une valeur qui n’est pas seulement « historique » et qui n’est pas liée au sort
de la philosophie spencérienne. (A. Fouillée.)
Il me semble au contraire que, pour tout le monde, une connaissance qui
saisit son objet du dedans, qui l’aperçoit tel qu’il s’apercevrait lui-même si son
aperception et son existence ne faisaient qu’une seule et même chose, est une
connaissance absolue, une connaissance d’absolu. Elle n’est pas la connaissance
de toute la réalité, sans aucun doute ; mais autre chose est une connaissance
relative, autre chose une connaissance limitée. La première altère la nature de
son objet ; la seconde le laisse intact, quitte à n’en saisir qu’une partie. J’estime
(et j'ai fait mon possible pour prouver) que notre connaissance du réel est limitée,
mais non pas relative : encore la limite pourra-t-elle être reculée indéfiniment.
Pour prouver qu’une connaissance limitée est nécessairement une connaissance
relative, il faudrait établir qu’on altère la nature du moi par exemple, quand on
l’isole du Tout. Or, un des objets de L'Évolution créatrice est de montrer que le
Tout est, au contraire, de même nature que le moi, et qu’on le saisit par un appro-
fondissement de plus en plus complet de soi-même. (H. Bergson.)
1. Un monde de pure expérience, La chose el ses relations.
INCONSCIENT, L. Unbewusst; E.
nconscious ; Ï. Incosciente, incoscio.
ue (Ne se trouve dans le Dictionnaire
l'Académie que depuis 1878.)
y 4° En parlant d'un être :
;. À. Qui ne possède aucune conscience
tsar exemple, un atome dans la philo-
gphie d'Épicure).
: B. Qui n’est que peu ou point capable
de revenir sur lui-même : « un incons-
gient » est un esprit irréfléchi, qui ne se
rend pas compte de ce qu’il fait ou
même seulement qui ne sait pas se
juger.
.C. (Relativement) : qui n’a pas cons-
gence de tel fait particulier : « Une
âme inconsciente de ses vraies croyan-
INCONSCIENT
Dans la langue courante, ce mot
s’applique même (mais peut-être à tort)
à l'ignorance de faits extérieurs, et non
pas seulement d’états internes du sujet :
« Inconscient de l'effet produit, in-
conscient du danger. »
20 En parlant d’un phénomène :
D. Au sens général, qui n’est pas
saisi par la conscience* Ainsi les états
psychiques de nos semblables sont in-
conscients pour nous.
E. S’applique d'ordinaire plus parti-
culièrement à ce qui n’est pas conscient
pour un sujet et dans un cas déterminé,
tout en étant susceptible de le devenir
pour lui à d’autres moments ou sous
certaines conditions : « Une passion
cs. » inconsciente, un raisonnement incons-
LL
. Sur Inconscient. — Article complété d’après les observations de MM. F. Pécaut
& Rauh. Ce dernier nous a adressé la note suivante, expliquant avec plus de
détails ce qui est résumé ci-dessus à la fin du $ E : « Inconscient s'applique aux
faits qui peuvent être scientifiquement étudiés en dehors de la conscience, parce
que la conscience n’en exprime qu'une partie minime, n’en est que le point d’affleu-
f8ment, sans que pourtant on puisse les réduire à des phénomènes d’ordrc physio-
logique. Ainsi les phénomènes sociaux, les phénomènes psychologiques même,
quand, étrangers à la conscience, on n’en connaît pas de causes organiques précises.
Les faits sociaux sont des « choses » pour M. Durkheim parce qu’ils s'imposent
à la conscience de chacun et aussi parce qu’ils sont soumis à un déterminisme.
Et cependant ce sont des faits psychologiques, parce qu’ils apparaissent sous
forme consciente à certains moments, et que d’autre part on ne voit pas le moyen
de les rapporter à des faits physiologiques. Ils apparaissent donc comme du
mental qui devient, à certains moments, conscient. M. HuBERT, dans sa Préface
à l'Histoire des Religions de Chantepie de La Saussaye, me semble avoir donné
une des meilleures formules de cette théorie. J’ai essayé moi-même de définir
œætte notion scientifique de l’Inconscient dans ma discussion avec M. Binet
(Société de philosophie, mars 1905) et dans la Méthode dans la psychologie des
sentiments, en particulier pp. 23 et suiv. — Ce sens du mot, sans être encore
usuel, mérite d’être signalé et propagé ; il correspond à ce qu’il y a de positif
dans les théories métaphysiques de l’Inconscient. (F. Rauh.)
La distinction faite dans la Critique a déjà été établie par Victor Eccer dans
: Parole intérieure, pp. 308-309, où il proposait pour l’exprimer les expressions
RConscience psychique (D) et d’inconscience psychologique (E). Mais il nous a fait
voir qu’il se rallierait volontiers aux expressions proposées ci-dessus. Le sub-
Conscient serait ainsi « ce qui est actuellement inaperçu, mais que la pensée du sujet
Où une autre pensée), a tôt ou tard une raison quelconque d’affirmer comme
Wantété conscient, quoique à un faible degré antérieurement, : soit qu’il devienne
irement conscient par la suite, soit qu'il y ait lieu de le supposer comme la
ition de faits subséquents clairement conscients. » L'inconscient serait au
tatraire ce qui échappe entièrement à la conscience, même quand le sujet cherche
1e saisir et y applique son attention. Mais il faut remarquer que « l’inconscience
INCONSCIENT
cient. » Voir Conscience et Champ de la
conscience*.
Le mot inconscient, dans cette accep-
tion, est souvent appliqué de nos jours
à certains faits (par exemple aux faits
juridiques, économiques, religieux) qui,
tout en apparaissant parfois sous forme
consciente, ne peuvent être étudiés
scientifiquement qu’en les considérant
comme des « choses », ayant une réalité
permanente et distincte de ces appa-
ritions.
F. Substantivement : l’Inconscient.
1° L'ensemble de ce qui n’est pas cons-
cient dans un sujet déterminé (sens E);
29 Au sens métaphysique, l’être en
soi par lequel HAaRTMANN remplace la
Volonté de Schopenhauer, principe com-
mun unique, à la fois actif et intellec-
tuel, qui se manifeste dans la matière,
la vie et la pensée, et dont les individus
ne sont que l'apparence. Il est, par
rapport à nous, inconscient, et en soi
supraconscient. (Philosophie des UÜn-
bewussten, 1869.)
échappe à la première, soit seulement
ce qui échappe à la seconde. Ainsi, une
perception actuelle ou un souvenir
peuvent rester inconscients (= non re.
marqués par la conscience réfléchie) &t
devenir conscients aussitôt que l’a
tention s’y porte, ou du moins après un
moment d'effort pour les saisir; ay
contraire, un travail mental peut s’et.
fectuer d’une façon telle qu’on n’en
ait pas conscience, même à la réflexion.
Il serait utile de réserver les mots
« subconscient » au premier cas, et
« inconscient » au second.
Parmi les phénomènes « subcons-
cients » ainsi définis, il y aurait encore
à distinguer ceux qui échappent à la
conscience réfléchie par leur faible
intensité, tels que les perceptions élé.
mentaires ; et ceux qui en sont exclus
parce que l'orientation de la conscience,
à un moment donné, est telle qu’ils ne
peuvent y trouver place : par exemple,
toutes celles de nos connaissances qui
sont très éloignées de notre sujet actuel
+ nsistency ; |. Inconseguenza.
# A. Caractère de deux propositions,
de pensée. On pourrait dire qu'il y a,
dans le premier cas, subconscience élé-
mentaire et dans le second, subcons-
cience fonctionnelle. Voir champ*.
Rad. int. : Nekonci.
CRITIQUE
De même que conscient a deux sens
(conscience spontanée, conscience ré-
fléchie), inconscient signifie soit ce qui
proprement dite ne doit pas être affirmée sans critique dans les états psychiques
anormaux, et ne pas oublier que l’amnésie simule l’inconscience ». (V. Egger.)
Il y aurait peut-être lieu de distinguer encore ce qui est subconscient par défaut
d'intensité suffisante, comme les « petites perceptions » de Leibniz, c’est-à-dire
ce qui est en réalité l’objet d’une conscience très faible, et ce qui est radicalement
inconscient comme le sont peut-être les modes les plus profonds de la conscience,
le vouloir-vivre, le vouloir-être fondamental (J. Lachelier.) — Je proposerais de
distinguer à cet égard la subconscience par conscience très faible, que j’ai appelée
ci-dessus subconscience élémentaire et la subconscience par conscience très vague,
très sourde, mais qui peut être dans certain cas l’objet d’un sentiment assez intense,
quoique très peu intellectualisé : je la nommerais volontiers subconscience affective?
— sans préjudice, bien entendu, des cas où ces tendances organiques et profondes
sont proprement et radicalement inconscientes (c'est-à-dire inaccessibles à la
conscience, même attentive et réfléchie) comme le remarque très justement
M. Lachelier. (A. L.)
Afin de tenir compte des observations de M. Pradines (voir son Traité de
Psychologie générale, tome I, Introduction, ch. 1) nous avons supprimé dans a
Critique ci-dessus quelques lignes qui donnaient comme exemple typique d'in”
conscient radical, inaccessible à la réflexion, même attentive, des phénomènes
d’inconscience anormale, tels qu'amnésie, anesthésie systématique, dédoublemen
INDÉFINI
INCONSÉQUENCE, D. A. Folgewi-
igkeit ; B. Ungereimtheit; E. In-
INDÉFINI, D. Unbegrenzat, Unend-
lich ; E. Indefinite ; I. Indefinito.
A. Opposé d’une part à fini, de
l’autre à infini. Est indéfini ce qui,
étant donné comme fini (soit en tant
qu'intuition, soit en tant qu’élément
de connaissance logique), peut être
rendu plus grand que toute quantité
donnée. « Par opposition à l'infini ac-
tuel, l'infini des possibles est ce qu’on
nomme l’indéfini. » RENoUvIER, Note
gont la seconde est présentée comme
gésultant de la première, mais n’en est
réellement la conséquence.
ÿ B. Par extension, manque de logique
gans la pensée ou d'accord avec soi-
gæême dans la conduite.
s: Rad. int. : Ne-konsequ.
{# sur l'infini de quantité. — « L'idée
x.« INCOORDONNABLE », terme em- | d’infini en puissance, c’est-à-dire d’in-
yé par J.-J. GourD, Philosophie de la | défini, … d’accroissement continuelle-
igion (1910), pour désigner ce qui, | ment et indéfiniment possible... » PiL-
dans la religion, dans la pensée, dans
d'action morale, dans l’art, s’élève au-
gesus des normes communes, comme
% sublime, le sacrifice, l'inspiration
#éformatrice. Pour une définition plus
æemplète, voir A. LALANDE, L’Incoor- | sions verbales (G. ëvoua déprorov, Aris-
donnable, Revue de Métaphysique, no- | ToTE, Ilepi épunvetac, 1632 ; mot à
wembre 1911. | mot : nom indéfini) : expression cons-
LON, La première preuve cartésienne
de l'existence de Dieu et la critique
de l'infini, Année philosophique, 1890,
p. 112.
B. En parlant de termes ou d’expres-
de la personnalité, etc. Il estime au contraire que ces états sont le plus souvent,
‘non toujours, subconscients (au sens de faiblement conscients) et que l’incons-
gience la plus complète, se rencontre au contraire surtout dans certains phénomènes
tormaux (« inconscient normal ou de constitution »}. (A. L.)
Cf. plus loin les Observations sur Subconscient*.
G. Dwelshauvers a proposé de classer ainsi qu’il suit les différents groupes de
faits inconscients! :
7” 49 « L’inconscient dans l’acte de pensée » (par exemple l’activité synthétique qui
transforme les sensations en représentations, et celles-ci en concepts).
2 « L’inconscient de mémoire dans la perception. »
., 3 « L’inconscient de mémoire par impressions et sentiments latents » (la
f&son qui fait apparaître tel souvenir et non tel autre reste inconsciente).
: 49 « L’inconscient par habitude. »
50 « L'inconscient par vocation (dispositions à un art, à un métier, se manifes-
nt impérieusement dès l’enfance). »
© 69 « L’inconscient dans la vie affective. »
Voir du même auteur La Synthèse mentale (Alcan, 1908), pp. 78-114.
Sur Indéfini. — /ndéfini doit être opposé à défini comme infini à fini. Quand
7% ressort de ma montre est cassé, je m’en aperçois à ce que, en la montant je
pus tourner la clef indéfiniment. Le nombre des individus d’une espèce donnée
“rt éndéfini, c’est-à-dire qu'il n’est pas déterminé par le concept de l'espèce ; mais
“* nombre des divisions d’une étendue donnée n’est pas indéfini : il résulte au
‘#atraire clairement de la nature même de l’étendue, non pas assurément qu’il
LE —
x
a Quoique cette communication présente un caractère descriptif et non terminologique, qui sort du cadre de re
témstaiare, nous avons cru, en raison de son intérêt, pouvoir en donner ici le résumé.
sd
INDÉFINI
tituée par la négation pure et simple
d’un terme donné, comme p. ex. non-
homme.
C. En parlant de jugements, ou de
propositions qui les énoncent :
1° Traduction de &ôtépustos (tpotautc)
chez Aristote : ceux dont la quantité
n'est pas indiquée (et n’a pas besoin de
l'être, car ils s'entendent en compré-
hension) ; p. ex. « la science des con-
traires est la même » ou « le plaisir
n'est pas le bien ». Prem. Analyt., 1,1;
2419-22. Le latin scolastique dit en
ce sens infinita propositio.
20 Traduction de &épiorov (bu)
chez Aristote : ceux qui ont pour pré-
dicat un terme indéfini au sens B. Ce
sens a été retenu par KanrT sous le
nom de jugements indéfinis (Unend-
liche) ou limitatifs (beschränkende).
Crit. de la Raison pure, Anal. transc.,
livre I, ch. 1, 2€ section. Voir Limitatif*
et quantité*.
CRITIQUE
Le sens B et le sens C, 2°, qui en
dérive, semblent d’abord sans intérêt.
Schopenhauer a même pu dire que les
Unendliche Urteile de Kant étaient une
niaiserie scolastique, recueillie pour &
faire une fausse fenêtre dans le tableau
des catégories. (Die Welt, Crit. de ]
philos. kantienne, Ed. Grisebach, }
582.) Bien que Kant, en effet, en justifi,
assez mal la présence (voir Limitatifs*
Critique), il faut remarquer, avec Aris’
tote lui-même Ilepi épunvelus, 16230.34
qu’un terme négatif ne représente pas
un vrai concept. L'origine de cette
expression paraît même, dit Bonitz
être sa remarque que la privation
(otépnoic) est quelque chose d’indéter.
miné ou d'infini (&épiotov). Phys,
III, 2, 201026. « Non-homme » pris
au pied de la lettre, comprend les
choses les plus hétéroclites, et va à
l'infini. Aussi est-il utile, dans la théorie
des classes, ou des ensembles, d’avoir
une dénomination permettant d’exclure
de certaines propriétés ou de certaines
opérations logiques les pseudo-concepts
ou pseudo-jugements de cette sorte.
Rad. int. : Nefinit.
INDÉMONTRABLE, D. Unerweis-
lich; E. Undemonstrable ; 1. Indimos-
trabile.
Ce qui ne peut être démontré, soit
est actuellement infini, ce qui serait contradictoire — mais qu'il va à l'infini,
en ce sens que la même raison de diviser subsiste toujours. De même le nombre
des décimales dans certaines fractions : on peut bien ne pas les calculer toutes,
mais il en reste toujours à calculer
: elles ne sont pas seulement possibles, elles
sont exigées par la nature même de l'opération. (J. Lachelier.)
La difficulté d’opposer dans tous les cas indéfini à défini vient de ce que le pre-
mier de ces mots contient de plus (comme infini) la notion d’un objet illimité;
tandis que le non-défini pourrait être fini, ou limité, c’est-à-dire comporter certaines
limites inférieures ou supérieures, tout en étant indéterminé entre ces limites :
ainsi le nombre des étamines, dans la plupart des plantes, est défini ; celui de
feuilles ne l’est pas : et cependant on ne peut dire qu’il soit indéfini. (A. L.)
Le texte de DESCARTES auquel il est fait allusion ci-dessus est celui-ci : « .… Je
mets ici de la distinction entre l’indéfini et l’infini. Et il n’y a rien que je nomine
proprement infini, sinon ce en quoi de toutes parts je ne rencontre point de limites,
auquel sens Dieu seul est infini. Mais pour les choses où sous quelque considération
seulement je ne vois point de fin, comme l'étendue des espaces imaginaires,
y : parce qu’il n’a pas besoin de
onstration,et sert lui-même de
cipe ; soit (B) : parce qu'on n’en
naît point la démonstration (comme
grtaines propriétés numériques empi-
ement constatées) ; soit (C) : parce
“il s'agit d’une hypothèse gratuite
ur laquelle nous n'avons aucun
Moyen de vérification, même empi-
#que.
Au Premier sens appartiennent les
#cinq indémontrables » des Stoiciens.
Yoir les observations sur Hypothe-
: CRITIQUE
SL'import péjoratif du sens C se re-
rte souvent par association sur le
is À, mais à tort : la démonstration
est pas productrice de vérité, mais
#olement moyen de transporter la
&ritude d'une proposition à une autre.
tte confusion a donné lieu à beau-
éoup de sophismes.
#
: INDÉPENDANT, D. A. Unabhängig ;
À, B. Selbständig; E. Independent ;
L Indipendente.
: A. Qui ne dépend pas (d’un autre
être, événement, 01 condition). — Bien
%e ce terme soit souvent employé
#ns complément, il reste toujours rela-
et sous-entend, suivant le contexte,
liée de tel ou tel autre terme par
fapport auquel ce dont on parle est
Q indépendant « Un [État indépen-
Sant » (de tout autre État). — « La
Morale indépendante » (de toute croyan-
& religieuse ou doctrine métaphysi-
que), etc.
..B. Absolument, en parlant du carac-
re : qui aime à ne dépendre de per-
#nne, à juger et à se décider sans
#ivre l'opinion ou les conseils d’autrui.
à Rad. int. : À. Nedependant ; B. Ne-
#Pendem.
h.
INDÉTERMINISME
INDÉTERMINATION, D. Unbestim-
mtheit ; E. Indetermination ; I. Indeter-
minazione.
A. Caractère de ce qui n’est pas
déterminé.
B. Problème dont les données sont
insuffisantes et qui comporte plusieurs
solutions.
C. État d’un esprit qui hésite entre
plusieurs résolutions.
Voir pour ces trois sens Détermina-
tion* et Déterminisme*.
Rad. int. : À. Nedetermines ; B. Ne-
determina)j ; C. Nedecides.
INDÉTERMINISME, D. JIndetermi-
nismus ; E. Indeterminism ; 1. Indeter-
minismo.
A. Doctrine selon laquelle l’homme
(ou Dieu) possède le libre arbitre au
sens le plus spécial et le plus fort de
ce mot. Cf. Libre arbitre*, C. Ce sens
est de beaucoup le plus usuel ; on le
désigne quelquefois sous le nom d’indé-
terminisme absolu.
B. (Plus rarement.) Doctrine qui
écarte le déterminisme, même sans
admettre des actes temporels de libre
arbitre ou des commencements absolus.
Eiscer (vo 374) propose d'employer en
ce sens l'expression indéterminisme psy-
chologique. — Voir Déterminisme*.
C. Par extension, synonyme d’indé-
termination* A.
CRITIQUE
Le mot a presque toujours été pris
au premier sens, et par suite employé
dans un sens péjoratif par ceux qui
s'en sont servis. Voir dans BALDWIN,
Vo 530 B, 531 A, les textes de KaAnT
et de WiNDELBAND à ce sujet. CaL-
DERWOOD disait même que dans l’his-
toire de la philosophie il n’y avait
point de penseurs auquel on put appli-
quer cette désignation (Zbid., 530 B).
multitude des nombres, la divisibilité des parties de la quantité et autres ChOS$
semblables, je les appelle indéfinies et non pas infinies, parce que de toutes parts
elles ne sont pas sans fin ni sans limites. » Réponses aux premières objections:
$ 10. — Cf. Principes de la Philosophie, I, 27.
È
Sur Indétermination. — Faut-il rattacher au sens A ou au sens B ce qu'on
ù lle «€ principe d’indétermination » ou « principe d'incertitude » en micro-
#Mysique ? C’est un problème qui ne peut être tranché par une simple définition.
LALANDE, — YOCAB. PHIL, 18
INDÉTERMINISME
494
Mais cela est exagéré : le néo-criticisme
admet le mot et la chose.
Rad. int. : À. Maldeterminism ; B.
Nedeterminism.
INDIFFÉRENCE, D. Gleichgültigkeit;
E. Indifjerence ; 1. Indifferenza.
A. État mental qui ne contiendrait
ni plaisir, ni douleur, ni un mélange de
l’un et de l’autre. La question de savoir
s’il existe des états indifférents de la
sensibilité est discutée : voir RiBor,
La psychologie des sentiments, première
partie, ch. v. Sa conclusion est : « J’in-
cline vers la thèse des états d’indiffé-
rence » (p. 79).
B. Indétermination : Liberté d’in-
différence (L. scol. : Liberum arbitrium
indifferentiae) est presque toujours
synonyme de libre arbitre au sens C.
Cependant, Leibniz l’applique à sa
propre doctrine, mais avec réserve, et
à vrai dire en jouant un peu sur les
mots : « Il y a donc une liberté de
contingence, ou en quelque façon d’in-
différence, pourvu qu’on entende par
lPindifférence que rien ne nous néces-
€
site pour l’un ou l’autre parti, mais il
n’y a jamais indifférence d'équilibre
c’est-à-dire où tout soit parfaitement
égal de part et d’autre sans qu’il y ait
plus d’inclination vers un côté. » LE.
NiZz, Théodicée, 1, $ 46. — Voir 4.
bitre*.
Rad. int. : À. Indiferentes ; B. Nede.
termines.
INDISCERNABLE, D. Michtzuunter-
scheidende (MENDELSSOHN); Ununter-
scheidbar ; — E. Indiscernible ; — I],
Indiscernibile.
Deux objets de pensée sont indiscer-
nables quand ils ne se distinguent l’un
de l’autre par aucun caractère intrin-
sèque. Voir Différence-À et Identique.
Le principe des indiscernables ou
mieux, de l'identité des indiscernables,
est ce principe capital de la philoso-
phie de LeiBniz, d’après lequel deux
êtres réels diffèrent toujours par des
caractères intrinsèques, et non pas
seulement par leurs positions dans le
temps ou l’espace : « Quoiqu'il v ait
plusieurs choses de même espèce, il
pt pourtant vrai qu'il n’y en a jamais
parfaitement semblables; ainsi,
“guoique le temps et le lieu, c’est-à-dire
' ‘le rapport au dehors nous servent à
sdistinguer les choses que nous ne dis-
tinguons pas bien par elles-mêmes,
es choses ne laissent pas d’être dis-
tnguables en soi. » Nouveaux Essais,
{E, Ch. 27, $ 1 — Cf. Monadologie,
th. 8. Voir Identité.
Rad. int. : Nedicernebl.
INDIVIDU, L. Individuum (traduc-
tion du grec &touov; veut dire aussi
chose indivisible matériellement, com-
me un atome démocritéen ; ou objet de
pensée sans parties, comme l'unité) ;
D. Individuum, Einzelding, Einselwe-
an ; E. Individual ; I. Individuo.
. À. Un individu, au sens le plus
général et le plus complexe de ce mot,
est un objet de pensée concret, déter-
miné, formant un tout reconnaissable,
INDIVIDU
et consistant en un réel donné soit par
l'expérience externe, soit par l’expé-
rience interne. Cf. Individuel-A, — Ce
sens, quoiqu'il ne soit pas fondamental
au point de vue de l’étymologie, occupe
cependant une position centrale par
rapport aux autres sens de ce mot. Voir
les Observations.
B. Locique. Si l’on dispose une série
de termes en une hiérarchie de genres*
et d’espèces* subordonnés, on appelle
individu l'être représenté par le terme
inférieur de cette série, qui ne désigne
plus un concept général et ne comporte
plus de division logique. Ce terme est
dit singulier*.
On peut exprimer cette même pro-
priété en disant que l'individu est le
sujet logique qui admet des prédicats,
et qui ne peut êtie lui-même prédicat
d’aucun autre (LEetBniz, Discours de
métaphysique, $ 8; d’après ARISTOTE,
Catégories, V, 211 et suiv., qui définit
a —_—— eu
la discréditer aux yeux des Jésuites. Voir LEIBNIZ, Théodicée, 3° partie, $ 365 ; et
Sur Indifférence (Liberté d’). — Descartes avait déjà fait remarquer que le
mot {ndifférence, en parlant de la liberté, pouvait recevoir deux sens opposés :
49 celui qu'il emploie dans la 7 Ve Méditation quand il dit que l'indifférence « est le
plus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance
qu’une perfection dans la volonté » ; il le considère comme le sens propre : « Indif-
férence me semble signifier proprement cet état dans lequel la volonté se trouve,
lorsqu'elle n’est point portée par la connaissance de ce qui est vrai, ou de ce qui
est bon, à suivre un parti plutôt que l’autre » ; 20 mais, ajoute-t-il « peut-être que
par ce mot d’/ndifférence il y en a d’autres qui entendent cette faculté positive
que nous avons de nous déterminer à l’un ou l’autre de deux contraires », faculté
qui s'exerce non seulement dans les cas de choix arbitraire, mais même dans Ceux
où nous avons une raison d'agir évidente, qui ne laisse place à aucune hésitation.
(Résumé d’une lettre à Mersenne, du 27 mai 1641. Ad. et Tann., tome III, p. 378-
341) — Dans les Principes, il accepte lui-même ce second sens et se sert d’Indi-
férence comme synonyme de liberté au sens le plus large : « … Dei... potentiam
(per quam omnia praeordinat).… non satis comprehendi ut videamus quo pacto
liberas hominum actiones indeterminatas relinquat ; libertatis autem et indiffe
rentiae, quae in nobis est, nos ita conscios esse, ut nihil sit quod evidentius et
perfectius comprehendamus. » Principia philosophiae, 1, 41. — Mais comme Of
l’a fait remarquer, les querelles théologiques autour du mot d’indifférence étaient
devenues fort acerbes à cette date (1644), et dans cet emploi anormal du mot, il
peut n’y avoir de la part de Descartes qu’une précaution (comme dans plus d’un
passage des Principes) pour éviter de compromettre sa philosophie, et surtout de
E. Gizson, La doctrine cartésienne de la liberté et la théologie, 2° partie, ch. 1v.
- En ce qui concerne Le18iz, il n'accepte le mot indifférence qu’avec les restric-
ons les plus expresses, non seulement dans le texte de la Théodicée cité ci-dessus,
œais dans tous les passages où il l’emploie. « I] ne faut pas s’imaginer cependant
qe notre liberté consiste dans une indétermination ou dans une indifférence
d'équilibre, comme s’il fallait être incliné également... du côté des différents
partis, lorsqu'il y en a plusieurs à prendre. » (/bid., $ 35.) Il déclare ailleurs :
«Je n’admets donc l'indifférence que dans un sens qui lui fait signifier autant
me contingence ou non-nécessité » (Zbid., $ 303), et il ajoute que la « liberté
d'indifférence indéfinie » ($ 314), ou la « pleine indifférence » ($ 320) seraient la
même chose que cet équilibre chimérique. (A. L.)
Sur Individu. — Article corrigé et complété d’après les observations de
J + Laehelier, H. Rodier, M. Bernès, L. Brunschvicg, G. Dwelshauvers, M. Drouin,
Husserl, Van Biéma, et d’après la discussion qui a eu lieu dans la séance du
1 juillet 1909.
-, Au fond, le sens logique et le sens biologique n’en font qu’un : l'individu est le
Yritable être de la nature, et le seul. Il est résoluble, d’une part, logiquement ou
Rriellement, en concepts de plus en plus abstraits et généraux ; de l’autre,
Mysiquement ou matériellement, en parties de plus en plus simples. Ces deux
utions n’ont rien de commun : mais qu’on définisse l’individu soit en fonction
la première, soit en fonction de la seconde, c’est toujours, malgré la diversité
#8 formules, le même être dont il s’agit. (J. Lachelier.)
— Je ne suis pas d’avis que la notion d’individu puisse être considérée logique-
Ment comme le plus bas degré d’une hiérarchie de concepts. Ce plus bas degré,
W existe, ou si l’on lui donne une existence relative pour limiter la série, c’est
n.
INDIVIDU
—————————————————
d’une façon semblable l’obola rporn,
mais en donnant comme exemple tel
homme, tel cheval).
C. BioLocre. Être vivant dont les
parties coopèrent d’une façon durable,
assez étroitement pour que la cessation
de cette synergie entraîne la disparition
ou tout au moins une transformation
considérable des fonctions qu'il mani-
feste. — On voit qu’en ce sens comme
l’ont souvent remarqué les naturalis-
tes, l’individualité est un état de l’être
vivant, susceptible de tous les degrés,
et qui ne peut jamais être absolu.
(PERRIER, Colonies animales ; LE DAN-
TEC, L’indisidualité et l'erreur indivi-
dualiste, etc.)
D. PsycHoLoGie. L'individu s'oppose
à la personne* morale :
1° en tant que l’unité et l'identité
extérieures, biologiques, de l’être hu-
main s’opposent à l’unité et à l'identité
intérieures qui résultent en lui de la
réflexion et de la volonté.
2° en tant que les particularités,
496
l’idiosyncrasie de chaque être humain
s'opposent aux caractères communs
qui en font des « semblables », et 3
l'admission commune des valeurs dites
impersonnelles.
Cf. Individualité, critique et observa.
tions.
E. Socioocie. L'unité dont se com.
posent les sociétés : un homme, une
fourmi, une cellule. — Voir Zndividuya.
lisme*, etc.
REMARQUES
1. Au point de vue de la compréhen-
sion, il y a deux manières de compren-
dre le rapport entre la notion de l’indi-
vidu et celles des genres et espèces
auxquels il appartient :
a. Le terme singulier ne représente
pas proprement un concept, et la no-
tion de l'individu ne soutient pas, avec
la plus étroite des classes logiques où
elle est incluse, le même rapport
qu’une espèce avec un genre. Elle est
hors série. Pour passer du genre à
INDIVIDU
M'espèce, on ajoute au concept une
ifférence spécifique qui est elle-même
n «universel », analysable en « carac-
tres » de même nature que ceux qui
omposent le concept du genre. Pour
asser de la dernière espèce (äxrouov
“:#l8oc, species infima) à la notion sin-
ière, ce qu’on ajoute est un « prin-
: cipe d’individuation* » qui n’est plus
un caractère ou une somme de carac-
tères, mais une présence une réalisa-
. tion sui generis. La species infima con-
tient donc, en principe, un nombre
quelconque d'individus, qui diffèrent
numero et non specie. En fait, ils se
distinguent sans doute par des acci-
dents, mais ces accidents ne peuvent
pas être objet de science, comme le sont
les formes substantielles qui définissent
les espèces. — Cette conception vient
du platonisme. Elle est celle d’Aris-
ToTe et de la plupart des scolastiques ;
elle a été adoptée par la Logique de
PortT-Royaz. Voir Bonitz, V° A’rouoc;
Scaürz, Thomas Lerikon, V° Species,
H, p. 764; PortT-RoyaL, 4re partie,
ch. x11.
b. Pour Leisniz, les différences qui
distinguent les individus les uns des
autres ne sont pas d’une autre nature
que celles qui distinguent entre elles
les espèces d’un même genre, si ce n’est
que l’analyse intégrale de ces caractères
individuels irait à linfini. Il y a donc
un concept de l'individu, et l’on peut
dire avec vérité que « omne individuum
est species infima ». Discours de Méta-
physique, IX. En ce sens, l'individu est
l'être dont la notion logique est com-
plète, c’est-à-dire tel qu'il n’y reste
aucun élément indéterminé, donc va-
riable, qui puisse être l’objet d’une
détermination ultérieure. — Il y a dans
cette extension des termes d’espèce et
de concept (d’ailleurs très discutée ;
voir les observations ci-dessous) une
généralisation analogue à celle qui a
fait admettre successivement l’unité,
puis le zéro, au rang des nombres. On
remarquera aussi la liaison de cette
bien la species infima. Comme l’infiniment petit par rapport au nombre (et non
comme l’unité), l'individu n’est, logiquement, qu’une expression symbolique : son
intérêt est de limiter, même dans le langage de la logique, la valeur du point de
vue logique, de rappeler qu’à côté de ce point de vue, qui est celui de la relation
et du concept, lié inséparablement à lui comme lui donnant sa matière, il y a
celui de l’entuition. (J'entends par ce mot l’impression directe d’une donnée, et non
pas simplement l’aperception immédiate qui peut porter aussi sur une construction
toute formelle, sur un principe général.) C’est intuitivement, non conceptuelle-
ment, que la pensée pose des individus. Conceptuellement, il existe selon le degré
de généralité, ou selon la direction donnée à la comparaison des généralités, des
genres et des espèces : intuitivement il n'existe que des individus.
Ainsi, en principe, les mêmes pensées sont genres ou espèces, ou bien individus,
selon qu’on les considère relativement, ou bien comme données totales et uniques,
et l’on peut parler ainsi de l’individualité d’un genre ou d’une espèce.
Mais, dans l'usage, les deux points de vue s’appliquent avec une inégale
facilité à nos pensées : un concept très abstrait, surtout si c’est un concept pur
(c’est-à-dire si la matière donnée en est assez simple pour ne pas appeler l’attention
et si l’on n’en retient guère que la forme ou la loi de construction) ne sera que
difficilement envisagé comme un individu (ainsi les concepts de quantité, de
nombre) ; une observation brute, localisée et temporelle, sera malaisément érigée
en espèce où en genre (ainsi la sensation complexe que j’éprouve en recevant
après une nuit de chemin de fer l'impression d’une contrée nouvelle pour moi)
(M. Bernès.)
11 me semble qu’il y a lieu de distinguer à cet égard trois éléments de significa
tions différentes, tous trois contenus dans ce que nous appelons un individu au
sens À, mais qui peuvent être dissociés par l'analyse, et qui expliquent les relations
de ce sens avec les sens B, C, D, E :
19 L’idée de réel donné dans l’expérience.
20 L'idée d’objet de connaissance déterminé et circonscrit, formant un tout,
présentant une unité suffisante pour qu’on puisse en parler comme d’une seule
chose,
30 L'idée d’objet de connaissance défini par des caractères distinctifs, plus ou
Moins permanents, qui permettent de le reconnaître au milieu des autres, de le
suivre dans ses déplacements sans le confondre avec eux.
Le donné concret de l’expérience, aussitôt qu'il « s’individualise » avec une
détermination et une permanence suffisantes, devient le sujet logique de nos
affirmations, l'individu au sens B. D’autre part l’être vivant (individu au sens C)
est un type particulièrement remarquable de cette identité : s’il est en même
temps considéré dans ses rapports sociaux, nous passons au sens E, notamment à
l'homme en tant que membre de la société, et tel a été le premier objet réel qui
ait tenu la fonction logique de sujet. Enfin le même être, psychologiquement
considéré, est l'individu au sens D : ici se trouvent en concurrence le caractère
d'unité, de totalité, et le caractère d’unicité, l’idée de la différence caractéristique
Qui constitue « l’individualité » d’un objet de pensée ; suivant les problèmes, l’un
ou l’autre de ces caractères se présente au premier plan, et semble faire tout le
sens du terme.
Ceci posé, il est bien vrai qu'intuitivement il n’existe que des individus,
Cest-à-dire des touts concrets distincts. Mais logiquement, on ne retient de ce
Complexus donné qu’un élément ou qu’un autre. Il arrive donc que par le mot
trdividu nous désignons tantôt la donnée concrète dont la présentation par
__ INDIVIDU
vue avec l’emploi psychologique des
termes individu et individualité pour
représenter ce que les êtres ont d’unique
non seulement dans leur existence,
mais encore dans leur nature et leur
caractère, par opposition à ce qu'ils
ont de ‘commun avec leurs sem-
blables.
On peut enfin la rapprocher de l’u-
sage anglais du mot individuate (voir
ci-dessus. /Zndividuation*).
2. L’individu, même au sens logique,
ne se confond pas avec la classe singu-
lière, ou avec le concept singulier. Il
est l’objet de pensée qui remplit cette
classe, et que détermine ce concept. Il
peut arriver en effet, d’une part, que
lPunicité de cet objet ne soit pas impli-
quée dans la définition de la classe :
p. ex., satellite de la terre ; et inverse-
ment que, là où elle est impliquée,
l'individu qui remplirait les conditions
du concept n'existe pas, p. ex. : fils
aîné de Descartes {qui n’a eu qu’une
fille) (S).
Rad. int. : Individu.
INDIVIDUALISATION, D. JIndiui-
dualisierung,-ation ; E. Individualiza-
tion ; |. Individualisazione.
A. Action de rendre individuel, c’est-
à-dire adapté à l'individu au sens D, 2e,
— Cf. R. Sazeri.Les : L'individualisa-
tion de la peine.
B. Action de devenir individu, ou,
pour un être qui l’est déjà, d’accroître
son individualité, aux sens C ou D.
Rad. int. : À. Individualig ; B. Indi-
vidualij.
699
INDIVIDUALISME
ar
INDIVIDUALISME, D. Individualis-
;mus ; E. Individualism ; |. Individua-
:Jismo.
Se dit de toute théorie, de toute ten-
dance qui voit dans l'individu ou dans
Pindividuel soit la forme la plus essen-
tielle de réalité, soit le plus haut degré
de valeur.
A. MÉTHODOLOG1E. Théorie qui cher-
che l’explication des phénomènes his-
toriques et sociaux dans la psychologie
individuelle et plus spécialement dans
les effets résultant de l’activité cons-
ciente et intéressée des individus. (Voir
Congrès de Genève, 4 séance générale :
Revue de Métaphysique, novembre 1904.)
Cf. Tarne, Les lois sociales, p. 27, 28.
Soci0OLOGIE ET ÉTHIQUE :
B. (S'oppose à Étatisme). Théorie
d’après laquelle « les hommes sont tou-
jours trop gouvernés », et d’après la- |
quelle l’idéal politique doit être le déve-
loppement de l'initiative privée, la
réduction des fonctions de l’État à un
très petit nombre d’objets (libéralisme,
individualisme spencérien), ou même
leur suppression totale (individualisme
anarchiste) (S).
C. (S’oppose à Conformisme, quelque-
fois à traditionalisme.) 1° État de fait,
consistant en ce que les individus jugent
et discutent, dans une société, les ins-
titutions, les pratiques et les croyances
de toutes sortes, au lieu de se confor-
mer sans critique à l’ordre établi. —
2° Théorie d’après laquelle cet état est
supérieur à l’état contraire. — 3° Dis-
position psychologique à cette indépen-
dance d'esprit.
D. Théorie d’après laquelle la société
n'est pas une fin en elle-même ni l’ins-
trument d’une fin supérieure aux indi-
l'expérience fournit un contenu et une raison d’être aux opérations logiques;
tantôt l’unité logique abstraite, nécessaire pour qu'il y ait une compréhension
funicité du sujet) et une extension (généralité des prédicats). C’est cette seconde
individualité, et non la première, qui s’applique par assomption à tel ou tel objet
de pensée : elle est alors une fonction logique, dont le caractère formel apparait
bien dans certaines opérations, en particulier dans la distinction entre la prédi-
cation indivisible € : « Les Muses étaient neuf sœurs » et la prédication distri-
butive 3 : « Les Muses étaient filles de Mnémosyne. » En ce sens, il est certain
qu'un même terme, une même notion, peuvent être pris pour genre, pour espèce,
ou pour individu. Mais alors la question ne se pose plus de savoir si ce qu'ils
désignent est ou n’est pas un réel donné dans l'intuition. (A. L.)
— La notion d’individu, dans la biologie, est des plus obscures. Je crois néces-
saire de distinguer l'individu morphologique, c’est-à-dire tout vivant dont les élé-
ments constitutifs ne peuvent être séparés ni divisés en parties sans en supprimer
le caractère essentiel ; et l'individu physiologique, c’est-à-dire cette manifestation
unitaire «le forme qui peut, pour un temps plus ou moins long, avoir d’une manière
indépendante une existence propre, manifestée par la plus générale de toutes les
fonctions : la conservation de soi-même. Cette forme d’individualité est la princi-
pale ; la meilleure définition m’en semble celle de Cattaneo : « L’individu du point
de vue physiologique est tout être qui vit par lui-même et qui présente une telle
centralisation et coordination des fonctions qu'on ne saurait le diviser sans le
détruire. » (Morphologie et embryologie générales, Milan, 1895, p. 108.) (C. Ranzoli.)
— À:t-on le droit de définir l’individu, au point de vue sociologique, « l’unité
dont se composent les sociétés » ? Auguste Comte ne cesse de répéter que « la société
ne se compose pas d'individus » parce que la partie doit être homogène au tout.
(F. Pécaut.) — Il me semble qu’il y a là un scrupule exagéré. C’est attribuer
au mot compose beaucoup plus de précision qu’il n’en a dans l’usage philosophique:
Il ne préjuge ni l’homogénéité du tout et des parties, ni la préexistence ou l’indé-
pendance des parties à l’égard du tout (ce qui serait ici un malentendu encore
plus grave). (A. L.)
Sur Individualisme. -— Complété d’après les observations de L. Boisse et de
MM. A. Landry et Marsal. Les sens ont été reclassés dans la quatrième édition.
M. Marsal nous a communiqué le texte suivant d’Élie Halévy qui analyse
très nettement le sens À : « L'individualisme peut être entendu, en premier lieu,
comme une méthode pour l’interprétation des phénomènes sociaux. Je puis, en
matière de sociologie, prendre comme données initiales les individus, supposés
absolument distincts les uns des autres, réfléchis et égoïstes, ou encore, si l’on veut,
supposés doués de la même constitution mentale que je puis découvrir en moi-
même, par la simple observation de conscience. Je puis ensuite placer ces individus
lès uns en face des autres, deviner comment ils réagissent les uns sur les autres, et
reconstruire ainsi, par voie de déduction ou de construction, l’ensemble des
Phénomènes sociaux. Voilà bien de l’individualisme... » Élie HaLévy, Congrès
de Genève: Revue de Métaphysique, 1904, p. 1108.
I] fait remarquer qu’on trouve chez Renan individualisme pour désigner un
état de choses dans lequel les différences individuelles sont très marquées : « Au
début de la carrière scientifique, on est porté à se figurer les lois du monde psycho-
logique et physique comme des formules d’une rigueur absolue : mais le progrès
e l'esprit scientifique ne tarde pas à modifier ce premier concept. L’individualisme
&pparaît partout ; le genre et l'espèce se fondent presque sous l’analyse du natu-
raliste ; chaque fait se montre comme sui generis ; le plus simple phénomène
apparaît comme irréductible ; l’ordre des choses réelles n’est plus qu’un vaste
balancement de tendances produisant par leurs combinaisons infiniment variées
des apparitions sans cesse diverses. » RENAN, L'avenir de la science, 179.
Revouvierx dit, dans un sens voisin : « Le vrai nom de la doctrine de Roscelin
est l’individualisme, et cette doctrine n'implique nullement, comme on pourrait
encore l’imaginer, la négation des lois de la nature, celle des espèces naturelles,
Où de ce qu’elles peuvent entraîner de solidarité entre les étres ; ce sont là de tout
autres questions ; ce qu’elle réclame, c’est que la réalité propre soit déniée aux
&enres et aux espèces considérées en soi, hors des individus dont ils représentent
sit.
INDIVIDUALISME
vidus qui la composent, mais n’a pour
objet que le bien de ceux-ci; ce qui
peut encore s'entendre en deux sens :
19 les institutions sociales doivent avoir
pour but le bonheur desindividus;2° elles
doivent avoir pour but la perfection des
individus (de quelque manière d’ailleurs
qu'on entende cette perfection).
E. Dans une intention péjorative :
tendance à s’affranchir de toute obliga-
tion de solidarité et à ne songer qu’à
soi. « L’absorption de toutes les fonc-
tions par l'État favorisa nécessairement
le développement d’un individualisme
effréné.. A mesure que le nombre des
obligations envers l'État allait crois-
sant, les citoyens se sentaient dispensés
de leurs obligations les uns envers les
autres. » KroPoTkiNr, L’Entr'aide,
ch. vi. — Expression philosophique
ee 500
_
de cette tendance, en une théorie
d’après laquelle on doit approuver et
favoriser le développement de l’indi-
vidu, en tant qu’il est « une énergie de
volonté et d’activité débordante qui se
pose devant autrui avec une indépen-
dance fière, avec un esprit de lutte et
de combativité refusant toujours de
céder et prétendant toujours vaincre ».
FouiLLéE, Esquisse psychologique des
peuples européens, p. 190.
CRITIQUE
Mauvais terme, très équivoque, dont
l'emploi donne lieu à des sophismes
continuels. — Voir la critique d’/ndi-
vidualité.
Rad. int. : À. Individualism ; B. An-
tistatism ; C. Nekonformism ; D. Indi-
viduism ; E. (?) Kombatemes.
. INDIVIDUALITÉ, L. /ndividualitas,
troduit dans la langue philosophique
les traductions latines d'AVICENNE ;
Individualutüt, Individuelle Eigen-
ichkeit ; E. Individuality ; I. Indi-
“gidualita. — Ce mot n’est usuel que
depuis LEiBniz (EUCKkEN).
. À, B, C, D, E. Caractère de ce qui
st individu à tous les sens de ce mot.
à individualité s'emploie même, au
æss général, d’une manière plus abs-
waite et plus large qu’individu. « Un
œærps dont la substance est très résis-
nte… nous apparaît avec une forme
déterminée et invariabl:, c’est-à-dire
avec une individualité géométrique cons-
tante. La constance de cette indivi-
dualité géométrique n’est absolue dans
INDIVIDUALITÉ
aucun corps naturel, parce que tout
effort imprime quelque déformation
aux plus résistants. Mais l’abstraction
nous permet d'éliminer les éventualités
de ce genre et nous conduit à la notion
d'une figure solide (ou invariable ou
rigide). La conservation de l'indivi-
dualité géométrique d’une figure solide,
considérée à l’état de mouvement,
aussi bien qu’à celui de repos, implique
celle d’une individualité relative aussi
bien déterminée, attachée à chacune
de ses parties ». MÉRAY, Nouveaux
éléments de géométrie, 1903, ch. 1,
$ 2 et 6.
On remarquera que ce sens du mot
individualité ne retient qu’une partie
des éléments qui définissaient l’indi-
des qualités, et hors des esprits où se forment les idées de ces qualités d’après
les ressemblances données et aperçues entre les choses. » RENOUVIER, Phil. anal.
de l'hist., 111, 62. Cf. p. 143 : « L’individualisme de Duns Scot. » — Mais cet
emploi du terme est si rare qu’il ne nous a pas paru devoir être retenu pour
constituer une des divisions de l’article ci-dessus.
M. Marsal ajoute que le sens E lui paraît un abus, « un mauvais usage prêtant
à une vilaine manœuvre, consciente ou non, comme l'exploitation du mot « sen-
sualisme » contre ce qui aurait dû être appelé « sensationnisme ».
Les théories se définissant le plus correctement par leur point de départ, j’ap-
pellerais volontiers théories individualistes celles pour lesquelles l'individu est la
seule réalité irréductible dans l’ordre éthique ou politique {le seul absolu de ces
questions), pour lesquelles par conséquent toutes les propriétés du groupe peuvent
se ramener à des combinaisons quantitatives des propriétés de ses éléments
individuels. La tendance individualiste consisterait alors à insister, en matière
éthique ou politique, sur ce genre de réductions (tandis que la tendance socialiste
ou solidariste consisterait à marquer l’originalité et l’irréductibilité de tout ou
partie des propriétés du groupe à celles de ses éléments individuels, à chercher
dans la socialité un absolu de la question).
D'ailleurs, en partant de cette dernière conception, on peut prétendre établir
que l’individualité se trouvera élevée à son maximum de valeur relative par le
développement naturel ou par un développement artificiel du groupe ; comme
inversement, en partant de la première, on peut chercher dans le développement
naturel ou dirigé des individus la cause de la plus grande puissance du groupe.
(M. Bernès.)
Sur Individualisme, Critique. — L’équivoque la plus nette qui se rencontre
dans l’emploi de ce mot est celle que signale le Handwôrterbuch für Staatswtis-
senschaften à l’article Individualismus quand il montre que ce mot signifie tantô
une théorie de la force {Machtdoctrin) tantôt une théorie du droit et de l'égalité
Ce sont respectivement les sens E et D. (Ch. Serrus.)
Sur Individualité,
Voici d’abord la distinction qui avait été proposée par l’auteur, dans la pre-
mière rédaction de l’article, entre individualité et personnalité : « 19 L’individualité
est ce par quoi un individu diffère d’un autre et s’en distingue non pas seulement
d'une façon numérique, mais dans ses caractères et sa constitution ; ainsi, pour
en être humain, l'âge, le sexe, la taille ; les anomalies organiques ; les goûts, les
dispositions, le degré de développement intellectuel ; ce qu’il y a d’unique dans
sa mémoire et dans sa perception matérielles et affectives, etc.
« 29 La personnalité (ou personnalité morale), c'est-à-dire le caractère qui le rend
propre a faire partie d’une même société spirituelle! que les autres personnes;
ce caractère, quoique inégalement réalisé chez les différents individus, leur est au
contraire commun, et n’agit que dans la mesure de cette communauté.
« On la confond souvent avec l’individualité :
« 1° Parce que l’on admet en général cette thèse, chrétienne et kantienne, que
tous les individus, au sens E, qui composent l’espèce humaine, sont aussi, vir-
tuellement au moins, des personnes morales, jouissant d’une même raison, égale-
an faites à l’image de Dieu, également appelées à faire partie d’un même règne
les fins ;
«2 Parce que la capacité et la volonté de juger par la raison et non par l’habi-
tude étant chose rare, on confond ceux qui s’écartent du conformisme et de la
banalité par caprice, par bizarrerie, par égoïsme, par esprit de contradiction,
avec ceux qui s’en écartent par l’anticipation d’un bien ou d’une vérité encore
Peu connus, et par la volonté réfléchie d’agir et de penser rationnellement. Cette
dernière confusion est favorisée par le sens du mot personnel, qui est malheureu-
sement très employé comme synonyme d'individuel, ou mème d’égoiste. — Voir
en outre les équivoques signalées ci-dessus au mot individualisme*, »
G. Dwelshauvers avait proposé au contraire la rédaction suivante :
«PsycHoLoGie. L’on a parfois opposé individu à personnalité (particulièrement
le rationalisme platonicien et dans la spéculation postkantienne) et c’est là
—
t ue première rédaction portait, au lieu de « spirituelle », les mots « morale et juridique », ce qui était d’une part
ro
t, et de l'autre impropre, l'ordre juridique ayant précisément pour raison d’être l'imperfestion morale des
Vidns, qu'iltend à réformer et à corriger partiellement.
di
INDIVIDUALITÉ
__ 502
vidu au sens correspondant (sens A).
Le caractère de donnée réelle et con-
crète finit ici par être entièrement éli-
miné au profit des caractères de per-
manence, d'identité et d’unicité. C’est
lPinverse de ce qui a lieu pour le mot
individuel, au sens A.
F. Caractère de ce qui est individuel
au sens F; ensemble des caractères
propres qui distinguent un individu des
autres individus de la même espèce,
ou des autres membres de la même
société.
En particulier, quand il s’agit des
—
hommes, originalité, esprit de non.
conformisme ; quelquefois, mais par
abus, personnalité morale. Voir Cri.
tique*.
G. Au sens concret, le mot se prend
même quelquefois pour individu. C'est
d'une mauvaise langue.
CRITIQUE
Tous les membres de la Sociéte qui
ont pris part à la discussion, et les
correspondants qui nous ont écrit à ce
sujet, sont d’avis qu’il est très utile
d'opposer individualité à personnalité ;
mais ils se partagent sur la question de
voir quel contenu psychologique on
it donner à cette opposition. On
accorde, en effet, à reconnaître que
‘soit au sens B du mot individu (élément
gique indivisible)}, soit au sens C
#ynité biologique), soit au sens D (en-
semble de particularités individuelles),
git même au sens À (réalité donnée
gans Pexpérience), l’individualité n’a
de valeur morale, ou n’a de valeur
morale que comme moyen d’autre
chose qu’elle-même, tandis que la per-
INDIVIDUALITÉ
sède cette valeur morale intrinsèque,
et doit être objet de respect. Mais sur
la façon d’entendre cette personnalité,
deux opinions sont exprimées, dont on
trouvera les raisons exposées dans les
Observations jointes à cet article :
1° La personnalité s'oppose à l’indi-
vidualité comme l'unité intérieure de
la conscience et de la réflexion à l’unité
extérieure qui ne vient que de l’orga-
nisme et qui n’est que la résultante de
forces naturelles, l'effet de leur con-
cours en un certain point. L'une est le
une opposition très féconde. On peut définir ces deux termes de la manière sui-
vante : On peut considérer l’être conscient comme dépendant de nombreuses
séries causales qui se croisent en quelque sorte en lui et dont l’ensemble s’impose
du dehors à lui. Il n’en est qu’un moment. Dans ce cas, on envisage l’être conscient
au point de vue de la sensibilité : c’est l’individu proprement dit, c’est-à-dire
l'être limité, débordé de toutes parts par une infinité d’actions qui s’exercent sur
lui et auxquelles il ne peut échapper. Or, il existe des données conscientes Corres-
pondant à cet état. Maine de Biran les a décrites en maint endroit de ses Pensées.
Arraché à lui-même et à ses réflexions par la vie mondaine et la politique, il
éprouve un sentiment de dispersion de soi : l'individu apparaît, livré aux muluples
actions extérieures.
« On oppose à ce terme celui de personnalité ; c’est l’être conscient dans son
unification intérieure, avant le sentiment de sa concentration ; on envisage ici le
moi en tant qu’il est esprit et unité. Cette terminologie trouve de nombreuses et
utiles applications ; ainsi l’état des sentiments dans la connaissance du premier
genre chez Spinoza se rattache à l’individu, dans le troisième à la personnalité.
M. R. Berthelot s'associe à ces observations.
« J’admets comme vous, écrit M. Parodi, la nécessité de distinguer soigneu-
sement les deux idées d’individualité et de personnalité; mais il me semble
impossible de définir la personnalité uniquement par l’aptitude à faire partie
d’une même société morale et juridique. On ne peut pas éliminer de la personnalité
toute idée d’individualité ; l’individualité m’y semble impliquée et enveloppée.
Ce qui, à mon sens, fait la personnalité, c’est la conscience nette de soi comme
d’un être qui dure et qui s’attribue, à tort ou à raison, quelque identité ; la person-
nalité c’est une individualité qui se pense et sc réfléchit. Comment pourriez-vous
expliquer autrement les expressions consacrées par l’usage : maladies, dédouble-
ment, de la personnalité ? On devrait dire, selon vos définitions, de l’individuulite.
— Et c’est parce que la personne se connaît et se pense comme personne qu’elle
peut se considérer comme avant des droits et des devoirs, c’est-à-dire comme le
même être qui a pris des engagements dans Le passé, ou envers qui on en a pris, et
qui doit donc les tenir ou peut en exiger l'observation dans l’avenir ; et c’est par k
qu’elle peut entrer avec d’autres individus dans une société morale ou juridique, à
la condition que ceux-ci soient eux aussi capables de se sentir soumis à des obliga-
tions et de s’y lier volontairement. Si la qualité de personnes peut être commune
à différents êtres, c’est justement parce qu’elle implique que chacun d’eux est
se connaît et se veut comme individu, bien que soumis à une loi commune. »
#wnnalité est ce qui, dans l’homme, pos- | rapport de l’être à tout ce qui l’a
a,
hrs a : mu Si =
u Enfin M. M. Blondel ajoute dans le même sens :
# « La personne requiert, comme condition nécessaire encore que non suffisante,
Pindividualité. La personnalité n’est pas uniquement constituée par un caractère
génériquement humain et par « la conscience de l’impersonnelt ». Ou plutôt la
œnscience même de l’impersonnel implique la réalité concrète, singulière, indivi-
duelle de l'agent. On n’est pas une personne sans être telle ou telle personne. »
Je suis d’accord sur ce fuit que l’individualité est impliquée dans la person-
salité, telle que celle-ci nous est présentée dans l’expérience psychologique. S'il
s'agit de l'existence individuelle, au sens A, la chose est très évidente. Mais s’il
#agit du caractère d’individualité, aux sens C ct D, il faut définir avec précision à
quel titre elle v est enveloppée, et quel rapport ces deux termes soutiennent l’un
avec l’autre. Pour le naturalisme évolutionniste, la personne est le prolongement
ét pour ainsi dire la perfection de l'individu. L'adaptation des relations internes
etleur intégration, qui définissent le progrès biologique, définissent aussi le progrès
iatellectuel, moral et social. — Quoiqu’un grand nombre de psychologues modernes
adoptent cette vue, elle me paraît artificielle et fausse. Le vrai rapport de la
personnalité à l’individualité (si l’on entend respectivement par là ce qui, dans
la vie, a et n’a pas de valeur morale) me semble beaucoup plus complexe ; et
surtout, elle comporte un antagonisme en même temps qu’une liaison. L’organi-
sation du type physiologique, fût-elle parfaite et consciente, tant qu’elle garderait
la même direction et la même fin, ne créerait aucune personnalité ; au contraire,
and celle-ci se développe, la vie organique s’en trouve refoulée, et même épuisée
à certains égards. Ce qui représenterait le mieux la dépendance de la personnalité
envers l’individualité (quoique l’image soit encore très imparfaite), ce serait le
#apport de l'argent aux besoins qu’il permet de satisfaire : il se dépense à mesure
qu’il sert ; et si l’on vient à le prendre pour fin, cette finalité propre entrave les fins
&uxquelles on aurait pu l’employer : l’avarice empêche de boire et de manger, de
même que le culte de l’individualité, sans plus, paralyse la vie supérieure de
Vesprit. Aussi, la dépendance de la personne envers l'individu est-elle condition-
lle, comme la nécessité de gagner et de dépenser. A la limite, la personne aurait
ré toute individualité : on discute pour savoir si Dieu est personnel, mais
%ux qui rapprochent le plus cette personnalité de celle de l'homme trouveraient
ange et peut-être absurde de l’appeler un individu.
‘_ Pour la même raison, ce qu’il y a de plus caractéristique dans l’opposition du
nn
L Expression de Paul Janet : voir le texte dont elle fait partie dans les Observations sur l’article Zmpcraunnel*
dé
INDIVIDUALITÉ
causé, à tout ce qui agit sur lui du
dehors ; l’autre est son rapport à un
idéal spirituel qu’il conçoit et qu’il
adopte pour sien. La personnalité est
donc, dans ce cas, un caractère non
moins unique que l’individualité.
29 La personnalité est conçue comme
le développement, dans un sujet pen-
sant différent des autres par ses carac-
tères, et primitivement disposé à pren-
504
susceptible d’entrer en communauts
consciente d'idées, de sentiment et de
volonté avec d’autres esprits. Elle est
donc la réalisation, chez des êtres pri.
mitivement divers, de dispositions vir.
tuellement universelles, par où se substi.
tue à l’antagonisme affectif, intellectue]
et moral, un accord véritable, et non pas
seulement un compromis et un équilibre
comme dans l’organisation différenciée,
dre pour fin cette diversité, d’un moi Rad. int. : Individuales.
personnel et de l’individuel me semble être la conscience que prend le moi, non
de son rapport à lui-même, mais de son rapport à ses semblables. D’abord, en ce
qui concerne l’individualité, le critérium que l’on propose est double : d’une part,
l’unité organique ; de l’autre, le fait d’être une résultante ; ces deux caractères
s'accordent mal. Le fait d’être un complexus d’effets, un nœud de phénomènes
engendrés suivant les lois de la nature, n'est-ce pas précisément le contraire d’une
« forte individualité » ? Ce caractère ne se rencontre-t-il pas dans le moindre jeu
de lumière encore plus visiblement que dans un organisme animal ? Il aurait bien
plutôt pour effet de nous dissoudre dans la trame infinie et continue des choses. Il me
semble tout au contraire que l’individualité est quelque chose de résiduel et d’irréso-
luble, l’expression la plus nette de ce qu’il y a d’inintelligible dans les données sur
lesquelles travaille la pensée. — Et d’un autre côté, conscience et rapport à soi ne
suffisent pas à la personnalité morale : leur exaltation la plus intense n’aboutit
parfois qu’à faire un fou. Il y faut de plus la raison, c’est-à-dire la communauté
dans la vie de l’esprit. Conscience et centralisation ne sont encore, au point de vue
normatif, que des moyens, et tirent toute leur valeur de la fin à laquelle ils servent.
En effet, ce qui est important ici, n’est pas l’état de l’être considéré, mais sa
tendance ; tendance à la concentration sur soi-même, tendance à l’universalisation.
La vie organique a pour règle le maintien ou l’accroissement et la propagation
d'un type, tel qu’il est donné, avec ses différenciations caractéristiques. Dans leur
vie psychique, même très consciente et très organisée, la plupart des hommes
nous montrent une seconde édition de cette tendance organique et égocentrique :
voilà ce que je voudrais mettre en relief dans la définition de l’individualité psy-
chologique, par analogie avec l’usage logique et biologique de ce mot. Inversement
on trouve chez eux une tendance contraire, quelquefois à l’état embryonnaire,
mais souvent très nette, parfois même remarquablement développée : tendance
à l’établissement d’une représentation objective des choses, d’une table des
valeurs communes ; d’une volonté décentrée de ce que chaque individu se trouve
être accidentellement, entre la naissance et la mort. C’est ce caractère « public »
qui fait d’eux des sujets capables de jugements moraux (qu’ils s’y conforment
ou non), et qui par suite me paraît essentiel dans l’idée de personnalité.
Quant aux expressions : « Maladies, dédoublement de la personnalité », quoique
très usuelles, elles me paraissent assez impropres. L'adoption en a sans doute
été déterminée par des raisons de commodité et d’euphonie, peut-être aussi par
le désir de combattre, comme un préjugé, l’idée classique de l’unité et de l’identité
de l’âme. L’expression juste, dont la longueur et la lourdeur ne favorisaient pas
l'emploi, serait : « Maladies, dédoublement de l’unité psychologique individuelle. ?
Mais d’ailleurs il arrive le plus souvent que ce sont aussi, par contre-coup, des
maladies de la personnalité. (A. L.)
}
05
INDUCTEUR
es
INDIVIDUATION, D. Individuation ;
£. Individuation ; 1. Individuazione.
(Terme scolastique, aujourd’hui peu
usité.) Réalisation de l’idée générale
dans tel individu. — Le principe d’indi-
viduation (principium individuationis,
terme introduit dans la langue philoso-
phique par les traductions d’Avicenne,
d’après EUCKEN, p. 68 ; principium in-
dividui, LEIBNIZ : « De principio indi-
pidui », 1663), est ce qui fait qu’un être
possède non seulement un type spéci-
fique, mais une existence singulière,
concrète, déterminée dans le temps et
dans l’espace. « Principium individua-
tionis est id, per quod forma alicujus,
quæ per se non subsistebat, incipit
subsistere in hoc vel illo. » GOCLENIUS,
v° Individuatum, 232 B. Ce principe
est la matière, pour les choses sensibles,
selon saint THomas D’AQUIN ; une dé-
termination ou « forme » spéciale appe-
lée Ecceité* selon Duns Scor, etc. —
SCHOPENHAUER a repris cette expres-
sion ; il l’applique au temps et à l’espace
« mittelst welcher das dem Wesen und
dem Begriff nach Gleiche und Eine,
doch als Verschieden, als Vielheit neben
und nach einander erscheint : sie sind
folglich das principiun individuatio-
nislr. Die Welt, II, $ 23. Voir Individu*.
REMARQUE
Le mot individuation et le verbe to
individuate sont restés courants dans
la langue de la psychologie anglaise
(spécialement de la psychologie géné-
tique) pour désigner le progrès mental
consistant à spécifier un concept, à en
restreindre l’extension en le détermi-
nant davantage, de telle manière qu’il
1. «.… grâce auxquels ce qui dans 8on essence et son
Concept est semblable et identique, apparaît cependant
somme divers, comme multiple, l’un F côté de l’autre
à l'an pare l'autre : ils sont donc le principe d'indi-
.
ne s’applique plus qu’à un moindre
nombre d’objets ou même à un seul.
Rad. int. : Individuig.
INDIVIDUEL, D. JIndividuell, ein-
zeln ; E. Individual ; I. Individuale.
A, B, C, D, E. Qui appartient à
l'individu, qui le constitue, ou qui le
concerne, à tous les sens correspon-
dants de ce mot. Cependant, il faut
noter qu’au sens À, individuel est plus
large qu’individu, car il peut s’appli-
quer même à quelque chose de transi-
toire, ou qui n’a pas d’unité propre,
comme un phénomène, qui ne pourrait
être appelé individu.
F. Qui appartient en propre à l’indi-
vidu, ou qui concerne l'individu et lui
seul, en tant qu'il n’est pas semblable
aux autres. La « psychologie indivi-
duelle » (D. Zndividual psychologie) est
l'étude des différences psychiques entre
les divers esprits. (Voir les observa-
tions sur /ndividu et sur Individualité.)
Rad. int. : Individual.
INDIVIS, D. Ungeteilt; E. Undivi-
ded ; I. Indiviso.
A. Sens général : non divisé. « Pro-
priété indivise. »
B. Loc. Proposition indivise, celle
dont le prédicat se rapporte au sujet
comme à un tout indivis et, par suite,
ne peut être affirmé (ou nié) séparé-
ment de tel ou tel des individus qui
forment l'extension du sujet : « Les
carbures d'hydrogène sont nombreux. »
Voir Ertension*.
Rad. int. : Nedividit.
« INDUCTEUR, induit. »
A. Locique. Voir {nduction.
B. Psycnozocie. On entend par in-
ducteur, dans une association d’idées,
le terme qui sert de point de départ à
l’association ; par induit, celui auquel
cette association aboutit.
Sur Individuation. — Il n’y a de problème de l’individuation qu’autant qu’on
admet un réalisme des universaux. Pour les nominalistes, c’est là un pseudo-pro-
blème. Le problème, pour eux, est de rendre compte des universaux. (M. Marsal.)
INDUCTIF
INDUCTIF, D. Indukuw ; D. Induc-
üve ; |. Induttivo.
A. Qui procède par induction : « Mé-
thode inductive. »
B. Qui résulte d’une induction : « Vé-
rité inductive. »
Rad. int. : À. Induktal; B. Induktat.
1. INDUCTION, G. ’Eraywyr ; L. In-
ductio; D. Induction ; E. Induction ;
I. Induzione.
A. (Sens le plus usuel dans la langue
courante, relativement rare en philo-
sophie) : Inférence* conjecturale. — Ce
sens appartient aussi au verbe induire,
surtout dans la langue courante. Mais
506
ne
il est rare, pour l’un et l’autre mot,
dans la langue philosophique, sauf dans
le cas précis où cette inférence conjec-
turale est en même temps induction
au sens B. (Voir J.S. Mir, Logique,
liv. III, ch. 2.) PEIRCE a proposé de
dire en ce sens Abduction*.
Spécialement, processus de pensée
reconstructif*, par lequel, partie en rai-
sonnant, partie en devinant, on remonte
de certains indices à des faits qu’ils
rendent plus ou moins probables. « Lors-
qu’on se hasarde à procéder ainsi par
induction pour reconstituer théorique-
ment la chaîne logique des êtres orga-
nisés. on est lancé dans cette voie
4 507
‘ dangereuse en pleine incertitude. » DE
LAUNAY, L'histoire de la Terre, 287.
B. (Sens usuel dans la langue philo-
gophique) : opération mentale qui con-
siste à remonter d’un certain nombre
de propositions données, généralement
singulières ou spéciales, que nous ap-
pellerons inductrices, à une proposition
ou à un petit nombre de propositions
plus générales, appelées induites, telles
qu’elles impliquent toutes les proposi-
tions inductrices. — Cf. Analyse*, C.
19 L’indurtion formelie, induction en-
tière (Port-Royal, 32 partie, ch. xix ;
&e partie, ch. vi) ou induction complète
(désignation de beaucoup la plus usuel-
INDUCTION
le) est celle où la relation énoncée par
la proposition induite n’implique rien
de plus que ce qui est impliqué par les
propositions inductrices. Elle consiste
le plus généralement à énoncer en une
seule formule, relative à une classe, ou
à un ensemble, une propriété qui a déjà
été affirmée séparément de chacun des
termes qui composent cette classe, ou
des éléments qui constituent cet en-
semble. Tel est le cas du syllogisme
inductif d’Aristote (Premiers Analy-
tiques, Il, 23) ; tel est aussi le cas, un
peu différent, où l’énoncé diffère dans
sa forme logique de celui des proposi-
tions inductrices, quoi qu’il leur soit
Sur Induction. — 1° Remarques historiques. — La formule qui définit l'induction
par «le passage du particulier au général », et dont M. GogLor a fait voir l’incompa-
tibilité avec l’usage actuel des mots, se rencontre dans la Logique de PorT-RoYaL
sous la forme suivante : « On appelle induction lorsque la recherche de plusieurs
choses particulières nous mène à la connaissance d’une vérité générale. Ainsi,
lorsqu’on a éprouvé sur beaucoup de mers que l’eau en est salée, et sur beaucoup
de rivières que l’eau en est douce, on conclut généralement que l’eau de la mer
est salée et celle des rivières douce. » Zbid., 3° partie, ch. x1x, $ 9.
LeiBniz emploie induction comme équivalant à connaissance par expérience :
« D'où il naît une autre question, savoir : si toutes les vérités dépendent de
l'expérience, c’est-à-dire de l’induction et des exemples, ou s’il y en a qui ont
encore un autre fondement. » Nouv. Essais, Préface, $ 3.
Pour Cournor l'induction est « le procédé de l'esprit qui au lieu de s’arrêter
brusquement à la limite de l'observation immédiate, poursuit sa route, prolonge la
ligne décrite, cède, pour ainsi dire, pendant quelque temps encore, à la loi du
mouvement qui lui était imprimé, mais non d’une manière fatale et aveugle : car
la raison lui dit pourquoi il aurait tort de résister. » Essai, ch. 1v, $ 49. Il la consi-
dère, semble-t-il, comme le genre commun dont l’interpolation et l’extrapolation
sont les espèces (Zbid., $ 46) et l’oppose à l’analogie « qui s’élève par l’observation
des rapports à la raison de ces rapports » ($ 49). Cf. Analogie*.
J. Hadamard, G. Milhaud, M. Winter, ont fait observer que l’induction aristo-
télicienne ne doit pas être considérée comme un genre dont l’induction mathéma-
tique serait un cas spécial. (Telle est aussi l'opinion de F. ENRIQUES, Problemi della
scienza, p. 201, note ; où il fait remonter à Maurolico, en 1550, la découverte de
ce type de raisonnement, d’après une communication de VAILATI.)
L’induction rigoureuse ou complète pourrait donc comprendre trois espèces
distinctes : 1° Le syllogisme inductif des Analytiques, caractérisé par le fait que
la preuve est censée avoir été faite pour chacun des termes réunis ensuite dans
un seul concept (ce qui suppose ces termes en nombre fini) ; 2° la colligation par
observations réellement effectuées sur un ensemble d'éléments ordonnés, et dont
l'ordre intervient dans la démonstration, comme dans l'exemple du navigateur et
de l’île ; 30 l'induction mathématique où la preuve n’est pas antérieurement faite
pour chacun des éléments, mais où elle est seulement admise comme indubita-
blement possible. Elle comprendra elle-même deux formes, selon que les termes
élémentaires sur lesquels porte la démonstration ne dépendent pas l’un de l’autre
{par exemple lorsqu'on démontre une propriété sur une figure ou sur un nombre
déterminés, mais en faisant voir que l’opération pourrait se répéter sur tout autre
nombre ou toute autre figure de la même espèce), — ou dépendent l’un de l’autre
dans un ordre déterminé, en sorte que la démonstration de la propriété en question
pour un des termes suppose la même démonstration déjà effectuée par tous
les termes antérieurs (par exemple dans le cas cité dans le texte ci-dessus). On
doit réserver, semble-t-il, à la dernière de ces formes le nom de raisonnement par
récurrence. (Voir Poincaré, La science et l'hypothèse, ch. 1 ; G. MirnauD, Le
rationnel, ch. 1v.) (A. L.)
11 y a lieu de remarquer que cette récurrence sert non seulement à démontrer,
mais aussi à définir. Voir PEANO, Formulaire mathématique (1903), $ 10, n° 3 :
« Soit S une classe, supposons que zéro appartienne à cette classe et que toutes
les fois qu’un individu appartient à cette classe, son suivant y appartienne aussi;
alors tous les nombres appartiennent à cette classe. On appelle principe d’induction
cette proposition. » Cf. PoiNcaRÉ, La science et l'hypothèse, ch. 1, $ 3 : « Définition
de l’addition » et ENRIQUEs, Problemi della scienza, ch. 111, $ 19 : « Fondamenti
dell’ Aritmetica. »
20 Observations critiques. — Il y a, ce semble, comme condition préalable de
l'induction discursive, qui est seule décrite en cet article, une induction immédiate
qui n’a pas besoin de cas réitérés ou de propositions multiples pour se constituer :
elle saisit, comme disaient les péripatéticiens, l’universel dans l’individu même.
Et comment ou pourquoi ? Parce que toute perception ou toute conception qui
devient distincte et définissable, n’acquiert cette précision logique qu’autant que
nous réitérons par un signe et une représentation subjective la présentation
initiale ; par là même toute notion réfléchie, en tant qu’elle est virtuellement réité-
rable à l’infini, implique un caractère d’universalité, une tendance spontanée à
ériger en règles fixes les rapports qui constituent nos perceptions et nos conceptions
explicites. 11 ne faut pas laisser croire qu’il n’y a induction qu’où il y a plusieurs
expériences ou plusieurs propositions à confronter. (M. Blondel.)
Je crois qu’il faut distinguer à cet égard : 1° Le mouvement naturel de l'esprit
qui glisse spontanément du fait à la loi, c’est-à-dire qui accorde sans critique une
valeur universelle, au rapport sous lequel il s’est représenté un fait donné. Il y a
là une inférence conjecturale au sens À, la vraisemblance subjective d’une conjec-
INDUCTION
équivalent : c’est ainsi qu’on établit
par colligation qu’une terre « est une
île » si un navire qui en a suivi la côte,
toujours dans le même sens, finit par
se retrouver à son point de départ
(J. S. Mi, Logique, III, ch. 2).
Une autre forme d’induction com-
plète est l'induction mathématique : elle
consiste, une relation étant. établie pour
un des termes d’une classe, à étendre
cette relation de proche en proche, en
vertu d’une implication rigoureuse, à
tous les autres termes de cette classe
(que le nombre de ces termes soit ou
non limité). Par exemple, un théorème
étant établi pour rn — 1, on montre que
s’il est vrai de n — 1, il est aussi vrai
de n ; et l’on en conclut qu'il est vrai
pour tous les nombres entiers. (Voir
Récurrence* et Observations ci-dessous.)
29 L’induction au sens ordinaire, ou
induction amplifiante (à laquelle J. S.
Mic voudrait qu'on réservât exclusi-
vement le nom d’induction), est celle
où la relation formulée par la propo-
508
sition induite s'applique à tous les
termes d’une classe, en nombre fini eu
indéfini, alors que cette relation n'a
été affirmée que de quelques-uns seu.
lement d’entre eux par les propositions
inductrices.
Voir Jean Nicon, Le problème de
l'induction ; G. BAcHELARD, Essai sur
la connaissance approchée ; A. LALAx-
DE, Les théories de l'induction et de
l'expérimentation, ch. I, XI, XIII.
REMARQUES
1. L’induction formelle est un rai-
sonnement et constitue une preuve
apodictique. Si donc l’on entend par
déduction, comme le font en général les
logiciens contemporains, et comme nous
l’avons fait ici, toute opération qui
consiste à passer d’une ou de plusieurs
propositions à une proposition qui en
est la conséquence nécessaire en vertu
de lois logiques, il s'ensuit : 1° que
l'induction complète est une forme de
la déduction ; 2° que celle-ci ne va pas
ture étant susceptible de tous les degrés. — 2° L'opération réfléchie qui donne
lieu à cette remarque usuelle, mais souvent mal analysée, « qu’un seul fait bien
observé donne le droit d’induire ». Celle-ci n’est vraie que pour des cas où l’on n’a
qu’à trancher entre les deux membres d’une alternative, ou pour des faits très
spéciaux, résolubles en éléments connus, eux-mèmes élaborés déjà par une induc-
tion discursive du type ordinaire. L’induction n’y porte donc pas proprement
sur le fait unique : celui-ci ne fait que fournir une donnée matérielle laissée pour
ainsi dire en blanc dans le raisonnement. — Quant au rôle de la première de ces
démarches intellectuelles dans notre assentiment scientifique, elle rentre dans
le problème du fondement psychologique de l'induction, tel qu’il est défini ci-
dessus. (A. L.)
L'induction ne se réduit pas, comme on le dit souvent, à la détermination d’un
rapport causal, mais elle peut aussi bien aboutir à déterminer une figure, une
trajectoire, une fonction mathématique ; et dans certains cas (comme dans
lPinduction qui détermine la trajectoire d’une planète) elle n’est pas l’extension à
toute une classe d’une propriété imiué'iatement donnée pour quelques-uns des
termes de celle-ci, mais la position d’une idée qui fait comprendre des perceptions
d’abord réfractaires à la pensée (ici, les positions irrégulières de « l’astre errant »).
L'idée d’induction ne se confond avec celle de généralisation que parce qu’effec-
tivement le monde offre à notre observation des classes de faits. Mais quand on
va, rigoureusement, de la détermination des relations à l’idée de la classe (par
exemple en chimie), l'induction est d’abord définie par la détermination même
des relations constitutives. » (M. Dorolle.)
Voir du même auteur Les problèmes de l'induction, not. ch. 1, 85 ; cf. ci-dessus
Colligation* et Généralisation*.
toujours « du général au particulier »
{ou, pour parler plus exactement, du
générique au spécial).
2. L'induction amplifiante n’est pas
une implication logique ; car de ce que
quelques S sont P ou même que beau-
coup d’S sont P, il ne saurait suivre
que tous les S soient P. Elle n’en est
pas moins tenue, sans contestation,
pour tout à fait probante dans un cer-
tain nombre de cas. Par suite, elle
soulève trois problèmes connexes, ordi-
nairement réunis sous le nom de Pro-
blème du fondement de l'induction :
a. Problème du fondement psycholo-
gique de l’induction : Étant donné que
da plupart des propositions que nous
jugeons vraies reposent sur des échan-
tillons et des exemples, d’où vient l’as-
sentiment, parfois si décidé, que nous
leur accordons ?
b. Problème de la logique de l’induc-
tion : Dans quels cas et sous quelles
conditions une proposition induite peut-
elle être tenue pour vérifiée ?
c. Problème des principes de l'induc-
tion : Peut-on réunir tous les cas d’in-
duction légitime dans une règle logique,
eu dans un petit nombre de règles
logiques, rigoureusement définies ? —
Cf. Fondement*.
2. « Induction psychomotrice. »
Ch. FÉRÉ a appelé ainsi (par ana-
logie avec le phénomène électrique d'in-
duction) le phénomène dont il donne
l'exemple suivant : « Si, prenant un
sujet de ce genre (névropathe sugges-
tible}, nous le prions de regarder avec
attention les mouvements de flexion
INERTIE
que nous faisons avec notre main, au
bout de quelques minutes il déclare
qu'il a la sensation que le même mou-
vement se fait dans sa propre main,
bien qu’elle soit complètement immo-
bile ; et au bout de quelques instants,
en effet, sa main commence à exécuter
irrésistiblement des mouvements ryth-
miques de flexion. Or si, au lieu de
laisser l’expérience en arriver à ce
point. on l’arrête au moment où le
sujet commence à avoir la sensation
du mouvement qui ne se fait pas
encore, au moment où le mouvement
est à l’état naissant, en lui plaçant un
dynamomètre dans la main, on cons-
tate que l'énergie de la pression a
augmenté d’un tiers ou de la moitié. »
FÉRÉ, Sensation et mouvement, p. 13-14.
« Ces faits, ajoute-t-il, nous paraissent
propres à montrer que l’énergie d’un
mouvement est en rapport avec l’inten-
sité de la représentation mentale de ce
même mouvement. » Jbid., 14-15, —
Cf. Idées-forces.
Rad. int. : Indukt.
INERTIE, D. Trägheit, Beharrungs-
vermôgen ; E. Inertia ; I. Inerzia.
A. Sens général : absence d'initiative,
paresse, résistance au mouvement.
L’inertie mentale et la loi du moindre
effort, FERRERO, Revue philosophique,
février 1894.
B. Paysique. Ensemble de proprié-
tés des points matériels consistant :
1° En ce qu’un point libre de toute
liaison mécanique et ne subissant au-
cune action conserve indéfiniment la
même vitesse en grandeur et en direc-
Sur Inertie. — M. Pécaut estime que l'emploi de ce mot au sens B, 2°, est
incorrect et que, dans les textes cités, il est pris à tort pour masse. — MM. R. Ber-
thelot et Winter font observer que cette acception tend au contraire à se généra-
&eret que l’on nomme souvent inertie électrique, à l'exemple de LoDGE, la propriété
Que manifestent les phénomènes de self-induction. « La self-induction, dit
. Poincaré, est une véritable inertie. » — « Ce que nous appelons masse ne
#rait qu’une apparence : toute inertie serait d’origine électro-magnétique. » —
* Cette énergie ne peut donc qu'augmenter l’inertie de l’électron, etc. » La dyna-
Mique de l’électron, Rev. gén. des sciences, 30 mai 1908. — Il est vrai que cet
Usage du mot a été blämé d’autre part par DweLsHauvers-DERY d’après qui
INERTIE
510
tion (y compris le cas où cette vitesse
est nulle, c’est-à-dire où le corps est
au repos). On admet qu'il existe un
système de coordonnées tel que tous
les points matériels, rapportés à ce
système, soient doués d'inertie. Cette
condition se vérifie avec une approxi-
mation grossière, mais pratiquement
suffisante, si l’on rapporte les mouve-
ments observés sur la surface de la
Terre à celle-ci, considérée comme
immobile; elle se vérifie avec une
approximation supérieure aux erreurs
d'observation si l’on rapporte les mou-
vements à un trièédre ayant pour som-
met le centre du Soleil, et dont les
arêtes soient dirigées vers des étoiles
fixes déterminées.
L’'énoncé de cette propriété s’appelle
principe d'inertie.
2° En ce que, lorsqu'un corps subit
Paction d’une force, l’accélération qu’il
en reçoit est inversement proportion-
nelle à un coefficient déterminé, va-
riable pour les différents corps, et
qu’on appelle sa masse. On appelle
quelquefois, en ce sens, force d'inertie
la force fictive qui, appliquée à un
corps en mouvement sous l’action
d’une force, est censée faire équilibre à
celle-ci ; elle est par conséquent égale,
et de sens inverse, au produit de la
masse par l'accélération (m y). — Le
moment d'inertie d’un point matériel
assujetti à se mouvoir autour d’un axe
fixe de rotation est le produit de sa
masse par le carré de sa distance à cet
axe (mr!).
CRITIQUE
On ne fait entrer ordinairement que
la première de ces deux propriétés dans
en
la définition de l’inertie. Mais c’est à
tort : car si l’on consulte l'usage fait
de ce terme par les savants, on constate
qu'il ne s’applique pas moins à Ja
réponse variable des différents corps à
une même force qu’à la propriété cons.
tante de conserver la même vitesse.
« Le quotient de la force par l’accélé.
ration... est la véritable définition de
la masse, qui mesure l’inertie du corps. »
PoiNcARÉ, Science et méthode, p. 955.
D'ailleurs, ce sens complexe du mot
inertie est traditionnel ; LEIBNIZ dit de
même : « Nous remarquons dans la
matière une qualité que quelques-uns
ont appelée l’inertie naturelle par la.
quelle le corps résiste en quelque façon
au mouvement; en sorte qu’il faut
employer quelque force pour l’y mettre
(faisant même abstraction de la pesan-
teur) et qu’un grand corps est plus diffi-
cilement ébranlé qu’un petit corps. »
Journal des Savants, 18 juin 1691.
(Œuvres philosophiques, édition Janet,
11, 627 ; cf. p. 630.)
Rat. int. : Inertes.
INFÉRENCE, L. Jllatio ; D. Inferie-
ren ; E. Inference, Illation ; 1. Inferenza.
Illazione.
A. Toute opération par laquelle on
admet une proposition dont la vérité
n'est pas connue directement, en vertu
de sa liaison avec d’autres propositions
déjà tenues pour vraies.
Cette liaison peut être telle que la
proposition inférée soit jugée néces-
saire, ou seulement vraisemblable, Jn-
férence est ainsi le terme le plus général,
dont raisonnement, déduction, induc-
tion, etc., sont des cas spéciaux. —
D'autre part, ce mot ne s'emploie pas
l’on ne devrait parler ni de « vaincre l’inertie » d’un corps, ni d’un « accroissement »
de l’inertie. « Des expressions, même reçues, comme celle-ci : L’inertie d’un corps
s’oppose à toute variation de sa vitesse, présentent le danger de laisser croire que
linertie est une force intime qui s’oppose à l’action de toute force motrice exté-
rieure. Il serait plus conforme à l’axiome fondamental de dire que cette incapacité
appelée inertie signifie que tout changement de mouvement est dù à une force
motrice extérieure, et que l’effet de cette force est exactement égal à sa cause. *
La Masse des corps est-elle variable ? Zbid., 15 nov. 1908.
quand il s’agit d’une simple implica-
tion logique, dégagée de toute asser-
‘tion sur la vérité ou fausseté des pro-
positions qui s’impliquent ; il ne se dit
que du passage de propositions données
comme vraies ou comme fausses, à la
-gérité ou à la fausseté de celles qui en
dépendent, sauf dans le cas des « infé-
rences immédiates* », considérées en
‘tant que pures formes logiques.
Pour les nuances qui distinguent ]n-
férence et Raisonnement* dans le lan-
gage philosophique usuel, voir la cri-
tique de ce dernier terme.
Inférence du particulier au particulier
(John S. Mir, Logique. liv. III, ch. m1,
$ 3) ou, pour mieux dire, du singulier
eu singulier : celle qui consiste à con-
clure d’un fait à un autre fait analogue.
. B. Proposition dont l’assertion ré-
sulte d’une inférence au sens A.
. Inférence immédiate, voir Immédiat*.
Rad. int. : A. Infer ; B. Inferai.
INFÉRIEUR, D. Wiedriger ; E. Lo-
wer ; I. Inferiore.
Terme très usité en philosophie,
mais très vague : s’applique à tout ce
qui, comparé à quelque autre objet de
pensée de mêrne nature, est apprécié
Moins favorablement. « Selon l’excel-
fente définition d’Auguste Comte... le
iatérialisme est la doctrine qui expli-
que le supérieur par l’inférieur.… C’est
Pœuvre achevée qui explique l’ébauche,
lé complet, le parfait qui explique l’in-
complet et l’imparfait, le supérieur qui
explique l’inféricur. Par suite, c’est
Pesprit seul qui explique tout. » Ra-
VAISSON, La phil. en France au XIX®s.,
p. 189.
Se dit spécialement :
1° d’une opération, d’une fonction
Psychologique opposées à une opéra-
ion ou fonction plus complexe qui
ee
INFINI
suppose la première, la contient et v
ajoute un caractère nouveau.
20 de ce qui est considéré comme
moins avancé dans l’ordre de l’évolu-
tion (en tant que celle-ci consiste en
une différenciation croissante) : « Les
espèces inférieures ; les sociétés infé-
rieures. »
30 en LociQuEe, d’un terme moins
général qu’un autre.
Cf. HauT*, Observations.
Rad. int. : Infr.
IN fieri, en devenir (D. 1m Werden),
en voie de transformation. — Se dit de
ce dont la pensée enveloppe une alté-
ration continue.
Les scolastiques disent dans le même
sens in via (GocLENIUus, V0, 226 B).
1. INFINI, adj, — D. Unendlich;
E. Infinite ; 1. Infinito.
Qui n’a pas de borne, soit en ce sens
qu’il est actuellement plus grand que
toute quantité donnée de même nature
(infini actuel), soit en ce sens qu’il peut
devenir tel (infini potentiel). Ce mot,
emplové seul, a toujours le premier
sens ; le second appartient proprement
aux termes indéfini*, ou infiniment
grand. « Je ne me sers jamais du mot
d’infini pour signifier seulement n’avoir
point de fin, ce qui est négatif et à
quoi j'ai appliqué le mot d’indéfini,
mais pour signifier une chose réelle,
qui est incomparablement plus grande
que toutes celles qui ont quelque fin.»
DEscarTes, Lettre à Clerselier, Ad. et
Tann., V, 356. — Voir Catégorémati-
que*, Syncatégorématique*
Spécialement, un ensemble formé
d'unités distinctes est dit infini s’il est
«équivalent à une partie de lui-même »,
c’est-à-dire si l’on peut établir une cor-
respondance terme à terme, univoque
Sur Inférieur. — Article complété d’après les observations de J. Lachelier et
M. Drouin.
Ce terme impliquant un jugement de valeur ne devrait jamais être employé
Pour caractériser des espèces ou des êtres scientifiquement considérés. (L. Boisse.)
INFINI
et réciproque, entre les unités qui com-
posent cet ensemble et celles qui com-
posent l’une de ses parties (p. ex., entre
la suite naturelle des nombres et la
suite des nombres premiers, qui y est
comprise). Les « nombres infinis » ont
aussi été définis négativement : les
nombres (cardinaux) qui ne font pas
partie de la suite ordinale des nombres
obtenus par l'addition successive de
l'unité à elle-même. Le « plus petit »
de ces nombres est « le nombre des
nombres finis » que CANTOR a repré-
senté par © et WHITEHEAD par &o. Voir
CouTURAT, De l'infini mathématique
pp. 617-618, Les principes des mathé-
matiques, chap. 11, C.
Cf. Fini* et Indéfini*.
Rad. int. : Infinit.
2. INFINL, subst. D. Das Unendliche ;
E. The Infinite ; 1. L’'Infinito.
A. Ce qui est infini en quelque attri-
but : le plus souvent, grandeur ou dis-
tance infinie. « Il faut soigneusement
512
CouTuRAT, De l’Infini mathématique,
livre IV, ch. 1 :« L'infini géométrique. »
— « Un point à l'infini. »
B. L'Être infini en tous ses attributs,
« Ï n’y a que Dieu, que l'infini... qui
puisse contenir la réalité infiniment
infinie que je vois quand je pense à
l’être. » MALEBRANCHE, Entretiens mé.
taphysiques, I], $ 111. « Dieu ou l'infini
n’est pas visible par une idée qui le
représente. » Jbid., I1, $ 5v.
Infiniment grand, D. Unendlich
gross ; E. Infinitely large ; I. Infinita-
mente grande.
Plus grand que toute quantité don-
née. — Ne se dit que des grandeurs
considérées comme variables, et même
plus spécialement d'un nombre qui
s’accroit indéfiniment. — On ne dit
pas usuellement de l’espace qu'ilest « in-
finiment grand », mais qu'il est infini.
Infiniment petit, D. Unendlich klein ;
E. Infinitely small, infinitesimal ; I. In-
distinguer l'infini proprement dit de
finitesimale.
l’indéfini, qui n’est qu'un fini variable. »
A. « On appelle quantité infiniment
Sur Infini. — On confond généralement l'infini relatif, c'est-à-dire ce qui n’a
aucune limite assignable, avec l'infini absolu (que Cantor, Wundt, Lasswitz ont
appelé transfini), c'est-à-dire ce qui n’a aucune limite possible. Le premier exprime
une simple possibilité, le second exprime une effectivité complète, qui pourrait
se définir aussi : une totalité dans laquelle tous les degrés de diminution ou d’aug-
mentation sont donnés d'avance. Avec l'infini absolu nous sommes donc hors du
concept de grandeur ; entre lui et l'infini relatif (infiniment grand, infiniment
petit) il y a non une différence &e quantité, mais de qualité. Voir CaNToR, Zur
Lehre von Transfiniten, 1890 ; WunpT, Logik (1883), I1, 127-128. — Le premier
s'appelle encore infini négatif, ou indéfini, le second infini positif ou illimité
(illimitato), traduction du mot Unbegrenzt employé par DüHRING dans sa Vatür-
liche Dialektik, 1865. (C. Ranzoli.)
Cf. la doctrine de DESCARTES sur la connaissance de l'infini : « La notion que
j'ai de l’infini est en moi avant celle du fini, pour ce que, de cela seul que je
conçois l'être ou ce qui est sans penser s’il est fini ou infini, c’est l’être infini que je
conçois ; mais afin que je puisse concevoir un être fini, il faut que je retranche
quelque chose de cette notion générale de l'être, laquelle par conséquent doit
précéder. » Lettres, Ed. Adam et Tannery, t. V, p. 356. Ce passage fait suite à
celui que nous avons cité dans le texte de l’article. Ils nous ont été signalés par
R. Eucken,
LEIBNiz, reprenant une expression d’origine aristotélicienne et scolastique
appelle praedicatum infinitum un terme négatif tel que « non-sage ». Opuscules
et fragments inédits, Ed. Couturat, 317. Voir Indéfini*.
518
etite, où simplement infiniment petit,
Qute grandeur variable dont la limite
est zéro. » DUHAMEL, Calcul infinitési-
mal, liv. I, ch. 11, $ 6. Voir Infinité-
simal*.
B. Improprement, très petit. Se dit
souvent en ce sens des microrganismes.
INFINITÉ, D. Unendlichkeit ; E. In-
finity, Infinitude ; 1. Infinità, Infini-
tate.
A. Caractère de ce qui est infini.
« La principale (des propriétés com-
munes à toutes choses) comprend les
deux infinités qui se rencontrent dans
toutes : l’une de grandeur, l’autre de
petitesse. » PascaL, De lesprit géomé-
trique, Petite éd. Brunsch., 174.
B. Nombre ou grandeur infinis. Par
hyperbole, nombre très grand. « On se
pourrait exempter d’une infinité de
maladies. » DESCARTES, Discours de la
Méthode, VI, 2.
Infinitude, comme /nfinité au sens A.
Rad. int. : A. Infinites.
INFINITÉSIMAL, L. Mod. Jnfinite-
simus (LE1BNIZ) ; — D. A. Unendlich
kein ; A. B. Infinitesimal... ; E. Infini-
tsimal ; 1. Infinitesimale.
A. Infiniment petit*, au sens À —
L’infiniment grand a été appelé par
LeiBniz infinitupe (magnitudines infi-
Aüuplae, opposé à magnitudines infi-
nitesimae : Lettre au P. Des Bosses,
GerHARDT, 11, 305; JANET, I, 455);
Mais ce terme n'est pas entré dans
l'usage.
B. Qui concerne les quantités infini-
tésimales. Le calcul infinitésimal est
l'algorithme inventé par Leibniz et
exposé dans sa Vova Methodus pro
Maimis et minimis (1684) ; la Méthode
Mfinitesimale (APPELL, Éléments d'ana-
a —
INFLUENCE
lyse mathématique, ch. 1) comprend
toutes les opérations mathématiques
qui ont pour objet d'établir des rela-
tions entre grandeurs finies par la
considération de quantités infinitési-
males : mesure des grandeurs finies
considérées comme limites ; détermina-
tion des grandeurs finies considérées
comme rapport de deux quantités infi-
nitésimales (calcul des dérivées) ; dé-
termination des grandeurs finies consi-
dérées comme somme d’un nombre infi-
niment grand de quantités infiniment
petites (calcul intégral).
C. Par extension, mais impropre-
ment : ce qui est très petit (par rapport
aux grandeurs que nous considérons
habituellement).
Rad. int. : Infinitesimal.
INFINITIVE, quelquefois employé
substantivement pour Proposition infi-
nitive. Voir Lexis*.
INFLUENCE, D. Eïinfluss ; E. In-
fluence ; I. Influenza. — « Ancienne-
ment, action par laquelle s'écoule des
astres un fluide qui est censé agir sur
la destinée des hommes. » Dar.
Harz. et THomas, sub vo.
A. Action d’une circonstance, d’une
chose ou d’une personne sur une autre,
au sens le plus vague de ce mot (voir
Action-C). Cf. Influx*. — Le mot in-
fluence emporte presque toujours l’idée
que l’action dont il s’agit s'exerce
d'une façon graduelle, continue, pres-
que insensible, et coopère aver d’autres
causes dans la production de ses effets.
On dit, en ce sens, que ce qui agit
exerce une influence. Le verbe corres-
pondant est influer (sur).
B. Spécialement, autorité de prestige
sur les idées ou sur la volonté d’autrui.
Sur Influence. — J. Lacheller nous a ignalé l’origine astrologique de ce mot, et
Mot ascendant, qui en est presque synonyme. Cette origine en explique l'import.
. L Boisse estime qu'il serait d’une bonne langue d'appeler exclusivement
‘afluence, l’action d’une circonstance ou d’une chose sur une personne ; ascendant,
nn d’un personne sur une autre; empire, l’action de nous-mêmes sur nous-
mes,
de
INFLUENCE
« Avoir de l'influence sur quelqu'un,
sur la marche d’une affaire (considérée
comme résultant de décisions volon-
taires). » — Absolument : « Avoir de
l'influence, être influent » = avoir du
crédit, de l’ascendant; êtreécouté. — Le
verbe correspondantest influencer (act.).
C. Circonstance, chose ou personne
qui possède ou exerce une influence, à
lun quelconque des deux sens précé-
dents.
Rad. int. : À. B. Influenz ; — C. In-
fluantes.
< INFLUX », L. Znfluxus ; D. E. In-
tluxus ; I. JInflusso.
Sens général : influence. — N'est
plus usité que dans quelques expres-
sions telles qu’'influx nerveux (action
qui se propage le long d’un nerf) ou
Influx physique (Influxus physicus, in-
fluence naturelle), dans la doctrine
suivant laquelle l'âme et le corps, con-
sidérés comme deux substances hété-
rogènes, agissent effectivement l’un sur
l’autre. Elle a été opposée à l'harmonie
préétablie* et à l’occasionalisme*, par-
ticulièrement dans les discussions phi-
losophiques de la première moitié du
xviie siècle. (Voir Van BiËMA, Martin
Knutsen et la critique de l'harmonie
préétablie. « Le premier de ces systèmes
est celui d’influx. par lequel on établit
une influence réelle du corps sur l’âme
et de l’âme sur le corps. quoique l’on
convienne que la manière de cette in-
fluence mutuelle nous est absolument
inconnue : il faut sans doute recourir
à la toute-puissance de Dieu. Ce sys-
tème paraît le plus conforme à la vé-
rité. » EuLeEnr, Lettres à une princesse
d'Allemagne, deuxième partie, let-
tre XIV.
Cf. Le1Bniz, Monadologie, 51 : « Une
monade créée ne saurait avoir d’in-
fluence physique sur l’intérieur de l’au-
tre. Ce n’est qu’une influence idéale. »
INFORMER, D. A. Jnformieren ;
B. Unterrichten ; E. To inform ; |. In-
Jormare.
A. Dans la langue scolastique et néo-
scolastique, donner une forme* à une
matière.
B. Faire connaître quelque chose à
quelqu'un.
REMARQUE
Le passage du premier sens au second
peut se comprendre par un emploi du
mot tel que celui-ci : - Je ne les appelle
point ici de ce nom (je n’appelle point
ici les images du nom d'idées), en tant
qu’elles sont en la fantaisie corporelle,
c'est-à-dire en tant qu’elles sont dé.
peintes en quelques parties du cerveau,
mais seulement en tant qu’elles infor.
ment l'esprit même qui s'applique à
cette partie du cerveau. » DESCARTES,
Réponses aux 2e Objections, Défini-
tion 11.
Voir aussi /nformation (S).
INFRASTRUCTURE, D. L’nterbau ;
E. Understructure ; 1. Infrastruttura.
Structure sous-jacente, et générale-
ment cachée ou non-remarquée, qui
soutient quelque chose de visible et
même d’apparent.
Se dit en particulier : 1° des actions
inconscientes rendant possible, ou dé-
terminant un acte conscient; 2° des
structures sociales, et spécialement des
phénomènes économiques, considérés
comme cause insconciente de certaines
conceptions. Cf. Idéologie*, C.
Infus*, voir Acquis*.
INHÉRENCE, D. Inhärenz ; E. Inhe-
rence , |. Inerenza.
A. Est inhérente à un sujet donné
toute détermination qui est affirmée
de ce sujet et qui n’a d’existence que
par lui (que cette détermination soit
d’ailleurs constante ou accidentelle,
propre à ce sujet ou commune à lui et
à d’autres). « Wenn man nun diesem
Realen an der Substanz (den Acciden-
zen) ein besonderes Dasein beilegt, z. E.
der Bewegung, als einem Accidenz der
Materie, so nennt man dieses Dasein
die Inhärenz, zum Unterschiede vom
Dasein der Substanz, das man Subsis-
tenz nennt. Allein hieraus entspringen
615
ee
wiele Missdeutungen und es ist genauer
ynd richtiger geredet, wenn man das
Accidenz nur durch die Art, wie das
Dasein einer Substanz positiv bestimmt
jet, bezeichnet!, » KanT, Raison pure,
Analogies de l’entendement; Kehr-
bach, 178. — La même remarque se
grouve déjà chez LeiBniz, Lettres au
P. Des Bosses, XXI, Erdm. 686b.
B. Est inhérente à un sujet donné
twute détermination, constante ou non,
qui constitue une manière d’être intrin-
sèque de ce sujet, et non une relation
à quelque autre chose. « Moins grand
que Versailles n’est pas comme sain ou
agréable à habiter une manière d’être
inhérente à Fontainebleau. Si Versailles
était anéanti, et si Fontainebleau con-
tinuait à exister, Fontainebleau cesse-
rait d’être moins grand que Versailles,
sans qu’il y eût pour cela rien de
changé en lui. {1 conviendrait de dis-
tinguer ces deux genres de proposi-
tions en les appelant propositions d’in-
hérence et propositions de relation. »
$. LACHELIER, Études sur le syllogisme,
p. 42, 44.
C.Est inhérent à un sujet donné tout
ce qui lui est essentiel*, ou du moins
toute détermination, tout caractère qui
ne peut lui être enlevé. « Faiblesse
inhérente à la nature humaine ; vice
Hhérent au sujet d’un ouvrage », Dic-
tionnaire de l’Académie, 72 éd., sub vo.
Rad. int. : Inher.
INHIBITION, D. Hemmung ; E. In-
hibition ; I. Inibizione.
Action d’arrêt; primitivement, ac-
L « Lorsqu'on attribue une existence séparée à ces
&terminations réelles de la substance (aux accidents),
exemple au mouvement, en tant qu'acoident de
@atière, on appelle cette existence snhérence, par
tion à l'existence de la substance, qu’on nomme
.Mais de là naissent beaucoup de malentendus
Qon parle avec plus de justesse et d'exactitude si l’on
è De l'accident que comme la manière dont l’exis-
une substance est déterminée positivement. »
ÉR
ININTELLIGIBLE
tion exercée par un centre nerveux sur
un autre, et qui a pour résultat de
diminuer ou de supprimer les effets
produits par la mise en jeu de celui-ci.
Par analogie, action d’un fait mental
qui empêche d’autres faits mentaux de
se produire ou d’arriver à la conscience.
M. Paucuan appelle loi d’inhibition sys-
tématique la loi suivante : « Tout phé-
nomène psychique tend à empêrher de
se produire, à empêcher de se déve-
lopper ou à faire disparaître les phéno-
mènes psychiques qui ne peuvent s’unir
à lui selon la loi de l’association systé-
matique, c’est-à-dire qui ne peuvent
s’unir avec lui pour une fin commune. »
(L'Activité mentale et les éléments de
l'esprit, livre 11, Introduction, p. 221.)
Rad. int. : Inhib.
INHIBITOIRE, D. Hemmend'; E.
Inhibitory ; I. Inibitorio.
A. Sens général : qui constitue ou
qui exerce une inhibition*.
B. Spécialement (opposé à Dynamo-
gène*) : se dit des sensations, senti.
ments ou idées qui exercent unr inhibi-
tion d'ensemble, qui diminuent le tonus
vital, et surtout le pouvoir moteur :
par exemple, la tristesse, certains sons
ou timbres désagréables, certaines
odeurs, etc.
Rad. int. : Inhibiv.
ININTELLIGIBLE, D. A. Unver-
ständlich ; B. Undenkbar ; — E. Unin-
telligible ; I. Inintelligibile.
A. Sens usuel. Impossible à com-
prendre, obscur, dépourvu de sens. (Ne
se dit que des manières de parler ou
d'écrire.)
B. Qui n’est pas intelligible*, au
sens À. — Cette acception est extré-
mement rare en français.
Rad. int. : B. Ne intelektebl.
Sur Inintelligible. — Ed. Goblot a proposé d'entendre par là « ce qui ne satisfait
Pes au principe de nécessité ». On l’opposerait ainsi à inconcevable (= « ce qui
We satisfait pas au principe de contradiction »).
© — La spécification proposée par M. GozLor est fort intéressante, et jy adhé-
INJUSTE
516
Injuste, voir Juste*.
INNÉ, D. Angeboren ; E. Innate;
I. Innato.
Opposé à Acquis*.
Qui appartient à la nature d’un être,
et n’est pas chez lui le résultat de ce
qu'il a éprouvé, fait ou perçu depuis sa
naissance. « Ex his autem ideis aliæ
innatæ, aliæ adventitiæ, aliæ a me ipso
factæ mihi videntur ; nam quod intel-
ligam quid sit res, quid sit veritas, quid
sit cogitatio, hæc non aliunde habere
videor quam ab ipsamet mea natura...»
DEscarTEs, Méditations, III, $ 8. Le
terme est ancien : Saint THomas D’A-
QuiN se sert de l’expression scientia
innata, où connaturalis (SCHUTZ, T'ho-
mas-Lexikon, v° Scientia, p. 730).
CRITIQUE
L'inné, chez DESCARTES, comprend à
la fois ce que nous appelons faits de
conscience, d’expérience interne et ce
que nous appelons lois ou formes a
priori de la connaissance. LEiBniz ne
distinguait pas encore non plus ces
deux sortes de données mentales. Voir
Nouveaux Essais, II, 2 et Monadologie,
$ 30. Ces deux idées doivent être au-
res
jourd’hui soigneusement séparées ; et
cette distinction, qui porte sur la diffé.
rence entre l’ordre psychologique et
l'ordre logique, ne doit pas être elle-
même confondue avec la distinction
des caractères immédiatement innés,
c'est-à-dire qui apparaissent dès la
naissance, et virtuellement innés, c’est.
à-dire qui ne se développent qu'ulté-
rieurement.
Voir plus loin les Observations sur
Puissance*.
Rad. int. : Inat.
INNÉITÉ, D. Angeborenheu ; E. In-
neity ; I. Inneita.
Caractère de ce qui est inné.
INNERVATION (Sensation d’). D. 7n-
nervationsempfindung ; KE. Sensation
of innervation ; 1. Senso d’innervazione.
Sensation accompagnant l’action ner-
veuse par laquelle un muscle est mis
en mouvement. L'existence de cette
sensation est très contestée.
Rad. int. : Innervaci.
INNOVATION, D. Neuerung ; E. In-
novation ; I. Innovazione.
Production de quelque chose de
rerais volontiers. Peut-on cependant trancher par une définition La question de
savoir s’il n’y a pas d’intelligibilité, in phænomeno, en dehors de la nécessité ?
(J. Lachelier.)
— Cette spécification aurait le défaut de supposer que le principe de nécessité
est identique au principe de causalité, qu’il est le principe d’intelligibilité univer-
selle, fondement de la science et principe de l'induction : ce sont là des thèses
très discutées. En outre, inintelligible, pris en ce sens ferait double emploi avec
empirique, au sens À. (C. Ranzoll.)
Sur Inné. — Critique ajoutée sur les indications de J. Lachelier.
Sur Innervation. — On entend plus précisément par sensation d’innervation
la sensation de la quantité d'énergie nerveuse que nous dirigeons sur un muscle,
pour produire une contraction donnée. Ceux qui soutiennent l’existence de cette
sensation, distincte des sensations musculaires en retour, s’appuient spécialement
sur cette considération : il est nécessaire que nous ayons conscience du degré de
la décharge nerveuse que nous lançons aux muscles pour produire la force MUS-
culaire réellement correspondante à la résistance qui doit être surmontée. Si le
degré d’innervation ne correspondait pas à la résistance, l’action musculairt
serait ou excessive ou inefficace, comme si l’on voulait soulever une bouteille
qu’on croit pleine d’eau et qui est pleine de mercure, ou vice versa. (C. Ranzoll.)
617
À nouveau. Terme particulièrement em-
ployé par V. Eccer. (Voir «ans la
“Revue des cours et conférences, an-
: née 1901, les cours intitulés l’Innova-
: tion psychique) — Cf. Imaginction.
INQUIÉTUDE, D. Unruhe (voir
LEI1BNIZ, Nouv. Essais, 11, 20, $ 6);
Unbehagen ; — KE. A. Uneasiness ;
B. Restlessness ; — I. Inquictudine.
A. Terme employé par LEeiBniz et
par Cosre, pour traduire le mot anglais
uneasiness, par lequel Locke caracté-
rise l’état affectif de gêne, de malaise,
qu’il considère comme la cause déter-
minante de tout acte de volonté (Es-
says, II, ch. xx et xx1). Cf. LEIBNIZ,
Nouveaux Essais, Ibid.,notamment xx,
86, xx1, $ 29 et suiv.
Conpizzac emploie ce mot en un
sens très voisin, mais plus étroit; il
distingue deux degrés de cet état, dont
il appelle le premier « malaise ou léger
mécontentement » ; le second « inquié-
tude où même tourment » s’il est très
intense. Traité des sensations, 1, 3, $ 2.
B. Ce mot est devenu très usuel
dans la morale et la psychologie con-
temporaines, mais avec un sens un peu
différent. Il y désigne surtout une dis-
position spontanée, plutôt active qu’af-
fective, consistant à ne pas se conten-
ter de ce qui est, et à chercher toujours
au delà (in, nég., quies, acquiescere).
« Une inquiétude secrète lui donna le
tressaillement (à l’univers)...; ce qui
INQUIÉTUDE
que de l’apathie, un désir, un mouve-
ment dont personne n’a l'initiative,
quelque chose qui dit : En avant! »
RENAN, Dial phil., II, 53. — « Nous
dirons, en dépouillant les mots de leur
sens psychologique, en appelant Idée
une certaine assurance de facile intelli-
gibilité et Ame une certaine inquiétude
de vie, qu’un invisible courant porte la
philosophie moderne à hausser l’Ame
au-dessus de l’Idée. » H. BERGSoN,
Introduction à la Métaphysique, Revue
de Métaphysique, janvier 1903, p. 31.
Cf. encore MAETERLINCK, L’inquiétude
de notre morale, article recueilli à la
suite de l’/ntelligence des fleurs, etc.
C. Au sens pathologique, trouble de
l'esprit soit intellectuel, soit affectif,
particulièrement fréquent et fondamen-
tal chez les obsédés. (Pierre JANET, Les
Obsessionsetla Psychasthénie, 1,301sqq.)
Cf. Angoisse*.
CRITIQUE
Ce mot est pris en général en bonne
part chez les auteurs contemporains
qui l’emploient : l’usage fréquent et
laudatif qui en est fait se rattache à la
prédominance des idées de progrès,
d'évolution, de volontarisme ; plus ré-
cemment, à celles de la philosophie
existentielle*. — Au contraire on lit
dans MALEBRANCHE : « Cette vaste capa-
cité qu’a la volonté pour tous les biens
en général. ne peut être remplie par
toutes les choses que l’esprit lui repré-
fait la vie est toujours une sortie brus- | sente; et cependant, ce mouvement
Sur Inquiétude. Au xviie siècle, inquiétude signifie dans le langage courant
l'impossibilité de demeurer en repos. C’est le sens qu’il a chez Bossuet et chez
Pascal. Toute la théorie pascalienne du divertissement repose sur la constatation
1e notre inquiétude native. Ce sens permet de passer naturellement au sens B :
désir du mieux, de l’au-delà. (F. Mentré.)
= Mais l'import favorable que ce mot semble avoir acquis de nos jours n'existe
pas encore à cette époque : « L’inquiétude est le plus grand mal qui arrive en
%âme, excepté le péché. Notre cœur étant troublé et inquiété en soi-même perd
force de maintenir les vertus?qu'il avait acquises. » St François DE SALES,
Rtroduction à la vie dévote, 4e partie, ch. xt : « De l’inquiétude. »
D'ailleurs le mot, au xvue siècle, passe encore pour rare et particulièrement
Tgique : « L'inquiétude de son génie : trop de deux mots hardis. » PascaL,
“Pensées, Ed. Brunschvicg, I, 59. (A. L.)
nm Ed ne eee
INQUIÉTUDE
518
continuel que Dieu lui imprime vers le
bien ne peut s'arrêter. Elle est donc
toujours inquiète parce qu’elle est por-
tée à chercher ce qu’elle ne peut jamais
trouver Nous ferons voir dans ce
chapitre que l'inquiétude de notre vo-
lonté est une des princitales causes de
l'ignorance où nous sommes et des
erreurs où nous tombons sur une infi-
nité de sujets. » Recherche de la vérité,
IV, chap. 1, 8 1. Voir Observations.
Rad. int. : Malquietes.
INSÉPARABLE (Loi d'association).
John S. Mize appelle ainsi la pro-
priété qu'ont les phénomènes psychi-
ques (selon Humr, HaARTLEY, James
Mi, etc.) de se combiner si étroite-
ment, par la fréquence ou par ls force
de l'association, qu'il devient impos-
sible de les séparer, et même qu’on
arrive à prendre le complexus ainsi
formé pour un phénomène psychique
simple. (Examen de la philosophie de
Hamilton, ch. x1v : « How Sir William
Hamilton and Mr. Mansel dispose of
the law of inseparable association!. »)
— La formule qu’il en donne, d’après
James Miiz (Analysis oj the human
mind, 1, 68) est celle-ci : « Where two
or more ideas have been often repeated
together and the association has be-
come very strong, they sometimes
spring up in such close a combination
as not to be distinguishablez. »
Rad. int. : Ne separebl (asociad).
INSIGHT, (S).
« INSTABILITÉ mentale. »
Ensemble de symptômes psychiques
consistant dans une variation excep-
tionnellement rapide et fréquente des
dispositions intellectuelles et affectives
d'un sujet. L'usage de ce terme paraît
remonter à un article de Th. RiBor,
L'anéantissement de la volonté, Revue
1. Comment Sir William Hamilton et M. Mansel
écartent la loi d'association inséparable. — 2. « Quand
deux ou plusieurs idées ont été répétées souvent en-
semble, et que l'association est devenue très forte, elles
s'unissent quelquefois en une combinaison si étroite
qu'on ne peut plus les distinguer. »
ss”
philosophique, février 1883. Il sert 4
titre à une thèse de médecine q
M. BouLanGer, 1892 ; et à une these
de philosophie de M. DuPpraT, 1898. Ce
dernier fait de l'instabilité une pro.
priété fondamentale des états psychi.
ques : « Aucun processus mental ne
peut s'effectuer normalement s’il n’exis.
te pas un principe directeur de l’évolu.
tion mentale qui, par sa permanence,
fasse obstacle à l'instabilité naturelle
de l'esprit. » L’action de ce principe
synthétique, par ses différents degrés
de force ou de faiblesse, déterminerait
les différents degrés de « continuité
mentale ». Zbid., Introduction, 3-4.
Rad. int. : Nestabiles.
INSTANCE, L. Scol. Jnstantia, D.
A. Instanz ; E. Instance ; |. Istanza.
(De Évotaoic, opposition, objection,
rendu dans les traductions latines
d'ARISTOTE par Jnstantia : « "Evoro-
otG … ÉGTi TPÔTAOLG TPOTIGEL ÉVAVTLE. »
Premiers Analytiques, 11, 26 ; 69837.)
À. Une objection ayant été faite, et
une réplique ayant été donnée à cette
objection, on appelle instance le nouvel
argument qui suit cette réplique.
« J'ai négligé de répondre au gros
livre d’instances que l’auteur des cin-
quièmes objections a produit contre
mes réponses... » DESCARTES, Lettre à
Clerselier, faisant suite aux réponses à
Gassendi (Ed. Ad. et Tann., IX, 202).
Elle peut consister soit en une objec-
tion nouvelle, soit en une réfutation
de la réplique ; dans ce cas, elle prend
aussi le nom de duplique, mais Ͼ
dernier terme est aujourd’hui tombé en
désuétude.
B. Chez Bacon, les instances sont
les faits typiques qui servent d'exemple
(E. Instance) pour l'étude d’une pro-
priété générale (Praerogativæ instantia
rum, Nov. Org., II, 21 et suiv.). Ce sens
du mot n’est pas douteux, bien qu’il ait
été contesté. Cf. De Augmentis, V, 2:
« Exempla sive instantias particulares-?
Instantia crucis, voir Cruciale*.
LeiBniz l’emploie dans ce même
sens : « J'y pourrais répondre par l'ins”
ce des futurs contingents.. mais
mime mieux satisfaire aux difficultés
que de les excuser par l'exemple de
. autres difficultés semblables. »
“Miscours de métaphysique, XIII.
“INSTANT, D. Augenblick, Moment ;
Moment, instant ; 1. Istante.
A. Durée très courte, que la cons-
dence saisit comme un tout. Voir
@.BacueLarn. L'intuition de l'instant.
2 Cf. Présent*.
**B. Point déterminé et indivisible de
à durée. « Il y a en lui (dans le temps)
e marque et une expression du dis-
act, à savoir l'instant, analogue de
fhnité, dont il diffère d’ailleurs au
plus haut point, car tandis que l'unité
@t une partie du nombre, la limite
#'est pas une partie de la quantité...
L’instant appelle son opposé, le laps de
ps, sans lequel on ne saurait le com-
rendre : les instants ne se succèdent
“’à la condition de se poser les uns
ÿors des autres, pour ainsi dire, bref,
fêtre séparés par des intervalles. » Ha-
MELIN, Essai sur les élém. principaux de
la représentation, cf. I, $ 3, pp. 52 et 54.
. Rad. int. : Instant.
"ANSTINCT, D. Jnstinkt ; E. Instinct ;
k Zstinto.
À. Ensemble complexe de réactions
extérieures, déterminées, héréditaires,
communes à tous les individus d'une
même espèce, et adaptées à un but
dont l'être qui agit n’a généralement.
#t
£e
INSTINCT
pas conscience : nidification, poursuite
de la proie, mouvements de défen-
se, etc.
RomanEs (L'évolution mentale chez
les animaux, ch. xn1) a appelé instincts
primaires ceux qui résultent directe-
ment de la structure primitive de l’être
vivant, ou qui ne sont dus qu’à la
sélection ; instincts secondaires, ceux
qui constituent un automatisme dérivé,
acquis par l'intermédiaire d’adapta-
tions intelligentes tombées ensuite dans
l'inconscient (lapsed intelligence).
L'instinct, psychologiquement consi-
déré, diffère de l’inclination* en ce que,
dans ie premier cas, certains actes eux-
mêmes sont immédiatement suggérés
à l’être qui agit, sans qu’ils apparais-
sent comme movens en vue d’une fin,
tandis que dans le second, ce à quoi
tend l’inclination est connu, mais les
moyens de l’atteindre ne sont pas
donnés.
B. Toute activité (et spécialement
toute activité mentale) adaptée à un
but, qui entre en jeu spontanément,
sans résulter de l’expérience ni de l'édu-
cation, et sans exiger de réflexion. Se
dit en ce sens d'un don même tout
individuel, d’une faculté naturelle de
sentir et de deviner : « Avoir l'instinct
du rythme. » — « Il y en a qui, par une
sorte d'instinct dont ils ignorent la
cause, décident de ce qui se présente
à eux et prennent toujours le ban par-
ti. » La RocHEroucAULD, Réflexions,
111,5.
Voir Intelligence*.
&. Sur Instinet. — Victor Egger nous a communiqué la note suivante, écrite, nous
&til dit, sous la dictée de son père,
Émile Egger, l’helléniste, au sujet de la
se : « Le mot instinct signifie un aiguillon intérieur, une piqûre intérieure »,
À Lemoine, L'habitude et l'instinct (1871), p. 136. En note :
« Non pas, comme
®n l’a dit quelquefois, qu'instinct vienne de ëévotiteav, qui signifierait piquer
Wérieurement et qui signifie en réalité piquer dans quelque chose, ficher. Le mot
ais vient du latin instinctus, qui, proprement, a le sens d’aiguillon, piqûre,
ts transporté d'ordinaire par analogie du physique au moral. La notion d’inté-
Rorité résulte de l'emploi métaphorique du mot, et non de la préposition in qui
instinguere, impellere, etc., comme &v dans évarlteiv, a le sens actif et signifie
&: D'ailleurs tous ces mots, orlbeiv, stimulus, instinctus, ont une même racine,
Sont le sens général est piquer. »
INSTINCT
520
CRITIQUE
1. Ce mot se dit assez fréquemment
d’une inclination profonde et intense,
surtout si elle est innée : « Instinct de
conservation ; instinct de domination. »
Ces expressions sont impropres.
2. Nous avons défini l'instinct au
sens À, un ensemble de réactions erxté-
rieures, parce que, comme l’a fait re-
marquer avec raison M. Dunan (Phi-
losophie générale, p. 304), il n’y a aucune
différence de nature entre ce qu’on
appelle instinct et ce que l’on appelle
fonction physiologique, si ce n’est que
le premier est observable du dehors et
que le second ne l’est pas. En ce sens,
instinct désigne donc une classe de phé-
nomènes sans caractère distinctif in-
trinsèque.
3. Ce mot a été critiqué d’autre part
par M. Boan (La naissance de l’intelli-
gence, ch. xxt1). Il estime que sous ce
terme, on réunit des phénomènes très
disparates, et que, par suite, l’opposi-
tion de l'instinct à l'intelligence ne
correspond à aucune notion précise. Il
n’y a là, selon lui, qu’une survivance
de la théorie fixiste des espèces, à
laquelle il est impossible de donner un
sens défini dans l’état actuel de la
science. Il propose donc de renoncer
entièrement à ce mot, et il en donne
l'exemple dans l’ouvrage cité. — Au
contraire, H. BERGsoN, dans l’Évolu-
tion créatrice, a renouvelé l’opposition
traditionnelle de l’instinct et de l’intel-
ligence en les considérant comme deux
modes parallèles de connaissance et
d'action, qui se seraient différenciés en
s’adaptant, l’un à la vie, l’autre à
l’emploi des instruments inorganiques.
Voir ch. 1, notamment pages 179-193.
Rad. int. : Instinkt.
INSTRUCTION, D. Unterricht; E.
Education, Instruction ; 1. Instruzione.
A. Action de communiquer à quel-
qu’un des connaissances. — S’oppose
en français à éducation, qui s’applique
surtout au développement des habi-
tudes de conduite, du caractère et de
la moralité.
B. Ensemble de connaissances ac-
quises par l’étude ou l’enseignement.
Rad. int. : Instrukt.
INSTRUMENTALE (Cause), L. Scol.
causa instrumentalis.
Ce qui sert de moyen pour la pro-
duction d’un effet. Ce terme est au-
jourd’hui peu usité.
« INSTRUMENTALISME », Instru-
mentalism. Une des variétés du pragma-
tisme* : doctrine de M. John DEwEY,
dont le trait caractéristique est d’ad-
mettre que toute théorie est un outil
(tool), un instrument pour l’action et
la transformation de l'expérience. « Re-
flective knowing is instrumental to
gaining control in a troubled situa-
tion. it is also instrumental to the
enrichment of the immediate signifi-
cance of subsequent experiencesi. »
J. DEWEY, Essays in experimental
logic, Introd., p. 17. — Voir Emm. Le-
ROUX, Le pragmatisme, ch. vit : « La
logique instrumentale de M. Dewey et
l'École de Chicago. »
1. INTÉGRATION, Marx. D. Inte-
grieren, Integration ; E. Integration ; I.
Integrazione.
Opération qui consiste à déterminer
une grandeur en la considérant comme
limite d’une somme de quantités enfi-
nitésimales* dont le nombre augmente
indéfiniment. Le signe de l’intégration
est f : (somme).
RENOUVIER (Principes de la Nature,
ch. 111, appendice c) étend ce terme
par analogie à la sommation de séries
convergentes infinies ; mais, malgré la
communauté du principe logique entre
les deux opérations, cet emploi du mot
est trop contraire à l’usage pour être
retenu.
On appelle aussi quelquefois impro-
prement Intégration, par analogie, la
vue de l'esprit qui considère synthé-
1. « La connalssance réfléchie est un moyen de #
rendre maître d'une situation anormale. mais elle
aussi un moyen d’enrinhir la valeur significative
diate des expériences postérieures. »
. 821
tiquement un nombre très grand, mais
fini, de termes ou d’actions élémen-
taires.
Rad. int. : Integralig.
2. INTÉGRATION, Puys. D. Anhüu-
fung ; E. Integration ; 1. Integrazione.
Terme particulièrement employé par
SPENCER, qui entend par intégration :
4° le passage d’un état diffus, impercep-
tible, à un état concentré, perceptible
(First Principles, $ 94) ; 29 l’accroisse-
ment de matière d'un système donné
(Zbid., $ 95) ; 3° la diminution de mou-
vement interne d’un système méca-
nique formé de plusieurs corps (Jbid.,
8 94, 96).
Le terme opposé est désintégrat:on.
Cf. Évolution*.
Pour l'examen de ces sens et l’im-
possibilité de les ramener à l’unité, voir
A. LALANDE, La Dissolution opposée
à l’évolution, ch. 1, $ 4-6. Mais le mot a
été surtout employé métaphorique-
ment, même par SPENCER, pour dési-
gner l'établissement d'une interdépen-
dance* plus étroite entre les parties
d’un être vivant, ou entre les membres
d'une société.
1) se dit aussi de l’incorporation d’un
élément nouveau à un système psycho-
logique antérieurement constitué. (Cf.
Aperception au sens de HERBART et de
#0n école.) Le verbe intégrer a fréquem-
ment ce sens, qui se rattache à l’idée
physique définie ci-dessus au n° 2, 20.
CRITIQUE
Ce mot est entré dans la langue cou-
f&nte en un sens très vague, et avec
the nuance de respect et d'admiration
alogue à celle qui s’attache souvent
«la Vie ». Mais il est à remarquer que
valeur de l’idéal organiciste et tota-
Utaire que suppose cet import est très
#tjette à discussion.
Rad. int. : Integr.
INTELLECTION
INTELLECT, G. vois ; L. Intellectus ;
D. Verstand (Intellect est pris par Kant
et par Schopenhauer au sens général
d’Intelligence À) ; — E. Understanding,
Intellect ; — I. Intelletto.
Synonyme d’entendement*, au sens
B. « Dans mon sens, l’entendement
répond à ce qui, chez les Latins, est
appelé intellectus et l'exercice de cette
faculté s'appelle intellection, qui est une
perception distincte jointe à la faculté
de réfléchir, qui n’est pas dans les
bêtes. » F:EIBNIZ, Nouveaux Essais, IÏ,
21, $ 5. Cependant, par un souvenir de
la langue du moven âge, où intellectus
servait à traduire voüs dans toute sa
force, et s’opposait à ratio, faculté du
raisonnement discursif (voir ScHUTz,
Thomas-Lexikon V8 Intellectus et Ra-
tio), le mot intellect a gardé dans son
import quelque chose de plus méta-
physique. Entendement, chez les philo-
sophes modernes, est surtout un terme
psychologique désignant un ensemble
d'opérations mentales ; intellect a tou-
jours une valeur gnoséologique : il
marque la « faculté de connaître supé-
rieure » en tant qu’on l’oppose à la
sensation et à l'intuition. Ce mot tend
d’ailleurs à tomber en désuétude, si ce
n'est dans quelques expressions histo-
riques, notamment Jntellect actif, quel-
quefois Jntellect agent (G. voÿc rotn-
rixôc, [L Intellectus agens), opposé à
l'Intellect passif (G. voüs 72x0nTtx6s,
L. Intellectus passibilis). — Voir plus
haut, Actif* (Intellect) et Agent*.
Rad. int. : Intelekt.
INTELLECTION, D. fntellection (et
aussi Bewusstheit ; voir ci-dessous) ; E.
Intellection ; 1. Intellezione.
A. Acte de l’intellect*, dans tous les
sens, mais particulièrement au sens
d’entendement, opposé à imagination.
(Voir p. ex. DEscanTEs, 6€ Médiation,
$ 2, où le texte français ajoute en
a
Sur Intellect. — Dans la langue de Dante, qui suit l’usage thomiste, inteletto
tntelettuale sont toujours pris au sens du grec vénatc, et désignent la pensée sous
# forme la plus haute. (R. Berthelot.)
7. É
INT ELLECTION
522
deux passages : « intellection ou con-
ception ».)
B. FLournoy a proposé de traduire
par ce mot le terme Bewusstheit, créé
par AcCH. « En français, dit-il, le terme
d’intellection, que Descartes opposait
déjà à imagination exprime suffisam-
ment bien cette présence à la cons-
cience des choses sues, quoique données
non intuitivement, sans images. » Ar-
chives de psychologie, V, 288.
INTELLECTUALISME, D. /ntellek-
tualismus ; E. Intellectualism ; I. In-
teiletualismo.
A. Doctrine selon laquelle tout ce
qui existe est réductible, du moins en
principe, à des éléments « intellectuels »,
c'est-à-dire à des idées (aux différents
sens de ce mot), à des vérités et à des
implications. Cette thèse, elle-même, a
été entendue de deux façons diffé-
rentes :
1° L'’être est distinct de l’intelli-
gence ; mais celle-ci peut en fournir
une image exacte et complète : c’est
ainsi par exemple que la pensée, chez
DESCARTES, saisit la substance étendue.
20 L’être n’est pas autre chose que
la pensée. Voir /déalisme*, A.
Le mot a été appliqué en ce sens à
beaucoup de doctrines (DESCARTES
Spinoza, LeiBniz, Wourr, HEGEL, etc}
mais presque toujours dans une inten-
tion péjorative. Voir ci-dessous, Cri-
tique.
B. Toute doctrine selon laquelle on
ramène à des éléments intellectuels
une classe de faits considérés par Ja
plupart des philosophes comme irré-
ductibles à l'intelligence (soit au sens A,
soit au sens B de ce mot).
« Je combats une conception {du
dogme), dite intellectualiste, suivant la-
quelle un dogme serait dans son fond.
l'énoncé d’une thèse théorique et spé-
culative, un objet de connaissance pure
et de simple contemplation intellec-
tuelle.. » Le Roy, Dogme et critique,
p. 111.
En particulier, doctrine selon laquelle
les phénomènes affectifs ne sont que
les phénomènes intellectuels confus, ou
des résultantes du jeu des phénomènes
intellectuels ; par exemple, chez HER-
BART.
C. Doctrine normative consistant à
estimer que les phénomènes actifs et
affectifs, tout en restant conçus comme
irréductibles, sont de valeur secondaire,
Sur Intellection. — Le sens B et le texte de Flournoy sont dus à Ed. Claparède.
Intellectio, dans le thomisme, se dit proprement de l’acte par lequel l’esprit
saisit les principes qu’utiliscra la ratio. (A. Sertillanges.)
Sur Intellectualisme, — ntellectualista paraît avoir été créé par Bacon, pour
et, par suite, doivent être subordonnés
sux phénomènes intellectuels, soit au
int de vue esthétique, soit au point
de vue moral, soit au point de vue
religieux. « Secundum se et simpliciter,
tntellectus altior et nobilior voluntate. »
gaint THomas D’AQUIN, Somme théol.,
ft, qu. 82, 3. (Schütz, vo). — « Selon
l'intellectualisme, la pensée n’a pas
d'autre œuvre à accomplir que de se
nser. Nous disons, quant à nous, que
ln volonté a pour œuvre unique de se
vouloir. Mais vouloir la volonté, c’est
vouloir la pensée ; c’est penser. Nous
ajoutons à l’intellectualisme, nous ne
laissons rien échapper de son contenu. »
HamBLiN, Essai sur les éléments prin-
éipaut de la représentation, p. 430.
Ce mot s'oppose dans les trois sens
à volontarisme* 19 inintelligibilité
esdicale du monde réel, dont l’essence
wt grundlos, sans fondement logique,
étrangère, au moins en partie, au prin-
cipe de raison suffisante ; — 2° indé-
Pendance et même primauté de fait
des fonctions actives et affectives à
l'égard de l'intelligence ; — 3° supério-
rté morale de l’action et du sentiment
sur la pensée réfléchie.
INTELLECTUALISME
T1 s'oppose aussi à pragmatisme*, ce
mot étant pris tantôt comme équiva-
lent, tantôt comme opposé à volonta-
risme, et désignant dans ce dernier cas
la doctrine d’après laquelle l’opposition
de l’activité et de l'intelligence est arti-
ficielle et verbale, la vraie réalité étant
à la fois l’une et l’autre : « Le morce-
lage de l’âme en facultés distinctes.
est le principe commun de l’intellec-
tualisme et du volontarisme, systèmes
antithétiques, je le veux bien, mais qui
ont même racine... Si je rejette égale-
ment ces deux systèmes, c’est que je
rejette le postulat dont ils dérivent
symétriquement. » LE Roy, Dogme et
critique, 127-128.
CRITIQUE
1. Ce terme est devenu très usuel
dans les discussions philosophiques
contemporaines ; il y a, presque tou-
jours, un sens péjoratif, apparenté à
l'usage défavorable qui a été fait aussi
du mot /ntellectuel dans les discussions
politiques. L’un et l’autre impliquent
d'ordinaire : 1° le reproche de penser
les choses d’ure façon verbale et super-
ficielle, en imposant à la réalité des
On le trouve dans un passage où Walt Wunirmann critique «l’intellectualisme
exsangue » (bloodless intellectuulism) d'Emerson. Le mot est pris dans un sens
rés général, mais déjà défavorable, pour désigner l’abus des abstractions vagues.
fR. Berthelot.)
Je ne pourrais dire au juste à quelle date ce mot est entré dans l’usage, mais
# me semble l'avoir vu naître. (J. Lachelier.)
désigner les philosophes « qui abduxere se a contemplatione naturae atque ab
experientia in propriis meditationibus et ingenii commentis susque deque volu-
tantes. Caeterum praeclaros hos opinatores et (si ita loqui licet) éntellectualistas,
qui tamen pro maxime sublimibus et divinis philosophis haberi solent, recte
Heraclitus perstrinxit : homines, inquit, quaerunt veritatem in microcosmis Suis,
non in mundo majore. » De dignitate, livre I, 8 43. (EL. et Sped. I, 460.) Cf. la
célèbre comparaison de l’araignée, de la fourmi et de l’abeille, Novum Organum;
1,95.
On passe sans changement de ce sens (sauf son import primitivement péjoratif,
comme il arrive souvent en pareil cas) au sens À du mot Jntellectualisme*, Mais
il semble que ce passage ait été très tardif. Ayant demandé, sur la première
épreuve de cet article (1909) : « A partir de quelle date trouve-t-on ce mot ? ?
nous avons eu les réponses suivantes :
On le trouve dans ScHELLING, qui l’oppose à Matérialisme. Voir Sämr. Werke:
IV, 309. (R. Eucken.)
“ Je me rappeile avoir entendu OLLÉ-LAPRUNE se servir de ce mot vers 1890,
dans une conversation. Il paraissait alors un néologisme. (L. Brunschvicg.)
” Je me suis servi de ce mot depuis dix ou douze ans, maïs sans savoir s’il avait
#té antérieurement employé je me le reprochais d’abord, comme un néologisme.
(& Blondel.)
* — Sans prétendre répondre précisément à la question posée, on peut rappeler
: KanT nomme le système de Leibniz « ein intellectuelles System der Welt »
tique de la Raison pure, Kehrbach, 245) et qu’il l’accuse d’avoir intellectualisé
Phénomènes : « Leibniz intellectuirt die Erscheinungen, so wie Locke die
Verstandesbegriffe. sensificirt!. » Zbid., 246. (Van Bléma.)
Sur la Crüique. — Cet intellectualisme, par trop « simpliste » et exclusif, dont
” fait un grief philosophique, me paraît une chimère qui n’est nile p atonisme, ni
L + Liibnis intellectualise los phénomènes, de même que Locke sensationuise les concepts. s
INTELLECTUALISME
cadres artificiels et rigides, qui la défor-
ment en prétendant la représenter ;
29 le reproche de sacrifier « la vie »,
c'est-à-dire la prudence naturelle et la
fécondité de l'instinct, aux satisfac-
tions de la pensée critique, qui est une
force d'arrêt, de destruction et d’inhi-
bition. Il y aurait lieu de dissocier ces
deux points de vue : SCHOPENHAUER,
par exemple, admet le preinier chef
d'accusation (cf. ses attaques contre la
Vernunft, c'est-à-dire, selon son voca-
bulaire, contre la faculté discursive et
conceptuelle qui s'oppose à l'intuition) ;
mais il voit au contraire dans la puis-
sance négative de la raison le principe
de la moralité et de l’affranchissement.
— (Remarquer d’ailleurs que, chez lui,
le mot Jntellekt est pris en un sens très
général, qui comprend à la fois l’intui-
tion et l’entendement ; le chapitre v
des « Suppléments » a pour titre : « Vom
vernunftlosen Intellekt. »)
2. Il a été fait également un abus sin-
gulier de ce mot dans la discussion de
la théorie de W. James et de LANGE
sur les émotions. Cette théorie parais-
sait s'opposer, à la fois par son carac-
tère physiologique et par son caractère
périphérique, à celle de HERBART et de
NaAHLOwSKY, qui est purement psycho-
524
logique, et qui ne supposerait, si on la
traduisait physiologiquement, que des
phénomènes du système nerveux cen.
tral. Mais, d'autre part, cette dernière
est ordinairement appelée intellectua-
liste au sens B, et avec justesse, en
tant que les états affectifs y sont conçus
comme résultant du jeu des représenta.
tions; voir notamment RiBoT, Psycho-
logie des sentiments, préface, où les deux
théories sont appelées, pour abréger,
théorie intellectualiste et théorie physio-
logique. — Il en est résulté que plu-
sieurs psychologues postérieurs ont cru
que ces deux mots s’opposaient en
eux-mêmes, et ont compris sous le nom
d’intellectualistes toutes les théories de
l'émotion qui ne font pas intervenir la
physiologie. Par exemple (entre plu-
sieurs autres) dans SoLLIER, Le méca-
nisme des émotions, p. 236 : « Je ne suis
certes pas suspect d’être un intellec-
tualiste et de négliger le substratum
nécessaire de toute manifestation psx-
chique, le cerveau ; mais je dois recon-
naître que la thèse intellectualiste, etc. »
Cet usage ne résulte que d’une confu-
sion, et les désignations qui l’ont pro-
voquée sont regrettables. La théorie de
James et de Lange devrait, en effet,
être appelée intellectualiste, elle aussi,
le spinozisme, ni le hegélianisme. La doctrine des grands intellectualistes ne
consiste pas à n’admettre que des éléments intellectuels, mais à soutenir que
l'intelligence et le réel sont inséparables au fond des choses et que dans l’homme
même, un élément intellectuel est inséparable de tout état ou acte de conscience.
Ainsi entendu l’intellectualisme n'exclut nullement, mais appelle le volontarisme.
(A Fouillée.)
En son sens fort et précis, il désigne ce me semble, la doctrine selon laquelle
l’intellectus (que saint Thomas distingue si radicalement de la ratio) est le vrai et le
seul captateur de l'être : videre est habere (cf. la remarquable thèse de M. RoussELOT
sur l’Intellectualisme de saint Thomas). Et si on poussait cette thèse à l'absolu,
on aboutirait peut-être à dire que puisque l’être n’est que ce qui est vu et ce qui
est capté comme du dehors, par la simple intuition, sans aucun de ces secrets
d'intimité qui ne se livrent qu'à une sympathie aimante, c'est donc que selon
l'expression de Hegel « l'idée est la plus haute, et, vue de plus près, la seule forme
sous laquelle l'Être éternel et absolu puisse être saisi ». (M. Blondel.)
Le sens d’intellectualisme n’est péjoratif que dans la pensée de certains praê
matistes, ennemis de la philosophie. L'intellectualisme est à ce point une attitude
légitime qu’il définit, croyons-nous, la pensée philosophique dans ce qu’elle a d°
spécifique et d’essentiel. (L. Boisse.)
‘4 525
: au sens exact de ce mot, puisque chez
eux l'émotion n’a rien de spécifique,
mais n’est que la connaissance confuse
d'un ensemble de phénomènes corpo-
rels. La véritable antithèse de l’intel-
Jectualisme, dans la théorie des états
affectifs, serait la théorie qui les consi-
dère comme des phénomènes originaux,
irréductihles à des perceptions, des
idées ou des jugements ; par exemple,
celle de Bain, ou celle de PAuULHAN.
Cf. la réfutation de James dans l’Essai
d'HAMELIN, p. 439.
Rad. int. : À. Intelekteblism : B, C.
Intelektualism.
INTELLECTUEL, D. Jntellektuell ;
E. Intellectual ; 1. Intellettuale.
A. Adjectif correspondant à Enten-
dement et à Intellect. Le terme opposé
est alors tantôt sensible ou sensitif,
tantôt intuitif.
B. Adjectif correspondant à /ntelli-
gence-A. Le terme opposé est alors soit
acüf, soit affectif.
C. Adjectif correspondant à /ntelli-
INTELLIGENCE
gence-B. Le terme opposé est alors in-
tuitif.
Voir ces mots, et cf. Zntellectualisme*.
Intellectuelle (intuition), voir Zntui-
tion*.
Rad. int. : À, C. Intelektal ; B. Inte-
ligal.
INTELLIGENCE, D. Jntellekt, Ver-
stand; quelquefois Intelligenz; — E.
À. Intelligence, Understanding, Intel-
lectual powers ; B. C. Intelligence, Un-
derstanding ; D. Intelligence, cleverness ;
E. Apprehension ; — |. Intelligenza.
À. Ensemble de toutes les fonctions
qui ont pour objet la connaissance, au
sens le plus large du mot (sensation,
association, mémoire, imagination, en-
tendement, raison, conscience). Ce
terme sert couramment à désigner
l’une des {rois grandes classes (ou faces)
des phénomènes psychiques, les deux
autres étant celle des phénomènes affec-
tifs, et celle des phénomènes actifs ou
moteurs.
Sur Intellectualisme et Intelligence. — Deux degrés dans l’anti-intellectua-
lime. On peut les classer en songeant que les termes qui désignent les fonctions
psychologiques ont naturellement deux sens :
19 Un sens analytique et abstrait : l'intelligence se définit, par opposition et
distinction, au moyen des caractères propres aux opérations intellectuelles ; ces
opérations sont essentiellement déterminatives et par suite de tendance objective.
2° Un sens concret, dans lequel l'intelligence désigne simplement la présence
et l'importance d'un élément de détermination dans l’ensemble très complexe des
A psychologiques que l’on peut considérer en même temps comme affectifs et
actifs.
Les critiques de l’intellectualisme attaquent d’abord et surtout les consé-
quences d’une transposition du sens 1 au sens 2, c’est-à-dire d’une tendance
d'esprit qui porte à identifier les caractères de détermination et d’objectivité avec
caractères de réalité; et comme la détermination des pensées a elle-même
X aspects, dans la détermination de forme ou d'extension, et dans a déter-
Mination de fond ou de compréhension, on pourrait encore distinguer deux cas
dans cet intellectualisme extrême, le premier seul étant un pur formalisme.
n second degré, plus exceptionnel, dans l’anti-intellectualisme est celui qui
nsiste à dénier à l'intelligence non seulement une valeur absolue, mais même
Gute Valeur relative, ou du moins toute valeur relative importante, c’est-à-dire à
Soutenir que dans la pensée, les facultés de détermination s'exercent, d’une façon
Purement arbitraire, sans aucun rapport possible avec la réalité ou du moins ne
#nt qu'un auxiliaire, de rôle tout à fait subordonné, des fonctions de l'activité,
duites dans la conscience par des états de sentiments. (M. Bernès.)
lb Me — vocus, nr .
INTELLIGENCE
526
B. Acte de comprendre, par lequel
s'exerce dans un cas donné, l’intel-
ligence au sens A. « L'intelligence
des vérités de la foi. » MALEBRAN-
CHE, Entretiens sur la métaphysique,
VI,u.
C. Au sens concret (surtout au
xvus siècle) : les êtres spirituels, en
tant qu’on les oppose aux corps
« … de prétendues Intelligences sépa-
rées ». LEIBNIZ, Mouveaur Essais,
Avant-propos.
D. (Opposé à intuition* et à sensa-
tion*) : synonyme d’entendement*, con-
naissance conceptuelle et rationnelle.
« L'intelligence est caractérisée par la
puissance indéfinie de décomposer sui-
vant n'importe quelle loi et de recom-
poser suivant n’importe quel système. »
H. BErcson, L'’Évolution créatrice,
p. 170. — Voir Raison*.
E. (Opposé à instinct*) activité
volontaire, adaptation réfléchie de
moyens à des fins. « L’instinct achevé
est la faculté d'utiliser et même de
construire des instruments organisés ;
l'intelligence achevée est la faculté de
fabriquer et d'employer des instru-
ments inorganisés. » H. BErRGsoN, L'É-
volution créatrice, p. 152. Voir tout le
chapitre u sur l'opposition de l'instinct
et de l'intelligence, que l’auteur ramène
d’ailleurs à la précédente.
F. (Opposé à inintelligence) : déve-
loppement d’esprit normal ou supérieur
à la moyenne.
G. (Opposé à invention*) : faculté
de comprendre* facilement ce qui est
donné, soit dans les faits, soit dans les
idées d’autrui.
H. Traduction d’Intellectus chez
saint Thomas et chez les scolastiques
qui emploient ce mot au même sens
que lui ; mais on dit plus généralement
en ce sens /ntellect*, pour éviter les
équivoques.
REMARQUE
L'adjectif correspondant aux sens A,
B, C, D, est intellectuel ; aux sens E,
F, G, intelligent.
Rad. int. : À, D. Intelekt ; E, F. In-
teligentes ; G. Komprenives.
« INTELLIGIBILITÉ (Principe de
l’universelle). »
Expression introduite par A. FouiL-
LÉE, dans son ouvrage : La philosophie
de Platon (1869), et devenue depuis lors
très usuelle dans le langage et surtout
dans l’enseignement philosophique. « La
foi commune, plus ou moins consciente
d'elle-même, mais présente chez tous
(= chez les croyants, les savants et les
philosophes), est donc la foi à la raison
des choses et à l’universelle intelligi-
bilité. Nous croyons tous que ce qui
existe est réductible, sinon pour nous,
527
du moins en soi, aux lois essentielles
de la pensée. Lorsque nous doutons,
notre doute ne porte pas, à vrai dire,
sur l’intelligibilité de l’objet, mais sur
l'intelligence du sujet, sur la puissance
plus ou moins grande de nos moyens
de connaître. Ce principe de la raison
des choses, qui survit à tous les sys-
tèmes, qui engendre leur variété même
du sein de son unité, qui subsiste malgré
notre impuissance à expliquer les plus
difficiles problèmes, et qui constitue
comme une métaphysique universelle
supérieure aux diverses métaphysiques,
comme une science innée que ne peu-
vent détruire toutes nos ignorances,
qu'est-ce autre chose que le principe
même du platonisme ? Dire que tout
a une raison intelligible, que l’être sou-
tient un rapport nécessaire avec la
pensée, c’est dire, au sens le plus
large des termes, que chaque chose a
une Jdée. » La philosophie de Platon,
tome II, 464-465.
INTELLIGIBLE, G. vonréc (déjà op-
posé par PLOTIN à voep6c, intellectuel) ;
L. Intelligibilis (SÉNÈQUE) ; D. Intelli-
gibel; E. Intelligible; I. Intelligibile.
A. (Opposé à sensible). Qui ne peut
être connu que par l'intelligence (au
sens B), et non par les sens. Par suite
INTEMPOREL
de la doctrine traditionnelle qui consi-
dère les sens comme la source de lillu-
sion, la réflexion conceptuelle et la
raison comme le principe de la connais-
sance vraie, intelligible est devenu, en
ce sens, synonyme de réel, d’existant
en soi dans l’ordre métaphysique.
« Monde intelligible; liberté intelli-
gible. » — « … Alle solche Noumena,
zusammt dem Inbegriff derselben, einer
intelligibeln Welt, nichts als Vorstel-
lungen einer Aufgabe sind. deren
Auflôsung... gänzlich unmôglich ist}. »
KANT, Prolégom., $ 34. (Il oppose,
dans une note sur ce passage, intellec-
tuel à intelligible, mais, en fait, il ne
s’est pas conformé dans ses œuvres à
la distinction indiquée.)
B. C. Qui peut être compris, soit au
sens À, soit au sens B du mot com-
prendre*.
Rad. int. : À. Inteligibl; B. Kom-
prenebl ; C. Intelektebl.
INTEMPOREL, adj. et subst., D.
Unzeitlich, das Unzeitliche.
A. Proprement, ce qui est étranger
au temps, ce qui n’a pas le caractère
1. « Tous ces noumènes, ainsi que l’idée de leur
ensemble, le monde intelligible, ne sont que des repré-
sentations d'un problème... dont la solution est tout-à-
fait impossible. »
Sur Intelllgible, — Voir au mot Raison*, la note de J. LacHELIER sur le
Sur Intelligence. — L'opposition d'intelligence à intuition me paraît regrettable
parce qu’elle est inconciliable avec l’expression : intuition intellectuelle. Or il
faut bien qu’on puisse exprimer l’idée d’intuition intellectuelle, fût-ce simplement
pour poser l'existence d’une telle intuition comme problème, ou même pour en
nier la possibilité. D'ailleurs ne pourrait-on considérer la confusion d'intelligence
et d’entendement comme une simple impropriété d'expression ? (E. Van Biéma.)
Chez Ravaisson, en particulier, le mot intelligence est pris en un sens
très large, et désigne aussi bien la connaissance intuitive ou immédiate que la
connaissance conceptuelle et discursive. Il appelle entendement cette dernière
(contrairement à l’usage de Bergson mentionné au sens B d’{ntelligence*) ; paf
ex. : « Toute tendance à une fin implique l'intelligence. » De l'habitude, p. 29.
« L'intelligence obscure qui succède par habitude à la réflexion, cette intelligencæ
immédiate où l’objet et le sujet sont confondus, c’est une intuition réelle, où se
confondent le réel et l’idéal, l’être et la pensée. » Jbid.
Sur l'histoire des mots intelligence*, intellectuel, etc., voir R. BERTHELOT, Un
romantisme utilitaire, II, Ch. 1v, v.
sens kantien de ce mot dans laquelle il conclut : « De là ce paradoxe de la langue
de Kant que l’intelligible, c'est-à-dire le propre objet de notre intelligence, est
précisément ce qui échappe à toutes les prises de notre intelligence. »
Cf. l'emploi de ce mot chez LeiBniz : « On est transféré pour ainsi dire dans un
autre monde, c’est-à-dire dans le monde intelligible des substances, au lieu qu’aupa-
ravant, on n’a été que parmi les phénomènes des sens. » Nouv. Essais, IV, ch. in, 6.
Chez BERKELEY, intelligible est opposé à real, pour rejeter la double existence
des sensations ou idées, l’une dans les esprits, l’autre en dehors des esprits :
«<.… the one intelligible or in the mind, the other real or without the mind.» Princ.
0f human knowledge, 8 86. — MALEBRANCHE applique de même ce mot à tout ce
Qui est connu par ‘esprit, en y comprenant le sensible en tant que pensé.
Aux acceptions précédentes se rattache encore indirectement l’usage péjoratif
qu’Auguste Core fait quelquefois de ce mot, en l’opposant à réel, positif, et en le
rés à peu près pour synonyme d’imaginaire. Voir p. ex. Cours, leçon xLui,
13.
Sn = sn 7 2.
1... l'une inteligible ou dans l'esprit, l'autre réelle, ou hors de l'esprit. » Principes dela connaissance humaine.
INTEMPOREL
de durer. « Le temps nous est néces-
saire pour nous permettre de constituer
notre existence intemporelle. » L. La-
VELLE, La présence totale, 117.
B. Par suite, ce qui, en tant qu’on le
considère dans le temps, y apparaît
comme invariable. « Le vrai et le faux
sont intemporels. » Voir /dentité* (prin-
cipe d’), et Temporel*.
INTENSIF, D. Intensiv; E. Inten-
sive ; I. Intensivo.
A. Qui a une intensité*. — S'emploie
en particulier dans l’expression gran-
deur intensive (D. Intensive Grôsse ;
E. Intensive Magnitude ; I. Quantità
intensivà) : on entend par là une qua-
lité ou propriété variable, dans laquelle
il est possible de distinguer des degrés
d'intensité.
B. Intense, et dont l'intensité résulte
d’un effort. (Ce sens est nouveau; il
nous paraît être d’une mauvaise lan-
gue.)
Rad. int. : A. Intenses.
INTENSION, E. Intension.
Synonyme de compréhension*, presque
entièrement tombé en désuétude en
français.
« La manière vulgaire d’énoncer [les
syllogismes] regarde plutôt les indivi-
dus, mais celle d’Aristote a plus d’égard
aux idées ou universaux..…. L'animal
comprend plus d’individus que l’hom-
me, mais l’homme comprend plus
d'idées ou de formalités ; l’un a plus
d'exemple, l’autre plus de degrés de
réalité ; l’un a plus d’extension, l’autre
plus d’intension. » LEtBniz, Nouveaux
Essais, IV, ch. 17, $ 8.
Chez quelques logiciens contempo-
rains, notamment chez KEYNESs (For-
mal Logic, 3° éd., chap. 11, $ 16), ce
terme sert à désigner, au sens le plus
large, l’ensemble des caractères repré-
sentés par un terme général. Cette
intension peut être comprise de trois
façons différentes :
19 L’ensemble des caractères consi-
dérés comme essentiels à une classe et
comme constituant la définition du
terme qui la désigne. En ce sens, l’in-
tension d’un terme dépend évidemment
de conventions faites à son sujet.
20 Certains caractères qui, essentiels
ou non, sont habituellement suggérés
à l’esprit par le terme considéré, et qui
servent pratiquement à reconnaître un
objet comme appartenant à cette classe.
En ce sens, l’intension est subjective et
variable.
30 L'ensemble de tous les caractères,
pensés ou non, compris ou non dans
la définition, mais qui appartiennent à
chacun des individus auxquels s’ap-
plique le nom considéré.
Il propose d’attribuer au premier de
ces sens le terme connotation ; au se-
cond, moins important en logique,
l'expression intension subjective ; et au
troisième, le terme compréhension. Ainsi
connotation s’appliquerait surtout au
mot, intension subjective à la repré-
sentation qui en est le correspondant
mental, et compréhension à la chose
objectivement considérée.
Voir Compréhension*.
INTENSITÉ, D. JIntensität; E. In-
tensity ; I. Intensita.
A. Caractère de ce qui admet des
états de plus ou de moins, mais de
telle sorte que la différence de deux de
ces états ne soit pas elle-même un
degré de œ qui est ainsi susceptible
d'augmentation et de diminution : p.
ex., un sentiment de crainte peut dimi-
nuer ou s’accroître; mais la différence
entre une crainte légère et une crainte
plus forte n’est pas un degré de crainte
qui puisse être comparé aux autres,
comme la différence de deux longueurs
ou de deux nombres est une longueur
ou un nombre ayant sa place sur
—
Sur Intensité. — Article remanié conformément aux observations d'Alfred
Fouillée et de M. Drouin.
l'échelle des grandeurs de la même
espèce. — L'adjectif correspondant est
intensif*.
Quelques philosophes (BERGsoN,
MUNSTERBERG, etc.) admettent qu'il
n'existe rien dont la variation réponde
à cette définition, et que partout où le
sens commun admet des degrés d’in-
tensité, le plus et le moins ne sont jugés
tels que par association avec une
variation extensive, liée de quelque
façon à la variation qualitative dont il
s’agit.
La thèse opposée est défendue par
FouiLLÉE, Évolutionnisme des idées-
forces, liv. I, ch. 1, et Psychologie des
idées-forces, t. I, ch. 1, $ 2, où il soutient
que tout acte ou état de conscience est
essentiellement doué d’un degré d’in-
tensité irréductible soit à l'étendue,
soit à la qualité, bien qu'il soit toujours
accompagné de variations extensives et
qualitatives.
B. Haut degré d'intensité. L’adjectif
correspondant est intense.
Rad. int. : A. Intenses ; B. Intens.
1. INTENTION, L. Scol. /ntentio (de
in, tendere).
A. L'intentio, dans le langage des
ecolastiques, est : 1° l'application de
l'esprit à un objet de connaissance,
“actus mentis quo tendit in objectum »
(= intentio formalis) ; 2° le contenu
même de pensée auquel l'esprit s’ap-
plique, « objectum in quod » ( = in-
lentio objectiva).
Ce terme, dans le langage philoso-
phique, est ensuite tombé en désué-
tude, sauf pour la distinction histo-
rique des premières intentions et des
secondes intentions. L'intentio prima
(formalis) est « actus intellectus direc-
tus, id est quo objectum suum perci-
Pit directe », par exemple la perception
d'un homme, la pensée d’une classe
d'êtres, en tant que l’une et l’autre se
forment spontanément dans l'esprit,
sans réflexion sur sa propre activité ;
tntentio secunda (formals) est « actus
itellectus reflexus, id est quo aliquid
Per reflexionem cognoscimus », autre-
INTENTION
ment dit la pensée, non de l’objet, mais
de l'intention première qui s’y applique,
la réflexion sur l’objet de pensée en
tant que pensé. L’intention seconde a
donc toujours pour objet un Ens ratio-
nis. — L’intentio prima (objectiva) est
l’objet ou l’être même auquel nous
pensons ; la secunda intentio (objec-
tiva) est « omne id, quod per actum
reflexum intellectus cognoscitur, sive
sit ipsa actio intellectus, sive potentia,
sive ea quae conveniunt rebus pro ut
sunt in subjecto objective ». C’est donc
soit la pensée de l’acte par lequel nous
pensons quelque chose, soit celle de
notre faculté de le connaître, soit celle
des déterminations de cet objet de
pensée, considérées en tant que carac-
tères logiques, etc. — (D'après GocLe-
Nius, v° Intention, 253 A, B; — et
Hucon, Cursus philosophix thomisticx,
I. Logica, p. 33.)
Les espèces intentionnelles (species
intentionales) sont les espèces* sensibles.
Voir ce mot.
B Ce terme a été repris par les phi-
losophes allemands qui se rattachent à
l’école de BRENTANO et a été de nou-
veau rendu très usuel par la phénomé-
aologie*. Voir notamment HussERL,
Logische Untersuchungen!, II, 346 et
suiv. De là, ilest rentré dans le langage
philosophique français contemporain.
2. INTENTION (même origine), D. 4b-
sicht ; E. Intention ; 1. Intenzione.
A. Dessein de faire quelque chose,
sous réserve des obstacles qui pourraient
rendre cette action impossible ou inop-
portune (intention-projet). « Descartes
avait eu l'intention d'écrire un Traité
du Monde. »
B. Fin qu'on se propose d’atteindre,
raison d’un acte (intention-but).«Voya-
ger dans l'intention de s’instruire. »
Cf. Visée*1,
Direction d'intention (primitivement,
terme de casuistique : voir Pascaz,
1. Recherches logiques.
Nr. Article remanié d'après les indications du P. P. Foui-
quié.
je Se ee M +
INTENTION
Provinciales, VII) : attitude d'esprit
par laquelle on s’autorise à faire un
acte en ne le considérant que sous
l'aspect où il est bon. « La direction
d'intention consiste en une intention
factice et mensongère qui dissimule
l'intention réelle. » E. Go8LoT, Classi-
fication des Sciences, p. 260.
Le « problème de l'intention » est la
question de savoir si pour juger de la
valeur morale d’un acte il doit être
tenu compte exclusivement de l’inten-
tion qui l’a dicté (morale purement
formelle*), ou s’il doit être également
tenu compte des effets produits par cet
acte, et de son caractère spécifique.
Rad. int. : Intenc.
« INTERATTRACTION », D. Wech-
selanziehung; EE. Interattraction.
Attractionréciproque.en tant que phé-
530
nomène tlémentaire de la vie animale
Voir Attraction*, obs. « Restent à
connaître les influences qui rassemblent
un grand nombre d'individus côte à
côte. Passant en revue diverses hypo.
thèses, par éliminations successives on
en arrive à conclure que ces individus
s’attirent les uns les autres : les premiers
ont été conduits par une série de contin-
gences, et ils ont attiré les suivants.
— L'idée d’une « interattraction » res-
sort ainsi avec force. » Et. RaABaun,
Essai sur les sociétés animales, dans
Les origines de la Société, Centre
intern. de Synthèse, 1931, p. 6. Voir
Observations.
« INTERDÉPENDANCE. »
Dépendance réciproque. — Voir
aux observations la discussion sur ce
mot (S).
INTÉRÊT, D. Interesse ; E. Interest ;
1. Znteresse.
Objectivement :
A. Ce qui importe réellement (L. in-
serest) à un agent déterminé ; ce qui lui
est avantageux, qu'il le sache ou non.
« Avoir un grand intérêt à quelque
chose ; méconnaître ses véritables inté-
rêts. » Les verbes correspondants sont
intéresser, s’il s’agit de ce qui importe;
étre intéressé à. s’il s'agit de celui pour
qui existe cet intérêt. En ce sens, la
INTÉRÊT
morale de l'intérêt ou de l'intérêt bien
entendu est la même chose que la morale
utilitaire*.
L'intérêt général est proprement l’en-
semble des intérêts communs aux diffé-
rents individus qui composent une so-
ciété ; l’intérét public, l’ensemble des
intérêts de cette société en tant que
telle. — Ces deux expressions sont très
souvent confondues, mais à tort : on ne
peut identifier a priori ces deux con-
cepts, à moins de postuler que la so-
Ce terme a été l’objet d’une discussion à la séance du 1€ juillet 1909 :
M. DrouIN : « Rien dans la forme de ce mot ne suggère cette nuance spéciale,
Ne vaut-il pas mieux le laisser disponible pour désigner la solidarité en général,
comme fait ou comme loi naturelle, chaque fois qu'on veut écarter les apprécia-
tions de valeur, la signification morale dont le mot solidarité s'est chargé peu à
peu, et ne se dégagera pas ? »
M. Bruwscuvicc se rallie à cette opinion.
Sur Intention, 2. — Dans la morale formelle, l'intention n’est pas définie par
le but, mais par la conformité à la loi. Cette conformité est bien un but, si l’on
veut, mais il n’en reste pas moins nécessaire de distinguer l’intention en tant
que volonté de suivre une règle, et l’intention, en tant que volonté d'atteindre une
fin. (M. Drouin.)
N'y a-t-il qu'un « problème de l'intention » ? N’est-ce pas un problème de l’in-
tention encore, que le problème de savoir si la fin justifie les moyens et dans
quelle mesure elle les justifie ? (A. Landry.) — Il y a là sans doute un problème
relatif à l'intention ; mais te n’est pas :e qu’on entend quand on parte, sans plus,
du « problème de l'intention »
Sur Interattractlon. — M. Êt. Rabaud fait remarquer que le lien social qui
réunit les individus par la communauté de leurs idées et de leurs sentiments
{communion*) constitue pour ainsi dire une interattraction du second degré. Il
y a lieu de bien distinguer les groupements de cette sorte des groupements formés
par des individus qu’attire un même genre d’études ou de distractions, mais sans
souci les uns des autres, et qui par conséquent se ramènent aux foules* proprement
dites,
Sur Interdépendance.
La première rédaction de cet article était ainsi conçue : « Nous proposons
d'appeler ainsi la solidarité du type organique, reposant sur la différenciation
des fonctions et la division du travail, telle qu’elle existe par exemple entre les
organes dans un corps vivant, ou entre les divers agents de la vie économique
dans une société.
« Il est utile, en effet, d'adopter un terme précis pour distinguer cette espèce de
relation des autres formes de solidarité*, telles que sont par exemple la solidarité
économique des travailleurs d’une même profession, la solidarité spirituelle des
membres d’une même communauté morale ou religieuse, etc.
M. J. LACHELIER : « Je reconnais avec vous que le mot solidarité est équivoque ;
et je crois, notamment, qu'il serait très utile d’avoir, comme vous le proposez, un
terme spécial pour désigner la dépendance réciproque des membres et de l'estomac,
la solidarité organique qui résulte de la division du travail dans l'individu et dans
la société. ( Assentiment unanime.) Mais je ne voudrais pas que la Société de philo-
sophie adoptât pour cet usage le mot d’interdépendance : par lui-même, ce mot
n’évoque pas naturellement l’idée dont il s’agit, plutôt que celle de toute autre
forme de solidarité. Il éveillerait plutôt l’idée d’une liaison mécanique. »
M. A. LALANDE : « Il me paraît avoir ceci de caractéristique qu’il marque une
dépendance, c'est-à-dire une hétéronomie, une contrainte externe. La solidarité
scientifique, artistique, morale, quand elle est ce qu’elle doit être, n'apporte
aucune restriction, aucune entrave à notre liherté. Elle en est même plutôt la
condition. On la veut plus qu’on ne la subit, au moins à partir d’un certain degré
de conscience et de culture. La différenciation organique, en tant qu’elle nous
rend les autres nécessaires, est au contraire un état de fait, cause de crises et de
luttes dans la vie matérielle, obstacle et danger pour la vie de l'esprit. Elle nous
met, à l'égard de nos semblables, dans un état de dépendance et de besoin, non
de plénitude et de liberté : telle est la dépendance réciproque du consommateur et
du fournisseur, de l’ouvrier et du patron, etc. Le sophisme consiste à l'idéaliser
(comme Sully Prudhomme dans son célèbre sonnet) en négligeant le caractère
réel de lutte et d'exploitation qu’elle présente. »
Depuis l’époque où cette discussion a eu lieu, le mot Interdépendance s’est
largement répandu, et a pris en même temps, dans le langage de la philosophie
politique, un sens assez particulier : il v est employé comme mot d'ordre par ceux
qui pensent qu’il est impossible d’établir une paix durable en conservant à chaque
Dation le droit à une souveraineté absolue. Voir l’article de M. Christian Ricmanrp,
Toward an international declaration of interdependence, dans Freedom, février et
Mai 1945 : réimprimé en brochure, Los Angeles, même année. Dans l'intention
de l’auteur, bien que le mot garde une nuance d’analogie biomorphique (voir not.
P. 4 et 5) il s'associe surtout aux idées de libre coopération, de démocratie, de
Personnajisme, d’ « humanisme » au sens D, et d'unité des religions. (A. L.)
dti 4
INTÉRÊT
ciété n’est rien de plus que la juxtapo-
sition des êtres qui la composent.
Subjectivement :
B. Caractère de ce qui provoque,
dans un esprit déterminé, un état d’ac-
tivité mentale facile et agréable, une
attention spontanée. « {Avoir de l’inté-
rêt (— intéresser, être intéressant) ;
l'intérêt d'un spectacle, d’une lecture. »
La doctrine de l'intérêt, au point de
vue pédagogique, est celle qui prend
pour règle de n’enseigner les choses
que dans la mesure où l'enfant désire
spontanément les apprendre. (Cf. Rous-
seat, Émile, livre III.
La loi d'intérêt est la loi d’associa-
tion* des idées qui s’énonce ainsi
« Parni tous les états de conscience
qui peuvent, par rédintégration*, être
suggérés par un inducteur* donné, c’est
sulerment ce qui répond à l'intérêt
actuel et dominant du sujet qui se
trouve effectivement évoqué. »
C. L'état d'activité mentale provoqué
par ce qui a de l'intérét au sens B.
« Prendre intérêt à quelque chose;
éveiller l'intérêt. »
D. A l'égard des personries, bienveil-
ance, sympathie. « Porter intérêt à
quelqu'un. »
Le verbe correspondant est, dans ces
Jeux cas, s'intéresser (à quelque chose
ou à quelau'uni.
CRITIQUE
L'intérêt, au sens À, est une des
notions fondamentales nécessaires à
Pétude de l'activité humaine, et des
a —— ————————— ——————_—————————"———————"————
532
jugements de valeur. Un grand nombre
de discussions philosophiques viennent
aboutir à une opposition sur l « imi-
portance » relative des « intérêts » qui
sont en jeu.
Mais cette notion enveloppe deux
équivoques graves : 1° celle de l'intérêt
réel, au sens A; de ce même intérêt,
en tant qu'il est connu ; enfin de l’in-
térêt affectif, au sens B. Il a été souvent
remarqué par les moralistes que l’inté-
rêt réel, même bien connu in abstracto,
ne s’identifiait pas ou s’identifiait très
lentement avec l'intérêt spontané ;
29 celle de l'intérêt individuel et de
l'intérêt collectif.
Ce terme est donc très équivoque, et
demande à être précisé avec soin dans
chaque cas particulier.
Rad. int. : À. Interest ; B. Interes;
C. Interesij ; D. Bonvol.
INTÉRIEUR et INTERNE, D. Jnner;
E. Internal ; 1. Interno.
Voir EXTERNE*.
Rad. int. : Intern.
« INTERMONDES », L. /ntermun-
dia ; dans la doctrine épicurienne, es-
paces qui séparent les mondes et qu:
sont à l’abri des mouvements qui s’y
produisent. Ils sont pour cetie raison
la demeure des Dieux (Lucrèce, De
nat. rerum, 11, 646 et suiv.; V, 146-155).
— Ce mot se prend quelquefois au
figuré : « .… Réaliser dans quelque coin
de l’univers comme un vide absolu,
impénétrable à toute influence des
Sur Intérêt. — La « loi d'intérêt » paraît due à HGrrpinc. Dans son manuel
Esquisse d'une psychologie (1882), ch. v, B, $ 8, il ramène tout d'abord l’association
à la « loi de totalité », mais en ajoutant qu’elle ne suffit pas, et que « le cours de
nos idées, de même que nos sensations immédiates, est dirigé par l'intérêt, et
l'attention que suscite cet intérêt ». Le sentiment dominant, les tendances, les
buts actuels, soit idéaux, soit pratiques déterminent, entre toutes les évocations
possibles, celle qui se réalisera. Il indique que cette idée apparaît déjà chez HoBBE$
(Human nature, ch. 1V, Leviathan ; ch. 111} ; que HAMILTON, à la fin de sa vie,
admettait ce facteur dans la direction des idées (d’après Mansez, Metaphysics,
241 et suiv.), enfin que Wunpr et FRies donnent des indications dans le même
sens. — La «loi d’intérêt» est énoncée, en italiques, et sous ce nom (law of interest)
dans les Principles of Psychology de W. JAMES (1890), I, 572.
533
es a
parties adjacentes, puis, dans cette
espèce d'’intermonde, dans cet îlot de
vide, réaliser successivement et un à
un Chacun des antécédents en ques-
tion. » RABIER, Logique, p. 126.
« INTERPSYCHOLOGIE », terme
créé par TARDE, pour opposer à la
ychologie collective (conçue comme
l'étude d’une réalité mentale apparte-
nant à la société considérée comme un
tout), l'étude des réactions d’ordre psy-
chologique qu’exercent les individus les
uns sur les autres. « Nous entendrons
par interpsychologie l'étude des méca-
nismes, conscients ou non, par lesquels
s'exerce l’action d’un esprit sur un autre
esprit, qui ont pour résultat le plus
fréquent l’assimilation partielle ou glo-
bale, passagère ou durable, du second
esprit au premier, encore qu'ils puissent
aboutir à des résistances ou à des oppo-
sitions. » G. Dumas, Traité de psycho-
logie, tome 11, 7339. Livre 111, ch. 111:
« L'interpsychologie. » /ntermentul s'em-
ploie dans le même sens.
« INTEREXISTENTIEL », qui reli:
des existences* au sens C. « La valeur
est la relation interexistenti-lle qui unit
non des termes, mais des personnes. »
R. LE SENNE, Obstacle et valeur, 192.
INTERMÉDIAIRE, J). Mitel..; K.
Intermediary, Intermediate {subst. Inter-
mediary, Medium) ; |. Intermedio.
A. (En parlant de ce qui n'agit pas) :
placé entre deux autres termes, au
propre ou au figuré. « Une division
intermédiaire. » — « Une solution, un
parti intermédiaires. »
. B. (Au sens actif) : qui établit un
lien entre deux autres termes. « La
Puissance est toujours intermédiaire
Entre deux actes différents » (en tant
qu’elle est « le fait même de leur com-
Munication »}. L. LAvELLE, De l’acte,
272-273,
REMARQUE
Le mot, en tant que substantif,
s’emploie au sens B beaucoup plus fré-
»
INTIME (SENS)
quemment que l'adjectif : « Gassendi
et Descartes. avaient échangé des
marques d'estime mutuelle par l'inter-
médiaire de Mersenne. » BouILLIER,
Philosophie cartésienne, I, 236. -- Cf.
Médiation*.
INTERVALLE, D. Zwischenraum ;
E. Interval ; I. Intervallo.
Terme du langage courant adopté
par E. DupPrÉ EL (La cause et l’intervalle,
1933 ; recueilli dans Essais pluralistes,
vu) et employé depuis lors d’une ma-
nière technique par divers philosophes
pour représenter l’ensemble de ce qui
distingue ce qu’on appelle cause* de
ce qu’on appelle effet, et en particulier
l'écart temporel entre l’une et l’autre.
Rad. int. : Interval ; en particulier :
intertemps.
INTIME, D. A. nnern ,; B. Innie ;
— E. A. Internal ; B. Inmost ; --— [. 1n-
timo.
{fatünus est le superlatif dont /nte-
rior est le comparatif. L'idée générale
est donc : re qui est le plus intérieur.
aux différents sens de ce mot.)
A. Intérieur (au sens où ce mot
s'oppose à public, extérieur. rmarufestér.
Ext intime ce qui est fermé. inacces-
sible :: la foule, réservé : par suite, ce
qui est individuel, connu du sujet seul.
soit accidentellement, soit essentielle-
nent el par nature.
Sens intime (1). /nnere W'ahrneh-
mung) a été employé par Maine de
Biran et par la plupart des éclectiquex
comme synonvme de conscience*, au
sens À. « On comprend, sous le nom
de sens, deux sortes de fonctions intel-
lectuelles : le sens intine ou conscience
qui ne répond à aucun organe déter-
miné, et les sens extérieurs... » Em.
SaisseT. dans le Dirt. de FRANCk, v°
Sens, 1581 1. — « Le caractère essentiel
des phénomènes psychologiques est de
ne pouvoir pas se produire sans être
accompagnés d’un sentiment intérieur
immédiat qui nous les fait percevoir ;
. on a donné le nom de sens intime à
ce sens qui accompagne tous les autres ;
|
INTIME (SENS)
534
les scolastiques l’appelaient synesthèse. »
Paul JANET, Traité élém. de philosophie,
Psychologie, ch. 11, $ 48. Cette expres-
sion est aujourd’hui presque complète-
ment tombée en désuétude.
B. Intérieur (au sens où ce mot
s'oppose à superficiel) ; profond; qui
tient à l'essence de l’être dont il s’agit ;
qui en pénètre toutes les parties ;
« Connaissance intime d’une question,
d’un auteur. » — « Union intime de
deux corps, de deux qualités. » —
« Conviction intime. » — « Ce sens de
leffort est tellement intime et si pro-
fondément habituel... qu’il s’obscurcit
et s’efface presque... » MaINE DE Bi-
RAN, Aperception immédiate, 2° par-
tie, $ 2.
CRITIQUE
Ce terme est dangereux en raison de
sa double signification ; d’autant plus
que les deux sens convenant à la fois
à bien des choses, on les confond pres-
que toujours dans l” « import » de ce
mot. Intimité s'applique aussi bien au
caractère propre d’un petit cercle fermé
qu’à la pénétration réelle et à l’union
intérieure des esprits. Une « lettre in-
tine » est d’abord ce qui s'oppose,
même légalement, à un écrit public;
et, coinme telle, peu importe qu’elle
consiste en propos insignifiants, ou
même en plaisanteries. Mais on peut
entendre aussi par là une lettre qui
exprime le sentiment ou la pensée « in.
times » de son auteur, c’est-à-dire Je
fond de son caractère ou de son opi.
nion. Aussi ce terme favorise-t-il gran-
dement la confusion de ce qui est sub.
jectif, individuel privé, avec ce qui est
solide, profond, essentiel. En invoquant
le « sens intime », les éclectiques pré.
tendaient assurer le bénéfice d’une
évidence immédiate à des thèses en
réalité très contestables comme l’unité
substantielle de la personne humaine,
ou l'existence d’une cause simple qui
se manifeste par les volitions sans s’y
dépenser, etc. C’est ainsi que Maine
DE BIRAN écrit : « L’autorité du sens
intime est pour ceux qui soutiennent
la réalité objective des qualités pre-
mières. » L'aperception immédiate,
2 partie, $ 4 Voir Conscience (Criti-
que) et la discussion sur Immédiat*.
Les confusions qui résultent de cet
usage et de ce genre d’argument ont
grandement contribué (outre l’impro-
priété du mot sens) à faire tomber en
discrédit l’expression sens intime.
Mais si l’équivoque cachée dans cette
forme de langage est actuellement bien
démasquée, il en est une autre qui reste
courante. Elle se rencontre surtout
dans les jugements d'appréciation par
lesquel: on attribue à ce qui est intime
au sens À, c’est-à-dire individuel, l’im-
“ portance morale et la valeur métaphy-
;sique qui appartiennent à ce qui est
intime au sens B, c’est-à-dire essentiel
et fondamental. Sans doute, ces deux
caractères peuvent souvent se trouver
réunis ; mais cette réunion n’a rien de
pécessaire, et il y a même lieu dans
“bien des cas d’opposer fortement à un
,égotisme superficiel qui se plaît dans
Ÿ «intimité » de son moi, une person-
nalité profonde qui développe ce qu’elle
a de plus « intime », ce qui la constitue
le plus essentielleinent, par le fait de
se communiquer à d'autres esprits et
de s’élargir à son tour par leur action.
Nous retrouvons ici les équivoques
déjà signalées aux mots individualisme
et individualité. Il faut donc surveiller
de très près l'emploi du inot intime, et
des paralogismes qu’il tend à introduire
avec lui.
. Rad. int. : À. Privat ; B. Profund.
à
INTRIN SÈQUE, D. Innerlich, eigen ;
E. Intrinsic, intrinsical ; 1. Intrinseco.
Opposé à Erxtrinsèque.
Qui appartient à un objet de pensée
en lui-même, et non dans ses relations
à un autre. Une chose est dite en par-
#iculier avoir une valeur intrinsèque
(Eigenwert) si elle possède cette valeur
par sa propre nature, et non pas en tant
qu’elle est le signe ou le moyen d’autre
Chose. — Cf. Dénomination*.
Rad. int. : Intrinsek ([ntern., Boi-
ac).
INT ROSPECTION
désigner l’opération par laquelle nous
nous représentons la conscience de
chaque individu comme intérieure à
son organisme, et la représentation des
objets extérieurs comme une objecti-
vation d’états internes, considérés par
illusion comme indépendants. — Il y
oppose sa propre théorie de | « expé-
rience pure », qui adinet une solidarité
naturelle entre le sujet personnel et
l’objet perçu. (Kritik der reinen Erfuh-
rung!, 1888.)
Cf. Idéalisme*.
« INT ROPATHIE », terme employé
par FLournoy pour traduire l’Ein-
fühlung de Lipps : projection de ses
propres sentiments dans un autre être,
vivant ou non, auquel on s’identifie ;
p. ex. quand on se met en imagination
à la place d’une voûte, d’un arc-boutant,
comme si l’on soutenait soi-même les
poussées qu’ils supportent. — Cf. Sym-
pathie*.
INT ROSP ECTION, D. Selbstbeobach-
tung ; E. Introspection; 1. Introspe-
zione.
Observation d'une conscience indivi-
duelle par elle-mêine, en vue d’une fin
spéculative : 1° soit en vue de con-
naître l'esprit individuel en tant qu’in-
dividuel ; 2° soit en vue de connaître
l'esprit individuel en tant que tvpe
immédiatement observable de l’âme
humaine en général, ou même de tout
Sur Intime. — Il me semble que tous ces abus résultent d’application plus ou
moins heureuses du mot intime, mais non d’une dualité primitive de sens. —
L'expression « sens intime » n’a de mauvais que la demi-assimilation de la cons-
cience aux sens proprement dits. Il n’y aurait eu là-dedans rien de faux ni de
contestable si les éclectiques avaient vu dans la personne humaine, le fait même de
dire moi, et dans la volonté, l’action même de vouloir : car c’est cela, et cela
seulement que nous donne le sens intime. C’est bien ainsi que l’entendait primi-
tivement Maine de Biran : son substantialisme est venu plus tard et a été une
déviation. (J. Lachelier.)
— Intime, au sens B, est intimité sont des expressions devenues très vivantes
dans la langue philosophique contemporaine : « Assurer notre intimité à l’être
(= notre intériorité par rapport à l’être) par une pensée qui en fait, est toujours
contenue dans l’être, et en droit le contient toujours... L’acquisition de l'intimité,
ou la découverte du moi, consiste précisément dans sa pénétration à l’intérieur
de l’être même. » L. LAvELLE, La Présence totale, 45-47.
esprit, quel qu’il soit.
«INTROJECTION » (D. Zntrojection),
terme employé par AVENARIUS pour 1. Critique de l'expérience pure.
—
Sur Introspection. — Est-il nécessaire de dire que l’introspection est une
observation faite « en vue d’une fin spéculative » ? Une observation, en elle-même,
à toujours ce caractère. (M. Bernès.) — Mais on s’observe aussi en vue d’un but
Pratique, moral, par exemple : on fait son examen de conscience ; et cela ne
#entre pas dans ce qu’on nomme habituellement l’introspection. (A. L.)
Critique. — Notre regretté collègue, Victor Egger nous avait communiqué pour
& première rédaction de cet article les observations suivantes : « Ce terme, ayant
été généralement associé aux critiques faites par l’école positiviste contre la
Possibilité de l’observation interne (illusions individuelles ; manque de généralité ;
D nn Ur
INTROSPECTION
CRITIQUE
Terme d'origine anglaise, où il ap-
partient à la langue usuelle. Il est plus
rare et toujours technique en français ;
il en est de même de l'adjectif corres-
pondant, employé presque uniquement
dans l’expression méthode introspective.
Introspection expérimentale, D. Aus-
frage-Methode. (Cf. Questionnaires*.)
Méthode psychologique qui consiste
à soumettre un sujet à tels ou tels
536
porter l'intérêt sur la description que
ce sujet donne de son état d'esprit
pendant une épreuve déterminée, et
non sur le résultat brut de celle-ci
(réponse donnée ou réaction manifes.
tée). — On l'appelle souvent en Alle.
magne Méthode de Würzburg, du nom
de l’Université où elle a été le plus lar.
gemeñt mise en œuvre ; mais BINET a
élevé sur ce point une réclamation de
priorité. Voir Année psychologique, XV,
1909, p. 8.
tests* ou expériences, mais en faisant Rad. int. : Introspekt.
ne
manque d’objectivité ; auto-suggestion, etc.) a pris dans notre langue une nuance
péjorative. Pour cette raison, je propose de le remplacer :
« 1° Ausens général, par le mot réflexion ;
« 20 Au sens de méthode introspective, par les trois expressions suivantes qui
auraient chacune l’avantage de ne s’appliquer qu’à une seule méthode bien
définie : a. Méthode des concepts, où des groupes naturels, consistant à réfléchir
sur sa pensée pour y analyser et pour y critiquer, socratiquement, les groupes
de faits psychiques qui s’y trouvent spontanément formés, et qui sont représentés
dans le langage usuel par des termes généraux : joie, désir, volonté, habitude, etc.
Cette première méthode ne diffère donc pas beaucoup de la spéculation philo-
sophique proprement dite. — b. Méthode des cas exceptionnels, consistant à noter,
dès qu’ils viennent d’avoir lieu, les faits de conscience individuels qui dévient du
type ordinaire assez sensiblement pour être remarqués : illusions de perception,
images anormales, rêves, etc. — c. Méthode des exemples : combinaison des deux
précédentes, consistant à vérifier les résultats de la méthode des concepts par la
considération des cas particuliers qu’une anomalie plus ou moins marquée a
rendus observables. »
— La distinction de ces trois variétés de la méthode introspective a été approu-
vée par la plupart des correspondants. Mais les termes qui les désignent ont été
généralement critiqués. « Ces trois méthodes, dit M. Bernès, sont très bien dis-
tingués ; mais je ne vois pas l'utilité d'inventer des termes techniques pour
désigner trois moments de toute observation scientifique : 1° dégager des faits les
groupes de rapports stables, qui sont comme les centres lumineux d’où l'esprit
part pour établir ses classements et ses explications ; 2° découvrir dans les cas
isolés les déviations principales du type abstrait formé pour la première recherche,
et par suite rapprocher peu à peu la science de la réalité tout entière ; 39 éprouver
les généralités en ramenant les cas particuliers à un ensemble de traits généraux
d’abord définis séparément — qu'y a-t-il en tout ceci de propre à la méthode
d’introspection ? »
— « Les termes proposés par V. Eccer, dit M. Van Bléma, non seulement
risquent de donner lieu à des confusions, mais même seront difficilement rapportés
sans explication complémentaire à ce qu’ils doivent exprimer. « Méthode des
concepts » évoquera l’idée de dialectique par opposition à « méthode objective »;
« méthode des cas exceptionnels » n’éveille nullement l’idée d’une méthode spéci-
fiquement psychologique ni surtout d’une méthode introspective ; même remarque
pour la dernière expression proposée. »
Mêmes observations de M. Mentré.
87
INTROV ERSION, D. Jntroversion.
‘4 A. Chez Jun (Psychologische T'ypen,
Zurich, 1921), type de caractère tourné
gers le dedans, attentif seulement à son
moi, distrait, plein d’amour-propre,
gouvent mal adapté à son milieu ; il
s'oppose à l'extraversion, dans laquelle
l'individu est orienté vers le monde
extérieur, sociable, expansif, docile à
la mode, ami de toutes les nouveautés.
B. (Nouveau sens créé par M. LE
SENNE, qui l’oppose à la fois à eztra-
gersion* et à introspection*) : replie-
ment sur soi-même, non pour échapper
‘au réel, ni pour s’observer soi-même à
la manière dont la science observe les
phénomènes, mais pour saisir sa per-
sonnalité en tant qu'existence*, acte
supérieur à toute détermination parti-
cularisée, à tout phénomène pensé
comme objet. Introspection et Introver-
sion s’opposent ainsi comme dans un
tableau les détails s’opposent à « l’at-
mosphère ». Obstacle et valeur, 198.
INT UITIF, D. Jntuitio, anschaulich ;
E. Intuitive ; I. Intuitivo.
A. Qui est objet d’intuition, à tous
INTUITION
les sens de ce mot. « Vérité intuitive. »
Cf. Intuition*, critique.
B. Qui constitue une intuition, ou
qui s’accompagne d’intuition, en par-
lant des opérations de l'esprit. « Con-
naissance intuitive. » Cf. Intuition-A.
On appelle spécialement Méthode in-
tuitive, en pédagogie, celle qui s’adresse
aux sens, de préférence à la mémoire
et à l’abstraction.
C. Qui est doué d’intuition, au
sens C. Un esprit intuitif, opposé à un
esprit déductif, est celui qui voit syn-
thétiquement et qui devine, au lieu de
raisonner par analyse et par abstrac-
tion.
Rad. int. : À. Intuic; B. Intuiciv;
C. Intuicem.
INTUITION, L. Jntuitus, Intuitio ;
D. Anschauung ; E. Intuition ; I. In-
tuizione.
A. Connaissance d’une vérité évi-
dente, de quelque nature qu'elle soit,
qui sert de principe et de fondement au
raisonnement discursif, et qui porte
non seulement sur les choses, mais sur
leurs rapports : « Ex quibus omnibus
Enfin MM. J. Lachelier, Ogereau, Bernès, Brunschvicg, Boisse, Drouin, protes-
tent contre la substitution du mot réflexion, qui a déjà reçu dans l’usage philo-
sophique les sens les plus divers, au mot introspection, qui est technique, clair, et
sans équivoques.
MM. Brunschvicg, Mentré, Boisse et Van Biéma font d’ailleurs observer que
le caractère défavorable de ce mot, raison principale pour laquelle EGcEr proposait
de abandonner, est actuellement en voie de disparaître : on peut dire aujourd’hui,
sans se faire de tort, qu'on procède par la méthode introspective : de l’usage
qu'on fera de cette méthode dépend donc uniquement son bon ou son mauvais
renom pour l'avenir.
Ces conclusions ont été unanimement approuvées.
Sur Intuition. — 1° Historique.
R. Eucken nous a signalé l’emploi de l’expression /ntuitio intellectualis par
Nicolas pe Cusa.
G. Dwelshauvers nous a communiqué les documents et les observations
Œivants :
« Pour Ficare (Wissenschaftslehre, 2° Introduction ; Thatsachen des Bewusst-
seins, Œuvres complètes, t. II, p. 541) il n’est pas contraire à Kant d'admettre que
Rous ayons l'intuition intellectuelle du moi pensant (cf. Crit. de la Raison pure,
+ 16-17). Je ne puis faire un pas, ni un mouvement de la main ou du pied sans
Ituition intellectuelle de la conscience de moi-même dans ces actions. Ce n’est
——————
INTUITION
538
EE re
colligitur.. nullas vias hominibus pa-
tere ad cognitionem certam veritatis
præter evidentem intuitum et necessa-
riam deductionem ; item etiam, quid
sint naturæ illæ simplices de quibus in
octava propositione. Atque perspicuum
est intuitum mentis tum ad illas omnes
extendi, tum ad necessarias illarum
inter se connexiones cognoscendas, tum
denique ad reliqua omnia quæ intellec-
tus praecise, vel in se ipso, vel in phan-
tasia esse experitur. » DESCARTES, Re-
gulæ, XII.
Locke et LEIBNiz suivent en cela
l’usage de Descartes ; voir Essais et
Nouveaux Essais, notamment livre IV,
chap. n1, $ 1. « Les vérités primitives
qu'on sait par intuition sont de deux
de fait. » Lei8Niz, bid. — Dans Je
Meditationes de cognitione, etc., $ 4 i]
emploie cognitio intuitiva pour désigner
la connaissance dans laquelle nous
pouvons penser simultanément toutes
les notions qui constituent par leur
combinaison l’objet pensé.
B. Vue directe et immédiate d’un
objet de pensée actuellement présent
à l'esprit et saisi dans sa réalité indivi.
duelle (au sens A de ce mot). « Die
Anschauung... bezieht sich unmitte]bar
auf den Gegenstand und ist einzelnt, ,
KaANT, Crit. de la R. pure, Dial. transe.
1, 1 : « Von den Ideen überhaupt? ,
A. 320 ; B. 377. — Cf. Ibid., $ 1, À. 19:
. 33. — Prolégomènes, $ 8. ITAMILTON,
ANSEL, DEWEY définissent l'intuition,
fu même sens : « La connaissance de
“t'individuel. »
“+ Cette connaissance peut. avoir pour
-æbjet :
19 Une réalité transcendante. Il est
ssuel, depuis KanT, de donner ce sens
à l'expression intuition intellectuelle
{D. Jniellectuelle Anschauung) : « Das
ist eine solche, durch die selbst das
Dasein des Objekts der Anschauung
gegeben wird, und die, so viel wir
ginsehen, nur dem Urwesen zukommen
kanni. » Cri. R. pure, Esth. transc.,
Remarques générales, B. 72. — FicuTE
et SCHELLING, admettent au contraire
INT UITION
expression des idées différentes de celle
de Kant, quoique dérivées de celle-ci,
et différentes entre elles : voir ci-des-
sous, Observations.
20 Des objets qui nous sont fournis
par la sensibilité soit a priori, si l’on
admet avec Kanr qu’il y en ait de tels
(reine Anschauung, intuition pure), soit
a posteriori (empirische Anschauung,
intuition empirique). — Cf. Crit. H.
pure, Esth. transc., $ 1.
Nos propres phénomènes psychiques
peuvent être dits également, en ce sens,
objets d’intuition.
C. Toute connaissance donnée d’un
seul coup et sans concepts. — ScHo-
PENHAUER prend le mot dans ce sens
1. « L'intuition.. se rapporte immédiatement à
sortes : … vérités de raison ou vérités | l'objet et est singulière. » — 2. « Des idées en général. ;
que par l’intuition que je sais que j’agis ; par elle seule je distingue mon action
et dans celle-ci, je me distingue de l’objet proposé à mon action!. » (Œuvres, I,
p. 463). Cette intuition ne se produit jamais de façon à occuper seule la conscience,
à être une donnée consciente (comme c’est le cas chez Schelling). Pour Fichte,
elle est inséparable d’un concept et d’une intuition sensible, ou mieux il y a
constamment synthèse d’intuition sensible, de concept d'objet et d’intuition
intellectuelle.
Il est nécessaire de dégager celle-ci par analyse réflexive pour expliquer la
conscience. On s’aperçoit alors que l'intuition intellectuelle est le fondement de la
vie consciente ; elle nous fait comprendre en effet que celle-ci, en elle-même, est
pur acte. Or, un pur acte ne peut être saisi ni dans l'intuition sensible ni dans le
concept d’objet (voir principalement 1, 459 à 468).
Dans les Thatsachen (v. II, p. 541 et suiv.) il me semble distinguer deux
moments dans sa démonstration : examen de la conscience sensible, examen de la
conscience réfléchie (acte de l’esprit). Or l’une comme l’autre conduit à poser
l'intuition intellectuelle. Un mot au sujet de la conscience sensible : il est impos-
sible, dit Fichte, de percevoir une sensation sans la situer dans l’espace, et nous
voilà conduits à penser celui-ci, que nous considérons comme indéfiniment divi-
sible. Or, aucune expérience ne donne cette divisibilité. Elle vient donc de l'intui-
tion intérieure que nous avons de l’opération mentale qui la fonde. Donc, dans
toute perception extérieure nous retrouvons l'intuition intellectuelle. La perception
externe n’est qu’une intuition de soi avec limitation donnée par les sens, mais
accompagnée de la conscience du pouvoir infini du moi. Mais celui-ci est amené à
dépasser l'intuition intérieure et à poser quelque chose d’étendu : c’est en cela qué
consiste la pensée.
En résumé, « le principe intuitif ne peut avoir l'intuition de sa faculté de
l'infini sans sentir, déterminée en même temps, sa sensibilité externe d’une certaine
manière. Immédiatement à cette conscience de l’état intérieur, s’ajoute la pensée
fondue intimement avec cette conscience en un seul moment vivant. Et ainsi Ce
1. Les passages eités opt été traduits sur le texte par M Dw=t8æauvens lui-même.
e nous possédons des intuitions intel-
lectuelles ; mais ils mettent sous cette
très large et en fait le plus grand
usage. Ainsi entendue, l'intuition ne
nous donne pas seulement les choses,
mais aussi leurs rapports : « Der Ver-
stand allein erkennt anschaulich un-
mittelbar und volkommen die Art des
1. « C'est-à-dire une intuition telle qu'elle donne
l'existence même de son objet, et qui, autant que nous
pouvons le comprendre, no peut appartenir qu’à l’Etre
suprême. »
qui existait en nous par l'intuition devient un corps qui se trouve hors de nous
dans l’espace et qui est doué d’une certaine qualité sensible. Et inversement, la
pensée objective, d'autre part, ne peut se produire sans qu’une intuition soit
présente. Car la pensée est une sorte d’objectivation, et pour sa possibilité il faut
qu’il existe un en-dedans dont elle puisse se dégager » (11, p. 549). Je considère
ce passage comme essentiel.
Cf. aussi X. LÉON, La philosophie de Fichte, ch. 1, p. 13 et suiv. Il remarque
avec raison que l'intuition de Fichte n’est pas celle que Kant rejette, — c’est-à-dire
l'intuition d’un étre, d’une chose en soi — mais l'intuition d’un acte ; et que sans
eette intuition, il n’est guère possible de comprendre la Critique de la raison pure,
En ce qui concerne SCHELLING :
Tout en admettant pour l’intuition une définition qui s'inspire de celle de Fichte
8chelling en fait un usage beaucoup plus étendu, ainsi qu’on peut s’en convaincre
t lisant le Système de l'Idéalisme transcendantal. Voici la définition que nous donne
te dernier ouvrage (Werke, 3° vol. p. 369). Constatant, avec Fichte, que le moi est
&cte pur, Schelling constate la nécessité, pour le reconnaître, d’une méthode
différant de celle qui concerne la connaissance d’objets. La connaissance du moi
doit être :
« a) Une connaissance absolument libre, précisément parce que toute autre
Connaissance n’est pas libre, donc une connaissance à laquelle ne conduisent ni
Preuves, ni raisonnements, ni concepts en général, — par conséquent une intuition.
« b) Une connaissance dont l’objet n’est pas indépendant de la connaissance
même, donc une connaissance qui en même temps produut son objet, — une intuition
ui est production libre, et dans laquelle ce qui produit et ce qui est produit sont
identiques.
ee Une telle intuition sera nommée intuition intellectuelle, en opposition avec
intuition sensible, qui n’apparaît pas comme produisant son objet et dans laquelle
INTUITION
\\irkens eines Hebels, llaschenzuges,
u. s. w.!.» Die Welt, I, $ 12. Elle s'ap-
plique mème aux propriétés des nom-
bres, des figures de géométrie, en tant
qu'on les saisit d’un seul coup d'œil et
sans raisonnement. (/bid., $ 15.) Il
existe une « intuition intellectuelle » et
même, à vrai dire, « toute intuition est
intellectuelle », c’est-à-dire « nous met
en présence du réel ». (Zbid., $ 4.) Elle
1. « L’entondement seul connaît intuitivement, d'une
façon immédiate et parfaite, la manière d’agir d'un
levier, d'une poulie, etc. »
a sa forme parfaite dans la contempla.
tion esthétique, où celui qui contemple
oublie momentanément tout ce qui fait
son individualité, et n’agit plus que
comme un pur sujet connaissant, en
mème temps qu'il saisit sa nature
métaphysique de l’objet contemple,
c'est-à-dire son Idée. (/bid., III, $ 33.
— Suppléments, chap. vn et xxx.)
D. Connaissance sui genvris, cOmpa-
rable à l'instinct et au sens artistique.
qui nous révèle ce que les êtres sont en
eux-mèmes, par opposition à la con-
541 INT UITION
Dés
naissance discursive et analytique qui | rapports abstraits) « Ce sentiment,
nous les fait connaître du dehors. « On
appelle intuition cette espèce de sym-
athie intellectuelle par laquelle on se
transporte à l'intérieur d’un objet pour
coïncider avec ce qu’il a d’unique et
ar conséquent d’inexprimable. » BERG-
son, Introduction à la métaphysique,
Rev. de métaph., janvier 1903. — Cf.
L'Évolution créatrice, chap. 11, notam-
ment pages 192-193.
E. Sûreté et rapidité du jugement ;
divination instinctive (des faits ou des
cette intuition de l’ordre mathémati-
que qui nous fait deviner des harmonies
et des relations cachées... » Poin-
caRÉ, L'invention mathématique, dans
Science et méthode, p. 47.
F. Ce quiest objet d'’intuition, aux
différents sens ci-dessus définis.
CRITIQUE
Les deux sources de l'usage actuel
du mot intuition, cartésienne et kan-
tienne, introduisent dans l'import de
par conséquent le fait d'appliquer l'intuition est différent de ce sur quoi cette
intuition porte.
a À l'intuition intellectuelle correspond le moi, car ce n’est que par la connais-
sance du moi par lui-même que le moi lui-même comme objet est posé. »
a L'intuition intellectuelle est l’organe de toute pensée transcendantale. Car la
pensée transcendentale consiste à se donner par liberté pour objet ce qui, sinon,
n'est pas objet. »
La pensée transcendantale doit donc ètre accompagnée constamment d’'intui-
tion intellectuelle » (111, p. 369).
Voici un autre passage où l'intuition intellectuelle est appuyée de données plus
particulièrement psychologiques. Je le traduis de la 8° Lettre philos. sur le dogma-
tisme et le criticisme (Werke, I ; p. 316 et suiv.).
« Nous possédons un pouvoir mystérieux et extraordinaire de nous retirer, des
modifications du temps, dans notre moi le plus intime, dépouillé de tout ce qui
lui vient du dehors, et là, d’avoir en nous l'intuition de l'éternité sous la forme de
ce qui ne change pas. Cette intuition est l’expérience la plus intime et la plus
propre à nous-même, de laquelle seule dépend tout ce que nous savons et croyons
d'un monde suprasensible. C'est dès l’abord cette intuition qui nous convainc
qu'il existe quelque chose, dans le sens propre de ce mot, tandis que tout ce à
quoi nous attribuons ordinairement le terme d'exister n’est qu’apparence. Elle se
distingue de toute intuition sensible en ce qu’elle est produite exclusivement par
liberté et est étrangère et inconnue à tout individu dont la liberté, dorninée par
la pression de la puissance des choses, suffit à peine à produire une conscience.
Cependant il existe aussi pour ceux qui ne possèdent pas cette liberté de l’intuition
de soi, des approximations de cette intuition, des expériences médiates par
lesquelles elle fait pressentir sa présence. Il y a un certain sens intime dont on n’a
pas pleine conscience et que l’on tend en vain à voir se développer. J'acobi l’a décrit.
Et il existe aussi une esthétique achevée (le mot étant pris dans son sens ancien) qui
fait accomplir des actes empiriques qui ne sont explicables que comme imutation
de cet acte intellectuel, et ne seraient absolument pas compréhensibles si nous
n'avions, pour parler comme Platon, vu un jour le modèle dans un monde
intellectuel.
« Sans doute notre savoir doit sortir de l'expérience ; mais toute expérience
objective est conditionnée par une autre, par une expérience immédiate dans le
sens le plus strict du mot, sortant d’elle-mème et indépendante de toute causalité
objective.
« Cette intuition intellectuelle apparaît quand nous cessons d’être objet pour
nous-mêmes et quand, replié sur soi, le moi qui perçoit est identique avec le moi
perçu. En ce moment de l'intuition disparaissent pour nous temps et durée : nous
ne sommes plus dans le temps, mais le temps ou plutôt l'éternité pure et absolue
est en nous. Nous ne sommes pas perdus dans l’intuition du monde objectif, mais
il est perdu dans notre intuition. » (1, p. 318-319.)
20 Sur le sens religieux du mot Intuition.
M. Dwelshauvers ajoute d’autre part :
« Ne serait-il pas utile d'ajouter, aux sens de ce mot déjà distingués dans le
texte, celui d’entuition religieuse ? C’est le sentiment de la systématisation ration-
elle inconsciente des états mystiques. (Cf. DELacroix, Sainte Thérèse, Bulletin de
la Société de philosophie. Séance du 26 oct. 1905.) Il s’agit bien ici d’une intuition.
Les images dont se sert le mystique pour traduire son extase ne sont que symbo-
liques et ne rendent pas le sentiment « ineffable » de l’union de l’esprit avec Dieu.
Pour y atteindre, il faut aller au delà de la connaissance d’objets et recourir à
d'autres moyens que les sens et la raison. On a comparé cet état à l’état hypno-
tique ou à l’hallucination à cause de l’anéantissement de la volonté individuelle,
mais il semble préférable de dire avec Delacroix que c’est là le résultat d’un
travail de coordination très profond qui s’opère, à son insu, dans l'esprit du mys-
tique ; il s’agit d'un état conscient très complexe et le mystique tâche de réaliser
des états spirituels où sa pensée se concentre de plus en plus pour se rapprocher
de l'unité parfaite. Cette attitude peut être appelée intuition en tant qu’elle cherche
l'unité spirituelle plus directement et plus émotivement que la connaissance
rationnelle consciente d'elle-même. »
— Cette proposition, faute de temps, n’a pu être examinée en séance. Elle eût
66 très discutée, si l’on en peut juger par quelques conversations particulières.
En l’absence de cette discussion, il a paru conforme à l'esprit de ce travail de
l'insérer à cette place, en indiquant la principale objection qu’elle soulève. Quand
On emploie ce terme en parlant de la contemplation mystique, on veut dire :
tantôt que le mystique a vraiment, dans cet état, la connaissance réelle, objective,
le Contact immédiat et actuel d’un être supérieur ; on le prend alors au sens B;
— tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, qu'il croit l'avoir, que tout se passe
Pour lui comme s’il l'avait ; et c’est encore le sens B, avec une ellipse ; — tantôt
D
QE À + ©
INTUITION
_ 542
ce mot deux tendances qui se combi-
nent ou se dissocient suivant les cas :
la première est l’idée d’évidence, de
pleine clarté intellectuelle (cf. videre,
intueri) ; la seconde est celle de présen-
tation concrète, de réalité actuellement
donnée. Tandis que la première ne
contient ni n’admet aucune inférence,
la seconde ne s'oppose pas nécessaire-
ment à l'usage du raisonnement : il
existe un mode d'application des prin-
cipes inséparablement incorporés aux
choses sur lesquelles on raisonne (ce
que SCHOPENHAUER appelle Verstand)
et qui constitue un raisonnement intui-
üf : par exemple, le réglage d’un appa-
reil, la démonstration donnée par Mach
du théorème de l’hypoténuse, la dé.
monstration tachymétrique du même
théorème, etc.
D'autre part, et pour les mêmes rai.
sons, le mot intuition sert souvent à
désigner à la fois la vue concrète des
choses (en tant qu’elle s’oppose à l’abs.
traction) et la pénétration avec laquelle
on sent ou devine ce qui n’y est pas
apparent. Cette fusion des sens B et E
est particulièrement fréquente quand
il s’agit d'objets géométriques : « C’est
par la logique qu’on démontre, c’est
par l'intuition qu’on invente... La fa.
culté qui nous apprend à voir, c’est
l'intuition ; sans elle le géomètre serait
comme un écrivain ferré sur la grarn-
ges
enfin, on entend par là qu’il atteint ce degré d’évidence, de clarté parfaite, de
satisfaction intellectuelle absolue qui constitue l’intuition cartésienne, au sens A,
Peut-être aussi quelquefois veut-on dire tout cela simultanément, en accentuant
plus ou moins tel de ces caractères. De toute façon, il n’y aurait donc point là
de sens spécial. Dire d’ailleurs « qu’il s’agit bien là d’une intuition », c’est impliquer
que le fait en question rentre dans une définition générale de celle-ci. Cette
définition, si l’on se reporte à la fin de cette note, serait sans doute prise dans le
fait « de chercher l’unité spirituelle plus directement et plus émotivement que la
connaissance rationnelle consciente d’elle-même ». Tel est à peu près le sens très
large que donne Schopenhauer à ce mot, en l’appliquant à toute pensée qui n’est
pas discursive. Mais ce sens a été généralement tenu pour trop indéterminé. (Voir
les Observations ci-dessous.) (A. L.)
30 Sur la critique du mot Intuition.
Je m’associe entièrement à vos conclusions. L'idée de l’intuition comme donnant
immédiatement le réel de quelque nature qu'il soit, par opposition au concept,
sorte de substitut mental du réel, qui prétend y correspondre, mais qui peut fort
bien ne pas y correspondre — cette idée (entièrement due, ce me semble, à Kant),
est d’une extrême importance pour la philosophie et mérite qu’on réserve exclusi-
vement pour l’exprimer le mot intuition. (J. Lachelier.)
Je crois que le mot intuition, métaphore empruntée au sens de la vue, devrait
être banni d’une philosophie rigoureuse ou ne devrait être employé qu'avec défi-
nition précise. Au sens de vision immédiate d’un objet, nous n'avons, à vrai dire,
aucune intuition. Nous avons des sensations et appétitions, des états de conscience
et une conscience générale de notre existence propre comme sujet pensant, sen-
tant et agissant. Tout le reste est inférence plus ou moins rapide, n’ayant de l’intui-
tion que l'apparence. La prétendue « intuition » de notre libre arbitre, par exemple,
ou encore le « sentiment immédiat » de notre libre arbitre est une application
de la catégorie de la causalité ; ne voyant pas toutes les causes effectives de notre
acte, nous inférons instinctivement qu'il est sans cause ou sans autre cause que
notre vouloir propre. De même l'intuition du changement interne, du devenir, est,
selon moi, une conscience d’actions ou de passions qui se prolongent dans le sou-
venir et se disposent sur la ligne du temps. Il y a là conscience d'activité, cons-
maire, mais qui n’aurait pas d'idées. »
PoiNcaARÉ, Science et méthode, p. 137.
Le sens le plus original de ce mot,
celui dans lequel il ne peut être rem-
lacé par aucun autre, étant le sens B
(vue immédiate et actuelle, présentant
le même caractère que la connaissance
sensible), nous proposons de ne jamais
remployer seul que dans cette accep-
ÿon; et, dans les autres cas, de se
servir autant que possible des termes
éidence, instinct, divination, etc.
Rad. int. : B. Intuic; D. (au sens
correspondant), Intuicaj.
INTUITIONISME ou Intuitionnisme,
D. Intuilionismus ; E. Intuitionism,
intuitionalism ; I. Intuizionismo.
A.Sens général : doctrine qui accorde à
l'intuition, surtout au sens B, une place
INTUITIONISME
B. Spécialement, se dit en Angicterre
et dans l’histoire de la philosophie an-
glaise aux doctrines qui admettent :
1° que la connaissance repose sur l'in-
tuition, au sens A, de vérités ration-
nelles et supérieures à l'expérience ;
2° que l'existence d’une réalité maté-
rielle est directement connue, et n’est
ni inférée ni construite. (École Écos-
saise, Hamilton et ses successeurs,
Éclectiques français.) « Intuitionalism
is the basis of the rational School in
Epistemology and in Ethics, as oppo-
sed to sensationalism and utilitaria-
nism!. » FLEmMING et CALDERWOOD
(1894), p. 216, v. Intuition. — Cf.
J. St. Miir, Examination of Hamilton's
1. « L'intuitionnisme est la base de l’école rationnelle
(c'est-à-dire rationaliste, au sens B) dans la théorie de
la connaissance et dans la morale, en tant qu'elle
de premier ordre dans la connaissance. s'oppose au sensationnisme et à l’utilitarisme »
cence dynamique et non statique, comme toute vraie conscience ; maïs il n’y a,
si je ne me trompe, aucune intuition objective. Ma réalité propre, en tant que sen-
tant et agissant, est transparente pour elle-même et immédiate ; tout le reste est
médiat. A plus forte raison ne pouvons-nous avoir l'intuition d’une réalité exté-
rieure à nous ou supérieure à nous. N’employons donc le mot d’intuition qu’à
titre de métaphore. (A. Fouillée.)
4° Sur le rapport de l'intuitif et du discursif.
Dans la quatrième règle de sa méthode, Descartes, comme il le fait encore plus
explicitement dans les Regulæ, nous prescrit les dénombrements et les exercices
qui rendent la pensée de plus en plus agile, au point que ce qui était d'abord
successif et discursif, peut finalement être embrassé tout d’une vue, simplici
mentis intuitu. C’est au point de vue de la pensée savante et, si l’on peut dire,
Quantitative, qu’il parle ainsi. Mais dans l’ordre qualitatif, la compétence acquise
du « connaisseur » n'est-elle pas une intuition laborieusement et lentement
9btenue ? L’intuition ne précède ou n’exclut donc pas toujours la réflexion
discursive et la pensée analytique ; elle peut aussi la suivre et la récompenser.
{. Blondel.)
M. Bergson approuve cette remarque. L'intuition (au sens où il l'entend), est
sans doute une opération originale de l'esprit, irréductible à la connaissance
4 entaire et extérieure par laquelle notre intelligence, dans son usage ordinaire,
Prend du dehors une série de vues sur les choses ; mais il ne faut pas méconnaître
e cette manière de saisir le réel ne nous est plus naturelle, dans l’état actuel
€e notre pensée ; pour l'obtenir, nous devons donc, le plus souvent, nous y préparer
Fe une lente et consciencieuse analyse, nous familiariser avec tous les documents
1 concernent l’objet de notre étude. Cette préparation est particulièrement
Récessaire quand il s’agit de réalités générales et complexes, telles que la vie
Pinstinct, l'évolution : une connaissance scientifique et précise des faits est la
. Sondition préalable de l'intuition métaphysique qui en pénètre le principe.
INTUITIONISME
philosophy, chap. xiv, $ 1. Il se sert
souvent, en ce sens, de l’expression
The intuitive school! (S).
INVENTION, D. Erfindung; — E.
A. B. C. Invention ; C. Contrivance ; —
FE Invenzione.
A. (Sens primitif.) Découverte d’une
chose cachée. Ce sens ne s’est conservé
que dans quelques expressions théolo-
giques : « l'invention de la Croix »; et
juridiques : « L’inventeur d’un trésor. »
B. (Sens actuel) Production d’une
synthèse nouvelle d’idées, et spéciale-
ment, combinaison nouvelle de moyens
en vue d’une fin. Voir PAULHAN, Psy-
chologie de l'invention, 1901. — Inven-
tion, en ce sens, s'oppose à découverte
qui ne se dit proprement que de ce qui
préexistait à la connaissance nouvelle
qu'on en acquiert, soit matériellement
soit à titre de conséquence nécessaire
d’une proposition déjà connue.
C. Ce qui a été inventé (S).
Rad. int. : B. Invent ; C.Inventur.
1. INVERSION, E. Jnversion.
Locique. Inférence immédiate par
laquelle on conclut d'une proposition
donnée {invertende) une autre proposi-
tion (inverse) ayant pour sujet le con-
tradictoire du sujet primitif. A et E
sont les seules propositions qui four-
nissent des inverses.
Ce terme a été créé par KEYNES;
voir Formai Logic, 5° éd., p. 139. Il est
employé, sous certaines réserves, par
plusieurs logiciens contemporains.
Rad. int. : Inversig.
2. INV ERSION, D. Inversion ; E. In-
version ; 1. Inversione.
PsycHoLoGtE. Anomalie consistant
en ce qu’un homme a des instincts
sexuels féminins, ou une femme des
instincts masculins. Les sujets atteints
de cette perversion sont appelés in-
vertis.
Rad. int. : Inversing.
RP
1. L'école intuitive.
Involontaire, voir Volontaire*.
« INVOLUTION », D. E. Involution .
I. Involuzione.
À. Ce mot s'emploie en anglais, de.
puis le milieu du xrx° siècle, comme
l'opposé d’ « Évolution », mais surtout
au sens de régression des structures
différenciées, de dégénérescence. Il est
défini en ce sens par Murray : « The
retrograde change which occurs in the
body in old age, or in some organ
when its permanent or temporary pur-
pose has been fulfilled!. »
B. Transformation, ou suite de trans.
formations de sens contraire à celles
qui constituent une « évolution » au
sens D : passage du divers au même,
assimilation des esprits entre eux,
généralisation, universalisation, etc. ;
dans les phénomènes physiques, égali-
sation de l’énergie et accroissement de
la symétrie. Cf. Évolution*, critique ;
et A. LALANDE, Les illusions évolution-
nistes (1930).
Ipséité, voir Eccéité*.
IRASCIBLE (appétit), voir Concupis-
cible*, Il se manifeste, dit Bossuer,
dans les passions (au sens A) « qui
supposent non seulement un objet,
mais quelque difficulté à surmonter
ou quelque effort à faire s. Bossuer,
De la connaissance de Dieu, I, 6. Ce
sont l’audace, la crainte, l'espérance,
le désespoir et la colère.
IRONIE, G. elpovela :
E. Irony ; I. Ironia.
A. Sens primitif : action d'interroger
en feignant l'ignorance à la manière de
Socrate : « ‘H elwButa elpovela Zowxpt-
tous. » PLATON, République, I, 337 À.
On dit le plus souvent en ce sens « ironie
socratique ».
B. Au sens moderne et courant, 6°
pèce d'antiphrase : figure de rnétoriquê
D. Ironie ;
1. « Le changement rétrograde qui a lieu dens l®
corps pendant la vieillesse, ou dans quelque organe 9,
À d'accomplir sa fonction, permanente oë PP
7 85
qui consiste à faire entendre ce que l’on
veut dire en disant précisément le
contraire, avec une intention de mo-
querie ou de reproche.
REMARQUE
On trouve au Moyen âge un sens,
aujourd’hui tombé en désuétude
l’acte de se déprécier par un mensonge,
soit pour se faire valoir par contraste,
soit pour tromper les autres et en tirer
avantage. Saint Thomas le considère
comme une faute dont il relève Ja
gravité. Voir SERTILLANGES, La philo-
sophie morale de Saint Thomas, 315-
816. Ce sens se rattache peut-être à ce
que Cicéron disait de l'ironie socra-
tique, Académ., IT, 15.
IRRATIONNEL, D. A. Vernunftlos ;
au sens mathématique, rrational ; —
Ë. Irrational ; I. Irrazionale.
A. Étranger ou même contraire à la
raison*, particulièrement aux sens B
et H : « Des croyances irrationnelles ;
une conduite irrationnelle. »
B. Plus spécialement, chez M. MEYER-
son, ce qui, dans l’objet de notre con-
naissance, dépasse notre intellect, tout
l'effort de celui-ci allant à découvrir
Pidentique, et le contenu de notre pen-
sée supposant toujours une diversité
donnée, sans laquelle il n’y a pas de
réel. L’ « irrationnel » est ainsi une
limite permanente à l'explication et à
l'intelligibilité. Voir /dentité et Réalité,
ch. 1x : « L'irrationnel. » Cf. sur les
diverses formes de cet irrationnel De
dE, D. Ich; E. 1; I. Lo.
Pronom de la première personne,
Brimitivement employé comme cas
Sujet, moi étant employé soit comme
œmplément direct ou indirect, soit
Mme terme indépendant. Dans le
philosophique, les deux formes
‘at souvent usitées sans distinction
sens. Voir moi*.
‘Cependant on rencontre souvent
l'explication dans les sciences, livre I,
ch. vret livre IV, ch. xvi-xvari.
Nombre irrationnel, voir Rationnel*.
Rad. int. : Neracional.
Irréversible, v. Réversible*,
ISOMORPHISME, (S).
ISONOMIE, D. Jsonomie,; E. 1so-
nomy ; I. Isonomia.
Égalité devant la loi; uniformité de
la législation dans un pays. « Par des
considérations analogues s’explique l’in-
fluence que l’extension des États a pu
exercer sur l’isonomie... Parce qu’elle
nous empêche de les connaître indivi-
duellement, la grande quantité des
membres des sociétés nous incline à les
traiter également. » BouGLé, Les idées
égalitaires, p. 120.
Rad. int. : Izonomi.
ISOTROPE, D. Isotropisch ; E. Iso-
tropic ; I. Isotropo.
Qui présente les mêmes propriétés
dans toutes les directions ; par exem-
ple, l’espace euclidien. Un cristal, qui
agit différemment sur la lumière sui-
vant la direction où l’atteint celle-ci,
est dit au contraire anisotrope. — Un
milieu peut être isotrope relativement
à certaines actions, et non par rapport
à d’autres.
Ne pas confondre ce mot avec le
terme isotope, en chimie.
Rad. int. : Izotrop.
chez les écrivains ou les philosophes
contemporains les mots je et moi oppo-
sés l’un à l’autre, mais en des sens très
divers, voire même opposés. Pour
l'abbé BrÉMonnD, le je est l’expression
de la conscience superficielle, le mot
est l'âme profonde; pour L. BRuNs-
cavice et pour Ch. BLonpez, le je
représente le sujet connaissant, le moi
l’ensemble des déterminations indi-
k
QT
JE
viduelles dont il prend conscience
(voir notamment Connaissance de soi,
p. 3) ; pour R. LE SENNE : « Certes un
homme se sent exister comme cons-
cience avant toute philosophie... Appe-
lons je cette conscience susceptible de
peine et de satisfaction. A ce je s'oppose
le moi, comme la pensée de lui-même
à lui-même. Quand je cherche à me
connaître, jetrouve mei, qui n’est jamais
qu’un aspect de ce que je suis. » R. LE
SENNE, {ntroduction à la philosophie,
ch. 1 : « L’avènement du moi», $ 2.
Cf. Obstacle et valeur, ch. n : « Je. »
— Sur Je et Tu, voir le Supplément.
JEU, D. Spiel ; E. A. Play ; B. Ga-
me ; I. Giuoco.
A. Dépense d'activité physique ou
mentale qui n’a pas de but immédiate-
ment utile, ni même de but défini, et
dont la seule raison d’être, pour la
conscience de celui qui s’y livre, est le
plaisir même qu’il y trouve.
B. Organisation de cette activité sous
un système de règles définissant un suc-
cèset un échec, ungainetune perte (S).
Rad. int. : Lud.
JOIE, D. Freude ; E. Joy ; I. Gioia.
Un des états fondamentaux de la
sensibilité ; on ne peut en donner, à
proprement parler, une définition. Il
ne doit pas être confondu avec le
plaisir ou le bien-être ; il présente tou-
jours un caractère total, c’est-à-dire
qu'il s'étend à tout le contenu de la
conscience (et même sans doute des
états inconscients). « La joie intérieure
n'est pas plus que la passion un fait
psychologique isolé qui occuperait
d’abord un coin de l’âme et gagnerait
546
ee
peu à peu de la place. À son plus bx
degré, elle ressemble assez à une orien.
tation de nos états de conscience vers
l'avenir. Puis, comme si cette attrac.
tion diminuait leur pesanteur, nos
idées et nos sensations se succèdent
avec plus de rapidité ; nos mouvements
ne coûtent plus le même effort. » (Il
aurait sur ce point une réserve à faire
en ce qui concerne la joie extatique).
« Enfin, dans la joie extrême, nos per-
ceptions et nos souvenirs acquièrent
une indéfinissable qualité, comparable
à une chaleur ou à une lumière, et si
nouvelle qu’à certains moments, en
faisant retour sur nous-mêmes, nous
éprouvons comme un étonnement d’êé-
tre. » H. BERGSON, Essai sur les données
immédiates de la conscience, p. 8.
Sur les phénomènes mécaniques,
physiques, chimiques, physiologiques
et psychiques qui caractérisent la joie,
voir G. Dumas, La Tristesse et la Joie.
Il en distingue deux sortes : « Il y a des
joies calmes, pas très riches en images
et en idées, où l'excitation mentale
semble faire défaut, et qui sont carac-
térisées surtout par un sentiment de
bien-être et de force, par la conscience
d’une plus grande puissance physique
et mentale. Il y a, d'autre part, des
joies exubérantes caractérisées par une
suractivité mentale et par un senti-
ment spécial de plaisir qui accompagne
cette activité ; ce sentiment de plaisir
n'est pas exclusif du sentiment de
bien-être ; la plupart du temps il lui
est surajouté comme la douleur morale
à la dépression... Ces joies, chacun les
connaît, œæ sont les plus fréquentes;
elles se produisent en général après
les bonnes nouvelles et les événements
geureux. ? Chap. 111, 118-119. — Mais
# y 2 lieu de remarquer, pour préciser
$ sens de cette division, que ces déter-
ginations s’ajoutent à la joie et n’en
gont Pas constitutives : car il peut y
avoir bien-être, force, conscience d’une
nde puissance physique et men-
#ale, etc., sans joie proprement dite,
st même avec tristesse (p. ex. le Moïse
d'A. DE ViGny); — et, d’autre part, il
t y avoir aussi suractivité mentale,
et même certaines formes de plaisir
jointes à cette activité, sans qu'il y ait
joie : par exemple, dans la nécessité de
aire face à une difficulté imprévue, ou
dans une colère à laquelle on se laisse
aller volontiers.
CRITIQUE
On a donné plusieurs définitions de
% joie, mais qui, toutes, soulèvent de
sérieuses objections. La plus célèbre
est celle de SpiNozA : « Laetitia est
hominis transitio a minore ad majorem
perfectionem. » Éthique, III, Affect.
&finitiones, IL. — Cf. Zbid., prop. XI,
#holie. Mais il est évident que, vraie
ou fausse, cette proposition énonce en
tout cas un caractère tout à fait étran-
æer à la compréhension usuelle du mot
Joie ; et Spinoza lui-même semble faire
appel à cette idée quand il ajoute que
la joie n’est pas la perfection même,
mais le passage à cette perfection, car
si l’homme naissait avec la perfection
à laquelle il passe, il la posséderait
sans en éprouver de joie. (Contre Des-
cARTES : « La joie [du moins celle qui
est une passion] est une agréable émo-
tion de l’âme en laquelle consiste la
jouissance qu’elle a du bien que les
impressions du cerveau lui représentent
comme sien... [Et il y a une autre joie]
purement intellectuelle, qui vient en
l'âme par la seule action de l’âme et
qu'on peut dire être une agréable
émotion excitée en elle-même en la-
quelle consiste la jouissance qu’elle a
du bien que son entendement lui repré-
sente comme sien. » Les Passions de
l'âme, IT, 91.)
Pour Locke, « la joie est un plaisir
que l’âme ressent lorsqu'elle considère
la possession d’un bien présent ou futur
comme assurée, et nous sommes en
possession d’un bien lorsqu'il est de
telle sorte en notre pouvoir que nous
pouvons en jouir quand nous voulons ».
À quoi LEIBNIZ répond : « On manque
dans les langues de paroles assez pro-
pres pour distinguer les notions voi-
sines. Peut-être que le latin gaudium
approche davantage de cette définition
de la joie que laetitia, qu'on traduit
aussi par le mot de joie; mais alors
elle me paraît signifier un état où le
Sur Joie. — Gaudium représente quelque chose de plus immédiat et de plus
profond que lætitia. Il se dit de jouissances physiques
: veneris gaudia. Le sens
#eet conservé dans fille de joie, et « les enfants que l’on conçoit en joie » (MOLIÈRE).
43. Lachelier.)
LE
— Je ne sais si le caractère de totalité est la marque la plus caractéristique de la
foie : je crois qu’il faut remonter plus haut ; le simple plaisir est plus fragmentaire
Sur Jeu, -— Quelques correspondants nous ont demandé de mentionner ici la
théorie esthétique qui ramène l’art au jeu. Nous rappelons que le principe de C®
vocabulaire est de définir et de critiquer le sens des termes, par conséquent de
réduire les exposés théoriques à ce qui est nécessaire pour établir ce sens, ou pour
le discuter. (A. L.) :
— Sur la définition du jeu, dans son rapport avec l’activité esthétique, VOÏF
RENOUVIER, Science de la morale, ch. xL, ad finem ; RiBor, Psychologie des sentir
ments, deuxième partie, ch. x ; LaLo, L'Art et la vie sociale, ch. n et Conclusion:
$arce qu'il paraît moins provenir de nous ; c’est un état de notre conscience,
“mais qui est en elle, et marque dans les actions qu’elle subit un moment d’adap-
ion fortuite. — La joie est totale, parce qu’elle est sentie comme vraiment
Atérieure : elle est en nous par nous ; elle marque une adaptation de notre état à ses
Saditions, mais une adaptation qui se fait pour notre être entier. D'où la vérité
Moins partielle de la définition qui distingue la joie du simple plaisir par l’idée,
est-à-dire la pleine conscience qui s’y joint. L'enfant est toujours plus joyeux que
#adulte, parce que sa conscience plus simple et plus mobile s'identifie plus faci-
ent avec l’impression présente ; mais sa joie, subjectivement très séduisante
Yer la fraîcheur de sentiments qu’elle dénote, est aussi souvent fort insignifiante
Vans ses objets. (M. Bernès.)
EE
JOIE
plaisir prédomine en nous ; car pendant
la plus profonde tristesse et au milieu
des plus cuisants chagrins, on peut
prendre quelque plaisir comme de boire
ou d’entendre de la musique, mais le
déplaisir prédomine ; et de même au
milieu des plus aiguës douleurs, l'esprit
peut être dans la joie, ce qui arrivait
aux martyrs. » ÜVouveaur Essais, li-
vre II, ch. xx, $ 6. — Mais cette inter-
prétation de Gaudium est arbitraire ;
Spinoza le définissait tout autrement :
« Gaudium est Laetitia, concomitante
idea rei praeteritae, quae praeter spem
evenit. » Éth., III, Affect. def, XVI.
Celle de Laetitia ne l’est pas moins; et
il est douteux que l’une et l’autre
rendent bien le sens des mots latins.
« Gaudere decet, laetari non decet »,
dit CicéRoON pour résumer la doctrine
stoicienne qui défend au sage de mani-
fester sa joie par une allégresse exté-
rieure (Tusculanes, VI, 31); et dans
un autre passage : « Cum ratione ani-
mus imovetur placide ac constanter,
tunc illud gaudium dicitur, cum auteim
inaniter et effuse animus exsultat, tum
illa lactitiu gestiens vel nimia dici po-
test. » (Zbid., IV, G.) La distinction
est donc toute différente.
Enfin, la formule proposée par Leib-
niz est elle-même très contestable.
D'une part, il faudrait entendre plaisir
en un sens tellement large qu’il dési-
gnât tous les phénomènes affectifs que
la volonté ne cherche pas spontané.
ment à écarter ; et de l’autre, même en
l'entendant ainsi, il resterait que ],
joie n’est pas la résultante d’un bilan
entre des phénomènes élémentaires
donnés antérieurement, mais au con.
traire un état d’ensemble, qui peut
avoir pour cause tel événement déter.
miné, mais qui se caractérise surtout
par sa réaction sur le système entier
des faits psychiques et par la tonalité
qu'il leur communique.
Cf. Bonheur* et Douleur*.
Rad. int. : Joy.
JUGEMENT, D. À. B. D. F. Uriei ;
C. Verstand ; E. Gericht ; — E. Jude
ment (au sens E, Trial) ; — I. Giudizio.
I. PsycHoLocie.
A. Décision mentale par laquelle
nous arrêtons d’une façon réfléchie le
contenu d’une assertion* et nous le
posons à titre de vérité.
B. Opération consistant à se faire
une opinion sur laquelle on règle sa
conduite, dans les cas où l’on ne peut
atteindre une connaissance certaine :
« N’avoir pas le jugement sùr. » Cf.
Pexpression : au jugé. — Locke prend
le mot exclusivement dans ce sens:
voir De l'entendement humain, livre IV,
ch. xiv. Cf. LeiBniz, Nouv. Ess,
Ibid.
C. Qualité qui consiste à bien juger
" 7
RE
des choses qui ne sont pas l’objet d’une
erception immédiate ou d’une dé-
monstration rigoureuse. « Avoir du
jugement ; un homme sans jugement. »
II. Locique.
D. Le jugement logique, au sens le
lus général, est le fait de poser {soit à
titre de vérité ferme, soit à titre provi-
soire, fictif, hypothétique, etc.) l’exis-
tence d’une relation* déterminée entre
deux ou plusieurs termes. — Cf. Co-
pule”.
On peut également le définir : l’acte
de pensée qui peut être dit vrai ou
faux. « ’Eorti dE A6Yoc … anmomavrixés …
dv & Td &XnBeterv À LebdcoDat brkpyer. »
Une prière, par exeinple, n’est pas un
jugement, parce qu’elle n’est ni vraie
ni fausse. ARISTOTE, [lepi épunvetac,
oh. 1v;, 1792,
La relation la plus usuellement con-
sidérée étant celle de prédication (3 ou
€), qui n’est pas réversible, on distingue
pratiquement : 1° Un terme dont on
part, qu’on appelle le sujet* ; 2° un
terme généralement complexe, qu’on en
affirme ou qu’on en nie, on l'appelle
prédicat*. D'où la définition donnée
par ArisTorE de la proposition, en tant
qu'énoncé du jugement : « Ipôtaoic….,
Éoti A6Yos HaTapatixdc Ÿ &TopaTLXÉG
JUGEMENT
TLVOG XŒT& TLVOG. »
tiques, Ï, 1; 24816.
Jugement analytique, synthétique,
etc. ; jugement d’inclusion, de prédi-
cation ; jugement d'’inhérence et de
relation, etc. : voir ces termes.
III. Drorr.
E. Action de juger, audition de la
cause.
F. Décision judiciaire.
Premiers Analy-
CRITIQUE
1. L'opération logique définie en D,
quand elle se ramène à prédiquer fer-
mement un terme d’un autre, se rap-
proche beaucoup de l'opération psycho-
logique telle qu’elle est définie en A.
Cependant, il y a lieu de faire deux
réserves :
a. Ce dont on affirme ou dont on nie
quelque chose, dans un jugement ausens
psychologique, peut être, non pas un
sujet logique déterminé, mais l’ensem-
ble des perceptions ou des sentiments
de celui qui formule ce jugement. Tel
est le cas des propositions inperson-
nelles (D. Subjektlose Sätze) : « Il pleut.
— Voilà un éclair. — On sonne, etc. »
Cf. Hôrrpixc, La base psychologique
des jugements logiques, Revue philoso-
phique, 1901, tome II. Au contraire,
Sur Jugement. — Ce mot, en tant qu’il désigne non un acte, mais une faculté,
ne s'emploie d'une manière usuelle en français qu’au sens C ; cependant il a éte
utilisé par BarNi (qui l’écrit dans ce cas avec un J majuscule) pour traduire
Urtheilskraft, dans sa traduction de la Critique du Jugement de Kant (1846). Il
arrive assez souvent, depuis lors, que le mot soit employé dans cette acception
très spéciale. Le jugement, en ce sens, est la faculté de penser le « particulier ”
(das Besondere) comme contenu dans l’universel, et à ce titre le Jugement peut
être, soit déterminant*, soit réfléchissant* (voir ces mots). Cette seconde fonction
exige, pense-t-il, l'intervention de l’idée de finalité, qui est l’objet propre de là
Kritik der Urtheilskraft, divisée en « Critique du Jugement esthétique » et « Critique
du Jugement téléologique ». d
Sur les différents sens du mot Jugement, voir le « projet d'article » 4€
M. Ch. Serrus dans la Revue de Synthèse, tome XII (1936), p. 217-224. |
— La définition psychologique du jugement (formulée d’abord d’après l’article
cité de HôrFDinc) a été remaniée sur les observations de Lachelier, et
MM. Brunschvicg, Drouin, Pécaut, Van Biéma et d’après la discussion qui a eu lieu
la séance du 1°r juillet 1909.
à Le sens D a été admis sans contestation ; mais on a fait remarquer qu'il
Sonstituait une généralisation récente, et que certains auteurs opposent le jugement
(proprement dit) à l’assomption pure et simple.
On peut faire rentrer ce sens large dans la formule d’Aristote, qui semble
d'abord ne s’appliquer qu’au cas où le jugement constitue une affirmation ou une
Mégation fermes : il suffit d'entendre par là que les jugements admettent encore,
Par nature, le caractère de pouvoir être vrais ou faux, lors même qu'ils sont
arés n'être actuellement ni f’un ni l’autre : par exemple dans le cas où l’on
Bese par « hypothèse » que deux droites X, Y se coupent; ou quand on admet
® Per convention » qu’un chiffre placé à gauche d’un autre désigne des unités dix
plus grandes, etc. — En effet ces mêmes propositions n’en restent pas moins
| Ptibles, par leur forme, d’être affirmées ou niées (ce qui n’aurait pas lieu
Li une image, un sentiment, un souhait, etc.) ; et la suite du raisonnement ou
Wap PPlications a même souvent pour résultat de nous amener, en définitive, à
Conférer ce caractère de vérité ou de fausseté fermes qui est l’essentiel du
ment proprement dit. (A. L.) Voir Lexis*,
ai: 4
JUGEMENT
dans le jugement formel de prédication,
le sujet est toujours soit un individu,
soit un ensemble d'individus, soit un
concept défini considéré dans sa com-
préhension.
b. Le prédicat, dans le premier cas,
est nécessairement compris dans l’acte
psychologique intégral qui fonde le
jugement (même si la décomposition
de cet acte, qui rend possible la dis-
tinction du sujet et du prédicat se fait,
comme il arrive d'ordinaire, par com-
paraison avec un autre acte intégral de
l'esprit où ce même élément fait dé-
faut). Au contraire, dans le jugement
logique, cet élément est toujours conçu
comme ayant une préexistence logique
indépendante. Même dans le jugement
analytique, le prédicat doit avoir un
sens propre qui puisse être considéré
d’abord en lui-même, en dehors de sa
relation au sujet.
2. On a souvent défini le jugement
logique : l'affirmation d’un rapport de
convenance ou de disconvenance entre
deux concepts. Cette formule se trouve
dans la Logique de PortT-Royaz, If,
ch. in1,et Locke définit de même la con-
naissance : le fait que l'esprit aperçoit
certainement la convenance ou la dis-
convenance de deux idées (De l’entende-
ment humain, livre IV, ch. vet ch. x1v).
Ces expressions ont été déjà criti-
quées par LEIBNiz (Nouv. Essais, IV,
5) : « Deux œufs ont de la convenance
et deux ennemis ont de la disconve-
nance, dit-il ; il s’agit ici d'une manière
de convenir ou de disconvenir toute
particulière. » D’autre part, il est trop
étroit de réduire le jugement à un
rapport entre concepts, ce qui n'est
rigoureusement vrai que de l’implica-
tion des compréhensions ; il convient
en particulier de réserver la question
de savoir s’il n’y a pas des jugements
singuliers, dont le sujet est l'individu
lui-même, et non pas même la classe
(d'extension 1) quicontient cet individu.
Rad. int. : Judik.
Jugement de valeur, voir Apprécia-
tion*, Normatif*, Valeur*.
« Jugement virtuel », dans le Traÿé
de Logique d'E. Go8Lor : 1° la propo.
sition sans assertion, ou lexis* ; 29 Je
concept, en tant que fonction* propo.
sitionnelle. Voir en particulier ch. x
$$ 49, 59, 60. :
« JUSSION » (rare). Acte d’ordonner
« Une sorte de représentation de jus-
sion. » RENOUVIER, Psychologie ration-
nelle, I, 403.
JUSTE, D. A, C, D. Gerecht, recht-
üich,; B. Richtig,; — E. À, B. Just,
Right, rightful; ©, D. Just, upright,
righteous ; — I. Giusto.
19 En parlant des choses :
A. Qui est conforme à un droit*, soit
naturel, soit positif. Étymologique-
ment, le mot s’est d’abord appliqué
au droit positif (L. justus de jus, venant
lui-même de jubeo : FREUND ; Cf. Justa,
les formalités, les cérémonies obliga-
toires) ; mais actuellement, quoiqu'il
n’ait pas absolument perdu ce sens, il
se dit plutôt de ce qui est équitable
que de ce qui est légal.
B. Par suite, ce qui est exact, cor-
rect, rigoureux, précis. Le substantif
correspondant est alors justesse. —
« Juste milieu », voir Muilieu*.
20 En parlant des hommes :
C. (Au sens restreint, où ce mot s’op-
pose plus spécialement à charitable) :
Qui juge de ses rapports avec autrui
comme il jugerait. du rapport de deux
personnes étrangères ; et qui, lorsqu'il
juge entre plusieurs autres, ne se laisse
guider par aucune faveur ni aucune
haine préexistantes. Être juste, en ce
sens, est donc une qualité essentielle-
ment formelle, qui consiste à s’abstenir
d’agissements égoïstes et de jugements
partiaux.
D. (Sens général) : qui possède un
bon jugement mora! (au sens B du mot
jugement*) et la volonté de s’y confor-
mer. — Est juste, dans cette acception
l'homme capable de reconnaître ju5
qu'à quel point il est légitime de fairê
pespecter autrui dans ses idées, ses
sentiments, sa liberté, sa propriété ;
de bien apprécier les mesures générales,
“par exemple les lois, qui tendent à per-
mettre ou à défendre certains actes, à
rendre plus ou moins favorable la si-
tuation de certaines personnes ; enfin
de bien attribuer, avec à-propos et au
degré convenable, les avantages ou les
peines dont on dispose. Le Juste (D.
:Der Gerechte ; E. The righteous ; I. Il
igiusto) est l’homme de bien, celui dont
Ja volonté est conforme à la loi morale
{primitivement et surtout, à la loi
conçue comme divine, cf. Justifica-
tion, au sens théologique). — « Le juste
opposera le dédain à l'absence. »
A. DE Vicny, Le Mont des Oliviers.
JUSTICE
JUSTICE, D. Gerechtigkeit ; E. Jus-
tice ; [ Giustizia.
A. Caractère de ce qui est juste au
sens À; ce terme s’emploie très pro-
prement, soit en parlant de l’équité,
soit en parlant de la légalité. On dira
par exemple « que la stricte justice est
souvent injuste ».
B. Caractère de celui qui est juste,
soit au sens C, soit au sens D. L’une des
quatre vertus curdinales* généralement
admises dans la philosophie grecque.
(Voir PLATON, République, livre 1; Anis-
TOTE, Éthique à Nicomaque, livre V.)
Justice commutative, justice distribu-
tive, voir Commutative-1.
C. Acte ou décision servant à faire
régner la justice, au sens À ; spéciale-
Rad. int. : A. Yust,; B. Just; C,
ment, mise à mort d’un criminel
D. Yustem.
« Punissez par de telles justices — la
Sur Juste. — Il est vrai que B dérive de À ; mais pour gerecht et Right, comme
pour notre mot Droit, la dérivation s’est faite en sens inverse. Il y a donc lieu de
ne pas considérer les deux idées comme étant, par elles-mêmes, subordonnées
l'une à l’autre. (E. Drouin.)
On pourrait encore dire que l’homme juste, au sens C, est celui qui renverse,
pour juger équitablement, le rapport qu’il a avec autrui (par exemple, quand le
‘vendeur se met à la place de l’acheteur et réciproquement). Le juste, en ce sens,
procède par la méthode de substitution : il reconnaît à tous les hommes une égale
valeur de position les uns par rapport aux autres. (F. Mentré.) — I1 y a là un fort
bon procédé psychologique pour rectifier une illusion d’optique morale qui est
haturelle, mais ce n’est pas une définition de l’attitude juste : car d’une part on
Peut être équitable sans cela ; et de l’autre, ce renversement, s’il était complet,
fausserait l’esprit en sens inverse. (A. L.)
Sur Justice. — « Jus était à l’origine un mot dont le sens était religieux ; ce sens
a subsisté dans jurare. Étendu au sens d’ordre laïque, puis restreint à ce sens,
Îus, a donné justus, justitia, injuria ; et par composition judicare, judex, dire le
doit, celui qui dit le droit ou le juste. Nous avons ici, associée à jus, la racine qui
8 trouve dans 8txn. Curieuse rencontre, puisque le mot latin jus traduit le grec 5lxn.
| La racine &ix ou &eux, qui existe aussi en latin et en sanscrit, a donné de L.
re, et en G. Sslxvour, montrer ; 8ixn, d’où, au moyen de suffixes, &ixasrnc,
G Bixaiooüvn. (D’après BRÉAL, Dictionnaire étymologique latin ; BaAïLLy,
“Racines grecques et latines). Admirable exemple de l'offre du langage. On avait
lois écrites, des procès, des tribunaux, des juges, des sentences. Les mots
essus nommaient ces choses. Vinrent les philosophes qui voulurent nommer
idées nouvelles : ils demandérent au langage ce qu’il pouvait fournir. Ne nous
nons donc pas si la justice selon Platon et la justice selon Aristote sont si
ges pour nos pensées. Le mot grec ôtxn, et le mot latin par lequel nous le
“Æduisons, au service de Platon, au service d’Aristote, à notre service, n’ont
Pe le même emploi. » {Note de V. Egger.)
JUSTICE
trahison ourdie en des amours facti-
ces. » A. DE ViGNY, La colère de Samson.
Sens vieilli, sauf dans quelques expres-
sions : « Ce sera justice ; faire justice
de. ; se faire justice ; rendre justice. »
D. Pouvoir judiciaire; magistrats.
Sur les sens A et B du mot justice,
cf. Charité* et Égalité®.
Rad. int. : À. Yustes ; B. Yustemes ;
C. Judiciad ; D. Judicistar.
JUSTIFICATION, D. Rechtfertigung ;
E. Justification, Vindication ; I. Gius-
tificuzione.
Acte de justifier, ou de se justifier,
c’est-à-dire primitivement de rendre ou
de se rendre juste (ce sens persiste
encore dans l’usage théologique : voir
ci-dessus Juste*, D); puis, par affai-
blissement du sens primitif, se dit de
tout. acte par lequel on réfute une
imputation ou même par lequel on la
devance, en montrant qu’on est dans
552
———_——_—_—_———————————————————.
son droit (soit moral, soit logique)
qu’on avait raison de dire ce qu’on L
dit, ou de faire ce qu'on a fait.
MaLEBRANCHE a spécialement appelé
jugements où raisonnements de justifi.
cation ceux par lesquels on donne des
raisons intellectuelles à l’appui de ses
sentiments, raisons bonnes ou mau.
vaises, mais en tout cas trouvées après
coup. Recherche de la Vérité, livre Y,
ch. x1 : « Que toutes les passions se
justifient, et des jugements qu’elles
nous font faire pour leur justification.
Risor, dans sa Logique des senti-
ments, répartit empiriquement les rai-
sonnements affectifs selon cinq types
principaux : « passionnel, inconscient,
imaginatif, justificatif, mixte ou com-
posite » (Zbid., ch. 11, au début). La
&e section de ce chapitre traite « Du
raisonnement de justification ».
Rad. int. (Au sens primitif) : Yustig;,
(au sens usuel) : Justifik.
K
K, dans les noms de syllogisme, est
employé quelquefois au lieu de C pour
marquer que le mode dont le nom con-
tient cette lettre ne peut se déduire d’un
mode de la première figure par conver-
sion et transposition de prémisses, mais
demande une réduction à l’absurde :
Baroko, Bokardo.
Kabbale, voir Cabale*.
KALÉIDOSCOPIQUE (Caractère) de
certains changements, et en parti-
culier de certaines transformations des
types d’êtres vivants. — Cette expres-
sion s’applique au caractère de varia-
tion brusque et coordonnée qu’on ob-
serve dans certains cas, analogue à ce
qui se produit dans un kaléidoscope, où
un ensemble de petits éléments mobiles
reflétés par des glaces passent brusque-
ment de l’un à l’autre des systèmes
d'équilibre qu'ils peuvent réaliser entre
eux, et s’ordonnent ainsi en de nou-
veaux dessins quand on donne une
secousse ou une rotation à l'appareil.
Cette expression est due, semble-t-il,
à E1imER, Orthogenesis der Schmetter-
linge, p. 24. Elle a été citée par H. Berg-
son dans L' Évolution créatrice, p. 80,
et depuis lors est devenue très usuelle.
Cf. Orthogénèse*.
KÉRIGME, (S).
Kinésique (rare), même sens que
Kinesthésique.
KINESTHÉSIQUE, D. Xinaesthe-
üsch ; E. Kinaesthetic ; I. Cinestetico.
Qui concerne la sensation de mouve-
ment des parties du corps (sans tran-
cher la question de savoir si cette sen-
sation dépend de l’innervation*, ou des
excitations en retour provenant de la
masse musculaire, des articulations, de
la peau, etc.) : « Images kinesthésiques:
sens kinesthésique. »
7 553
ee ——
REMARQUE
Il n’est pas usuel, en français, d’ap-
pliquer ce mot aux sensations que
donne le déplacement du corps tout
entier, ou celui d’objets perçus qui se
déplacent par rapport au corps. Il ne
se dit que des sensations « internes »
correspondant au mouvement des mus-
cles et à l'effort qu’il exige (poids,
résistance, etc.). Ce sens est d’ailleurs
LAÏJD, D. Hässlich; E. Ugly; 1. Lai-
do ; Brutto, surtout au sens B.
A. Au sens le plus général, ce qui
s'oppose au Beau*, en tant que caté-
gorie fondamentale de la valeur esthé-
tique.
B. Plus spécialement, ce qui s’écarte
d’une forme considérée comme parfaite
en son genre : difforme, déplaisant,
inharmonique. — Le laid, en ce sens,
peut être un objet de l’art, et prendre
une valeur esthétique positive. Cf. Ro-
SENKRANZ, Æsthetik des Hässlichen
(1853) ; Ch. Lazo, Introduction à l'Es-
thétique, p. 101-110.
Rad. int. : A. Malbel : B. Deform.
LANGAGE, D. Sprache (qui veut dire
aussi langue), E. Language, speech
(seulement aux sens A et B) ; I. Lin-
guaggio.
A. Proprement, fonction d’expres-
sion verbale de la pensée, soit inté-
rieure, soit extérieure. « L’intention
(de parler), qui n’est point nécessaire-
ment langage, pas même langage inté-
rieur, aboutit au langage intérieur ou à
L
LANGAGE
celui de BASTIAN, qui a créé le mot
(The Brain as an organ of mind\, 1880).
Mais il semble, d’après la définition
donnée par Bazpwin (Düict., 600 A),
que l’emploi en est plus large en anglais.
On dit aussi, mais plus rarement,
kinésique et cinesthésique.
Rad. int. : Kinestesial.
1. Le cerveau en tant qu'organe de l'esprit.
la parole. » DeLAcroix, Le Langage et
la Pensée, p. 523.
En ce sens, langage s'oppose à parole
en deux sens : 1° En tant que par
parole, on entend exclusivement le lan-
gage extérieur, comme dans l’exemple
ci-dessus, ou dans cette phrase du
même chapitre : « Le langage intérieur
n’est pas nécessaire à la parole. » Zbid.,
522. En ce sens, langage est un genre dont
la parole (extérieure) est une espèce ;
— 29 En tant que parole désigne l’acte
individuel par lequel s’exerce la fonc-
tion langage : une parole, des paroles.
B. Usage de cette fonction, dans un
cas déterminé. « Employer un langage
obscur ; parler le langage de la raison. »
C. Par suite, synonyme de langue* ;
autrefois, dans tous les cas : « … un
Limousin qui contrefaisoit le langaige
françois ». RABELAIS, Pantagruel, II,
vi; actuellement, ne se dit plus guère
que du langage des peuples non civi-
lisés, ou des manières de parler spé-
ciales, comme un argot, qui n’ont pas
la fixité et la régularité des grandes
langues de culture.
Sur Kinesthésique. — Quelques auteurs emploient l'expression de sensations
kinesthésiques périphériques pour les sensations kinesthésiques proprement dites,
celles qui correspondent à des excitations venant des parties même du corps qui
sont en mouvement ; et l’expression sensations kinesthésiques centrales pour les
Sensations de force ou d’innervation. Pour éviter toute confusion, on pourrait
- adopter cette distinction, en laissant de côté la question de savoir si les secondes
txistent réellement, ou ne sont que des représentations de sensations périphé-
tiques déjà éprouvées. (C. Ranzoli.)
ER
LANGAGE
554
Au contraire, langage s'emploie fré-
quemment, par opposition à langue,
pour distinguer la fonction de s’expri-
mer par la parole, en général, de tel
ou tel système linguistique fixé dans
une société donnée. C’est ainsi qu’on
oppose à la question de l° « origine du
langage » (dans l’humanité), celle de
l’origine de telle ou telle langue, comme
le français ou l’anglais.
D. Au sens le plus large, tout système
de signes pouvant servir de moyen de
communication. « Le langage des ges-
tes. » — « Tous les organes des sens
peuvent servir à créer un langage. »
VENDRYES, Le Langage, p. 9.
Rad. int. : À, B. Parolad, C. D.
Lingu.
LANGUE, D. Sprache ; E. Language,
tongue ; I. Lingua.
A. Système d’expression verbale de
la pensée comportant un vocabulaire et
une grammaire définis, relativement
fixes, constituant une institution s0-
ciale durable, qui s’impose aux habi-
tants d’un pays, et demeure presque
complètement indépendante de leur
volonté individuelle.
B. Manière d'écrire d’un auteur;
manière de parler ou d'écrire d’un
groupe plus ou moins restreint. « La
langue d’Aristote, la langue des Car-
tésiens. — La langue du sport. »
C. Accidentellement, et dans des cas
rares, se dit par métaphore de systèmes
de signes ou d'expressions autres que
les mots : par exemple dans le titre de
l'ouvrage de ConpizLac, La langue des
calculs.
Rad. int. : Lingu.
Langue universelle, ou langue inter.
nationale (souvent abrégé en L. I).
langue artificielle, créée soit de toutes
pièces, avec des radicaux composés
d’une manière systématique de telle
manière que leurs éléments verbaux
correspondent aux éléments logiques
des idées (les langues de ce type sont
appelées langues philosophiques où a
priori : projets de Descartes, Dalgarno,
Leibniz, Letellier) ; — soit en adoptant
les racines qui sont déjà les plus inter.
nationales et en ajoutant à celles-ci
des préfixes ou suffixes de sens rigou.
reusement défini qui servent, les uns
à marquer leur fonction dans la phrase,
les autres à dériver d’une même racine
une famille de mots de grande extension
(langues dites a posteriori : p. ex. le
Volapük, l'Espéranto, l’Ido). Voir Coc-
TURAT et LEAU, Histoire de la langue
universelle, Hachette, 1903 ; Les nou-
velles langues internationales, Hachette,
1908.
LAPS de temps est employé par Ha-
melin en un sens technique qui lui est
propre : c’est pour lui l’écoulement du
temps ; la synthèse de l'instant et du
laps de temps est la durée. Essai, ch. 1,
$ 3, Introduction.
LARGES (DEVOIRS), D. H'eite
Pflichten (douteux); E. Loose duties.
— (Voir Observations.)
On appelle ainsi les devoirs dont
l’accomplissement ne comporte pas
une mesure déterminée, ou dont le
champ d’application est laissé à notre
libre choix, tels que la bienfaisance ou
le dévouement. Ils s’opposent aux de-
mm — ee re
woirs stricts (ceux de justice) dont on
eut dire exactement ce qu’ils pres-
crivent ou défendent, et à l’égard de
quelles personnes ils doivent ètre rem-
plis.
CRITIQUE
Ce terme a souvent donné lieu à des
tritiques (peut-il y avoir une obligation
qui soit en même temps indéterminée
‘dans son quantum ?) et à des confusions
(targe étant pris au sens de facultauf).
Il ne me semble pas qu’il y ait lieu
de proposer un radical international
pour cette expression, qu'il serait pré-
érable de remplacer par une formule
plus précise.
LÂTRIE, (S).
* LÉGALITÉ, D. Legalität (Kanr);
Gesetzlichkeit, Gesetzmässigkeit ; E. Le-
golity ; I. Legalità.
A. Conformité aux lois positives. (Ce
sens est presque seul usuel en français.)
B. Conformité extérieure aux règles
morales ; s’oppose au respect intérieur
de ces lois. « Geschieht die Willens-
f— —
LÉGALITÉ
| bestimmung zwar gemäss dem mora-
lischen Gesetze, aber. nicht um des
Gesetzes Willen, so wird die Handlung
zwar Legalität, aber nicht Moralität
enthaltent. » KanT, Critique de la Rai-
son pratique, Ch. III, $ 1.
C. Caractère de ce qui est gouverné
par une loi ou par des lois (au sens D
de ce mot). « Reprenons la formule de
Helmholtz [« … dass das Prinzip der
« Causalität nicht anders sei als die
« Voraussetzung der Gesetzlichkeit al-
« ler Naturerscheinungen? »] en la con-
sidérant comme l'expression du prin-
cipe non pas de causalité, mais de
légalité. » MEYERSON, {dentité et Réa-
lité, p. 5.
CRITIQUE
Voir Observations.
Rad. int. : À, B. Legales: C. Le-
gozes.
1. « Si la détermination volontaire est, il est vrai,
conforme à la loi morale, mais non prise par respect de
la loi, l’action contiendra bien de la légalité, raais non
de la moralité. » — 2. 4... que le principe de causa-
lité n'est rien d'autre que la supposition de la « léga-
? lité » dans tous les phénomènes naturels. »
des actions bonnes à faire, et auxquelles on est plus ou moins tenu selon les
Srconstances. (J, Lachelier.) — La distinction entre les devoirs de justice et de
Charité me paraît suffire amplement. (F. Mentré.) — Elle paraît même supérieure
à celle des devoirs positifs et négatifs : car réparer le mal qu’on a fait, par exemple,
est un devoir de justice, strict, et cependant ne consiste pas en une pure abstention.
(A. L.)
Sur Légalité. — Le sens A est pratiquement le seul dans lequel ce mot soit
Sur Larges (Devoirs). — Weite Pflichten n’est pas usité en allemand. (F. Tôn-
nies.) — L'expression doveri larghi n’est pas en usage dans la langue philosophique
italienne ; dans la langue courante, l'expression opposée, doveri stretti, est fréquente
pour désigner les devoirs auxquels l'individu ne peut absolument se soustraire:
La distinction des devoirs négatifs ou de justice et des devoirs positifs OU de
bienfaisance est au contraire d'usage technique. Elle me paraît équivaloir à celle
des devoirs stricts et des devoirs larges, mais avec.plus de précision. (C. Ran20!
Il ÿ a très peu d'obligations rigoureusement déterminées, même quant au quod ;
en dehors des devoirs négatifs (ne pas voler, ne pas mentir) il n’y a guère QU
usité en anglais. B se rapproche assez d’un usage théologique de ce mot très
$#mmun chez les écrivains puritains. (H. Wildon Carr.) — Paul Carus a proposé
Pour le sens C, les expressions Law-determinedness on mieux Lawdom (formé
#r le modèle de kingdom, freedom, etc.). Voir Logical and Mathematical Thought,
8. 36; The Monist, janvier 1910.
Sur l'épreuve de cet article, nous avions posé la question suivante : au sens C,
fe serait-il pas préférable d'employer le mot régularité, qui a le même sens et
ui est en français d’un usage courant ?
©. « J'ai bien songé à prendre le mot régularité pour rendre le terme Gesetzmüs-
Wgkeit, a répondu Em. Meyerson, mais deux raisons m’en ont détourné : la première
est Que régularité s'applique, dans l’usage, à ce qui se passe le plus souvent, non
Ce qui est gouverné par une loi ; la seconde, à mon avis très importante, est
€ légalité vient de loi comme causalité vient de cause. Cette symétrie antithé-
ue me paraît nécessaire pour bien comprendre cette distinction, très utile,
LÉGITIME
LÉGITIME, D. Gesetzmässig, gerecht ;
E. Legitimate, dans tous les sens (A. jus-
tifiable, allowable) ; I. Legitimo.
A. Sens général. Se dit de tout acte,
de toute attitude, de tout sentiment, de
toute parole dont le sujet est considéré
comme étant à cet égard dans son bon
droit. « Une indignation légitime ; la
légitime défense; une attente légi-
time. » Le mot, en ce sens, dit plus que
légal* : il ne saurait s’appliquer à ce
qui constitue un abus de droit.
B. Au sens juridique, se dit des rela-
tions d’alliance ou de parenté qui résul-
tent d’un mariage contracté suivant
les règles légales. « Fils légitime » (op-
posé à naturel*).
C. Au sens politique, s’est dit d’un
souverain appelé au trône en vertu des
règles traditionnelles de succession en
vigueur.
Rad. int. : Legitim. (Yurizit.)
LEMME, CG. Aïuua, ce que l’on prend
(pour accordé), assomption ; quelque-
fois, thèse. Se dit en particulier des
prémisses du syllogisme (Topiques, vu,
1, 156321)! D. Lehnsatz ; E. Lemma ;
I. Lemma.
Proposition préliminaire dont la dé-
1. Il y a dans l'édition Bekker (éd. de l’Académie de
Berlin), à laquelle se rapportent les références, une suite
d'erreurs de pagination à cet endroit. La page citée
porte en fait le n° 152.
556
monstration préalable est nécessaire
pour démontrer la thèse principale
qu’on se propose d’établir.
REMARQUE
KanrT donne à ce mot un autre sens :
Les lemmes {Lehnsätze, lemmata) sont,
dit-il, les propositions qu’une science
suppose vraies sans en donner la dé.
monstration, en les empruntant à une
autre science. (Logik, $ 39.) Je ne con-
nais pas d’autres exemples de cet usage.
Rad. int. : Lem.
LÉTHARGIE, G. Anôæpyix (Hippo-
cRATE); D. Lethargie, Schlafsucht ; E.
Lethargy ; Trance (plus large, se dit
aussi de l’extase, de la catalepsie, etc.) ;
I. Letargia.
État pathologique caractérisé par
lengourdissement, l’oubli (A6n), l’inac-
tion (tpyix), la somnolence ou même le
sommeil complet.
Ce terme, très employé aux x vu et
xvaie siècles dans la langue médicale,
était devenu moins usuel au xixe. Il a
été repris par CHARCOT, qui divisait
les phénomènes hypnotiques en trois
degrés, considérés comme des états de
plus en plus profonds de l'hypnose : lé-
thargie, catalepsie*, somnambulisme*.
— Cette division n’est plus considérée
aujourd’hui commerépondant aux faits.
Rad. int. : Letargi.
| 657
A ————— —_—
« LEXIS », du G. Aékis, parole, ex-
pression.
Énoncé susceptible d’être dit vrai
ou faux, mais qui n’est considéré que
dans son contenu, et sans affirmation
ni négation actuelle ; tel est, par exem-
ple, le caractère de la proposition infi-
nitive en latin : « Sapientem solum esse
beatum. » Ed. GoBLor a défini cette
idée avec précision, mais d’une manière
plus restreinte, sous le nom de Juge-
ment virtuel, qu’il oppose à jugement
actuel : « Les jugements virtuels dont
nous venons de parler sont des juge-
ments complets : ils ont leur sujet, leur
attribut, leur copule, tous leurs carac-
tères formels : il ne leur manque que
la croyance. » Logique, ch. 11, $ 50.
Mais cette expression est un peu trop
longue pour l'usage courant, et pré-
sente l'inconvénient d’avoir aussi un
autre sens, quand on dit que « le con-
cept est un jugement virtuel » (une
fonction propositionnelle).
LIBÉRALISME
Les scolastiques utilisaient déjà cette
notion, mais dans un cas spécial (la
théorie des propositions modales) sous
le nom de dictum*. Voir Modalite*,
Problématique*, Proposition*. Ils appe-
laient « complexe significabile » l’objet
de pensée, réel ou irréel, correspondant
à la lexis définie comme ci-dessus. Voir
Hubert ÉLIE, Le « complexe significa-
bile », thèse de Doctorat ès Lettres,
1937.
LIBÉRALISME, D. Liberalismus
dans tous les sens ; Freisinn, surtout
au sens C ; Freiheitssinn au sens D ; —
E. Liberalism ; — I. Liberalismo.
A. Doctrine politique suivant la-
quelle il convient d'augmenter autant
que possible l’indépendance du pouvoir
législatif et du pouvoir judiciaire par
rapport au pouvoir exécutif, et de don-
ner aux citoyens le plus de garanties
possible contre l’arbitraire du gouver-
nement. Les liberales (premier emploi
Sur Libéralisme. — Nouvelle rédaction adoptée dans la séance du 7 juillet 1910
très difficile à saisir, et qu’on perd aisément de vue. » (Séance du ? juillet 1910.)
MM. J. Lachelier, René Berthelot, F. Mentré, L. Boisse, C. Hémon désap-
prouvent l'emploi de légalité au sens C. Ce dernier accepterait volontiers régula-
rité ; les premiers accordent que l’usage courant de ce mot s'oppose à ce qu'on en
fasse un terme technique. et préfèrent employer une périphrase pour traduire
Gesetzmüssigkeit. M. MENTRÉ remarque notamment que l'emploi de l'adjectif
déterminé suffit presque toujours à rendre cette idée, et M. BoissE que « la
légalité au sens C, et notamment dans la phrase citée d’Em. MEyerson, c’est le
déterminisme ».
Sur Lemme. — Ce terme, emprunté au langage des géomètres, a d’abord été
employé, semble-t-il, par Spinoza (v. Éthique, part. II : lemmes sur les corps):
(F. Mentré.)
— L'usage kantien n’est-il pas une simple extension de l’usage mathématiqu®
en tant que, dans celui-ci, les lemmes sont établis en dehors de la série des démons-
trations, où ils s’introduisent ensuite ? (C. C. J. Webb.)
pour tenir compte des observations de MM. Élie Halévy, René Berthelot, F. Mentré,
C. Ranzoll, C. Hémon, L. Boisse. Le texte des trois divisions A, B et C est dû
presque entièrement à Élie Halévy ; la distinction mentionnée dans la Critique
a été signalée par M. René Berthelot ; il a fait remarquer en outre que, sous
l'influence de Spencer, on a appelé en bloc libéralisme la doctrine qu’il soutenait,
et d’après laquelle les fonctions de l’État doivent être réduites à la police, la
justice, et la défense militaire contre l'étranger. Mais cette doctrine s’étant dissociée,
il y a eu d’abord autant de libéralismes que d’objets auxquels peut s'appliquer
l’abstention de l’État ; de plus, selon que l’on a considéré la liberté individuelle
comme un but, à réaliser même par l'intervention de l’État, ou au contraire
cette abstention de l’État comme le dogme essentiel, à respecter quels qu’en
fussent les effets pour l'individu, on a abouti à l’équivoque signalée dans la
Critique. — M. Ranzoll remarque qu’en Angleterre le mot s'emploie surtout au
sens C (économique) tandis qu’en Italie on le prend presque toujours au sens
politico-religieux B : « L'Église libre dans l’État libre » selon la formule célèbre
que l’on attribue ordinairement à Cavour, mais dont plusieurs autres hommes
Politiques ont revendiqué la paternité (notamment Montalembert dans sa Deuxième
letire au comte de Cavour). — Enfin M. Hémon voudrait qu’on opposât au libéra-
lisme la théorie libertaire : « le premier serait alors considéré comme la théorie
morale et politique qui tout en aspirant au maximum de liberté pour l'individu,
mite la revendication ou l’octroi de ces libertés au point où elles deviendraient
les licences nuisibles à autrui (au sens de la Déclaration des droits) ; la théorie
libertaire, au contraire, serait la forme de l’individualisme qui ne reconnaît
auCune limitation conventionnelle et légale de la liberté individuelle, seule arbitre
de ses droits dans la mesure de sa puissance, »
dti à LALANDE. — VOCAB. PHIL. 20
PE D
LIBÉRALISME
du terme) sont le parti espagnol qui,
vers 1810, veut introduire en Espagne
le parlementarisme du type anglais. —
S'oppose à autoritarisme.
B. Doctrine politico-philosophique
d’après laquelle l’unanimité religieuse
n'est pas une condition nécessaire
d'une bonne organisation sociale, et
qui réclame pour tous les citoyens la
« liberté de pensée ».
C. Doctrine économique suivant la-
quelle l’État ne doit exercer ni fonc-
tions industrielles, ni fonctions com-
merciales, et ne doit pas intervenir
dans les relations économiques qui
existent entre les individus, les classes
ou les nations. On dit souvent, en ce
sens, Libéralisme économique. — S'op-
pose à Étatisme, ou même plus généra-
lement à Socialisme.
D. Respect de l'indépendance d’au-
trui; tolérance; confiance dans les
heureux effets de la liberté.
CRITIQUE
On voit par les distinctions précé-
dentes combien ce terme est équivoque.
L'usage accidentel qui en est fait de nos
jours dans la désignation des partis ou
des tendances politiques augmente en-
core la confusion. On désigne notam-
ment sous ce même nom : 1° les doc-
trines qui considèrent comme un idéal
l'accroissement de la liberté indivi-
duelle ; 2° les doctrines qui considèrent
comme moyen essentiel de cette liberté,
la diminution du rôle de l'État. Or, Ja
seconde thèse est absolument indépen.
dante de la première ; ainsi, par exem.
ple, la liberté de l'individu n'est pas
moins restreinte par les associations de
tout genre que par l’État, si celui-ci
n'intervient pas pour en limiter la
puissance.
Voir la série d'articles publiés en
1902-1903 sur le libéralisme par la
Revue de métaphysique et de morale
(BouGLÉ, LaAnsoN, Lapie, LYON, J4-
cos, Paropbi),; en particulier la dis.
tinction établie par Jacos entre ce
qu'il nomme le libéralisme empirique
et le libéralisme rationnel (Ibid. jan-
vier 1903).
« LIBERTAIRE », terme nouveau,
s'emploie en deux sens :
A. (Le plus fréquent.) Partisan de la
doctrine anarchiste. Ne se dit qu’en un
sens théorique et spéculatif.
B. (Plus rare, et impropre.) Syno-
nyme de libéral, à l’un quelconque des
sens de ce inot.
Rad. int. : Libertari.
LIBERTÉ, L. Libertas, liberum arbi-
trium ; D. Freiheit ; Willensfreiheit aux
sens D, E, F);, — E Liberty. Freedom
(dans tous les sens); Free will (aux
sens D, E, F);, — I. Libertà; Libero
arbitrio (au sens F).
Sens primitif : l’homme « libre » est
l’homme qui n’est pas esclave ou pri-
Sur Liberté. — Article revisé et complété d’après les observations de MM. Élie
Halévy, J. Lachelier, Darlu, M. Bernès, L. Couturat, René Berthelot, et d’après
la discussion qui a eu lieu à la séance du 7 juillet 1910.
Sur l'opposition de la liberté et de la nature, voir Nature ; sur les deux sens de
« liberté d’indifférence », voir Jndifférence*, observations.
Sur l'opposition des sens D et E. — 11 a paru nécessaire d'établir une distinc-
7 869
LIBERTÉ
sonnier. La liberté est l’état de celui qui
fait ce qu’il veut et non ce que veut un
autre que lui ; elle est l'absence de con-
trainte étrangère.
À partir de là, le sens de ce mot s’est
étendu dans trois directions divergen-
tes : 1° par analogie et par généralisa-
tion, on l’applique à des êtres autres
que l’homme et même à des êtres ina-
nimés ; 2° au point de vue social et
politique, il caractérise un certain état
du citoyen ou du sujet dans ses rap-
ports avec la société et le gouverne-
ment, 3° considérant qu’à l’intérieur
gers, qui le contraignent à la façon
d'un maître tyrannique, ou qui le sé-
duisent à la façon d’un flatteur égoïste,
on applique ce mot à l’indépendance
intérieure de l’homme à l'égard de ce
qui n’est pas véritablement « lui-
même »; et subsidiairement à l’indé-
terminisme, quand il est considéré
comme seul moyen d'éliminer de l’ac-
tion tout ce qui serait extérieur à
l'agent.
19 Sens général :
A. État de l’être qui ne subit pas de
contrainte, qui agit conformément à sa
tion entre les deux sens Det E, qui avaient été confondus dans la première rédac-
tion et opposés en bloc à l'indéterminisme. Cette distinction est sans doute délicate,
et dans les textes philosophiques, il est souvent impossible de savoir exactement
lequel est en jeu. La première n’est-elle pas seulement une forme transitoire et
imparfaite de la seconde ? La liberté qui distingue l’homme intelligent de la
brute, et qui le rend responsable, diffère-t-elle autrement qu’en degré de là
liberté du sage stoïcien ou de la liberté spinoziste ? La liberté dont parle MaRION
dans le texte cité n’est-elle pas précisément une qualité à acquérir, une valeur
même de l’homme, il y a des forces et
volonté, à sa nature. « Quand un corps
principes d’action qui lui sont étran-
tombe, sa liberté se manifeste en che-
morale à réaliser, plutôt qu’une condition psychologique du jugement d’autrui ?
— De même les formules tirées de la Psychologie des idées-forces de Fouillée se
limitent bien, si on les prend en elles-mêmes, à définir le caractère de l'être qui
peut être jugé moralement. Mais si on les rapproche de l’ensemble de sa doctrine,
et en particulier du commentaire qu'il a bien voulu nous communiquer et qu’on
trouvera ci-dessous in extenso, on voit que cette conception s'élève d’un mouvement
continu de l’état psychologique de responsabilité à l’état moral de perfection.
On a cru cependant qu'il n’y avait pas lieu de s’arrêter à cette objection ;
d'abord en raison de ce principe général, posé au début de notre travail, qu’il valait
toujours mieux en cas de doute distinguer plus que moins, quitte à marquer
ultérieurement, s’il y avait lieu, la convergence des concepts d’abord définis séparé-
ment ; en second lieu, parce que, dans ce cas, il existe au moins un caractère
différentiel net, la culpabilité ou la perversité possible de l’être dont on dit qu'il est
libre au sens D, tandis qu’il ne saurait être question de rien de tel au sens E ;
enfin, les remarques mêmes de quelques correspondants, notamment celle-ci :
« Le texte cité de Marion répond à toute autre chose qu’à la liberté véritable, dans
l’acception métaphysique et intégrale du mot : celle-ci exprime l’harmonie totale,
l'équilibre parfait de toutes les conditions subjectives et objectives, spontanées
et réfléchies, subies ou consenties, ratifiées ou posées par la volonté d’une activité
personnelle. Cf. le texte célèbre de la Quatrième Méditation de Descartes, où il
eppose cette liberté parfaite à la liberté d’indifférence « qui fait paraître plutôt un
défaut dans la connaissance qu’une perfection dans la volonté ». Cf. aussi SPiNoza :
« Illum liberum esse dixi, qui sola ducitur ratione. » (Éthique, IV, 68.) Ainsi
entendue la liberté est à la fois la conquête de l’homogénéité intérieure et de
l'adaptation totale, le sibi constare et le toti mundo et Deo se inserere. » [Lettre de
M. Maurice Blondel.)
On voit ici toute la différence (provisoire ou non, peu importe) qui existe entre
le sens D et le sens E.
M. C. Hémon écrit de même : « Il faudrait consacrer une division spéciale
à la liberté considérée comme affranchissement intérieur, conquête et possession
de soi-même par la réaction de la volonté ou de l'intelligence réfléchie contre les
Passions et en général contre toutes les fatalités subjectives ; passage de la « pas-
Sion » à |’ « action », de la servitude à la libération morale : 1° au sens stoiïcien :
Küptos xiarou éorlv 8 rüv dr” Exelvou GeAouévov À uh Be) ouéveos Éyov tiv éEouolzv,
LIBERTÉ
minant selon sa nature, vers le centre
de la Terre, avec une vitesse propor-
tionnelle au temps, à moins que l’in-
terposition d’un fluide ne modifie sa
spontanéité fchute libre). De même
dans l’ordre vital, chaque fonction, vé-
gétale ou animale, est déclarée libre si
elle s’accomplit conformément aux lois
correspondantes, sans aucun empêche-
ment extérieur ou intérieur. » (Aug.
ComTe, Catéchisme positiviste, 4e entre-
tien.)
29 Sens politique et social.
B. Quand il est question de telle
liberté particulière, ou de « libertés »
au pluriel, il n’y a là qu’une applica-
560
tion sociale du sens précédent. Les
mots libre ou liberté marquent simple.
ment l’absence d’une contrainte sociale
s'imposant à l'individu : en ce sens, on
est libre de faire tout ce qui n’est pas
défendu par la loi, et de refuser de
faire tout ce qu’elle n’ordonne pas.
« La libre communication des pensées
et des opinions est un des droits les
plus précieux de l’homme ; tout citoyen
peut donc parler, écrire, imprimer libre-
ment, sauf à répondre de l’abus de cette
liberté dans les cas déterminés par la
loi. » (Déclaration des droits de l'homme
de 1789, art. XI.)
Les « libertés politiques » (political
ek Tù neprañom À dpehéobar. “Ooris
TUOHÔTE peuyéte T1 Tv nr &Adoi *
oùv ÉAEUBepnc Elvar Bodretar, pnte Beñëte
et Ôè un, Jouxebetv évéykn. (ÉPICTÈTE,
561
liberties ; Mizz, On liberty, 1) sont les
droits reconnus à l'individu en tant
ue ces droits limitent le pouvoir du
gouvernement : liberté de conscience,
liberté individuelle, liberté de réunion,
existence d’une constitution, self-go-
vernment, exercice du pouvoir par des
représentants élus, etc.
C. Au contraire, quand on prend le
mot liberté en un sens absolu, on lui
donne généralement une valeur appré-
ciative. Ce mot désigne alors non seule-
ment le degré plus ou moins haut
d'indépendance que possède l'individu
à l'égard du groupe social dont il fait
partie, mais le degré d’indépendance
que l’on considère comme normal et
souhaitable, comme constituant un
droit et une valeur morale. « La liberté
consiste à pouvoir faire tout ce qui ne
LIBERTÉ
nuit pas à autrui. » (Déclaration de
1789, art. IV.) « La liberté consiste à
ne dépendre que des lois. » (VOLTAIRE,
Pensées sur le gouvernement, VII. Œu-
vres, Beuchot, XXXIX, #25) Voir
aussi le texte d'Aug. ComrTe, cité plus
bas sous E. — Ce mot, en ce sens,
s'oppose d’une part à licence, de l’autre
à oppression.
89 Sens psychologique et moral.
D. (Opposée à l’inconscience, à l’im-
pulsion, à la folie, à l’irresponsabilité
juridique ou morale.)
État de l’être qui, soit qu’il fasse le
bien, soit qu’il fasse le mal, se décide
après réflexion, en connaissance de
cause ;, qui sait ce qu’il veut, et pour-
quoi il le veut, et qui n’agit que con-
formément à des raisons qu’il approuve.
« La liberté est le maximum possible
Manuel, XIV, 2.)
29 Au sens spinoziste : « L’homme libre, c’est-à-dire celui qui vit suivant les
seuls conseils de la raison, n’est pas dirigé dans sa conduite par la crainte de la
mort, mais il désire directement le bien, etc. » (Spinoza, Éthique, IV, prop. LXVII.
Cf. tout le livre V : « De libertate ».)
3° Au sens de J. S. Mize : « … Ce sentiment de notre pouvoir de modifier
notre propre caractère si nous le voulons est précisément le sentiment de liberté
morale dont nous avons conscience. Une personne se sent moralement libre
quand elle sent que ses habitudes et ses tentations ne la dominent pas, mais
qu’elle les domine ; lorsque, même en y cédant, elle sent qu’elle pourrait y
résister ; que si elle désirait les réprimer absolument, il ne lui faudrait pas
pour cela une plus grande force de désir que celle dont elle se sait capable. »
(J. $. Mize, Logique, VI, chap. n, $ 3.)
Sur le rapport de la liberté morale (aux sens D et E) et de l’indéterminisme.
La liberté, la seule que nous saisissions en nous, est la conscience de l’action
exercée par une idée, à savoir l’idée du maximum d'indépendance que, sous le
d'uble rapport de la causalité, et de la finalité, peut atteindre le moi concevant
l’universel.
Cette idée du maximum d'indépendance possible par rapport à toutes les
autres causes et à toutes les autres fins, tend à se réaliser en se concevant et
produit ainsi une indépendance progressive.
La liberté, selon cette doctrine, n’est pas et ne peut pas être une réalité toute
faite et toute donnée à la conscience, elle est un idéal qui se réalise, elle est un
progrès. (Voir La Liberté et le Déterminisme.)
Pour être qualifié libre plutôt que non libre, et surtout moral plutôt qu’immoral,
un acte ne peut être étranger à la catégorie de qualité. Pour être en relation avec
moi, attribuable et imputable au moi plutôt qu’à toute autre cause, il ne peut
être étranger à la catégorie de relation et surtout de relation causale ou de causa-
lité. Enfin pour être intentionnel, intelligent et par cela même intelligible, pour
être surtout bon ou mauvais, il ne peut être étranger, à la catégorie de finalité.
C’est pour cela que, selon la doctrine exposée dans La Liberté et le déterminisme,
l’idée de liberté, l’idée que les futurs ne sont pas nécessairement causés et déterminés
: distinctions suivantes :
sans notre action et sans notre causalité propre poursuivant une fin, est elle-même
la catégorie suprême de l’action, c’est-à-dire l’idée directrice de toute action et
surtout de l’action morale, idée qui se réalise par une approximation toujours
croissante et une croissante réflexion sur elle-même. (A. Fouillée.)
Le mot liberté a pour moi un sens intermédiaire entre ceux qu’on donne
d'habitude aux deux termes liberté et libre arbitre. D’un côté, je crois que la
liberté consiste à être entièrement soi-même, à agir en conformité avec soi :
ceci serait donc, dans une certaine mesure, la « liberté morale » des philosophes,
l'indépendance de la personne vis-à-vis de tout ce qui n’est pas elle. Mais ce
n’est pas tout à fait cette liberté, puisque l'indépendance que je décris n’a pas
toujours un caractère moral. De plus, elle ne consiste pas à dépendre de soi
comme un effet de la cause qui le détermine nécessairement. Par là, je reviendrais
au sens de « libre-arbitre ». Et pourtant je n’accepte pas ce sens complètement
aon plus, puisque le libre arbitre, au sens habituel du terme, implique l’égale
possibilité des deux contraires, et qu’on ne peut pas, selon moi, formuler ou
même concevoir ici la thèse de l’égale possibilité des deux contraires sans se
tromper gravement sur la nature du temps. Je pourrais donc dire que l’objet de
ma thèse, sur ce point particulier, a été précisément de trouver une position
intermédiaire entre la « liberté morale » et le « libre arbitre ». La Liberté, telle que
Je l’entends, est située entre ces deux termes, mais non pas à égale distance de
l'un et de l’autre. S'il fallait à toute force la confondre avec l’un des deux, c’est
Pour le « libre arbitre » que j’opterais. (H. Bergson.)
Il y a, ce me semble, dans le sens F, 2°, une confusion entre deux idées très
différentes. Le rapport d’un esprit à l’acte qu’il accomplit est certainement libre,
Mais parce qu’esprit signifie déjà liberté. Le rapport d’un agent quelconque à
son action est bien quelque chose d’ineffable, et on peut bien l’appeler libre, en
te sens qu'il ne ressemble en rien à la détermination d’un phénomène par un
Autre ; mais c’est là certainement un tout autre sens du mot liberté ; et si cet
êgent est aveugle, il suffit, ce me semble, de dire spontanéité. Je proposerais les
I. La liberté, telle que tout le monde la reconnaît en
LIBERTÉ
| LL
d'indépendance, pour la volonté, se
déterminant, sous l’idée même de cette
indépendance, en vue d’une fin dont
elle a également l’idée. » (A. FOUILLÉE,
Psychologie des Idées-forces, II, 290.)
« La liberté est la causalité intelligente
du moi. » (Zbid., 291.) — « Notre ana-
lyse ruine cette fiction d’une liberté
humaine infinie, inconditionnée, inalié-
nable. Si l’agent libre est celui qui se
possède par la réflexion, qui connaît
et l'énergie dont il dispose et les divers
emplois qu’il en peut faire, celui qui
prévoit, compare et juge les différentes
séries de phénomènes que sa détermi-
nation peut réaliser, il est clair que sa
liberté dépend de plusieurs conditions
en raison desquelles elle varie. » (Ma-
RION, De la solidarité morale, Introduc-
tion.) — Cf. chez KanrT, l'opposition
de l’arbitrium liberum, pris en ce sens,
à l’arbitrium brutum, qui ne suppose
562
pas l'existence de la raison (Ærit. rein.
Vern., A. 801 ; B. 829).
E. (Opposée à la passion, aux ins-
tincts brutaux, à l'ignorance, aux mo-
biles accidentels ou superficiels.) État
de l’être humain qui réalise dans ses
actes sa vraie nature, considérée comme
essentiellement caractérisée par la rai-
son et la moralité. En ce sens, le mot
liberté est un terme pleinement nor-
matif, et désigne un état idéal, où la
nature humaine serait exclusivement
gouvernée par ce qu’il y a en elle de
supérieur. (STofciENs, Spinoza, etc)
— « Dieu seul est parfaitement libre,
et les esprits créés ne le sont qu’à me-
sure qu'ils sont au-dessus des passions. »
LeiBniz, Nouveaux Essais, livre II,
chap. 21. — « La liberté véritable se
trouve partout inhérente et subordon-
née à l’ordre tant humain qu’exté-
rieur. Notre meilleure liberté consiste
à faire autant que possible prévaloir
es bons penchants sur les mauvais. »
(Aug. ComTE, Catéchisme positiviste,
&e entretien.)
…_F, (Opposée au déterminisme*.)
49 Puissance d’agir sans autre cause
que l'existence même de cette puis-
sance, c’est-à-dire sans aucune raison
relative au contenu de l’acte accompli.
« … Plus je recherche en moi-même
la raison qui me détermine, plus je sens
que je n’en ai aucune autre que ma
geule volonté : je sens par là clairement
ma liberté, qui consiste uniquement
dans un tel choix. C’est ce qui me fait
comprendre que je suis fait à l’image
de Dieu; parce que, n’y ayant rien
dans la matière qui le détermine à la
mouvoir plutôt qu’à la laisser en repos,
ou à la mouvoir d’un côté plutôt que
d’un autre, il n’y a aucune raison d’un
si grand effet que sa seule volonté, par
LIBERTÉ
où il.me paraît souverainement libre. »
(BossueT, Traité du Libre- Arbitre,
chap. II.) — « L'homme se croit libre :
en d’autres termes il s'emploie à diriger
son activité comme si les mouvements
de sa conscience et par suite les actes
qui en dépendent... pouvaient varier
par l'effet de quelque chose qui est en
lui, et que rien, non pas même ce que
lui-même est avant le dernier moment
qui précède l’action, ne prédétermine. »
(RENOUVIER, Science de la morale, I, 2.)
L'indétermination de la volonté rela-
tivement à son objet sous cette forme
s'appelle en général liberté d'indiffé-
rence*. (Voir ci-dessous, Critique.)
2° Pouvoir par lequel le fond indi-
viduel et inexprimable de l’être se ma-
nifeste et se crée en partie lui-même
dans ses actes, — pouvoir dont nous
avons conscience comme d’une réalité
immédiatement sentie, et qui caracté-
principe à tout être raisonnable ; et cette liberté peut être conçue : 1° comme
entièrement indéterminée ; 2° comme déterminée par la présence des motifs
(ceux qui admettent cette détermination laissant presque toujours subsister,
comme Kant, peut-être même comme Leibniz, un fond métaphysique d’indéter-
mination absolue) ; II. La liberté telle que chacun de nous la crée en lui-même,
en faisant plus ou moins prédominer en lui la raison sur les passions. Mais ce
second sens est plus moral que philosophique. Le vrai sens philosophique de
liberté est indétermination absolue, non par absence de toute tendance, mais par
élévation au-dessus de toute tendance et de toute nature. (J. Lachelier.)
On peut définir la liberté, en un sens général, l'indépendance par rapport aux
causes extérieures. Les espèces de ce genre sont la liberté physique, la liberté
civile ou politique, la liberté psychologique, la liberté métaphysique. La liberté
psychologique elle-même sera, soit liberté rationnelle (Leibniz, J. St. Mill), soit
liberté d’indifférence, suivant que l’on considère la nature de l’âme comme étant
intelligence ou volonté. Dans le premier cas, l’extérieur, le superficiel, ce sera
l'instinct, la passion, etc. ; dans le second cas, ce sera le concept, le raisonnement
abstrait, etc. Enfin je définirais la liberté métaphysique (soit spinoziste, soit
kantienne) comme étant l'indépendance par rapport à un ordre de causes.
(E. Halévy.) — Il me paraît difficile d’exclure du sens psychologique (et moral |
l’acception où Spinoza prend le mot liberté ; et réciproquement les épicuriens ou
les cartésiens, partisans de la liberté d’indifférence, y voyaient certainement un
pouvoir métaphysique. Je crois qu’il en est de même de M. Bergson. Et par
conséquent, sauf pour Kant, qui distingue expressément volonté empirique et
liberté nouménale, il me paraît impossible de séparer l’une de l’autre ces deux
classes de sens. De plus, la définition qui fait de la liberté métaphysique l’indé-
pendance par rapport à un ordre de causes me semblerait convenir à toute liberté :
la chute libre est l'indépendance par rapport aux forces autres que la pesanteur ;
la liberté politique, l'indépendance par rapport à l'arbitraire gouvernemental :
la liberté stoïcienne, l'indépendance par rapport aux passions, etc. Je dirais
plutôt, en partant de là, que l’idée de liberté absolue, qu’on pourrait appeler
métaphysique, notamment en ce qu’elle s'oppose à la nature, consiste dans une
sorte de passage à la limite : on se représente l’action comme affranchie successi-
vement de tels et tels ordres de causes, jusqu’à ce qu’elle devienne étrangère
à la fois à tous les ordres de cause, quels qu’ils soient. Mais la légitimité de cette
opération est bien contestable. (A. L.)
La confusion signalée entre les divers sens psychologiques et moraux du mot
liberté (sens D, E, F! et F2?) provient d’un défaut, voulu ou non, d’analyse; elle
se produit soit dans une philosophie principalement objective et intellectualiste
qui, sans porter l’attention sur les tendances, sur l’activité en elle-même, se
borne à en relever le caractère, tantôt rationnel, tantôt empirique ; soit dans une
doctrine immédiatement synthétique et concrète, pour laquelle idée rationnelle
et représentation sont des forces, soit élémentaires, soit composées!. Dans les
deux cas un pouvoir propre résulte pour la conscience individuelle de la substi-
tution en elle des idées claires et distinctes ou rationnelles aux perceptions
confuses. Agir rationnellement au lieu d’agir empiriquement, c’est accroître sa
puissance effective, parce que c’est mettre plus d'unité en soi et mieux harmoniser
ses actions avec un ordre extérieur, humain, universel ou divin. L’affirmation
de la liberté ainsi entendue, c’est l’affirmation, au point de vue objectif, de la
supériorité de l’universel et du nécessaire sur l’individuel et sur le contingent.
Les sens F résultent de la dissociation de l’idée et de la tendance, de l’enten-
dement et de la volonté.
Le premier, tout abstrait, peut s’établir ainsi : ordre ou désordre, rationalité
1. M. Bernès paraît admettre ici que la confusion n'a jamais lieu qu'en prenant la liberté intelligente aux sens D
stE, pour une représentation adéquate de la liberté d'indétermination, au sens F. Mais il me semble que l'inverse
st au moins aussi fréquent : on constate un certain degré de liberté, au sens D, ou l’on souhaite la réalisation de la
Hberté, au sens E, et l'on croit avoir établi par là l'existence ou la valeur morale dela liberté ,au x sens F! ou F?. (A. L.)
Pete CCE
LIBERTÉ
rise un ordre de faits où les concepts
de l’entendement, et notamment l’idée
de détermination, perdent toute signi-
fication. « On appelle liberté le rapport
du moi concret à l’acte qu’il accomplit.
Ce rapport est indéfinissable, précisé-
ment parce que nous sommes libres :
on analyse en effet une chose, mais non
pas un progrès; on décompose de
l'étendue, mais non pas de la durée.
C'est pourquoi toute définition de la
liberté donnera raison au déterminis-
me. » (H. BerGsoN. Essai sur les don-
nées immédiates de la Conscience, p.167.)
G. Liberté « intelligible », « trans-
cendentale », ou « nouménale » consis-
tant, selon Kaxr, en ce que l’explica-
tion complète de tout phénomène
donné est double : 1° en tant que ce
phénomène apparaît dans le temps, on
doit le rattacher à des phénomènes
antérieurs, desquels il résulte suivant
des lois qui le déterminent rigoureuse-
ment par rapport à ceux-ci; 2° les
564
pas des choses en soi, mais de simples
représentations, ils ont en outre des
causes intemporelles qui ne sont px
des phénomènes, et leur rapport à ces
causes constitue la liberté : « … Si
müssen selbst noch Gründe haben, qi
nicht Erscheinungen sind. Eine solche
intelligibele Ursache aber wird, in An-
sehung ihrer Causalität nicht durch
Erscheinungen bestimmt.… Die Wir.
kung kann also in Ansehung ihrer intel-
ligibelen Ursache als frei, und doch
zugleich in Ansehung der Erschei-
nungen als Erfolg aus denselben nach
der Nothwendigkeit der Natur ange-
sehen werden!. » (Critique de la Raison
pure, Antinomie de la Raison pure,
ge section, A. 537, B. 565.) — Cf.
1. « ls ont encore eux-mêmes néceamirement des
raisons d'être qui ne sont pas des phénomènes. Or, une
telle cause intelligible, en ce qui concerne sa causalité,
n'est déterminée par des phénomènes L'action
peut dono, au point de vue de sa cause intelligible, être
considérée comme Jibre, et cependant au point de vue
des phénomènes, être considérée comme un fait qui
résulte de leur enohaînement suivant la nécessité
phénomènes ainsi enchaïinés n'étant | naturelle. »
ou irrationalité, dans l’homme ou dans l'univers, sont de simples possibles que
l’on compare objectivement, et qui sont les objets de jugements de valeur, l’un
marquant la perfection, l’autre l’imperfection ; l'individu a plus de valeur lorsqu'il
est en harmonie avec lui-même et avec l'univers (rationalité) que dans le cas
contraire (irrationalité) ; mais, à ce point de vue, loin d’étre par lui-même une
valeur, il n’en obtient une qu’en cessant de se distinguer de l’univers. S'il est
une valeur, c’est en tant que volonté ou puissance, qui peut réaliser le rationnel
ou ne pas le réaliser ; être libre, c’est être cette puissance indéterminée elle-même,
et qu’on apercevra clairement en la séparant de tout jugement de valeur objective,
par exemple dans le choix de deux objets d’égale valeur et qui ne diffèrent que
numériquement. Cette liberté d’indifférence est ainsi un principe d’existence
entièrement séparé par la pensée de principe des essences et des valeurs objectives.
Cette conception se présente naturellement dans une analyse abstraite qui, après
avoir posé et comparé d’abord objectivement les caractères de l’individu et des
choses, remarque qu’il reste encore, ce travail achevé, à fonder l'existence de ces
caractères, et ainsi introduit, au dehors de l’entendement qui conçoit ou perçoit,
une volonté dont tout le rôle est de réaliser.
Mais le sens F peut se présenter autrement, d’une façon plus concrète, et non
plus comme le complément d’une analyse antérieure. C’est ce qui a lieu lorsque
appliquant sa pensée à la vie consciente, on remarque qu’elle est à la fois donnée
comme une existence et comme une valeur : que, à la fois comme existence (parce
qu’elle s'ouvre sur le futur) et comme valeur (parce que notre conception d’un
parfait, s’établissant par comparaison, n’est jamais que celle d’un plus parfait
ou d’un moins imparfait, d’un meilleur) elle déborde tous les cadres où la réflexion,
en la fixant momentanément, cherche à la faire tenir, et reste parfaitement
LIBERTÉ
Kritik der prakt. Vernunft, Kritische
3 Beleuchtungt, du $ 7 à la fin ; et Scno-
PENHAUER, Über die Freiheit des men-
schlichen Willens, ch. V.
CRITIQUE
1. Le sens À est ordinairement dési-
é, en ce qui concerne les actions
pumaines, sous le nom de liberté phy-
sique; telleest celle qui manque au
malade, au prisonnier, etc. Le terme
est un peu étroit ; car le fait de ne pas
pouvoir faire ce que l’on veut par
suite d’une contrainte morale rentre
souvent dans la même catégorie : par
exemple quand un homme ne peut
voter dans le sens qui lui conviendrait
parce qu’il perdrait une place qui lui
est nécessaire. Et, dans le cas du ma-
lade lui-même, l’impossibilité d’agir de
telle ou telle façon n’est pas, le plus
souvent, une impossibilité physique
réelle, mais seulement la menace d’une
aggravation de son mal, ou d’une com-
plication mortelle, s’il agit comme il le
ferait en temps ordinaire. L'expression
liberté externe serait donc préférable.
2. La liberté, au sens C (politique),
ne peut se définir par une absence
totale de contrainte exercée sur l’indi-
vidu, ce qui serait incompatible avec
l’existence même d’une société. Elle ne
consiste pas non plus, comme on le dit
souvent, dans toute suppression d’une
contrainte antérieure quelconque : car
il n’est pas rare d’entendre objecter à
telle suppression de ce genre « q.'elle
ne serait pas la liberté, mais la licence».
Le concept de liberté, dans cette ac-
ception, est donc essentiellement ap-
préciatif : la liberté est l’absence ou la
suppression de toute contrainte consi-
dérée comme anormale, illégitime, im-
morale. « Cette contrainte, qui nous
empêche de satisfaire sans mesure nos
désirs même déréglés, ne saurait être
confondue avec celle qui nous ôte les
1. « Eolairoissement critique. » moyens d’obtenir la juste rémunération
incommensurable à toutes les mesures que nous choisissons pour un usage instru-
mental; enfin que si toute opération proprement intellectuelle ou réflexive
reste au-dessous de sa réalité, cette indétermination relative de nous-mêmes est
cependant présente à la conscience dans le sentiment global que nous avons
intuitivement de notre action. Et c’est alors cette marge où naissent à la fois la
représentation objective que nous formons de nous-mêmes et le sentiment intime
de notre puissance, que nous appelons notre liberté, élément essentiel et irréduc-
tiblement individuel de nous-mêmes, matière jamais épuisée pour la réflexion qui
s'exerce à en dégager de l’universel.
En considérant ces diverses acceptions du mot liberté, j’inclinerais à les classer
de la façon suivante :
. 10 Sens principalement négatifs. — Absence de contrainte (absence de contrainte
de l'individu : 1° par une influence physique ; 2° par une influence morale;
& en particulier par l'influence d’un groupe social politiquement constitué).
Le terme commun applicable dans tous les cas paraît être le terme
indépendance.
2° Sens positifs : 1. Possibilité de puissance de l’action rationnelle, puissance
due à la fois à ses caractères formels (ordre et unité) et à l’universalité de son
objet ; il signifie simplement que, toutes conditions égales, l’action qui se fait
une direction constante, et particulièrement dans la direction des constantes
réel acquiert par là même une efficacité plus grande. Je ne crois pas quil y
lieu d'appeler ceci une liberté morale, le mot libre qualifiant un sujet d'action
tôt qu’un instrument d’action, fût-il parfait, et la réflexion rationnelle étant
Ailleurs un instrument d'action peut-être indéfiniment perfectible, mais jamais
Parfait ni suffisant. Tout ce qu’on peut dire c’est que si l’on compare la conduite
_ dt
nn EE R
LIBERTÉ
de notre travail. La première n'existe
pas pour l’homme sain. » (DURKHEIM,
Division du travail social, p. #29.) Cf.
Autonomie*.
L'idée de liberté implique donc en ce
sens l’idée de loi, tandis qu’au sens B,
elle s'oppose à la loi et ne commence
qu'au point où la loi cesse de comman-
der. Bien qu'il se présente, entre ces
deux sens, également usités, des inter-
médiaires embarrassants, il n’y a pas
de doute qu'ils ressortissent à deux
conceptions originairement différentes.
3. Sur la distinction des sens D, E,
F, voir aux Observations. Ces sens étant
très généralement confondus dans le
langage philosophique, nous propo-
sons :
a. D’appeler toujours « liberté mo-
rale » le pouvoir raisonnable défini
en D (spontaneitas intelligentis de Le18-
566
niz, intellectuelle Freiheit de SCuo.
PENHAUER ; VOir en Ce qui Concerne ce
dernier terme, Über die Freiheit, ap.
pendice Ï).
b. D’appeler « liberté du sage »
comme on le fait d’ailleurs fréquem.
ment, l’autonomie stoïcienne ou spi-
noziste. Ces deux derniers adjectifs
peuvent d’ailleurs servir à préciser ay
besoin la nuance particulière de cette
liberté qu’on entend viser.
c. De réserver le nom de libre-arbitre
aux deux formes d’indéterminisme dé-
finies en F, la première gardant le nom
usuel de Liberté d’indifférence*, ou
mieux de libre arbitre d'indifférence :
liberum arbitrum indifferentiæ (Duns
Scor, etc.). Il est vrai que Leibniz,
toujours préoccupé de donner un bon
sens aux formules ayant cours, a pris
souvent « liberté d’indifférence » au
conforme à la raison à celle qui dépend seulement des impressions immédiates,
la première est un moyen puissant de libération par rapport à une multitr de de
nécessités factices, qu’elle élimine, pour ne retenir que les nécessités les plus
irréductibles. | |
u. Cette acception marque dans tous les cas que le sujet considéré est en un
sens le principe de la réalisation de cette puissance (du fiat) ; et c’est l’acception
qui paraît convenir le mieux au mot liberté. nn .
On peut, d’ailleurs, distinguer : 1° la conception de ce principe en lui-même, en
dehors de toute distinction de valeur dans les actions qu’il engage, conception
tout abstraite et négative, et qui n’a qu’un intérêt critique, résultant de ce qu elle
appelle l'attention sur l'irréductibilité du vouloir à la raison du sujet individuel,
à l’objet universel (c’est la liberté d’indifférence). Considérée comme positive, cette
conception serait contradictoire, en ce sens qu’elle viserait à isoler et à déterminer
la liberté comme un objet distinct. — 2° Le sentiment, formé dans l’action même,
d'une puissance qui en nous dépasse tous ses effets donnés ou concevables, que
ne limite absolument aucun jugement de valeur, puisque ces jugements ne sont
que des essais imparfaits d'expression de ses préférences, mais qu'on ne peut
séparer réellement de ses effets, ni des jugements de valeur qui Sy appliquent,
puisqu'elle est au moins pour une part dans ses effets, et que les jugements de
valeur ont pour but d'exprimer le principal de ses tendances ; c’est sur elle que
reposent ces jugements, à elle qu'ils empruntent leur matière, en elle que réside
la possibilité de les développer. Elle est donc pratiquement le quelque chose de
nous, que toute action qui se fait ajoute à toute détermination acquise ; et nous en
découvrons l'existence de mille manières : directement dans le sentiment plein de la
vie active, indirectement dans l’idée de la relativité de nos perceptions présentes OÙ
de la limitation de valeur de nos analyses et de nos constructions de concepts. En
particulier, si nous restreignons, comme il arrive souvent, son action à un simple
choix entre des valeurs déjà définies, si nous la considérons donc comme une
sorte d’arbitrage, nous pouvons l’appeler un libre arbitre. (M. Bernès.)
gens D, et qu'il désigne dans ce cas le
sens F, qu’il exclut, sous le nom d’«in-
différence d'équilibre » ou « d’indéter-
mination » (voir not. Théodicée, 35, 46,
232) ;, mais souvent aussi il remarque
que la « pleine indifférence », l’ « indif-
férence vague » ou |’ « indifférence
pure » serait la même chose que cet
équilibre inadmissible (Jbid., 175, 303,
914, 320, 365). Cf. Nouveaux Essais,
If, xxt, 8 47 : « Le principe imaginaire
d'une indifférence purfaite ou d’équi-
libre, dans laquelle quelques-uns vou-
draient faire consister l’essence de la
liberté... » D'autre part, il appelle franc
arbitre la liberté de l'esprit « opposée
à la nécessité et qui regarde la volonté
nue », il la distingue de cette autre
Bberté « qui s'oppose à l’imperfection
de l'esprit » et selon laquelle « Dieu
seul est parfaitement libre, et les es-
prits créés ne le sont qu’à mesure qu'ils
sont au-dessus des passions »; ce qui
est la liberté au sens E. (Nouv. Essais,
LI, xxt, $ 8.)
- Rad. int. : À, B, C, D, E. Liberes ;
F. Liber-arbitri.
« LIBERTISME. » Ce terme a été
employé par BERGsoN pour désigner
le genre de doctrines dont fait partie
sa propre philosophie. (Compte rendu
du premier Congrès international de
philosophie, 1900. Revue de métaph. et
de morale, vol. VIII, p. 661.)
‘ LIBRE-ARBITRE, voir Arbitre* et
Liberté?
” Le sens de l’expression libre-arbitre,
recommandé dans la critique du mot
liberté*, est conforme à l'usage de
Bercson (voir ci-dessus) et de Go-
8LOT, Logique, p. 17, où cette idée est
vigoureusement analysée.
LIEU, G. téroc : I. Locus; D. Ort;
S. Place ; L Luogo.
Étendue occupée par un corps, en
LIEU
tant que cette étendue est distinguée
par la pensée de l'étendue environ-
nante, et considérée comme une partie
de l’espace. « Le lieu nous marque plus
expressément la situation que la gran-
deur ou la figure... de sorte que si
nous disons qu’une chose est en un tel
lieu, nous entendons seulement qu’elle
est située de telle façon à l'égard de
quelques autres choses ; mais si nous
ajoutons qu'elle occupe un tel espace
ou un tel lieu, nous entendons outre
cela qu’elle est de telle grandeur et de
telle figure qu’elle peut le remplir tout
justement. » (DESCARTES, Principes de
la philosophie, II, 14.)
« Lieu géométrique », ensemble de
points jouissant d’une même pro-
priété.
« Lieu intérieur », l'étendue même
d’un corps, qu’il emporte avec lui si
on le déplace ; « lieu extérieur », l’éten-
due qu’il occupait, et que l’on con:i-
dère comme demeurant en place, tandis
que le corps la quitte. DESCARTES, dans
le passage cité plus haut, rappelle cette
distinction, mais la déclare futile et
inconciliable avec la relativité du mou-
vement (exemple de l’homme qui se
déplace sur un navire). — Elle vient
soit de l'opposition établie par Aristote
entre le réxoc et le Giéormua peraËb rüv
écxdrov (Physique, IV, 4, 21107), soit
de celle qu’il reconnaît entre le +éroc
(5:06, l'étendue occupée par un corps,
et le térocs xoivéc, « Ev & Gmavra Ta
oœuara ésriwv, », entre lesquels il est
d’ailleurs possible de distinguer une
série de lieux intermédiaires, le pays,
la terre, l'air, le ciel, etc., qui se con-
tiennent respectivement. (Physique, IV,
2 ; 209231 sqq.)
« Lieu transcendental » (transcenden-
taler Ort, KaANT) : voir Topique*, B.
Rad. int. : Lok.
SR — —
‘ Sur Lieu. — C. Hémon nous a signalé l’expression « le lieu de la croyance »
Posée à l’expression « non-lieu »). Elle nous a paru trop rare pour être insérée
Î le texte même du vocabulaire.
LIEU
568
or re. ee
Lieux communs, G +éxo {d’où le
titre des vontx& d’ARISTOTE ; L. Loci
communes ; D. (Logische, metaphysis-
che, rhetorische) Ürter, Gemeinplätze ;
E. Commonplace topics ; I. Luoghi com-
muni, topici. (Voir Observations.)
A. « Ce que les logiciens appellent
lieux (loci argumentorum) sont certains
chefs généraux, auxquels on peut rap-
porter toutes les preuves dont on se
sert dans les diverses matières que l’on
traite ; et la partie de la logique qu'ils
appellent invention n'est autre chose
que ce qu'ils enseignent de ces lieux. »
(Logique de Port-Royal, 3° partie,
ch. xvii.)
Les « lieux de grammaire » sont
l’'étymologie et les mots de même
racine.
Les « lieux de logique » sont le genre,
lespèce, la différence, le propre, l’ac-
cident, la définition, la division. On y
joint les maximes logiques qui s’y rap-
portent, telles que : « Ce qui s’affirme
ou se nie du genre se nie aussi de
l'espèce ; en détruisant le genre, on
détruit l'espèce ; en détruisant toutes
les espèces, on détruit le genre », etc.
Les « lieux de métaphysique » sont
la cause (= les quatre causes) et l'effet,
le tout et la partie, les termes opposés
(relatifs, contraires, privatifs et con-
tradictoires). — Jbid., chap. xvunr.
B. Au sens courant : banalités.
Rad. int. : Komun-lok.
Ligne prédicamentale, voir Prédica-
mental*.
LIMINAL, D. Liminal, Schwellen… ;
E. Liminal. Qui concerne le seuil* (de
la conscience, de l’excitation, etc.).
Rad. int. : Liminal.
LIMITATIF, D. Beschränkend, Limi-
tatio ; E. Restrictive ; I. Limitativo.
Outre le sens général de ce mot, qui
n’a pas de caractère spécialement phi-
losophique, il entre dans plusieurs ex-
pressions techniques de logique :
« Limitatifs (concepts). » D. Grenz-
begriffe. (KANT.) — Voir ci-dessous Li-
mite-A et Observations.
Limitatifs (jugements). D. Beschrän-
kende Urtheile. (KANT, Xrit. der reinen
Vernunft, Observations sur le tableau
des formes du jugement, $ 2.)
Ces jugements, appelés aussi par
KaANT indéfinis (unendliche Urtheile),
sont les jugements affirmatifs à prédi-
cat négatif : « L'âme est non-mortelle. »
Ils occupent le troisième rang dans la
catégorie de la qualité et s'opposent à
ce titre aux jugements aÿffirmatifs et
négatifs.
CRITIQUE
KanrT explique, dans l’'Observation
citée plus haut, que cette distinction,
inutile à la logique générale, où il ne
saurait même y avoir de termes néga-
tifs, est nécessaire à la logique trans-
cendentale ; mais en fait, il n’en a tiré
aucun usage dans l'établissement des
Sur Lieux Communs. — En italien, l’expression Luoghi comuni n'est en usage
que dans le langage ordinaire, pour désigner soit des banalités, soit des manières
de parler proverbiales. En logique on emploie quelquefois le mot topici pour
désigner les lieux aristotéliciens. (C. Ranzoli.)
— L'expression locicommunes se trouve pour la première fois dans CORNIFICIUS,
Rhét. à Herennius, 1. Voir Geschichte der philosophischen Terminologie, p. 51.
(R. Eucken.)
Sur Limitatifs (jugements). — Il y a cependant une nuance entre « n'être P4$
menteur » et être « non-menteur » Dans le premier cas, le prédicat menteur est
simplement ôté; dans le second il est remplacé par un prédicat opposé, qui
l’exclut. (J. Lacheller.)
F
|
569
—
LIMITE
anticipations de la perception qui dé-
endent de la catégorie de qualité.
oir Indéfini*, Critique.
Limitative (Particulière*), celle qui
(soit expressément, soit en raison du
contexte) affirme ou nie le prédicat
d'une partie seulement de l’extension
du sujet; équivalente, par suite, à
l’assertion simultanée de I et de O.
Dans le langage courant, les proposi-
tions particulières sont presque tou-
jours entendues en ce sens ; mais dans
la logique classique, il est convenu que
les particulières sont toujours prises au
sens minimal*. Sur la logique des par-
ticulières limitatives, voir GINZBERG
et CouTURAT, Revue de Métaphysique,
année 1913, p. 101; et 1914, p. 257-
260. — On dit encore, en ce sens,
« particulière exclusive* ».
LIMITATION, D. Limitation, Be-
schränkung ; E. Limitation ; I. Limita-
sione.
A. Caractère de ce qui présente une
limite, au sens A.
B. Caractère des termes négatifs
(qu’ils soient employés comme sujets
ou comme prédicats d’une proposition).
Cet usage date de Boëèce, d’après PEIR-
ce, Baldwin's Dictionary, Vo.
Rad. int. : À. Finitec.
LIMITE, D. Grenz, Grenzwert (au
sens B) ; — E. Limit ; I. Limite.
A. Point, ligne ou surface considérés
comme marquant la séparation de deux
régions de l’espace (primitivement, de
deux territoires). — Point marquant la
séparation de deux périodes de temps.
— Par métaphore, le point que ne
peut franchir une action, une connais-
sance, etc. On distingue souvent en ce
sens les limites actuelles et les limites
nécessaires, OU ultimés. « Cette limite
(le nombre des corps simples) n’a ja-
mais été acceptée par les chimistes que
comme un fait actuel, qu’ils ont tou-
jours conservé l'espoir de dépasser. »
BERTHELOT, Les origines de l’alchimie,
livre IV, ch. 11, 289.)
En un sens très voisin, KANT appelle
le concept de noumène « ein Grenzbe-
griff » (un concept-limite) en tant qu’il
sert seulement à limiter (einschränken)
les prétentions de la connaissance sen-
sible, et qu’il n’a par suite qu’un usage
Sur Limite. — Le sens C nous est signalé par M. Bertrand Russell, qui fait
remarquer en même temps que ce concept est plus simple que le concept répondant
au sens usuel B.
M. Ranzoli aurait désiré qu’un article spécial fût consacré à l’idée de Grenz-
begriff, concept limitatif. Non seulement, dit-il, cette notion a été fréquemment
employée par Kant, mais on la retrouve chez ARD1c6 (Il noumeno di Kant
Pp. 117-146 des Opere filosifiche) et chez HôrrDiNc, Philosophie de la religion,
6h. 11, 2° partie, qui a précisément pour titre : « Les concepts limitatifs ».
Nous avons cru devoir nous borner à une simple mention de ce terme qui est
extrêmement rare en français. Le compte rendu du livre d’Ardigô, La dottrina
#penceriana dell” Inconoscibile, publiée par M. J. Segond dans la Revue Philoso-
Phigue du 1er avril 1900 (auquel nous renvoie M. Ranzoui), ne contient qu’une
fois et accidentellement Pexpression « concept limitatif ». Nous ne saurions en
fout cas dans notre langue employer l'expression « concept-limite », comme il le
fait en italien (concetto-limite) ; le sens B du mot limite est devenu si prépondérant
‘ans la langue philosophique française que cette expression serait presque néces-
rement entendue en un sens tout différent du Grenzhegriff kantien ; elle parat-
t désigner le concept formé par un passage à la limite, et, de fait, elle a été
*ployée en ce sens par plusieurs auteurs. D'ailleurs, même en allemand, Grenz-
Ty a aussi été pris en ce sens, p. ex. chez Wunpr, Logik, Il, 4° partie, ch. 1,
- (A. L.)
di.
LIMITE
570
EE ——_—_—__—_———
négatif. (Crit. de la Raison pure, À. 255,
B. 311.) Cette notion est restée en
usage chez quelques philosophes con-
temporains. Pour la critique du terme
qui la représente, voir les Observations.
B. « Nous appelons limite d’une
grandeur variable une grandeur cons-
tante, telle que la différence entre elle
et la variable puisse devenir et rester
moindre que toute grandeur désignée. »
(DuHaMEL, Des méthodes dans les scien-
ces de raisonnement, 2° partie, pp. 385-
386.) La seconde condition, celle qui
consiste à rester moindre que toute
grandeur désignée, est nécessaire, ainsi
qu’il le fait observer plus loin, pour
qu’une variable ne puisse tendre que
vers une seule limite. |
Mais cette définition ne détermine
pas sous quelle loi de variation la va-
riable en question devient et reste
moindre que sa limite. Il ÿ a donc
avantage à la préciser en disant qu'une
fonction de x (soit y) a pour limite une
grandeur fixe b quand x tend vers a,
si nous pouvons, en donnant à x des
valeurs qui diffèrent de moins en moins
de a, faire prendre à y des valeurs qui
diffèrent de moins en moins de b,
cette différence pouvant descendre au-
dessous de toute quantité donnée.
C. Étant donnée une classe a conte-
nue dans une série P, si a n’a pas un
dernier terme, on appelle « limite de a»
le premier terme de la série P qui
succède à tous les termes de a. « Un
nombre irrationnel est la limite des
diverses fractions qui en fournissent
des valeurs de plus en plus approchées. »
(CaucHy, Analyse algébrique, p. 4.)
Cette notion de limite infinitésimale,
elle aussi, s'emploie souvent par méta-
phore dans l’ordre psychologique et
moral. « La nature est la limite du mou-
vement de décroissance de l’habitude. »
Ravaisson, De l'habitude, p. 32.
Rad. int. : Limit.
LINGUISTIQUE, D. Linguistik,
Sprachwissenschaft ; E. Linguistics ; I.
Linguistica.
Science du langage en général, fondée
sur la comparaison des différentes
langues connues. Elle comprend Ja
phonétique (étude des sons) ; la gram.
maire ; la lexicographie et la séman-
tique*. Voir VENDRYESs, Le Langage
p. 2-3 et passim.
LOCAL, D. Lokal, értlich ; E. Local ;
L Locale.
Qui concerne le lieu*, ou qui dépend
du lieu. Ce terme entre dans plusieurs
expressions qui touchent à la philoso-
phie : Mouvement local (p. ex. DEs-
CARTES, Principes, 22 partie, art. 23:
— cf. art. 24, au début, — opposant
le Mouvement proprement dit au mou-
vement pris dans le sens large et excep.
tionnel qu’on donne à ce terme pour
traduire xfmaic d’Aristote). Voir Aou.
vement*, Critique. — Temps local, voir
Temps*.
Locaux (Signes), D. Zokalzeichen,
E. Local signs ; [. Segni locali.
Terme créé par LoTze (Medicinische
Psychologie, 1852) pour désigner ce fait
qu'une excitation donnée, suivant
qu'elle s'applique en un point ou un
autre du corps, donne naissance : 1° à
une sensation constante, lorsque la
nature des terminaisons nerveuses aux-
quelles elle s'applique est la même ;
90 à une sensation accessoire, ou à un
système de sensations accessoires (Ne-
beneindruck, Nebenbestimmungen), Va:
riables selon le point excité, mais
constantes pour un même point et qui,
par suite, permettent la localisation de
la sensation principale : cette sensation
ou ces sensations accessoires sont Jes
signe local. P. ex. une lumière donnæ
tombant sur les points a, b, c de la
rétine provoque toujours la sensation
de couleur rouge; mais, de plus, elle
provoque respectivement les sensations
accessoires «, B, y qui sont indépen
dantes de la nature de l’excitation, &
qui ne dépendent que de celle du point
excité (Grundriss der Psychologie, $ 32).
Sur la nature de ces sensations 45
cessoires, sur leur simplicité ou leur
complexité, différentes théories ont &
571
CE
proposées par Hecmnozrrz, Wunpr,
Lreps, etc. Voir notamment l’article de
Lorze intitulé : Formation de la notion
d’espace ; théorie des signes locaux, Re-
vue philosophique, octobre 1877 ; et
celui de Wunpr, Sur la théorie des
signes locaux, tbid., septembre 1878. Ce
dernier a, depuis lors, complété et
transformé sa théorie. Voir Phy-
siologische Psychologie, 5° édition,
FI, 491 et suivantes, 501, 662 et sui-
vantes, 685 et suivantes.
Rad. int. : Lokal.
LOCALISATION, D. Localisation ; E.
Lokalisation ; I. Localizzazione.
Sens général : action de placer en
un lieu déterminé ; fait d'y être placé.
Notamment :
A. Opération psychologique par la-
quelle nous nous représentons les qua-
lités sensibles, et par suite les objets
perçus, comme occupant dans notre
corps ou par rapport à notre corps une
position spatiale déterminée.
Les erreurs de localisation, ou fausses
localisations (D. Lokalisationsfälschun-
gen) sont les cas dans lesquels la sensa-
tion est rapportée à un point de l’espace
que, normalement, elle ne devrait pas
Baraître occuper : p. ex. quand un son
venant de droite est perçu comme
venant de gauche, quand un petit objet
rapproché est pris pour un grand objet
éloigné, etc. Cf. Illusion*.
Il n’est pas d'usage d’appeler erreurs
de localisation ou fausses localisations
les illusions de ce genre, quand il s’agit
d'effets stéréoscopiques, ou d'effets de
Perspective voulus (peinture, diora-
Was) ; sans doute parce que, sauf de
rares exceptions, ces phénomènes
Re provoquent pas de jugement erroné
fur leur objet. Mais cette expression
#emploie bien en parlant des illusions
Provoquées par les prestidigitateurs, etc.
- B. Par analogie avec la localisation
ns l’espace, on appelle Localisation
LOCALISATIONS
dans le temps le fait de déterminer la
date et les circonstances d’un souvenir :
voir notamment RisoT, Maladies de la
mémoire, chap. I.
Rad. int. : Lokizad.
Localisations cérébrales (D. Corti-
cale Lokalisationen ; E. Cerebral locali-
sations ; 1. Localizzazioni cerebrali).
Dépendance fonctionnelle supposée
de certains phénomènes psychiques par
rapport à certaines régions déterminées
du cerveau, qui sont dites en être le
« siège ». Ce terme s’applique :
A. Au système phrénologique de
Gall, qui est même ce que l’on désigne
le plus communément sous le nom de
« théorie des localisations cérébrales ».
Ce système n’a plus qu’un intérêt his-
torique, notamment par ses rapports
avec la psychologie d’Auguste Comre
et celle de MaiNE DE BiRaN.
B. À la théorie de Bnoca (Sur le
siège de la faculté du langage articulé,
1861), théorie actuellement très con-
testée (voir D' Mourier, L'aphasie de
Broca, 1908), et à quelques autres
théories analogues, comme celles de
WERNICKE, sur le siège de la surdité
verbale ; de PaGano, sur le siège des
émotions, etc., qui ne sont pas moins
douteuses.
C. Aux observations sur les régions
du cerveau où viennent aboutir les
diverses impressions sensorielles, et à
celles d’où partent les excitations
motrices des différentes régions du
corps (MEYNERT, FRirscn et Hirzic,
Muxk, etc.), ainsi qu’aux hypothèses sur
les régions auxquelles correspondraient
les fonctions plus complexes de liaison
entre celles-ci (centres d’aperception
de Wunpr, centres d'association de
FLecusic, etc.).
On admet aujourd’hui qu'aux diver-
ses classes de phénomènes psycholo-
giques correspondent, non des « sièges »,
c’est-à-dire des régions ou des organes
Sur Localisation et Signes locaux.
G. Dwelshauvers.
Articles complétés sur les indications
LOCALISATIONS
déterminés, mais des « trajets » comm-
plexes, pouvant intéresser des régions
multiples et distantes de la substance
cérébrale.
Rad. int. : Cerebral-lokizad.
LOGICISME, D. Logizismus ; E. Lo-
gicism ; L. Logicismo, Logismo.
Doctrine qui donne à la logique une
place prépondérante en philosophie.
« Ce qui attire Kant, dans leur doctrine
(dans la doctrine des moralistes, tels
que Shaftesbury, Hutcheson, Hume)
c’est, par opposition au logicisme de
l’école de Wolff, l’idée que la moralité
n'est pas œuvre de réflexion et de
calcul. » DELBos, Philos. pratique de
Kant, p. 1083.
Se dit en particulier : 1° de la philo-
sophie hégélienne (d’après BazLDwiN,
Thought and Things, 1, 7}. (Mais ce
terme ne figure pas dans le dictionnaire
du même auteur, ni dans celui d’Eus-
LER. Il est d’ailleurs inexact que la
dialectique hégélienne soit une logique,
au sens usyel de ce mot.) — 2° Des
572
doctrines qui visent à garder à la Jo.
gique l’autonomie la plus absolue, et 4
n’y admettre aucune intervention de
la psychologie : « Le logicisme de Hus-
serl. » Cf. Psychologisme*, texte et cri.
tique.
1. LOGIQUE, subst. — G. Aoyixà (ne
se trouve pas avec cette acception dans
ARISTOTE ; VOir Observations) ; — I,
Logica, Dialectica ; D. Logik ; E. Logic ;
I Logica.
Sens général. Science ayant pour ob-
jet le jugeinent d’appréciation* en tant
qu’il s’applique à la distinction du Vrai
et du Faux*. Cf. Éthique*, Esthétique.
A. L'une des parties de la philoso.
phie : science ayant pour objet de dé.
terminer, parmi toutes les opérations
intellectuelles tendant à la connaissance
du vrai, lesquelles sont valides, et les-
quelles ne le sont pas.
« Logic may be defined as the science
which investigates the general princi-
ples of valid thought. Its object is to
discuss the characteristics of judg-
À 573
———
ments regarded not as psychological
phenomena, but as expressing our
knowledges and beliefs ; and in parti-
cular, it seeks to determine the condi-
tions under which we are justified in
passing from given judgments to other
judgments that follow from them... It
may accordingly be described as a
normative or regulative science ; this
character it possesses in common with
ethics and aesthetics!. » KEyNESs, For-
mal Logic, Introduction, $ 1.
La logique ainsi entendue peut être :
19 Logique formelle. Cette expression
s'emploie elle-même en deux sens
a) Étude des concepts, jugements et
1.« La logique peut être définie la science qu étudie
les principes généraux de la pensée valide. Bon objet est
de discuter les caraotéristiques des jugements considérés
son Comme phénomènes psychologiques, œais comme
exprimant des connaissances et des croyances; en
particulier, elle cherobe à déterminer les conditions
suxquelles nous avons le droit de passer do certains
ments donnés à d'autres jugements qui en sont la
conséquence... Elle peut donc être appelée une soience
mormative ou régulative ; elle possède ce caractère en
smmun avec l'éthique et l'esthétique. »
LOGIQUE
raisonnements, considérés dans les for-
mes où ils sont énoncés, et abstraction
faite de la matière à laquelle ils s’appli-
quent, en vue de déterminer ir abs-
tracto leurs propriétés, leur validité,
leurs enchaînements, et les conditions
sous lesquelles ils s’impliquent ou s’ex-
cluent les uns les autres. — C’est le
sens propre de cette expression.
« Logic is. the examination of that
part of reasoning which depends upon
the manner in which inferences are
formed... It has so far nothing to do
with the truth of the facts, opinions or
presumptions, from which an inference
is derived : but simply takes care that
the inference shall certainly be true, if
the premises be truet. » DE MorGan,
Formal Logic (Elements of Logic), ch. I.
1. « La logique est... l'examen de cette partie du rai-
sonnement qui repose sur la manière dont les inféret-
ces sont formées. Elle n'a rien à faire dans cette mesure
aveo la vérité des faits, opinions ou présomptions d’où
l'inférence est tirée : elle prend garde simplement que
cette inférence soit certainement vraie, si les prémisses
sont vraies. »
Sur Logicisme, — Nous avions mis ce terme entre guillemets dans la 1re édition
de ce Vocabulaire (fasc. 13, 1910), à titre de néologisine encore discuté. L'emploi
en était critiqué par H. W. Carr et C. Ranzoli, défendu par L. Boisse. Mais depuis
cette époque il est devenu, très usuel et M. Ranzoli lui a consacré lui-même un
article dans la 3€ édition de son Dizionario di Scienze filosofiche (1926).
Sur Logique. — Origine de ce terme. On ne sait exactement ni par qui, ni à
quelle époque il a été employé au sens moderne. PRANTL (Geschichte der Logik
im Abendlandeï, I, 535-536) cite les principaux textes qui se rapportent à cette
question et suppose, d’après une indication de Boëce, qu’il peut avoir été créé par
les commentateurs d’Aristote pour opposer l’Organon de celui-ci à la « Dialectique »
stoïcienne (peut-être au temps d’Andronicus de Rhodes). En tout cas il est
employé par CicÉRON, De finibus, I, 7, et l’usage qui en est fait chez Alexandre
d’Aphrodisias et chez Galien paraît montrer qu’il était devenu tout à fait courant
à leur époque. (Référence communiquée par R. Eucken.)
L'usage de ce mot est courant à partir des Stoiïciens : cf. le texte de Chrysippe
(Frag. Vet. Stoir., II, n° 42) qui donne +à Aoytxà Bewpnuxtax comme une des trois
espèces de « philosophie ». (E. Bréhier.)
Sur les différents sens du mot Logique. — La question est des plus compliquées:
il me semble que les sens possibles — eten même temps historiques — du mot
logique pourraient se ramener à trois, correspondant à trois sens du mot vérité.
19 Il y a une vérité objective, intrinsèque des choses. Un phénomène déterminé
1. Histoire de la Logique dans l'Occident.
par un autre, suivant leslois de la nature, est vrai, un phénomène qui nous apparaît
en dehors de toute connexion naturelle est faux et n’est qu’un rêve. Il y a, par
suite, une logique qui est la science de la vérité objective des choses, ou des
conditions a priori de toute existence : c’est la logique transcendentale de Kant.
29 Il y a une vérité subjective (la seule dont le vulgaire ait l’idée) qui est la
conformité de nos pensées aux choses telles qu’elles existent en elles-mêmes. Il y
a par suite une logique subjective, qui est l’ensemble des moyens que nous devons
employer pour parvenir à nous représenter les choses telles qu’elles sont : par
exemple les méthodes de Mill.
3° Il y a enfin une vérité, ou plutôt une nécessité de penser, purement hypo-
thétique, qui consiste en ce que, telle chose étant supposée vraie (alors même
qu’elle serait fausse), telle autre, qui s’ensuit, doit être tenue aussi pour vraie ; et
Ï y a une science de cette vérité hypothétique qui est la logique de la conséquence
ou la syllogistique.
Il me semble que c’est ce troisième sens du mot logique qui est le plus conforme
à l’étymologie, la logique ainsi entendue étant la fonction propre du X6Yoc pris en
lui-même, exerçant sa force déductive en dehors de tout commerce actuel avec
les choses.
Il me semble aussi que ce sens est le plus répandu. C’est en ce sens qu'on dit
Ron seulement que le langage, mais même que la conduite d’un homme est
logique.
On pourrait dire que la vérité hypothétique, objet de la syllogistique, est
subjective à la seconde puissance ; elle est vérité, non pour un esprit en général,
Mais pour celui qui a déjà supposé que, … etc.
La logique, dans le premier et le troisième sens, est une science qui porte sa
LOGIQUE
574
b) Logique symbolique : algorithme*
où l’on combine des notations purement
formelles, définies par une axiomatique
décisoire et abstraite, et telles que le sys-
tème ainsi constitué soit susceptible d’é-
tre appliqué à la Logique, définie comme
ci-dessus. Cf. Algèbre* de la Logique.
Le nom propre de cette branche
d’études est Logistique*.
20 Logique générale (quelquefois Lo-
gique matérielle ; mais cette expression
est obscure), ayant pour objet de dé-
terminer, parmi toutes les opérations
discursives de l'esprit, lesquelles con-
duisent à la vérité et lesquelles con-
duisent à l’erreur. Elle comprend ainsi
non seulement l’étude des implications
rigoureuses, mais celle des opérations
inductives, des hypothèses, des métho-
des scientifiques, etc., considérées au
point de vue de leur valeur probante.
B. Manière de raisonner, telle qu’elle
s'exerce en fait. — On dit quelquefois,
en ce sens, logique naturelle.
TU
« La logique naissante est brute et
fruste ; le raisonnement primitif est au
raisonnement des logiciens ce que les
instruments de l’âge de pierre sont à
nos outils perfectionnés. — Dans ce
mélange confus de vrai et de faux...
une séparation s’établit entre le raison.
nement qui renferme la preuve, et Je
raisonnement qui échappe à la preuve,
quoiqu'il la simule, entre la logique
rationnelle et la logique des senti.
ments. » Th. RiBor, Logique des senu.
ments, Préface, viri-1x.
En particulier, chez Auguste Come,
art de convaincre en mettant en jeu
les sentiments : « On doit regarder
comme plus sûre qu'aucune autre la
logique des sentiments, c’est-à-dire
l'art de faciliter la combinaison des
notions d’après la connexité des émo-
tions correspondantes. » Politique posi-
tive, 1re éd., II, 239.
C. Analyse des formes et des lois de
la pensée, soit au point de vue ratio-
justification en elle-même ; dans le second elle est plutôt un art, et se compose
surtout de procédés dont le succès établit la valeur.
C’est donc le sens défini dans la citation de De Morgan que je propose de faire
prédominer, ou tout au moins ressortir, comme le plus étymologique et le plus
usuel. (J. Lachelier.)
On pourrait, semble-t-il, spécifier comme suit le concept de « logique » {sens A) :
1. La Logique générale est l'étude des procédés valides et généraux par lesquels
a 525
a —— us
LOGIQUE
naliste et critique, soit au point de vue
expérientiel et descriptif :
1° Au point de vue critique :
« Die Wissenschaft von den nothwen-
digen Gesetzen des Verstandes und der
Vernunft überhaupt, oder (welches
einerlei ist) von der blossen Form des
.Denkens überhaupt, nennen wir nun
Logik'. » KANT, Logik, Introduction,
1.
' « In einer transcendentalen Logik
isoliren wir den Verstand (so wie oben
in der transcendentalen Aesthetik die
Sinnlichkeit) und heben bloss den Theil
des Denkens aus unserem Erkenntnisse
-heraus, der lediglich seinen Ursprung
in dem Verstande hat?. » Æritik der
reinen Vernunft, 2 partie, Introduc-
tion, 8 2; À, 61 ; B, 86.
La logique, en ce sens, découvre les
«lois » de l'esprit ; par suite, elle déter-
mine les conditions de l'expérience ; et
même enfin, si toute réalité est l’œuvre
1. -« Nous appelons ioi Logique la science des lois
sécessaires de l'entendement et de la raison en général,
tv, ce qui revient au même, de la simple forme de la
æensée en général. » — 2. « Dans une Logique trans-
sndentale nous isolons l’entendement (comme nous
T'avons fait plus haut dans l'esthétique transcendentale
‘pour la faoulté de sentir) et nous ne retenons de nos
eonnaissances que oetto partie de la pensée qui a
% source exclusive dans l’entendement. »
de l'esprit, elle établit les lois fonda-
mentales du réel. (Cf. ci-dessous, dans
la Critique, les définitions de HEGEL et
de HAMILTON).
20 Au point de vue descriptif :
La « Logique génétique » (J. M. Bazp-
WIN, Thought and things, or Genetic
Logic) est l'étude génétique de la con-
naissance, considérée comme fonction
psychique. Elle comprend trois ordres
de problèmes : 1° Comment fonctionne
la faculté de connaître ? 20 À quoi
sert-elle ? 30 Quels en sont les résul-
tats ? (Zbid., tome I, pp. 9-11.) L’au-
teur l’oppose à la Logique pure, ou
« Logique du Logicien », et à la Logique
dialectique (hégélienne) ou « Logique
du métaphysicien ».
« Logique réelle » se prend en deux
sens : 19 Dans l'ouvrage qui vient d’être
cité, M. Bazpwin applique l'expression
Real Logic à la partie de la Logique
génétique qui a pour objet d’expliquer
l’idée de réalité et la connaissance du
réel. — 20 M. MarRTIN-GUELLIOT a pro-
posé d’appeler ainsi l’ensemble de tous
les problèmes qui concernent la logique
au sens B, tel qu'il est défini ci-dessus
(Du fonctionnement réel de l’intelli-
gence, Le Spectateur, avril 1909, p. 9);
nous arrivons à la vérité. Elle cherche à quelles conditions notre pensée est claire
et bien définie, nos concepts adéquats, nos inductions solides, nos inférences
justifiées.
2. Elle admet une branche spécialement importante, la logique déductive, étude
des procédés par lesquels nous passons d’une vérité donnée à une autre, suivant
des lois rigoureuses et démonstratives.
La logique déductive comprend elle-même :
a) D'un côté, la logique qu’on peut appeler opératoire, étude des lois intuitives
dela démonstration, qui comprend à la fois l'analyse des opérations élémentaires du
raisonnement déductif, de leurs propriétés, de leurs enchaînements, et la réflexion
sur l’ensemble des problèmes connexes, la philosophie de la démonstration. (On
peut employer pour cette dernière branche d’études le mot « métalogique ».)
b) D'un autre côté, la construction effective de divers algorithmes logiques,
considérés soit comme de purs jeux formels, soit comme l’image de vérités phyÿ-
siques ou expérimentales au sens le plus large.
L'expression Logique formelle semblerait devoir être réservée au premier de
ces deux sens.
La première logique (a) est évidemment la condition et l'instrument de la
seconde. Elle fait abstraction du contenu particulier des notions, mais non de
leur contenu général (à savoir d’être des concepts, des propositions, des implica-
tions, pensés comme tels et non des symboles aux propriétés conventionnelles).
(René Poirier).
— Peut-être y aurait-il lieu de tenir compte d'expressions qui, pour être relati-
vement nouvelles, n’en expriment pas moins une vérité importante qui leur
donnera peut-être de devenir classiques. Il y a une « logique sociale », une « logique
Morale », etc. ; et, réunies à la logique intellectuelle, ces diverses « logiques » de
Ja pensée et de la vie formeraient la Logique générale. Toutes ont pour but de
‘Manifester l’inévitable tendance à l’organisation, et, en conséquence, les solidarités
‘8 les répercussions qui règlent ou sanctionnent le devenir des choses, de la science
#t de l’action. Toutes les formes de l’être sont sans doute ; mais il y a, en toutes,
% principe de sélection, d’intelligibilité, de critique interne, d'adaptation ou de
fsstice immanente, dont il est possible et désirable d'étudier le développement
%e] ; et c’est la logique générale qui aurait à jouer ce rôle. (M. Blondel.)
: — Je définis ordinairement la logique la technique des techniques intellectuelles,
C'est-à-dire l'étude des procédés généraux par lesquels l'intelligence déméle le
%rai du faux. Chaque science a sa méthode ou sa technique. La logique établit la
#chnique générale. Cette définition embrasse à la fois les définitions anciennes et
extensions modernes de la logique. Elle permet également de déterminer dans
sn A CE CN Er UN
LOGIQUE
et cet usage a été généralement suivi
par les collaborateurs de cette revue.
D. (Opposé à illogisme.) Enchaîne-
ment régulier et nécessaire, soit des
choses, soit des pensées : « La logique
infaillible de la nature ; la logique des
événements historiques; la logique
d’une situation. » — « La logique du
discours musical. » Suite logique
d'idées : « Il y a peu de logique dans
les rêves. » — Ce sens est plus littéraire
que philosophique. [1 n’est pas, cepen-
dant, sans rapport avec l’usage hégé-
lien de ce mot.
CRITIQUE
1. Le sens propre du mot Logique,
que la très grande majorité des mem-
bres et correspondants de la Société
s'accorde à recommander, est le sens A.
La définition ci-dessus est sensiblement
équivalente à celle de SicwarT (Logik,
Einleitung, $ 1). Elle est aussi très
voisine des définitions de Mie (Logic,
Introd., $ 2-4), de RaABIER (Logique,
ch. 1, $ 1) et de WunprT (Logik, Einleit.,
1) qui présentent cependant le carac-
tère d’insister un peu plus sur cette
présupposition qu’il existe des sciences,
fournissant une connaissance vraie,
dont la Logique a pour objet de dégager
les conditions.
—_—— ————
Les sens B, C, D, sont à la fois plus
récents et moins précis. On n’est véri.
tablement sur le domaine de la logique
que si l’on considère des opérations
mentales ou des procédés de démons.
tration au point de vue de leur validité
Voir Logistique*, Critique.
2. Nous avons éliminé de cet article
l'opposition traditionnelle entre les
définitions qui font de la logique une
« science » et celles qui en font un
« art ». On en trouve un recueil dans
la Préface de MANsEL à son édition des
Artis Logicæ Rudimenta d’ALDRICH et
dans l’article Logik d’'EIser.
Parmi celles qui relèvent surtout Je
caractère pratique de la Logique et son
utilité pour diriger les opérations de
lPesprit (ce sont les plus anciennes et
les plus nombreuses), on peut citer les
suivantes :
« Visum est antiquæ philosophiæ
ducibus ut ipsarum ratiocinationum,
quibus aliquid inquirendum esset, na-
turam penitus ante discuterent, ut his
purgatis atque compositis, vel in spe-
culatione veritatis, vel in exercendis
virtutibus uteremur. Haec est igitur
disciplina.. quam Logicen Peripatetici
veteres appellaverunt. » Boëce, In
Top. Ciceronis, I, 1045 A. « Est autem
finis Logicæ inventio judiciumque ra-
527
LOGIQUE
tionum. » Ip., In Porphyrium, 74 D. —
« Ars quædam necessaria est, quæ sit
directiva ipsius actus rationis, per
quam scilicet homo in ipso actu ratio-
nis ordinate, faciliter et sine errore
procedat ; hæc ars est Logica, id est
rationalis scientia. » S. THomaAs D’A-
QUIN, Comm. des seconds analytiques,
livre I, 1 a (in ScHuTz, V°.) — « La
Logique est l’art de bien conduire sa
raison dans la connaissance des choses,
tant pour s’instruire soi-même que
pour en instruire les autres. » Logique
de PorT-Royaz, Introd., $ 1. — « Est
igitur logica ars instrumentalis dirigens
mentem in cognitione rerum. » AL-
pRICH, Artis Logicae rudimenta, $ 1,
1692.
« The business of Logic is to help us
to think clearly and objectively, ex-
press ourselves plainly and accurately,
reason correctly and estimate aright
the statements and arguments of
others!. » A1xins, The principles of
Logic, ch. 1.
La distinction de la Logica docens
et de la Logica utens, courante chez les
scolastiques, est une subdivision de la
logique ainsi définie. Il semble qu’elle
ait été entendue de deux façons
4° comme opposition de la Science et
de l'Art (notamment chez Duns Scor) ;
2° comme opposition de l’art en tant
qu’enseigné et de l’art en tant qu’atti-
tude pratique (instrumentals habitus),
c’est-à-dire de la logique au sens À et
de la logique au sens C. Voir les textes
cités dans la note de MansEeL sur le
passage d’Aldrich et dans sa préface
au même ouvrage, page Lix, notam-
ment celui-ci : « Logica docens dicitur
quæ præcepta tradit ; utens, quæ præ-
ceptis utitur. » BURGERSDYCKk, Jnstitu-
tiones logicæ.
3. Nous avons également éliminé
l'expression Logique pure, parce qu’elle
est essentiellement équivoque. Elle
s’empoie en trois sens : 1° comme
synonyme de logique formelle ; 2° pour
opposer la logique proprement dite,
normative, à la psychologie de l’enten-
dement et des autres fonctions intel-
lectuelles qui contribuent à la connais-
sance (v. p. ex. BALDWIN, cité plus
haut ; HusserL, Logische Untersuchun-
gen, I, 1, etc.); 39 au sens Kantien,
pour désigner l’analyse critique des
principes « purs » (reine) de l’entende-
ment, c’est-à-dire des principes consi-
dérés comme indépendants de toute
expérience. (V. Crit. de la Raison pure,
Logique transcendentale, Introd., $ 1;
À. 52; B. 57 et suiv.) Il l’oppose à la
« Logique appliquée » (angewandte),
qui traite de l’attention, des causes de
l'erreur, des états de doute et de scru-
pule, de la persuasion, etc., en tant
que moyens ou obstacles pour la con-
quelle mesure la technique spéciale d’une science relève de la logique. A ce point
de vue, nos logiques appliquées commettent des confusions regrettables et répan-
dent l'erreur que la logique peut dispenser d’une initiation technique (par exemple
en histoire ou en physique). (F. Mentré.)
— La logique, d’après sa signification fondamentale, implique toujours le sujet
pensant, sa volonté, ses intentions, et cela dès le premier abord, tandis que la
psychologie peut commencer avec la pensée commeun fait de nature impersonnelle,
avec un certain il pense (comme xl pleut, il fait du vent) qui peut ne pas être du
tout personnel au moment où il est vécu et qui ne le devient que pour l'analyse
postérieure. Cette distinction peut être utile dans les discussions si fréquentes en
Allemagne en ce moment sur l'interprétation de la théorie de la connaissance
comme psychologie ou comme logique (pure, transcendentale). (WI. Iwanowsky.)
— On admet généralement la formule inverse : à savoir que la logique considère
les pensées en elles-mêmes, impersonnellement, abstraction faite de toute indivi-
dualité et de toute intention du sujet, tandis que la psychologie retient celle-Cl:
La différence signalée par M. Iwanowsky se ramènerait plutôt à la distinction de
la pensée étudiée in fieri, et de la pensée considérée à la limite supérieure de s0û
développement; ce qui suppose en effet le passage par la vie individuelle et
naissance de la vérité.
« Die Logik ist eine Vernunftwis-
senschaft nicht der Llossen Form, son-
dern der Materie nach; eine Wissen-
1. « Le rôle de la Logique est de nous aider à penser
clairement et objestivement, à nous exprimer nettement
et ezsstement, à raisonner correctement, et à estimer
vec justesse les énonciations et les arguments d'autrui.»
eonsciente : mais à ce point d'achèvement, elle s’en détache de nouveau et se
présente sous un aspect objectif. (A. L.)
— L'idée de la « logique pure » et de la « logique transcendentale » considérée
Comme fournissant les principes de la « métaphysique » me paraît réunir chez
Kant deux éléments hétérogènes, et dont l’hétérogénéité apparaît nettement dans
des textes cités à la fin de la Critique ci-dessus : d’une part, l'opposition radicale
l’entendement et de la sensibilité, et celle de l’a priori et de l’a posteriori (oppo-
ons qui ne se confondent pas, puisqu'il existe des formes a priori de la sensi-
®iité) ; de l’autre, l'opposition de la pensée normale et de la pensée anormale,
du valide et du non-valide (wie der Verstand denkt… wie er denken soll\). La
Rd EE Er =
1 « Commentl'entendement pense. comment il doit penser, »
LT L
LOGIQUE
schaft a priori von den nothwendigen
Gesetzen des Denkens, aber nicht in
Ansehung besonderer Gegenstände, son-
dern aller Gegenstände überhaupt; also,
eine Wissenschaft des richtigen Vers-
tandes und Vernunftgebrauchs über-
haupt, aber nicht subjectiv, d. h.
nicht nach empirischen (psychologi-
schen) Principien (wie der Verstand
denkt), sondern objectiv, d. i. nach
Principien a priori (wie er denken
soll!). » (KANT, Logik, Einleitung, $ 1.)
Cet usage a donné naissance à celui
de Hegel : « Die Logik ist die Wissen-
schaîft der reinen Idee, das ist der Idee
im abstrakten Elemente des Den-
kens3... » (Logik, Vorbegriff ; Encyclo-
pedie, $ 19); et à celui de HamiLTon :
« Logic is the Science of the Laws of
Thought as Thought3. » (Logic, Lect. I.)
Il faut entendre par là, ajoute-t-il,
qu'elle a pour objet non seulement les
formes de la pensée par opposition à
la matière, mais les formes nécessaires
qui constituent la nature de la pensée,
et peuvent en être appelées les lois.
(Ibid., Lect. 11.)
Sur la légitimité de ce sens kantien
et post-kantien, voir les Observations.
Rad. int. : Logik.
1. « La logique est une science de la raison non seule-
ment par sa forme, mais par sa matière ; une science
a priori des lois nécessaires de la pensée, non pas à
l'égard de certains objets, mais de tous les objets en
général ; — par suite, une science du droit usage de
l'entendement et de la raison en général, non pas
subjectivement, c'est-à-dire suivant des principes empi-
riques, psychologiques (comment l’entendement pense),
mais objectivement, c'est-à-dire d'après des principes
a prion ‘comment il doit penser). — 2. « La logique
est la science de l'Idés pure, c'est-à-dire de l’Idée
dans l'élément abstrait de la pensée. » — 3.« La
logique est la science des lois de la pensée en tant
que pensée. »
578
2. LOGIQUE, adj, — D. Logisch.
E. Logical ; 1. Logico. °
A. (Opposé soit à physique, soit à
moral.) Qui concerne la logique, ou les
faits étudiés par la logique, dans tous
les sens du mot. :
B. (Opposé à ülogique.) Conforme
aux lois de la logique.
C. (Opposé à rationnel ; sens nouveau
et encore assez rare.) Qui concerne les
fonctions de l’entendement, ou qui en
résulte ; qui présente un caractère dis-
cursif.
CRITIQUE
L'adjectif logique est même beau-
coup plus large que le substantif. Il
sert notamment, de la manière la plus
courante et la moins contestée, à rem-
placer un adjectif qui fait défaut, et
qui dériverait du mot entendement.
« Les fonctions logiques. » — « Les opé-
rations logiques. » « Les éléments logi-
ques de la connaissance. » {ntellectuel,
qui se dit aussi en ce sens, faute de
mieux, a plus d’extension qu'’entende-
ment. — Il paraît donc impossible de
supprimer en français cet emploi,
quoique l'usage correspondant du subs-
tantif soit très généralement désap-
prouvé par les membres de la société.
(Voir ci-dessus, Logique-1, observa-
tions et critique.) Mais, dans une
langue artificielle, il serait recomman-
dable de spécifier ce sens.
Rad. int. : À, Logikal (au sens des-
criptif, intelektal) ; B. Logikoz ; C. Dis-
kursiv.
« LOGISTIQUE », D. Logistik; E.
Logistic ; I. Logistica.
Logique algorithmique*. Terme pro-
logique, conçue au premier sens, est l’étude des conditions nécessaires de la pensét,
c’est-à-dire des conditions sans lesquelles la pensée serait inexistante, sans lesquelles
elle ne pourrait se constituer ; et par suite elle détermine des conditions de toute
réalité connue. Au contraire, du second point de vue, la logique est l’étude des
conditions obligatoires de la pensée, c’est-à-dire des conditions auxquelles elle
peut se soustraire, et auxquelles, en fait, elle se soustrait souvent, mas
sans lesquelles elle est erronée. Cette dualité fondamentale me paraît vicier gra”
vement l’usage kantien de ce mot, et ceux qui en dérivent. (A. L.)
+ - 579
posé au Congrès de Genève (septem-
bre 1904) par M. ITELSoN. « MM. Itel-
son, Lalande et Couturat, sans entente
ni communication préalable, se sont
rencontrés pour donner à la logique
nouvelle le nom de logistique. Cette
triple coïncidence semble justifier l’in-
troduction de ce mot nouveau plus
court et plus exact que les locutions
usuelles : Logique symbolique, mathé-
matique, algorithmique, Algèbre de la
Logique.» (L. CoururaT, Compte rendu
du Deuxième Congrès de philosophie,
Revue de métaphysique, 1904, p. 1042.)
CRITIQUE
1. On applique quelquefois ce terme
aux théories qui se proposent de rame-
ner les principes des mathématiques à la
logistique, telle qu’elle est définie ci-
dessus. Mais il n’y a là qu’une associa-
tion d'idées propre à créer une confu-
sion. Il faut distinguer la logistique en
elle-même et les théories de tel ou tel
logisticien.
2. Un algorithme n’est une logistique
{et à plus forte raison ne peut être
appelé une logique) que dans la mesure
où il est apte à servir l'instrument à
la logique*, au sens fondamental de
ce mot, c’est-à-dire à la connaissance
des opérations intellectuelles valables
pour ie discernement du vrai et du
faux, et pour la preuve de la vérité.
Une combinatoire, et les règles qui
peuvent s’y attacher (par exemple la
——
LOI
schématisation d’un standard télépho-
nique) peut être qualifiée de « logique »,
adjectivement, en tant qu’elle respecte
les conditions générales de la logi-
que : mais elle ne constitue pas pour
autant une logique.
Rad. int. : Logistik.
LOGOMACHIE, du G. àAoyouayla,
combat de paroles, dispute ; D. Wort-
streit, Logomachie ; E. Logomachy; I.
Logomachia (peu usité).
Proprement discussion dans la-
quelle les interlocuteurs prennent les
mêmes mots en des sens différents.
« (Abélard) avait un peu trop de pen-
chant à parler et à penser autrement
que les autres ; car, dans le fond, ce
n’était qu’une logomachie : il changeait
l'usage des termes. » LEIBNIZ, T'héodi-
cée, 2° partie, $ 171. (Il s’agit de la
proposition : « Dieu ne peut faire que
ce qu'il fait. »)
Le mot s'emploie quelquefois, par
extension, en parlant d’une argumen-
tation purement verbale, portant sur
des termes mal définis.
LOI, G. vôuoc ; L. Ler ; D. Gesetz ;
E. Law (plus large, signifie également
droit, justice, magistrature ; le vieux
français prenait aussi loi dans un sens
beaucoup plus étendu que le sens ac-
tuel) ; I. Legge.
A. Règle générale et impérative
(quelquefois système de règles impé-
Sur Logistique. — Le sens défini dansle texte du vocabulaire est nouveau, mais
mot lui-même est ancien. Il désignait au moyen âge le calcul pratique en tant
qu'opposé à l’arithmétique théorique. (L. Couturat. — R. Berthelot.)
Ce sens vient de Platon (Charmide, 165 E), qui appelle l’arithmétique pratique
Aoyor.xn TÉXVr, Ou encore Aoytotixh, substantivement (Gorgias, 450 D, Républ.,
‘625 B, etc.). Mais Wallis (Lettre à Leibniz, du 16 janvier 16991) le prend en un
“Gutre sens, qu'il attribue aussi à l’antiquité : « Arithmeticam et Logisticam
distinguebaut Veteres, illam ad Numerorum integrorum considerationem acco-
‘Modando, hanc item ad fJractionum et quarumcumque rationum seul A6yov
‘<onsiderationem. » — Sur l’histoire de ce mot, voir aussi Hobbes, Logica, vi,
“ad finem ; CournorT, Correspondance de l’ Algèbre et de la Géométrie, $$ 11, 16,
439, etc.
———
5
1. Publiée dans la correspondance de Leibniz (Dutens, III, 133).
LOI
ratives, législation) régissant du dehors
Pactivité humaine.
1° Imposée, sans déclaration expres-
se, par l’usage, la coutume, la tradition.
« … ’Aypäpouc véuouc… toc Y'Èv r&on
LOpa xaTa Tadra voutbouévouc. » (XÉNo-
PHON, Mémorables, IV, 4. Cf. PLATON,
Lois, VII, 793 A sqq.) — « Les lois de
la mode. » — « J’ai compté mes aïeux,
suivant leur vieille loi. » (Vieny, L’es-
prit pur, dans Les Destinées, 180.)
2° Formulée et promulguée, en ter-
mes authentiques, par l’autorité sou-
veraine d’une société. « Il ne suffit
pas que le prince, ou que le magistrat
souverain, règle les cas qui survien-
nent suivant l’occurrence, mais … il
faut établir des règles générales de
conduite, afin que le gouvernement
soit constant et uniforme : et c’est ce
qu’on appelle lois. » (BossueT, Poli-
tique tirée de l'Écriture Sainte, livre I,
art. IV, prop. 1.) — Les lois de cette
sorte sont appelées lois positives*, par
opposition aux lois morales ou divines,
considérées comme « naturelles ». Cf.
Droit naturel, Droit positif.
3° Exprimant la volonté de Dieu :
« L'ancienne Loi ; la nouvelle Loi. » —
« Dieu parut publiquement, et fit pu-
580
—
blier la Loi en sa présence avec une
démonstration étonnante de sa majesté
et de sa puissance. » (Bossuer, Dis.
cours sur l’histoire universelle, 22 partie
ch. III.) — En tant qu’elle exprime ];
volonté de Dieu par des règles générales
et promulguées, la Loi s'oppose à Ja
Grâce : « La Loi n’a pas détruit Ja
nature, mais elle l’a instruite ; la Grâce
n’a pas détruit la Loi, mais elle la fait
exercer. » (PASCAL, Pensées, édit.
Brunschvicg, n° 520.)
B. Par suite, exercice d’une autorité :
contrainte imposée par les hommes ou
les choses. « Subir la loi du vainqueur. »
« BAéno $È Érepov vôpov èv rois péÀEat
Lou, &vriorpatevépevov T& véuLe) TOÙ Vobc
ou. » (S. Paur, Épître aur Romains.
VII, 23. Cf. Jbid., 21.)
C. Règle obligatoire, exprimant la
nature idéale d’un être ou d’une fonc-
tion, la norme à laquelle il doit se
conformer pour se réaliser. — Notam-
ment :
19 Les « lois de l'esprit » (D. Denkge-
setze ; E. Laws of thought}, au sens où
cette expression désigne les axiomes
fondamentaux auxquels la pensée doit
être conforme pour avoir une valeur
logique. — On a pensé longtemps qu’ils
Sur Loi. — Article complété d’après les observations de MM. Drouin et
Mentré. — Sur l’histoire et sur les sens divers de ce mot, voir EUCREN, Die Grund-
begriffe der Gegenwart, 173-186, et Geistige Stromungen der Gegenwart, B, 3.
A l’époque classique, en Grèce, véuoc prend une acception spéciale : il y a
« d’une part les Geouot, prescriptions rituelles autant que législatives ; on ignore
la date de leur origine, maïs, on ne doute pas qu’elles aient été établies de toute
éternité par les dieux. Elles sont répétées de siècle en siècle par la tradition orale...
D'autre part, il existe une loi qui ne doit rien à la révélation, le véuoc. [ci tout est
humain. La loi dont il s’agit a pour caractère essentiel d’être écrite. celui qui la
faite y attache son nom. » GLoTz, La cité grecque, p. 158. On pourrait rapprocher
de cette opposition celle que signale GRANET en Chine : «Le magistrat doit appli-
quer la loi... ; il doit la publier ; … c’est la publication qui lui confère son caractère
obligatoire. Les premiers codes sont gravés sur des chaudières! (puis) les lois
doivent être réunies et affichées sous formes de tableaux. A la loi (fa) s'oppose
le chou, les recettes (de gouvernement) qui doivent demeurer secrètes, etc. »
GRANET, La pensée chinoise, p. 464-465. (E. Bréhier.)
Il y a cependant quelques réserves à faire sur l’opposition indiquée par Glotz,
et sur le caractère essentiellement écrit de véuoc. Sans doute, dans le célèbre
1. Unstruments de supplice en Chine.
581
ge réduisaient aux trois principes d’i-
dentité, de contradiction et de milieu
exclu ; mais il est aujourd’hui presque
universellement admis par les logiciens
que ces principes ne forment qu’une
artie du système minimum de postu-
jats nécessaire à n’importe quel raison-
sement. Voir l’article Lois de l’esprit*.
90 Au point de vue moral, la « Loi
paturelle » est le principe du bien tel
qu'il se révèle à la conscience. « Lex
aaturæ nihil aliud est, nisi lumen intel-
lectus insitum nobis a Deo per quod
cognoscimus quid agendum et quid
vitandum. » (Saint THomas D’AQUIN,
De duobus praec. charitatis, etc., $ 1.
« La loi de la lumière naturelle, qui
veut que nous fassions à autrui ce que
nous voudrions qu’on nous fit. » (MoN-
TESQUIEU, Esprit des lois, X, 3. Cf.
Hbid., livre I, ch. 11 : « Des lois de la
oature. »)
La « loi morale » (D. Sittengesetz,
KANT ; E. moral Law ; |. Legge morale)
est l'énoncé du principe d’action uni-
versel et obligatoire, auquel l'être rai-
sonnable doit conformer ses actes pour
réaliser son autonomie.
« Praktische Grundsätze sind Sätze
welche eine allgemeine Bestimmung
LOI
des Willens enthalten, die mehrere
praktische Regeln unter sich hat. Sie
sind subjektiv, oder Mazximen, wenn
die Bedingung nur als für den Willen
des Subjects gültig von ihm angesehen
wird ; objectiv aber, oder praktische
Gesetze, wenn jene als objectiv, d. i.
für den Willen jedes vernünftigen We-
sens gültig erkannt wird!. » (KaAnT,
Kritik der prakt. Vernunft, livre I,
ch. I, $ 1.) Il n’y a d’ailleurs, selon lui,
qu’une seule formule qui réponde à
cette condition et qui constitue La loi
morale : « Handle s0, dass die Maxime
deines Willens jederzeit zugleich als
Prinzip einer allgemeinen Gesetzge-
bung gelten kônneï. » (Ibid., $ 7.)
39 Les « lois d’un genre » en esthé-
tique sont les conditions qu’une œuvre
doit remplir pour réaliser pleinement
l'idéal du genre auquel elle appartient.
1. « Les principes pratiques sont dos propositions qui
contiennent une détermination générale de la volonté,
à laquelle sont subordonnées plusieurs règles pratiques.
De sont subjectifs ou mazvnes quand la stipulation
n'est considérée par le sujet que comme valable pour
sa propre volonté; objectifs. au contraire, ou loss
ratiques, ei celle-oi est reconnue pour objective, c'est-
-dire valable pour ia volonté de tout êtra raisonnable.
— 2. « Agis toujours en sorte que la maxime de ta
volonté puisse être en même temps un principe valable
de législation universelle. »
passage de Sophocle, ce qu’Antigone oppose au décret du tyran, ce sont les
Éyparta Bewv véuux (Antigone, 451-452) qui dans sa pensée ne sont peut-être
pas des voor, au sens propre du terme. (Cependant un passage de DÉMOSTHÈNE,
Sur la Couronne (317, 22-23) appelle véuua les lois écrites, et justement en y
opposant les vôuez &ypapor). Mais chez Aristote la distinction des lois écrites et
son écrites se rencontre fréquemment. Dans la Rhétorique, il remarque que la loi
(oc) peut être soit propre à un peuple, soit commune : la première est la loi
Îte ; la seconde &8o:x &ypapa rap nüotv éuoloyeïofar Soxei (136807-9). Même
Passage dans la Rhét. à Alexandre, 14210-14228). Un peu plus loin, il distingue
dans les lois d’un même peuple rdv pèv &ypapov, rdv Sè yeyoæuuévov (1373b6).
me distinction dans l’Éthique à Nicomaque, 1180%, 1180, dans la Politique,
1819, 13208, etc. En d’autres passages il oppose simplement « la loi écrite ,,
®% même « la loi » sans plus, à la vérité (morale), p. ex. Rhét., 1374836, 1384027.
‘ D'autre part, Platon appelle 6eouéc, que M. Léon Robin traduit par institution,
%e règle de conduite qu’il propose aux Syracusains (Lettres, vint, 355 B) : mettre
sagesse au-dessus de la santé, la santé au-dessus des richesses. Il leur recommande
s’en faire une loi (véuoc) dont l'expérience leur prouvera l’excellence s’ils la
Bettent en pratique. D’après Bailly, v° 6esuéc, ce mot s’employait en parlant des
de Dracon et vôuos en parlant de celles de Solon. Il y a donc eu beaucoup
T'élasticité dans l'emploi de ces termes ; il reste pourtant vrai que véuos désigne
tm = Fe ed
LOI
Les « lois de l’art » sont les conditions
générales auxquelles on admet qu’une
œuvre doit satisfaire pour avoir une
valeur : « Exprimer l'idéal et l'infini
d’une manière ou d’une autre, telle est
la loi de l’art.» (V. Cousin, Du Vrai,
du Beau et du Bien, 9, leçon.)
D. Formule générale (constative,
non impérative) telle qu’on puisse en
déduire d’avance les faits d’un certain
ordre, ou plus exactement ce que se-
raient ces faits s'ils se produisaient à
l’état d'isolement : « La loi de Ma-
riotte ; la loi de la chute des corps ; la
loi d'Ohm. » Le mot, en ce sens, se
dit exclusivement : 1° des « lois de la
nature » suggérées et vérifiées par l’ex-
périence, et des lois de la vie mentale,
considérées comme analogues aux lois
naturelles : « La loi de l’habitude »;
20 des conditions imposées d'avance,
arbitrairement, à une certaine trans-
formation mathématique : « Une quan-
tité assujettie à varier suivant telle
loi. » Il ne se dit pas des rapports sta-
tiques abstraits : on ne parle pas de la
« loi du carré de l’hypoténuse » ni des
« lois des sections coniques ».
Ce terme s’applique, par extension,
à toute formule générale résumant cer-
tains faits naturels, même si elle ne
constitue pas un énoncé formel, et ne
permet pas de déduire des connais-
sances déterminées : « Les lois des
passions, la loi du progrès. »
589
« En vertu de la loi de solidarité, ;]
existe à chaque moment de l’histoire
tout un capital social que nul de nos
contemporains n’a créé, mais dont il
profitent diversement. » (JAcoB, De.
voirs, p. 222.)
Surces deuxsens, voir Louis WEBER,
Sur diverses acceptions du mot «loi:
dans les sciences et en métaphy.
sique, Revue philosophique, mai et
juin 1894.
CRITIQUE
1. On distingue parmi les lois (au
sens D) : 1° les lois théoriques ou fonc-
tionnelles qui présentent la forme d’un
jugement hypothétique de la 1re classe
(toutes les fois que À est B, il s'ensuit
que C est D} ; 20 les lois historiques,
qui énoncent qu’un processus s’accom.
plit d’une certaine façon, ou que les
choses sont disposées dans un certain
ordre, p. ex. : « La loi d'évolution ; ja
loi de Bode ; les lois de Képler. » Quel-
ques logiciens, notamment M. Adrien
Naviiee, refusent le nom de Loi à cette
dernière sorte de formules. Voir La
notion de loi historique dans les Comptes
rendus du Congrès de Genève, 680-687.
2. Les différents sens du mot loi sont
échelonnés en série continue, et reliés
par des transitions étroites, entre deux
sens limites : celui de règle impérative,
antérieure aux faits qu’elle régit ; celui
de formule générale, établie a poste-
le plus souvent la loi écrite, établie et promulguée par un législateur, ou par un
décret du peuple. (A. L.)
Il me semble qu’une loi, d’une manière générale, énonce que quelque chose
doit être ou arriver, ce qui peut s’entendre de quatre manières : 1° de ce qui ne
peut pas ne pas arriver ; 2° de ce que l’on doit faire, dans un art, pour atteindre
une fin; ou mieux de ce que le véritable artiste fait de lui-même par une sorte
d’instinct ;: 3° de ce qu’un être raisonnable et libre s& sent tenu de faire, soit que
cette obligation résulte de sa nature même d’être raisonnable et libre, soit qu’elle
résulte de la volonté divine ; 4° de ce qu’il doit faire comme citoyen, en vertu de la
volonté du législateur. — A la première correspond la loi physique ou mathéma-
tique ; à la seconde, les lois téléologiques ; à la troisième, les lois morales et reli-
gieuse ; à la quatrième, la loi civile. Les lois logiques sont de la première sorte
en tant qu’elles expriment une nécessité immanente aux objets de la pensée ;
la seconde en tant que l’esprit les connaît, et peut, quoique involontaire ment:
les violer. (J. Lacheller.)
F 583
LOI
riori, par l'étude des faits dont elle est
ja loi. Il est visible que le premier sens
est originel, et qu’il résulte d’une ré-
flexion très ancienne sur les prescrip-
tions, écrites ou non, qui régissent
l'activité de tout groupe social. Celles
d’entre elles dont l’origine est inconnue
sont rapportées aux Dieux, ou à Dieu.
C'est ce que fait déjà SocrATE, dans
le passage de Xénophon situé plus
haut ; il se conforme en cela aux tra-
ditions grecques, qui sont d’ailleurs
celles de la plupart des peuples. On
peut en rapprocher le célèbre discours
d’Antigone, dans la pièce du même
aom de SopHocLE (v. 439-468).
Si l’on considère Dieu comme créa-
teur ou comme architecte de l’univers,
on est amené à se représenter les régu-
larités de la nature comme l'effet de
règles qu’il lui prescrit. D’où l’idée de
« lois de la nature » conçues d’abord
comme des décrets impératifs de Dieu,
auxquels les choses désobéissent quel-
quefois : on trouve accidentellement la
maladie caractérisée chez Platon par
le fait que le sang se modifie xxp& todc
Ti pÜoEcc vôuovs (T'unée, 83 E), c'est-à-
dire contrairement à l’Idée du corps
humain normal. Mais cette expression
n’est devenue usuelle qu’à l’époque des
stoïiciens. Elle est reprise au début de
k philosophie moderne avec un import
nettement religieux : « Opus quod ope-
ratur Deus a principio usque ad finem,
summaria nempe naturæ lex... » (Ba-
con, De dignitate, III, ch. 1v.) « [Dieu]
maintient toutes les parties de la ma-
tière en la même façon et avec les
mêmes lois qu’il leur a fait observer en
leur création. De cela aussi que Dieu
n'est point sujet à changer et qu’il
agit toujours de même sorte, nous pou-
vons parvenir à la connaissance de
certaines règles que je nomme les lois
de la nature. » DESCARTES, Principes,
II, 36 et 37. — Cf. Mriiz, Logique,
livre III, ch. 1v.
Mais, d’une part, l’intérêt principal
de ces lois, en l’absence d’une cause
finale que nous ignorons, se trouve
dans leur rapport aux applications et
aux prévisions qu’elles permettent ; de
l'autre, l’expérience nous montre qu'il
n'existe point de déviation qui soit
analogue par rapport à ces lois à ce
qu'est le crime ou la faute par rapport
aux lois civiles et morales : « Il n’y a,
dans la nature, rien de troublé ni
d'anormal ; tout se passe suivant des
lois qui sont absolues.. Le mot excep-
tion est anti-scientifique : dès que les
lois sont connues, il ne saurait y avoir
d'exception. » (Claude BERNARB, /n-
troduction à l'étude de la médecine expé-
rimentale, ire partie, ch. 1 et 29 par-
tie, ch. 1. On a donc posé, de ce point
de vue, que toute loi qui n’est pas tou-
jours obéie est une loi approximative ;
et, dès lors, la notion de loi, complète-
!
Il conviendrait, ce semble, de distinguer nettement trois sens et comme trois
apports différents dans la formation du concept moderne de loi : sens qui ont paru
d’abord s'opposer, mais qui tendent à se réconcilier.
#10 La loi, c'est d’abord l’idée hellénique d’une distribution tout ensemble intelli-
#ible et mystérieuse, qui s’oppose aux dieux mêmes (uoïpa, véueurc, fatum, etc.) ;
æÆlle est constitutive ou déclarative de la raison même ; elle s'exprime par le A6Yoc.
2° La loi, c’est le décret souverain d’une volonté transcendante et toute-puis-
Sante ; dixit et facta sunt : apport du monothéisme juif.
#. & La loi c’est l'expression de l’ordre immanent, la formule des rapports mêmes
“Qui dérivent de la nature, stable ou mobile, des choses, la traduction progressive
%es fonctions et des conditions mêmes de la vie,
La synthèse des trois ingrédients, en apparence hétérogènes, du mot loi me
araît s’opérer dans une conception qui voit en toute règle, en toute norme, en
ute loi spéculative ou pratique la condition vraie et bonne d’un progrès de l’être
Qui a à la subir ou à y consentir. La loi est donc à la fois la traduction tâtonnante
Le pont
ment dépouillée de tout caractère nor-
matif, a pris le sens logique défini en D.
Ces deux sens-limites sont précis et
stables ; mais l’usage du mot Loi est
justement fallacieux en ce qu'il recou-
vre très fréquemment des concepts mal
définis et fluides, qui participent va-
guement de l’un et de l’autre. Tel est
le cas, notamment, dans le célèbre
début de l’Esprit des lois, de MonNTEs-
QUIEU : « Les lois, dans la signification
la plus étendue, sont les rapports né-
cessaires qui dérivent de la nature des
choses ; et, dans ce sens, tous les êtres
ont leurs lois... Il y a donc une raison
primitive ; les lois sont les rapports
qui se trouvent entre elles et les diffé-
rents êtres, et les rapports de ces divers
êtres entre eux... Ces règles sont un
rapport constamment établi : entre un
corps mû et un autre corps mû, c’est
suivant les rapports de la masse et de
la vitesse que tous les mouvements sont
reçus, augmentés, diminués, perdus;
chaque diversité est uniformité, chaque
changement est constance. Mais il
s’en faut bien que le monde intelligent
soit aussi bien gouverné que le monde
physique ; car, quoique celui-là ait
aussi des lois qui, par leur nature, sont
invariables, il ne les suit pas constam-
ment comme le monde physique suit
584
les siennes... [L'homme] pouvait, à tous
les instants, oublier son créateur : Dieu
l’a rappelé à lui par les lois de la reli-
gion ; il pouvait à tout instant s’ou-
blier lui-même : les philosophes l’ont
averti par les lois de la morale ; fait
pour vivre dans la société, il pouvait
oublier les autres ; les législateurs l’ont
rendu à ses devoirs par les lois poli.
tiques et civiles. » (Livre I : Des lois
en général, ch. 1.)
Il y a non seulement, dans ce cha-
pitre, assimilation factice des « lois »
civiles et des « lois » physiques, mais
encore de ces dernières avec les « lois
naturelles » prises au sens de règles
morales. Enfin, ces « lois naturelles ,
elles-mêmes sont conçues comme des
réalités semi-platoniciennes, exprimant
la nature ou l’Idée de l'être auquel
elles s'appliquent : « Avant toutes ces
lois sont celles de la nature, ainsi nom-
mées parce qu'elles dérivent unique-
ment de la constitution de notre être. »
(Ibid., chap. 11.) Toutes ces équivoques
subsistent encore dans le langage phi-
losophique contemporain, et contri-
buent à maintenir l'illusion d'une mo-
rale de la nature, qui pourrait tirer, de
lois scientifiquement constatées, un sys-
tème de règles normatives de conduite.
Il y a donc lieu de critiquer très atten-
tivement toutes les formules de ce
nre, et en particulier de substituer
au mot de loi, toutes les fois que cela
est possible, les termes non équivoques
de « principe » ou de « formule » dans
l'ordre scientifique, « d’impératif » ou
de « règle appréciative » dans l'ordre
normatif.
Rad. int. : (Au sens de loi positive
et au sens de loi physique) : Leg (Boi-
rac) ; — (au sens de règle impérative
ou appréciative) : Norm.
Lois de l'esprit, D. Denkgesetze ;
E. À. B. Laws of thought ; C. Mental
Laws ; — I. Leggi del pensiero.
À. Axiomes fondamentaux auxquels
la pensée doit se conformer pour être
valide.
B. Les mêmes axiomes, considérés
comme appliqués nécessairement par
la pensée dans la représentation qu’elle
forme du monde extérieur, et par suite
comme cadres de cette représentation.
C. Lois (au sens D de ce mot} que
suivent les phénomènes psychiques soit
dans leur développement {lois géné-
tiques), soit dans leurs rapports entre
eux et avec les phénomènes physiques
(p. ex. lois de l'association des idées ;
loi de Fechner).
LOIS
CRITIQUE
Il a été longtemps admis qu'il n’y
avait que quatre lois de l'esprit au
sens À, et qu’on pouvait les diviser en
deux groupes : 1 les trois principes
d'identité, de contradiction, de milieu
exclu, principes nécessaires et suffi-
sants de tous les raisonnements formels
et que l’on considérait, d’ailleurs, en
général, comme des énoncés différents
d’un seul et même axiome ; 29 le prin-
cipe de « raison suffisante », de « possi-
bilité de l’expérience », ou « d’univer-
selle intelligibilité », considéré comme
le principe des raisonnements concrets
s'appliquant aux choses réelles. (Cf.
LEIBN1z, Monadologie, 31-32; KanrT,
Critique de la Raison pure, Anal. trans-
cend., livre Il, ch. 11; SCHOPENHAUER,
De la quadruple racine de la Raison
suffisante ; HAMILTON, Logic, I, Lect. V;
Eiszer, Wôrterbuch, Vo Denkgesetze,
1re édition, p. 152.)
MM. PEANO, RussELL, COUTURAT
ont montré par l'analyse logistique des
raisonnements qu’en ce qui concerne
la première classe, les trois principes
énumérés ci-dessus sont irréductibles,
et qu’en outre il en existe d’autres,
également nécessaires au raisonnement,
et dont on ne peut, dès à présent,
d'un ordre virtuel, la prospection d’un idéal transcendant, la réalisation progres-
sive d’une perfection immanente. Ainsi comprise, elle est à la fois raison, volonté
impérative, amour. Si onéreux que puisse paraître le commandement, il est pour
le bien de qui doit se soumettre ; et l’hétéronomie la plus dure, la plus réelle,
doit préparer le triomphe de l’autonomie véritable. (M. Blondel.)
Le sens D peut être précisé. Il résulte des analyses de Renouvier, de Cour-
not, etc., que la loi est une fonction réelle par opposition aux fonctions possibles des
mathématiciens. C’est un rapport de variations corrélatives entre phénomènes
mesurables. Les lois qualitatives ne sont que des lois globales, qui tendent vers la
forme quantitative et mathématique. (F. Mentré.) — Il y a là, me semble-t-il,
deux concepts différents. Une loi peut être globale sans être qualitative (lois
exprimant mathématiquement des moyennes ou des totaux) ; d’autre part rien ne
prouve qu'il n’y ait pas des relations qualitatives assez fixes pour permettre
l’énoncé d’une formule hypothétique affirmant que le premier terme est toujours
accompagné, ou suivi du second (si un animal est mammifère, il est vertébré ; —
si deux corps de température différente sont mis en contact, le plus chaud cède
de la chaleur au plus froid). (A. L.)
La manière dont Descartes définit Les lois de la nature montre qu’il avait essen”
tiellement en vue ce que nous appelons aujourd’hui les principes de conservation.
— La conviction que ces lois ne sont sujettes à aucune exception, à aucune déso-
béissance analogues à ce qu'est le crime ou le délit par rapport aux lois civiles est
une conviction récente, et à laquelle on trouverait encore des exceptions chez
quelques esprits. (E. Meyerson.)
M. Marsal nous communique un texte de QuesNay, Le Droit naturel, où sont
mélangées intimement les diverses idées représentées ou suggérées par ce mot :
«Les lois naturelles sont ou physiques, ou morales. On entend ici par loi physique
le cours réglé de tout événement physique de l’ordre naturel évidemment le plus
avantageux au genre humain. On entend ici par loi morale la règle de toute action
humaine de l’ordre moral, conforme à l’ordre physique évidemment le plus avan-
tageux au genre humain. Ces lois forment ensemble ce qu’on appelle la loi natu-
telle. Tous les hommes et toutes les puissances humaines doivent être soumis à
ces lois souveraines. Instituées par l'Être Suprême, elles sont immuables et irré.
fragables, et les meilleures lois possibles, par conséquent la base du gouvernement
plus parfait, et la règle fondamentale de toutes les lois positives ; car les lois
Positives ne sont que des lois de manutention, relatives à l’ordre naturel évidem-
| Ment le plus avantageux au genre humain. »
limiter le nombre. Voir notamment
l’article de L. Coururar, Les principes
des mathématiques (Revue de méta-
physique, janvier 1904).
Il y a lieu de présumer qu'il en est
de même pour le principe de raison
suffisante. Voir Principe et Raison*.
Pour ces raisons, et par suite de
l’équivoque qui existe en outre entre
les sens A, B et C, l'expression lois de
l'esprit est très vague, et doit être
remplacée partout où cela est possible
par une formule qui ne prète pas à la
confusion.
Loi d'intérêt, voir Jntérét* ; loi de
Fechner, loi psychophysique, voir Fech-
ner* ; loi des grands nombres, voir
Nombre*.
LOY ALISME, D. Lehntreue; E. Loya-
lism ; I. Lealta, Lealtate (plus larges).
Proprement : fidélité à un suzerain,
à une autorité tenue pour légitime (cf.
« Le loyal serviteur »). Guyau s’en est
servi pour désigner la fidélité à la loi
(Éducation et Hérédité, p. 79) ; mais cet
emploi est exceptionnel. — Il a été
surtout employé pour traduire Loyalty
(p. ex. Royce, Philosophy of loyalty) ;
« loyauté », qui a été aussi employé,
dans ce cas, y est tout à fait impropre
et ne peut que suggérer au lecteur
français un contresens sur l’idée qu'il
s’agit de rendre.
L’inconvénient de loyalisme lui-même
est que loyal, dans le français moderne,
a
est nettement restreint au sens moral
que représente aussi le mot loyauté
(franchise, absence de ruse et de four-
berie, fair play) et qu’ainsi l’adjectif
correspondant fait défaut.
Rad. int. : Loyalt(es).
Loyauté, voir ci-dessus Loyalisme*.
«LUDIQUE », terme créé par FLouR-
NoY, pour servir d’adjectif correspon-
dant au mot Jeu*. (Esprits et Médiums,
préface, p. vil.)
LUMIÈRE natureile, L. Lumen no-
turale.
Synonyme de raison, en tant qu’en-
semble de vérités immédiatement et
indubitablement évidentes à l'esprit dès
qu’il y porte son attention « La
faculté de connaître que Dieu nous a
donnée, que nous appelons lumière
naturelle, n’aperçoit jamais aucun objet
qui ne soit vrai en ce qu’elle l’aperçoit,
c’est-à-dire en ce qu’elle connaît clai-
rement et distinctement. » (DESCARTES,
Principes de la philosophie, I, 30. Cf. le
fragment intitulé : « Recherche de la
vérité par la lumière naturelle qui,
toute pure et sans emprunter le secours
de la religion ni de la philosophie,
détermine les opinions que doit avoir
un honnête homme touchant toutes
les choses qui peuvent occuper sa
pensée. »)
Cette expression paraît avoir pour
origine l'Évangile de saint JEAN, I, 9.
Sur « Ludique ». — M. Ed. Claparède recommande l’usage de ce terme, parti-
culièrement commode dans les travaux psychologiques sur les enfants ou sur les
hystériques : activité ludique, celle qui se dépense dans le jeu ; théorie ludique du
mensonge des enfants, théorie qui explique les écarts de leur imagination par leur
tendance à jouer ; etc.
Sur Lumière naturelle. — Je soupçonne que la traduction usuelle de l'Évangile
de saint Jean, I, 9, est un contresens et que le véritable sens est celui-ci : rd pc
dAnb:vév, 6 poritet révra ävôcwrov, la lumière, la vraie, celle à laquelle seule il
appartient d'éclairer tout homme (c’est-à-dire le Verbe) hv épyéuevor Etc rbv
x6ouov, faisait (à ce moment) son entrée dans le monde. ’Fpxépevov, nominatif
neutre, a été pris faussement pour un accusatif masculin à cause du voisinage de
névra ävôpwrov. (J. Lachelier.)
| LOIS ‘ — se
587
a ————
Elle se trouve chez de nombreux écri-
vains des premiers siècles du christia-
nisme et du moyen âge. Voir les textes
cités dans EisLer, VO Lumen naturale,
notamment : « Ratio insita sive inse-
minata lumen animæ dicitur. » (St Au-
GusTiIN, De baptismo, etc., I, 25.)
Elle est très usuelle chez tous les
cartésiens, particulièrement chez Le1ïs-
niz. Voir par exemple Théodicée,
qre partie, $ 1, où il oppose lumière
naturelle et lurnière révélée.
MACROCOSME
Philosophie des lumières, D. Auf-
klärung. Mouvement philosophique du
xvuie siècle, caractérisé par l’idée de
progrès, la défiance de la tradition et
de l’autorité, la foi dans la raison et
dans les effets moralisateurs de l’ins-
truction, l'invitation à penser et à
juger par soi-même.
Voir KanT, Was ist Aufklärung ?
(1784 ; traduit en français par S. P10-
BETTA sous Île titre : Qu'est-ce que les
lumières ?)
M
M. Dans la notation usuelle des syl-
logismes, désigne le moyen terme
M2P, SaM 2 SaP est un syllogisme en
Barbara*.
Dans les noms des modes syllogisti-
ques, marque que les prémisses doivent
être transposées pour ramener le mode
en question à un mode de la première
figure, la majeure devenant la mineure,
et réciproquement.
MACHINE, voir Mécanisme*, —
Théorie des « bêtes-machines », ou des
canimauxz-machines », théorie de Des-
cartes et des cartésiens, notamment de
Malebranche, d’après laquelle les ani-
maux sont entièrement assimilables à
des machines et n’éprouvent aucune
sensation ni aucun état affectif. Drs-
cours de la Méthode, V, 9; Lettre à
Morus, 5 février 1649.
MACROCOSME, D. Macrocosmus ;
E. Macrocosm ; I. Macrocosmo.
Dans les doctrines philosophiques
qui admettent une correspondance*
terme à terme entre chacune des par-
ties du corps humain et chacune des
parties constitutives de l'univers, ce
dernier est appelé macrocosme, et
l’homme, dans son rapport avec lui,
est appelé microcosme. Ces correspon-
dances ont d’ailleurs été représentées,
dans le détail, d’une façon assez va-
riable. — Voir, par exemple, la planche
gravée servant de frontispice au livre
de Frupp : Utriusque cosmi, majoris
scilicet et minoris, metaphysica, physica
atque technica historia, figurant ces rap-
ports par un dessin symbolique où sont
inscrits les mots macrocosmus et micro-
cosmus (1617).
Ce dernier terme est resté le plus
usuel des deux. Il s'emploie quelque-
fois dans un sens un peu détourné,
pour marquer l'unité organique d’un
tout : « Comme l'organisme forme par
lui-même une unité harmonique, un
petit monde f(microcosme) contenu
dans le grand monde fmacrocosme),
on a pu soutenir que la vie était indi-
visible... » (Claude BERNARD, Intr. à
l'étude de la médecine exp., I, 1, $ 4.)
Sur Macrocosme. — L'origine des mots microcosme, macrocosme, se trouve sans
doute chez les médecins grecs. Cf. ARISTOTE, Physique, 252P, 25 : « E! &v Cocu roùro
Baby yevéodas, rl xeAder tù abrd ouuBñvar «xl xata +d näv: el yap ëv puxp® xéauuw
Yveta xal v eyékow. » Microcosme pourrait avoir été popularisé en Occident par
ce. Au moyen âge, notamment chez Thomas d'Aquin, on emploie dans le même
sens l'expression Minor mundus. (R. Eucken.)
PONT OÙ
d
1
Li
li
î
Ï
it
|
1
MACROCOSME
— Il sert de titre à l'ouvrage de LoTze,
Mikrokosmus, Ideen zur Naturgeschichte
und Geschichte der Menschheiti (1856).
MAGIE, L. Magia,; D. Magie, E.
Magic ; I. Magia.
A. Primitivement, science et art des
Mages (G. Mayor; L. Magi). Ce mot
désigne : 1° une des tribus constituant
le peuple des Mèdes (HÉRODOTE, I,
101); 29 la caste sacerdotale chez les
Mèdes et ultérieurement chez les Per-
ses ; 3° dans le langage courant des
Grecs et des Romains, quiconque leur
paraissait doué du pouvoir de produire,
en dehors des rites officiels de leurs reli-
gions nationales, des phénomènes sor-
tant du cours ordinaire de la nature :
charmes, sortilèges, évocations, divina-
tions.
B. Chez les peuples occidentaux, art
d’agir sur la nature par des procédés
occultes, et d’y produire ainsi des
effets extraordinaires : « Magia, univer-
sim sumpta... est ars seu facultas vi
creata et non supernaturali quædam
mira et insolita efficiens quorum ratio
sensum et communem hominum cap-
tum superat.. Vim creatam et non
supernaturalem nominavi, ut excludam
vera miracula. » (Martin DEL Rio,
Disquisitiones magicæ, 1599; livre Î,
ch. 2.)
La magie cérémonielle est celle qui
agit sur les esprits (autres que les
esprits des hommes vivants) par le
moyen d’un rituel.
La magie naturelle a été entendue en
plusieurs sens. Elle paraît avoir été
conçue d'abord comme opérant d’une
façon illicite et occulte sur les forces
ou esprits élémentaires qui gouvernent
la matière « Magia naturalis est
secretior philosophia et diabolica, do-
1. Miovesme, idhes sur l'hisioire de la nafure et
l'histoire de l'humanité.
588
cens facere opera admirabilia inter.
venientibus virtutibus naturalibus.. ;,
(Goczenius, Vo, 657.) Maïs, à l’époque
où il écrivait, cette conception tradi.
tionnelle avait été déjà modifiée chez
un grand nombre d'écrivains dans un
sens rationaliste (Porta, Magia natu.
ralis, 1558, où sont décrits sous ce nom
beaucoup de simples expériences de
physique ; DEL Rio, Disquisitiones ma.
gicæ, livre I, ch. 111 : « Magia naturalis
seu physica, nihil aliud est quam exac-
tior quædam arcanorum naturæ cogni-
tio.. », etc.). Enfin, selon Bacon, la
magie naturelle « expurgato vocabulo
magiæ » doit s'entendre des opérations
qui dépendent de la connaissance de la
cause formelle {processus latens, sche-
matismus latens) par opposition à
celles qui n’exigent que la connaissance
d’une cause efficiente, le mécanisme
intime du phénomène à produire res-
tant ignoré (De Augmentis, III, ch. 5).
« L'homme peut régler et conduire
ses actions extraordinaires ou par une
grâce spéciale de Dieu... ou par l’assis-
tance d’un ange, ou par celle d’un
Démon, ou finalement par sa propre
industrie et suffisance ; desquels quatre
moyens divers et du tout différents on
peut colliger quatre sortes de magies :
la divine du premier, la théurgique du
second, la goétique du troisième et la
naturelle du dernier. » (Gabriel Naupé,
Apologie pour tous les grands hommes
faussement accusés de magie, chap. IF.)
C. Chez les sociologues contempo-
rains, ce mot s'emploie en deux sens :
19 FRAZER oppose ainsi qu’il Suit
magie et religion : la magie est l’en-
semble des pratiques reposant sur la
croyance qu'il existe entre les êtres de
la nature des rapports réguliers, des
lois (qui sont, dans l’espèce des lois de
correspondance par sympathie et antl-
pathie) ; elle est ainsi le premier rudi-
ment de la science ; — la religion est
Sur Magie. — Article complété d’après les indications de Xavier Léon (sur
Novalis et l'idéalisme magique) ; d'Élie Halévy et d'Émile Meyerson (sur l’usag®
sociologique du mot magie).
589
l’ensemble des pratiques qui nous per-
mettent de nous rendre favorables des
êtres d’une puissance supérieure à
J’homme, doués de personnalité et de
conscience. (The Golden Bough!, 2e éd.
1 9 et suiv., 61 et suiv.) Dans la magie,
il y a contrainte absolue exercée sur
les forces occultes ; dans la religion, le
Dieu reste libre.
2° Ce mot s'applique à toutes les
opérations qui ne rentrent pas dans les
rites des cultes organisés, et qui repo-
sent sur des croyances analogues à
celles que manifeste la magie, au sens B,
notamment sur la croyance aux cor-
respondances* et aux effets sympa-
thiques qui résultent de celles-ci. Voir
HuserT et Mauss, Esquisse d’une
théorie générale de la Magie, Année
sociologique, VII, 1902-1903.
REMARQUE
Depuis le xvin® siècle, ce mot a
presque toujours été pris en mauvaise
part, en ce sens qu’on y voyait le nom
d’une fausse science et d'une méthode
d'action illusoire. Cependant, il faut
faire exception pour le romantisme
allemand et en particulier pour No-
YALIS, qui a surtout employé l’expres-
sion idéalisme magique : il semble avoir
admis la réalité de l’action magique
par laquelle l’homme peut entrer avec
l'univers dans le rapport de sympathie
et d’action directe où il se trouve nor-
malement avec son propre corps.
BCHELLING, très lié avec Novalis, a
pris à une certaine époque ce mot dans
le même sens. Il en est de même de
plusieurs philosophes de même groupe,
notamment du physicien R1iTTER.
Rad. int. : Magi.
MAÏEUTIQUE, G. Moueurixh (PLA-
TON, Théétète, 161 E); — D. Maieu-
tik: E. Maieutics ; I. Maieutica.
Platon, dans le Théétète, met en
* 8Cène SocRATE, déclarant qu'en sa qua-
lité de fils d’une sage-femme et lui-
Même expert en accouchements, « patac
A — ,
À L. Le rameau d'or.
Là LALANDE. —— VOCAB. PHIL.
MAL
vlès xal x bTds uaueuttx6ç », il accouche
les esprits des pensées qu’ils contien-
nent sans le savoir (149 A et suiv.).
Platon le représente mettant en pra-
tique cette méthode dans plusieurs dia-
logues, notamment dans le Ménon.
Ce terme est resté usuel pour dési-
gner, souvent avec une nuance d'ironie,
l’art que Socrate disait pratiquer.
1. MAJEUR, subst. masc., D. Ober-
begriff, Major ; E. Major (term); I.
Maggiore.
Le majeur où grand terme d’un syllo-
gisme catégorique est le terme qui sert
de prédicat à la conclusion. Il est ainsi
nommé par ARISTOTE (G. ueïilov &xpov,
1er8 Analytiques, IV ; 26218), mot à
mot : « le plus grand des deux extré-
mes », en tant que la forme typique du
syllogisme de la 1re figure est l’inclu-
! sion du moyen dans le grand terme et
du petit dans le inoyen. Dans la se-
conde figure, le grand terme est défini
par lui : rù rpèc r& péouw xetysevov (26037)
et dans la troisième : +ù roppotepov toù
uéoou (28213).
2. MAJEURE, subst. fém., D. Ober-
satz Major ; E. Major (premiss) ; I.
Maggiore.
La majeure d’un syllogisme catégo-
rique est celle des deux prémisses qui
contient le majeur ou grand terme.
La majeure d’un syllogisme hypothé-
tique ou disjonctif est celle des deux
prémisses qui contient soit l’hrpo-
thèse*, soit l’alternative*.
Rad. int. : Major.
1. MAL, adverbe. D. Uebel, Schlecht
{au sens général) ; Bôse (au sens mo-
ral) ; — E. Evil, Badly ; — I. Male.
Terme universel de l'appréciation
défavorable ; sert à caractériser tout
ce qui est un échec ou encourt une
désapprobation dans n'importe quel
ordre de finalité. « Une machine mal
construite, mal graissée ; un livre mal
écrit ; un plan mal conçu. »
L’adjectif correspondant est mau-
vais ; l’ancien adjectif français mal,
21
MAL
male n’a survécu que dans quelques
expressions toutes faites, ou dans des
noms propres.
2. MAL, subst. D. A. Uebel ; B. Uebel,
Bôse ; — E. A. B. Evil; Wrong (mal
consistant à être injuste, ou à avoir
tort), — I. Male.
A. Sens général : tout ce qui est
objet de désapprobation ou de blâme,
tout ce qui est tel que la volonté a le
droit de s’y opposer légitimement et
de le modifier si possible. « On peut
prendre le mal métaphysiquement,
physiquement et moralement. Le mal
métaphysique consiste dans la simple im-
perfection, le mal physique dans la souf-
france, et le rnal moral dan: le péché. »
(LEIBN1Z, Théodicée, 1'® partie, $ 21.)
B. Spécialement : Mal moral. Ce sens
est toujours celui du mot dan: l’expres-
sion : « Faire le mal. »
ad. int. : Mal.
MANICHÉISME, D. Manichüismus ;
E. Manichaeism ; 1. Manicheismo.
Du nom de ManEs ou MANICHAEUS,
hérésiarque persan du 1n€ siècle. qui a
essayé de combiner avec le christia-
nisme le dualisme traditionnel de l’an-
cienne religion de Zoroastre.
Se dit de toute conception philoso-
phique qui admet deux principes cos-
590
miques coéternels, l’un du bien, l’autre
du mal.
Rad. int. : Manicheism.
MANIE (du G. uavix, folie), D. Ma.
nie ; E. Mania ; I. Mania.
A. Se dit de toutes les formes d’alié.
nation mentale présentant un état de
surexcitation et des actes de violence
impulsive.
B. (Surtout en composition.) Trouble
mental limité à un seul ordre de faits.
(Ex. Kleptomanie, Dipsomanie.) Très
usuel au sens atténué, pour désigner
une habitude singulière, un goût ou une
préoccupation dominants et bizarres.
Rad. int. : Mani.
MANISME, (S).
MARGINAL, D Grenz….; E.
ginal ; 1. Marginale.
Qui se trouve au bord, à la limite
d’une région (et non en marge, au sens
français de cette expression). Vient de
l'anglais Margin, dont le sens le plus
général est bord, lisière.
« They speak of fringes of ordi-
nary consciousness, Of marginal associa-
tions!… » (F. Myers, Human Persona-
lity, I, Introd., $ 14, 1903.)
Mar-
1. « On parle de franges de la conscionce ordinaire
d'associations marginnles. »
Sur Marginal. — 1° L'expression margin of cultivation n’est employée ni chez
Ricardo, ni chez James Mill, ni chez J. St. Mill. C’est l’économiste FAWCETT qui,
dans son Manual of political economy (1863), livre II, chap. 111 ( Rents as determined
by competition), propose expressément d’introduire ce terme nouveau dans le
langage de l’économie politique : « It will much assist clearness of conception, if we
employ some technical language to describe the terms of Ricardo’s theory!. » —
20 L’adjectif marginal ne se rencontre pas chez Jevons (Theory of political Eco-
nomy, 3° éd., 1888), qui parle seulement du « final degree of utility » et emploie
une fois seulement l’expression « terminal utility ». Je ne trouve pas davantage ce
mot dans la 1'e édition des Éléments d'Économie politique pure (1874). Mais je
trouve l'expression marginal utility, dans les Principles of political Economy de
MarsHALL (1898), p. 168 ; et l'expression productivités marginales dans la &e édition
des Éléments d'Économie politique pure, p. 371. — Il ne semble pas que l'expression
utilité marginale appartienne à la langue de Walras. (Élie Halévy.)
1. « Il sera très utile, en vue de la clarté des idées d'employer ici quelques expressions techniques pour repré
senter les termes de la théorie de Ricardo. »
| s91
————
Marginale (Utiiité, Valeur) ; D.
Grenz (-nutzen, -wert) ; E. Marginal
(Utility, Value); 1. Marginale (Uti-
lità, Valore).
On dit aussi dans le même sens,
Utilité limite, utilité finale.
Soit une chose utile et échangeable
(laine, fer, blé, etc.), telle que le désir
qu’on a d’en acquérir une quantité
déterminée a diminue à mesure qu’on
en possède déjà davantage : l'utilité
marginale de cette chose, pour un ac-
quéreur donné, est par définition l’uti-
lité du dernier élément égal à a qu’il
jugera à propos d’acquérir.
Ce terme dérive de l’usage proposé
par FawcerTT, de l'expression margin
of cultivation (limite, bord de la cul-
ture), pour désigner, conformément à
la théorie de Ricarpo, le dernier élé-
ment de terre, de productivité donnée,
dont le revenu, par suite de sa distance
et des difficultés d’accès aux centres de
consommation, couvre juste les frais
de culture. — Voir les Observations.
Il a été étendu à la théorie générale
des valeurs, économiques ou non, par
certains écrivains contemporains no-
tamment par EHRENFELS (System der
Werttheorie, 1, $ 25) ; il propose d’em-
ployer au sens général Grenz-frommen,
dont le Grenz-nutzen économique serait
un cas particulier.
Rad. int. : Marjinal.
MATÉRIALISME
MASSE, D. Masse; E. Mass; I.
Massa.
Étant donné qu'une même force,
appliquée à des corps différents, leur
donne des accélérations inégales ; et
que, pour un même corps, les accélé-
rations sont proportionnelles aux for-
ces, on appelle masse d’un corps le
rapport constant qui existe pour ce
corps entre les forces qui y sont appli-
quées et les accélérations correspon-
dantes. — Cf. Inertie*,
Rad. int. : Mas.
MATERIAL, (S).
MATÉRIALISME, D. Materialismus;
E. Materialism ; 1. Materialismo.
A. OnrocociEe. Doctrine d’après la-
quelle il n'existe d’autre substance
que la matière*, à laquelle on attribue
des propriétés variables suivant les
diverses formes de matérialisme, mais
qui a pour caractère commun d’être
conçue comme un ensemble d'objets
individuels, représentables, figurés, mo-
biles, occupant chacun une région dé-
terminée de l’espace. « Materialistæ
dicuntur philosophi, qui tantummodo
entia materialiasivecorpora existere af-
firmant.» (Wozrr, Psych. ration., $ 33.)
B. Psycaozocie. Doctrine d’après
laquelle tous les faits et états de cons-
cience sont des épiphénomènes*, qui
Sur Masse. — Cette notion classique de la masse paraît en voie de se modifier
sous l’influence des théories nouvelles concernant la constitution électronique de
matière, D’une part on est amené à croire qu'aux très grandes vitesses (rayons
émanés du radium, rayons cathodiques) la masse augmente en fonction de la
vitesse ; de l’autre, on tend à admettre que l’inertie électrique, ou self-induction,
est le phénomène primitif d’où dérive la masse usuellement considérée (cf. Porn-
CARÉ, Science et méthode, p. 215 et suiv.) (M. Winter.)
Sur Matérialisme (ontologique et psychologique) voir les Observations au mot
MATIÈRE.
Nous avons maintenu dans le corps de cet article, faute de pouvoir instituer en
ce moment une discussion assez large sur ce point, la définition du matérialisme
ontologique (sens A) qu’avait adoptée la Société de Philosophie en 1910. Mais
M. Parodl met en doute qu’il soit essentiel au matérialisme de concevoir la matière
comme discontinue. — On peut remarquer, en effet, que le système de Descartes,
Par exemple, en tout ce qui ne concerne pas l’âme humaine, est un matérialisme
: admettant une matière continue. Cependant, même dans ce cas, grâce à l'acte
MATÉRIALISME
ne peuvent être expliqués et devenir
objet de science que si on les rapporte
aux phénomènes physiologiques cor-
respondants, seuls capables de rece-
voir une systématisation rationnelle,
seuls capables aussi de fournir un
moyen efficace et régulier de produire
ou de modifier les phénomènes psycho-
logiques. — V. not. RiBoT, Maladies
de la personnalité pp. 6-10 (où il définit
ce point de vue épistémologique sans
se servir du terme matérialisme).
En outre, l'usage courant du mot
matérialisme, dans ces deux acceptions
exclut : 1° toute antithèse dualistique
entre les fins de l’âme et les fins de la
vie biologique ; 2° toute croyance à des
âmes individuelles et séparées, suscep-
tibles de préexistence, de survivance ou
de transmigration.
C. Éraique. Doctrine pratique sui-
van! laquelle la santé, le bien-être, la
richesse, le plaisir, doivent être tenus
pour les intérêts fondamentaux de la
vie. « Ganz etwas anderes als dieser
592
‘ oder ethische Materialismus, der mit
dem ersteren nichts gemein hat. Dieser
« eigentliche » Materialismus verfolgt
in seiner praktischen Lebensrichtung
kein anderes Ziel als den môglichst
raffinirten Sinnesgenuss!. » HÆckeL,
Natürliche Schôpfungsgeschichte, I],
ch. 2.
« Une foule matérialiste, uniquement
attentive à ses grossiers appétits..… »
(RENAN, Dialogues philosophiques, II,
66.)
Matérialisme historique. Terme crée
par ENGELs pour désigner la doctrine
de Karl Marx, d'après laquelle les
faits économiques sont la base et la
cause déterminante de tous les phéno-
mènes historiques et sociaux.
« Die œkonomische Struktur der
| Gesellschaft ist die reale Basis worauf
1. « Tout différent de ce matérialisme scientifique est
le matérialisme moral ou éthique, qui n'arien de commun
avec le précédent. Ce matérialisme, au sene propre du
mot, est une direction pratique de la vie qui n'a pas
d'autre but que la jouissance sensible la plus raffinée. «
7
598
MATÉRIALISME
sich ein juristischer und politischer
Ueberbau erhebt, und welcher be-
stimmte gesellschaftliche Bewusstseins-
formen entsprechen. Die Produktions-
weise des materiellen Lebens bedingt
den socialen, politischen und geistigen
Lebensprocess überhauptl. » (Karl
Marx, Zur Kritik der politischen Œko-
nomie, Préface, 1859.)
Matérialisme dialectique (D. Dia-
lektischer Materialismus ; par abrévia-
tion Diamat, couramment employé
1. « La structure économique de la Sociétéestla base
réelle sur laquelle s'élève la superstructure juridique et
politique, et à laquelle correspondent dos formes déter-
minées de conscience sociale... Le mode de production
dela vie matérielle conditionne l’ensemble de tous les
processus de la vie sociale, politique et spirituelle. »
dans l’Europe centrale et en Russie).
Vue générale des choses dont le
matérialisme historique est un cas parti-
culier. Elle consiste à considérer l’uni-
vers comme un tout, formé de matière
en mouvement, engagée dans une
évolution ascendante atteignant des
niveaux successifs où un plus haut
degré de complication quantitative
fait apparaître nécessairement, par
une transformation brusque, des chan-
gements qualitatifs entièrement nou-
veaux. Voir au Supplément à la fin du
présent volume les extraits de l’opus-
cule de STALINE, Le matérialisme
dialectique (1945) et pour explications
et commentaire, Henri LEFEBVRE, Le
matérialisme dialectique (1947), parti-
culièrement p. 91-93.
naturwissenschaftliche ist der srittliche | Histoire naturele de la création.
divin primitif qui divise l’espace en cubes et les met en mouvement, il restitue à
la matière la discontinuité dont il se sert ensuite pour expliquer les phénomènes.
Serait-il possible de s’en passer ? (A. L.)
Au matérialisme discontinuiste des Épicuriens s'oppose le matérialisme conti-
nuiste des Stoiciens. Le premier affirme le mécanisme et l’homogénéité des atomes ;
le second le dynamisme et l’hétérogénéité des matières (feu et air actifs, eau et
terre passives). Mais est-ce bien encore un matérialisme ? (E. Bréhier.)
11 n'existe pas encore, à ma connaissance, de doctrine matérialiste se fondant sur
la théorie actuelle, selon laquelle la réalité matérielle prendrait périodiquement
deux sortes d'aspect, l’un atomistique, qui donnerait des gages à la discontinuité, et
Pautre ondulatoire, qui tournerait au contraire au profit de la continuité. C'est
l’un des paradoxes de cette physique, dont on ne voit pas bien où elle nous conduit.
Sur un autre point elle risque d’ébranler encore le matérialisme : celui-ci était
déterministe (exception faite cependant pour le système d’Épicure), et c’est sur
ce point qu’il s’opposait le plus radicalement au spiritualisme. La relation d'’incer-
titude paraît tout remettre en question en ce qui concerne les rapports de l'esprit
avec la matière. Comme vous le dites justement dans les Observations, les mots
changent de sens, et il est artificiel de chercher une idée centrale et essentielle
commune à toutes les philosophies matérialistes, voire une conception commune
de la matière. Nous avions déjà pu noter, de ce point de vue, une différence
fondamentale de la pensée antique et de la pensée moderne : tandis que les Grecs
voyaient dans la matière le principe du devenir, nous en avons fait au contraire le
principe de la permanence. (Voir Rivaun, Le devenir dans la pensée grecque
(Ch. Serrus.)
Sur Matérialisme historique. — Définition d’Encecs : Marx a prouvé « … dass
alle bisherige Geschichte die Geschichte von Klassenkimpfen war, dass diese
einander bekämpfenden Klassen der Gesellschaft jedesmal Erzeugnisse sind der
Produktions- und Verkehrs Verhältnisse, mit einem Wort, der œkonomischen
Verhältnisse ihrer Epoche ; dass also die jedesmalige œkonomische Struktur der
Gesellschaft die reale Grundlage bildet, aus der der gesammte Ueberbau der
rechtlichen und politischen Einrichtungen sowie der religiosen, philosophischen
und sonstigen Vorstellungsweisen eines jeden geschichtlichen Zeitahschnittes
in letzter Instanz zu erklôren sind. Hiermit war der Idealismus aus seinem letzten
Zufluchtsort, aus der Geschichtsauffassung vertrieben, eine materialistische
Geschichtsauffassung gegeben’. » (Fr. ENGELs, Herrn Eugen Dühring’s Umwälzung
der Wissenschaft, Einleitung, 3° éd., p. 12.) — Communiqué par Élie Halévy,
ainsi que la citation de Marx placée ci-dessus dans le texte même de l’article.
La science sociale issue des recherches de Le PLAY part d’une conception
analogue, mais plus compréhensive : le genre de travail est le facteur social
prédominant. (F. Mentré.)
— L'expression matérialisme historique a été souvent critiquée, et avec raison,
me semble-t-il. Étymologiquement, elle pourrait aussi bien s'appliquer à la
sociologie à base biologique de Spencer. L'expression déterminisme économique me
semblerait beaucoup plus précise et plus propre. LoriA propose économisme
historique (La sociologia, 1901, p. 192). (C. Ranzoli.)
Déterminisme économique serait également équivoque : il signifierait « doctrine
suivant laquelle les phénomènes économiques sont soumis au déterminisme »
bien plutôt que « doctrine d’après laquelle les phénomènes économiques déter-
minent tous les faits sociaux ».
1. « Que jusqu'à présent touée l'histoire a été l’histoire des luttes entre les classes, que ces classes sociales en lutte
lee unes avec les autres sont toujours le produit des relations de production et d'échange, en un mot des ra, ports
économiques de leur époque ; et qu'ainsi, À chaque moment, la structure économique de la société constitue FE {on-
lement réel par lequel doivent s'expliquer en dernier ressort toute la superstruoture des institutions juridiques et
litiques, ainsi que des concentions religieuses, philosophiques et autres de toute période historique. Par là l'idéa-
eme a été chassé de son dernier refuge, la conception de l’histoire, et une conception matérialiste de l'histoire a été
j donnée. « Le retournement de la science par M. Eugène Dühring.
MATÉRIALISME
EXTA
REMARQUE
« Matérialisme dialectique » s'oppose
« matérialisme métaphysique »,
pas au sens d’ontologique, mais au sens
de statique, d'immuable ; voir dialecu-
que, 2, C. « La deuxième étroitesse spé-
cifique de ce matérialisme (celui du
xvie siècle) consistait dans son inca-
pacité à considérer le monde en tant
que processus, en tant que matière
engagée dans un développement histo-
rique. Cela correspondait au niveau
qu’avaient atteint à l’époque les scien-
ces naturelles, et à la façon métaphy-
sique, c’est-à-dire anti-dialectique de
philosopher qui en résultait. » Fr. En-
GELS, Ludwig Feuerbackh et la fin de la
philosophie classique allemande; dans
Marx et ExceLs, Études philosophi-
ques, p. 29. Voir les Observations
ci-dessous.
MATÉRIEL, D. A, ©. Stofflich ; B.
Kôrperlich; E. Material ; 1. Materiale.
A. Opposé à formel : qui appartient
à la matière, ou qui constitue une
matière au sens B.
« Implication matérielle », voir Impli-
cation*
B. Opposé à spirituel : qui appar-
tient à la matière, ou qui constitue une
matière au sens C, 2°.
REMARQUE
Matériellement vrai se dit d’un juge.
ment et surtout d’une proposition vrais
en eux-mêmes, quand ils constituent
la conclusion d’un raisonnement qui
ne suffirait pas à en prouver la vérité,
soit parce qu’il est formellement incor.
rect, soit parce qu’une ou plusieurs de
ses prémisses sont fausses; p. ex. :
« Tous les nombres carrés sont des
multiples de 3 (faux); or 225 est un
carré (vrai) ; donc 225 est un multiple
de 3 (« matériellement vrai », quoique
tiré d’une prémisse fausse par un syl-
logisme formellement correct) » ; — ou
encore : « Le carbone est combustible
(vrai); le carbonate de chaux n’est
pas du carbone (vrai) ; donc le carbo-
nate de chaux n’est pas combustible
(« matériellement vrai », quoique tiré
de deux prémisses vraies par un raison-
nement vicieux). »
Par une analogie a contrario, on a
qualifié de « formellement vraie » une
proposition, vraie ou fausse en elle-
même, qui est correctement déduite
d’autres propositions ; mais c’est une
expression que rien ne justifie : ce qui
peut être dit formellement vrai, en ce
cas, est l’ensemble duraisonnement dont
elle est la conclusion, mais non cette
conclusion elle-même. Voir Vérité*.
Rad. int. : A. Material; B. Fizikal,
Korpal.
Sur Matérialisme dialectique. — Le texte cité d’Engels nous a été communiqué
par M. René Maublance qui ajoute
: « C'est Engels qui a voulu distinguer la théorie
de l’évolution sociale à laquelle il a gardé le nom de matérialisme* historique,
usuel chez Marx, et la théorie générale du monde, à laquelle il donne le nom de
« matérialisme dialectique ». Cette distinction est nettement indiquée dans son
ouvrage Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (voir
ci-dessous, Observations sur Métaphysique*). Elle a été adoptée ensuite par
Lénine, Plékhanov, Boukharine, et se retrouve dans de nombreux ouvrages
allemands.
Je ne puis dire exactement à quel moment l’expression de matérialisme dialec-
tique s’est introduite en France. Elle apparaît naturellement dans les traductions
de livres russes publiées aux Éditions Sociales Internationales : N. BOUKHARINE»
La théorie du Matérialisme historique (1927) ; LÉNINE, Matérialisme et empirio:
criticisme (1928). Le Feuerbach d'ENGELs n’a été traduit qu’un peu plus tard
{première traduction par Marcel Ouivier, Les Revues, 1931).
1
595
MATIÈRE
1. MATHÉMATIQUE, subst. (Au
singulier : CoNporceT, Auguste COMTE,
etc. ; mais plus fréquemment au pluriel:
Les Mathématiques.) — D. Mathematik;
E. Mathematics ; 1. Matematica.
Non générique de toutes les sciences
qui ont pour objet le nombre, l’ordre
(numérique), ou l'étendue. Voir Algé-
bre*, Analyse*, Arithmétique*, Géomé-
trie*, etc.
Mathématique universelle, « Mathesis
universalis » expression usuelle à l’épo-
que de Descartes (voir J. LAPORTE, Le
rationalisme de Descartes, p. 8, note 7) !
et qu’il a adoptée dans les Regulae
pour désigner « generalem scientiam,
quae id omne explicat quod circa ordi-
nem et meusuram nulli speciali mate-
riae addictos quaeri potest ». (Ibid.
règle IV ; Ad. et Tann., p. 378.) C'est
la méthode elle-mmème, dans sa portée
générale, telle qu’elle est définie dans la
règle V.
REMARQUE
La question de savoir d’une part si
toutes ces sciences peuvent être rame-
nées à une définition directe unique,
et d’autre part s’il est possible de tra-
cer une ligne de démarcation séparant
d’une manière précise les mathéma-
tiques de la logique ont été l’objet de
discussions qui ne peuvent étre ici que
mentionnées.
Rad. int. : Matematik.
2. MATHÉMATIQUE, adj. — D.
Mathematisch; E. Mathematic; 1. Ma-
tematico.
A. Qui appartient aux mathéma-
tiques : « Le raisonnement mathéma-
tique. »
B. Qui use des mathématiques, qui
s'exprime sous forme mathématique :
« La physique mathématique. »
C. Par extension (et généralement
par hyperbole), qui présente le même
caractère que les mathématiques, soit
en tant que rigoureux, soit en tant que
nécessaire, — Ce sens est familier.
Rad. int. : À. Matematikal ; B. Ma-
tematik ; C. Matematikatr.
« MATHÉSIOLOGIE, » terme créé
par AMPÈRE, pour désigner la théorie de
la classification des sciences, considérée
du point de vue de l’enseignement.
Essai sur la philos. des sciences, Introd.,
p. 32. Cf. Préface, p. xxxr. Ce terme
est peu usité.
« MATHÉSIOTAXIE » a été employé
par Duran DE Gros pour Classifi-
cation des sciences. Aperçus de tatin.
| gén., 250, 260, etc.
MATIÈRE, G. üAn (cf. L. Sylva);
L. Materia, materies; D. Alaterie,
Stoff; E. Matter dans tous les sens ;
au sens propre, À. material ; au figuré,
stuff ; — I. Materia.
A. Primitivement, les objets naturels
que le travail de l’homme utilise ou
transforme en vue d’une fin ; spéciale-
ment (5An, materies) : le bois de cons-
truction. —— De là :
B. Dans les expressions d’origine
aristotélicienne et scolastique (et, dans
ce cas, toujours opposé à forme*) :
19 ce qui, dans un être, constitue l’élé-
Sur Matière et Matérialisme.
Le mot matérialisme apparaît pour la première fois à l’époque de ROBERT
Boyze. Voir notamment The excellence and grounds of the mechanical philosophy,
1674. — On le trouve chez LE1IBNIZ opposé à idéalisme : les types de ces deux
doctrines sont selon lui Épicure et Platon. Réplique aux réflexions de Bayle, 1702.
Erdmann, 186 A ; Janet, I, 697. (R. Eucken.)
Murray cite le mot materialists, dans les Divine Dialogues d'Henry More
(1668).
La première rédaction de cet article citait le passage suivant de Ravaïsson
1. La supériorité et les fondements de la philosophie mécanique.
MATIÈRE
596
ment potentiel, indéterminé, par oppo-
sition à ce qui est actualisé ; 29 toute
donnée, physique ou mentale, déjà dé-
terminée, qu’une activité reçoit et
élabore ultérieurement.
On a dit primitivement pour dis-
tinguer ces deux acceptions « matière
première » et « matière seconde »;
mais l’expression « matière première »,
en passant dans le langage courant, est
devenue synonyme de « matière se-
conde », qui est tombé en désuétude,
en même temps que s’effaçait dans le
mot matière l’idée aristotélicienne de
potentialité pure.
« The term Matter is usually applied
to whatever is given to the artist and
consequently, as given, does not Come
within the province of the art itself to
supply. The form is that which is given
in and through the proper operation
of artl. » (MANSEL, Prolegomena logica,
226, dans Mari, Examination of sir
W. Hamilton's philosophy, ch. XX.)
On appelle souvent, en ce sens, mu-
tière de la connaissance (par opposition
à la forme* de celle-ci), les données
L. « Le terme malière est usuellement appliqué à tout
ce qui est donné à l'artiste et que par conséquent, en
tant quo donné, il n'appartient pas à l’art urmème
de fournir. La forme est ce qui est donné dans et par
l'opération propre de l'art. »
597
PR ane
concrètes qui forment le contenu* de
la pensée. Cf. KanT : « … den rohen
Stoff sinnlicher Eindrücke zu einer
Erkenntniss der Gegenstände zu ver-
arbeiten!. » (Kruit. der reinen Vernunft,
Einleitung, 1, B. 1.) Il la nomme aussi
Grundstoff. (Ibid.)
C. Au sens moderne (d’origine sur-
tout cartésienne) ; et dans ce cas, op-
posé tantôt à la forme, tantôt à l'esprit :
1° Si l’on distingue, par abstraction,
dans un objet physique : 40 la figure
géométrique qui le limite dans l’es-
1. « .… élaborer la matière brute des impressions
sensibles en une connaissance des objets. »
MATIÈRE
pace ; 29 ce qui lui donne une réalité
concrète, une présence actuelle et indi-
viduelle, le premier de ces éléments est
appelé sa forme, et le second sa matière.
« La matière... dont la nature con-
siste en cela seul qu’elle est une chose
étendue, occupe maintenant tous les
espaces imaginables, et nous ne sau-
rions découvrir en nous l’idée d’aucune
autre matière. » (DESCARTES, Principes,
11, 22.) — « Le titre des matières d’or
et d'argent... » (Code pénal, art. 423.)
2° Par opposition à l'esprit : ce qui
est objet d’intuition dans l’espace, et
possède une masse* mécanique. Cf.
Corps*.
comme un exemple de la confusion possible entre les sens du mot matière, et de
la facilité avec laquelle la réflexion philosophique se joue dans le passage de l’un
à l’autre.
« L'idée de la matière n’est réellement que l’idée de ce dont on fait une chose
en lui donnant une forme, et qui passe ainsi d’un état relativement indéterminé
et imparfait à un état de détermination et de perfection. D'ou il suit que si l’on
veut chercher au delà de toute forme une matière première ou absolue, on n’arri-
vera qu’à un véritable rien. Qu'est-ce en effet que l’idée de quelque chose qui
n'aurait aucune manière déterminée d'exister ? C’est l’idée tout à fait abstraite
de la pure et simple existence, qui équivaut à celle du néant. Le matérialisme
absolu n’a jamais existé, et ne saurait jamais exister. Qu'est-ce donc alors que
le matérialisme de tel ou tel système ? C’est la théorie qui, sans aller jusqu'aux
dernières conséquences de son principe, explique les choses par leurs matériaux,
par ce qui est en elles d’imparfait, et dans cet imparfait prétend trouver la raison
de ce qui l’achève. Selon l’excellente définition d’'Auguste Comte... le matérialisme
est la doctrine qui explique le supérieur par l’inférieur. Qu'est-ce qui en fait le
faux ? C’est que précisément il est contradictoire, comme disait Aristote, que le
meilleur provienne du pire, que le moins produise le plus. C’est l’œuvre achevée
qui explique l’ébauche, le complet, le parfait qui explique l’inférieur. Par suite, c’est
l'esprit seul qui explique tout. » (Rapport sur la philos. en France au XI X® siècle,
p. 189.)
MM. J. Lachelier, Pécaut, Blondel, Boisse ont pris la défense de cette critique
de Ravaisson et de la définition d’Auguste Comte :
Je crois que l’on ne peut bien entrer dans le sens des mots matière et matérialisme
qu’en partant de la philosophie d’Aristote. 11 me paraît clair qu’il y a en tout
être : 1° ce qui lui donne son sens et son intérêt propre : c’est son idée ou sa forme;
29 ce qui est pour cette forme un point d'appui nécessaire, ce sans quoi elle serait
abstraite ou simplement possible. Par exemple ce qui donne un sens à une existence
humaine, c’est le fait de penser ; mais la pensée suppose, pour exister, un Corps
vivant. Si l’on ne considère que ce corps, ce qui lui donne un sens, c’est de vivre;
mais cette vie suppose, pour exister, un organisme, etc. Seulement je ne dirai pas,
avec M. Ravaisson, qu’en remontant, ou plutôt en descendant toujours ainsi, on
finirait par ne plus rien trouver : je crois qu’il y a un dernier réel, que Leibni?
regardait avec raison comme un élément indispensable de sa monade, un principe
de résistance et de retardement sans lequel l'effort se perdrait dans le vide, ou
plutôt ne naîtrait même pas ; et d’une matière générale, en remontant, on trouvera
qu'il faut toujours une matière pour une forme, des faits, par exemple, pour une
construction systématique, des penchants normaux et suffisamment énergiques
pour la vertu, un degré suffisant de la beauté plastique pour servir de support à
la beauté d'expression, etc. — Vous me direz peut-être que ces choses que j'appelle
spirituelles, comme pensée, vie, beauté, ne sont pas des êtres, mais des manières,
pour un être, d’avoir conscience de lui-même ou d’un autre être, de simples
modifications ; par conséquent, de simples prédicats. Mais la philosophie d’Aristote
consiste précisément à placer l’être véritable dans le penser, Le sentir, etc., et à
ne voir dans ce qui pense, ou sent, que la condition matérielle du penser et du
sentir; et croire (comme presque toute la philosophie moderne) que c'est cette
condition qui est l'être et que le penser, le sentir, ne sont que des modes, c’est
du point de vue de la philosophie d’Aristote, l'essence même du matérialisme.
(J. Lachelier.)
Le pur matérialisme est un non-sens. Le matérialisme est moins un système
qu’une tendance, tendance dont Auguste Comte proposait cette profonde défini-
tion : « Expliquer le supérieur par l’inférieur. » (M. Blondel.)
N'y aurait-il pas lieu de commencer par la définition générale donnée par
Auguste Comte, et de passer ensuite, mais ensuite seulement, aux sens À, B, C?
(L. Boisse.)
La définition d’Auguste Comte me paraît excellente. 1° Elle est claire. Le supé-
rieur, c’est l'existence qui a plus d’attributs ; l’inférieur, celle qui en a moins. Le
roseau pensant est supérieur au roseau qui ne pense pas. Sont matérialistes, par
conséquent, les tentatives pour expliquer une civilisation par le milieu physique
où la race; pour expliquer le Liologique par le chimique, etc. — 2° Elle a une
&rande valeur philosophique, en ce qu’elle définit les termes d’un des plus grands
Problèmes spéculatifs. Des lois très simples, comme des lois mécaniques d’attrac-
tion ou de répulsion en fonction des distances, peuvent-elles rendre compte de la
lichesse du monde en attributs ? Et c’est contre la solution matérialiste, si bien
définie par Comte, que s’élévent la plupart des philosophies modernes, par exemple
la doctrine de M. Boutroux. celle de M. Bergson, et la seconde philosophie de
Comte lui-même. (F. Pécaut.)
Dans sa définition du matérialisme, Auguste Comte ne me paraît pas désigner
MATIÈRE 598
Observations (suite)
par supérieur et par inférieur ce qui a un plus ou un moins grand nombre d’attri-
buts. Ce n’est pas pour lui une question de complexité logique, mais une question
de valeur, relative à la classification subjective et aux intérêts de l'Humanité.
(Voir en particulier le 2° volume de la Politique positive.) Il considère surtout
le matérialisme comme un renversement de la véritable échelle des valeurs.
(G. Milhaud.)
Il me paraît dangereux, en même temps qu’artificiel, de chercher une idée
centrale et essentielle qui soit commune à toutes les acceptions des mots matrère
et matérialisme. Le sens des mots se transforme et se diversifie dans le temps par
des processus qui sont bien loin de se réduire aux rapports logiques de genre et
d'espèce : la sémantique nous met en garde contre les tendances ce l'esprit philo-
sophique, toujours enclin à systématiser son objet, et à ne pas accorder une
importance suffisante à ce qu'il y a dans les choses d’accidentel et d historique.
Le mot matière s’est différencié en deux directions divergentes : l'une aristoté-
licienne et scolastique, caractérisée par une sorte d'emploi adjectif et relatif
du mot : il n’y a rien en ce sens qui soit la matière ; mais telle ou telle donnée est
matière par rapport à telle ou telle forme ; — l’autre, cartésienne et scientifique,
où le mot est nettement substantif : La matière est alors la res extensa, qui s oppose
à la res cogitans. C'est de ce second sens que vient à son tour la principale acception
du mot matérialisme, qu'il aurait peut-être été plus clair de remplacer par le
nom de corporalisme. Mais il est arrivé que matière, en ce sens, s’opposant à esprit,
a pris quelque chose de l’idée chrétienne de la chair, de la ve animale, en tant
qu’elle s'y oppose aussi. On parle de préoccupations, de goûts, d'intérêts « maté-
riels » ; on dit d’un homme qu'il est « enfoncé dans la matière ». (Hylique, baux:
qui pour Aristote signifiait seulement corporel, est devenu chez les Pères de
l'Église synonyme de charnel, et s'oppose à nvevuatix6c.) Et c'est ainsi que le
« corporalisme » ontologique se trouve appelé du même nom que l« animalisme ,
moral, théorique ou pratique, et que | « économisme » historique. L'usage aristo-
télique du mot üan, s’il est l’origine première de tous nos emplois philosophiques du
mot matière, ne suffit donc pas à définir un genre dont ils seraient les espèces.
Quant à la définition d’Auguste Comte, le principal défaut en est qu’on peut
faire dire trop de choses diverses à ces mots d’inférieur et de supérieur, Qui ont
été critiqués ici même. Le sens dans lequel les prend Ravaisson semble bien déjà
n'être pas tout à fait le même que celui de son auteur. il est bien difficile d accorder
que le plus et le moins soient la même chose que le meilleur et le pire. La question
de la richesse logique est indépendante de celle de la valeur esthétique ou morale.
— Mais admettons que l’on précise et que par supérieur on entende, comme le
veut M. Pécaut, ce qui a plus d’attributs. La définition, dès lors, ne conviendra
plus du tout aux systèmes généralement appelés matérialistes, par exemple à celui
d'Holbach ou à celui de Büchner. On ne peut dire que pour eux la matière ait
moins d’attributs ni qu’elle soit moins déterminée que la vie ou la conscience.
Ni l’un ni l’autre ne vise à découvrir « au delà de toute forme » une matière qui se
déterminerait d'elle-même automatiquement : cette formule s’appliquerait bien
mieux à la philosophie de Spencer, qui fait sortir l’hétérogène de l’homogène, et
qui par là tombe en effet directement sous la critique de Ravaisson : mais préci-
sèment cette philosophie repousse le nom de matérialisme. Le reproche généra”
lement fait à ceux qui acceptent ce nom est au contraire d’avoir trop enrichi
l'idée de matière, d'y avoir supposé des propriétés que nous ne percevons pas
effectivement dans les corps. (Voir par ex. JANET, Le matérialisme contemporatn,
p. 29-89, 2e éd.)
599
« Materie ist das bewegliche im
Raume!. » (KANT, Metaph. Anfangs-
gründe der Naturwiss., 1.) « Les élé-
ments de la matière peuvent se rame-
ner à l'étendue et au mouvement. »
(E. Bourroux, De la contingence des
lois de la nature, ch. 1v.)
En cesens, les uns opposent la notion
de matière à celles de force, de mouve-
ment, d'énergie qu’ils rapprochent de
la notion d'esprit ; les autres les consi-
dèrent au contraire comme inséparables
de l’idée de matière et les opposent en
bloc à la pensée. Voir, p. ex., P. JANET,
Le matérialisme contemporain, chap. IV.
— E. Bourroux a distingué les corps
(«les éléments chimiques en tant qu’ils
sont susceptibles d’hétérogénéité ») de
la « matière pure et simple » telle
qu'elle est définie ci-dessus. (Zbid.
chap. V.)
MATIÈRE
CRITIQUE
L’enchaïînement de ces sens est établi
par rayonnement autour du sens A. Si,
dans l’opération usuelle qui a fourni ce
cadre à notre pensée abstraite, on consi-
dère surtout la construction et l’organi-
sation nouvelles que reçoivent des ma-
tériaux préexistants, l'opposition de
forme et matière est celle que définit le
sens B ; si l’on porte l’attention sur le
changement que reçoit la figure exté-
rieure des matériaux (taille des pierres,
modelage de l’argile), l'opposition prend
l’aspect tout différent que représente le
sens C-1; si l’on considère enfin la
passivité et l’inertie des objets sur les-
quels on opère, par opposition à l'esprit
qui conçoit la forme, ou au travail qui
la réalise, on en arrive au sens C-2.
Malgré l’unité de la métaphore techno-
logique qui en fonde le sens, ce mot est
donc très équivoque, puisqu’un objet
1. « La matière est ce quiest mobile dans l’espace. » s , ; ,
Phiniers | mélap à dla ae dl de pensée n’est « matière » qu’en tant
naiure. »
qu'on divise l’opération totale de pro-
L'idée dominante du matérialisme théorique paraît être bien plutôt dans la
réunion de ces trois thèses : au point de vue métaphysique, qu’il n’existe rien
qui soit séparable de la matière corporelle, si ce n’est verbalement et par abstrac-
tion ; — au point de vue méthodologique, que seule l'étude de cette matière
peut éclairer la vie de l’esprit et donner prise sur elle ; — enfin, au point de vue
moral, que l’homme est un être simple, dont toutes les tendances forment norma-
lement un système harmonique et homogène, et non pas un être double, où deux
systèmes de fins sont en conflit. (Que ces thèses, d’ailleurs soient nécessairement
solidaires ou non, ce n’est pas ici le lieu de l’examiner). — Il est bien vrai que les
matérialistes font souvent effort pour expliquer le plus grand nombre possible de
faits par le plus petit nombre de principes. Mais cette tendance ne leur est pas
propre et ne peut servir à caractériser leur doctrine : car tout système logique a
pour objet de déduire du plus petit nombre d’hypothèses la plus grande variété
possible de conséquences. C’est inême pour cela que les matérialistes modernes, loin
delimiter a priori, comme Démocrite ou comme Descartes, le nombre des propriétés
de la res extensa, déclarent au contraire laisser à l’expérience le soin de révéler
Quelles déterminations essentielles il faudra lui attribuer ; par exemple :
: € Nous ne connaissons point les éléments des corps, maïs nous connaissons
quelques-unes de leurs propriétés ou qualités... Les hommes ont regardé la matière
comme un être unique, grossier, passif, incapable de se mouvoir, de se combiner,
de rien produire par lui-même ; au lieu qu'ils auraient dû la regarder comme un
&enre d’êtres dont tous les individus divers, quoiqu'ils eussent quelques propriétés
communes telles que l’étendue, la divisibilité, la figure, etc., ne doivent cependant
Point être rangés sous une même classe, ni être compris sous une même déter-
mination. » (D'HozBacu, Système de la nature, I, ch. 2.) « Le système de la spiri-
fualité, tel qu'on l’admet aujourd'hui, doit à Descartes toutes ses prétendues
MATIÈRE
duction suivant l’un ou l’autre de ces
points de vue. La « cause matérielle »
se définit en autant de sens distincts
qu’il y a d’autres causes mises en anti-
thèse avec elle.
Rad. int. : À, B. Materi; C-1. Subs-
tanc. C-2. Korp.
MAUVAIS, D. Bôse (surtout au sens
moral) ; Übel (fâcheux, déplaisant, dé-
sagréable) ; Schlecht (de mauvaise qua-
lité); — E. Bad; evil (au sens de mal
moral, malheur, « mauvais œil »); —
L. Cattivo (dans tous les sens) ; malo.
Contraire de bon*. Terme général de
désapprobation, soit au point de vue
logique : « mauvais raisonnement » ;
soit au point de vue esthétique : « mau-
vais vers » ; soit au point de vue moral:
« mauvaise action »; soit au point de
600
vue utilitaire : « mauvais outil, mau-
vais calcul »; etc.
Spécialement :
Mauvaise conscience, D. Schlechtes
Gewissen ; E. Bad conscience ; I. Mala
coscienza.
État de la conscience qui éprouve
des remords ou des doutes graves sur
la légitimité morale de ce qu’a fait
l'agent. Voir W. JANKÉLÉVITCH, La
mauvaise conscience (1939), où il marque
fortement le rapport de cette idée à
celle du « malheur de la conscience »
chez Hegel, notamment ch. I : « La
conscience douloureuse. »
REMARQUE
Cette expression est ancienne chez
les moralistes et dans la langue cou-
rante ; mais l’usage philosophique en a
preuves... il est le premier qui ait établi que ce qui pense doit être distingué de
la matière : d’où il conclut que notre âme ou ce qui pense en nous est un esprit,
c’est-à-dire une substance simple et indivisible. N’eût-il pas été plus naturel de
conclure que puisque l’homme qui est matière et qui n’a d’idées que de la matière,
jouit de la faculté de penser, la matière peut penser ? » (Ibid., ch. vi.) (A. L.)
Le sens B ne restreint-il pas trop le sens du matérialisme psychologique ? En
réalité sont matérialistes toutes les doctrines qui même sans considérer les faits
psychiques comme des épiphénomènes, les réduisent aux faits physiologiques
{vibrations nerveuses, mouvements moléculaires, des cellules corticales). Tel est
le matérialisme qui commence avec Démocrite, Épicure, Lucrèce, qui n avaient
aucun concept d’épiphénomène, et qui, par La Mettrie et d’Holbach, aboutit à
Büchner, Moleschott, K. Vogt, etc. (C. Ranzoli.) — Le matérialisme ancien me
semble ontologique, et non pas méthodologique ; c’est seulement quand la question
de méthode est mise en jeu qu’on peut distinguer un matérialisme psychologique
du matérialisme métaphysique. Et la notion d'épiphénomène est précisément
caractéristique de cette vue, que le mot d’ailleurs soit ou ne soit pas employé par
ceux qui la soutiennent. Telle serait par exemple la doctrine d’Auguste Comte
écrivant que « la théorie positive des fonctions affectives et intellectuelles doit
consister désormais dans l’étude des phénomènes de sensibilité intérieure propre
aux ganglions cérébraux, cæ qui ne constitue qu’un prolongement de la physio-
logie » (Cours de phil. pos., leçon 45), si cette théorie méthodologique n était pas
corrigée par l'étude sociologique de l'intelligence, du sentiment et de l’activité
humaine, qui en découvre une autre face. (A. L.) |
On peut se demander si l’on doit appeler matérialistes ceux des philosophes
antésocratiques et des Pères de l’Église qui, tout en distinguant l'âme du corps,
considèrent cependant la première comme une substance matérielle, mais plus
subtile que la seconde ? Je crois que oui, et c’est aussi l'opinion de Hoffding, qui
appelle cette théorie matérialisme primitif par opposition au matérialisme moderne:
(Psychologie, I, 5; 11, 8, a, b.) (C. Ranzoli.)
601
été répandu par Nietzsche, qui y voit
une déformation maladive, inconnue
des âmes de maîtres, et que ceux-ci
entretiennent chez les autres pour
assurer sur eux leur domination. Voir
Zur Genealogie der Moral (1887), et
cf. P. FouLquié, La mauvaise cons-
cience, dans la revue L’école, du
143 mars 1951.
MAXIME, D. Maxime; E. Marim ;
IL Massima.
A. Formule brève, résumant une
règle de conduite, un principe de logi-
que ou de droit, une observation psy-
chologique de caractère général. —
Pour l’histoire de ce mot, notamment
l'emploi qu’en font Locke et Leibniz,
voir Observations.
B. Chez Kanr : règle de conduite
considérée par celui qui l’adopte comme
valable pour sa volonté propre, sans
référence à celle d’autrui. Voir Loi*.
MAXIMUM, D. E. Morimum; I.
Massimo.
A. (Maximum absolu.) Valeur la plus
grande, ou la plus grande possible,
d'une quantité susceptible de diffé-
rentes grandeurs.
B. (Maximum relatif.) En parlant
d’une variable ou d’une fonction, valeur
plus grande que celles qui la précèdent
MÉCANIQUE
et qui la suivent immédiatement. (En
ce sens une fonction peut passer par
divers maximums, égaux ou inégaux.)
Maximal, qui est un maximum, ou
qui est assujetti à une condition de
maximum.
On appelle Extremum le genre dont
Maximum et Minimum sont deux es-
pèces. L’adjectif extrémal s'emploie au
même sens.
Au premier comme au second sens,
ces mots s'appliquent non seulement
aux grandeurs proprement dites, mais
à tout ce qui peut y être assimilé.
1. MÉCANIQUE, adj. — D. Mecha-
nisch ; E. Mechanical ; I. Meccanico.
A. Qui concerne les machines, ou
s'exerce par le moyen de machines.
« Arts mécaniques », opposés aux arts
libéraux. « Fabrication mécanique. »
Se dit, par suite, de tout ce qui est
analogue en nature aux machines que
construit l’industrie humaine. Cette
analogie peut s'entendre en plusieurs
sens très différents :
B. Est mécanique ce qui consiste en
une représentation, ou ce qui fournit
une explication intuitive et concrète,
comme celles que donne la connais-
sance d’un mécanisme, au sens À. « Mo-
dèle mécanique. » — « Tous les physi-
Sur Maxime. — Terme très employé par Locke, Essay, livre IV, ch. viret xur,
et dans les chapitres correspondants des MNouveaux Essais de LEiBniz. Locke
entend par là toutes les propositions admises sans preuve, et le plus souvent
par une sorte de convention tacite, qui laisse aisément place à l’erreur. — LEIBNIz
en restreint le sens aux axiomes (au sens de propositions évidentes) : « Je m'étonne,
monsieur, que vous tourniez contre les maximes, c’est-à-dire contre les principes
évidents, ce qu’on peut et doit dire contre les principes supposés gratis. » Vous.
Essais, IV, x11, 6.
Sur l'usage antérieur de ce mot, dans la Scolastique, voir le Dictionnaire de
Bazpwin, sub Vo,
— Victor Eccer, dans son Cours de morale (Revue des cours et conf., juin 1909),
tirait de ce radical « maximer » et maximation ». « Maximer la conduite » c'est
lui donner une forme générale et absolue. (F. Mentré.)
Sur Maximum. — Pour éviter les équivoques de ce terme, MoLx a proposé
d'appeler marimante la valeur de la variable qui correspond à la valeur maxima
d'une fonction considérée, et d'appeler cette dernière mazimée. Ces expressions
| seraient commodes et souvent utiles. (J. Hadamard.)
MÉCANIQUE
ciens qui se rattachent à l’école méca-
niste admettent que la physique théo-
rique repose sur la considération d’élé-
ments objectivement représentables. »
(Rey, La théorie de la physique chez
les physiciens contemporains, 253.) —
L’ « explication mécanique », en ce
sens, s'oppose à la méthode qui se
contente d'établir entre les phénomènes
des relations fonctionnelles abstraites,
telle qu’elle est définie notamment dans
La théorie physique de Dunrm (1906).
C. Ce qui exclut toute puissance
occulte*, toute finalité* interne ou
immanente. « Tout phénomène est mé-
canique, c’est-à-dire déterminé par des
conditions antécédentes invariables. »
(L. Liarp, La science positive et la
métaphysique, 289.) S'oppose souvent,
en ce sens, à dynamique* ou organique.
Spécialement, dans le cartésianisme,
ce qui s'explique par les seules notions
d’étendue et de mouvement. « La per-
ception est inexplicable par des raisons
mécaniques, c’est-à-dire par les figures
et les mouvements. » (LEIBNIZ, Mona-
dologie, xvi1.)
D. Ce qui peut se réduire aux seuls
concepts en usage dans la mécanique
rationnelle* et aux formules analytiques
qu’elle emploie. « C’est une théorie
mécanique, puisqu'elle fait intervenir
des forces, des déplacements, des vites-
ses, des accélérations, sous des formes
analytiques qui sont celles de la méca-
nique rationnelle. » (LiPPMANN, Préface
à la tr. française des Phénomènes phy-
siques de Ricxi, p. 1v.) — S’oppose
souvent, en ce sens, à physique*.
E. Qui exclut de la représentation
des choses la notion de force (considérée
comme un résidu des notions anthro-
pomorphiques et occultes. — Cf. ci-
dessus le sens C). Le mot, dans ce cas,
s'oppose quelquefois à énergétique*,
quelquefois à dynamique*. Voir A. Rey,
L'énergétique et le mécanisme au point
de vue de la connaissance (1907).
,
CRITIQUE
On voit par ce qui précède combien
ce terme est peu sûr. Encore la plupart
des sens énumérés ci-dessus admet-
traient-ils des subdivisions. Le méca-
nisme cartésien n’est pasidentique dans
ses notions fondamentales au méca-
nisme newtonien, ni même au méca-
nisme leibnizien. « Il n’est guère pos-
sible, dit Abel REY, de suivre pour la
théorie mécaniste la méthode qui a été
suivie pour les autres conceptions de
la physique : on n’en finirait pas à
vouloir exposer toutes ses nuances. »
(La théorie de la physique, etc., p. 233.)
Émile PicarD va même jusqu’à dire
que, « pris en un sens tout à fait géné-
ral, le mot d'explication mécanique est
vide de sens ». (La Science moderne,
p. 126.) Il entend par là qu'il existe
des formes très diverses de mécanique
mathématique, telles que celles de
Boltzmann, de Hertz, ou même telles
que l’énergétique, et que les caractères
définissant une « explication méca-
nique » diffèrent dans chacune d’elles.
L'opposition est particulièrement frap-
pante entre le sens B et le sens D
d’une part, entre le sens D et le sens E
de l’autre. Dans le sens B, le méca-
nisme peut comprendre des faits de
frottement, de cohésion, de dégrada-
tion de l'énergie, etc. ; les « machines
thermiques » ne fonctionnent pas moins
mécaniquement, en ce sens, que le sys-
tème solaire. Au sens D, au contraire,
il n’y a de mécanique que ce qui fonc-
tionne sur le modèle de la « mécanique
céleste ». Le caractère de ce qui est
mécanique, au premier sens, est surtout
intuitif et concret : un processus sera
dit mécanique si l’on en peut avoir Ce
genre de représentation que donne
machine à l’ouvrier qui la connaît bien,
et dont l'imagination kinesthésique est
développée. Le caractère de ce qui est
mécanique, au second sens, est au
contraire abstrait et général; il im”
RS Re et
Sur Mécanique. — Article complété et remanié d’après les observations
d’Abel Rey.
603 .
jique la considération des choses, non
pas en tant que réalités individuelles,
mais en tant que résultantes d’un sys-
tème de lois.
D'autre part, le sens D admet pour
un de ses éléments essentiels la notion
de force, que rejette le sens E. Toutes
les discussions qui roulent sur les déno-
minations de « mécanique, mécanisme,
mechanistische Weltanschauung », etc.
sont donc oiseuses, si l’on ne précise
pas expressément dans chaque cas le
caractère qu’on entend désigner par là.
Rad. int. : À. Mashinal:; B. Mashi-
noid ; C. Mekanismal ; D. Mekanikal ;
E. Cinematikal.
2. MÉCANIQUE, subst. — D. Me-
chanik ; E. À, B. Mechanics (A. Engi-
neering) ; |. Meccanica.
A. Art de la construction, de l’entre-
tien, de l’utilisation des machines. On
dit quelquefois en ce sens, et par oppo-
sition au sens B : « Mécanique indus-
trielle. »
B. Théorie mathématique de ce qui,
dans l’action des machines, peut être
mis sous une forme hypothético-déduc-
tive.
On appelle notaminent « Mécanique
rationnelle » la science théorique des
mouvements réduite à la considération
des masses, des forces et des liaisons.
Élle est généralement divisée depuis
ÂmPÈRE en cinématique (étude des pro-
priétés géométriques des mouvements
dans leur rapport avec le temps, sans
ihtervention des notions de masse ni
de force) ; statique (étude des forces
dans l’état d’équilibre) ; dynamique
(étude du mouvement dans son rap-
Port avec les forces).
On réduit quelquefois l’extension de
€æ mot aux deux dernières divisions,
u’on oppose ainsi en bloc à la ciné-
matique. On peut alors résumer le do-
Maine de la Mécanique dans les deux
Problèmes suivants : « Trouver le mou-
sement que prend un système de corps
&us l’action de forces données; 2° trou-
%er les forces capables d'imprimer à
.®n système de corps un mouvement
Li
MÉDIAT
donné. » (APPELL, Traité de Mécanique
rationnelle, tome I, Introduction.)
Rad. int. : À. Mashin-art; B. Me-
kanik.
MÉCANISME, D. Mechanismus (C.
Mechanistische Weltanschauung): E.
Mechanism ; 1. Meccanismo.
A. Combinaison mécanique, au sens
A; machine.
B. Métaphoriquement, tout prores-
sus dans lequel on peut déterminer,
par l’analyse, une série de phases su-
bordonnées et dépendant l’une de
l’autre : « Le mécanisme de l’attention,
de la reconnaissance ; — le mécanisme
du syllogisme. »
C. Théorie philosophique admettant
qu’une classe de faits, ou même tout
l’ensemble des phénomènes, est sus-
ceptible d’être ramené à un système de
déterminations « mécaniques », à l’un
quelconque des sens de ce mot.
CRITIQUE
Rien n’est plus indéterminé que le
sens de mécanisme en tant qu’on l’ap-
plique aux théories physiques ou phi-
losophiques. Voir ci-dessus
que*, critique.
Rad. int. : À. Mashin ; B. Proced :
C. 1° Mashinalism ; °0 Mekanism.
MÉDIAT, D. Mittelbar, vermittelt ;
E. Mediated (Mediate se dit surtout de
l’élément intermédiaire lui-même, du
moyen, non de ce qui est rattaché à
quelque autre chose par cet intermé-
diaire ; V. Mediation*) ; I. Mediato.
Voir Immédiat*.
A. Qui est en relation avec un autre
terme (et, spécialement, qui dérive
d’un autre terme) par l'intermédiaire
d’un troisième. Une « conclusion mé-
diate » est celle qui se tire d’une ma-
jeure par le moyen d’une mineure. Un
« effet médiat » est celui qui est l’effet,
non d’une cause donnée, mais d’un
effet de cette cause.
B. (Par opposition à immédiat, pris
au sens de primitif, subsistant par
soi-même) conditionné, dépendant
d’autre chose.
Mécani-
Fe
MÉDIAT
604
REMARQUE
Ce terme est assez rare en français.
[l est beaucoup plus usuel en allemand
où Vermitteln (n. s’interposer ; act. ac-
commoder un différend, négocier une
affaire), ainsi que Vermittelung et la
prép. vermittelst appartiennent au lan-
gage courant. Hegel a fait d’ailleurs
grand usage de ces termes. L’anglais
possède aussi le verbe to mediate
(n. s’interposer, intervenir, intercéder ;
act. effectuer, produire ou obtenir par
sa médiation). Ce verbe, au sens actif,
est très usité dans le langage de la
psychologie génétique.
Rad. int. : À. Mediat ; B. Dependant.
1. MÉDIATEUR, adj. D. Vermit-
telnd; E. Intermediate ; I. Mediatore.
Qui exerce ou qui constitue une mé-
diation*, soit au sens À, soit au sens B.
« La multiplicité des esprits est média-
trice entre l’acte absolu et la multi-
plicité des idées et des choses. » L. La-
VELLE, De l’acte, p. 409. — « L'intellec-
tualisation de la détermination est une
forme médiatrice de la spiritualisa-
tion. » R. Le SENXE, Obstacle et valeur,
p. 300.
2. MÉDIATEUR, subit. D. V'ermit-
tler ; E. Medium ; mediator ; 1. Media-
lore.
A. Celui qui exerce une médiation,
au sens À. Expression surtout théolo-
gique, très usuelle en parlant du
Christ. « Dieu leur donnait pour média-
teur un homme qui, joignant la force
de Dieu à notre nature infime, nous
fit un remède de notre faiblesse. »
BossueT, Histoire universelle, 2e partie,
ch. xxvi.
B. Ce qui produit une médiation, ay
sens B. « Pour l’homme, par une excep.
tion toute singulière, un moyen terme,
un véritable médiateur est venu s’in.
tercaler entre l'organisme individuel et
les facultés individuelles. Ce moyen
terme, ce médiateur, n’est autre que le
milieu social. » CourNoT, Traité de
l'enchainement.…., livre IV, ch. 1, $ 321.
« Médiateur plastique. »
On désigne ordinairement sous ce
nom ce que CupworTx appelle « nature
plastique » et « vie plastique de la na-
ture », sorte d'âme du monde, incons-
ciente, par l'intermédiaire de laquelle
Dieu agit sur les choses, et qui sert
notamment à expliquer la structure des
ètres vivants et la vis medicatrix qu'ils
manifestent (The true intellectual sys-
tem of the universe*, ch. IV, et Disser-
tation concerning the plastirk life of
nature?),
CRITIQUE
Nous n'avons pu savoir d’où vient
l'expression « médiateur plastique ».
Paul JANET { De plastica naturæ vi apud
Cuduorthum, 1848 ; Essai sur le média-
teur plastique de Cudworth, 1860) la
critique et déclare qu'il ne l’a jamais
rencontrée chez celui-ci. LaRomIGUIË-
RE, dans ses Leçons de philosophie,
tome II, 9e leçon, a attribué à Cud-
worth une théorie d’après laquelle le
rapport de l’âme et du corps serait
établi par un « médiateur » semi-
spirituel, semi-matériel, mais il ne se
sert pas de l’exprexsion « médiateur
plastique ». Son exposé paraît d’ailleurs
——_—_———_—— ———————————————
1. Le vrai système ini llectuel die l'univers. — 2. Dis
| sertation sur la vie plastique de la nature,
Sur Médiateur plastique. — On trouve chez Kant un passage curieux où Sans
nommer Cudworth ni se servir de l'expression ci-dessus, il semble avoir eu nette
ment en vue le médiateur semi-spirituel, semi-matériel dont parlera plus tard
Laromiguière : « Une substance qui serait présente dans l’espace d’une manière
permanente (beharrlich : cf. Analogies de l'expérience), mais pourtant sans le
remplir, comme un intermédiaire { Mittelding) entre la matière et l’être pensant,
que quelques-uns ont voulu introduire... » Crit. de la Raison pure, « Postulats de
la pensée empirique », Éclaircissement.
NE
605
——
fausser sensiblement la pensée de Cud-
worth, qui dit seulement que la nature
plastique présente une sorte de « pa-
renté » ou d’affinité avec la matière.
D'autre part, elle ne peut être consi-
dérée comme expliquant les rapports
de l’âme et du corps que par un biais
assez particulier : c’est en elle que sont
conservés les actes et les habitudes
d’abord volontaires, qui finissent par
devenir inconscientes et par modifier
l'organisme. Mais il semble bien qu’elle
n'ait pas été dans l'esprit de l’auteur
une réponse au problème ontologique
dont l’influx physique, l'harmonie pré-
établie, le parallélisme, les causes occa-
sionnelles, ont été les solutions les plus
célèbres.
MÉDIATION, D. Vermitteln, Vermit-
telung (veut dire aussi arrangement);
E. Mediation, Intermediation ; 1. Ale-
diazione.
A. Action de servir d’intermédiaire,
au sens B, entre deux termes ou deux
êtres (considérés comme donnés indé-
pendamment de cette action).
B. Action de servir d'intermédiaire
entre un terme ou un ètre duquel on
part, et un terme ou un ètre auquel on
aboutit, cette action étant productrice
du second, ou du moins condition de
sa production. « Comme condition, la
détermination est une médiation per-
missive, elle vient d'en bas... comme
modèle, la détermination est une né-
diation informante, elle vient d’en
haut. » R. Le SENNE, Obstacle et valeur,
P. 241.
C. La chose mème qui exerce ou qui
Constitue une médiation, surtout au
sens B. « L'espace et le temps comme
médiations entre la liberté et le mon-
de. » L. LAveLLE, De l'.{cte, ch. xv
(titre du 8 C), p. 261.
REMARQUES
1. Ce mot correspond au sens de
l'adjectif anglais mediate bien plus qu’à
celui de l'adjectif français mediat, qui
ne s’applique jamais à l'élément inter-
Médiaire lui-même, mais à celui qui se
rattache au premier (ou qui en dérive)
par l’entremise du second.
2. Il n’a eu pendant longtemps en
français que des usages techniques,
Pun dans la langue diplomatique, l’au-
tre dans la langue de la philosophie
religieuse et de la théologie : « Média-
tion du Christ entre Dieu et le monde :
médiation des saints entre les pécheurs
et Dieu. » Mais il est devenu très cou-
rant depuis quelques années, particuliè-
rement dans la philosophie existentielle.
3. Le sens B se rattache à l’idée de
dialectique* ; Vermittelung est d ail-
leurs courant chez Hegel : dans une
dialectique qui vise à donner une des-
cription complète du monde, chaque
terme. sauf le premier et le dernier,
est une médiation au sens B.
Rad. int. : Mediac.
MÉDIATISER, D. lermittln; E.
To mediate ; 1. Mediatizsare.
A. Rendre médiat*, ou considérer
comme médiat, ce qui était immédiat,
ou tenu pour tel. « Il est toujours pos-
sible de découvrir des moyens termes
propres à expliquer, en la médiatisant
en quelque sorte, la relation de la cau-e
et de l’effet. » Léon Rogix, La pensée
hellénique, 411.
B. Servir de médiation*, surtout au
sens B ; procurer, ètre le moven d’une
fin, ou la condition d’un effet. « Si une
illusion est telle qu’elle médiatise le
bonheur. la joie de créer. l’amour de
là vie, c’est une spécification de l'idée
mème de Dieu. » R. LE SENNE. Obs-
tacle et valeur, p. 307.
REMARQUE
Expression très récente au sens B.
Le substantif correspondant, au sens A,
est médiatisation ; au sens B, Médiation.
Méditer, Méditation, voir les obser-
vations sur Réflexion*.
MÉDIUM, voir Spiritisme*. Sur la dé-
finition de Médium, Médiumnité, etc.,
voir FLournoy, Des Indes à la planète
Mars, Préface, p. xu1.
MÉGALOMANIE | 606
MÉGALOMANIE (D. Megalomanie ;
E. Megalomania ; 1. Meglomania), Fo-
lie des grandeurs. Voir Fülie*.
le monde peut être rendu meilleur bar
les efforts de l’homme, convenable.
ment dirigés.
B. Doctrine selon laquelle le monde
n’est ni exempt de mal*, nile meilleur
possible, mais en voie de perfectionne.
ment et d’amélioration.
Rad. int. : Meliorism.
MÉLANCOLIE, D. Melancholie; E.
Melancholia ; I. Malinconia.
A. (Sens technique.) Se dit de tous
les troubles mentaux caractérisés par
une tristesse anormale et chronique.
Les variétés en sont nombreuses. MÊME, voir Autre* et Identique*. —
Bazpwin en distingue six types prin- | Mêmeté a été employé par VOLTAIRE;
cipaux (Vo, II, 61-62). voir les observations sur /dentité*
B. (Sens usuel et littéraire.) Tristesse | (p. 456, note).
légère, accompagnant la réflexion ou
la rêverie,
Rad. int. : Melankoli.
MÉMOIRE, D. Gedächtnis, Erinne-
rung ; E. Memory ; 1. Memoria.
A. Fonction psychique consistant
dans la reproduction d’un état de
conscience passé avec ce caractère
qu’il est reconnu pour tel par le sujet.
B. Par généralisation, toute conser-
MÉLIORISME, D. Meliorismus ; E.
Yeliorism ; 1. Migliorismo.
A. Par opposition à l’optimisme* et
au pessimisme*, doctrine selon laquelle
Sur Méliorisme. — Article complété sur les indications d’Élie Halévy, qui
nous a communiqué les documents suivants :
Le sens B est employé par SPENCER : «… the meliorist view... that life... is on
the way to become such that it will yield more pleasure than pain!?, » (Contemporary
Review, juillet 1884, p. 39.)
Le sens A est celui que donne à ce mot James SuLLy, qui l’a popularisé parmi
les philosophes. « By this I would understand the faith which affirms not merely
our power of lessening evil — this nobody questions — but also our ability to
increase the amount of positive good?. » (Pessimism, a History and Criticism,
1877, p. 399.)
Il déclare dans le même passage qu’il emprunte ce mot à George ELiorT. Ayant
demandé à celle-ci si elle l’avait elle-même inventé, il en reçut la réponse suivante :
« I dont know that I ever heard anybody use the word meliorist except myself.
But I begin to think that there is no good invention or discovery that has not
been made by more than one person*. » (The life of G. Eliot par J. W. Cross,
éd. Tauchnitz, vol. IV, p. 183.)
Le mot se trouve aussi dans un ouvrage publié en 1858 : Horæ subsecivæ,
Locke and Sydenham, par J. Brown (Préface).
Lester WarD (Dynamic Sociology, 1883, vol. II, p. 468) a proposé de donner à
ce mot un sens un peu différent qu’il définit « humanitarianism minus sentiment...
the improvement of the social condition through cold calculation, through the
adoption of indirect means. » (par opposition à l’humanitarisme qui songe surtout
à soulager les souffrances présentes). — Ce sens ne paraît pas s'être répandu.
1. «… la vue mélioriste … d’après laquelle la vie est en voie de devenir telle qu’elle produira plus de plaisir quê
de douleur. — 2, « J'entendrais par ce inot la croyance qui affirme non seulersent notre pouvoir de diminuer le
— ce que pcréonne ne met en doute — mais aussi notre capacité d'accroître la somme de bien positif, » — 3.* Je
ne sais pas si j'ai jamais entendu personue, sauf roi, user du mot méliorisme. Mais je commence à creire qu'iln 3
8 jamais eu de bonne invention où découverte qui n'ait été faite par plus d'une seule personne. » { Viede George El -)
— 4. L'humanitarisme, moins 82 seatimentalité … l'amélioration de la condition sociale par ua caleul réfléchi, P£T
l'adoption de moyens indirects. «
"607
MÉMOIRE
ro
vation du passé d’un être vivant dans
l’état actuel de celui-ci. « La mémoire
est une fonction générale du système
nerveux ; elle a pour base la propriété
qu'ont les éléments de conserver une
modification reçue et de former des
associations. La mémoire psychique
n’est que la forme la plus haute et la
plus complexe de la mémoire. » (Ri-
8oT, Maladies de la mémoire, conclu-
sion, p. 163.) — Se dit même quelque-
fois de certains phénomènes des corps
inorganiques.
C. Souvenir. « Conserver la mémoire
d'un fait. » (Ce sens, très usuel en
latin, est rare en français, sauf dans |
quelques expressions toutes faites
« Perpétuer la mémoire d’un événe-
tière et mémoire, 74, 78.) Il y aurait
lieu dans ce cas de distinguer aussi
deux formes de reconnaissance : l’une
consistant dans l’expérience immédiate
du passé en tant que passé ; l’autre
dans la facilité de la répétition. (/bid.,
89 sqq.)
Qu'on admette ou non cette thèse,
le sens À doit être considéré en tout
cas comme le seul sens propre, de ce
mot. Son extension au sens B est une
des applications du procédé philoso-
phique qui consiste à « généraliser » les
termes en appliquant au genre le nom
de l'espèce. Ce procédé a le grand
défaut de ne pas mettre nettement en
lumière le vrai mouvement de la pen-
sée, et, par suite, il est fécond en ma-
ment ; rendre hommage à la mémoire | lentendus.
d’un grand homme », etc. Rad. int. : À. B. Memorad ; C. Me-
mor.
CRITIQUE :
H. BEercson considère les deux pre-
miers sens non comme subordonnés,
mais comme radicalement distincts.
« Le passé se survit sous deux formes
distinctes : 1° dans des mécanismes
moteurs ; 2° dans des souvenirs indé-
pendants.. En poussant jusqu’au bout
cette distinction fondamentale, on
pourrait se représenter deux mémoires
théoriquement indépendantes. » (Ma-
Mémoire aflective. Proprement, mé-
moire des états affectifs, en tant qu’elle
se distingue du renouvellement d’états
affectifs déjà éprouvés, provoqué par
le souvenir des faits qui ont déjà pro-
voqué une première fois ces états.
L'expression a été aussi employée
quelquefois en parlant du souvenir des
faits passés, en tant qu’il s'accompagne
d’une richesse particulière d’états sen-
Sur Mémoire. — ARISTOTE distinguait la pvun de l’évaummic, et cette distinc-
tion est restée courante dans tout le moyen âge, où l’on appelle la première
memoria, la seconde reminiscentia (S. THomMAS D’AQUIN).
« Præclare Aristoteles inter uvunv et ävéuvnouv distinguit ; illam in nativa
imaginis retinendæ et memorandæ vi ponit, ita quidem ut studium accedat
aullum ; hanc, quoniam in exquirendi contentione cernitur, conclusioni et ratio-
tinationi comparat, qua via et ordine ab altero ad alterum ducitur ». (TRENDE-
LENBURG, De Anima [2e éd., 1877], p. 142. Voir le texte principal, repÙ uviunc,
453°6.) (R. Eucken.)
La distinction aristotélicienne et scolastique n’a laissé que peu de traces dans
l'usage contemporain. Voir cependant le texte cité plus loin à Réminiscence,
observations. (A. L.)
— Bergson a fréquemment usé des mots mémoire, souvenir, en un sens qui
n'est pas le sens B, et qui cependant exclut le caractère de reconnaissance qui est
essentiel au sens A. « Toute conscience est donc mémoire, — conservation et
accumulation du passé dans le présent. » L'Énergie spirituelle, p. 5. Cet usage
se rattache à la conviction que tout ce qui a été vécu subsiste dans l'esprit et
Peut toujours, en droit, redevenir conscient, (M. Marsal.)
RE Te CE,
MÉMOIRE
608
timentaux. Mais ce second sens est
rare et prête à confusion. Voir Mau-
x10N, La vraie mémoire affective, Revue
philos., février 1901 ; PAULHAN, Sur la
mémoire affective, Zbhid., déc. 1902 et
janvier 1903; L. WEBER, Sur la mé-
moire affective, Revue de Métaph.,
nov. 1914; DELacroix, La mémoire
affective, Journ. de psych., mai 1931.
« Mémoire brute » et « mémoire or-
ganisée ». — Expressions dues à L. Du-
GAS, qui a opposé sous ces deux noms,
d’une part la répétition pure et simple
de la sensation (soit comme mémoire
immédiate, soit comme souvenir ulté-
rieur), qui est une opération passive et
spontanée ; — de l’autre, l’assimilation
et l'interprétation du passé, qui im-
plique une sélection, spontanée ou ré-
fléchie, mais dans laquelle intervien-
nent en tout cas l’intelligence et l’acti-
vité finaliste de l'esprit. Ducas, La
mémoire et l'oubli, ch. 111 : « La mémoire
brute et la mémoire organisée. »
MÉMORABILITÉ, D. Memorabili-
tât ; E. Memorability ; I. Memorabilità.
Terme créé par M. Ed. CLAPARÈDE
RS
(Expériences collectives sur le témoigna.
ge, Archives de psychologie, mai 1906).
Parmi les différentes circonstances
d’un fait que rapportent un certain
nombre de témoins, il en est sur les.
quelles les témoignages vrais sont plus
nombreux que sur d’autres. On appelle
mémorabilité d’une circonstance, dans
une observation donnée, le rapport du
nombre des témoignages vrais au
nombre total des témoignages relatifs
à cette circonstance.
Ce terme s'oppose à celui de testabi-
lité désignant le rapport du nombre des
témoignages relatifs à ce caractère au
nombre total des témoins ayant déposé
sur l’ensemble du fait (que leur témoi-
gnage soit vrai ou faux).
Rad. int. : Memorebles.
« Mémorisation », voir Observations*,
MENTAL, D. Seelisch, psychisch
(n'ont pas tout à fait le même import
que mental) ; E. Mental ; I. Mentale.
Qui concerne l'esprit, ou qui appar-
tient à l'esprit, en tant qu’il est consi-
déré d’un point de vue strictement
positif et expérientiel.
Sur Mémorabilité. — F. Tônnies et J. Lacheller désapprouvaient ce mot :
« Mémorabilité et testabilité, nous a écrit J. LACHELIER, ne me paraissent ni l’un
ni l’autre correctement créés. Mémorabilité ne pourrait signifier, en français,
que la qualité de ce qui est digne de mémoire. »
Sur Mémorisation. — Ed. Claparède a proposé d'appeler Méthodes de mémo-
1609
L'état mental d’un individu est l’état
de santé, de trouble, ou d’aliénation de
ses fonctions psychiques.
Rad. int. : Mental.
Mentale (Restriction), voir Restric-
tion.
« Mentallsation », voir Observations.
« Mentallsme », terme employé
par quelques auteurs contemporains
pour la conception d’après laquelle il
existe, pour chaque individu, un nom-
de de faits internes*, qui est l’objet
de la psychologie. « D’autres critiques
dirigées contre la psychologie de la vie
intérieure, ou, comme on dit mainte-
nant, du « mentalisme », se réfutent
aisément quand on a compris ce qu'elle
: veut être. » A. BurLouD, Psychologie,
p. 9.
REMARQUE
Comme beaucoup de termes en
-isme, « mentalisme » a été créé par ceux
qui nient la légitimité de ce qu'il
représente. Pour l'exposé et la discus-
sion de leurs arguments, voir l'ouvrage
cité, ch. I, $ 1.
MENTALITÉ, D. Mentalität, Geistes-
richtung, Psyche ; E. Mentality (ENER-
80N, 1856, d’après Murray); I. Men-
talità.
Ensemble des dispositions intellec-
MÉRITE
tuelles, des habitudes d’esprit et des
croyances fondamentales d’un individu.
Rad. int. : Ment.
MENTEUR (Le),ouplus exactement:
Le Mentant : G. 6 beudôuevoc, 6 oopto-
tx A6yos beuSéuevos (ARISTOTE, Éthi-
que à Nicomaque, VII, 3; 1146922).
Sophisme inventé par Eubulide de Mi-
let, l’un des successeurs d’Euclide de
Mégare, selon Diogène Laërce, Il, x :
« Vie d’Euclide. » La forme la plus
simple en est celle-ci : quelqu'un dit :
« Je mens » (G. WebSouat; L. men-
tior — ce que je dis est faux). Si ce
qu'il dit est vrai, ce qu’il dit est faux;
et si ce qu'il dit est faux, ce qu’il dit
est vrai. On peut, soit en conclure
qu’une même assertion peut être à la
fois vraie et fausse (ce qui paraît être
l'interprétation d’Aristote : Soph., 25 ;
180b2), soit continuer indéfiniment par
récurrence, en concluant alternative-
ment au vrai et au faux. Voir Épimé-
nide* et Récurrence*, Observations.
MÉRITE, D. Verdienst ; E. A. Abi-
lity ; B. Merit; |. Merito.
Mériter une chose (salaire, bonheur,
succès, récompense; ou inversement
blâme, échec, punition, etc.) c’est avoir
agi d'une manière telle que l’obtention
de la chose méritée soit considérée
comme Juste. D'où différents sens du
mot mérite :
A. Valeur morale, en tant qu’elle
risation (D. Lernmethoden ; E. Methods of learning) les divers procédés techniques
servant à apprendre par cœur (méth. globale, méth. fragmentaire, etc.).
Memorieren est usuel en allemand dans ce sens. Il est défini dans KIRCHNER
et MicuaAËLISs, 5€ édition, p. 354 : « Die mit Absicht und methodisch vollzogene
Aneïignung von Vorstellungent. » Kant l’emploie dans son Anthropologie. — Le
mot mémorisation est déjà d’usage courant dans les écoles de la Suisse romande
pour désigner l’action d'apprendre par cœur, mais je ne crois pas qu’il ait été
employé en France. L’analogie demanderait plutôt mémoration (cf. commémo-
ration). Il est vrai que le sens naturel serait alors acte de se rappeler, ou de rappeler
(memorari), et non pas acte d'apprendre. (A. L.)
Sur Mental. — Certains auteurs font de ce mot, le synonyme de « conscient »;
et cette acception est généralement admise. (Ed. Claparède.) — Cependant il
n’est Pas rare de rencontrer l’expression : Modifications mentales inconscientes ; iCi
1. « L'acte de fixer en soi des représentations intentionnellement et d'une manière méthodique. »
Même, je trouve dans les Observations sur le mot Inconscient la phrase suivante
de Frédéric RAUX : « [Ces faits] apparaissent donc comme du mental qui devient à
certains moments conscient. » La règle ne peut donc être considérée comme
établie. (A. L.)
Sur Mentalisation. — Terme proposé par Ed. CLAPARÈDE pour désigner le
Er parlequelun phénomène, d’abord spontané et automatique, pénètre dans
vie mentale, de telle manière qu’on en prend conscience ; ou encore l’état du
Phénomène ainsi intégré à la vie consciente. (Cf. ci-dessus, Loi de prise de cons-
Sience*,) — Ce mot a été imprimé pour la première fois par l’auteur, dans Feelings
@nd Emotions, The Wittemberg Symposium, Clark University Press, 1928. Mais
s’en servait depuis longtemps dans son enseignement.
Sur Mérite. — Article complété d’après les observations de MM. Drouin,
Hémon, Mentré, C. C. J. Webb.
MÉRITE
4
610
CR
s'accompagne d’un effort pour surmon-
ter des difficultés, et spécialement pour
surmonter les obstacles intérieurs qui
s'opposent à la moralité ; se distingue
en ce sens de la vertu considérée comme
une perfection morale qui peut être
naturelle et sans effort.
B. (Sens surtout théologique.) Ce qui
va au delà du devoir strict, et constitue
une sorte de créance morale (considérée
quelquefois comme transportable d’une
personne morale à une autre). La vie
morale est alors conçue comme faisant
varier un bilan où toute augmentation
de l’avoir est un « mérite », toute dimi-
nution un « démérite ».
Voir RENOUVIER, Science de la Mo-
rale, livre II, ch. 38 : « Du mérite », où
les nuances des sens À et B sont ana-
lysées en détail.
C. Caractère de celui qui mérite le
succès ou l’approbation (en dehors des
valeurs morales) : «a Un écrivain de
mérite. — Occuper une place inférieure
à son mérite. » Le mot, en ce sens, sert
souvent de synonyme atténué à talent.
D. Qualité louable (soit chez un
homme, soit dans une œuvre). « Le
principal mérite d’une théorie, d’un
auteur. »
CRITIQUE
Le sens le plus précis etle plus utile
de ce mot est le sens A. Beaucoup de
difficultés verbales et de sophismes
viennent de ne pas distinguer nette-
ment l'effort pour le bien de la perfec-
tion morale. On doit éviter, par consé-
quent, de détourner et d’affaiblir le
sens de ce terme en le prenant pour
synonyme de vertu ou de supériorité
morale.
Rad. int. : À, Merit.
«MERKEL (Loide),ou Loide Propor-
tionnalité » (D. Proportionalitétsgesetz,
dans WunpT, Grundzüge der Psycho-
logie). Loi découverte par J. MERKEL
et qui s’oppose, dans certaines circons-
tances, à la loi logarithmique de We.
ber : siles intervalles entre les excitants
sont suffisamment grands, on constate
que les sensations croissent proportion-
nellement aux excitants. (Ed. CLAPA-
RÈDE.) — Cette loi est naturellement
sujette elle-même aux diverses réserves
de principe, qui ont été faites sur la
mesure de la sensation. Cf. Fechner*.
MÉSOLOGIE, D. Mesologie ; E. Me.
sology ; IL. Mesologia.
Étude ayant pour objet le rapport
des êtres et de leur milieu. (Peu usité }
Rad. int. : Mezologi.
MESURE, D. Mass; au sens E,
Massnahme, Massregel ; E. Measure-
ment au sens À ; Measure ; 1. Misura.
A. Opération par laquelle on fait
correspondre à des données matérielles
qualitativement définies des expressions
représentant le nombre d'unités qu’elles
contiennent : « La mesure du méridien.»
Une grandeur mesurable est celle pour
laquelle on peut assigner une unité,
naturelle ou décisoire, et exprimer en-
suite cette correspondance d’une ma-
nière univoque, précise et indépen-
dante de tout arbitraire.
B. Résultat de cette opération : « Une
mesure double d’une autre. »
C. Unité ou instrument de mesure.
« Les mesures de capacité. »
D. (Par abréviation de « juste me-
sure ») : modération ; caractère de ce
qui évite l’excès ou le défaut.
E. (Par dérivation de « prendre des
mesures » au figuré) : Décision calculée
prise en vue d’une fin; spécialement,
décision d’une autorité.
Rad. int. : Mezur : au sens D, mode-
rates.
MÉTAGÉOMÉTRIE, D. Metageome-
trie, quelquefois Metamathematk ; E.
Metageometry ; 1. Metageometria.
A. Toute géométrie plus générale
que la géométrie euclidienne, mais telle
A RE SN Te nn
Sur Métagéométrie. — Article complété d’après les observations de M. Winter:
611
que celle-ci puisse en être considérée
comme un « cas particulier ».
1° Géométries à n dimensions.
29 Géométries rejetant le postulat
d’Euclide, et considérant par suite le
cas où la somme des angles d’un
triangle est égale à 2 droits comme le
cas lnite de l’une des formules :
S £2 dr. ou S : 2? dr.
B. En un sens encore plus large,
toute géométrie où l’on modifie un des
axiomes fondamentaux de la géométrie
classique. (P. ex. la géométrie non-
archimédienne : cf. HiLBERT, Princ. de
la Géométrie, trad. Laugel, p. 32.)
Rad. int. : Metageometri.
MÉTALOGIQUE, D. Metalogisch ;
E. Metalogical ; I. Metalogico.
À. Par analogie avec métaphysique,
aux sens F ou G : qui concerne les
principes* ou les fondements* de la
Logique.
B. Qui dépasse la Logique ; qui
ne peut être exprimé à l’intérieur d’un
formalisme logique. — Ne se dit pas
de ce qui est totalement étranger à la
Logique, comme l'intuition ou la con-
naissance mystique, mais de ce qui s’y
rapporte tout en n’y étant pas inclus.
« MÉTAMATHÉMATIQUE », adj. et
subst., employé par J. HERRRAND (Re-
cherches sur lathéorie de ludémonstration,
thèse, 1930), pour désigner la théorie
.des propriétés générales et formelles
des systèmes déductifs (nombre mini-
MÉTAPHYSIQUE
mum d’axiomes) (principes), non-con-
tradiction des axiomes, équivalence
entre systèmes divers, possibilité ou
impossibilité de démontrer telle propo-
sition dans un système donné, etc. (S).
1. MÉTAMORAL {sans équivalents
étrangers).
Qui concerne les principes* premiers
ou les fondements* de la morale, par
opposition à l’étude des règles morales,
telles qu’elles sont appliquées dans une
action jugée légitime ou digne d’éloges.
2. MÉTAMORALE, subst. Terme
créé par L. LÉvr-BRUHL, et devenu très
usuel, pour désigner « tout ce qui est
transcendant par rapport à la réalité
morale donnée, et nécessaire à l’intel-
ligibilité de cette réalité ». La Morale
et la Science des Mœurs (1903), p. 62.
1. MÉTAPHYSIQUE, subst. D. Meta-
physik ; E. Metaphysivs ; L Metafisica.
A. sens primitif : à perk ‘rx quotxx,
nom donné à l'ouvrage d'ARISTOTE que
nous appelons aujourd'hui la Meta-
physique, parce qu’il faisait suite dans
la collection des œuvres d’ARISTOTE
recueillie par ANDRoxICOS bE RHODES
(rersiècle a v. J.-C.), à la Dootxr dxpoxnis
ou Physique. Sous cette forme, l’ex-
pression date au plus tard du ir siècle
de l’ère chrétienne; Afetaphy<ica, en
un seul mot, ne se rencontre pas avant
le moven âge, notamment chez AVER-
roËs (d’après Et ckFx, p. 68).
Sur Métalogique. — Le titre de l’important ouvrage de Jean ce Salisbury,
“Metalogicus, écrit en 1159, signifie
: « Plaidoyer pour la logique. » L'auteur,
quoiqu'il ait donné un titre grec à son œuvre, ne connaissait que quelques mots
de cette langue. (C. C. J. Webb.)
SCHOPENHAUER appelle metalogisch la vérité qui repose immédiatement sur la
tonstitution de l’esprit. Tel est le cas, selon lui, pour les quatre principes essentiels
de tout raisonnement : d'identité, de contradiction (contrariété), de milieu exclu,
et de raison suffisante. De la quadruple racine du principe de raison suffisante,
«Ch. v, $ 33.
ie Sur Métamorale. — L’emploi de ce mot suppose une position de doctrine, et
Rest pas accepté de tous ceux pour qui la morale n’est plus la morale, si on en
letranche la théorie de ses fondements.
(M. Drouin.)
PR
MÉTAPHYSIQUE
Au moyen âge, ce terme a été ap-
pliqué à la oogix ou prAocopia rpwtn
d’Aristote (Métaphysique, I, 2 ; 98224
et suiv.), ayant pour objet rù ëv ñ ôv
(Mét., III, 1, 1003821; V, 1, 1026231,
etc.) et définie par lui tv rporov
dpy@v xat airiüv Oswprnixn (ces causes
étant principalement le +&yx06v et le
rû 00 £veux). (Ibid., 982b9-10.) Elle com-
prend la connaissance des choses di-
vines en mème temps que celle des
principes des sciences et de l’action.
(Cf. BoxiTz, VO zpres, 653223.)
Saint Tuiouas D’Aquix a adapté ce
sens complexe à la doctrine chrétienne,
en insistant sur le curactère rationnel
{et non révélé) de cette connaissance.
Dans l'usage moderne, le sens du
mot métluphysique s’est différencié selon
qu'on y accentuait davantage, soit
l’idée de certains ètres ou d’un certain
ordre de réalité, objet special de la
métaphysique, soit l’idée d’un mode
612
spécial de connaissance, caractéristique
de celle-ci:
1° Connaissance d’un ordre
spécial de réalités :
B. Connaissance des êtres qui ne
tombent pas sous les sens. « Les
sciences spéculatives sont la métaphy.
sique, qui traite des choses les plus
immatérielles, comme de l’être en géné.
ral, et en particulier de Dieu et des
êtres intellectuels faits à son image;
la physique, qui étudie la nature, etc.»
(BossurT, Conn. de Dieu et de soi-
même, Ch. 1, $ 15.) Ce sens dérive de
celui de saint Tomas D’AQuix. Il est
aussi celui que DEScARTES donnait à
ce mot (quoique moins précisément) :
voir l’Épitre dédicatoire des Alédita-
tions, dans laquelle la métaphysique,
ou philosophie première, est présentée
comme ayant pour objet la connais-
sance de Dieu et de l'âme par « raison
naturelle ».
Sur Métaphysique, subst. — Article remanié ou complété d’après les observa-
tions de MM. J. Lachelier, A. Fouillée, Ch. Dunan, Élie Halévy, René Berthelot,
F. Mentré, et d’après la discussion qui a eu lieu dans la séance du 7 juillet 1910.
11 a donné lieu en outre aux observations suivantes. -
Origines historiques des sens actuels. — Saint THomas D'AQUIN considère la
613
C. Connaissance de ce que sont les
choses en elles-mêmes, par opposition
aux apparences qu’elles présentent.
« Unter Metaphysik verstehe ich jede
angebliche Erkenntniss, welche über
die Môglichkeit der Erfahrung, also
über die Natur, oder die gegebene ;
Erscheinung der Dinge, hinausgeht,
um Aufschluss zu ertheilen über Das
wodurch jene bedingt wäre ; oder po-
pulär zu reden, über Das, was hinter
der Natur steckt, und sie môglich
macht... Er (der Unterschied zwischen
Physik und Metaphysik) beruht im
Allgemeinen auf der Kantischen Un-
terscheidung zwischen Erscheinungund
Ding an sich!. » (SCHOPENHAUER, Die
Wel, livre I, supplém., ch. XVII. Ed.
Grisebach, II, 201; cf. ibid., 189.)
Au même sens se rattache l’emploi
1. « Par métaphysique j'entends toute prétendue
sonnsissance qui voudrait dépasser le champ de l'expé-
ne po ape et par conséquent la nature, ou l'appa-
rence des choses telle qu'elle nous est donnée, pour nous
fournir des ouvertures sur ce par quoi celle-ci est condi- ;
tonnée ; ou pour parler populairement, sur ce qui 88 :
eache derrière la nature, et la rend possible... La diffé-
tousse (entre la physique ot la métaphysique) repose en
gros sur la distinction kantienne entre phénomène et
ose en soi. »
MÉTAPHYSIQUE
de métaphysique opposé à dialectique
pour désigner l'étude des choses dans
ce qu'elles ont d’immuable, par oppo-
sition à leur devenir, à leur ordre his-
torique. Voir Observations.
D. Connaissance des vérités morales,
du devoir-être, de l’idéal, considérés
comme formant un ordre de réalité
supérieur à celui des faits, et contenant
la raison d’être de celui-ci. « Il faut
inscrire au début de la métaphysique,
comme première vérité certaine, non
pas une vérité intellectuelle, mais une
vérité morale... La science ne peut pas
plus conduire à la métaphysique que la
métaphysique ne peut fournir à la
science un point de départ et des prin-
cipes régulateurs. » (L. Lrarp, La
science positive et la métaphysique,
| 3e partie, ch. VII.)
La métaphysique, dans ces trois sens
a souvent été définie la connaissance
ou la recherche de l’ Absolu. « Après les
phénomènes. nous voulons connaître
l'absolu ; après les conditions, nous de-
mandons la ruison de l'existence. La
métaphysique serait la détermination
de cet absolu, la découverte de cetterai-
métaphysique comme la science de tout ce qui manifeste le sur-naturel : il appelle
transphysica les objets de cette science (In libr. 1 de Metaphysica prologus).
Ce surnaturel est entendu par lui au sens chrétien, en sorte que la principale
forme en est le divin et ce qui s’y rattache : Dieu, premier moteur, fin dernière,
principe et juge de la moralité; l’âme en tant qu'immortelle, les anges, etc.
« Aliqua scientia adquisita est circa res divinas, scilicet scientia metaphysica. »
(Somme 11, 2, IX, 2, obj. 2.) Cette science, par son objet, se confondrait avec la
théologie ; mais elle en diffère par son mode de connaissance : la théologie a pour
source la révélation faite à quelques hommes, la métaphysique n'use que de
l'intellectus et de la ratio, c'est-à-dire de la raison commune à tous les hommes:
La première altération notable du sens de ce mot est celle que lui font subir
Descartes et les Cartésiens, qui considèrent l’immatérialité comme le trait carac”
téristique des objets métaphysiques. Pour Descartes est métaphysique ce du
n'est ni physique, ni purement formel comme la géométrier. De même C é
MaLEBRANCHE (Entretiens sur la Métaphysique, 1), le métaphysique s'oppose SR
tiellement au spatial et au sensible. LEIBNIZ paraît prendre aussi le mot dans
à : gique d8
1, L'opposition dela œuro0opix rotn vu BeoAOyLXY aux mathématiques d'une part et à la PhFsTe
l'autre se trouve deja se ne le des Fe Eté, selon lui, la science spéculative tr
V, 1, 102619} Cette division est encore utilisée par KanT (Préface à la 2° édition do la Crifigue de la Rois D Rres
sont Comparées les trois sciences théoriques : mathématique, physique, métaphysique. _ D autre part, et morale
oppose ausai la métaphysique à la physique et au groupe des sciences appliquées, médecine, mécanique €
Elle est la « racine » de l'arbre des sciences (Préface des Principes, 12). (A. L.)
même sens quand il définit les monades des points métaphysiques, des atomes
métaphysiques ; cependant il se sert aussi, et dans le même passage, de l'expression
points de substance, qui se rapporterait plutôt au sens C [Système nouveau, etc.
#11), et il oppose fréquemment le mécanique et le métaphysique au sens tradi-
fionnel où le premier concerne la matière et la cause efficiente, le second les
Causes formelles et finales. — De LEIBNiz, ce mot passe à WoLrr, qui lui donne
la signification analysée dans la Critique ci-dessous (au début du $ 2). C’est à lui
ue l’emprunte Kanr, qui l’emploie en plusieurs sens : 1° 11 l’applique à la partie
onstructive de la philosophie opposée à la Critique, et « comprenant toute la
Sonnaissance, vraie ou apparente, qui vient de la Raison pure »; 20 à « tout
l'ensemble de la philosophie pure, y compris la Critique » ; 30 à la théorie des
ebjets de foi rationnelle ; 4° enfin il appelle « principes de la sagesse métaphy-
#ique » les principes régulateurs de la pensée scientifique, tels que Natura non
U saltus, etc. Mais cet usage est secondaire, et le premier de ces quatre sens
te le plus important.
= Jacobi admet une métaphysique de l'intuition intérieure, au sens D. — Sur
Fichte et Hegel, voir plus loin. {Résumé d'une communication faite par M. René
elot à la Société de philosophie, séance du 7 juillet 1910.)
La principale source de l’usage du mot Métaphysique chez Kant est le manuel
Baumgarten intitulé Metaphysica (1739). Voir BaLD win, Vo Kant's Terminology,
:® Mezuin, Vo Metaphysik.
L Sur les divers sens du mot « Métaphysique ». Il est extrêmement difficile de
MÉTAPHYSIQUE
son. » (Liarp, Jbid., Avant-Propos, 1.)
20 Mode spécial de connais-
sance ou de pensée :
E. Connaissance absolue que procure
l'intuition directe des choses, par op-
position à la pensée discursive. « S'il
existe un moyen de posséder une réalité
absolument au lieu de la connaître rela-
tivement, de se placer en elle au lieu
d’adopter des points de vue sur elle,
d’en avoir l'intuition au lieu d’en faire
l’analyse, enfin de la saisir en dehors
de toute expression, traduction ou
représentation symbolique, la métaphy-
sique est cela même. La métaphysique
est donc la science qui prétend se passer
de symboles. » (H. BERGsON, Introduc-
tion à la métaphysique, Revue de inétu-
physique, 1903, p. 4.)
F. Connaissance par la Raison, consi-
dérée comme seule capable d'atteindre
le fond des choses, par suite les pre-
miers principes des sciences physiques
614
« Toutes les écoles philosophiques
ont reconnu l'existence d’une science
plus générale et plus élevée que les
autres, d’une science des prinCiPes de
laquelle toutes nos connaissances tien.
nent leur certitude et leur unité. les
uns, en cherchant les principes dans
la raison ou dans le fond invariable de
l'intelligence humaine, les ont étendus
à tout ce qui existe, les ont considérés
comme l'expression exacte de la nature
des choses et comme le fond cons-
titutif de tous les êtres... : ce sont
les métaphysiciens proprement dits
(A. FRaxck, Dictionnaire des sciences
philosophiques, V9 Métaphysique.)
Les sens E et F restent très voisins
des précédents : la connaissance ultime,
absolue, saisissant l'essence intérieure
des êtres, par opposition aux appa-
rences sensibles, y est encore l’objet
de la métaphysique.
G. Chez KANT (critique et réforme
4 Pitre a priori par Concepts, sans faire
“ppel ni aux données de l'expérience,
le, c’est-à-dire de la faculté de con-
ai aux intuitions de temps et d’espace.
glle se distingue, par le premier carac-
“ère, de la psychologie empirique et de
Ja physique ; par le second, des mathé-
matiques. D'autre part, elle n’est pas
formelle comme la Logique, mais « ma-
térielle » en ce qu’elle s’applique à des
objets déterminés, dont elle permet de
formuler a priori les conditions d’exis-
tence phénoménale : « Métaphysique
dela nature, métaphysique des mœurs. »
Noir Critique de la Raison pure, 1'° et
2e préfaces et surtout Méthodol. transc.,
ch. 111, Prolégomènes, Introduction et
8e partie; Fondements de la métaphy-
sique des mœurs, Préface. KanT fait
bncore usage de ce mot en d’autres
gens, mais celui-ci est le plus généra-
lement employé.
H. « Connaissance du réel par l'ana-
MÉTAPHYSIQUE
lyse réflexive et critique, aussi radicale
que possible, et par la synthèse, aussi
intégrale que possible, de l'expérience,
notamment de l'expérience intérieure.
fondement et condition de toute autre. »
Extrait d'une note d'Alfred FoUILLÉE,
sur l'épreuve du présent article. Cf., du
même auteur, L’Avenir de la métaphy-
sique (1889), et voir les remarques sur
cette formule aux Observations.
« La métaphysique... doit se définir
une conception de quelque chose dans
laquelle entre, avec plus ou moins de
clarté et de distinction, une conception
de toutes choses. Tout homme, quel
qu'il soit, a son système, ou plutôt-ses
systèmes ; et c’est pourquoi aussi tout
homme, qu’il le sache ou ron, est mé-
taphysicien, puisque faire de la méta-
physique ce n’est pas autre chose que
systématiser, c'est-à-dire organiser des
idées. Toute la différence qu'il y a à
cet égard entre les métaphysiciens de
et morales. du sens cartésien) : ensemble des con-
ramener à l’unité tous les sens qui ont été donnés, à tort ou à raison, et le plus
souvent à tort, au mot métaphysique. Il faut, je crois, partir d’Aristote, pour
lequel la rp&m praocogiz était la science de l’être simplement en tant que tel, en
tant qu'existant, par opposition à l'être en tant qu'ayant qualité, quantité, etc. :
par conséquent, la science des éléments et des conditions de l’existence en général;
par exemple, que tout être est fait de puissance et d’acte, de matière et de forme ;
qu'il est déterminé à exister par une cause efficiente et par une cause finale.
Mais déjà. dans Aristote, à l’idée des conditions de l’existence en général, s'ajoute
celle d’un être, dont l’existence est considérée comme la condition suprême de
l'existence de tous les autres, Dieu.
Je pense que la métaphysique, à partir de ce moment et tant qu’on y a cru, à
toujours été une science double : 1° celle de l’existence en général ; 2° celle de cer-
taines existences, comme celles de Dieu et des âmes, inaccessibles en elles-mêmes
à l'expérience, mais jugées nécessaires à l'explication, soit de l’ensemble des
choses, soit de certains phénomènes en particulier, et admises, quant à leur être et
à leurs manières d’être, pour et selon le besoin de cette explication (p. ex., l’âme
doit être immatérielle parce que la conscience que nous avons de nous-mêmes
est simple). On peut compter pour une troisième science, ou plutôt pour un dédou-
blement de la première, celle de la totalité des existences, ou du Monde. (Est-il
fini ou infini, en durée et en étendue ? Est-il résoluble en derniers éléments, OÙ
la résolution y va-t-elle à l'infini ? Contient-il des commencements absolus, OÙ
tout y est-il enchaînement nécessaire ?) — Dans l’âge barbare de la philosophie,
c’est-à-dire au xviie siècle, toutes ces sciences paraissant vaines ou impossibles,
on n’a plus entendu par métaphysique que la connaissance des principes généraux
d’un art ou d’une science quelconques, ou encore celle des phénomènes qui nf
tombent pas sous les sens externes, comme la sensation elle-même. — Je n€
profession et le vulgaire, c'est que chez
Ÿ
fais quel est maintenant l'avenir de la métaphysique ; je voudrais, quant à moi,
qu’elle redevint la science de l'être, dans le double sens d'existence en général et
Me totalité des existences, mais avec cette condition nouvelle que la clef de cette
science doit être cherchée dans l’évolution des nécessités internes, — ou, en un
%eul mot, dans la logique interne de la pensée. J'en exclus formellement toute
tonnaissance d'êtres particuliers : les âmes ne sont pas pour moi des êtres, mais
d'être même, ou l'acte du corps ; Dieu et notre propre destinée possible hors de ce
monde, ne sont pas objets de science, mais de foi. (J. Lachelier.)
Sur la définition d'A. FouiLLée. — L'analyse réflexive ne consiste pas à voir
les choses du dehors, à voir tout en elles, sauf elles-mêmes; elle consiste, au
gontraire, à les voir du dedans, à les voir elles-mêmes dans leurs éléments, qui
sont des faits de conscience, et dans les rapports internes de ces éléments, qui
sont aussi des faits de conscience. Quant à la synthèse, elle cherche des relations
adissolubles entre chaque réalité et toutes les autres. En dehors de cette double
®pération sur le réel, il ne peut exister qu’une métaphysique imaginative, fondée
#ur de simples apparences immédiates, présentées telles quelles comme des réalités.
%A. Fouillée.)
: Sur la définition de Ch. Dunan. — Je ne crois pas qu’une synthèse de la
onnaissance puisse se faire par un travail conscient, voulu et discursif. La pensée
‘métaphysique est essentiellement spontanée, quoiqu'’elle ait besoin d’avoir été
Préparée. Elle consiste dans l’acte de poser quelque chose soit comme fait, soit
%oMmme vérité. C’est pourquoi elle apparaît chez tous les hommes et à tous les
Âmstants. Elle est la forme fondamentale de la pensée en général.
Poser quelque chose, soit comme existence, soit comme vérité, c’est selon moi,
‘faire de la métawhysique : 1° Parce que poser un phénomène comme réel et
MÉTAPHYSIQUE
les métaphysiciens, la systématisation
porte sur des idées plus étendues, plus
complexes, mieux élaborées que celles
du commun des hommes. » (Ch. Du-
NAN, Essais de philosophie générale,
Métaphysique, p. 436-437. Cf. du
même auteur, Légitimité de la métaphy-
sique, Revue de métaphysique, sep-
tembre 1906.)
On peut rapprocher de ces défini-
tions la formule souvent citée de Ja-
MES : « Metaphysics means only an
unusually obstinate attempt to think
clearlv and consistently1. » (Textbook of
psychology, Épilogue) ; et cette phrase
du professeur R. EuckEN : « So ist
es nicht eine Lust an allgemeinen For-
meln, sondern das Verlangen nach mehr
Charakter, nach energischer Durchbil-
dung unseres Lebenkreises, was die
1. « La métaphysique n’est qu'un effort particuliè-
rement obstiné pour penser d'une façon claire et
616
Forschung zur Metaphysik treibti ,
(Geistige Strômungen der Gcgenwar
&e éd., p. 110.) ;
L Chez Auguste CoMTE, mode de
pensée intermédiaire entre le théolo.
gique et le positif. Il a pour caractères
l’ontologie, la prédominance des abs.
tractions et des explications verbales :
il n’a d’existence et de valeur qu’en
tant que critique du premier état au
profit du second. « La métaphysique
tente surtout d’expliquer la nature
intime des êtres, l’origine et la destina-
tion de toutes choses, le mode essen-
tiel de production de tous les phéno-
mènes.. L'efficacité historique de ces
entités résulte directement de leur ca-
ractère équivoque (intermédiaire entre
1. « Ainsi ce n'est pas un goût pour les formules
générales, mais le désir de plus de caractère, le désir
d'une systématisation intégrale et énergique de notre
cercle de vie, qui pousse la recherche vers la méta-
“pexplication théologique et l’explica-
#on positive) : car en chacun de ces
êtres métaphysiques. l'esprit peut, à
volonté, selon qu’il est plus près de
état théologique ou de l’état positif,
goir ou une véritable émanation de la
‘puissance surnaturelle, ou une simple
‘dénomination abstraite du phénomène
considéré, » (Aug. COMTE, Discours sur
Pesprit positif, ch. I, $ 2 : « État méta-
hysique ou abstrait. ») La Révolution
française, destructive, et s'appuyant
‘sur une Déclaration des Droits de
Phomme, est en politique, selon Comte,
‘Je type de l'esprit métaphysique.
CRITIQUE
.. 4. Nous avons laissé de côté, dans
Jénumération ci-dessus, deux sens qui
a'ont plus guère cours aujourd’hui,
mais qui n’ont pas été sans influence
ur les acceptions si variées que reçoit
MÉTAPHYSIQUE
dire des « processus latents » et des
«schématismes latents » qui constituent
l'essence des phénomènes, ce qu'ils sont
« in ordine ad universum », par opposi-
tion à l’aspect sous lequel ils appa-
raissent à nos sens. Elle s'oppose à la
physique, qui connaît des causes maté-
rielles et efficientes, sans savoir pour-
quoi ces causes produisent tel ou tel
effet sensible. (De dignitate et augmentis
scientiarum, III, 4 Cf. Nov. organum,
11, 9.) — Bacon transforme ainsi le
sens de la formule aristotélicienne et
scolastique, de laquelle il part, suivant
sa méthode, et aboutit à donner au mot
un sens très voisin de C.
b. Au xvuit siècle, et dans l’école
des Idéologues, métaphysique désigne
souvent la science de l'esprit, des idées,
de leur origine, par opposition à la
physique.
Ce sens est probablement une consé-
consistante. » physique. »
existant, c'est le poser comme partie intégrante du tout des choses, lequel est
infini, donc transcendant à toute expérience et absolu ; de sorte que dire : ce
livre existe, c’est le rattacher à l’ Absolu, quant au temps, quant à l’espace, quant
à la causalité, et à la finalité, quant à tous les aspects qu’il présente : ce qui
suppose que l’idée d’Absolu est en nous, et que, sans être pensable en elle-même,
elle est le fond, ou plutôt la forme (au sens aristotélicien du mot) de toutes nos
pensées. Si, au lieu de l’existence d’un objet, je pose comme vérité une conception
quelconque de mon esprit, c’est la même chose. Toujours, que je le sache ou non,
du moment que j’affirme, je me réfère à l’idée d’Absolu, présente en moi.
20 Cette existence ou cette vérité que je pose, je ne les pose pas comme relatives
mais comme absolues. Cette existence n’est pas une existence pour moi, c’est
une existence en soi : cette vérité n’est pas ma vérité, mais la vérité ; du moins
j'en juge ainsi nécessairement. Par conséquent, si je dis seulement : il pleut,
deux fois je proclame l’Absolu, deux fois je suis métaphysicien, sans peut-être
m'en douter le moins du monde. Et toute la métaphysique qu'un homme peut
faire est de cet ordre, si ce n’est qu’elle est consciente ici, inconsciente ailleurs.
Il y a donc, à mon avis, dans la pensée, une fonction de position, ou, si vous
voulez d’affirmation, qui d’ailleurs n’est pas double ; car, ainsi que je me Suis
efforcé de le montrer dans mon article Légitimité de la métaphysiquet, ce qui est
affirmé comme vérité passe immédiatement et ipso facto à l'état de fait; et,
d'autre part, aucun fait n'apparaît comme tel qu'après avoir été conçu Pa
l'intelligence et affirmé comme vérité.
1] y a donc, je crois, deux formes de l’expérience : celle qui constitue le réel et
qui le pose comme tel, c'est la métaphysique ; celle qui interprète le réel et qui
donne les raisons par lesquelles il s'explique, c’est la science. La première n'est
1. Revue de métaphysique, septembre 1906.
‘æ mot dans la langue contemporaine.
a. Pour Bacon, la métaphysique con-
‘siste dans la connaissance des causes
finales et des causes formelles, c’est-à-
quence déformée de la définition de
BossuET (voir ci-dessus), pour qui
l'objet de la métaphysique est l’imma-
tériel. Peut-être cependant est-il plus
/ moins expérience que la seconde ; en tout cas elle est nécessaire à celle-ci.
“Et vice versa, du reste, attendu qu’on ne pose rien sans savoir les raisons, vraies
Gu fausses, des choses que l’on pose.
Quant à la métaphysique spéculative, elle n’est rien de spécifiquement distinct
de celle dont je viens de parler. Si celle-ci peut être admise, l’autre doit passer
toute seule, car elle n’est que la première, soumise au travail de la réflexion.
(Ch. Dunan.)
à Sur un sens post-kantien. — Outre la signification strictement kantienne il faut
‘fgnaler la signification d'interprétation kantienne (qu’on attribue communément
à Kant), et qui est le résidu vivant du kantisme. La métaphysique est l’étude du
nu de la connaissance, ou des conditions et des limites de la connaissance.
à que science étudie un fragment du réel, aucune n’étudie l’étude elle-même :
À métaphysique a pour objet la science même en tant qu’elle connaît. Cette définition
@mez généralement admise aujourd’hui s'oppose à la définition antique : étude
L "être en tant qu'être. À vrai dire toutes les définitions de la métaphysique
gravitent autour de ces deux conceptions antithétiques : étude de l’étre en soi,
Svde de la connaissance en soi (les deux pôles de la Métaphysique). Beaucoup de
hilosophes (les éclectiques) fusionnent ou juxtaposent les deux points de vue, qui
tent vraiment distincts. En fait, les métaphysiciens s’efforcent soit d’arriver à
Le vue d'ensemble du monde, de serrer le réel de plus près que la science (par la
à thode intuitive — ou d'analyse critique — ou simplement de critique des
Î nées de la science), soit de rechercher les fondements de la connaissance et de
ei tion. J'ajoute : de l'action, car de nos jours il tend à se constituer une étam-
ts
MÉTAPHYSIQUE
618
ancien. On lit dans la Logique de PorT-
RoyaL:«lln’y a rien de plus considé-
rable dans la métaphysique que l’ori-
gine de nos idées, la séparation des
idées spirituelles et des images corpo-
relles, la distinction de l’âme et du
corps et les preuves de son immorta-
lité », etc. 2e Discours préliminaire, 19.
VOLTAIRE écrit, dans son Düiction-
naire philosophique, au mot MÉTAPHY-
SIQUE : « Trans naturam, au delà de
la nature. Mais ce qui est au delà de
la nature est-il quelque chose? Par
nature, on entend donc matière; est
métaphysique ce qui n’est pas matière.
Par exemple, votre raisonnement qui
n'est ni long, ni large, ni haut, ni
solide, ni pointu ; votre âme, à vous
inconnue, qui produit votre raisonne-
ment : les esprits; la manière dont
ces esprits sentent. ; enfin Dieu... ; ce
sont là les objets de la métaphysique. »
(L'article, discrètement ironique, se ter-
mine par une opposition entre les abs-
tractions métaphysiques qui sont « le
roman de la nature » et les abstractions
mathématiques tirées de la réalité et
vérifiables dans l'expérience.) — Con-
DILLAC oppose souvent la « bonne mé-
taphvysique » (sa propre théorie de l’ori-
gine des idées et des principes de Ja
connaissance) à la « mauvaise méta.
physique » des philosophes antérieurs
(Essai sur l’origine des connaissances
humaines, Introd., $ 2 et suiv.; Jo.
gique, Part. II, ch. 1v, etc.). Ce mot
s'applique par suite :
19 A la connaissance de l'esprit :
« L'ancienne métaphysique théolo.
gique, ou la métaphysique proprement
dite, et la moderne métaphysique phi.
losophique, ou l'idéologie... » (DESTu+rr
DE Tracy, Mém. de l’ Acad. des sc. mora-
les, 111, 517.) — « Physique : descrip.
tion des propriétés des corps considérés
comme insensibles ; métaphysique : des-
cription de la génération et des lois de
l'intelligence et de la volonté. » (STEN-
DHAL, Lettres intimes, XXII.) —« The
philosophy of mind, Psychology or
Metaphysics in the widest signification
of the term, is threefold'... » (HAMiL-
TON, Lectures on Metaphysics, VII, t. |,
121.)
20 A la théorie des principes de tout
art, de toute science, de toute pratique,
en tant que ces principes sont inscrits
1 « La philosophie de l'esprit, la Psychologie ou
Méäaphysique dans le sens le plus large de ce terme,
est triple. » Leçons sur la Mélaphysique.
physique de l’action, plus vaste que celle de la connaissance et je crois que le
mouvement ne fera que s’accentuer. (F. Mentré, 1911.)
Sur le sens H. — Ce sens se rapproche du sens C. La prétention de la Méta-
physique H est moins grande que celle de la métaphysique C, mais elle poursuit
le même but, étreindre le réel d'aussi près que possible. Les métaphysiciens, au
sens H, croient qu’une étreinte directe est impossible et lui substituent une
étreinte approximative, mais ils essaient, eux aussi, d’aller au fond des choses,
dans la mesure du possible. (Id.)
Sur le sens positiviste. — C. Hémon nous a communiqué les textes suivants
de SuLLY PRUDHOMME : « Est métaphysique toute donnée reconnue accessible
soit aux sens, soit à la conscience, soit à l'observation interne, soit à l'observation
externe. Cette règle assigne du même coup leur objet aux sciences positives *
une science n’est positive qu’à la condition de ne viser que des rapports. » (Dans
Les Causes finales, par Suzzy Prunnomme et Ch. Ricner, p. 174.) — « Je fonde
la distinction foncière, irréductible, entre l’objet scientifique et l’objet méta”
physique, sur ce fait aisément constatable que toute proposition formulant dans
lesprit humain une relation entre le premier et le second est contradictoire ?
(Lettre inédite, dans C. HÉMON, La philosophie de Sully Prudhomme, p. 53) 7
MÉTAPHYSIQUE
ns la nature et dans les lois fonda-
entales de l’esprit. « Newton. était
op grand philosophe pour ne pas
sentir qu’elle (la métaphysique) est la
Pose de nos connaissances et qu’il faut
ghercher en elle seule des notions nettes
& exactes de tout. » (D’ALEMBERT,
Discours préliminaire de l Encyclopédie,
£ 116.) « Locke... créa la métaphysi-
ue. » (Zbid., 117; cf. $ 39, 71, 73-784,
418.) Dans le corps de l’ouvrage, il est
it : « La métaphysique est la science des
isons des choses. Tout a sa métaphy-
que et sa pratique. Interrogez un
geintre, un poète, un musicien, un géo-
mêtre, et vous le forcerez à rendre | mot des choses.
pte de ses opérations, c’est-à-dire Or ces caractères, par la suite, ayant
en venir à la métaphysique de son ! été dissociés les uns des autres, et cer-
gt.» (440, sub vo.) — Carnor a pris | tains d’entre eux étant même jugés
mot au même sens dans le titre de | incompatibles par beaucoup de philo-
sa Métaphysique du calcul infinité- | sophes, il est arrivé que le terme méta-
amal (1797). physique a été appliqué séparément aux
Si l’on rapproche ce sens des inten- | diverses études qui retenaient une par-
Sons critiques définies par Locke au | tie seulement, ou même un seul des
début de l’Essai sur l’entendement hu. | caractères en question. Il s’est ainsi
gain, on peut y voir un acheminement | spécialisé par ravonnement, en des
vers le sens kantien. formes quelquefois antithétiques : con-
«2. Il est douteux qu'on puisse soit | naissance des choses en soi; connais-
mener à l’unité les différents sens du | sance de l’esprit ; connaissance a priori;
mot métaphysique, soit s’accorder pour | connaissance abstraite; connaissance
donner la préférence à l’un d’entre eux.
Le point de départ sémantique des
sens modernes de ce mot paraît être la
notion complexe d’une science idéale
qui présenterait les caractères suivants :
être l’œuvre de la Raison, non de la
révélation ni de l’expérience ; décou-
vrir les règles fondamentales de la pen-
sée, et par suite constituer l’ensemble
des principes de toutes les autres
sciences, soit physiques, soit morales ;
fournir le fondement de la certitude
que nous reconnaissons à celles-ci;
connaître le réel tel qu’il est, non les
apparences, et par suite dire le dernier
a ——
él n’y a de métaphysique dans l’être que l’inconcevable. La métaphysique
| æmmence où la clarté finit. » SULLY PRUDHOMME, Que sais-je ?, p. 51.
4: Sur l’acception péjorative de « Métaphysique ». — Déjà chez les Humanistes
& chez leurs successeurs, en particulier chez les philosophes scientifiques du
re siècle, le mot Métaphysique se prend en un sens péjoratif, et sert à stigmatiser
la scolastique une creuse logomachie; d’où l'association aux adjectifs
| , absurde, etc. Les philosophes ne voulaient pourtant pas se passer de cette
ipline elle-même, en tant que doctrine des concepts universels ; mais ils préfé-
nt l’appeler « philosophie première ». Ainsi fait souvent Descartes, quoiqu'il
reconnu à ses Méditations un caractère « métaphysique ». Mais dans le Discours
le Méthode, il s'excuse de ce que ses considérations soient « si métaphysiques
: 4 peu communes » (IV, 1}, et dans une Lettre à la princesse Élisabeth, il déclare
Mi n’a jamais employé « que fort peu d'heures par an aux choses qui occupent
” tendement seul. » (Ed. Cousin, IX, 131.) Il en est de même de Hogges :
Le. plerosque qui subtilitatem quamdam metaphysicam affectant, verborum
Cle tanquam igne fatuo deviari ». (De corpore, 2e part., 8, $ 9.) Dans le Léviathan
* part., ch. 46) il signale l'erreur des commentateurs d’Aristote, qui a fait prendre
vres « qui suivent la Physique » pour des livres « sur la science du surnaturel »;
tout le chapitre est consacré à la critique de cette vaine et obscure philosophie.
MÉTAPHYSIQUE
théorique ; connaissance sans présup-
positions ; synthèse générale, etc. Ces
sens n’ont ainsi d'autre élément com-
mun que le souvenir de la théorie qui
les unissait.
D'autre part, le mot métaphysique
a joué le rôle d’une division pédago-
gique de la philosophie, et, à ce titre,
il a désigné collectivement tout ce qui
ne rentrait pas dans les autres sections.
On sait que, pour l’école éclectique, les
parties de la philosophie étaient la
psychologie, la logique, la morale et la
théodicée (voir p. ex. le Manuel de
philosophie d'Amédée Jacques, Jules
Simon et Émile Saisser). Mais à la
Théodicée fut substituée la « Métaphy-
sique » dans les programmes de 1880.
Dans cette fonction, elle reçut encore
des définitions très différentes. Pour
Paul JANET (Cours de philosophie,
4e édition, 1882), elle est la science des
premiers principes et des premières cau-
ses (Drrocopia rpotr, puaosopla Crrou-
uévn d’ARISTOTE (Métaph., I, 2 ; 982b,
10) ; elle se divise « en deux parties :
19 la métaphysique générale ou onto-
logie qui traite des principes d’une
manière abstraite et générale, et qui
considère, selon l’expression d’Aristote,
l'être en tant qu'être ; 29 la métaphy.
sique spéciale, qui traite des étres et se
divise en trois parties : a. la psycho.
logie rationnelle ou science de l’âme.
b. la cosmologie rationnelle ou philo:
sophie de la nature, théorie du monde
en général, de l'essence de la matière .
c. la théologie rationnelle ou théodi.
cée ». (Ces subdivisions sont celles de
Wozrr, adoptées par KANT dans sa
critique de la métaphysique dogma.
tique.) Aux deux grandes divisions
traditionnelles, Paul JANET en ajoute
une troisième : la métaphysique cri-
tique. « La métaphysique, depuis Kant,
s’est proposé un problème nouveau :
celui des rapports du sujet et de l’objet,
de la pensée et de l’être. Telle est la
question fondamentale de la métaphy-
sique de notre siècle. » (Zbid., p. 777)
— Dans son Cours élémentaire de phi-
losophie, Em.Boïrac adopte également
la définition d’Aristote, et mentionne
la définition qui fait de la métaphy-
sique la science de l’absolu. I] la consi-
dère d’ailleurs comme équivalente à la
première et admet dans cette science
trois divisions : « Théorie de la connais-
sance : théorie de l’être, théorie du
premier principe de la connaissance et
de l'être (l’absolu, Dieu). La première
“est la critique, la seconde est l’ontologie,
Ja troisième est la théologie, où d’un
nom emprunté à l’œuvre de Leibniz,
ja théodicée. » (Cours, 897.)
Il faut enfin remarquer que, dès le
‘svu® siècle, on trouve ce mot pris en
mauvaise part, et que cet usage péjo-
æatif s’est beaucoup répandu au x vire
ætau xix°. Malgré le mouvement d’es-
grit qui a remis le mot en faveur depuis
quelques années parmi les philosophes,
à y a dans cette tradition un obstacle
de plus à lui donner un sens qui puisse
étre communément accepté.
Rad. int. : Metafizik.
s 2. MÉTAPHYSIQUE, adj., D. Meta-
“physisch; E. Metaphysic, Metaphysi-
ca; 1 Metafisico.
A. Par suite de l’histoire de ce mot
{voir l’article précédent) il s'emploie
%n des sens très variés, où domine
æependant l’idée d’un ordre de connais-
sances ou de réalités qui s’oppose aux
<hoses sensibles, et aux représentations
MÉTAPHYSIQUE
naturelles que se fait le sens commun :
« Je ne sais si je dois vous entretenir
des premières méditations que j'y ai
faites (en Hollande), car elles sont si
métaphysiques et si peu communes
qu’elles ne seront peut être pas au
goût de tout le monde. » DESCARTES,
Méthode, I V, 1.
Spécialement :
B. Qui constitue ou qui concerne les
êtres tels qu’ils sont dans leur nature
propre, par opposition à leur appa-
rence. Voir 1, C.
C. Qui constitue ou qui concerne un
haut degré de synthèse des connais-
sances particulières. Voir 1, H.
D. Dans l’école des Idéologues* :
psychologique, mental.
E. Chez KanT, constitutif de la
connaissance, ou du jugement moral,
a priori, et non dérivé de l’expérience.
Voir 1, Get Transcendental*.
F. Chez Auguste COMTE : qui appar-
tient au mode de pensée critique et
transitoire, intermédiaire entre « l’état
a+
d'usage qu'a fait Kant de ce terme, a surtout agi par sa négation de la psychologie
#ationnelle, de la cosmologie rationnelle et de la théodicée, c’est-à-dire par la
#ondamnation solennelle de ce qui s'était appelé jusque-là Métaphysique.
(Cf. Liarp, La science positive et La métaphysique, 2e partie, ch. x11, et 3e partie,
“h. 1.) (A. L.)
Spinoza applique également le terme Métaphysique à une philosophie anti-
scientifique, théiste et téléologique. De cette dépréciation résulte enfin le mépris
où la métaphysique est tombée au xvuie siècle. (F. Tônnies.)
— Ficute et HEeGEL prennent d'ordinaire Métaphysique en mauvaise part. Pour
eux ce mot désigne le système de Wolff, le dogmatisme ontologique et sans critique,
auquel ce dernier oppose précisément sa « Dialectique ». (René Berthelot)
— Malgré l’usage parfois très favorable que fait d'Alembert du mot méta-
physique, il lui arrive aussi de le prendre en un sens péjoratif : « Il ne faut pas
s'étonner, dit-il par exemple, si ceux qu’on appelle métaphysiciens font si peu
de cas les uns des autres. Je ne doute point que ce titre ne soit bientôt une injure
pour nos bons esprits, comme le nom de sophiste, qui pourtant signifiait sage
avili en Grèce par ceux qui le portaient, fut rejeté par les vrais philosophes. ?
(Discours préliminaire, 117.) Il semble bien qu’au xvie siècle, l'acception péjo-
rative ait été dominante : voir ci-dessus l’article de Voltaire, chez qui l’on pourrait
relever un grand nombre de passages encore bien plus méprisants pour les méta-
physiciens (cf. la table analytique de l’édition Beuchot, sub verbis). L'Académie
a fait place dans son Dictionnaire, en 1798, au verbe Métaphysiquer, dont l'import
est nettement péjoratif. (Voir Darm., Hatz. et Thomas, Vo.) Au xixe siècle, ce
mot a encore souffert de deux grandes influences : celle du positivisme, continué
Mtérialisme métaphysique, c’est-à-dire antidialectique
par l’évolutionnisme agnosticiste : et celle du criticisme lui-même, qui malgré à LALAN Ce Fe
: DE. — VOCAB. PHIL.
Sur Métaphysique, adj. — M. René Maublanc nous a signalé que, d’après
Bngels, le sens de l'adjectif métaphysique adopté dans le marxisme (sens G) vient
de Hegel : « L'ancienne méthode de recherche et de pensée que Hegel appelle la
méthode métaphysique et qui s’occupait de préférence de l'étude des choses
sonsidérées en tant qu’objets fixes donnés. ». Fr. ENGELs, Ludwig Feuerbach et
# fin de la philosophie classique allemande, reproduit dans Marx et ENGeLs,
dudes Philosophiques, Paris, Édit. Sociales, 1935, page 50. — De même page 29 :
LE | deuxième étroitesse spécifique de ce matérialisme (celui du xvine siècle)
#ensistait dans son incapacité à considérer le monde en tant que processus, en
t que matière engagée dans un développement historique. Cela correspondait
4 niveau qu'avaient atteint à l'époque les sciences naturelles, et à la façon
Métaphysique, c’est-à-dire antidialectique de philosopher qui en résultait. »
même page : « la conception non historique » et p. 30 : « cette conception
torique ».
mn aussi LÉNINE, Matérialisme et Empiriocriticisme, Paris, Ed. S. I., 2e tirage
# 8) : « L’admission d’on ne sait quels éléments immuables, de « l’essence
# DMuable des choses » ne constitue pas le vrai matérialisme : ce n’est qu'un
22
MÉTAPHYSIQUE
629
théologique » et « l'état positif » de la
pensée. Voir 1, I.
G. Dans le marxisme : immuable,
anti-historique. Opposé à « dialecti-
que ». Voir Düialectique*, C, et cf.
Observations ci-dessous.
MÉTAPSYCHIQUE, D. Metapsy-
chisch; E. Metapsychic; au sens B,
Psychical ; — I. Metapsichico.
Se dit des phénomènes d’ordre
mental, qui sont considérés comme
manifestant des facultés encore peu
connues ou dont l'existence même &
contestée, telles que télépathie, divina.
tion, etc.
Rad. int. : Metapsikal
MÉTEMPIRIQUE, D. Metempiriseh .
E. Metempirical ; 1. Metempirico.
Terme créé par G. H. Lewes (Pro.
blems of Life and Mind, 1873). — Q,;
ne peut être objet d'expérience, pour
quelque raison que ce soit, et qui, par
suite, ne relève pas de la science posi.
tive : objet transcendant; forme ou
woyen nécessaire de l’expérience ; pré-
ence ou impératif moral, etc.
Rad. int. : Metempirik.
ke MÉTEMPSYCHOSE, D. Seelenwan-
rung, Metempsychose ; E. Metempsy-
“ghosis ; L Metempsicosi. (Malgré l’an-
“iquité de la doctrine, le mot même de
arreuporocts (Let, Eubuyéw) ne se ren-
“montre que chezles écrivains de l’époque
fwhrétienne.)
% Doctrine d’après laquelle une même
‘’âme* peut animer successivement plu-
MÉTHODE
MÉTHODE, G. Mé6o5oç ; L. Metho-
dus ; D. Methode ; E. Method ; 1. Me-
todo.
A. Étymologiquement, « poursuite »
(cf. Metépyouu) ; et, par conséquent,
effort pour atteindre une fin, recherche,
étude (voir ci-dessous Observations) ;
d'où chez les modernes, deux accep-
tions très voisines, quoique possibles à
distinguer
1° Chemin par lequel on est arrivé à
un certain résultat, lors même que ce
chemin n'avait pas été fixé d'avance
Sur Métapsychique et. Métempirique. — Ces deux mots sont formés à contresens,
On les a construits sur le modèle de métaphysique. Mais le préfixe méta, dans ce
mot signifie après, à la suite de, et non par delà. Voir ci-dessus, au début de l’article
Métaphysique. (J. Lachelier.)
Sur Métapsychique. — Depuis l’époque où a été publié le fascicule du Vocabu.
laire contenant ce terme (1911), il a reçu une grande popularité du Traité de
Métapsychique publié par Ch. Richet (1922) ; et, par suite, l’autre acception que je
signalais alors (ce qui, dans l'esprit, n’est pas de nature à être atteint par l'obser-
vation) paraît bien complètement tombée hors d'usage. — Cf. cependant Parapsy-
chique*, qui paraît mieux formé.
Le Dictionnaire de Ba win (11, 668 B) indique, d’ailleurs sans référence, que le
mot Metapsychosis a été proposé pour désigner spécialement l'état mental du
percipient dans les phénomènes télépathiques. Mais comme l’a fait remarquer
J. Lachelier à cette date, il paraît dans ce cas signifier transfert de conscience, et
par suite il est formé dans une tout autre intention que métapsychique.
— Ce mot peut aussi s'appliquer à ce qui, tout en conservant les caractères du
fait psychique, présente certains caractères de plus : par exemple l’unité transcen-
dentale de l’aperception chez Kant. (G. Dwelshauvers.)
— Le métapsychique n’est qu’une espèce dont le métempirique, au sens de
Lewes, est le genre. Si l’on conserve ce mot, ne faudrait-il pas créer des termes
correspondants pour toutes les autres disciplines ? (L. Boisse.)
— « Sur le terme même de métapsychique, que M. Charles Richet a inventé où
réinventé — puisqu'il paraît que V. Lutoslawski l'avait déjà employé dans le
même sens, — on pourrait discuter. Je regrette, pour ma part, qu'il n'ait pa
préféré Parapsychique (proposé il y a quelques années, par Boirac sauf erreur)
rend mieux le caractère d'à côté, d’anormal, de non-classé, propre à ce genre e
phénomènes. Il n’est pas non plus sans inconvénient de suggérer un parallèle entre
la Métapsychique, qui vise à devenir une science positive et la Me phrne
laquelle, quoi qu’on fasse, continuera toujours à planer au-dessus de toutes à
sciences particulières. » Th. FLourNoy, Archives de Psychologie, V, 1906, p. 2 Le
— M. Flournoy ajoute d’ailleurs que puisque ce mot est lance, il est plus simp
de l’adopter. (Ed. Claparède.)
Sur Métempirique. — La valeur de ce terme, qui peut éviter beaucoup d'equ
voques, résulte de son opposition à empirique, et de leur subordination commun
sieurs corps, soit humains, soit ani-
maux ou même végétaux.
‘# Rad. int. : Metempsikos.
de façon voulue et réfléchie. « On
appelle ici ordonner, l’action de l’es-
prit par laquelle, ayant sur un même
& métaphysique. Pour LEWEs (Problems of life and mindi, st series, I, p. 5, 10,
.47, etc.), la métaphysique est ce qui embrasse les généralisations ultimes de toute
recherche : elle peut être empirique ou métempirique. La métaphysique empirique
st la partie qui est comprise au rang des sciences ; la métaphysique métempirique
#eoncerne ce qui est au delà de toute expérience possible. La première s'occupe
«des objets et de leurs relations en tant qu'ils nous sont connus et qu'ils existent
dans notre univers ; la seconde s’écarte de cette région pour considérer une autre
sorte d'objets, et n’observant pas les choses telles qu’elles sont pour nous, elle
substitue aux constructions idéales de la science, les constructions idéales de
imagination. (C. Ranzoli.)
# Sur Métempsychose. — Cette doctrine n’a-t-elle pas pour trait caractéristique
éternité des âmes ? (L. Boisse.) — Les deux croyances sont généralement asso-
ses dans l’histoire; mais rien n’empêche qu’il y ait transmigration d’âmes
l@estinées finalement à s’anéantir, ou à s’absorber dans une réalité spirituelle où
‘elles perdraient leur individualité. (L. Brunschvieg. — A. L.)
& Sur Méthode. — Chez les Anciens, notamment chez ARISTOTE, é00806 veut
souvent dire simplement « recherche », p. ex. : ñ ut8o5oc repl pÜoewc, Phys. III,
4 ; 200013 ; et ce qui a été plus tard appelé méthode y est quelquefois appelé
& tpénoc tic ueB6Bov ; voir p. ex. xepl towvuoplov, I, 5 ; 64622 et lesautres exemples
scités dans Bon1Tz, sub vo. Mé6o5oc est même employé quelquefois comme synonyme
-de eopia, Émiotiun ; p.ex. Phys., VII, 1 ; 25127, etc. Cf. PLATON : « … xatd ye thv Toù
&#évra xiveïoôat mé608ov (selon la doctrine d’après laquelle tout se meut }». Théétète,
a#XXVII, 183 c. (D’après les observations de R. Eucken et J. Lachelier.)
Dans la première rédaction de cet article, les nuances constative et normative
*du sens A avaient été distinguées comme deux sens différents, sous les rubriques
A et B. Cette distinction a été atténuée sur les observations de MM. Beaulavon,
«Bernès, Brunschvieg, Mentré, Van Biéma. — M. BrauLavon fait notamment
emarquer que le passage suivant de la Logique de PorrT-RoyaL (cité dans cette
s“Pédaction elle-même) marque une liaison extrêmement étroite entre ces deux
‘cceptions : « Les hommes peuvent remarquer, en faisant des réflexions sur leurs
Rs ee nr
1. Problèmes de la vie et de l'esprit, 17° gérie.
MÉTHODE
sujet. diverses idées, divers jugements
et divers raisonnements, il les dispose
en la manière la plus propre pour
faire connaître ce sujet. C’est ce qu’on
appelle encore méthode. Tout cela se
fait naturellement et quelquefois mieux
par ceux qui n’ont appris aucune règle
de la logique que par ceux qui les ont
apprises. » Logique de PorT-Royaz,
Introduction, 6-7. :
Ce mot se dit souvent, en ce sens,
des procédés habituels d’un esprit ou
d’un groupe d’esprits, procédés qu’on
peut observer et définir par induction,
soit pour les pratiquer ensuite plus
sûrement, soit pour les critiquer et en
faire voir l’invalidité.
29 Programme réglant d'avance une
suite d’opérations à accomplir et si-
6%
gnalant certains errements à éviter, en
vue d’atteindre un résultat déterminé.
« Manquer de méthode. — Procéder
avec méthode. » — « … Des considéra.
tions et des maximes dont j’ai formé
une méthode, par laquelle il me semble
que j’ai moyen d'augmenter par degrés
ma connaissance et de l’élever peu à
peu au plus haut point auquel la mé-
diocrité de mon esprit et la courte
durée de ma vie lui pourront permettre
d'atteindre. » DESCARTES, Discours de
la méthode, I, 3.
Les mots méthodique, méthodiquement
sont presque toujours employés en ce
sens, et impliquent une préconception
réfléchie du plan à suivre.
Spécialement :
B. Procédé technique de calcul ou
pensées, quelle méthode ils ont suivie quand ils ont bien raisonné, quelle a été
la cause de leurs erreurs quand ils se sont trompés, et former ainsi des règles
sur ces réflexions pour éviter à l’avenir d’être surpris. » Logique de PorT-Royai,
Premier discours, $ 15.
L'idée de méthode est toujours celle d’une direction définissable et régulièrement
suivie dans une opération de l'esprit. Une méthode peut-elle être déterminée
a priori, et indépendamment de son application, être formulée par avance et servir
de programme à des opérations qui ne commencent qu'après que les règles de la
méthode ont été formulées ? Ou bien n’a-t-elle de valeur utile, et ne peut-elle être
découverte que dans une opération effective, dont elle est comme le schéma
plus ou moins simplifié ? C’est là un débat doctrinal fort important, dans lequel
se divisent les théoriciens de la connaissance ; mais qui porte, en principe tout
au moins, sur la formation de l’idée de méthode plutôt que sur sa signification.
Toutefois de ce débat résultent occasionnellement certaines distinctions dans
la notion même de méthode ; c’est ainsi que, selon la seconde des deux opinions
indiquées, une méthode constitue un objet réellement distinct de ses applications,
tandis que pour la première elle n’est qu’un abstrait qui n’a, hors des opérations
de la pensée qu’une existence purement verbale ; par conséquent, dans la première
hypothèse, la direction régulière suivie par la pensée peut se définir indépen-
damment de toute matière ; tandis que dans la seconde elle concerne toujours la
relation de la pensée à une certaine matière. Dans le premier cas, la définition
donnée plus haut de la méthode sera donc suffisante ; dans le second, on la complé-
tera en disant : direction régulièrement suivie dans l’opération de la pensée su7
un objet déterminé.
Enfin, de ces deux significations, l’une plus simple, l’autre plus complexe,
mais toutes les deux précises, l'usage courant passe parfois à un sens plus vague,
et qui doit être évité, en omettant l’idée de régularité dans le mouvement de
la pensée. Il faut d’ailleurs noter que le mot n’est ainsi employé que lorsqu il
s’agit de découvrir a posteriori la méthode suivie dans une opération préexistantes-
(M. Bernès.)
À 825
MILIEU
d’expérimentation. « La méthode des
moindres carrés. » — « La méthode de
Poggendorff (emploi du miroir mobile
+ pour la mesure des angles). »
si C. (Surtout en botanique.) Système
% de classification : John Ray, Methodus
: plantarum nova, 1682.
On adit souvent, en ce sens, méthode
naturelle pour classification naturelle.
: « Diu et ego circa methodum natura-
lem inveniendam laboravi, bene multa
quæ adderem obtinui, etc. » LINNÉ,
Fragmenta methodi naturalis, 1738. Au-
: guste ComTE emploie couramment
“ cette expression (voir, par exemple,
: toute la quarante-deuxième leçon du
Cours de Philosophie positive); mais,
depuis lors, elle est presque complète-
ment tombée en désuétude.
Rad. int. : À, B. Metod.
Méthodes* de Concordance*, de Dif-
férence*, de Variation* concomitante,
des Résidus*, etc. Voir ces mots.
MÉTHODOLOGIE, D. Methodologie,
Methodenlehre ; E. Methodology ; 1. Me-
todologia.
Subdivision de la Logique, ayant
pour objet l’étude a posteriori des mé-
thodes, et plus spécialement, d’ordi-
naire, celle des méthodes scientifiques.
REMARQUE
KanT a opposé la Méthodologie à
l’ensemble de la Logique en divisant sa
Critique de la Raison pure en « Trans-
cendentale Elementarlehre » (compre-
nant l’Esthétique et la Logique trans-
cendentales) et en « Transcendentale
Methodenlehre ». La première a pour
objet d'examiner la nature et la valeur
des matériaux avec lesquels nous pou-
vons construire notre connaissance, en
vue de déterminer à quels usages ils
sont propres ou impropres ; la seconde
a pour objet de choisir, entre les divers
usages qui peuvent en être faits, celui
qui satisfera le mieux à nos besoins
intellectuels. (Transcendentale Metho-
denlehre, $ 1, A, 707-708 ; B, 735-736.)
Illa divise en Disciplin, Kanon, Archi-
tektonik et Geschichte der reinen Ver-
nunft.
Rad. int. : Metodologi.
MICROCOSME, D. Microcosmus ;
E. Microcosm ; 1. Microcosmo.
Voir Macrocosme.
MILIEU, D. Müittel (A. Mütte); —
E. Middle (A. Mean, C. Medium;
D. Environment) ; — I. Mezzo.
A. Ce qui est placé entre deux ou
plusieurs autres choses, et spéciale-
ment ce qui est à égale distance de
deux extrêmes, ou au centre d’une
figure. Particulièrement usité pour tra-
duire le G. pécov, peabtnc. « Meobtnc tic
&pa éotiv h &peth : la vertu est donc un
milieu (entre l'excès et le défaut). »
ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, Il, 5 ;
110627. On dit souvent en ce sens
juste milieu.
Sur Milieu. — Le sens D du mot milieu, et les expressions telles que « le milieu
extérieur ; les milieux sociaux ; un mauvais milieu » sont certainement paradoxales
et illogiques. Mais on s’explique facilement par quel chemin l’expression a passé
du sens C, encore très correct et voisin de l’étymologie, au sens D, qui en est si loin.
L'expression « milieu interstellaire » est assez ancienne ; elle remonte au moins à
l’époque de Newton ; ce milieu est l'intermédiaire par lequel les astres agissent
lun sur l’autre. Mais en même temps qu'il est entre les corps, et que, par son
« moyen », les actions physiques se propagent, il est aussi le fluide dans lequel
tous ces corps sont plongés, et, par conséquent leur « milieu « au sens D de ce mot.
(Résumé des observations de MM. Beaulavon, Couturat, Le Roy.)
. De la langue des physiciens, ce mot a passé à la langue des biologistes sous
l'influence de Geoffroy SairnT-Hizaire dont une des idées dominantes était de
transporter là l'étude des êtres vivants les procédés et les concepts en usage dans
MILIEU
626
B. Ce qui peut être intercalé soit
entre deux notions, de telle sorte
qu’elles ne partagent pas d’une façon
exhaustive l’univers du discours, soit
entre deux propositions, de telle sorte
qu’elles ne soient pas des contradic-
toires. « Les syllogismes disjonctifs ne
sont guère faux que par la fausseté de
la majeure, dans laquelle la division
n’est pas exacte, se trouvant un milieu
entre les membres opposés. » Logique
de PortT-RoyaL, III® partie, ch. x11.
Principe de milieu exclu, ou de tiers
exclu : « De deux propositions contra-
dictoires, l’une est vraie et l’autre
fausse » ; ou encore : « Si deux propo-
sitions sont contradictoires, la vérité
ou la fausseté de l’une impliquent res-
pectivement la fausseté ou la vérité de
l’autre. » Voir Contradiction*.
C. Ce qui, interposé entre deux ou
plusieurs corps. transmet une action
physique de l’un à l'autre.
D. Ensemble des objets (au sens le
plus large de ce mot) au milieu des-
quels se produit un phénomène ou au
milieu desquels vit un être. « Milieu
physique ; milieu social; milieu intel-
lectuel. » Cf. Adaptation*. « Milieu in-
térieur » se dit d’un organisme consi-
déré dans son rapport aux éléments
cellulaires qui y vivent.
Le mot milieu, en ce sens, est même
appliqué couramment au temps, à
l’espace, ou à l’espace-temps, consi-
dérés comme une sorte de réceptacle
des phénomènes.
CRITIQUE
Ed. GosLor (Vocabulaire, vo Milieu)
fait remarquer avec raison que Je
sens D est illogique ; car, dit-il, « c’est
l’être qui est au milieu de ce qui l’en-
toure, et l'expression milieu extérieur
semblerait paradoxale si elle n’était
habituelle ».
Sur l’origine et le développement de
ce sens, voir Observations.
Rad. int. : À. B. Mez ; C. Medy.
MILLÉNAIRE ou Millénariste (Doc-
trine), D. Milleniumslehre ; E. Mille-
narian doctrine, millenarianism ; I. Mil-
lenarismo.
A. Doctrine qui annonçait l’avène-
ment du « millénium », c’est-à-dire de
la période de mille ans prédite dans
l'Apocalypse, et pendant laquelle le
principe du mal serait rendu impuis-
sant. (Voir Apocalypse, XX, 1-3.)
B. Par extension (et dans un sens
péjoratif) se dit de toutes les doctrines
qui décrivent l’avènement d’un âge de
bonheur et de perfection (Utopie de
Monus, Cité idéale de CAMPAXNELLA,
Paix perpétuelle de l’Abbé de SarnT-
Prerre, etc.).
Rad. int. : Millenari.
la physique et la chimie. 11 disait d'habitude en ce sens, « milieu ambiant ».
Mémoires de l’Académie des sciences, 1833. Études progressives d’un naturaliste,
1835.
I s’est introduit ensuite dans le langage des sciences morales par deux voies
indépendantes. Auguste COMTE, qui l’avait emprunté au naturaliste de Blainville,
en a fait un fréquent usage. Voir notamment Cours de philosophie positive,
ieçon XL, $ 13 et suiv. « Milieu » y est imprimé d’abord en italiques, et n'est
employé qu'après une explication préalable de l’idée qu'il représente. — D'autre
part, TAINE, qui a plus que tout autre vulgarisé ce terme, l'avait emprunté à
l’Avant-propos de la Comédie humaine de Bazzac (1841) où celui-ci assimile la
société à la nature et les variétés individuelles de l’homme aux espèces zoologiques,
dépendant de leur « milieu ». Balzac l'avait pris lui-même directement à Étienne
Geoffroy Saint-Hilaire. (R. Berthelot.)
Voir également R. Eucken, Les Grands Courants de la pensée contemporaines
P. 375 ; et BarTH, Die Philosophie der Geschichte als Sociologie, p. 33.
Fa
627
MIMÉTISME, D. A. Nachahmune ;
B. C. Mimikry, Nachäffung (EisLer) ;
— E. A. Mimetism ; B, C. Mimetism,
Mimicry (ce second terme est le plus
usuel dans cette acception) ; — I. Mi-
mesi.
A. Se dit de toutes les formes d’imi-
tation*, considérées dans leurs carac-
tères généraux, et des ressemblances
qu’elles produisent.
Spécialement :
B. Phénomène consistant en ce que
certains animaux revêtent soit d’une
façon permanente, soit momentané-
ment, l’apparence du milieu dans lequel
ils vivent : forme et couleur des feuilles,
ou des branches ; aspect du sol, etc.
C. Ressemblance superficielle entre
animaux anatomiquement éloignés les
uns des autres, et résultant soit d’un
mème mode d’existence, soit de toute
autre cause (par exemple, certaines
mouches ressemblent extérieurement à
des abeilles ; on suppose que cette res-
semblance peut être une adaptation
défensive).
CRITIQUE
Le sens B est de beaucoup le plus
usuel, sinon même le seul qui ait cours
en français. Il n’en est pas de même
dans les pays de langue anglaise.
MINEURE
MM. BaALDWiN, STouT et PouLTon
(d'Oxford) proposent de diviser toutes
les ressemblances en amimétiques et
mimétiques. Les premières seraient cel-
les qui proviennent soit de l’analogie,
soit de la répétition; les dernières
seraient celles qui impliquent une
adaptation, soit automatique (échola-
lie, adaptation morphologique imita-
tive, mimétisme aux sens B et C (mi-
micry) ; — soit consciente et volon-
taire, comme dans le développement de
l'intelligence humaine. (BaLpwin, v°
Ressemblance.) — Cf. plus haut, /mi-
tation*.
Rad. int. : À. Imitism ; B. C. Mime-
tism.
1. MINEUR, subst. masculin ou adj.
(sous-entendu Terme). D. Unterbegriff,
Minor ; E. Minor; |. Minore.
Celui des trois termes d’un syllo-
gisme catégorique qui est sujet dans
la conclusion. On l’appelle aussi « petit
terme ». -- Pour l’origine et le sens
primitif de ce mot, voir Mujeur.
2. MINEURE, subst. féminin. D. Un-
tersatz, Minor ; E. Minor ; I. Minore.
À. Dans un syllogisme catégorique,
celle des deux prémisses qui contient
le mineur ou petit terme.
Sur Mineure. — L. Couturat voudrait que les mots majeure, mineure ne fussent
jamais employés en parlant des syllogismes hypothétiques et disjonctifs, où les
propositions ainsi appelées ne sont analogues que par leur ordre d’énonciation
aux propositions homonymes du syllogisme catégorique. En effet la majeure est
la prémisse qui contient le grand terme, prédicat de la conclusion ; mais dans un
raisonnement hypothétique, la « majeure » contient la conclusion tout entière.
Ed. Goblot considère au contraire que dans un syllogisme hypothétique, tel
qu’on l’énonce ordinairement, le petit terme est sous-entendu. Ce syllogisme n’a
de sens qu’en le formulant ainsi :
Si p est, g est;
Or dans le cas S, p est;
Donc dans le cas S, q est ;
formule où l'expression dans le cas S joue exactement le même rôle, au point de
vue de la pensée, que le petit terme des syllogismes classiques. Non seulement le
nom de mineure convient donc bien à cette proposition, mais le syllogisme hypo-
thétique, ainsi complété, représente beaucoup plus fidèlement que le syllogisme
aristotélicien le vrai rapport des termes et des propositions dans l'esprit. Cf.
E. Gosor, Les jugements hypothétiques, Revue de Métaphysique, mars 1911.
A ner,
MINEURE
B. Dans un syllogisme hypothétique,
celle des prémisses qui énonce que la
condition suffisante est réalisée (modus
ponens) ou que l'effet de cette condi-
tion ne l’est pas (modus tollens).
C. Dans un syllogisme disjonctif,
celle des prémisses qui exclut l’une
des branches de l’alternative.
CRITIQUE
La légitimité des sens B et C est
discutée. Voir Observations ci-dessous.
MINIMUM, D. E. Minimum, I.
Minimo.
A. (Absolument). Valeur la plus pe-
tite, ou la plus petite possible, d’une
grandeur susceptible de plusieurs états.
B. (Relativement) Valeur (d’une
variable ou d’une fonction) plus petite
628
minimale une proposition particulière
qui énonce expressément, ou qui sous-
entend, par une convention tacite, que
l’attribut est affirmé au minimum de
quelques-uns des individus formant
l’extension du sujet, mais sans exclure
l’hypothèse qu’il convienne à tous. Ce
sens est celui que la logique classique
donne aux propositions particulières ]
et O. Voir ci-dessus Limitative*.
Se dit aussi de la disjonction u
(celle qui admet soit la réunion des
caractères, soit l’assertion simultanée
des propositions dont l’une au moins
est vraie) par opposition à la disjonc-
tion exclusive* Oo, où l’on n’admet
qu'une seule des possibilités énoncées.
Rad. int. : Minor.
MIRACLE, D. Wunder ; E. A. Mi-
+ 629
comme la manifestation, dans le monde,
d’une action intentionnelle supérieure
à la puissance humaine. « Quae praeter
ordinem communiter statutum in rebus
uandoque divinitus fiunt. » Saint
HOMAS, Contra Gentiles, III, 101. —
« Miracle est un terme équivoque : ou
il se prend pour marquer un effet qui
ne dépend point des lois générales
connues aux hommes ; ou, plus géné-
ralement, pour un effet qui ne dépend
d'aucune loi, ni connue ni inconnue.
Si tu prends le terme de miracle dans
le premier sens, il en arrive infiniment
plus qu’on ne le croit ; mais il en arrive
MIRACLE
beaucoup moins si tu le prends dans
le second sens. » MALEBRANCHE, Médi-
tations chrétiennes, VIII, 26.
B. Plus rarement (et avec une nuance
d'humour, bien que ce soit un retour
au sens étymologique) : tout fait remar-
quable et merveilleux, qu’on ne saurait
ramener à des lois connues. « En fait
de miracle, il y en a un dans l’histoire,
M. Renan le disait ces jours-ci au ban-
quet de l’Association des études grec-
ques : c’est la Grèce antique. » G. Mi-
LHAUD, Leçons sur les origines de la
science grecque, VIII leçon. — Le mot,
en ce sens, se réduit quelquefois à
celle-ci : « Cette définition n’a qu’une valeur historique. » En effet si la définition
critiquée n’est pas fausse, à proprement parler, il n’en reste pas moins que dans
que celles qui la précèdent ou la suivent
immédiatement.
Voir Marzimum*.
racle ; B. Wonder ;: 1. Miracolo.
A. Étymologiquement, fait surpre-
nant (miraculum, de mirari, s'étonner,
admirer; cf. Wunder, de wundern,
même sens), non conforme à l’ordre
Minimal, qui est un minimum, ou qui
l’état actuel des idées, « elle enlève tout intérêt au concept de miracle », ce qui
n'est contesté par personne. A quoi servirait, philosophiquement, une classe de
phénomènes tels qu’on ne pourrait jamais savoir si un fait y est ou n’y est pas
inclus, si ce n’est pour des faits légendaires dont aucun homme cultivé ne soutient
aujourd’hui la réalité historique, comme dans le cas de Josué ? Il y a donc lieu
de rechercher quelle est la définition du miracle proposée par ceux qui soutiennent
est assujetti à une condition de mini-
mum.
Spécialement, en logique, on appelle
habituel des faits de même nature.
Mais l'usage le plus général est de ne
l’appeler miracle que si on le considère
actuellement qu’il y a, qu’il y a eu, ou qu’il peut y avoir des miracles.
A cet égard, il convient de mentionner d’abord la doctrine de M. Le Roy,
Sur Miracle. — Dans la Critique de ce mot, en première rédaction, la défi-
nition : « Le miracle est une dérogation aux lois de la nature » était qualifiée de
« vicieuse ». Plusieurs membres de la société ont trouvé le terme exagéré : « Cette
critique, dit L. Couturat, me paraît un peu trop sceptique. Si nous ne pouvons
pas dire que l’Incarnation est un miracle, nous pouvons dire que Josué arrêtant
le soleil en est un. « — » L’objection, dit M. Drouin, montre bien qu’on ne saurait
constater, prouver un miracle ainsi défini; elle ne contraint pas à changer la
définition. Le rapport entre les deux concepts n’est pas détruit, parce que l’indé-
termination que nous découvrons aujourd’hui dans l’un se communique néces-
sairement à l’autre. » — Observations analogues de G. Beaulavon.
— « La science ne parle du hasard que pour l’exclure, nous a écrit plus récem-
ment M. M. Marsal. Mais elle en parle. Ne faut-il pas réserver le droit de parler
de miracle au sens de Hume, ne serait-ce que pour l’exclure ? Faut-il vraiment
considérer comme défectueux les textes suivants : « Il n’y a dans la nature n1
« contingence, ni caprice, ni miracle, ni libre arbitre ; chacune de ces hypothèses
« ruine en nous la faculté de raisonner sur les choses. » GoBLoT, Logique, p. 314. —
« La merveille éternelle, c'est qu’il n’y ait pas sans cesse des miracles. » H. Poin-
CARÉ, La valeur de la science, Introd., p. 7. (A vraidire, pour ce dernier texte, on peut
comprendre par le sens A.) Et puisque vous citez le mot que Renan aurait pro-
noncé, et qui a fait fortune, sur le miracle grec, il faut bien remarquer que Renan,
en cent endroits, a parlé des miracles au sens de Hume. » Voir au Supplément.
Pour tenir compte de ces réserves, l'expression discutée a été remplacée par
exposée dans les articles des Annales de philosophie chrétienne dont la partie
critique a été mentionnée ci-dessus. En voici le résumé, approuvé par l’auteur,
et tel qu’il a été proposé à la discussion dans l'épreuve de cet article.
« Cependant il y a quelque chose à en retenir (des diverses définitions du
miracle) sur quoi, sauf la question de fait, il semble bien que tout le monde puisse
æ mettre d’accord : 1° On ne donne le nom de miracle qu’à un fait sensible, et
à un fait exceptionnel, extraordinaire... — 2° On ne donne le nom de miracle
qu’à un fait qui est significatif dans l’ordre religieux. — 3° Pour qu’un fait soit
qualifié miracle, il faut que tout en faisant contraste avec elle, ce fait soit inséré
dans la série phénoménale ordinaire, bref qu’il constitue comme un ressaut
dans son déroulement habituel. Ainsi les théologiens n’appellent miracle ni la
justification par le baptême... ni la création du monde — 4° Pour qu’un fait
soit qualifié miracle, il faut qu’il ne comporte pas d'explication purement physique
suffisante, qu'il dépende de conditions non seulement psychologiques, mais
morales, en un mot qu’il ne puisse jamais devenir prévisible à coup sür ni répétable
‘à volonté. » Zbid., oct. 1906, p. 14-15.
Mais cette définition n’est que formelle et préliminaire. Pour caractériser
Précisément le miracle, et en donner une définition qui en fasse vraiment connaître
la nature, il faut mettre en lumière l’action spirituelle qui le constitue : elle consiste
dans l’exaltation momentanée de la puissance dont l’acte libre, tel qu’il est défini
“dans la philosophie bergsonienne, représente la forme inférieure. « Un miracle
‘est l’acte d’un esprit individuel (ou d’un groupe d’esprits individuels), agissant
Comme esprit à un degré plus haut que d'habitude, retrouvant en fait, et comme
dans un éclair, sa puissance de droit. » Zbid., décembre 1910, p. 242. « Un miracle
‘est l'acte d’un esprit qui se retrouve plus complètement que d’habitude, qui
ES
MIRACLE
630
signifier ce qui est digne d’admiration :
« Un miracle de beauté ; un miracle de
perfection. — Faire miracle. » Mais
cette acception est vieillie, et presque
tombée en désuétude.
CRITIQUE
1. On trouvera dans trois articles de
M. LE Roy (Annales de philos. chrét.,
1906-1907), la critique de diverses défi-
nitions du miracle et notamment de la
plus usuelle, qui paraît dater de HunE :
« À miracle is a violation of the law
miracle est un fait contraire aux lois
de la nature, une dérogation aux lois
de la nature. » Nous croyons aussi que
cette définition n'a qu’une valeur his-
torique et ne peut être conservée de
nos jours. Elle avait sa raison d’être
quand l'expression Lois de la nature
était encore entendue en son sens pri-
mitif de décret divin obligatoire, ana.
logue aux lois civiles dont un souve-
rain peut suspendre l'effet. Mais l’effa-
cement du caractère impératif de la loi
fait disparaître la possibilité de cette
631
toujours perfectibles, que nous appe-
ions lois de la nature, le concept de
miracle perd tout intérêt, il ne peut
être appliqué à un fait que subjective-
ment, et à une date déterminée. —
g’il s’agit de lois absolues de la nature,
telles que les concevait Descartes, ou
telles que les connaïîtrait une science
parfaite, il en est encore de même :
çar il nous est impossible de savoir ce
qui est ou n’est pas conforme à ces
lois, ni même si ce concept-limite pré-
MIRACLE
Les théologiens et les philosophes
qui désirent conserver un sens à ce
concept ont donc été amenés à en faire
une nouvelle analyse, qui provoque
elle-même une controverse encore ou-
verte. Voir ci-dessous, Observations.
2. Il y a lieu de remarquer que pour
Hume lui-même, l’idée de Loi de la
nature comportait une part d’indéter-
mination, et qu'’ainsi la formule citée
plus haut n’était guère plus stricte,
dans sa pensée, que l’Ordo communiter
of nature. » (Essays, II, 10.) — « Un | interprétation. S’il s’agit des formules,
reconquiert momentanément une partie de ses richesses et de ses ressources
profondes. » Jbid., 247. Cette exaltation ne peut se produire que par la grâce,
le concours de Dieu, et ne peut être reconnue pour telle qu’en vertu d’une dispo-
sition morale préalable, car « rien de tout cela n’est incompatible avec un déter-
minisme largement entendu. C’en est une face, un côté : celui que découvrent
peu à peu la psychologie de l’inconscient, la psychologie des foules et, d’une
manière plus directe encore, la psychologie de la foi. » Zbid., 247. — « Le miracle,
le phénomène physique, est inséparable de la signification religieuse qu’il véhicule.
La perception du miracle [en tant que tel] n’est pas simple affaire de constatation
sensible. Le miracle est un signe issu de la foi, qui s’adresse à la foi, qui n’est
entendu que par la foi. » Zbid., p. 236-238.
— Tout celaest ingénieux, profond même, et peut être solide. C’est en tout cas,
sans doute, ce que l’on peut dire de mieux pour sauver la notion du miracle, qui
ne peut plus guère se soutenir aujourd’hui dans son vieux sens théologique et
précis, de violation des lois de la nature. (J. Lachelier.)
La définition que M. Le Roy donne du miracle est très contestable. Il me
semblerait préférable de s'inspirer de la tradition des théologiens. D'ailleurs
M. Le Roy n’est pas toujours d’accord avec lui-même. Il définit le miracle « un fait
sensible » et ailleurs « l’acte d’un esprit ». 11 y a des miracles physiques et des
miracles spirituels. Philosophiquement, la définition de M. Le Roy comporte les
mêmes réserves et les mêmes critiques que la définition bergsonienne de la liberté :
c’est une conception à la fois trop vague et trop large. (F. Mentré.)
Les thèses de M. Le Roy, résumées ci-dessus, ne représentent qu’une opinion
particulière. En une question aussi délicate, il semble nécessaire, pour demeurer
objectif, de s’attacher précisément au sens historiquement défini. Or l’exposé
qu’on nous propose a l'inconvénient d’être étranger à la tradition et incompatible
avec l’enseignement catholique qui naguère encore a rejeté plus expressément
que jamais l’idée que le miracle est « issu de la foi », adressé à la foi, entendu
par la foi seulement : les Conciles et les Papes l’ont considéré comme un signe
divin, adapté à l'intelligence de tous, destiné à provoquer ou à confirmer la foi,
propre à servir de pierre de touche aux consciences et à les mettre en demeure
de résoudre une crise intérieure. C’est ainsi que la Constitution Vaticane De fide
parlant des miracula, les appelle externa argumenta, signa certissima et omnium
intelligentiae accommodata. (Cf. DENZINGER, Enchiridion, n° 1790.)
A l'étude citée de M. Le Roy, il convient donc d’opposer l’article de M. Bernard
sente un sens bien déterminé. Cf. ci-
dessus, Loi*, notamment $ D et Cri-
tique.
statutus in rebus de saint THomas
D'AQUIN.
Rad. int. : Mirakl.
DE SAILLY (Annales de Philosophie chrétienne, juillet 1907, p. 337) où se trouvent
réintégrés les éléments multiples qu’enferme la notion dont théoriquement et
pratiquement s’est inspirée la tradition. Je les résume en ces quelques points :
19 Le miracle, en ce qu’il a d’apparent, se produit dans l’ordre des constatations
communes et des inférences spontanées : ainsi la façon même dont nous apprécions
la durée, les dimensions, la résistance, par exemple la rapidité d’une cicatrisation,
tout cela sans doute est bien relatif à nous; mais, dans ces relations anthropo-
morphiques, il y a cependant une fixité, une précision, une solidité réelles. Ces
apparences liées ne sont pas arbitraires et variables, elles ont une consistance
propre, et elles forment comme un langage suivi qui s'impose invinciblement à
nos jugements immédiats, à nos réactions pratiques, à nos rapports sociaux.
Or c’est dans cette réalité anthropomorphique, dans cette langue accessible et
même imposée à tous, qu'est écrit le miracle.
2° Il ne requiert donc nullement d’être étudié, interprété, défini en fonction
d’une terminologie artificielle, d’une connaissance restreinte et systématique,
d'une analyse d’ailleurs toujours fragmentaire et provisoire, comme nous en
présentent les sciences positives.
30 Le miracle, qui n’est pas écrit dans la langue des savants, n’est pas écrit
non plus dans celle des philosophes : ce n’est pas plus le métaphysicien que le
physicien qui, en leur compétence propre, ont à en fournir le diagnostic ou la
définition. Ici, ils se retrouvent simplement hommes et n’ont à user de leur science
que pour se garder des faux essais d’explication et pour rapporter à l’étalon
humain ou populaire ce qui relève du critérium anthropomorphique.
4° Le miracle n’est pas un fait intrinsèquement divin ou surnaturel, car il n’y
en a point de tel. « Nihil postest dici miraculum ex comparatione potentiae divinae ».
St THomas, Sum. Theol., 1, q. 105, a. 8. Il est l’analogue du surnaturel, dont il est
l'expression, « l’argument »; car, par une réelle et intentionnelle dérogation aux
apparences anthropomorphiques, il manifeste analogiquement la réelle dérogation
que l’ordre de la grâce et de la charité introduit dans le rapport de l’homme et
de Dieu.
59 Si donc le miracle s’impose d’abord à l’attention commune comme un fait
naturel, qui précède la foi ; si, par son caractère préternaturel et en son étrangeté
provocante, il est logiquement discernable pour tous, cependant il n’est discerné
en son sens complet que par une correspondance volontaire et même onéreuse
‘ de l’âme, qui envisage non plus seulement l’aspect dont les sens, la science ou la
MIS
632
MIS... ou Miso... (du G. puoeiv, haïr).
Préfixe servant à marquer l’aversion
pour quelque objet : misanthrope, miso-
gyne ; misonéisme (antipathie pour tout
ce qui est nouveau), etc. — Misologie
(« Hass der Vernunft », haine de la
raison : KANT, Grundlegung zur Met.
der Sitten, I, 6). Misologue a été sou-
vent employé dans le même sens.
Misautie, voir Philautie*, ci-dessous.
« MISÈRE psychologique », expres-
sion créée par Pierre JANET (L’automa-
tisme psychologique, 1889), sur le mo-
dèle de l'expression médicale misère
physiologique {état de nutrition impar-
faite de tous les tissus, créant une
réceptivité générale à l'égard des ma-
Re
ladies). « Il y a une faiblesse morale
particulière consistant dans l’impuis.
sance qu’a le sujet de réunir, de con-
denser ses phénomènes psychologiques,
de se les assimiler ; et de même qu’une
faiblesse d’assimilation du même genre
a reçu le nom de misère physiologique,
nous proposons d’appeler ce mal moral]
la misère psychologique. » Ibid., 2 par-
tie, ch. 1v, p. 454.
« MNÈME », D. Mneme.
Terme proposé par SEMoON (Die Mne-
me, als erhaltendes Prinzip im Wechsel
des organischen Geschehens!, 1904 ; Die
mnemischen Empfindungen, 1909) pour
1. La mnème, en tant que principe de conservalion
dans le devenir de l'organique. — 2. Les impressions
mnémiques.
métaphysique peuvent s'occuper, mais le sens spirituel qu'il véhicule, la doctrine
+ à
MOBILE
pu
désigner la faculté inhérente à la subs-
tance vivante de conserver comme tels,
et dans leurs connexions, les complexus
d’excitations reçus du monde exté-
rieur. Il propose aussi d’appeler en-
grammes ces traces laissées par les ac-
tions antérieures.
CRITIQUE
Cf. Mémoire*. — Ce terme serait
utile pour désigner dans sa généralité
la fonction vitale à laquelle se rattache
le souvenir psychologique. On éviterait
ainsi, non seulement l’ambiguïté qui
résulte de l’extension du mot mémoire
à la simple permanence des modifica-
tions organiques, mais aussi la pré-
somption que le souvenir psychologique
n’est rien de plus qu’un cas particulier
de la « mémoire biologique », ce qui est
actuellement discuté.
Rad. int. : Mnem.
MOBILE, subst. D. À. Bewegliches ;
B. Primum mobile; C. Beweggrund ;
D. Triebfeder ; — E. A-<Movable body,
mobile ; B. Mover, Mobile ; C. Motive;
D. Affect (proposé expressément en ce
sens par STouT et BALDwIN), Spring ;
— I. Mobile dans tous les sens.
A. Ce qui peut être mû. — Spéciale-
ment, chez Aristote, toute chose est
appelée mobile (xivobuevov) en tant
qu'elle change, et moteur (xivoüv) en
tant qu’elle cause le changement. Le
premier mobile (Ilp&rov xivobuevov, L.
primum mobile) est le ciel supérieur,
ou « premier ciel », qui est à son tour
le moteur de tout ce qui existe dans le
monde.
B. L'expression premier mobile, par
suite, a désigné métaphoriquement le
principe de l’action ou du changement
dans un ordre quelconque de faits.
« Le concours de l’âme et du corps est
mais il est
qu’il appuie, la vie nouvelle qu'il sollicite. — Il n’est donc pas reconnu et interprété
utilement par un simple travail subjectif du témoin ; il n’est pas uniquement
produit, comme un fait objectif, par la force spirituelle des acteurs ; il n’est
constitué ni simplement par la façon dont la foi envisage les événements où elle
s'exprime, ni simplement par l’anomalie physique qui proposerait à l’incrédule
une énigme de psychologie religieuse. Bien autre chose et bien plus, et, en un
sens, bien moins que la force normale de l'esprit ou de la foi, il est le truchement
de cette divine qtaavôpænia dont parle St Paul, et qui, s’humanisant dans son
langage et dans ses condescendances, fait transparaître par des signes anormaux
son anormale bonté. C’est sur tout cela que, pour en juger vraiment, il faut faire
porter la décision ; et c’est pour tout cela que « l’Église, loin d'en laisser juges
les yeux même les plus excellents ou les savants même les plus compétents,
ou les philosophes même les plus sages, après s'être servie de leurs lumières,
se réserve le discernement final. » — Telle est, ce semble, la notion complexe,
précise, spécifique du miracle. (M. Blondel.)
M. Le Roy a ultérieurement discuté dans une séance de la Société de Philosophie
les critiques adressées à sa conception du miracle. Cette discussion a été publiée
dans le Bulletin de la Société de mars 1912.
Sur Mnème, — On dit aussi Mnémé ; cette forme a été indiquée dans l'épreuve
de cet article. Mais il a paru préférable de ne conserver qu'une forme, la plus
répandue, et celle qui est employée notamment par M. ForeL, comme nous l’a
fait remarquer Ed. Claparède,
. — Pour indiquer la trace laissée dans le protoplasma par les excitations anté-
rieures, on s’est aussi servi du terme hystérésis, emprunté à la physique. Ce terme
a été notamment employé par ARD1Go0, dans un article sur l’Inconscient (Rio. à
filosofia, mai 1908) et dans la trad. italienne de Lors, Fisiologia comparata del
cervello, p. 967. Il me semble meilleur que mnème, et parce qu’il marque la base
purement physique de la mémoire, et en raison de sa composition étymologique
(otépnoic, fait de se produire ensuite). (C. Ranzoll.)
visible dans les passions :
clair que le premier mobile est tantôt
dans la pensée de l’âme, tantôt dans le
mouvement commencé par la disposi-
tion du corps. » BossuET, Conn. de
Dieu, III, 11 (Didot, 59 B). — « On
MNÉMONIQUE, mnésique, adj. —
Appartenant à la mémoire ; constituant
un acte de mémoire*.
Rad. int. : Memoral.
Sur Mobile, — Le rapprochement et l’antithèse de motif et de mobile, en psy-
chologie, datent vraisemblablement des éclectiques. Bien que ces deux mots fassent
penser immédiatement à l'opposition aristotélique du xivo5v et du xrvobuevov, les
textes cités plus haut semblent bien marquer que ces mots ont abouti par deux
voies toutes différentes à désigner les causes mentales d’action.
Cependant J. Lachelier nous a signalé un texte important d’Aristote où la
distinction du moteur immobile, du moteur mobile et du mobile pur est appliquée
aux « mouvements » de l’âme (Ilept Quyñç, III. 10). Voici le passage le plus carac-
téristique : « “Eort td uèv [xivobv] éxlvrrov td mouxtèv dyaév, tb SE xivobv xal
Mvodpevov Td épextixév (uveltor yap rd xivoupevov } épéyetar xal À ximatg Bpesie tic ÉTiv
À dvépyeua |, rd Bè xivobuevov +d Coov. » (433015.) « Il y a donc, pour chacune de nos
actions comme pour l’univers, dit J. LACHELIER, un moteur immobile, l’objet du
désir (bpextôv, rpaxrdv &yaGév) ; un mobile qui devient à son tour moteur, le désir
(ëpeËiç) ; enfin un mobile simplement tel, notre corps. Cela explique, ce me semble,
comment mobile a pu passer du sens cosmologique au sens psychologique : le
« mobile » d’une action, c’est proprement le désir, moyen terme entre le but et
l'agent ; et peut-être le vrai sens de motif serait-il le but lui-même, existant en
idée dans notre esprit. »
Cette remarque coïncide avec une observation d’Edmond Goblot, qui, se
souvenant peut-être du même texte, nous écrit ceci : « La distinction des mobiles
et des motifs me paraît plus claire si l’on dit que les mobiles sont des causes
MOBILE 63%
——
appelle figurément premier mobile d’une
affaire celui qui lui donne le branle et
le mouvement. » FURFTIÉRE, Düiction-
naire (1690).
Voir plusieurs exemples de ce sens
métaphorique au xviie siècle, en an-
glais, dans Murray, sub vo (Furst
mobile, Great mobile).
C. Ce qui meut, au sens moral : idée
ou sentiment qui tend à produire un
acte chez un être doué de volonté.
« Deux mobiles influent sur la conduite
de l’homme et la déterminent : les
tendances de sa nature et les idées de
son intelligence sur les différents buts
auxquels aspirent ces tendances. Quand
il obéit à la première de ces influences,
qui est instinctive et aveugle, il agit
passionnément ; quand il obéit à la
seconde, qui est éclairée et réfléchie,
il agit raisonnablement. » JOUFFROY,
Réflexions sur la philosophie de l’his-
toire, $I (Mélanges philosophiques, IIT).
D. Plus spécialement, la première de
ces causes d’action : tendance impul.
sive et affective.
« Tout homme, en agissant, obéit à
des motifs dont il a ou dont il n'a pas
conscience. Lorsque ces motifs sont de
l'ordre intellectuel, c’est-à-dire sont des
idées, ils prennent alors plus particu-.
lièrement le nom de motifs. Quand ils
sont de l’ordre de la sensibilité, on les
appelle plutôt des mobiles. Les motifs
commandent ou conseillent ; les mo-
biles captivent ou entraînent: mais
de quelque manière qu'ils agissent,
l’homme ne peut se déterminer sans
eux.» P. JANET, Traité de philosophie,
Psychologie, ch. wi (4e éd., p. 311).
CRITIQUE
Ce dernier sens est le plus usuel. Il
a été adopté par Jouffroyÿ lui-même
(quoique ce ne soit pas sans exception)
dans le Cours de droit naturel. Voir
efficientes, les motifs des fins. D'où il résulte que les premiers sont des sentiments,
les seconds des idées. »
J’ai fait des recherches dans un grand nombre de dictionnaires, soit de latin
scolastique, soit de français, sans trouver d'exemple qui parût indiquer la conser-
vation de cette antithèse aristotélicienne. Et d’ailleurs, dans le texte de Bossuet
cité plus haut, il semble bien que la métaphore soit directement tirée de l’ordre
cosmologique, puisqu'il applique l'expression premier mobile même aux mouve-
ments du corps, de la façon la plus contraire au texte d’Aristote dont il s’agit.
Motif paraît également avoir pris son sens par une tout autre voie. Cf. ci-dessous
la Critique et les Observations sur ce mot. (A. L.)
Sur l’usage actuel du sens D. — La distinction que Paul Janet rappelle et
consacre est à retenir. On pourrait même insister davantage sur l’importance des
mobiles. Dans le concret, il est bien difficile d'imaginer un motif pur strictement
décoloré et froid. Si donc tout motif est mobile par quelque endroit, peut-être y
aurait-il lieu de réserver le mot de mobile à celles des impulsions de la sensibilité
que nous ne parvenons pas à amener à une conscience claire, — et le mot de
motif aux idées pures d'abord (si tant est qu’elles puissent agir) et aux idées
mêlées de sensibilité, à condition que nous puissions toujours élucider nos élans
et clarifier nos sentiments. Le mobile appartiendrait plutôt au subconscient, le
motif au conscient. (L. Boisse.)
L. Couturat pense au contraire que cette distinction, purement scolaire et
française, n’a pas assez d'intérêt pour qu’il y ait lieu de la retenir, et de lui attribuer
un radical international.
, M. D. Lagache estime également que la distinction des mobiles et des motifs
d’un acte est sans fondement psychologique ; il recommande l’emploi du terme
plus général de motivation. (Cours professé à la Sorbonne en 1948-1949 ; Bulletin
des groupes d’études psychologiques, 23 mai 1949, p. 7.)
7 635
* en particulier les 2e, 3° et 4e leçons.
Il y fait consister la différence entre
la présence ou l’absence de la liberté
morale, non dans le fait que l’agent est
indéterminé ou déterminé, mais dans
la détermination par des motifs (réflé-
chis) ou par des mobiles (passionnels).
Par suite, ce mot a souvent reçu une
nuance défavorable et implique une
idée d’hétéronomie. « Obéir à un mo-
bile. » — Cependant cet import, lui non
plus, n’est pas constant, car mobile est
employé d'ordinaire pour traduire
Triebfeder, notamment dans l'usage
qu’en a fait Kant {Kritik der praktischen
Vernunft, livre I, ch. 111 : « Von den
Triebfedern der reinen praktischen
Vernunft », où il y donne pour équi-
valent elater! animi). Dans cet emploi,
le mot n’a rien de péjoratif, ni d’opposé
à l’idée de liberté.
La meilleure acception paraît être
Pacception D, en la dégageant, si pos-
sible, de toute association tendan-
cieuse.
Rad. int. : D. Mobil. (Voir Observa-
tions.) — Mobile, adj. : Movebl.
« MOBILISME », nom donné par
M. Cuive (Le mobilisme moderne, 1908)
à la croyance d’après laquelle le fond
des choses est non seulement indivi-
1 Elater, transcription du G. ÉAXTYP, employée cou-
ramment dans le latin moderne pour ressort. Les pre-
mières éditions allemandes et la traduction Barni
donnent elator, qui n'existe pas en latin, corrigé à tort
dans l'éd. Kirchmann par elatio, qui voudrait dire
élévation.
MODAL
duel et multiple, mais sans cesse mou-
vant, en voie de transformation con-
tinue et sans lois fixes, débordant et
rendant inefficace toute tentative d'or-
ganisation rationnelle.
MODAL, D. Modal ; E. Modal; I.
Modale.
Qui se rapporte aux modes, en quel-
que sens que ce soit. Descartes a con-
sacré trois chapitres des Principes (I,
60-62) à analyser : 19 « la distinction
réelle », 29 « la distinction modale »,
dont il admet deux sortes : l’une entre
le mode et la substance, l’autre entre
les différents modes d’une même subs-
tance, et 30 la distinction « qui se fait
par la pensée ».
Mais cet emploi du mot esttombé en
désuétude ; Modal ne se rencontre plus
de nos jours qu’au sens logique : voir
l'article suivant.
Modales (Propositions), D. Modal;
E Modal ; I. Modale.
A. « (Parmi les propositions com-
plexes) les philosophes ont particuliè-
rement remarqué celles qu’ils ont appe-
lées modales, parce que l'affirmation
ou la négation y est modifiée par l’un
de ces quatre modes : possible, contin-
gent, impossible, nécessaire. » Logique
de Port-RoyaLz, 2€ partie, ch. vin.
— Sont donc madales en ce sens les
propositions qui ne concernent pas
simplement rù brapyetv, mais qui affir-
ment ou nient soit la nécessité, soit
Sur Mobilisme. — L'épreuve de cet article ajoutait : « M. Chide considère cette
attitude comme la conclusion nécessaire, quoique en général incomplètement
reconnue, de toute la philosophie moderne. » — « L’attitude et la doctrine de
Cave, nous écrit M. Boisse, sont bien moins la conclusion de tout le dévelop-
pement de la philosophie moderne que la restauration d’un système aussi vieux
que le monde philosophique qui a trouvé chez Héraclite, et chez quelques scep-
tiques grecs une de ses plus complètes expressions. » — C’est une des raisons qui
nous ont engagé à maintenir ici ce néologisme, dont l'utilité et l'intérêt avaient
été mis en doute par plusieurs membres de la Société. Platon et Aristote font
souvent allusion aux deux grands systèmes antésocratiques qu’ils rejettent égale-
ment comme trop simplistes ; le révra npepeiv et le mévra xuveïobar. (Métaphysique,
III, 8; 1012024 : Physique, VIII, 3; 253b, 6, etc.) Il n’est donc pas inutile de
recevoir un terme, d’ailleurs bien formé, pour représenter cette conception. (A. L.)
en
MODAL
la possibilité de la relation énoncée.
Voir Amabimus*. |
B. HAMILTON (Lectures on Logic,
ch. x1v} appelle modale toute proposi-
tion dont la copule reçoit une détermi-
nation complémentaire.
REMARQUE
« Propositions modales » ne se dit
usuellement qu’au sens A; mais le
sens large tend actuellement à s’intro-
duire dans l’usage du mot Modalité*.
Voir les Remarques et les Observations
sur ce mot.
Rad. int. : Modal.
MODALITÉ, D. Modalität ;
dality ; I. Modalita.
A. Dans la logique classique, carac-
tère des propositions d’après lequel la
relation qu’elles expriment est soit
énoncée à titre de fait, soit déclarée
possible ou impossible, soit déclarée
nécessaire ou contingente. L'origine de
cette distinction remonte à ARISTOTE :
« Iäox rpétaois Écriv ÿ rod Ürapyetv, à
roû EE av yxnc drapyetv, n Toù évSéyeoBar
drépyxetv. » Premiers analytiques, I, 2;
2581.
B. Chez KaANT, « Fonction » des ju-
E. Mo-
636
gements qui a pour caractère spécial]
« dass sie nichts zum Inhalte des Ur.
theils beiträgt, sondern nur den Werth
der Copula in Beziehung auf das Den.
ken überhaupt angeht! ». Xrit. der
reinen Vern., Transcend. Analyÿt., I,
1, À. 75, B. 100. Les jugements sont,
à cet égard, problématiques (quand on
ne se prononce pas sur leur valeur,
comme il arrive dans les membres
d’un jugement disjonctif, ou hypothé.-
tique) ; assertoriques, quand on en af-
firme le contenu à titre de vérité;
apodictiques, quand on déclare néces-
saire la relation qu’ils expriment.
(Ibid.) — A ces trois formes de juge-
ments correspondent trois couples de
concepts de l’entendement qui sont
appelées catégories de la modalité : pos-
sibilité et impossibilité (Môglichkeit,
Unmôglichkeit) ; existence et inexis-
tence (Dasein, Nichtsein) ; nécessité
et contingence /{ Notwendigkeit, Zu-
fälligkeit).
C. Svnonyme de mode. aux sens C
ou D.
D. Se dit quelquefois des différences
1. « … qu'elle ne contribue en rien au contenu du
jugement, mais concerne seulement la valeur de là
copule dans son rapport avec la pensée en général. »
637
MODALITÉ
que présentent les sensations en tant
que relatives à des sens différents.
WunDT considère, avec raison semble-
t-il, cette notion comme mal déterminée
et superflue ; elle rentre dans celle de
différence qualitative.
REMARQUES
1. La modalité, au sens aristotélique,
est interprétée objectivement ; elle est
une propriété des relations; pour
Kanr, elle concerne non le contenu du
jugement, mais son rapport à la struc-
ture de notre connaissance. Bien qu’il
déclare dans le passage cité ci-dessus
qu’elle n’est point « objective », elle
est cependant selon lui valable pour
n'importe quelle intelligence humaine,
ce qu’il considère ailleurs comme le
critère de l’objectivité*. De plus, si
l’on rapproche du texte en question ce
qui est dit plus loin dans « Les Postulats
de la pensée empirique », on voit la
notion de possibilité appliquée chez lui
à trois idées très différentes : 1° ce qui
ne contredit pas les conditions fonda-
mentales de l’expérience ; — 2° ce qui
s'accorde suffisamment avec nos con-
naissances actuelles : en ce sens, ni la
prévision prophétique de l’avenir, ni
la télépathie ne lui paraissent possibles
(Ibid., A. 222; B. 269); — 30 à la
lexis*, entrant sans assertion dans une
proposition composée ou un raison-
nement.
Il est important de bien distinguer :
a) la modalité au sens objectif, conçue
comme l’assertion, valable pour n’im-
porte quel esprit, que tel objet de
connaissance existe en fait, ou qu'il
existe nécessairement, ou qu'il est pos-
sible (cette existence, nécessité, ou
possibilité, pouvant être elle-même en-
tendue, soit au sens absolu, soit au sens
phénoménal) ;
b) La modalité, au sens d’attitude
d’un esprit déterminé, individuel, en
face d’une proposition : assentiment ou
exclusion jugés tels qu’ils rendent inu-
tile tout recours à l’expérience ; assen-
timent ou exclusion résultant d’une
expérience ; doute, etc. On remarquera
la parenté de cette acception avec ce
qu'on appelle mode en linguistique.
Sur Modalité. — L’équipollence* des propositions modales (en considérant
comme seules déterminations de cet ordre le possible et l’impossible, le contingent
et le nécessaire) a été formulée en quatre termes mnémoniques cités dans la
Logique de PorT-RoyaL, 2e partie, ch. vin. Ce sont Purpurea, Iliace, Amabimus*,
Edentuli, dans lesquels chacune des quatre syllabes de chaque mot concerne
respectivement le possible, le contingent, l'impossible, le nécessaire, et les voyelles
indiquent : A, l’affirmation du mode et celle du dictum (lexis*) ; E, l’affirmation
du mode et la négation du dictum; I, la négation du mode et l’affirmation du
dictum ; U, la négation du mode et celle du dictum. Les quatre formules ainsi
représentées par chacun de ces termes sont équipollentes entre elles.
Modalité, au sens large, devrait comprendre comme une de ses espèces la
qualité (affirmation et négation). Dans une proposition, on peut en effet consi-
dérer : 1° Une lexis* qui n’est ni affirmée, ni niée, qui exprime simplement une
relation entre deux termes (p. ex. la proposition infinitive latine) ; 20 une attitude
prise à l’égard de cette relation : on la déclare vraie, fausse, possible ou nécessaire.
Il serait donc intéressant d’avoir un terme désignant toutes ces déterminations
en tant qu’opposées au contenu. — Le rapport étroit de l’affirmation et de la
négation aux autres modalités de la proposition me semble apparaître clairement,
quoique involontairement, dans les définitions suivantes de KanT : « Problema-
tische Urtheile sind solche, wo man das Bejahen oder \'erneinen als bloss môglich
(beliebig) annimmt ; assertorische, da es als wirklich {wahr) betrachtet wirdi.… »
(A. 75 ; B. 100). Le oder ne marque pas, dans la première phrase, deux relations
différentes. Si un jugement est problématique, c’est précisément qu’on laisse en
suspens l’affirmation ou la négation : l’affirmative n’est problématique qu’en
tant que la négation l’est aussi : à vrai dire, elles ne font qu’un à cet égard. Et de
même, si l’assertorique admet deux cas opposés, le wahr et le nicht-wahr, corres-
pondant au Dasein et au Nicht-Sein (cf. Ibid., A. 80, B. 106), il se confond avec
la catégorie de qualité, qui admet pour concepts fondamentaux Realität et Nega-
tion. — On objectera sans doute que l'affirmation et la négation peuvent se
joindre à chacun des modes possibilité et nécessité, comme dans le célèbre tableau
du Ilept ‘Epunveias. Mais cela ne prouve pas qu’elles soient d’une autre nature que
ces derniers : ceux-ci peuvent en effet, quoique plus rarement, se déterminer l’un
l'autre, p. ex., si l’on dit d’une proposition : « Il est nécessaire qu’elle soit possible »
ou « Il est possible qu’elle soit nécessaire. » Un autre exemple en est la célèbre
phrase de Kant : « Das Ich denke muss alle meine Vorstellungen begleiten künnen:. »
Crit. de la raison pure, Anal. transc., ch. 11, 2e Section, $ 16. (A. L.)
On peut adopter cette conception, mais alors il conviendra de dire, pour rester
fidèle à la tradition aristotélique, qu’il n’y a pas de proposition (mpéræotc) sans
1. « Les jugements problématiques sont ceux dans lesquels l'affirmation ou la négation sont considérées somme
seulement possibles (comme pouvant s'; ajouter à volonfé) ; les jugements sesertoriques, ceux où l’une ou l'autre
sat considérée oomme e‘fective {vraie). — 2. « Le « je pense » doif nécessairement pouvoir accompagner toutes
er représentstiuns »
D
MODALITÉ
638
2. Le sens du mot modalité tend
actuellement à s’élargir en deux di-
rections :
a) On l’applique non seulement à
l'affirmation ou à la négation d’un
énoncé donné flexis*), mais d’une ma-
nière générale, à n’iruporte quelle va-
leur de vérité de celui-ci, par exemple
à son degré de probabilité. Voir Ch. SER-
RUS, Traité de Logique, ch. vu. Il y
a lieu de considérer, en particulier, dans
la structure d’une théorie déductive,
ce qui est établi (soit d’une manière
décisoire, par principe axiomatique ou
par hypothèse, soit par déduction à
partir de ceux-ci) ; ce qui est exclu ;
ve qui est non-établi, sans être exclu.
b) On l’applique à toutes les déter-
minations qui s'ajoutent à la copule,
entendue comme le simple énoncé d’une
relation susceptible d’être affirmée ou
niée, autrement dit à toutes les cir-
constances qui pourraient être retran-
chées de celui-ci, sans lui ôter le carac-
tère d’une lexis. Voir Jean DE La
Harpe, La logique de l’assertion pure
(1950).
Ce mouvement sémantique exige
qu’on n’emploie pas ce termesans préci-
ser l'extension qu’on entend lui donner.
Rad. int. : Modales.
1. MODE (masc.), L. Afodus,; D.
Modus (au sens À, Schlussnodus) ; E.
A. Mood ; B, C, Mode; I. Modo.
A. Locique. Chacune des formes que
peut prendre le raisonnement syllogis-
tique, dans les différentes figures*
selon que les propositions qui le com.
posent varient en quantité et en qua-
lité. Voir Barbara*, Celarent*, etc.
B. Quand une proposition contient
à la fois : 19 l'énoncé d’une relation;
29 une assertion complémentaire por-
tant soit sur la nature ou les conditions
de cette relation, prise en elle-même,
soit sur le rôle qu’elle joue dans la suite
de la pensée, cette assertion complé.
mentaire est appelée le Mode de la pro-
position considérée. La logique clas-
sique ne reconnaît que quatre modes
(être ou n'être pas possible ; être ou
n'être pas nécessaire) ; mais les logi-
ciens modernes prennent en général ce
mot dans un sens plus large. Voir
Modules* et Modalité*.
C. PHILOSOPHIE GÉNÉRALE. Toute dé-
termination d’un sujet. « Rei quaedam
determinatio ; in rebus est limitatio
divinae potentiae efficientis. » Gocre-
Nius, V9, p. 694 B. (Très long article
qui contient un grand nombre d'indi-
cations sur les sens scolastiques de ce
mot.)
« Lorsque je dis ici façon ou mode
je n’entends rien que ce que je nomme
ailleurs attribut ou qualité. Mais lors-
que je considère que la substance en
est autrement disposée ou diversifiée,
je me sers particulièrement du nom de
Mode ou façon ; et lorsque, de cette
disposition ou changement, elle peut
7 639
modalité, et que ce que vous appelez la lexis d’une proposition, bien qu’elle
contienne deux termes et une relation entre ces deux termes, n’est pas elle-même
une proposition. (J. Lachelier.) — Cela est vrai en effet quand « proposition »
traduit rpétxotc employé par Aristote pour désigner les prémisses du syllogisme,
ou quand on parle des propositions des géomètres ; mais la lexis reste une propo-
sition en tant que ce mot traduit &rmépavaic, A6yos &ropavrixéc, opposé au À6Y06
qui constitue une prière, une question, une « proposition infinitive », etc. Voir
Proposition*.
La règle Pejorem sequitur semper conclusio partem s'applique également à la
modalité, au sens le plus large. Une proposition dans un système déductif, ne
peut avoir plus de certitude, une modalité plus forte, que le plus faible des
principes d’où elle est déduite. Il est nécessaire de le remarquer, car on rencontre
souvent l'illusion que ce qui est démontré, par cela seul qu’on a prouvé sa néces-
sité ex hypothesi, est plus certain que ce dont on l’a déduit. (R. Poirier. — A. L.)
MODE
être appelée telle, je nomme qualité
les diverses façons qui font qu’elle est
ainsi nommée ; enfin, lorsque je pense
plus généralement que ces modes ou
qualités sont en la substance, sans les
considérer autrement que comme les
dépendances de cette substance, je les
nomme attributs. Et parce que je ne
dois concevoir en Dieu aucune variété
ni changement, je ne dis pas qu’il y
ait en lui des modes ou des qualités,
mais plutôt des attributs. » DEscar-
TES, Principes de la philos., 1, 56. De
cet usage, un peu vague, sont résultés :
19 L'usage spinoziste : « Per modum
intelligo substantiae affectiones, sive
id quod in alio est, per quod etiam con-
cipitur. » Éthique, I, déf. V. Le mode,
ainsi défini, s’oppose à l’attribut*, qui
constitue l'essence permanente de la
substance.
20 L'usage de Locke : « IT name
Modes such complex ideas which, ho-
wever compounded, contain not in
them the supposition of subsisting by
themselves but are considered as de-
pendences on, or affections of subs-
tances!. » L£ssay, livre II, ch. xur, $ 4.
Il en donne comme exemples les idées
de triangle, de gratitude, de meurtre, et
s'excuse, dan; le mème paragraphe, de
prendre ainsi ce mot dans un sens un
peu différent de celui qu’on lui donnait
d'ordinaire.
Ce sens est aujourd’hui peu usité.
D. Se dit des différentes classes de
1. « J'appelle modes les idées complexes telles que
de quelque manière qu’elles soient composées, elles,
ne contiennent pas en elles le caractère de subsister
par elles-mêmes, mais sont considérées comme 8’ap-
puyant sur des substances, ou en étant des affections. »
manifestation d’une fonction détermi-
née : « Les modes forts, les modes fai-
bles de l'imagination. » « Quand la
raison s’est élevée à l’idée de l'intérêt
bien entendu, un nouveau mode de
détermination est créé ; mais il ne se
substitue pas sans retour au mode pri-
mitif. » JOUFFROY, Cours de droit natu-
rel, 2e leçon.
Rad. int. : Mod.
Modes faibles du Syllogisme. Voir
Faible*.
Modes* indirects de la première figure
du syllogisme. On appelle ainsi Buara-
lipton*, Celantes*, Dabitis*, qui sont
obtenus respectivement par la conver-
sion de la conclusion dans Barbara*,
Celarent* et Daru*,; — Fapesmo* et
Frisesom(orum), qui peuvent se ra-
mener à Ferio* par la transposition
des prémisses et la conversion de cha-
cune d'elles.
Tous ces syllogismes, pour que leurs
prémisses soient de la forine sub prae,
doivent énoncer comme majeure la pro-
position qui contient le sujet de la
conclusion. Aussi est-il contesté qu'ils
appartiennent réellement à la première
figure. Voir en Appendice, à la fin du
présent ouvrage, l'article Figures* du
syllogisme.
2. « MODE ou MODULE », D. Duch-
tigkeitsmittel ; E. Mode ; I. Mod.
On appelle ainsi « la valeur qui se
rencontre le plus fréquemment au
cours d’une série de mensurations d’un
même objet ». Ed. CLAPARÈDE, Rap-
port sur la terminologie psychologique,
Sur Mode ou Module. — Module serait préférable à tous égards. (F. Mentré.) —
Module vaudrait mieux que mode ; mais il a déjà tant d’autres sens ! (L. Couturat.)
Mode est déjà très usuel en ce sens chez les biologistes contemporains de
langue anglaise. QuÉTELET, sans employer un terme spécial, a eu le premier
l’idée de caractériser divers groupes d'individus voisins par le fait qu’au point
de vue d’une de leurs propriétés (p. ex. la taille) ils présentaient au statisticien un
maximum de densité sur des points différents. GaLToN a fait grand usage de cette
notion et du terme mode pris en ce sens. Voir DAVENPORT, Statistical methods, etc.
(R. Berthelot.)
MODE
VIe Congrès: intern. de psychologie
(1909). Les séries présentant plusieurs
modes ont été appelées par THorn-
pire « multimodales ».
Mode biométrique, mode psychomé-
trique désignent un certain rapport
statistique qui caractérise une espèce
ou une variété, et la distingue des
autres.
8. MODE f{fém.), D. Mode; E. Fa-
shion ; I. Moda.
Ensemble d’usages, d’attitudes, d’o-
pinions qui règnent momentanément
dans une société et auxquels s'attache
une présomption de supériorité, d’ail-
leurs toujours sujette à contestation.
— Ce concept a été particulièrement
analysé par TARDE et opposé par lui
au concept de coutume. La première
est caractérisée par l’imitation des
contemporains, la seconde par l’imi-
tation des prédécesseurs. (Lois de l'imi-
tation, ch. vil.)
Rad. int. : Mod.
MODERNE, L. scol., Modernus (à
partir du vi* siècle) ; du latin modo,
récemment ; — D. Neuer, modern ; E.
Modern ; I. Moderno.
A. Terme fréquemment employé de-
puis le xe siècle, dans les polémiques
philosophiques ou religieuses ; et pres-
que toujours avec un sous-entendu,
soit laudatif (ouverture et liberté d’es-
prit, connaissance des faits les plus
récemment découverts ou des idées les
plus récemment formulées, absence de
paresse et de routine); soit péjoratif
(légèreté, souci de la mode, amour du
changement pour le changement, ten-
dance à s’abandonner, sans jugement
et sans intelligence du passé aux im-
pressions du moment). — Voir R. Eu-
CKEN, Geistige Strômungen der Gegen-
wart, Section D, $ 2, Appendice : « Le
concept du Moderne. » Il y indique
les principaux emplois qui ont été faits
du mot moderne et distingue, en vue
de l’usage actuel, d’une part une juste
modernité, correspondant aux trans-
formations réelles, progressives et né-
cessaires de la pensée ; de l’autre, une
modernité de surface fein Flachmo-
derne), consistant dans l'ignorance de
la tradition, l’amour de la nouveauté
quelle qu’elle soit, l'agitation, la ré-
clame et la surenchère.
B. Au sens technique, opposé à mé-
diéval (et quelquefois, en sens inverse,
à contem porain) : l’« histoire moderne »
est l’histoire des faits postérieurs à la
prise de Constantinople, en 1453 ; la
« philosophie moderne » est celle du
xvi® siècle et des siècles suivants, jus-
qu’à nos jours. Cependant, Bacon et
DEscaRTES sont assez souvent appelés
les fondateurs de la philosophie mo-
derne.
Rad. int. : Modern.
MODIFICATION, D. Modification,
Abänderung ; E. Modification ; 1. Mo-
dificazione.
A. (Sens étymologique.) Relation du
mode (au sens C) à la substance qu’il
détermine ; par extension, le mode lui-
même psychologiques sont dits « mo-
difier » l’âme, ou sont appelés des
« modifications » (c’est-à-dire des ma-
nières d’être accidentelles), du moi
considéré comme sujet permanent.
B. Changement qui n’altère pas l’es-
sence de ce qui change. D’où, dans le
langage courant, changement léger,
changement de détail.
C. Biozocie et PsycuoLocie. Chan-
gement individuel et acquis (opposé à
la variation d’origine congénitale).
Adopté en ce sens technique par
Bazpwinet LLoyp MorGax (Baldwin's
Diction., sub vo).
CRITIQUE
Cette spécialisation du mot n’est pas
usuelle en français, et ne paraît pas
souhaitable : elle nous priverait d’un
terme qu'aucun autre ne peut rem-
placer dans son sens général. L’expres-
sion variation acquise est claire et suf-
fisante.
Module, V. Mode*.
640 | ; 641
MOI
mm
MŒURS, D. Sutte, Sitten ; E. A. Be-
haviour, manners, habits, customs, cha-
racter (il n’existe pas de terme aussi
général que mœurs : morals, qui n’est
pas nécessairement laudatif, ne se dit
que de la conduite et des principes mo-
raux, bons ou mauvais) ; B. Good morals;
Ï. A. Costumi ; B. Buoni Costumi.
A. Conduite ordinaire, habitudes
(sans idée de bien ni de mal); usages
d'un pays, d’une classe d'hommes ;
ensemble des actions qu’on observe en
fait chez une espèce animale.
B. (Probablement par abréviation de
bonnes mœurs.) Conduite jugée digne
d'approbation ; « morale » au sens A.
(Comparer D. Sittenlehre.) « Dans l’ac-
ception la plus large du mot les mœurs
comprennent quasi tout ce qui est du
ressort de l’ethnologie; mais nous
n’entendons ici par mœurs que ce qui
-est, dans l’ordre des faits coutumiers
et instinctifs, le corrélatif de la morale
dans l’ordre des idées. » CourNoT,
Traité de l’enchainement des idées fon-
damentales, $ 418. — En particulier,
“ensemble des règles de conduite sexuel-
le : « Un homme sans mœurs. » —
« Quiconque aura attenté aux mœurs
en excitant, favorisant ou facilitant
habituellement la débauche, etc. » Code
pénal, art. 334.
C. Par suite, « morale » au sens B :
ensemble des jugements sur la conduite
admis dans un milieu, à une époque.
C'est en ce sens que L. LéÉvy-BRuHL
oppose à la Morale (au sens A) la
Science des mœurs, c’est-à-dire la
science des croyances morales admises
en fait, et historiquement déterminables.
Rad. int. : À. Mor(i), plur. ; B. Bon-
mori.
MOI, L. Ego (souvent employé sous
cette forme par les philosophes anglais
ou allemands pour désigner ce que nous
appelons Le Moi) ; D. Ich, Selbst ; E. I,
Self ; [. Io, Me. — Voir Je*.
19 Au sens psychologique et moral :
A. Conscience de l’individualité em-
pirique. « Son moi (le moi de la statue)
est tout à la fois la conscience de ce
qu’elle est et le souvenir de ce qu’elle
a été. Son moi n’est que la collection
des sensations qu’elle éprouve et de
celles que la mémoire lui rappelle. »
ConpiLLac, Traité des Sensations, I,
6. (Voir la note de l’auteur à la fin du
chapitre, indiquant sous quelles réser-
ves il entend les formules ci-dessus.)
B. La conscience individuelle, en
tant qu’elle est attentive à ses intérêts
et partiale en sa faveur (ce qui se
manifeste au dehors par l’emploi fré-
Sur Mœurs. — Le sens C ne me paraît pas correct. Mœurs implique toujours
:qu’il s’agit de conduite, d’actions, non de jugements ou d’idées. Il y a une grande
différence entre l’Histoire des mœurs, telles qu’elles ont été effectivement, et
‘Histoire des croyances morales. (R. Berthelot.)
Voici le reste du texte de Cournor dont les premières lignes ont pu seules être
“citées ci-dessus dans le corps de l’article. Il nous a semblé qu’il serait utile à
Préciser ce qu’il veut dire : « … Ainsi, qu’un peuple soit ou non dans l'usage de
‘louer des pleureuses pour un enterrement ou de faire des banquets funéraires,
qu’il brûle ses morts ou qu'il les enterre, ce sera, à notre point de vue, une affaire
de coutume et non de mœurs ; et en effet, si ces coutumes peuvent se lier à certaines
: Idées religieuses ou y conduire, on ne voit pas comment elles se lieraient aux idées
‘qui sont proprement du ressort de la morale ou y conduiraient. Au contraire
‘les honneurs accordés à la vieillesse, le respect de l'hospitalité, la solidarité des
‘membres de la famille pour la vengeance des torts ou des affronts, sont des traits
de mœurs, en rapport évident avec certaines idées morales, et qu’une culture
: morale plus avancée épurera, renforcera ou effacera. » N’y a-t-il pas déjà dans
ce texte une tendance au glissement du sens B au sens C ? Le titre du chapitre
| (ch. vut) est : « Des mœurs et des idées morales proprement dites. »
MOI
ZE
649
TS D ee ee
quent des mots je où moi) ; par suite,
tendance à tout rapporter à soi. « Le
moi a deux qualités : il est injuste en
soi, en ce qu’il se fait centre de tout ;
il est incommode aux autres, en ce
qu’il les veut asservir : car chaque moi
est l'ennemi et voudrait être le tyran
de tous les autres. » PascaL, Pensées,
Ed. Brunschv., n° 455. « Feu M. Pas-
cal. avait accoutumé de dire sur ce
sujet que la piété chrétienne anéantit
le moi humain, et que la civilité hu-
maine le cache et le supprime. » Lo-
gique de Port-Royar, 3° partie,
ch. xx, $ 6.
20 Au sens ontologique :
C. Réalité permanente et invariable,
considérée comme substratum fixe des
accidents simultanés et successifs qui
constituent le moi empirique. « Pour
quelques qualités qu’on m'aime, c’est
toujours moi qu'on aime : car les qua-
lités ne sont que moi inodifit diffé-
remment. » CONDILLAC, Traité des sen-
satrons, I, note au chapitre 6. (Cf.
Extrait raisonné, $ 1 : « C’est l'âme
seule qui sent à l’occasion des organes,
et c’est des sensations qui la modifient
qu'elle tire toutes ses connaissances et
moi était multiple, l'unité (logique) du
moi ne serait qu’une apparence. » P. J,.
NET, Traité de philos., 4e éd., $ 671.
30 Au sens logique et critique :
D. Sujet pensant, en tant que son
unité et son identité sont les conditions
nécessaires, impliquées par la synthèse
du divers donné dans l'intuition et par
la liaison des représentations dans
une conscience.
« Das ch denke muss alle meine
Vorstellungen begleiten kônnen.…. Ich
nenne sie (diese Vorstellung) die reine
Apperception, um sie von der empiris-
chen zu unterscheiden, oder auch die
ursprüngliche Apperception, weil sie
dasjenige Selbstbewusstsein ist, was,
indem es die Vorstellung ch denke
hervorbringt, die alle anderen inuss
begleiten kônnen, und in allem Be-
wusstsein ein und dasselbe ist, von
keiner weiter begleitet werden kann!»
1. « Le Je pense doit nécessairement pouvoir accom-
pagner toutes mes représentations... Je nomme cette
représentation (celle du Je pense) aperception pure,
pour la distinguer de l'empirique, ou aperception origi-
pelle, parce qu'elle consiste dans cette conscience de soi
qui, produisant la représentation Je pense (représen-
tation qui doit nécessairement pouvoir accompagner
toutes les autres, et qui est une et identique en toute
ï : conscience) ne peut plus être elle-même accompagnée
ses facultés. ») — « Si la substance du ! d'aucune autre. »
Sur Moi. — Article remanié ou coinplété d’après les observations de
MM. J. Lachelier, M. Drouin, G. Mauchaussat.
Sur le sens C. — Ce sens me semble une extension abusive et à proprement
parler une fiction verbale sophistiquement substituée à tout sens réel. Car il n’y
a pas UN moi qui ne soit d’abord et inévitablement TEL moi : ce mot ne comporte
pas d'usage abstrait, puisqu'il désigne par nature ce qui ne peut être saisi et
même conçu que comme concret. (M. Blondel.)
Sur le Moi de Ficute. — Pour Fichte, la pensée conditionne la conscience de
toute réalité. L’affirmation d’une existence, quelle qu’elle soit est « celle d’un objet
de la pensée ; et cette pensée est la mienne. Aussi Fichte se réfère-t-il au Zch denke!
kantien, conditionnant l’unité de l’aperception, et par suite toute conscience. Le
Ich denke qui doit accompagner chacune de mes représentations signifie : Ich bin
das Denkende? (Sämmtl. W., 1, p. 475.) Kant a également aperçu que ce sujet,
dont toute représentation implique l’affirmation, ne peut se réduire à la conscience
de notre individualité, car celle-ci suppose une limitation que ne contient pas la
pensée dans sa capacité originaire de position et de détermination. Le sujet pur
n'est donc pas connu par la conscience sensible, il ne peut être donné qu’à lui-
même ( Selbst bewussiseins), dans cette conscience immédiate de sa propre activité
1 « Je pense. » — 2. « Je suis ce qui pense. s — 3, « Conscience de soi.
643
KanT, Hrüit. der reinen Vernunft, Dé-
duc. transcend., $ 16; B, 132. Dans la
première édition, cette représentation
du moi rigoureusement identique est
présentée seulement comme condition
de l’unité de la pensée dans le temps.
Ibid., 2e section, $ 3 : « Von der Syn-
thesis der Recognition im Begriffel. »
Le moi, en ce sens, est dit transcen-
dental.
E. Moi absolu, D. Absolutes Ich
(Ficure). Acte originaire de la pensée,
dont il exprime l’autonomie radicale-
Cet acte constitue le sujet lui-même,
en tant qu'il est antérieur à la distinc-
tion du inoi empirique et du non-moi,
et par suite en tant qu’il pose à la fois
le sujet et l’objet. (Voir Observations.)
CRITIQUE
La distinction de ces sens est faite
et les équivoques qui en résultent sont
relevées dans la Critique de la raison
pure, Dialectique transcendentale, li-
vre Il, ch. 1 : « Des paralogismes de la
raison pure. » — Voir également l’ar-
ticle de J. LacueLier, Psychologie et
Métaphysique, rec. à la suite du Fon-
derment de l’Induction, not. p. 115.
1.« Dela synthèse de récognition dans le concept. »
MOLAIRE
Un exemple caractéristique de rai-
sonnement fondé sur cette équivoque
est celui par lequel Schopenhauer sou-
tient que le moi ne peut s’anéantir.
Essayez, dit-il, de vous représenter le
temps où vous ne serez plus. Vous vous
figurez votre moi anéanti, et le monde
continuant son existence. Mais réflé-
chissez et vous verrez que c’est contra-
dictoire : car ou vous ne pensez rien,
ou vous êtes obligé de supposer votre
moi assistant aux événements de ce
monde. Il en est la condition et, par
conséquent, subsiste aussi longtemps
que lui. (Die Welt, Suppléin., ch. 41.)
Rad. int. : Ego (Mi, Boirac).
« MOLAIRE » (du L. Moles) ; néolo-
gisme ; E. Molar. — Qui concerne le
mouvement d'ensemble d’une masse
de dimensions sensibles, par opposition
à moléculaire. « Il doit y avoir, du
moins à un certain point de vue, équi-
valence ou même identité entre les
deux mouvements, moléculaire et mo-
laire, puisque l'énergie, en vertu du
principe bien connu, a dù se conser-
ver. » E. MEYERSsON, De l'explication
dans les sciences, I, 307.
Se dit par analogie, particulièrement
chez les behavioristes, d’une réaction
qui constitue l'intuition intellectuelle. (Ibid., 1, p. 463 et suiv.) Il est donc posé en
même temps que connu : alors que tout objet existe pour une pensée qui le pose,
le sujet originaire se pose lui-même et se définit : « Ce dont l'être (l'essence)
consiste simplement en ceci qu’il se pose soi-même comme étant. » (I, p. 97.)
Le sujet pur est absolu, parce que toute relation est fixée par lui: infini, en ce
sens que son pouvoir de détermination est inépuisable ; aussi se distingue-t-il du
Moi empirique limité par le non-moi ; antérieur à cette distinction, il est lui-même
l'identité du sujet et de l’objet (1, p. 98, note) : une philosophie qui cherche à
déduire au cours d’un même mouvement les formes et le contenu de la représen-
tation doit prendre pour point de départ l’unité primitive du sujet et de l’objet :
Car ultérieurement elle ne saurait relier ces deux termes si elle ne les avait au
début posés comme unis dans une même notion (1, p. 528). Or la conscience que
sujet pur prend de lui-même renferme seule cette identité, et c’est pourquoi la
Position du moi par lui-même doit constituer le premier principe de la dialectique.
(G. Mauchaussat.)
Ed. Claparède aurait souhaité l’adoption du terme Moiité, permettant de
traduire l'allemand Ichheit : « caractère de ce qui appartient au moi, de ce qui est
Mien ». El l’a employé dans son livre l'Association des Idées, p. 355 et dans l’article
écognition et Moïitié. (Arch. de Psychol., avril 1911.)
MOLAIRE
psychologique considérée comme for-
mant un tout et devant être étudiée
comme telle, par opposition à la re-
cherche de ses éléments, à l'analyse des
mécanismes de détails qui la consti-
tuent. Voir Tizquix, Le behaviorisme,
notamment 2° partie, ch. 11 : « Le
behaviorisme inolaire et téléologique de
Tolman. »
Rad. int. : Blokal.
MOLÉCULAIRE, D. Molekulur ; E.
Molecular ; 1. Molecolare.
A. Qui se rapporte aux molécules.
« La constitution moléculaire d’un
corps. »
B. Poids moléculuires : coefficients
caractéristiques des différents corps,
simples ou composés. Le poids molé-
culaire d’un corps est le nombre repré-
sentant, en grammes, le poids de ce
corps qui occupe, à l’état gazeux, le
même volume que ? grammes d’hydro-
gène. Ces poids sont donc, par suite,
proportionnels aux densités.
REMARQUE
Ce nom vient de l'hypothèse d’Avo-
GADRO et d'AMPÈRE (1813, 1814), qui
_5ar
Set
admettaient que des volumes égaux de
différents gaz contiennent le même
nombre de molécules. Mais la propriété
essentielle de ces poids moléculaires (à
savoir que les poids des différents corps
qui se combinent entre eux sont pro-
portionnels à ces nombres, ou à des
multiples simples de ces nombres) est
un fait d’expérience indépendant de
toute hypothèse de structure.
MOLÉCULE, D. Moleküle (Mac);
E. Molecule ; I. Molecola.
La plus petite masse matérielle iso.
lable (accessible ou non) à laquelle on
conçoit qu'on puisse parvenir dans Ja
division d’un corps homogène, simple ou
composé, sans en altérer la nature chi-
mique. Cf. Atome*, ltomique* (Théo-
rie ).
Ces particules hypothétiques, dont
l'existence est suggérée par le fait que
les corps se combinent en proportions
simples et définies, constitueraient par
leur agrégation les corps matériels visi-
bles et seraient elles-mêmes formées
d’atomes (c’est-à-dire des plus petites
quantités de matière qui puissent en-
trer en combinaison chimique). Pour
Sur Moiécule, moléculaire. — Article complété d’après les observations de
MM. R. Berthelot, M. Drouin.
Molécule a été distingué nettement d’atome pour la première fois par GASSENDI:
« Hinc ex atomis conformari primum moleculas quasdam inter se diversas, quae
7 645
un petit nombre de corps (Hg, .::n, Cd),
la plus petite quantité qui puisse exis-
ter à l’état libre est aussi la plus petite
quantité qui puisse être déplacée dans
une réaction chimique ; on considère
donc leur molécule comme forn'ée d’un
seul atome, et ils sont dits r1onoato-
miques ; le plus souvent la :econde
quantité est la moitié de la première
(corps diatomiques) ; pour quelques-uns
(Ph, As), elle en est le quart (corps
tétratomiques).
Rad. int. : Molekul.
Molyneux (Problème de). Voir Pro-
blème*.
MOMENT, D. Moment ; E. Moment ;
IL Momento.
A. Puissance de mouvoir, cause de
mouvement.
a. Physique : « Moment d’une force,
et plus généralement d’un vecteur, par
rapport à un point. » (Produit de l’in-
tensité de ce vecteur par la distance
du point à la direction de celui-ci. Ce
moment est un vecteur perpendiculaire
au plan défini par le vecteur et par le
point considérés, et de sens dextre par
rapport au premier vecteur.) — « Mo-
ment d'inertie d’un point matériel par
rapport à un point. » (Produit de sa
masse par le carré de sa distance au
point considéré.)
b. Mental : « moment psychologi-
MONADE
que » (D. Psychologischer Moment,
Moment des Willens) : idée ou senti-
ment susceptible de déterminer à l’ac-
tion. Cette expression est presque tou-
jours employée dans un sens différent
de son sens étymologique, par suite
d’une confusion avec le sens B.
B. Courte durée, instant.
C. Chacune des phases qu'on peut
assigner dans un développement quel-
conque (transformation matérielle, pro-
cessus psychique ou social, dialec-
tique).
Ce terme est fréquemment employé
par HEGEL en ce dernier sens, mais il
s’y joint chez lui l’essentiel du sens A :
le « moment dialectique » est la force
qui nous renvoie de l’idée à son con-
traire, et par suite seulement, l’étape
du progrès qu’elle entraîne, tant dans
la pensée que dans la réalité.
Rad. int. : A. Moment (Boirac);
B. Instant.
MONADE (du G. upovæc, unité), D.
Monade ; E. Monade ; I. Monade.
Terme très ancien, d’origine pytha-
goricienne, appliqué par PLATON aux
Idées (Philèbe, V ; 15 B), employé en
divers sens par les auteurs chrétiens,
ayant servi, chez Giordano BRUNo,
Van HELzmonr le jeune, Henry MoRE
à désigner les éléments physiques ou
psychiques simples dont l’univers est
fait. (Voir EisLer, sub vo.) Il a été
sint semina rerum diversarum ». Animadversiones in X libr. Diog. Laertii, 1, 195.
(R. Eucken.) — Cf. Geschichte der philos. Termin., p. 86.
Cette distinction a été fixée dans la chimie par Avogadro (1813) et Ampère
(1814) ; mais Avogadro donnait le nom de molécule intégrante à ce que les chimistes
appellent aujourd’hui molécule, et le nom de molécule élémentaire à ce qu’on
nomme maintenant atome. Dans un article anonyme de la Bibliothèque universelle,
XLIX (1832, tome I) auquel il renvoie lui-même dans un autre article des Annales
de chimie et de physique (LVIII, année 1835, p. 433) Ampère a fixé comme il suit
le sens des mots particule : la plus petite partie d’un corps conservant les mêmes
propriétés physiques que celui-ci (solide si ce corps est solide, liquide s’il est
liquide, etc.) ; molécule : un assemblage d’atomes tenus à distance par les forces
attractives et répulsives propres aux atomes : atome : chacun des points matériels,
indivisibles, d’où émanent ces forces. — GERHARDT, reprenant les principes de
la théorie d’Avogadro-Ampère, a adopté dans son Traité de chimie organique le
mot molécule. qui depuis lors a été universellement employé en ce sens par leS
chimistes, Dans ses premiers écrits, il se servait en ce sens du mot équivalent.
(WünTz, Histoire des doctrines chimiques, p. 134.) (René Berthelot. — A. L.)
Sur Moment. — La confusion entre les deux sens de ce mot vient du contre-
sens que les Parisiens ont fait, pendant l'hiver de 1820-1871, sur l’expression
attribuée à M. de Bismarck : moment psychologique du bombardement (c’est-à-dire
le bombardement en tant que devant agir sur le moral des assiégés, amener la
capitulation). (J. Lachelier.)
Quand Taine mentionne le moment, après la race et le milieu, il traite le
moment comme une cause. C’est une synthèse, ou un mélange des sens A et C.
Le moment, c’est bien une phase, mais en tant qu’elle détermine la suivante,
ou plutôt encore, c’est l’ensemble du développement accompli, en tant qu’il
détermine le développement futur. Voir Philosophie de l'Art, vol. I. (M. Drouin.)
Sur Monade. — Chez les Platoniciens du xt siècle (Thierry de Chartres,
Dominicus Gondisalvi, Alanus de Insulis), Monas désigne Dieu en tant qu'il
est l’être absolument simple. Voir BAUMGARTNER, Alanus de Insulis, p. 120.
(R. Eucken.)
D
MONADE
rendu célèbre par LeiBiz, qui définit
la monade « une substance simple,
c’est-à-dire sans parties, qui entre dans
les composés ». Monadologie, 1. « Ces
monades sont les véritables Atomes de
la Nature, et en un mot les éléments
des choses. » 1bid., 3. Elles sont impé-
nétrables à toute action extérieure,
différentes chacune l’une de l’autre,
soumises à un changement continuel
qui vient de leur propre fonds, et
toutes douées d’Appétition et de Per-
ception, sans préjudice des facultés
plus relevées que possèdent quelques-
unes d’entre elles. (Zbid., 4-29.)
Ce terme a été repris par plusieurs
écrivains postérieurs, spécialement par
Rexouvier, qui part d’une définition
de la monade identique à celle de Leib-
niz (La Nouvelle Monadologie, 1899,
en collaboration avec L. PRAT.)
Rad. int. : Monad f Boirar:}.
MONADISME, !). Monudismus. Mo-
nadism ; 1 Monadismo.
Système qui admet que l'univers est
forinté de monades, d'unités individuel-
les bien définies, avant un principe
d'unité intérieur, d'ordre spirituel (par
opposition aux atomes mécaniques).
MONADOLOGIE, théorie des Mona-
des. Terme adopté par ERBMANN pour
servir de titre à l'œuvre de Leibniz au-
jourd’hui connue sous ce nom, et dont
il a publié, en 18:60, le texte original,
encore inédit à cette tpoque.
Ce terme a été employé dès la pre-
mière moitié du xvui® siècle pour dési-
646
RS
gner la doctrine leibnizienne des Mo-
nades*; KanT s’en sert en ce sens,
notamment dans la Critique de la Rai.
son pure, à la fin des remarques sur Ja
thèse de la Seconde Antinomie, qu’il
considère comme « le principe dialec-
tique de la Monadologie ». A. 442.
B. 470. I] avait lui-même écrit dans Ja
période pré-critique une thèse intitulée
De Monadologia physica (1756).
MONDE, G. xéouoc, L. Mundus,
Orbis {au sens B et au figuré); D.
Welt; E World; 1. Mondo. — Cf.
Cosmos*.
A. Primitivement, le svstème bien
ordonné que forment la Terre et les
astres. Par suite, les autres systèmes
analogues qui peuvent exister en de-
hors de la sphère la plus extérieure de
ce système : « In variis mundis varia
ratione creatis... » LUcRÈCE, V, 528. —
Cf. II, 1024-1089 (en particulier pour
le sens laudatif de mundus).
B. La Terre (partie centrale et prin-
cipale du monde sublunaire) et les
grandes divisions géographiques de la
Terre : « Les cinq parties du monde ;
le monde connu des Anciens ; le Nou
veau-Monde. » — A ce sens se ratta-
chent probablement les expressions :
« Venir au monde, quitter ce monde »
pour naître et mourir. Voir OUbserva-
tions.
L'autre monde (par opposition à ce
monde, ce bas-monde) : lieu que les
âmes sont censées habiter après la
mort ; par suite, ensemble des esprits
autres que ceux des hommes actuelle-
; 647
© ment vivants (morts, anges, démons).
C. L'ensemble de tout ce qui existe,
PÜnivers : ScHoPENHAUER, Die Welt
als Wille und Vorstellung. — Plus spc-
cialement, chez Lrisxiz, l’un des sys-
tèmes complets de compossibles qui
pouvaient recevoir l'existence, et dont
un seul a été effectivement réalisé.
Théodicée, 22 partie, $ 414-416 ; 1re par-
tie, $ 8.
Ame du monde, voir Ame*.
D. Vaste ensemble de choses d’une
même sorte. « Le monde physique, le
monde moral. » — « Le monde des
Idées. »
Monde sensible, ensemble des choses
qui sont ou qui peuvent ètre objet de
perception, telles que l'individu se les
représente avant toute critique scienti-
fique ou philosophique.
Monde intelligible, ensemble des réa-
lités correspondant aux apparences
sensibles, et telles que la réflexion ra-
tionnelle conduit à se les representcer :
(xéouos vontés, très usuel à partir de
l’époque néoplatonicienne pour dési-
MONDE
gner le monde des essences, le monde
des Idées). « On connait les choses
corporelles par leurs idées, c’est-à-dire
en Dieu, puisqu'il nv a que Dieu qui
renferme le monde intelligible, où se
trouvent les Idées de toutes choses. »
MaceurancitE, /èech. de la vérité, li-
vre II, 2e partie, ch vu. Voir {ntel-
ligible*.
Monde extérieur. voir Extcrieur*, E.
E. La vie sociale des hommes, par
opposition : 1° à la vie religieuse : « I]
fallait autrefois sortir du monde pour
être reçu dans l'Église ; au lieu qu’on
entre aujourd'hui dans l'Église en
mème temps que dans le monde. »
Pascaz, Comparaison des chrétiens des
premiers tempsavecceux d'aujourd'hui,
Pensées, Ed. Brunschv. 201. Le monde,
en ce sens, est considéré comme le
domaine des désirs charnels. source de
dissipation et de péché. — 2° A Ja vie
solitaire, ou inème seulement. rurale.
« Vivre loin du monde. » Cf. les expres-
sions : « Beaucoup de monde, un grand
monde », et l'usage populaire du mot
Sur Monde. — Monde intelligible. I] y a bien chez Aristote des el5n vonré, mais
il n’y a point de xéouoc vonréc, parce que les elôn vonré sont immanents aux
Etôn «loËnta. Peut-être du reste le monde intelligible décrit par Platon dans le
Phèdre n'était-il qu’une forme mythique de sa véritable pensée. (J. Lachelier.)
Sur l’antithèse du « monde » et de la vie spirituelle. — Cette antithèse est d’origine
évangélique. Voir par exemple Mathieu, IV, 8, où le Tentateur offre à Jésus
<omnia regna mundi et gloriam eorum » ; — XVI, 26 : « Quid enim prodest homini
si mundum universum lucretur, animae vero suae detrimentum patiatur ? » —
XVIII, 7 : e Vae mundo a scandalis ». — Jean, 1, 10: « In mundo erat, et mundus
eum non cognovit »; — VII, 7 : « Mundus. me autem odit, quia ego testimonium
perhibeo de illo, quod opera ejus mala sunt » : — XII, 31 : « Nunc est judicium
mundi ; nunc princeps ejus mundi ejicietur foras » (cf. XIV, 30) ; — XV, 18-19 :
« Si mundus vos odit, scitote quia me priorem vobis odio habuit. Si de mundo
fuissetis, mundus quod suum erat diligeret ; quia vero de mundo non estis, sed ego
elegi vos de mundo, propterea odit vos mundus »; etc. (F. Mentré. — A. L.)
Les expressions venir au monde, quitter le monde, paraissent venir de la même
source : ÉpxeoBar els Tov xÉœuov, Aciretv tev xéouov, appliqués à Jésus-Christ, sont
caractéristiques de l'Évangile de saint Jean ; par exemple I, 9 {sur le sens de ce
passage, voir plus haut Lumière naturelle, observations); — III, 19; — XVI,
28; etc. (J. Lachelier.)
Pour RENouvier, « le monde est la synthèse des phénomènes objets d’une
expérience possible sous une conscience quelconque ; j'entends possible logique-
ment, nonobstant l'ignorance actuelle où peuvent se trouver les consciences
données, et indépendamment de leurs puissances réelles. C’est donc l’ensemble
de tous les rapports composant la représentation quelconque, tant objectifs que
subjectifs, et présents, passés ou même futurs. » RENoUvIER, Logique, 2e éd.,
t. III, p. 8 et suiv.
CourNoT opposait l’idée du monde, en tant qu'elle appartient, dans sa classifi-
Cation des sciences, à la « Série historique et cosmologique », à l’idée de la nature,
qui appartient à la « Série théorique » ; et il renvoie sur ce point au Cosmos de
Humboldt. Voir Essai, ch. xxn1, 8 509 ; et avec plus de détail, Traité, ch. n, $ 81.
Pour HôFFDING (La pensée humaine, $ 96) on doit opposer le monde, « qui ne
Peut désigner qu'un tout relaiif, éternellement inachevé », à l'Univers, idée vide
et fallacieuse d’un Tout absolu et achevé. « Aucune synthèse ne peut être absolue.
La pensée ne s'achève jamais que par une question. » Trad, fr., 229.
MONDE
RE
648
« le monde » pour désigner la foule, le
public, les relations. — 3° A la vie
professionnelle ; « le monde » est alors
l’ensemble des gens qui ont du loisir,
et qui se réunissent pour se distraire :
« Homme du monde; aller dans le
monde. »
F. Classe, société ou réunion d’hom-
mes. « Le monde savant, le monde des
affaires. »
Rad. int. : À. Kosm ; B. Ter ; C. Uni-
vers ; D. Mond (Boirac) ; E. Mondum.
MONISME, D. Monismus, Monis-
tische Weltanschauung ; E. Monism ;
I. Monismo.
Se dit de tout système philosophique
qui considère l’ensemble des choses
comme réductible à l’unité : soit au
point de vue de leur substance, soit au
point de vue des lois (ou logiques, ou
physiques), par lesquelles elles sont
régies, soit enfin au point de vue moral.
A. Au point de vue de la substance,
WoLrFF, qui a créé ce mot, l’appliquait
à la doctrine ontologique qui ramène
toutes choses soit à la matière, soit à
l'esprit. Les deux grandes divisions du
« dogmatisme » (qu’il oppose au scep-
ticisme) sont, pour lui, le « monisme »
et le « dualisme » ; le monisme se divise
lui-même en monisme « matérialiste »
et monisme « idéaliste » (voir ce mot) ;
ce dernier peut être encore soit « égoiïs-
te », soit « pluraliste ». (EUCKEN, Ge-
schichte der philosophischen Termino-
logie im Urmriss, p. 132.) Ce mot n’est
pas entré à cette époque dans l’usage
philosophique. Il n’est devenu usuel
que dans le sens suivant. (Jbid., 187.)
l'usage qu’on fait de ce terme pour
désigner la doctrine physique de W. Osr-
WALD, pour qui il n’y a qu’une seule
réalité subsistante, l'énergie, dont ma-
tière, gravitation, chaleur, électricité,
pensée, ne sont que des modes. {Die
Energie, 1908; Vorlesungen über Na-
turphilosophie, 1901.)
B. À un point de vue logique et
métaphysique :
19 Monisme se dit en ce sens de la
conception hégélienne de l’univers, et
de toutes celles qui présentent le même
caractère. GÔscHEL, Der Monismus des
reinen Gedankens, zur Apologie der
gegenwärtigen Philosophie, auf dem
Grabe ihres Stiftersi. Naumburg, 1832.
20 Il se dit aussi, mais moins cou-
ramment, de la philosophie de LorTz.
P.ex.: WaARTENBERG, Die monistische
Weltanschauung, mit besonderen Be-
ziehung auf Lotze?, Leipzig, 1900. —
F. C. S. Scuizcer, Lotze’s Monism,
Phil. Review, V, 1896, p. 225.
30 Il est très usuel pour désigner
l’idéalisme anglais d’origine hégélienne
notamment la doctrine de F. H. Brap-
LEY, en tant qu'il admet l’unité du mon-
de, l'existence del’absolu, l’intelligibilité
essentielle de l'être, le caractère pure-
ment apparent et superficiel de la mul-
tiplicité sensible, de l’individualité, et
de la durée. Il s’oppose en ce sens au
« pluralisme » qui met au fond des
choses la discontinuité, la multiplicité
individuelle, la réalité d’un devenir qui
altère les êtres, l’imprévisibilité du
futur. Voir W. JAMES, À pluralistic
universe, Lecture II : « Monistic Idea-
lism. »
7 649
MONISME
C. A un point de vue à la fois scien-
tifique, philosophique et moral :
Doctrine de HæckEL, résumée par
lui-même dans les points suivants, et
opposée sur chacun d’eux au « dua-
lisme » : « unité de l’univers, sans anti-
thèse entre l’esprit et la matière ; iden-
tité de Dieu et du monde, qui n’a pas
été créé, mais qui évolue d’après des
lois éternelles ; négation d’une force
vitale indépendante des forces physi-
ques et chimiques ; mortalité de l’âme ;
rejet de l'opposition établie par le
christianisme entre les fins de la chair
et les fins de l’esprit ; excellence de la
nature; rationalisme ; religion de la
science, du bien et de la beauté ». Die
Welträthsell, chap. xvitt et x1x. Mo-
nisme, en ce sens, ne désigne pas seu-
lement une doctrine, mais un parti
social. Voir Critique.
D. Un sens beaucoup plus large, car
il ne désigne qu’une tendance, et non
pas un système arrêté, se trouve dans
les ouvrages de Paul Carus, et dans
la revue The Monist, fondée en 1900
par HEGELER et par lui pour soutenir
la doctrine d’après laquelle : 10 il y a
sur tout sujet une seule vérité, virtuel-
lement déterminée à l'avance, intem-
1. Les Enigmes du monde.
porelle, indépendante de tout désir et
de toute action individuelle ; 2° toutes
les vérités, quels qu’en soient le do-
maine et l’origine, sont d'accord entre
elles ; 3° la connaissance scientifique
et la foi religieuse peuvent être conci-
liées intégralement sans rien perdre de
leur contenu essentiel.
La Revue The Monist accueille d’ail-
leurs toutes les sortes de doctrines
« monistiques », en quelque sens qu’el-
les puissent se dire telles. Voir HZÆ-
CKEL, Our monism (1892); Llovd
MorGAN Three aspects of monism
(1894) ; Woons Hurcuixsow, The. Ho-
liness of instinct! (1896) ; etc.
E. Se dit encore, en un sens restreint,
de toute doctrine affirmant. pour un
domaine limité d'idées ou de faits une
certaine unité d'explication (réduction
à un seul principe, à une seule cause,
à une seule tendance ou direction)
« Monisme esthétique ; monisme mo-
ral. » Dansles pays de langue anglaise, ce
mot est souvent appliqué à la théorie
dite du parallélisme psycho-phyrsique.
CRITIQUE
On voit que, mème en laissant de
côté les applications secondaires, ce
1. La sainteté de l'instinct.
l'y rattacher. On pourrait dire que c’est unité de la philosophie au lieu de philosophie
de l’unué, (J. Lachelier.)
Le sens D peut se rattacher au sens B, en tant que celui-ci s’applique à la
Philosophie de Hegel. Il y a d’ailleurs de l’un à l’autre des liens historiques.
(F. Mentré.)
M. Carus considère lui-même sa philosophie comme une doctrine de l’unité :
Voir du même auteur : Die geistige |
A 1. Le monisme de la pensée pure, apologie de la philo-
Strümungen der Gegenwan section C
sophie actuelle, sur le tombeau de son fondateur (Hegel).
ch. 1.
2. —2. La conception monislique du monde, particul
On peut rattacher à ce sens originel | che Lake | Fe
Sur Monisme. — Le sens E a été ajouté sur les observations de M. Drouin.
Le sens de Haeckel n’est qu’une spécification du précédent. Le Monisme, au
sens C, est toujours une philosophie de l'unité ; mais une philosophie matérialiste-
Monisme, en somme, est devenu une expression atténuée, une sorte d’euphémisme
pour matérialisme. Ce mot n’a pas un sens franc. — Le sens D, au contraire,
celui de M. P. Carus, est très différent de B et de C : on ne sait même comment
€In contrast to our monism as a unitary conception of the world, there are other
monisms, which seek the unity of the world not in the unity of truth, but in
the oneness of a logical subsumption of ideas!. » (C'est-à-dire dans le fait de
trouver un concept, comme celui de matière ou d’énergie, d'extension assez
large pour que toutes les réalités en soient des espèces.) Il propose d’appeler
cette doctrine Hénisme et non pas Monisme. (Professor Ostwald’s Philosophy,
The Monist, octobre 1907, p. 528.) (A. L.)
Critique. — Le terme monisme, quelques inconvénients qu'il puisse offrir,
$emble utile pour désigner toute doctrine qui pose que la dualité, que la pluralité
L. « Contrairement à notre monisme, comme conception unitaire du monde, il y a d'autres monismes qui cherchent
5 l'unité du monde, non dans l’unité de la vérité, mais dans l’unicité d'une subsomption logique des idées. »
D
MONISME
650
mot a reçu des sens très divergents.
Rien n’est plus éloigné du « monisme »
allemand que le « monisme » anglais ;
non seulement les formules, mais la
position des problèmes et plus encore
l'esprit général présentent une tout
autre orientation. Il y a mème une
opposition historique de fait entre le
monisme de Bradley et l’école évolu-
tionniite, à laquelle se rattache au
contraire directement le monisme de
Hæckel. L'un est essentiellement anti-
pluralisme, l’autre anti-duulisme.
De plus, le mot monisme, dans cette
dernière acception, ne désigne plus le
caractère abstrait d’une doctrine, mais
au contraire, in concreto, l’ensemble
intégral des thèses soutenues par un
parti philosophico-politique, et ce parti
lui-même. Le monisme s'oppose au
christianisme et spécialement au catho-
licisme, qu’il attaque avec ardeur sur
tous les terrains (v. Die Welräthsel.
ch. xvu). Il soutient le Xulturkampf,
et travaille à supprimer le caractère
confessionnel des écoles, fortement
défendu en Allemagne par le gouver-
nement. (/bid., ch. x1x.) Il se présente
enfin comme une religion, qui ré.
clame l'usage des Églises pour les
« libres communautés monistes » {Zbig
ch. xvu1 : « Unsere monistische Reli
giont ») ; et, de fait, l'enthousiasme de
ses adhérents a souvent les caractères
d’une foi religieuse.
On ne doit donc user qu'avec beau.
coup de réserve d’un terme dont Jes
sens sont à la fois si divers, et si SPé-
cialisés. Au sens C, naturalisme (dont
HæckEL se sert aussi) conviendrait
mieux pour désigner abstraitement Je
caractère philosophique de sa doctrine.
Rad. int. : Monism.
Monodrome, voir Uniforme* (Fonc-
tion).
« MONOGÉNÈSE », D. E. Monoge-
nesis ; L Monogenesi.
Unité d’origine. S’oppose à polygé-
nèse. — Ces termes, ainsi que les adjec-
tifs correspondants monogénétique, po-
1. « Notre religion moniste. »
dgénétique, sont utiles et répondent à
des problèmes importants dans l’his-
toire des espèces, du langage, des
sciences, des religions, des institutions,
Rad. int. : Monogenesi.
\
MONOÏDÉISME, D. Monoideismus ;
E. Monoideism ; I. Monoideismo.
A. Appliqué à l’attention (RiBoT) :
état de concentration et d’organisation
de l'esprit autour d’une idée dominante.
B. Appliqué à certains états d’hyp-
nose {BRaiD, JANET) : états où, par
suite d’un grand rétrécissement du
champ de la conscience, une seule idée,
de contenu très simple, occupe l'esprit
d’une façon exclusive et durable.
Rad. int. : Monoideism.
MONOTHÉISME
MONOMANIE (EsquiroL, Des mala-
dies mentales, 1839), D. Monomanie ;
E. Monomania ; I. Monomania.
Trouble mental, chronique et systé-
matique limité à un seul ordre d'idées,
avec conservation à peu près normale
des autres fonctions de l'esprit —
L'unité nosologique de la classe ainsi
constituée étant aujourd’hui très con-
testée, et d'autre part le mot manie
ayant pris un sens technique tout dif-
férent, ce terme tend à disparaître du
vocabulaire des aliénistes. Cf. Manie*.
Rad. int. : Monomani.
MONOTHÉISME, D. AMonotheismus ;
E. Monotheism ; 1. Monoteismo.
Doctrine philosophique ou religieuse
Sur Monothéisme. — L'épreuve de cet article était accompagnée des remarques
füt-elle infinie, comme elle doit l'être) suppose et requiert, pour raison d'existence
et raison d'intelligibilité, une unité immanente qui en fait le lien. Cette unité
peut ne pas être une « substance », ni une liaison « logique ». Au monisme substan-
tialiste, au monisme logique et dialectique, au monisme matérialiste, au monisme
spiritualiste nous voyons, par exemple, Guyau opposer un monisme vitaliste où
c'est la vie, en continuel devenir, en continuelle « expansion d'intensité et de
fécondité extensive », qui produit le changement universel, dont matière et esprit
ne sont que des « extraits », dont l'être même n’est qu’un « abstrait ». (Voir l’Irré-
ligion de l'avenir, IIIe partie) D’autres monistes pourront croire que la vie même,
que l” « expansion vitale » présuppose un principe d'unité plus radical et plus
explicatif, une « Volonté de conscience » en perpétuelle « exertion et assertion »,
où la puissance et l'intelligence, la force et l’idée sont ramenées à une indissoluble
unité dans le principe toujours dynamique et non statique de l’évolution univer-
selle, de la vie universelle. Ce sera alors un monisme indivisiblement volontariste
et idéaliste. Quoi qu’il en soit, un certain monisme est essentiel à toute philo-
sophie digne de ce nom, à toute philosophie non paresseuse.
Le terme de monisme me semble donc devoir être gardé ; celui de panthéisme,
celui de panenthéisme, etc., n’expriment que des variétés du genre, des modes
particuliers de représentation de l’un dans le plusieurs. (A. Fouillée.)
Voir A. FouiLiée, La Pensée et les nouvelles écoles anti-intellectualistes (1911)
et la discussion de cet ouvrage, en particulier au point de vue du monisme qui
représente, dans Le Volontarisme intellectualiste de M. Fouillée, Revue philo-
sophique, janvier 1912. (A. L.)
suivantes, et d’une note qui demandait spécialement l’avis des membres et corres-
pondants de la société sur les opinions qu’elle mentionnait : « MM. A. S. PRIXGLE-
Parrison et A. T. Oruonp (Paldwin's Dictionary, sub V0) mentionnent un second
sens, proprement philosophique, disent-ils, qui consiste dans la doctrine d’après
laquelle Dieu est un être indivisible et personnifie le principe unitaire de la réalité. »
« Ils admettent également que le monothéisme est un genre dont Théisme et
Panthéisme sont les espèces. 11 me semble que cet usage est aussi contraire à notre
tradition philosophique. Il est également exclu, au point de vue de la langue
dllemande, par E1iser, qui définit le monothéisme : « Glaube an einen einzigen,
« alles beherrschenden und lenkenden, persônlichen, lehendigen Gott: » (3e éd.,
P. 821). — (Ces dernières épithètes ne figuraient pas dans la 1re édition.) »
De nombreuses réponses, écrites ou verbales, nous sont parvenues, et ont
montré qu'il existait quelques divergences dans le sens que les philosophes attri-
buent à ce mot. Les seuls points d'accord à peu près général paraissent être :
49 Que monothéisme est avant tout un terme historique, opposé à polythéisme,
et qui désigne le caractère commun, du christianisme, du mahométisme, et du
füdaisme (à son complet développement) à savoir la croyance qu'il n’existe
qu'un seul Dieu, distinct du monde. — 2° Que, par suite, monothéisme ne saurait
être un genre dont théisme ou panthéisme seraient les espèces. (J. Lachelier,
L. Couturat, L. Brunschvicg, Ed. Le Roy, R. Berthelot, F. Mentré, E. Blum,
€. Ranzoli, etc.)
Le monothéisme, me semble-t-il, suppose toujours une divinité extérieure au
MOnde, «ein Gott, der von aussen stosst? ». (Gœrxe.) C’est une conception foncié-
*ement dualiste. Le panthéisme, au contraire, pourrait être envisagé comme un
Monisme spiritualiste. (0. Karmin.)
Philologiquement, théisme devrait être le genre, monothéisme, panthéisme,
Polythéisme, etc., les espèces. (L. Couturat. — L. Boisse.) Mais l’histoire des mots
vy oppose : voir dans KANT, Critique de la Raison pure (A. 631, B. 659) la définition
a
1. « Crovance à un Dieu unique, gouvernant et dirigeant tout, personuel et vivant. » — 2. « L'n Dieu qui lui
ne du dehors une impulsion. »
MONOTHÉISME
qui n’admet qu’un seul Dieu, distinct
du monde. — Cf. Athéisme*, Déisme*,
Dieu*, Polythéisme*, Panthéisme*.
REMARQUE
Il convient de distinguer du mono-
théisme, pour qui il n'existe qu’un seul
SR
652
tres. Max Muzer a désigné cette atti.
tude sous le nom d’Hénothéisme (dans
son article Semitic Monotheism, 1860).
Il considère cette forme de religion
comme un état antérieur au mono.
théisme et au polythéisme proprement
dits. — On a proposé aussi, en ce sens
le mot monolatrie. (A. Lois.) |
Dieu, les religions qui n’admettent le
culte que d’une seule Divinité, mais
sans nier pour cela qu’il en existe d’au-
Pour la critique, voir aux Observa.
tions.
Rad. int. : Monoteism.
qu’il donne du T'héisme, croyance à un Dieu intelligent et personnel, par opposition
au Déisme. (A. L.)
Théisme et panthéisme diffèrent si profondément qu’il ne me paraît guère
possible d’en faire deux espèces d’un même genre : il suffit de les opposer l’un et
l’autre à athéisme, ou matérialisme. (J. Lacheller.)
Le sens défini par E1sLer est un peu trop étroit ; le Dieu d’Aristote ne
« gouverne » ni ne « dirige » le monde. Cette doctrine est pourtant monothéiste,
(R. Berthelot.)
Eiscer me paraît restreindre arbitrairement le sens du mot. Spinoza n'est-il
pas monothéiste aussi bien que Descartes ? Dire qu’il n’y a qu'un Dieu, ce n’est
pas décider s’il est immanent ou transcendant. Le « second sens » distingué dans
le Dict. de BaALzDwin me paraît être le sens usuel du mot. (E. Goblot.)
Étant donné l’usage et la signification du mot môvoc (unique, seul, et non pas
indivisible) je ne puis admettre le second sens indiqué dans le Dictionnaire de
Bazowin. (M. Bernès.)
Je ne connais pas d'exemple précis du second sens indiqué par MM. Pringle-
Pattison et Ormond. Mais on est conduit assez logiquement de la signification
numérique et quantitative du mot à sa signification qualitative. Savoir qu’il n'y
a qu’un Dieu nous renseigne déjà en quelque façon sur ses attributs.
Il n’y a aucune difficulté à distinguer le monothéisme du polythéisme ; il y en
a davantage à le distinguer du panthéisme. On peut cependant, je crois, confor-
mément à l'esprit si profond du spinozisme, dire que pour le panthéisme (qui
n’est pas une doctrine de la radicale identité), le monde ne serait pas sans Dieu,
mais Dieu ne serait pas sans le monde. Le monothéisme, au contraire, admet que
le monde certes ne pourrait exister sans Dieu, mais il admet aussi que Dieu pourrai
subsister sans le monde. Il exclut la dépendance bilatérale, qui est le caractère essentiel
du panthéisme. (L. Boisse.)
Le terme hénothéisme, proposé par Max Müller, répond à un besoin réel de la
pensée. Il est fâcheux qu'on ne lui ait pas fait meilleur accueil en France. Voyez
par exemple, quelle confusion le défaut de cette distinction verbale jette sur tout
le tome 1 de l'Histoire d'Israël, où Renan s'efforce d'expliquer la phase primitive
(polythéisme élohiste), la phase cléricale (hénothéisme jahvéiste), la phase évoluée
(monothéisme pur) de la religion juive. — Celle-ci est arrivée presque du premier
coup à la conception d’un Dieu unique, esprit presque ineffable, bien distinct
des Dieux du spiritualisme et du matérialisme aryen (Zeus, Jupiter). Mais ce Dieu
est encore un Dieu local ; Dieu un, mais notre Dieu. (Voir Renan, Jbid., 1, 173
et 191-198.) Ce n’est pas à dire que la cité antique, avec son Dieu protecteur
soit aussi hénothéiste (Olympe, Delphes, Athènes). Ces dieux-là, œuvre de l’ima
gination artiste et mesurée des Grecs n’ont rien de commun avec la conceptio"
| 653
1. MORAL, adj. L. Moralis (créé par
CICÉRON, d’après son propre témoi-
gnage, pour traduire le G. #Buxôc : De
Fato, I). D. À. B. C. Sitlich ; A. B. D.
Ethisch, Moralisch ; E. Geistes.. ; —
E. Moral dans tous les sens ; B. Z:thi-
çal ; E. Mental ; — I. Morale dans tous
les sens.
A. Qui concerne soit les mœurs, soit
les règles de conduite admises à une
époque, dans une socicté déterminée.
« Un fait moral est normal pour un
type social déterminé quand on l’ob-
serve dans la moyenne des sociétés de
cette espèce. » Dunkurim, Division du
travail social, Introd., p. 34. On appelle
«réalité morale », en ce sens, l’ensemble
des mœurs et des jugements sur les
mœurs qui peuvent être objet d’obser-
vation et de constatation. Voir Lévry-
BrUHL, La morale et la science des
mœurs, not. p. 24 et suiv.
À ce sens, mais aussi aux sens Det E
se rattache l’expression « sens moral »
(E. Moral Sense, SHarresbury, Hur-
cHESON). Voir Sens*.
B. Qui concerne l'étude philosophi-
que du bien et du mal. « Toutes le<
MORAL
théories morales même les plus scep-
tiques. constatent... que l'individu ne
peut pas vivre uniquement pour lui-
même. » Guyau, Morale sans oblig.,
p. 31.
C. (Opposé à immoral.) Louable,
conforme à la morale au sens A. « Il
serait absurde de ne tenir pour morales
que les actions indifférentes ou dou-
loureuses à la sensibilité. » Raun,
L'Expérience morale, ch. 1, p. 27.
D. (Opposé à logique, ou à intellec-
tuel, quelquefois à métaphysique.) Qui
concerne l’action et le sentiment.
« Encore qu’on ait une assurance
morale de ces choses qui est telle qu’il
semble qu’à moins que d’être extrava-
gant on n’en peut douter; toutefois
aussi, à moins que d’être déraisonnable,
lorsqu'il est question d’une certitude
métaphysique, on ne peut nier que ce
ne soit assez de sujet pour n'en être
pas entièrement assuré, etc. » DeEs-
CARTES, Discours de la méthode, IV, 7.
— Cf. Ceruitude* moral, MNécessité*
morale.
E. (Opposé à matériel, physique. Re-
latif à l'esprit, et non au corps ou
extraordinaire et unique de Jahvé, conception que le génie gréco-latin n'a jamais
pu s’assimiler. (E. Blum.)
M. Ranzoli cite le dictionnaire de KincaNer et MicuaELis pour qui le pan-
théisme, le théisme, le déisme seraient des espèces du monothéisme, et de même
lhénothéisme, en tant que forme primitive de celui-ci. — Le mot monothéisme,
ajoute M. Ranzoli, n'implique ni n'exclut par lui-même l’idée de personnalité. A cet
égard, rien n’empêche d’y faire rentrer le panthéisme ou le déisme ; mais d’autre
Part, il implique l’idée d’unité : or, la forme la plus haute et la plus réelle de
Punité dont nous ayons l’expérience est la personnalité : et pour cette raison dès
qu'on parle de monothéisme on pense toujours, et avec raison, à un seul Dieu
personnel.
(On remarquera dans cette observation le passage, déjà discuté plus haut, de
l'idée de Dieu unique à l’idée de Dieu un.)
Sur Moral, adj. — L'ordre des sens, tel qu’il est établi ci-dessus, a été proposé
Par J. Lachelier et Couturat.
Le passage des sens précédents au sens E s'explique probablement par ce fait
Que la vie consciente de l’homme a d’abord été considérée presque uniquement
sous son aspect proprement moral, aux sens À et B : p.ex. chez Platon, Aristote,
Sénèque, etc., et même dans le sens commun. D'où la distinction de l’homme
matériel où physique et de l’homme moral, puis du « physique » et du « moral»
: ®t enfin l'emploi du « moral » pour désigner tout ce qui, dans l’homme, n’est
LALANDE, — VOCAB. PAIL. 23
SE
MORAL
654
autres objets matériels. « Les sciences
morales. » « La statistique morale. »
« Personne morale », voir Personne*.
À ce sens se rattachent les expres-
sions fortune physique, fortune morale,
employées par EuLer et LAPLACE pour
opposer le sentiment interne d’un ac-
croissement de richesse à la valeur
numérique de cet accroissement. Voir
LaPLACE, Théorie analytique des pro-
babilités (1812), livre IT, chap. x. —
Cf. ci-dessous, A/oral, subst. maxc.
CRITIQUE
Ce terme et les suivants présentent
au plus haut point la confusion du
« constatif » et de l’appréciatif, du
jugement de fait et du jugement de
valeur. Tout argument, toute formule
où ils jouent un rôle important, doit
être par cela seul soumise à une cri-
tique attentive.
Rad. int. : À. Moral; B. Etik ; C. Ron:
D. Praktikal ; E. Mental.
2. MORAL, subst. masc. Sans équiva.
lents précis au sens À. — B : D. Mur.
E. Spirits, Mood. |
A. L'ensemble des phénomènes de
la vie mentale, par opposition à la vie
du corps. Caganis, Rapports du phy.
sique et du moral de l'homme, 1802.
B. État affectif, niveau mental. (Ce
sens est surtout familier : « Le moral]
est bon ; remonter le moral »; mais il
représente une idée psychologique im-
portante, dont l’étude scientifique est
récente.)
3. MORALE, suhst. fém. D. À, B.
Sitte, Sitten. Sütlichkeit; © Sitten-
lehre, Ethik ; Moral dans tous les sens ;
— E. A. B. Morality ; C. Ethics, plus
rarement Moral; — I. Morale dans
tous les sens ; C. Etica.
A. (Une morale.) Ensemble des
règles de conduite admise à une 6po-
que ou par un groupe d'hommes.
« Une morale sévère. — Une mauvaise
= 655
morale. — Une morale relâchée. »
« Chaque peuple a sa morale, qui est
déterminée par les conditions dans
lesquelles il vit. On ne peut donc lui
en inculquer une autre, si élevée qu’elle
soit, sans le désorganiser. » DURKHEIM,
Division du travail social, Il, ch. 1,
p- 262.
B. (La Morale.) Ensemble des règles
de conduite tenues pour incondition-
nellement valables. « Expliquer (le
mal). serait absoudre, et la méta-
physique ne doit pas expliquer ce que
condamne la morale. » J. LACHELIER,
Psychologie et métaphysique, dans Le
Fondement de l’Induction, 3° éd., p. 171.
C. Théorie raisonnée du bien et du
mal, Éthique*. Le mot, en ce sens,
implique toujours que la théorie dont
il s’agit vise à des conséquences nor-
matives. Il ne se dirait pas d’une
science objective et descriptive des
mœurs, ou même des jugements mo-
raux (au sens A). « Je me formai une
morale par provision, qui ne consistait
MORALISME
qu’en trois ou quatre maximes, etc. »
DescarTEs, Disc. de la méthode, III, 1.
D. Conduite conforme à la mo-
rale, par exemple lorsqu'on parle des
« progrès de la morale », en entendant
par là, non un progrès des idées mo-
rales, mais la réalisation d’une vie plus
humaine, d’une justice plus grande
dans les relations sociales, etc. Voir
Lévy-BruuL, La Morale et la science
des maurs, ch. IV, &$ 2.
Rad. int. : À. B. Moral; C. Etik., D.
Morales.
MORALISME, D. Moralismus.
À. FicuTe appelle sa doctrine Reiner
Moralismus!, en tant qu’elle fait d’une
loi de l’action, et non de l'être, le prin-
cipe suprême de la philosophie. (Dar-
stellung der Wissenschaftslehre?, 1801,
8 26. — Sämmt. W. Il, p. 64.)
B. OLLÉ-LAPRUNE, sans connaitre
1. « Moralisme pur. » — 2. Erposé de la Doctrine de
la Science.
pas de nature à tomber sous les sens. La « personne morale » est d’abord la personne
susceptible d'agir bien ou mal; mais par extension elle comprend toute la vie
intellectuelle, affective, etc., qui dépasse l’individualité matérielle et biologique.
Cf., inversement, le double sens du mot conscience, en français.
Les textes suivants sont intéressants pour montrer le caractère usuel du sens D
au xvue siècle : « Il faut distinguer deux sortes d’universalité, l’une qu'on peut
appeler métaphysique et l’autre morale... J’appelle universalité morale celle qui
reçoit quelque exception, parce que dans les choses morales on se contente que
les choses soient telles ordinairement. » (Par ex., que toutes les femmes aiment à
parler, que tous les jeunes gens sont inconstants, etc.) « Ces propositions, qu’on
doit regarder comme moralement universelles. » Logique de PorT-Royaz, Il,
ch. xui. (A. L.)
Sur Morale, subst. fém. — Quelques correspondants ont exprimé des doutes
sur la question de savoir si ces trois sens ne devaient pas être considérés au fond
comme trois aspects d’une seule et même idée fondamentale : ensemble de règles
de conduite. — Qu'il y ait entre ces trois acceptions une part importante d’élé-
ments communs, ce n’est pas douteux. La distinction qui existe entre elles n’est
certamement pas aussi tranchée que celle qui sépare moral au sens de mental, et
moral opposé à immoral. Mais il y a pourtant entre elles des différences profondes :
on peut le sentir aux équivoques qu’engendrent souvent ces mots dans la discus-
sion. Entre A et B, la différence est surtout dans l'attitude que le mot implique
chez celui qui parle : l’acception B postule implicitement qu’il existe une morale
parfaite dont les morales au sens À ne sont que des approximations ou des
déchéances ; l’acception A n'implique rien de semblable, et ceux qui l'emploient
sous-entendent même souvent qu’il n’existe pas de morale au sens B. — Entre
A et C, la différence est à la fois dans le degré de réflexion et dans le contenu.
Une morale au sens C, un système éthique (p. ex., la morale de Kant) diffère
autant d’un ensemble de jugements moraux spontanés que la philosophie diffère
du sens commun : elle prétend non seulement à le systématiser, mais à le rectifier
sur certains points. Entre B et C, la différence est inverse : chaque morale philo-
sophique s’efforce d'exprimer, dans le langage de la théorie, la morale parfaite
qu’elle présuppose. (Cf. la note 3 de Kant à la Préface de la Raïson pratique.) —
On aurait même pu aller plus loin, et distinguer une quatrième acception, celle
que reçoit ce mot chez Pascal quand il écrit : « La vraie morale se moque de la
Morale. » La vraie morale, n'est-ce pas ici le sentiment vif et juste, l'évidence
intérieure du bien et du mal ? Et la morale dont elle se moque, ce peut être soit
l’ensemble routinier des règles de morale traditionnelles, soit plutôt la spéculation
morale des philosophes. (On voit d’ailleurs, dans ce cas, combien l’idée changerait
suivant qu’on entend le mot au sens A ou au sens C.) Mais ce serait trop subdiviser,
et cette « vraie morale » est bien voisine de notre sens B. (A. L.)
Sur Moralisme. — « Le reproche de moralisme, qu’on adresse au scoutisme
parce qu'il fonde le rayonnement de ses chefs sur l’action positive de leur exemple,
semble justifié au premier abord, parce que la vie morale est plus facilement
saisissable à l’observation que la vie religieuse. C’est là un épouvantail dont il
ne faut pas être dupe. Le moralisme commence là où l’acte est considéré comme
Plus important que l’inspiration dont il découle. » A. N. BERTRAND, Témoins,
P. 59. Cet usage péjoratif paraît bien peu recommandable, surtout avec le double
. 8ens qu’il peut recevoir. Sur l’indépendance de la morale, même philosophique,
à l'égard de tout «fondement » de fait, voir La Raison et les Normes, ch. VI.
MORALISME
cette expression, a créé le même mot :
« [Renouvier] n’a-t-il pas son mysti-
cisme aussi et, comment dirais-je ? son
fanatisme moral (Kant parlait du fana-
tisme moral des stoïciens), son mora-
lisme, si j’ose forger ce mot barbare ? »
La certitude morale (1880), ch. vi,
p. 326. Cf. FouiLLéE, Le moralisme de
Kant et l'amoralisme contemporain,
1905.
Ce terme est employé quelquefois,
en un sens péjoratif, pour désigner
l'attachement à la morale, séparée de
toute croyance métaphysique ou reli-
gieuse, ou même l'attachement à la
correction de la conduite, séparée du
sentiment moral qui devrait l’animer.
Voir Observations, page prévédente.
REMARQUE
Le dictionnaire d’EisLer (3e éd.)
n'indique Moralismus que comme le
terme antithétique d’Immoralismus :
reconnaissance d’une loi morale obli-
gatoire (d’après Kruc, Flandb. der Phi-
los., IJ, 271.) — Ce sens n'existe pas
en français.
MORALITÉ, D. A. ioralischer, ethi-
scher W'ert ; B. Siulichkeit ; — E. Mo-
rals, Morality ; — 1. Moralità.
A. Caractère moral, valeur (positive
ou négative) au puint de vue du bien
et du mal. Se dit soit des personnes,
soit des jugements, soit des actes.
B. (Opposé à immoralué.) Valeur
morale (positive), conformité à l'idéal
moral.
C. Conduite morale. « La moralité
publique. — » « Un relèvement de la
moralité. »
Rad. int. : Morales ; bon(a) mora-
les(o).
Morgan (Principe de), voir Parcimo-
nie*, 40,
MORPHOLOGIE, D. Morphologie ;
E. Morphology ; 1. Morphologia
Théorie des formes ; particulière-
ment employé en B1i0LOGIiE, Où mor-
phologie se dit surtout de l’étude des
656
types caractéristiques des espèces ani.
males et végétales ; en LiNGUISTIQUE,
où ce mot désigne l’étude des formes
verbales, par opposition à l’étude de
la syntaxe. 11 a été plus récemment
introduit en Géologie, en Sociolo-
gie, etc.
Rad. int. : Morfologi.
« MORULE », L. morula, petite pause,
bref retard (diminutif de mora). — Ce
terme est employé au x vit siècle pour
désigner, par opposition à la théorie de
la continuité du mouvement, les arrèts
imperceptibles qui interrompent celui-
ci, dans l’hypothèse de sa discontinuité.
« Si le mouvement. est interrompu de
morules, quelle est la cause qui suspend
le cours d’un corps une fois agité ? Il
ne répugne pas au mouvement d'être
continu, etc. » BossuET, Traité du
Libre- Arbitre, ch. 1v.
MOTEUR, subst., D. Beweger ; E.
Mover ; 1. Motore.
Au sens général, ce qui meut. —
N'est guère usité que pour la traduc-
tion du G. xivoüv, dans les expressions
d'ARISTOTE : TÙ TP&TOV XLVUDV, TÜ >LVUUV
&xivnrov, le premier moteur, le moteur
immobile, c’est-à-dire Dieu, ou l'acte
pur, qui est cause de tout changement
et de tout devenir dans le monde, mais
sans être sujet lui-même à aucun
changement (Métaphysique, III, 8; XI,
6-7; etc.) : « xivei Yaæp dc Épopevov. »
(Ibid., 1072b3) ; — rd xivoëv xai xevob-
uevov, le moteur mobile, qui n’a pas en
lui-même la cause de son changement,
mais qui est à son tour cause du chan-
gement pour un autre être. Cf. mobile
et mouvement.
MOTEUR, MOTRICE, adj., D. A.
Bewegend ; B. Motorisch ; E. Moving.
Motor ; 1. Motore.
À. Sens général : qui meut. « Force
motrice. »
B. Spécialement, en psychologie :
qui se rapporte au mouvement (en
tant qu’opposé à la sensation) : « Nerfs
moteurs ; centres moteurs »; — ou qui
657
tend au mouvement : « Il n’y a pas un
seul état de conscience qui ne contienne
à un degré quelconque des éléments
moteurs. » RiBoT, Malad. de la volonté,
ch. n1 (15 éd., p. 111).
Idéo-moteur, cf. Idées-forces.
Rad. int. : Movant.
Moteur (type), D. Motorischer Ty-
pus; E. Motor type; I. Tipo motore.
Type d'imagination consistant dans
la prédominance de la représentation
des mouvements. Il est spécialement
caractérisé, en ce qui concerne les
mots, par le fait que le sujet se les
représente surtout sous la forme des
mouvements d’articulation par les-
quels il les prononcerait.
Rad. int. : Motor.
MOTIF, D. Motiv, Beweggrund ; E
Motive ; I. Motivo.
Proprement, ce qui meut (L. scol
motivum, causa motiva, au sens le plus
général : voir ScHüTz, Thomas-Ler.
sub ve) ; et fréquemment, au xvile siè-
cle, celui qui meut (lorganisateur
d’une affaire, l’artisan d’une intrigue) ;
d’où, actuellement :
A. Toute cause d'ordre mental pro-
duisant ou tendant à produire une
action volontaire.
B. Plus spécialement encore, état
mental, où prédominent les éléments
intellectuels, et tel que s'il était seul
en jeu, il déterminerait une certaine
action volontaire.
CRITIQUE
Motif et mobile ont été employés
d’une façon assez peu constante dans
la langue philosophique. Voir plus haut
l’analyse et la critique de ce dernier
MOTIF
mot ; et cf. EisLer, vo Motiv. Il serait
désirable de réserver mou au sens B,
qui est déjà prédominant,
MM. Bazpwin et SrourT (Baldwin's
Dictionary, sub vo) écartent la défini-
tion : «toute fin consciente considérée
comme entrant dans la détermination
d’un acte volontaire ». On peut ad-
mettre, en effet, que cette définition
ne s’accorde pas avec l’usage, motif
s’appliquant à une idée, à la connais-
sance d’un fait, aussi bien qu’à la fin
dont cette connaissance dicte les
moyens. La définition qu'ils propo-
sent est celle-ci : « Any conscious ele-
ment considered as entering into the
determination of a volitiont. » Ils s’ap-
puient sur l’autorité de BENTHAM, qui
a donné une définition à peu près sem-
blable. (Introduction to the principles
of moral and legislation, ch. x, $ 1.)
Motif serait alors le genre qui com-
prendrait les mobiles (affects), les fins
raisonnées, et tous autres phénomènes
accessoires contribuant à la volition.
Mais cette formule ne paraît pas non
plus très satisfaisante : 19 Elle est trop
large ; elle envelopperait des faits
comme un calcul ou une comparaison
de motifs, ou une hésitation, tous
éléments concourant à l’action, mais
qui n’ont jamais été appelés « motifs »
en français ; — 29 elle exclurait a priori
l'usage d’une expression telle que « mo-
tif inconscient », qu'il serait regrettable
de prohiber ; — 30 elle répond à une
classe qu'il n’est pas utile de consti-
tuer, car on n’a que rarement à l’envi-
sager comme un tout.
Rad. int. : À. Motiv.
1. « Tout élément conscient considéré comme entrant
dans la détermination d'un aote volontaire. »
Sur Motif. — Voir ci-dessus les observations concernant mobile.
Motive, en anglais, paraît clairement être l’abréviation de formules telles que
motive cause, motive argument, motive principle, fréquentes au xvi® siècle. Cf.
Murray, sub ve.
Motif (de même que premier mobile) s’est dit en français, au xvie siècle, des
personnes aussi bien que des sentiments ou des idées. Cf. Dictionnaire de l’Aca-
démie (1694) ; Furetière (1690).
MOTIVATION
EEE
658
MOTIVATION, D. Motivation (ScHo-
PENHAUER); E. Motivation; I. Mot-
vazione.
A. Relation d’un acte aux motifs
qui l’expliquent ou le justifient.
B. Exposé des motifs sur lesquels
repose une décision.
Rad. int. : À. Motives ; B. Motiviz.
« MOTRICITÉ », fonction motrice de
l’être vivant, opposée à sa fonction ré-
ceptive ou sensorielle. Appartient plu-
tôt au langage de la physiologie qu’à
celui de la psychologie.
MOTS (Définition de), voir Défini-
tion*, Nominal*, et dans l’A ppendice
à la fin du présent ouvrage, la note sur
les différents sens donnés à l’opposi-
tion entre les « Définitions de mots »
et les « Définitions de choses ».
MOUVEMENT, D. Bewegung (B. Ge-
mütsbewegung) ; — E. Move, motion,
movement ; — I. Movimento.
A. Au sens propre, changement con-
tinu de position dans l’espace, consi-
déré en fonction du temps, et par suite
ayant une vitesse définie. Le simple
changement de position, dans l’espace,
sans considération de durée est appelé
déplacement.
La quantité de mouvement d’un mo-
bile de masse m est le produit de sa
masse par sa vitesse {mv). Le mouve-
ment (sans épithète) ou mouvement
relatif est celui qui change les dis-
tances du mobile considéré à un sys-
tème de repères qui pourrait être lui-
mème considéré comme mobile; il
pourrait donc être remplacé, toutes
les apparences restant les mêmes, par
un mouvement égal et inverse du sys-
tème de repères en question. Le mouve-
ment absolu est celui qui n’admet pas
cette substitution, et qui ne peut être
attribué qu’au mobile, non au système
de repères auquel il est rapporté.
Poincaré le définissait, du point de vue
physique, « mouvement d’un corps
par rapport à l’éther, regardé par défi-
nition comine étant en repos absolu ».
Ce concept est souvent utilisé par les
physiciens contemporains. Cf. Inertie.
Au figuré :
B. Émotions et tendances. « Ces
appétits, ou ces répugnances et aver-
sions, sont appelés mouvements de
l’'ime ; non qu’elle change de place ou
qu’elle se transporte d’un lieu à un
autre ; mais c’est que, comme le corps
s'approche ou s'éloigne en se mouvant,
ainsi l’âme, par les appétits ou aver-
sions, s’unit avec les objets ou s’en
sépare. » BossuET, Conn. de Dieu et de
soi-même, I, $ 6. Cf. ci-dessous, mobile*,
Observations.
C. Changement collectif d'idées,
d'opinions, de tendances ; changement
d'organisation sociale. « Le caractère
essentiel de notre organisme social,
quand on se borne à l’envisager d’abord
dans un état purement statique, abs-
traction faite de son mouvement néces-
saire.… » Aug. ComTE, Cours de phil.
pos., 51° leçon : « Lois fondamentales
de la dynamique sociale. »
D. « Mouvement de l'esprit », suite
des représentations dans la pensée :
« Continuo et nullibi interrupto cogita-
Sur Mouvement. — Au sens À, on se place à un point de vue déjà dérivé et
659
tionis motu….. » DESCARTES, Regulae
ad dir. ing, VII. — On appelle en
particulier Mouvement dialectique la
démarche de l'esprit qui passe d’une
idée à une autre en vertu des rapports
de participation, d’implication ou d’op-
position qui les unissent.
CRITIQUE
On se sert presque toujours de mou-
vement pour traduire le mot xivraic
chez Aristote ; mais c’est à tort. « Mou-
vement », en français (dès le xvzre siè-
cle, et probablement plus tôt), ne se
dit proprement que de ce qu’Aristote
appelait @opx (— xivnoic nréBev rot,
Éth. Nicom., X, & ; 1174230). « Mouve-
ment : transport d’un corps en un
autre lieu, changement de place. »
FURETIÈRE, Dictionnaire, 1690. le
Dict. de l’Académie de 1694 donne une
définition équivalente.
Rad. int. : Mov.
MOYEN, D. Mittel ; E. Means, way ;
L Mezzo.
Ce par quoi une fin déterminée se
réalise. « Toute finalité est une série de
causes et d'effets dans laquelle on re-
marque : 1° un terme où elle s’arrête,
et c’est pourquoi on le nomme fin;
20 un terme intermédiaire, le moyen,
ou une série de termes intermédiaires,
les moyens ; 39 un terme où elle com-
mence, car le nom de moyen ne se
justifierait pas s’il ne se plaçait entre
le commencement et la fin. L'idée
MOYENNE
n’est jamais le terme initial ; elle est
toujours un moyen. La finalité a sa
source dans des faits affectifs, et non
dans des faits intellectuels ; il y a une
finalité aveugle et une finalité éclairée
| par l'intelligence. » GoBLoT, Vocabu-
laire, vo Finalité, p. 240-241 et 241-242.
Rad. int. : Moyen.
Moyen terme, D. Mittel (begriff) ;
E. Middle (term) ; I. Mezzo (termine),
| Medio.
A. Dans un syllogisme, celui des
trois termes par l’intermédiaire duquel
le majeur et le mineur sont mis en
rapport ; qui, par conséquent, est com-
mun aux deux prémisses et éliminé de
, la conclusion.
B. Milieu entre deux autres termes,
au sens B. Compromis entre deux solu-
tions extrêmes.
| Rad. int. : Mez.
MOYENNE (valeur), D. Durchschnitt ;
! arithmetisches Mitel; — E. Mean;
entre grandeurs différentes : Average ;
— I. Media.
| Quotient obtenu en divisant la
| somme d’une série de grandeurs par
| le nombre de ces grandeurs.
, Cette notion présente une grande
| utilité dans les mesures psychologi-
| ques. Ii y a lieu de la distinguer du
| mode* ou module, défini ci-dessus ; et
| quelquefois aussi du « Médian » (D.
Zentralwert ; E. Central value), c’est-à-
| dire de la valeur qui occupe le milieu
Sur Moyen. — 11 me semble que la finalité n’est pas la série des causes et des
effets, mais le rapport des différents termes de cette série au terme final, l’action
idéale de ce terme sur les autres (comme la causalité est l’action réelle de la cause
efficiente). (J. Lachelier.)
Le sens propre de finalité est certainement rapport du moyen à la fin. (Voir
pour ainsi dire objectivé. Mais, avant cette acception du mot défini en termes
physiques, il y a un sens antérieur et subjectif qui seul rend possible et intelligible
ce sens A. Il n’y a en effet positions successives et continues d’un mobile, dans
l'unité de la représentation d’un mouvement, que par la synthèse quiles enveloppe,
les situe, et dont Leibniz disait : Totum est prius partibus. Le mouvement n’est
réellement donné que par cet acte synthétique ; la durée et l’étendue n’apparaissent
à l’analyse que comme des aspects solidaires ou des conditions de la conscience
même que nous avons du mouvement. (M. Blondel.)
Le $ D a été ajouté sur la proposition de M. Dweishauvers.
ci-dessus, finalité). Mais il s’est introduit dans la langue philosophique courante,
une tendance à appeler par ellipse finalité tout processus manifestant une finalité.
Ce n’est pas le seul cas où le terme abstrait ait fini par désigner le fait ou l’objet
concret dont il est le caractère : p. ex. : une autorité, une méchanceté, une possi-
bilité. Cette transformation sémantique est toujours un peu choquante au moment
où elle se produit ; mais elle paraît conforme à l'esprit général de la langue. (A. L.)
Sur Moyenne. — Article proposé par M. Claparède et rédigé sur ses indications.
MOYENNE
d’une série dont les termes ont été
rangés par ordre de grandeur.
Voir Science moyenne, 1. 958.
REMARQUE
Moyenne, employé seul, désiyne tou-
jours la moyenne arithmétique définie
ci-dessus. Mais on use aussi, dans cer-
tains cas, de la moyenne dite géomr-
trique, c’est-à-dire de la racine n° du
produit des 7 nombres qu’on veut
remplacer par une valeur unique.
Rad. int. : Mezvalor.
MULTIPLICATION logique, D. Lo-
gische Multiplikation ; E. Logical multi-
plication ; ! Moltiplicazione logica.
Opération logique applicable soit
aux concepts (ce qui en est l'usage le
plus ordinaire), soit aux propositions,
soit aux relations, et dont le résultat
est un « produit logique ».
A. Le produit logique de deux ou
plusieurs concepts est, au point de vue
de la compréhension, la position simul-
tanée de ceux-ci (comme appartenant
à un sujet unique) ; et, par conséquent
au point de vue de l’extension, l’en-
semble des parties communes aux
classes correspondantes. Ex. : « Philo-
sophe grec; les philosophes grecs. »
B. Le produit logique de deux ou
plusieurs Pp est la Pp qui énonce
que celles-ci sont posées simultané-
ment (soit à titre d’assertion, soit à
titre de lexis) : « P est un nombre
entier, P n'est divisible par aucun
nombre entier plus petit que lui-même
et plus grand que l’unité = P est un
nombre premier. »
C. Le produit logique de deux rela-
tions zR,y et xR;y est la Pp qui
énonce que ces deux relations existent.
simultanément entre les deux termes x
et y.
zR;,y.zRy=zx(RR;)y Df.
La multiplication logique est repré-
ER
666
sentée soit par X (notation maintenant
assez rare et peu recommandable, qui
confond les signes arithmétiques et
logiques); ou bien =, écrit aussi » :
ou, le plus souvent par la simple suc-
cession des facteurs, séparés, s’il est
nécessaire pour la clarté, par un point
ou une virgule.
Cf. les Observ. sur Détermination*.
Rad. int. : Logik(a) multiplik(o).
Multiplication relative. Si l’on a deux
relations tR,y, yR2z (c’est-à-dire telles
que le second terme de la première
soit le premier terme de la seconde),
on appelle produit relatif de ces deux
relations la relation R;, qui existe
alors entre le premier terme de la pre-
mière et le second terme de la seconde.
La multiplication relative se repré-
sente par *
rRyayR:s=t(R;*R:)z Df
Par exemple, « x est fils (ou fille)
de y », « y est frère (ou sœur) de z »
ont pour produit relatif : « x est neveu
(ou nièce) de z ».
Rad. int. : Relativ(a) multiplik(o).
MULTIPLICITÉ, D. Vielheit, Man-
nigfaltigkeit ; E. Muluplicuy ; I. Mol-
tiplicitä.
A. Caractère de ce qui comprend
des éléments divers, dénombrables
(mais non pas nécessairement dénom-
brés, ni même dont le dénombrement
puisse être achevé). « Multiplicité finie,
multiplicité infinie. » Cf. Nombre.
B. Ensemble d’éléments présentant
ces caractères.
Rad. int. : À. Multoples ; B. Multo-
plaj.
MUSCULAIRE (sens), D. Muskel-
sinn ; E. Muscle sense, muscular sense ;
L Senso muscolare.
Sens auquel on rapporte celles des
sensations kinesthésiques (voir ce mot)
Sur Multiplication logique. — Ce terme semble tomber en désuétude ; il est
remplacé par « produit logique » et surtout par « conjonction ». (René Poirier.)
| 661
qui sont considérées comme corres-
pondant à des exvitations dues à la
contraction ou au relâchement des
muscles. Elles s'opposent aux sensa-
tions articulaires.
Ce mot se prend quelquefois dans
un sens plus large, comme synonyme
de sens kinestiésique ; mais cet usage
prête à des confusions.
Rad. int. : Muskolal.
MUTATION, D. Mutation ; E. Mu-
tation ; I. Mutazione.
A. Changement; et en particulier
changement dans l’organisation so-
ciale.
B. Quand on envisage une série de
formes d’une même espèce fossile, on
appelle variations les différences mor-
phologiques que présentent les échan-
tillons provenant d’une même coucte,
et mutations celles que présentent les
échantillons provenant de couci:es suc-
cessives.
C. Transformation brusque et héré-
ditaire d’un type vivant, se produisant
dans l’espace d’un très petit nombre de
générations, ou même d’une seule.
CRITIQUE
Le sens B est plus ancien que le
sens C. Il date de WaaGEn, Die For-
menreihe des Ammonites Subradiatus!
(1869) ; il a été répandu parmi les
paléontologistes par l’ouvrage de NeEu-
MAYR, Die Sitämme des Tierreiches?
1. La Série des formes d'« Ammonites subradiatus ». —
, Les souches du règne animal.
MYSTÈRE
(1889). Voir notamment p. 58 —
M. DEPÉRET (Les transformations du
monde animal, p. 275) a protesté contre
l'introduction récente du sens C.
Celui-ci a été adopté par M. DE
VRies, dans son ouvrage Die Muta-
tions theorie (1901). Il est rapidement
devenu très usuel dans le langage bio-
logique et philosophique. Le fait qu’il
représente avait été déjà désigné par
CopPe sous le nom de Saltation, et par
KoRCcHINSkKI sous le nom d’hétérogé-
nèse.
Lamarcx employait fréquemment
mutation, au sens général, pour dési-
gner les petits changements morpho-
logiques.
Rad. int. : Mutacion.
MYSTÈRE, G. puorñerov (de pu,
fermer les yeux, ou la bouche). — D.
Mysterium ; E. Mystery ; I. Misterio.
A. Dans les religions antiques, en-
semble de pratiques, de rites et de
doctrines, coexistant avec le culte pu-
blic, et légaux, mais de nature secrète,
et réservés à des initiés.
B. Dans la théologie chrétienne,
dogmes révélés que le fidèle doit croire,
mais qu’il ne peut comprendre.
Par suite, en philosophie :
C. Sens caché sous un symbole.
« Toutes clioses couvrent quelque mys-
tère ; toutes choses sont des voiles qui
couvrent Dieu. » Pascaz, Lettre à
Me de Roarnez, Ed. Brunschv.
p. 215. — ymbole recouvrant un sens
caché : « Il n’est pas juste de prendre
ses obscurités (celles de Mahomet) pour
Sur Mutation. — Article rectifié et complété sur les indications de M. René
Berthelot.
Sur Mystère. — Dans la théologie, le mot mystère désigne sans doute ce qui
doit être cru et ce qui ne peut être compris. Mais cette dernière proposition, en
évoquant l’idée de la nuit noire, dénature le sens de la foi. Car, il y a, dans le
mystère, même avant la foi, des aspects qui ne laissent pas la raison indifférente
ou totalement aveugle; et dans la foi, il y a des aspects que la méditation et
l'expérience éclairent partiellement. Ratio fide illustrata, aliquam mysteriorum
itelligentiam eamque fructuosissimam assequitur… » (Constitutio Vatic. De Fide. —
: Denzinger, n° 1796). (M. Blondel.)
EEE
MYSTÈRE
des mystères, vu que ses clartés sont
ridicules. » Ip., Pensées, Ed. Brunschv.,
598. « Je ne dis pas que le mem est
mystérieux. » Jbid., 688. Cf. 687,
691, etc.
D. Difficulté dont on doit chercher
la solution : « Voilà... le dénouement
du mystère : c’est que toutes les créa-
tures ne sont unies qu’à Dieu d’une
union immédiate. » MALEBRANCHE,
Entretiens sur la métaphysique, VII.
(Ed. Jules Simon, p. 164.)
E. Donnée inexplicable ; problème
insoluble. « Parcourez le cercle des
sciences : vous verrez qu'elles com-
mencent toutes par un mystère. »
J. DE MaisTRE, Soirées de Saint-
Pétersbourg, X° entretien.
Rad. int. : Misteri.
MYSTICISME, D. Mystik, Mystizis-
mus (plus rare); Fanaticism (KANT);
— E. Mysticism ; I. Misticismo.
A. Proprement, croyance à la possi-
bilité d’une union intime et directe de
l'esprit humain au principe fondamen-
tal de l'être, union constituant à la
fois un mode d’existence et un mode
de connaissance étrangers et supé-
rieurs à l’existence et à la connaissance
normales.
B. Ensemble des dispositions affec-
tives, intellectuelles et morales qui se
rattachent à cette croyance. « Le phé-
nomène essentiel du mysticisme est ce
qu’on appelle l’extase*, un état dans
lequel toute communication étant rom-
pue avec le monde extérieur, l’âme
a le sentiment qu’elle communique
avec un objet interne, qui est l’être
parfait, l’être infini, Dieu. Mais ce se-
rait se faire du mysticisme une idée
incomplète que de le concentrer tout
entier dans ce phénomène, qui en est
le point culminant. Le mysticisme est
essentiellement une vie, un mouvement,
un développement d’un caractère et
d’une direction déterminés. » E. Bou-
Troux, Le mysticisme, Bulletin del'Ins-
titut psychologique, janv. 1902, p. 15.
Sur Mystique et Mysticisme. — Quel que soit le jugement de fond qu'il convienne
de porter sur le mysticisme, il faut bien y reconnaître, en fait, l'existence psycho-
logique d'états caractérisés, liés, multiplement expérimentés, qui comportent d’être
classés systématiquement, groupés et appréciés. Et ce qui semble propre à ces
662 .
663
Les étapes de ce développement sont,
dit E. Bourroux, l’aspiration à l’ab-
solu (Sehnsucht), l'effort de purifica-
tion et l’ascèse, l’extase, le retour sur
la vie antérieure et l'orientation nou-
velle du jugement et de la conduite,
la réalisation (individuelle ou sociale)
de la vie parfaite.
On appelle plus spécialement mys-
tique (subst. fém.) l’ensemble des pra-
tiques conduisant à cet état, et des
doctrines exprimant les connaissances
qui en sont considérées comme le fruit.
C. L'un des quatre grands systèmes
philosophiques qui, selon l’éclectisme,
se sont succédé en cycles dans l’his-
toire de la pensée humaine, et que le
progrès de la réflexion philosopiique a
pour but de concilier de plus en plus
complètement. (Cf. Éclectisme*.) Il ré-
sulte d’une réaction contre le scepti-
cisme, et se caractérise par l’efface-
ment de la raison au profit du senti-
ment et de l'imagination. (V. Cousin,
Histoire de la philosophie, TI, 9e leçon ;
A. JACQUESs, Jules Simon et SAISSET,
MYSTICISME
Manuel de philosophie, 22 partie, 83.
« Lois générales de la formation des
systèmes. »)
D. On applique ce terme, presque
toujours avec une nuance péjorative :
1° Aux croyances ou doctrines qui
reposent plus sur le sentiment et l’in-
tuition (au sens D) que sur l’observa-
tion et le raisonnement : « Prétendre
connaître autrement que par l’intelli-
gence, c’est dire qu’il est légitime d’af-
firmer ce qu’on ignore; en un mot,
c’est être mystique. Certes, il est pos-
sible d’affirmer sans raison valable,
parce que l'affirmation est un acte et
relève, par conséquent, du sentiment
et de la volonté. Aussi y a-t-il deux
sortes de mystiques, ceux qui aiment
et ceux qui veulent ; et l’on peut dire
que le mysticisme consiste à franchir,
soit par un élan d'amour, soit par un
effort de volonté, les bornes où la rai-
son spéculative est contrainte de s’en-
fermer. » GoBcoT, Classification des
Sciences, p. 4.
20 Aux croyances ou doctrines qui
les images sensibles, les conceptions et les raisonnements de l'esprit, il affirme,
états, c’est d’une part la dépréciation et comme l'effacement Je symboles sensibles
et des notions de la pensée abstraite et discursive ; c’est d autre part le contact
direct et l’immédiation de l'esprit avec la réalité possédée à même. Le mystique
a l'impression d’avoir non pas moins, mais plus de connaissance et de lumière.
On ne peut méconnaître ce fait, qui est une réalité historique. Et on ne doit
doute pas non plus se hâter de discréditer le mysticisme, en dépit des io
des abus qu’il a trop souvent recouverts. De ce que la musique n’a pas le genre :
clarté et de précision qu'offre la parole articulée, il n’en résulte pas que ne
ne puissent exprimer ce que les mots, avec toute leur valeur logique, ne sua
jamais à traduire. Et c’est en ce sens, très raisonnable et très vrai, que PA à
a dit : « La musique est une révélation plus haute que la sagesse et la philosop Le
(Cf. Romain Rozranp, Vie de Becthoren, p. 133.) Entre la science mystique et '
connaissance théologique, métaphysique ou physique, ilya une différence a
logue à celle qui sépare comme par un abîme l'impression d'un artiste RoMePece,
symphonie, et le commentaire littéraire que tout homme d esprit cultivé, . :
l’oreille fausse ou n’eût-il en effet jamais entendu une note, pourrait compren
en s’imaginant peut-être qu'il a de l’œuvre, transposée en un langage livresque,
une intelligence supérieure à celle du musicien. ; ur
C’est au pseudo-Denys l'Aréopagite qu'est dù le mot mystique Nora ne
7 et Théol. myst., 1, 1), et la plupart des termes qui sont devenus classiques .
la « mystique ». Après avoir montré que pour atteindre à l’être, il faut dépass
en se fondant sur une expérience qui n’a rien de dialectique, mais qui semble
l'expression d’un contact intimement éprouvé, « cette parfaite connaissance de
Dieu qui s'obtient par ignorance en vertu d’une incompréhensible union ; et ceci
a lieu quand l’âme, laissant toute chose et s’oubliant elle-même, s'unit aux clartés
de la « gloire divine ». (Noms divins, VII, 8.) C’est cette science obtenue, non par les
raisonnements, mais par une union pleine d'amour, que Denys appelle la « doctrine
mystique qui pousse vers Dieu et unit à Lui par une sorte d'initiation qu'aucun
maître ne peut apprendre ». (Ep., IX, 1.) Ce qui est la garantie et comme le péage
de cette « contemplation super-intellectuelle », c’est la vie purgative et ascétique
qui en est la préparation ; « le voile n’est levé que pour les sincères amants de la
sainteté qui, par leur pureté d’esprit et la puissance de leur faculté contemplative,
sont aptes à pénétrer le vrai dans sa simplicité intime... C’est par ce sincère,
spontané et total abandon de toi-même et de toutes choses que, libre et dégagé
d’entraves, tu te précipiteras dans l'éclat mystérieux de la divine obscurité. »
(Théol. myst., I, 1.) Ce qui paraissait, dans l’état inférieur, lumineux et réel,
n’est plus que voile ténébreux et apparence ; et ce qui semblait nul et nocturne,
se révèle comme l’immense lumière et l’absolue unité à laquelle communie l’âme
« conviée au banquet divin ». (Hier. eccl., I, 3.)
L'idée fondamentale du mysticisme semble donc celle-ci : les images ni les
concepts ne nous donnent la réalité ; il faut traverser les choses sensibles, les
représentations intellectuelles comme des voiles ; et lorsque par la vie purgative
et ascétique on s’est dépouillé de soi et des choses, lorsqu'on s’est offert nu au
; vide, ce vide, cette nuit obscure révèlent la plénitude d’une vie qui ne semble
MYSTICISME
664
déprécient ou rejettent la réalité sen-
sible, au profit d’une réalité inacces-
sible aux sens : « N’allons pas jusqu’à
ces affirmations mystiques : c’est la
société qui pense dans l'individu. »
BoucLé, Les Idées égalitaires, p. 79.
Rad. int. : Mistikism.
1. MYSTIQUE, subst., D. Mysuk ;
E. Mystic ; L Mistica.
A. Synonyme de Mysticisme* au
sens À; ou quelquefois, mais plus
rarement, au sens B.
B.Croyance (particulièrementcroyan-
ce morale ou sociale) qui s'affirme chez
un individu ou dans un parti sans cher-
cher à se justifier par le raisonnement
(qu’elle soit ou non, en elle-même, sus-
ceptible de cette justification). « La
mystique démocratique. » — « La mys-
tique de la Vie. » — « La mécanique
exigerait une mystique. » LERGSON,
Les deux sources, p. 329.
Le sens B est nouveau, mais il s’est
largement répandu depuis quelques
années, d’abord dans la conversation
et le journalisme, puis dans la lan-
gue philosophique elle-même. Il a été
défini et discuté dans la séance de la
Société de philosophie du 1€r avril 1933.
Voir Bulletin de la Société, notamment
p. 54, 68, 73.
2. MYSTIQUE ({adj.), D. Mysusckh ;
E. Mystic, Mystical ; 1. Mistico.
S’emploie dans tous les sens du mot
mysticisme ; et, en particulier, s’ap-
plique à la représentation de l’univers
sous la forme de correspondances* et
d'actions « sympathiques » dues à ces
correspondances, en tant qu’elle s’op-
pose à la représentation de l’univers
sous la forme de phénomènes indivi-
duels, causes et effets les uns des autres
suivant des lois déterminées. « J’em-
ploierai ce terme (mystique) faute d’un
meilleur, non pas par allusion au mys-
ticisme religieux de nos sociétés, qui
est quelque chose d’assez différent,
mais dans le sens étroitement défini
où « mystique » se dit de la croyance
à des forces, à des influences, à des
actions imperceptibles aux sens, et
cependant réelles. Par exemple, pour
le « primitif » qui appartient à une
société de forme totémique, tout ani-
mal, toute plante, tout objet même,
tel que les étoiles, le soleil ou la lune
fait partie d’un totem, d’une classe,
d’une sous-classe ; par suite, chacun a
des affinités précises, des pouvoirs sur
les membres de son totem, de sa classe,
de sa sous-classe, des obligations en-
vers eux, etc. Le cœur, le foie, les
yeux, la moelle, etc., sont censés pro-
curer telle ou telle qualité à ceux qui
s’en repaissent... Quand les indigènes
se rassemblent en grand nombre en
Australie, chaque tribu, et dans chaque
tribu, chaque groupe totémique a une
place qui lui est assignée par son affi-
nité mystique avec telle ou telle région
de l’espace. » LÉvy-BRunL, Les fonc-
tions mentales dans les sociétés infé-
rieures, t. I, pp. 30, 31, 32, 33.
Rad. int. : Mistik, -al.
cachée et « mystique » qu’à ceux qui, selon le mot de Newman, n’ont pas émigré
de la région des ombres et des images. — L'aspect de la doctrine sur lequel ont
le plus insisté les grands mystiques, comme Tauler, saint Jean de la Croix, sainte
Thérèse, c’est que le comble de l’activité humaine, c’est d'aboutir à cet état de
nudité ou de passivité intérieure qui seul laisse le champ libre à la souveraine
libéralité de l’être infini. (M. Blondel.)
Je crois que le terme mysticisme ne devrait pas être employé en dehors du
domaine de la philosophie religieuse, conformément d’ailleurs à l’étymologie.
Les expressions mysticisme scientifique, mysticisme philosophique sont impropres,
et l’on peut d’autant plus facilement les éviter que nous avons d’autres termes
d'usage plus correct et plus ancien, p. ex. irrationalisme, intuitionisme, sentimen-
talisme. (C. Ranzoli.)
665
MYTHE, G. uÿ6wx; D. E. Mythe;
I. Mito.
A. Récit fabuleux, d’origine popu-
laire et non réfléchie, dans lequel des
agents impersonnels, le plus souvent
les forces de la nature, sont représentés
sous formes d'êtres personnels, dont
les actions ou les aventures ont un sens
symbolique. « Les mythes solaires. —
Les mytlies du printemps. » Se dit
aussi des récits fabuleux, qui tendent
à expliquer les caractères de ce qui est
actuellement donné : « Le mythe de
l’Age d’or, du Paradis perdu. »
B. Exposition d’une idée ou d’une
doctrine sous une forme volontaire-
ment poétique et narrative, où l’ima-
gination se donne carrière, et mêle
ses fantaisies aux vérités sous-jacentes.
« Le mythe de la Caverne. » Sur le
NATIVISME
sens exact de 0806 chez Platon, v. Cou-
TURAT, De platonicis mythis, p. 3-12.
et L. RoBin, Platon, 192-196.
C. Image d’un avenir fictif (et même
le plus souvent irréalisable) qui exprime
les sentiments d’une collectivité et sert
à entraîner l’action. — Cette acception
a été créée par Georges SoREL, dans
Pintroduction à ses Réflexions sur la
violence (1907). « Les mythes léroi-
ques. » — « Le mythe de la grève géné-
rale, » — « On peut parler indéfiniment
de révolte sans provoquer jamais au-
cun mouvement révolutionnaire, tant
qu’il n’y a pas de mythes acceptés par
les masses. » Zbid., p. 45.
Voir ci-dessous observations sur Uto-
pie*.
D. Mentalité d'où dérive le mythe au
sens À. Voir le Supplément.
Imprimé en France
Imprimerie des Presses Universitaires de France
73, avenue Ronsard, 41100 Vendôme
Janvier 1997 — N° 43 627
COLLECTION « QUADRIGE »
AFTALION F.
ALAIN
ALAIN
ALQUIÉ F.
ALTHUSSER L.
ALTHUSSER L. et coll.
ANDREAS-SALOMÉ
ARON R.
ASSOUN P.-L.
ASSOUN P.-L.
ASSOUN P.-L.
ATTALI J.
ATTALI J.
et GUILLAUME M.
AUBENQUE P.
AUBENQUE P.
AYMARD A.
et AUBOYER
AYMARD A.
et AUBOYER
BACHELARD
BACHELARD
BACHELARD
BACHELARD
BACHELARD
BACHELARD
BACHELARD
BACHELARD
BALANDIER G.
BALANDIER G.
BALANDIER G.
BARON S. W.
BARON S. W.
BARRET-KRIEGEL B.
BASTIDE R.
BASTIDE R.
BEAUFRET J.
BELLEMIN-NOËL J.
BENOIST J.-M.
BENOIST J.-M.
BERGSON
BERGSON
BERGSON
BERGSON
BERGSON
BERGSON
BERGSON
BERGSON
BERNARD
BLANCHÉ R.
BLOCH J.-R.
BLONDEL M.
BOILEAU-NARCEJAC
BORNE E.
BOUDON R.
BOUDON R.
e
oonooooat
OTTTLTILTT
L'Économie de la Révolution française
Propos sur l‘éducation suivis de Pédagogie enfantine
Stendhal et autres textes
Le Désir d'éternité
Montesquieu, la politique et l’histoire
Lire le Capital
Ma vie
La Sociologie allemande contemporaine
introduction à la métapsychologie freudienne
Freud, la philosophie et les philosophes
Freud et Wittgenstein
Analyse économique de la vie politique
L'Anti-économique
Le Problème de l'être chez Aristote
La Prudence chez Aristote
L'Orient et la Grèce antique
Rome et son Empire
La Philosophie du non
La Poétique de l’espace
La Poétique de la rêverie
Le Nouvel Esprit scientifique
La Flamme d'une chandelle
Le Rationalisme appliqué
La Dialectique de la durée
Le Matérialisme rationnel
Sens et puissance
Sociologie actuelle de l'Afrique noire
Anthropologie politique
Histoire d'Israël, T. 1
Histoire d'Israël, T. Il
Les Droits de l’homme et le droit naturel
Les Problèmes de la vie mystique
Sociologie et psychanalyse
Parménide : Le Poème
Vers l'inconscient du texte
Marx est mort
Tyrannie du logos
Essai sur les données immédiates de la conscience
L'Energie spirituelle
L'Evolution créatrice
Le Rire
Les Deux Sources de la morale et de la religion
Matière et mémoire
La Pensée et le mouvant
Durée et simultanéité
Principes de médecine expérimentale
L'Axiomatique
Destin du siècle
L'Action (1893)
Le Roman policier
Le Problème du mal
Effets pervers et ordre social
La Place du désordre
BOUDOT P.
BOUGLÉ C.
BOUHDIBA A.
BOUTANG P.
BRAUDEL F.
et LABROUSSE E.
BRÉHIER E.
BRÉHIER E.
BRÉHIER E.
BUBER M.
CANGUILHEM G.
CARBONNIER J.
CHAILLEY J.
CHARNAY J.-P.
COHEN-TANUGI L.
CORTOT A.
CROUZET M.
CROZET R.
DANDREY
DAUMAS M.
DELEUZE G.
DELEUZE G.
DERRIDA J.
DESCARTES R.
DEUTSCH H.
DEUTSCH H.
DROZ J.
DUHAMEL O.
DUMÉZI G.
DUPÂQUIER J.
DURAND G.
DURKHEIM É
DURKHEIM
DURKHEIM
DURKHEIM
DURKHEIM
DURKHEIM
DURKHEIM
DURKHEIM
DURKHEIM
DURKHEIM
FEBVRE L.
FERRY L.
meme me M ee Me M MA
FERRY L.
et RENAUT A.
FESTUGIÈRE A..J.
Nietzsche en miettes
Essais sur le régime des castes
La Sexualité en Islam
Ontologie du secret
Histoire économique et sociale de la France
l : 1450-1660
il : 1660-1789
.W : 1789-années 1880
. V.1-2 : Années 1880-1950
.IV.3 : Années 1950-1980
Histoire de la philosophie, T. |
Histoire de la philosophie, T. |
Histoire de la philosophie, T. lil
Moise
Le Normal et le pathologique
Sociologie juridique
Histoire musicale du Moyen Age
La Vie musulmane en Algérie
Le Droit sans l'Etat
La Musique française de piano
L'Époque contemporaine
L'Art roman
Poétique de La Fontaine, | : La fabrique des fables
Histoire générale des techniques
7.1 : Des origines au xvi* siècle
T. 2 : Les Premières Étapes du machinisme
T. 3 : L'Expansion du machinisme
T. 4 : Énergie et matériaux :
7.5 : Transformation - Communication - Facteur humain
La Philosophie critique de Kant
Proust et les signes
La Voix et le phénomène
Méditations métaphysiques
La Psychologie des femmes, T. 1
La Psychologie des femmes, T. I!
Histoire générale du socialisme
T. 1: Des origines à 1875
T. 2: De 1875 à 1918
T.3 : De 1918 à 1945
T. 4: De 1945 à nos jours
La Gauche et la V° République
Du mythe au roman
Histoire de la population française
1 : Des origines à ia Renaissance
2 : De la Renaissance à 1789
3 : De 1789 à 1914
4:De1914 à nos jours
L'Imagination symbolique .
Les Règles de la méthode sociologique
Le Suicide
Les Formes élémentaires de la vie religieuse
Éducation et sociologie
De la division du travail social
L'Évolution pédagogique en France
Leçons de sociologie
Le Socialisme
L'Éducation morale
Sociologie et philosophie
Martin Luther, un destin
Philosophie politique
1:Le Droit
2 : Le Système des philosophies de l'mstoire
44 +
3 : Des droits de l'homme à l'idée républicaine
£picure et ses dieux
FOCILLON H.
FOCILLON H.
FOUCAULT M.
FOUCAULT M
FOULQUIE P.
FREUD S.
FREUD S.
FREUD S.
FREUD S.
FREUD S.
FREUD S.
GANDHI
GINOUVÉS R.
GODECHOT J.
GORCEIX 8.
GROUSSET R.
GUITTON J.
HAMON Ph.
HAMSUN K.
HAYEK F. A.
HAYEK F. A.
HEERS J.
HEIDEGGER M.
HYPPOLITE J.
JACCARD R.
JANKÉLÉVITCH V.
JANKÉLÉVITCH V
JOHNSTON W.
JURANVILLE A.
KANT É.
KANT É.
KANT É.
KAUTSKY K.
KRIEGEL B.
LACOSTE Y.
LAGACHE D.
LAGACHE D.
LALANDE A.
LAMARCK J.-B. DE
LAPLANCHE J.
LAPLANCHE J.
LE BON G.
LECOURT D.
LEFEBVRE H.
LÉONARD E. G
LEROI-GOURHAN A.
LEVINAS E.
LEVI-STRAUSS C.
LÉVY-BRUHL L.
LÉVY-BRUHL L
LOCKE J.
LOVY R.-J.
MAIMONIDE M.
MAISTRE J. DE
MARÇAIS G.
MARION J.-L
L'Art des sculpteurs romans
La Vie des formes
Maladie mentale et psychologie
Naissance de la clinique
Dictionnaire de la langue pédagogique
L'Homme aux loups
La Première Théorie des névroses
Le Président Schreber
L'Avenir d'une illusion
Inhibition, symptôme et angoisse
Le Malaise dans la culture
Autobiographie
L'Art grec
La Contre-Révolution, 1789-1804
La Bible des Rose-Croix
Les Croisades
Justification du temps
Texte et idéologie
Faim
La Route de la servitude
Droit, législation et liberté
1 : Règles et ordre
2 : Le Mirage de la justice sociale
3 : L'Ordre politique d'un peuple libre
Le Clan familial au Moyen Age
Qu'appelle-t-on penser ?
Figures de la pensée philosophique, T. I et Il
La Tentation nihiliste
Philosophie première
Henri Bergson
L'Esprit viennois
Lacan et la philosophie
Critique de la raison pratique
Critique de la raison pure
Qu'est-ce qu'un livre ?
Le Bolchevisme dans l'impasse
L'Histoire à l’âge classique
T. |: Jean Mabillon
T. I: La Défaite de l'érudition
T. li: Les Académies de l’histoire
T. IV: La République incertaine
Géographie du sous-développement
La Jalousie amoureuse
L'Unité de la psychologie
Vocabulaire technique et critique de la philosophie, en 2 vol.
Système analytique des connaissances positives de l’homme
Hôlderiin et la question du père
Nouveaux fondements pour la psychanalyse
Psychologie des foules
Lyssenko. Histoire réelle d’une « science prolétarienne »
Le Matérialisme dialectique
Histoire générale du protestantisme
T. 1: La Réformation
T. l!: L'établissement
T. ll : Déclin et renouveau
Les Religions de la préhistoire
Le Temps et l’autre
L'identité {Séminaire)
L'Ame primitive
Carnets de notes
Lettre sur la tolérance
Luther
Le Livre de ta connaissance
Écrits sur la Révolution
L'Art musulman
Dieu sans l'être
MARION J.-L.
MARX K.
MAUSS M.
MERLEAU-PONTY M.
MEYER M.
MINKOWSKI E.
MONTAIGNE
MONTAIGNE
MONTAIGNE
MORENO J.-L.
MOSCOVICI S.
MOUNIN G.
MOUSNIER R.
MOUSNIER R.
et LABROUSSE E.
NÉRAUDAU J.-P.
NISBET R. A.
PARISET EF. G.
PERROY E.
PIAGET J.
PIÉRON H.
PIRENNE H.
POULANTZAS N.
PRIGENT M.
RAYNAUD F.
ROMILLY J. DE
ROSSET C.
ROSSET C.
ROSSET C.
ROSSET C.
ROSSET C.
SARTRE J.-P.
SAUVY A.
SCHNERB R.
SCHOPENHAUER A.
SCHOPENHAUER A.
SEIGNOBOS C.
SENGHOR L. Sedar
SFEZ L.
SIEYÉS E.
SIRINELLI J.-F.
SOBOUL A.
STERN H.
SUZUKI, FROMM,
DE MARTINO
TADIÉ J.-Y.
TATON R.
TATON R.
TATON R.
TATON R.
TAZIEFF H.
VAN TIEGHEM P.
VAN TIEGHEM P.
VAN TIEGHEM P.
VAN TIEGHEM P.
VAN TIEGHEM P.
VAX L.
VERNANT J.-P.
WALLON H.
WALLON H.
WALLON H.
ZAZZO R.
ZORGBIBE C.
ZWEIG S.
Sur la théologie blanche de Descartes
Le Capital, livre |
Sociologie et anthropologie
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Science et métaphysique chez Kant
Le Temps vécu
Les Essais, livre |
Les Essais, livre Il
Les Essais, livre It ,
Psychothérapie de groupe et psychodrame
Psychologie des minorités actives
Dictionnaire de la linguistique
Les xv' etxvil* siècles
Le xvi° siècle
Dictionnaire de l'histoire de l'art
La Tradition sociologique
L'Art classique
Le Moyen Age
Sagesse et illusions de la philosophie
Vocabulaire de la psychologie
Mahomet et Charlemagne
L'État, le pouvoir, le socialisme
Le Héros et l'État dans la tragédie de Pierre Corneille
Max Weber et les dilemmes de la raison moderne
La Tragédie grecque
Schopenhauer, philosophe de l'absurde
L'Esthétique de Schopenhauer
L'Anti-Nature
La Philosophie tragique
Logique du pire
L'Imagination
L'Opinion publique
Le xx° siècle
Aphorismes sur la sagesse dans la vie
De la volonté dans la nature
Histoire sincère de la nation française
Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache
La Politique symbolique
Qu'est-ce que le Tiers État ?
Génération intellectuelle, Khägneux et Normaliens
La Révolution française
L'An byzantin
Bouddhisme Zen et psychanalyse
Le Roman d'aventures
La Science antique et médiévale
La Science moderne. De 1450 à 1800
La Science contemporaine. Le xix" siècle
La Science contemporaine. Le xx° siècle, années 1900-1960
Les Volcans et la dérive des continents
Dictionnaire des littératures, vol. 1 : A-C
Dictionnaire des littératures, vol. 2 : D-J
Dictionnaire des littératures, vol. 3 : K-Q
Dictionnaire des littératures, vol. 4 : R-Z
Les Grandes Doctrines littéraires en France
La Séduction de l'étrange
Les Origines de la pensée grecque
Les Origines du caractère chez l'enfant
L'Enfant turbulent
Les Origines de la pensée chez l'enfant
Les Jumeaux, le couple et la personne
La Méditerranée sans les Grands
Montaigne